Disclaimer : Harry Potter appartient entièrement et uniquement à J.K. Rowling. Je ne fais qu'écrire des fanfictions dessus à mes heures perdues.
Chapitre VI
Lundi 12 janvier 2026 – Château de Poudlard
Lily l'attendait dans une salle de classe désaffectée. Elle s'était installée sur le rebord de la fenêtre, une jambe dans le vide, l'autre repliée sous son menton. Dans une main, elle tenait une cigarette.
Hayden referma la porte derrière lui à l'aide d'un sortilège.
- Personne ne t'a suivi ? demanda rapidement Lily.
Hayden leva les yeux au ciel.
- Bien sûr que non. Mais une de mes sœurs, Cassiopée, se méfie de quelque chose, reconnut Hayden.
Lily se redressa, inquiète.
- Ne t'en fais pas. Elle est déjà passée à autre chose. Elle s'étonne juste du temps que je passe dans les couloirs, mais elle ne paraît pas se douter que je te retrouve.
Lily soupira de soulagement. Cassiopée était une vraie fouine, Hayden l'avait prévenue.
- Je n'ai pas envie qu'on nous découvre. J'aime trop notre petite bulle.
Hayden traversa la pièce, et l'embrassa avec douceur.
- Moi aussi, souffla-t-il.
L'odeur de cigarette de Lily et l'odeur de la jeune femme étaient un mélange dont il n'arrivait plus à se passer.
- Je n'étais pas sûr que tu serais encore là, avoua Hayden en se détachant d'elle. J'avais peur d'arriver trop tard, que tu aies perdu patience…
Lily secoua la tête, amusée, avant de redevenir sérieuse.
- À ce propos, j'ai une proposition à te faire.
Hayden se raidit.
- Non, je te rassure, ajouta précipitamment Lily. Rien qui nous fait perdre notre anonymat. C'est simplement que… souvent, c'est moi qui te fais attendre, et tu n'as aucun moyen de savoir si j'ai été retenue par quelqu'un, si cela va durer longtemps ou pas.
Hayden grommela quelques paroles indistinctes. Il n'avait pas digéré cette fois où Lily s'était retrouvée en retenue, sans moyen de le contacter et de le prévenir qu'il ne servait à rien de l'attendre.
- Et tu sais, je t'ai déjà dit que j'avais la possibilité de savoir où tu te trouvais…, continua-t-elle en hésitant sur la marche à suivre.
Hayden, cette fois, se détacha totalement d'elle. Méfiant, il ne voulait pas pousser Lily à lui révéler son secret, mais il sentait qu'il n'allait pas avoir le choix.
Elle sortit un vieux parchemin de sous sa tenue.
- Intéressant, comme cachette, remarqua-t-il.
Lily rougit délicatement.
- On peut fouiller mes poches, mais pas sous mes vêtements, se justifia-t-elle.
Elle secoua le parchemin.
- Je te présente la carte du Maraudeur.
Hayden jeta un coup d'œil intrigué au parchemin qu'elle tenait.
Il était vierge, et la déception d'Hayden monta en flèche.
Lily passa outre la déception évidente de son petit ami, et sortit sa baguette magique. Elle la pointa sur le parchemin.
- Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises.
Le parchemin s'anima, et il découvrit une carte complète de Poudlard, avec des mentions pour chaque personne qui se trouvait actuellement dans le château. Aussitôt, Hayden ravala sa déception, qui n'avait plus lieu d'être.
- Merlin, souffla-t-il.
- Oui, on est tous impressionnés la première fois, reconnut Lily avec fierté. C'est un héritage familial. Je l'ai un peu modifiée pour que les nouveaux passages apparaissent, et pour que les anciens soient effacés, mais cela n'a pas altéré l'efficacité de la carte. Tu peux toujours t'en servir.
Elle tendit l'objet à Hayden, qui la prit avec déférence.
- Lorsque tu as terminé, tu dis simplement Méfaits accomplis, en pointant la carte de ta baguette, et tout disparaît.
Elle mima le geste. La carte du Maraudeur redevint un parchemin vierge.
- Comme ça, tu sauras toujours si je suis en route, coincée avec quelqu'un… Bref, tu n'auras plus à rester des heures à m'attendre. Bien plus pratique.
- Je ne peux pas accepter, souffla Hayden.
Elle haussa un sourcil surpris. Elle se ralluma une cigarette, attendant qu'Hayden lui fournisse une explication, mais il restait silencieux, comme si l'évidence aurait dû sauter aux yeux de Lily. Elle finit par briser le silence, nerveuse d'attendre qu'il reprenne la parole.
- Pourquoi cela ? Je te la confie. Tu me la rendras à la fin de l'année scolaire, dit-elle simplement.
- C'est un héritage familial, tu viens de le dire ! Je ne suis pas un Potter.
- Ouais, enfin, tu sais, ils étaient quatre initialement, et ce n'était pas tous des Potter. Et elle n'a pas été qu'entre nos mains, ajouta Lily. Parfois, d'autres familles l'ont eue, et ils ne se sont pas sentis obligés de nous la rendre. Notre nom n'est pas écrit en gros dessus, pour être honnête, et il ne va pas te tomber une malédiction sur le coin du nez parce que tu l'utilises sans être un Potter.
Hayden hésitait toujours, Lily le voyait bien.
- Hayden, j'ai confiance en toi. Si je te confie la carte du Maraudeur, c'est parce que je sais que tu ne vas pas l'utiliser d'une mauvaise manière. Je sais que je peux te la laisser, parce que toi, plus que quiconque, sauras l'employer correctement. Et parce que tu mérites qu'on te fasse confiance. Que je te fasse confiance, ajouta Lily dans un murmure.
Nerveux, Hayden s'approcha d'elle, et prit une cigarette sorcière dans le paquet qu'elle avait posé à côté d'elle. Il l'alluma, toujours en regardant le parchemin.
- C'est que… je n'ai pas d'héritage familial à te donner en échange.
- Tant mieux, je n'attendais pas d'en recevoir un, sourit Lily. Je n'ai pas besoin de recevoir quelque chose en échange, je veux simplement que tu aies la carte du Maraudeur. Et c'est un prêt temporaire, lui rappela Lily. À la fin de l'année, tu me la rends. Donc, tu ne me dois définitivement rien.
Hayden hésitait toujours.
Lily s'approcha et se lova contre lui, jusqu'à ce qu'il referme ses bras autour d'elle, peu assuré.
- Est-ce que tu ne peux pas tout simplement accepter les quelques cadeaux que je te fais ? C'est trois fois rien, Hayden. Je veux juste que tu saches que tu peux avoir quelque chose qui vient de moi, et ne pas me devoir autre chose en retour.
Hayden finit par hocher la tête, silencieux. Il n'aimait pas parler, et Lily l'acceptait sans peine, même si elle réussissait souvent à lui faire décrocher plus de mots que les autres personnes que connaissait Hayden, même ceux qui faisaient partie de sa famille.
- Pourquoi est-ce que tu cherches autant à me donner confiance en moi, Lily ?
Elle leva la tête, posa délicatement une main sur la joue d'Hayden.
- Parce que tu en manques cruellement, et que je n'aime pas que tu te sentes inférieur. Alors que tu es fichtrement doué, Hayden. Même si je suis certaine que je ne connais pas tous tes talents, s'amusa-t-elle, mutine. Un jour, je n'en doute pas, tu m'en parleras.
Hayden hocha la tête, et l'embrassa délicatement.
Il était vrai qu'avec Lily, il n'avait pas peur de parler de ses aspirations. Elle ne se moquait jamais.
Elle l'élevait à des hauteurs dont il n'avait jamais osé rêver.
…
.
…
Mardi 20 avril 2032, Bureau des Aurors.
Le bureau des Aurors avait totalement changé d'aspect en l'espace de quelques jours.
Après les découvertes de Lily et Francis, des Aurors avaient récupéré tout ce qui se trouvait dans la planque, pour le remettre à l'identique au milieu des bureaux, afin qu'ils puissent l'étudier directement depuis leur lieu de travail.
Depuis ce jour, Francis et Lily ne quittaient presque plus le bureau des Aurors, sauf sur ordre de leur supérieur, lorsque celui-ci trouvait qu'ils ne s'étaient pas assez reposés.
Le repos était cependant de plus en plus difficile à trouver.
- Il se fiche de nous, pas vrai ? grommela Francis.
Lily donna un coup de pied dans un bureau pour évacuer sa frustration.
Bien sûr qu'il se fichait d'eux.
Depuis des années, un sorcier s'amusait à envoyer de fausses accusations aux autorités sorcières, en désignant des familles sorcières au hasard pour dénoncer la présence d'artéfacts de magie noire chez eux. Des dizaines de perquisitions avaient eu lieu partout dans le monde, durant des années, sans que personne ne fasse de liens entre ces lettres.
Lily avait rejoint l'unité des affaires étrangères peu de temps après le décès de sa belle-sœur, et elle avait demandé à Francis Perrin, qu'elle rencontrait tout juste, s'il pouvait demander à ses contacts si eux également avaient reçu ces mêmes lettres dans leur pays.
Francis Perrin n'avait pas pris au sérieux les doutes de Lily Potter, et cela avait manqué mener à la fin de leur collaboration. Mais avant que celle-ci ne vole en éclats, il avait pris le temps de discuter avec des collègues de la justice magique française, et avait appris qu'ils recevaient également des lettres de ce type.
Il en avait informé Lily, et à eux deux, ils avaient contacté des Aurors du monde entier, pour savoir s'ils avaient également reçu des lettres de dénonciation du même genre, pour recevoir une seule et même réponse unanime.
Oui.
En catastrophe, une cellule de crise s'était montée pour envoyer, à travers le monde, des Aurors pour réunir toutes les lettres, pour chaque famille sorcière qui avait été dénoncée comme pratiquant la magie noire. Cette cellule était minuscule, et ne comptait que deux Aurors : Lily Potter et Francis Perrin.
Parce qu'ils étaient capables de dormir peu pour arriver à leurs fins, ils avaient mis peu de mois à parcourir le globe pour réunir toutes les informations concernant ces familles, récupérer les lettres qui accusaient des sorciers qui, finalement, ne pratiquaient pas la magie noire, et pour se mettre à enquêter sur le sorcier ou la sorcière qui agissait ainsi.
Sauf qu'une fois les informations récupérées, ils n'avaient plus avancé d'un seul pas.
- Le jour où on trouve qui est derrière tout ça, je lui fais passer un mauvais quart d'heure, pesta Lily.
Elle frotta doucement son épaule droite. Grâce au traitement du Guérisseur Rakepick, elle souffrait moins à présent. Cependant, elle commençait à craindre de toujours garder des cicatrices, si jamais elle devait encore recevoir une salve de Feudeymon sur la poitrine. Il ne s'agissait pas du Feudeymon de destruction, mais celui de guérison, cependant, il était tout de même très violent, et la faisait extrêmement souffrir lors de ses sessions de soins.
- Je ferai pareil, soupira Francis. C'est incroyable qu'il se joue autant de nous. Pourquoi, à ton avis ?
Lily se rapprocha de la pile des personnes qui avaient été touchées par des fausses accusations, et secoua la tête.
- Parce qu'on n'a toujours pas trouvé ce qui le poussait à agir comme ça, dit-elle simplement. S'il s'agit d'un psychopathe, il a pu les croiser par hasard, mal interpréter un regard, un geste, et décider qu'il devait se venger.
- Oui, mais pourquoi de fausses accusations ? insista Francis. Pourquoi ne pas aller jusqu'au bout, et carrément placer des objets de magie noire dans leur résidence ?
- Je ne sais pas, souffla Lily. Et c'est ce qui me rend dingue.
Elle arrêta son regard sur son ex-belle-sœur, à présent décédée, et son cœur se serra.
- Et pourquoi est-ce qu'Isabella est morte, et pas les autres ? ajouta-t-elle.
Francis vint la rejoindre, et regarda le portrait de l'ancienne Auror.
- Parce qu'elle était Auror ? suggéra-t-il. Il a peut-être eu peur qu'elle s'en prenne à lui, alors, il l'a assassinée. Ou elle était sur sa piste du fait d'une enquête en cours ? Qu'est-ce que cette piste a donné ?
Lily secoua la tête.
- J'ai repris tous les dossiers traités par Isabella, et ils ont tous été résolus. Aucune piste froide, donc ce n'était pas un de ses suspects. À vrai dire, on ne sait même pas si elle a été victime de ce sorcier, ou s'ils se sont croisés par hasard…
Francis montra une adresse, en Espagne, dans le centre du pays.
- C'est là où elle vivait avec sa mère, c'est bien ça ? Est-ce que quelqu'un s'y est rendu ?
- Bien sûr, confirma Lily en acquiesçant. James y est allé juste après nous avoir rejoints dans la planque. Il a parlé à sa belle-mère, elle n'était au courant de rien du tout. Elle a encore beaucoup d'affaires d'Isabella, vu qu'elle passait la semaine chez elle, juste avant son décès. James y retourne quelques jours pour fouiller dans les cartons, et essayer de trouver une piste éventuelle. Je ne me fais pas trop d'espoirs là-dessus cela dit. Je crois que nous allons connaître une nouvelle déception…
- Cette personne a tué une Auror qui était sa cible, on le sait maintenant. On ne va pas laisser passer ça, lui assura Francis. On va retrouver qui a fait ça, et on lui fera payer.
Lily bailla.
- Désolée. Je ne sais même plus quel jour nous sommes, tellement ces journées me semblent abrutissantes. J'aimais autant lorsqu'on parcourait le globe pour récupérer les lettres et les noms des familles qui ont été touchées. Au moins, on découvrait de nouvelles cultures !
Francis ne réagit pas. Lorsque sa collègue commençait à se plaindre, il savait qu'il n'avait rien de plus à faire que la laisser discuter. Elle devait évacuer sa colère et sa frustration, et s'il se mettait en travers de ce processus, il risquait de le regretter amèrement.
- On n'a pas la moindre piste, on n'a pas le moindre mobile…
Lily se tut.
- Plutôt, on en a des dizaines ! éructa-t-elle avec rage. Comment est-ce que je peux trouver la moindre piste au milieu de tout ça ? Mon instinct est complètement bousillé !
Elle s'agitait dans l'espace, au point d'en faire tomber une pile de dossiers. Elle se pencha pour les ramasser. Francis soupira.
- Va faire un tour, la somma Francis. Bois un café, un thé, ce que tu veux. Mais il est quatre heures du matin, on est tous les deux fatigués, et nous énerver ne sert strictement à rien. Alors, va faire un tour ailleurs, et reviens lorsque tu seras calmée, lui dit-il. Et ne prends pas les ascenseurs en revenant !
Lily hésita un instant à lui répondre, et à lui dire de se mêler de ses affaires, mais elle savait que cette discussion serait vaine, en plus de ne leur faire aucun bien.
Elle était épuisée, elle manquait d'énergie, elle avait les nerfs à fleur de peau.
Francis avait raison, il fallait qu'elle se sorte la tête de ce bourbier.
Lily lança un dernier regard au bazar qui régnait au milieu du Bureau des Aurors, avant de tourner les talons. Elle avait besoin d'air frais, d'une boisson chaude, et de beaucoup de cigarettes.
Se promener dans les couloirs du Ministère en pleine nuit avait une dimension surnaturelle – encore plus que celle magique qui régnait déjà sur le lieu. Pas un bruit ne se faisait entendre, les notes de service qui voletaient durant les horaires de bureaux étaient absentes, et il n'y avait jamais plus d'une poignée de sorciers présents en même temps sur les lieux, surtout en ces temps de paix magique.
Le seul problème, à cette heure-ci, était que les ascenseurs, capricieux la nuit, n'étaient pas fiables. Ils avaient tendance à se bloquer en plein parcours. Tout travailleur du Ministère de la Magie savait qu'en pleine nuit, il valait mieux prendre les longs couloirs, quitte à rallonger son trajet de plusieurs dizaines de minutes.
L'ambiance feutrée étouffait Lily. Elle avait besoin d'actions, de précipitations. Elle se sentait étouffée, emprisonnée dans une bulle immobile, depuis des mois. Elle qui aimait le mouvement, le challenge, la nouveauté, se retrouvait à tourner en rond, sans que la moindre péripétie ne vienne bousculer son quotidien.
Elle avait rejoint cette unité, deux ans auparavant, pour quitter son passé. Pour oublier Hayden qui venait de rompre, et refusait de la voir pour écouter ses explications et ne répondait à aucune de ses missives. Pour partir loin du deuil de sa famille, qui venait de perdre la femme de James. Pour ne pas risquer de croiser des personnes qu'elle connaissait bien, et qui s'étonnerait de la voir aussi dévastée par ces événements, sans qu'elle ne puisse jamais parler de sa rupture, qui l'avait meurtrie à un point qu'elle ne pensait pas être atteignable.
Elle avait adoré les premiers mois passés dans cette unité, malgré la mésentente qu'il y avait souvent entre Francis et elle. Lily avait adoré chercher des preuves, découvrir des familles sorcières partout dans le monde, parfois influentes, parfois non. Elle avait rencontré beaucoup de personnes, changé beaucoup de ses opinions arrêtées.
Et, surtout, elle avait tout fait pour essayer d'oublier Hayden.
Sauf qu'elle avait échoué sur ce point.
Maintenant, elle se retrouvait, à plus de quatre heures du matin, à déambuler dans les couloirs du Ministère de la Magie, en se retenant de rire de la situation.
Merlin, elle était assez importante pour avoir des accès privilégiés au Ministère de la Magie en pleine nuit, dans les quartiers les plus sensibles et elle, Lily Luna Potter, pensait à un homme qui avait rompu avec elle et s'apprêtait à se marier.
Elle était pathétique, stupide, et ne méritait pas les compliments qu'elle avait pu recevoir sur son implication, son détachement, son professionnalisme.
Elle n'était même pas professionnelle. Elle avait rejoint cette unité dans l'espoir de réussir à se pardonner de ce qu'elle avait fait subir à Hayden, à défaut qu'il ne puisse jamais lui pardonner.
Alors, c'était ça, sa vie, à présent ?
Déambuler dans des couloirs, rire de son propre sort, aller chercher un thé et continuer de croire qu'elle avait un but dans la vie ?
Elle quitta le Ministère par la cabine téléphonique.
Dehors, les rues de Londres étaient à peine plus animées que le Ministère de la Magie. Cela lui convenait bien, elle n'avait pas envie d'être polie avec des inconnus.
Elle marcha quelques centaines de mètres en plus, jusqu'à trouver un vendeur de thé ambulant qui était déjà ouvert. Les travailleurs nocturnes devenaient ses meilleurs amis.
- Vous ne savez pas où je peux trouver des cigarettes ? demanda-t-elle en même temps qu'il lui rendait sa monnaie.
Il secoua la tête.
- Tout est fermé… Mais j'ai un paquet ici.
Il le sortit, et Lily se servit. Il lui tendit même son briquet, dont elle se servit maladroitement pour allumer sa cigarette.
- Merci ! dit-elle simplement en s'éloignant.
Elle avait oublié son paquet de cigarettes sorcières au bureau, et puis, il n'était pas de bon ton qu'une Auror fume des cigarettes sorcières au milieu des Moldus.
Elle chercha un banc dans un parc, avant de se souvenir qu'à cette heure-ci, les parcs n'étaient pas encore ouverts.
- Foutue vie en décalé, pesta Lily.
Une première goutte de pluie lui tomba sur le nez.
- Et foutues pluies londoniennes, grommela-t-elle.
Elle avisa un banc, sous un abribus, et se précipita vers ce refuge de fortune. Au moins, elle pourrait boire son thé à l'abri, et profiter pleinement de sa cigarette, sans qu'elle ne finisse détrempée par la météo londonienne.
Chaque fois que Lily remettait les pieds à Londres, elle sentait que les regrets et les remords l'assaillaient. Elle pensait à tout ce qu'elle aurait pu faire, pu dire, pu changer dans sa relation avec Hayden. Elle songeait à tout ce temps perdu, mais aussi à tous ces moments qu'ils avaient partagés ensemble. Elle se souvenait des fois où il venait passer du temps dans le petit appartement qu'elle avait pris pour ses études d'Auror, puis dans celui, un peu plus grand, qu'elle avait loué lorsqu'elle avait terminé sa formation. Elle se rappelait avec nostalgie des fois où Hayden l'invitait chez les Zabini, lorsque toute la famille était sortie, et qu'il envoyait l'Elfe de maison faire des courses pour la journée, pour qu'ils aient le petit manoir rien que pour eux deux. Elle pestait souvent de ces souvenirs qui la giflaient aussi fort que la lettre de rupture qu'il lui avait envoyée.
Par Merlin, qu'est-ce qu'il écrivait bien…
Elle se rappelait des fois où elle lui demandait de lui écrire quelque chose. Peu importait le thème, elle voulait juste voir sa plume en action. Il avait un talent pour l'écriture, qu'il cachait sous toutes ses incertitudes qu'elle cherchait à déblayer de son existence.
Maintenant, il n'écrivait plus pour elle.
Sûrement que Jane Wilson profitait avec grand plaisir des talents d'écriture du jeune homme à présent.
Lily serra les poings et ferma les yeux.
L'injustice de la situation l'enrageait. Elle aurait voulu être plus courageuse, plus forte que cela. Passer au-dessus des contraintes, passer au-delà des envies d'Hayden, mais elle le respectait trop pour détruire la relation qu'il construisait avec Jane Wilson. Elle paraissait être une femme tellement bien, d'un point de vue personnel, professionnel, amical, amoureux… Hayden avait de la chance, finalement. Il avait trouvé une femme qui n'allait pas le bousculer comme Lily avait pu le faire, durant les années qu'ils avaient passées ensemble.
Elle jeta un coup d'œil à sa montre, et constata qu'une heure avait tourné depuis qu'elle avait quitté le Ministère. Il fallait qu'elle y retourne.
Elle se leva de son abri de fortune, et grimaça en réalisant qu'il pleuvait toujours. Elle allait devoir retourner au Ministère sous la pluie, alors qu'elle n'avait pas pris de parapluie, et qu'elle ne pouvait, bien entendu, pas se servir de sa baguette magique pour se protéger.
Les rues étaient plus animées qu'à son arrivée, et transformer n'importe quel objet en parapluie se révélait être trop dangereux à l'heure actuelle. Elle n'avait aucune envie de recevoir un blâme pour usage abusif de magie en la présence de Moldus. Elle avait déjà posé un orteil sur la ligne rouge de l'indécence en utilisant une potion de magie noire, elle n'allait pas donner la moindre occasion au Ministère de la suspendre.
Elle pressa le pas vers le Ministère, pestant contre le mauvais temps. Bien évidemment, c'était lorsqu'elle sortait qu'il se mettait à pleuvoir.
Elle arriva rapidement vers l'entrée réservée aux visiteurs. Elle détestait devoir passer par les toilettes réservées aux employés, et connecter sa propre cheminée au réseau de Cheminette du Ministère ne l'avait jamais attirée. Elle voulait un minimum d'indépendance, et ne pas craindre qu'un collègue arrive inopinément chez elle.
À l'époque où Hayden pouvait être chez elle, cette précaution était obligatoire, pour le maintien du secret de leur histoire.
Elle entra dans la cabine le cœur lourd, un peu plus réveillée que lorsqu'elle était sortie, mais pas forcément rassurée sur les décisions qu'elle pouvait prendre dans son travail, et avec aucune nouvelle idée concernant son affaire.
Cette situation la rendait nerveuse, et elle ne savait pas si tout ce qu'elle avait pu faire pour avancer n'allait pas se révéler vain. La décision de fricoter avec la magie noire la hantait toutes les nuits, et si cette initiative s'avérait vaine, elle ne donnait pas chère de sa peau. Le Ministère n'allait pas apprécier cette mauvaise et inutile publicité, si cela venait à se savoir.
Pour le moment, peu de personnes étaient au courant, mais elle songeait sérieusement à toutes les mettre sous Serment Inviolable, pour ne prendre aucun risque. Seulement, cela devait être validé par les hautes instances du Ministère, et elle n'avait pas encore pris la peine de les informer. Car leur faire cette demande serait leur expliquer pourquoi elle voulait être autorisée à le faire… et définitivement, informer la Ministre de la Magie qu'elle avait utilisé la magie noire n'était pas dans ses priorités.
Même s'il s'agissait de sa tante.
Le hall du Ministère était à peine plus rempli que lorsque Lily l'avait quitté. Il n'était pas encore six heures du matin, cela dit. Elle ne devait pas être surprise qu'il y ait si peu de personne.
En revanche, elle fut surprise lorsqu'on l'appela.
- Lily… Eh, Lily !
L'Auror se retourna, jusqu'à reconnaître la personne qui l'avait appelée.
- Rose ! Depuis quand es-tu matinale ? se moqua Lily.
- Depuis quand est-ce que tu n'as pas dormi ? rétorqua Rose avec amusement.
- Très bien, on arrête les questions qui fâchent, rit Lily. C'est quoi, tout ça ?
Elle désigna de l'index la pile de parchemins qui débordaient de la besace de Rose.
- Tout un tas de décrets, soupira Rose. Je veux les faire relire par ma mère avant de les présenter au Magenmagot.
Lily haussa un sourcil.
- Est-ce que ce ne serait pas un moyen détourné de t'assurer de l'appui de la ministre pour faire passer tes décrets ? plaisanta Lily.
- Non, parce que je demande son avis à ma mère, pas à la ministre de la magie, répliqua Rose, sans réussir à cacher le rouge qui lui montait aux joues. Après, si elle veut également donner son avis en tant que ministre, je ne l'en empêcherai pas, ajouta-t-elle d'une petite voix.
Lily glissa un bras sous celui de sa cousine, amusée, et l'entraîna à sa suite vers les ascenseurs magiques.
- T'as bien raison, c'est comme ça qu'il faut qu'on agisse en tant qu'enfants des héros de guerre, souffla Lily. Mais encore une fois, pourquoi est-ce que tu viens aussi tôt ? Pour des décrets ? insista l'Auror.
Rose leva les yeux au ciel. Lorsque Lily avait une idée en tête, elle se révélait plus têtue qu'un dragon.
- Je dois déjeuner avec Scorpius ce midi. Si je suis en retard, Scorpius va m'en vouloir à mort, et quand il s'énerve, ce qui est rare, j'ai l'impression d'avoir vexé un hippogriffe. Je préfère éviter que ça arrive, avoua Rose.
- C'est moi, la retardataire de la famille, pourtant, souffla Lily. Ou est-ce que tu essaies de me voler la vedette ? plaisanta-t-elle.
- Très drôle, répondit Rose, vexée qu'on puisse penser qu'elle soit retardataire. Le problème, c'est que Scorpius est tellement organisé qu'il est parfaitement ponctuel. Moi, je dois reconnaître que je me laisse aller, j'oublie l'heure, et parfois, j'ai quelques minutes de retard. Sauf que c'est déjà beaucoup trop pour lui, souffla Rose en levant les yeux au ciel. La relecture des décrets prend des heures, autant te dire que j'aime qu'ils soient aussi parfaits que possible, plutôt que de prendre le risque de devoir les faire passer à une autre session. Et je te rappelle que je les traduis dans douze langues, ces décrets. S'il y a la moindre erreur sur l'un d'entre eux, je dois modifier les douze copies…
Lily hocha la tête, compréhensive. L'administration magique prenait toujours un temps fou, ce n'était pas pour rien que dès qu'elle le pouvait, elle essayait de l'éviter.
- Mais toi, pourquoi est-ce que tu es ici ? Tu n'es pas rentrée chez toi de la nuit ? s'enquit Rose.
Lily secoua la tête d'agacement. Les deux cousines étaient arrivées au niveau des ascenseurs.
- Ils ne vont pas se coincer ? demanda Rose avec appréhension.
Il s'agissait de sa plus grande peur, depuis qu'elle avait appris que, la nuit, les ascenseurs se montraient capricieux et s'arrêtaient de manière inopinée pendant parfois des heures.
- Non, la rassura Lily. Ils travaillent à nouveau, à cette heure-ci.
Rose choisit de croire sa cousine, non sans un regard d'appréhension sur sa montre, pour s'assurer qu'effectivement, à cette heure-ci, les ascenseurs n'allaient pas reprendre leur nuit.
- Tu vas à quel étage ? demanda Lily. Au tien, ou c'est toi qui rejoins ta mère ?
- Au mien. Coopération magique internationale.
- Tu t'arrêtes avant, donc, comprit Lily, dont l'étage était l'un des derniers à être desservis par l'ascenseur. Pour répondre à ta question, l'affaire sur laquelle je suis traîne en longueur. J'ai cru que travailler dans le silence de la nuit nous aiderait, mais Francis et moi n'avons pas avancé du tout, reconnut l'Auror, en colère de devoir avouer son échec à sa cousine.
- Vous finirez bien par trouver quelque chose, dit maladroitement Rose.
Elle n'avait pas la moindre idée de l'affaire sur laquelle était Lily, parce que sa cousine refusait d'en parler. Elle avait juste entendu une rumeur concernant la femme décédée de James, dans les couloirs du Ministère, mais aucun membre de sa famille n'avait épilogué sur ces bruits de couloir, aussi estimait-elle plus sage d'attendre qu'ils se décident à lui en parler plutôt que faire des spéculations.
- Viens manger avec nous ! proposa Rose, alors que l'ascenseur se mettait en branle.
Lily lui adressa un regard surpris.
- Il n'y aura pas que Scorpius, avoua Rose. Son ami qui se marie bientôt sera là également, et sa future femme aussi. Tu sais, Hayden Zabini.
Lily retint un hoquet de surprise. Se retrouver à un repas avec Hayden en face d'elle ?
- Cela ne me tente pas d'être la cinquième roue du carrosse, avoua Lily.
- Je peux inviter un collègue, ajouta spontanément Rose. Bert. Célibataire, il pourrait te plaire…
Lily éclata franchement de rire, cette fois.
- Non, merci, Rose. J'ai trop à faire professionnellement pour m'occuper de draguer un de tes collègues !
L'ascenseur s'arrêta au niveau du Département de la coopération magique internationale. En cette heure matinale, les deux cousines avaient eu l'ascenseur rien que pour elles.
- À plus tard, Rose !
- Je reviendrai te proposer de manger avec nous, réfléchis-y ! suggéra Rose avec amusement. Mon collègue est super sympa ! assura sa cousine.
Lily riait toujours lorsque l'ascenseur s'éloigna dans les profondeurs du Ministère.
- Niveau deux, Département de la justice magique, Service des usages abusifs de la magie, Quartier général des Aurors, Services administratifs du Magenmagot.
Lily se glissa hors de l'ascenseur. Elle hésita un instant, puis décida de ne pas tout de suite retourner dans le Bureau des Aurors. Elle avait besoin de se passer de l'eau sur le visage.
Elle entra dans les premiers sanitaires qu'elle trouva sur son chemin, et s'approcha du miroir. Elle grimaça en voyant son reflet. Elle comprenait mieux pourquoi Rose avait deviné en un coup d'œil qu'elle était restée ici toute la nuit. Les cernes qui s'accumulaient sous ses yeux lui donnaient un air abattu qu'elle ne se rappelait n'avoir eu qu'une seule fois : après sa rupture avec Hayden, qui correspondait au moment de la mort d'Isabella.
Elle ouvrit le robinet, s'éclaboussa le visage d'eau, et observa son reflet.
- Pas franchement mieux, grommela-t-elle.
À l'aide de sa baguette magique, elle sécha son visage, et souffla.
- Il est temps d'aller à nouveau comprendre ce qui peut motiver ce sorcier à dénoncer des familles entières.
…
Rose n'arrivait pas en retard, c'est ce qu'elle se répétait sans cesse pour justifier son empressement.
Mais lorsqu'elle pénétra dans le restaurant où Scorpius lui avait proposé de se retrouver, elle ne retint pas un soupir de soulagement en constatant que les personnes avec qui elle avait rendez-vous arrivaient tout juste, et que personne encore n'était installé à une table.
Elle se glissa dans la foule, et rejoignit Scorpius Malefoy, Hayden Zabini et Jane Wilson, les saluant tous, avec plus de chaleur pour Scorpius.
- Tu es toute seule, finalement ? s'enquit Scorpius alors qu'on les menait à leur table. Ton hibou disait que tu viendrais peut-être avec deux personnes…
Rose hocha la tête, reprenant son souffle. Jane la regardait avec curiosité, Hayden avec un air détaché que Rose interpréta comme de la curiosité.
- Je ne voulais pas vous les imposer. Mais j'ai croisé ma cousine ce matin au Ministère, et je lui ai proposé de se joindre à nous. Ce qu'elle a refusé, mais je me suis dit que si je réussissais à convaincre mon collègue célibataire de venir, elle serait d'accord aussi… Mais ça n'a pas été le cas, soupira Rose. Comment vous allez ? s'enquit-elle à l'attention d'Hayden et de Jane. On ne s'est pas beaucoup vus lors de la soirée chez les Nott, j'en suis désolée. J'ai été lancée sur un sujet passionnant concernant les relations internationales, et comme c'est mon domaine, j'ai continué sur ma lancée, et je n'ai pas du tout fait connaissance avec vous, alors que je suis invitée à votre mariage, et c'est…
Scorpius posa une main rassurante sur l'épaule de Rose. Lorsque sa petite amie commençait à parler sans laisser aux autres le temps de placer le moindre mot, c'est qu'elle était nerveuse. Or, elle n'avait aucune raison de l'être. Pas avec Hayden, son plus vieil ami, et Jane, sa future femme.
Cette dernière sourit d'ailleurs gentiment à Rose. Son contraste avec Hayden Zabini apparut clairement à Rose. Lui était froid, distant, peu avenant, un peu comme Scorpius avant qu'ils ne se mettent ensemble. Jane était beaucoup plus souriante, ouverte. C'était, de l'avis de Rose, surprenant qu'Hayden ne soit pas plus posé et détendu en présence de sa future femme.
- On va très bien, la rassura Jane. On a beaucoup de choses à faire pour le mariage, et Hayden n'a pas beaucoup de jours de congés, mais on s'en sort. Heureusement que tes parents sont là pour nous aider !
Hayden hocha la tête, perdu dans la contemplation du menu.
- Tes parents sont aux États-Unis ? s'enquit Rose.
Le sourire de Jane s'effaça un peu.
- Ils ne supportent pas bien le fait que le mariage a lieu ici, avoua-t-elle à demi-mots. Bien sûr, ils seront présents, mais… ils ne s'investissent pas énormément, avoua la future mariée. Heureusement qu'on part s'installer aux États-Unis ensuite, cela les rassure un peu de savoir qu'on sera plus proches d'eux par la suite.
Rose grimaça, compatissante. Elle ne s'en remettrait pas, si ses parents ne se mêlaient pas de son mariage.
- Mais parlons d'autre chose ! suggéra Jane alors que le serveur venait s'enquérir des plats qu'ils commandaient.
- Volontiers, souffla Hayden.
Rose lui lança un regard surpris, qu'il ne perçut pas. Scorpius la rassura d'un signe de tête. Apparemment, c'était habituel, de la part d'Hayden, de ne pas s'intéresser outre mesure à son propre mariage.
- Alors, à quelle cousine est-ce que tu faisais allusion ? demanda Jane à Rose. Quand tu disais que tu avais proposé à une de tes cousines de te joindre à nous.
- Oh. À Lily, la dernière fille de mon oncle Harry et ma tante Ginny. Elle n'est pas souvent en Angleterre, mais elle risque de rester un moment. Je ne sais pas si tu sais de qui il s'agit. Elle était présente lors de la soirée où nous nous sommes rencontrés…
- Bien sûr que je vois de qui il s'agit ! Elle était avec Hayden lorsque je l'ai cherché pendant vingt minutes ! Tu te souviens ? sourit Jane en regardant son fiancé.
Lequel avait crispé sa main autour de sa fourchette. Heureusement pour lui que Lily n'était pas venue, finalement. Il n'aurait pas supporté de l'avoir à la même table que lui, encore moins si Rose avait prévu d'inviter un collègue dans l'optique de les mettre en couple.
Dans le même temps, son cerveau analysait la situation, et réalisait que si Rose voulait que Lily rencontre son collègue, cela signifiait qu'elle était célibataire.
Hayden craignit un instant que son geste et ses pensées ne fussent pas passés inaperçus, mais il réalisa rapidement que c'était tout autre chose qui intéressait Rose… mais également Scorpius.
Ce fut d'ailleurs ce dernier qui prit la parole.
- Qu'est-ce que tu faisais avec Lily Potter ? s'étonna ce dernier.
Et Rose n'aurait pas réussi à montrer plus d'étonnement dans sa question, si c'était elle qui l'avait posée.
Hayden haussa les épaules, plus que désireux d'écourter cette conversation. Elle s'aventurait sur des pentes dangereuses, et il n'était pas certain d'éviter la dégringolade. Malheureusement pour lui, Jane ne paraissait pas prête à laisser le sujet de côté.
- Hayden me disait qu'ils avaient une vieille histoire à régler. Mais, maintenant que j'y pense, tu ne m'as jamais expliqué en quoi consistait cette histoire…
Si Rose avait pu écarquiller plus que cela les yeux de surprise, elle l'aurait fait. Scorpius, de son côté, ne comprenait pas grand-chose à ce qui se passait. Jamais Hayden ne lui avait dit qu'il avait le moindre lien avec Lily Potter, même pour une vieille histoire à régler. Il n'avait jamais eu la moindre affaire à régler avec Lily Potter.
- Quidditch, marmonna rapidement Hayden, alors que les plats étaient servis.
- Quidditch ? répéta Rose.
- En septième année, je l'ai envoyée à l'infirmerie, lors du match qui nous opposait. Elle a longtemps cru que je l'avais fait exprès, et d'autres élèves de septième année ont poussé la croyance dans ce but. Je tenais à la rassurer, et à lui dire que jamais je n'envoyais des personnes à l'infirmerie exprès, lors d'un match de Quidditch.
Leurs plats furent servis à ce moment-là, offrant un bref moment de répit à Hayden, qui réalisait que les mensonges lui venaient toujours avec la même facilité déconcertante lorsqu'il s'agissait de Lily et lui.
- Alors, j'ai voulu profiter de cet instant pour tirer cette histoire au clair, et lui dire que non, je ne l'avais pas visée exprès. Je visais le poursuiveur. Fin de l'histoire.
Il se mit à manger son plat, imité par Jane, puis par Scorpius, avec plus de réticence. Rose, elle, restait immobile, quitte à ce que son plat se refroidisse – une hérésie pour une Weasley.
- Et il t'a fallu sept ans pour venir à bout de ce différend ? s'étonna-t-elle. Surtout que, connaissant Lily, elle n'en avait rien à faire. Au contraire, être blessée au Quidditch, pour elle, c'était un entraînement au métier d'Auror.
Hayden haussa les épaules, vaguement, espérant que sa réaction n'entraînerait pas plus de questions.
Rose se mordit la lèvre, avant de finalement abandonner la discussion. Quelque chose, son instinct sûrement, lui soufflait qu'elle n'obtiendrait pas la moindre information de plus de la part d'Hayden. Mais ce n'était pas clair, et elle le sentait. Il y avait strangulot sous roche.
Le repas se passa sans le moindre accroc, Rose et Jane monopolisant toute la conversation, au plus grand bonheur d'Hayden. Il n'avait aucune envie que Rose se remette à lui parler de Lily et de leur affaire à régler, car il sentait que son mensonge ne l'avait pas convaincue. Il était persuadé que Rose allait faire part de ses doutes à Scorpius, et il n'était pas improbable qu'il réalise que Rose avait raison, et qu'Hayden ne leur avait pas du tout fourni la vérité.
Il allait devoir se montrer très convaincant, si jamais ils le questionnaient à nouveau.
Heureusement, cela n'arriva pas, et il savait que Jane ne se doutait pas que ses réponses étaient des mensonges. Jane avait toujours trouvé son fiancé intègre, et incapable de mentir. Si seulement elle savait…
- Il faut qu'on y aille ! souffla Jane en regardant sa montre. Nous avons un rendez-vous pour nos tenues aujourd'hui.
Elle paraissait excitée, à l'inverse d'Hayden, qui, comme à chaque fois que Rose l'avait vu, restait stoïque.
Ils se levèrent rapidement après leur dessert terminé.
- Laissez-moi l'addition, suggéra Scorpius. Tu me rembourseras plus tard, si vous êtes pressés, dit-il à Hayden.
- Merci, répondit le futur marié. Rose, au revoir.
- Oui, à bientôt, Rose ! souffla Jane en suivant Hayden.
Rose et Scorpius se retrouvèrent seuls à leur table, leur dessert à peine entamé. Ils le mangèrent en silence, Rose était plongée dans ses pensées.
- Dis ce que tu as sur le cœur, souffla Scorpius. Il y a quelque chose qui t'ennuie, je le sens bien.
- Eh bien…
Elle se mordit la lèvre, et regarda Scorpius avec hésitation.
- C'était bizarre, cette histoire de Quidditch, non ?
Scorpius ne répondit pas immédiatement et, lorsqu'il le fit, ce fut pour poser une autre question à la jeune femme.
- C'est ce qui te marque le plus dans cette conversation ?
- Disons que je connais ma cousine, et que je ne la vois pas lui en vouloir pendant sept ans pour une histoire de Quidditch… surtout si le match a été joué dans des conditions fair-play. Et il me semble que c'était le cas, dit Rose avec précaution. Pourquoi, autre chose t'ennuie, toi ?
Scorpius avala une gorgée du thé qui leur avait été servi, puis hocha la tête.
- Je connais Hayden depuis des années. Par bien des égards, il me ressemble. Difficile de lui soutirer des informations, peu enclin à montrer ses sentiments…
Rose sourit, attendrie.
- Mais aujourd'hui, plus j'écoutais Jane parler de leur mariage, et plus je voyais Hayden s'assombrir. Je le trouvais enthousiaste au début de l'annonce de leur mariage, mais depuis quelques jours, je le trouve… complètement ailleurs. Comme si, soudainement, il regrettait.
Rose ne souriait plus du tout, à présent.
- Tu crois qu'il regrette ? souffla-t-elle, abasourdie.
Scorpius secoua la tête.
- J'en suis certain, pour être totalement transparent avec toi.
Il reprit une gorgée de thé, sans que Rose ne l'imite. Elle ne se remettait pas de ce que lui annonçait son compagnon.
- Sauf que je connais Hayden, répéta Scorpius. Lorsqu'il regrette quelque chose, je sais pourquoi.
- Et là, pourquoi il regrette ? demanda Rose, accrochée aux lèvres de Scorpius.
Scorpius s'assombrit à son tour. Il jeta un coup d'œil autour d'eux, comme s'il s'inquiétait d'être entendu, alors qu'il n'avait jamais pris cette précaution depuis le début de leur échange.
- C'est bien ça le problème. Je n'en ai pas la moindre idée.
Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises.
Alors, ce confinement, ça va toujours ? Moi, ça va, hein. J'attends de voir si on sort ou pas le 11 mai. Je n'y crois que partiellement, ça doit être ma nature pessimiste qui veut ça.
Que dire sur ce chapitre ? Il est un peu plus mou que celui de la semaine dernière, c'est normal dans un sens. Promis, ça recommence à bouger dès la semaine prochaine ! Mais il faut forcément ces chapitres de transition, pour que tout soit posé correctement :) Et je crois qu'il n'est pas trop ennuyeux pour autant, donc j'espère que vous avez apprécié sa lecture un peu, tout de même.
Est-il nécessaire de le rappeler ? Oui ? D'accord. DelfineNotPadfoot a bien évidemment corrigé ce chapitre également, je crois d'ailleurs que c'est celui-ci où elle m'a demandé de laisser plus de fautes, parce qu'elle s'ennuyait, à force, dans sa lecture... Des fois, ça m'arrive de ne pas faire trop de fautes, eh eh.
Merci à toutes et tous pour vos reviews, anciennes lectrices et anciens lecteurs, mais également à tous les nouveaux ! Certains ont atterri alors qu'ils terminaient juste de lire mes anciens récits, vous avez de la chance de ne pas avoir attendu deux ans comme certains. Bienvenue à tous, et je vous dis à lundi prochain, sans faute, pour le chapitre 7.
Méfaits accomplis.
