Disclaimer : Harry Potter appartient entièrement et uniquement à J.K. Rowling. Je ne fais qu'écrire des fanfictions dessus à mes heures perdues.


Chapitre VII

Samedi 14 Février 2026 – Château de Poudlard

Lily attendait Hayden dans une salle désaffectée de la tour ouest du château. La nuit était déjà bien avancée, et elle était installée depuis plus d'une heure, à la fenêtre, une jambe dans le vide, l'autre repliée. Elle avait un paquet de cigarettes avec elle, mais elle l'avait bientôt terminé et, qui plus est, elle n'osait pas trop fumer à l'intérieur, de peur que l'odeur soit reniflée par Miss Teigne, et que le concierge ne rapplique.

Elle posa sa tête contre le mur, épuisée par sa journée.

La porte s'ouvrit.

Elle ouvrit immédiatement un œil, avant de le refermer lorsqu'elle reconnut Hayden.

- Salut, murmura-t-elle.

Elle entendit la serrure qui se verrouillait, et elle sentit plus qu'elle n'entendit le garçon se rapprocher. Il l'embrassa sur le front. Elle sourit.

- Joyeuse St Valentin !

Elle se rembrunit aussitôt. Elle ouvrit les yeux, pour apercevoir un sourire sincère et moqueur sur le visage du garçon.

- Doux Merlin, j'ai créé un monstre, souffla Lily. Tu fais de l'humour !

Hayden choisit de ne pas répondre.

- Joyeux anniversaire.

Cette fois, Lily se concentra. Elle se redressa, et fit pendre ses deux jambes dans le vide.

- Je déteste le fait que mon anniversaire tombe le jour de la St Valentin, pesta-t-elle. On l'oublie tout le temps.

- Je ne l'ai pas oublié ! lui souffla Hayden. Et c'est le plus important, non ?

Lily rougit légèrement, avant d'acquiescer. Il était vrai que cela la touchait plus que ce qu'elle voulait bien avouer qu'Hayden pense à son anniversaire.

- D'ailleurs… Comment est-ce que tu as su que c'était aujourd'hui ? Je ne crois pas te l'avoir dit…

- J'ai mené mon enquête, assura Hayden. Et tu n'en sauras pas plus, car si je te confie tous mes secrets, je ne pourrai plus te surprendre.

Lily accepta le secret, même si cela tiraillait sa curiosité. Depuis quand Hayden devenait aussi taquin, aussi amusé par un rien ?

- J'ai le droit à un cadeau ? demanda-t-elle, surexcitée.

- Est-ce que tu l'as mérité ? s'enquit-il avec sérieux.

- Bien sûr ! s'offusqua-t-elle.

- Je n'en suis pas certain…

Elle leva les yeux au ciel, et sauta souplement sur ses pieds, avant de glisser ses mains sur la nuque d'Hayden et de l'embrasser.

- Et maintenant, je l'ai mérité ? bougonna-t-elle.

Il éclata de rire. Comme à chaque fois, Lily écoutait ce rire avec joie, parce qu'elle savait qu'il était rare qu'Hayden rie, et elle savait que si elle avait la chance de l'entendre rire, c'est parce qu'il estimait qu'elle en était digne de confiance. Alors, elle prenait pleinement conscience de sa chance.

- Oui, tu l'as mérité. Tiens.

Il lui tendit un paquet cadeau souple, emballé maladroitement, et elle aima l'idée qu'il l'ait fait lui-même, plutôt que de demander à un Elfe de maison de le faire pour lui.

Elle défit le paquet sans aucune délicatesse, et tomba nez à nez avec une superbe veste en cuir. Le cuir était neuf, et elle se fit la promesse de la porter tous les jours, jusqu'à ce qu'il devienne usé, comme elle l'aimait.

- Elle est superbe ! Tu l'as trouvée où ?

- Là où tu l'as vue pendant les vacances de Noël. Lorsqu'on s'est retrouvés du côté Moldu, avoua Hayden en se frottant les mains l'une contre l'autre. J'ai vu que tu l'avais repérée, et… je suis retourné l'acheter, pour te l'offrir pour ton anniversaire. J'ai rajouté des poches, je sais que t'aimes bien les remplir.

- Tu avais remarqué ?! s'exclama Lily avec surprise.

Hayden hocha la tête, gêné de l'importance que Lily portait au fait qu'il ait pu l'observer, noter dans sa tête le détail du vêtement qu'elle avait vu, et ensuite lui acheter, pour lui offrir presque deux mois plus tard. En ajoutant les détails qu'elle appréciait, qui plus est.

Elle défit la fermeture éclair, et enfila la veste immédiatement.

- Elle est presque… trop neuve, souffla Lily. Il va falloir que je la mette tous les jours pour que le cuir s'use un peu. Merci, Hayden…

Elle l'embrassa à nouveau. Mais contrairement à ce qu'elle avait cru, il n'était pas détendu en sa présence. Il paraissait toujours stressé.

- Qu'est-ce qu'il y a ? s'inquiéta-t-elle. Quelqu'un t'a vu, tu as…

- Non, non ! la rassura Hayden. C'est juste… La veste n'est pas l'unique cadeau que je te fais, avoua Hayden. Dans une des poches intérieures, il y a un parchemin, et… Non ! Ne va pas le récupérer tout de suite, l'interrompit-il.

Lily suspendit son geste, étonnée par la véhémence d'Hayden. Et sa nervosité.

En fait, par tous les sentiments qui le traversaient et qu'il lui montrait comme jamais encore il ne lui avait montré.

Elle reposa doucement sa main, l'éloignant de la poche.

- D'accord, souffla-t-elle. Continue.

- Euh, voilà, alors, sur ce parchemin, il y a quelques mots que… En fait, je…

Lily, pour une fois, ne le poussa pas à parler. Hayden paraissait au supplice et, en même temps, semblait avoir très envie de se confier. Alors, elle prit sur elle pour ne pas parler, ce qui était une première dans leur relation. Son instinct lui soufflait que cet instant n'était que pour le garçon. C'était à lui de prendre la décision de parler. Alors, elle prit sur elle, et se tut.

- J'aime bien écrire, marmonna le garçon d'une toute petite voix.

Si petite que Lily crut avoir mal entendu. Mais sur ses joues, une teinte rose à peine perceptible s'étalait.

- Et je n'en ai jamais parlé à personne, ajouta Hayden. On n'a pas la fibre artistique dans ma famille, et ce n'est pas un passe-temps utile, donc… ce n'est pas dans nos priorités de les exploiter, les découvrir. Mais j'ai écrit, et je sais que toi, tu ne te moqueras pas, et j'avais envie que tu me… lises, termina Hayden avec difficulté.

Pendant d'assez longues secondes, Lily ne sut comment réagir. Elle savait qu'Hayden manquait de confiance en lui, qu'il évitait souvent de parler de lui et de ce qu'il aimait faire, par peur qu'elle se moque – alors qu'en réalité, elle n'avait jamais envie de se moquer de lui pour ce qu'il aimait ou faisait de sa propre initiative.

Hayden ne la regardait pas, ses yeux fixés sur leurs chaussures.

Lily se blottit contre son torse, et enroula ses bras autour du jeune homme, jusqu'à ce qu'il lui rende son étreinte.

- Merci, souffla-t-elle. Merci pour ta confiance. Je te jure que je ne vais pas la briser.

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Mardi 27 avril 2032 – Pub des Trois Sorciers

Rhéa Pye avait finalement réussi à convaincre Hayden Zabini de l'accompagner pour boire une Bièraubeurre un soir en sortant du travail. Elle avait dû user de stratagèmes divers et variés, le menacer de ne pas le laisser l'accompagner sur des patients intéressants, lui promettre les pires corvées, et le faire chanter pour qu'il se décide finalement à l'accompagner.

- Tu sais, certains vont croire que tu fais du favoritisme, en n'allant boire des pintes qu'avec moi, l'avertit Hayden. Surtout que tu es ma supérieure.

Rhéa haussa les épaules.

- Je suis trop âgée pour me préoccuper des commérages, dit-elle simplement. Et qui plus est, tu vas bientôt nous quitter, alors j'ai bien le droit de t'inviter à boire un verre, il n'y aura bientôt plus de quoi commérer.

Ce qui n'était pas entièrement vrai, mais elle savait surtout qu'avec Hayden, elle pourrait parler sans qu'il ne l'interrompe.

Il avait un côté rassurant, avec son mutisme. Il ne parlait jamais pour rien dire, et c'était une qualité qu'appréciait Rhéa, même si, parfois, elle aurait apprécié qu'il se confie un peu plus, et se sente moins obligé d'être aussi sérieux au travail.

Ils entrèrent dans un pub à l'écart du Chemin de Traverse, où moins de sorciers se rendaient. Le Chaudron Baveur, à la sortie du travail, était intenable. Ceux qui y mangeaient, y buvaient ou y transitaient, rendaient le lieu détestable, bruyant et peu accueillant aux yeux d'Hayden.

Ils s'accoudèrent au comptoir, ravis de constater qu'il y avait peu de monde. Le pub était plongé dans la pénombre, empêchant de réellement distinguer les personnes qui étaient déjà attablées. Un léger fond sonore de discussions leur parvenait, leur indiquant toutefois qu'ils n'étaient pas seuls dans le lieu.

Ils commandèrent chacun une Bièraubeurre, avant d'attendre patiemment leurs boissons.

- Alors, les préparatifs du mariage, ça avance ? demanda Rhéa. Tu n'avais pas l'air très impliqué, la dernière fois qu'on en a parlé…

Hayden laissa son esprit vagabonder quelques secondes avant de répondre à sa supérieure.

- Ça avance. Je ne suis pas très intéressé par tous les choix que nous devons faire, pour être transparent avec toi. Je ne comprends réellement pas l'intérêt de faire une telle fête. J'aurais préféré quelque chose de plus intime, avec une vingtaine de personnes maximum, mais là… tout prend des proportions énormes. Vivement que ce soit terminé.

Rhéa hocha la tête, compréhensive. Elle-même n'aimait pas organiser des fêtes, alors, un mariage…

- Heureusement qu'on n'a pas de problèmes d'argent chez nous, souffla Hayden. Je peux laisser libre court à l'imagination de Jane, sans me questionner sur le prix. Qu'elle mette tout ce qu'elle veut dans le mariage. Et puis, ça coûtera ce que ça doit coûter…

Rhéa grimaça, et saisit sa choppe de Bièraubeurre.

- Tu sais, je ne crois pas que ça doive se passer comme ça. Il faut quand même que tu t'intéresses un minimum à ce que tu choisis pour le jour de ton mariage.

- C'est ce qu'a l'air de penser l'organisatrice du mariage également, grommela Hayden. Mais moi… Bon. Le mariage, c'est surtout pour officialiser notre histoire. Parce que Jane en avait envie, aussi, mais surtout pour que notre relation paraisse plus… solide.

Rhéa manqua s'étouffer avec sa boisson.

- Tu t'entends ? s'esclaffa-t-elle. On dirait que le jour de ton mariage va être une exécution. Et pas n'importe laquelle, sinon la tienne !

Hayden soupira, et se frotta les yeux.

- Ce n'est pas ça, c'est simplement…

Il regarda sa Bièraubeurre.

- Non, rien. Je crois simplement que je gère le stress du mariage de cette manière, éluda-t-il.

Rhéa acquiesça, soudainement compréhensive. Hayden réalisait petit à petit qu'il pouvait tout mettre sur le compte du stress lié au mariage et qu'alors, chacune de ses réactions semblait normale pour ses interlocuteurs. Plus il disait être stressé, plus les personnes à qui il s'adressait étaient compréhensives. Il allait se servir de cette excuse jusqu'au jour de son mariage.

La réalité était quelque peu différente.

Plus les jours avançaient, et plus le visage de Lily Potter le hantait. À chaque fois qu'il regardait Jane, il voyait d'abord Lily. À chaque fois qu'il allait au travail, il voyait l'Auror, dans la salle de consultation du Guérisseur Rakepick, et son infection à la magie noire. Lorsqu'il songeait au mariage, il se demandait pourquoi il se mariait. Lorsqu'il était chez lui, il revoyait les fois où elle était venue, lorsque toute sa famille était absente.

Ensuite, il songeait à cette fois où elle était venue alors que toute sa famille ou presque était présente.

Et alors, violemment, durement, la trahison de Lily lui revenait en plein visage, et il avait une folle envie de hurler, de s'arracher la peau avec les ongles, et de se jeter dans les bras de Jane qui, elle, n'était pas Auror. Ne le trahirait pas. N'afficherait pas le mépris de Lily. N'avait pas la fougue de la Potter, n'avait rien à voir avec elle, et était tellement plus calme qu'Hayden en avait oublié ce qu'il ressentait, lorsque Lily était à côté de lui, et qu'elle le forçait à sortir de sa zone de confort.

Mais ça, il ne pouvait le dire à personne.

Ou, plutôt, il ne pouvait en parler qu'à une seule personne.

Lily Luna Potter.

Malheureusement, elle était aussi la source de ses doutes, et il refusait de lui adresser la parole, sauf contraint et forcé.

Tout du moins essayait-il de s'en convaincre.

- Oui, j'imagine que ça doit être stressant… Je ne sais pas si j'aimerais vivre ça, en y réfléchissant, marmonna Rhéa.

- Oh, souffla Hayden. Cela me fait réaliser que je ne t'ai jamais demandé ce qui s'était passé entre Alban et toi. Vous n'êtes plus ensemble depuis combien de temps ?

- Quelques mois, reconnut Rhéa.

- Merlin. Je ne suis vraiment pas observateur, je n'ai pas réalisé quand ça s'est produit. Désolé pour ça.

Rhéa balaya ses excuses d'un geste de la main.

- Ne t'en fais pas. Je n'ai pas fait étalage de ma vie privée non plus, personne ne s'en est réellement rendu compte. À vrai dire, ça s'est juste fait comme ça. Mais il a un peu de mal à comprendre que c'est réellement terminé, et il est parfois un peu trop… envahissant. Ce qui fait que j'ai un peu de mal à vraiment passer à autre chose, puisqu'il apparaît soudainement dans mon quotidien sans que je n'aie rien demandé, avoua-t-elle avec colère.

- C'est plutôt inquiétant, comme comportement, dit Hayden avec un froncement de sourcils.

Rhéa grimaça.

- Quand on parle du Kelpy…

Hayden se retourna pour suivre le regard de sa responsable. Une silhouette venait d'entrer dans le pub, et effectivement, elle ressemblait à l'homme que Rhéa avait fréquenté, et qu'Hayden pensait voir à son mariage, avant d'apprendre que Rhéa et Alban n'étaient plus ensemble.

Plus les préparatifs avançaient, et plus Hayden en avait marre de devoir jongler entre les envies de chacun, les changements de plan de mariage, les invités surprises et ceux qui ne venaient finalement plus, et qui débarquaient dans le pub où il voulait simplement boire une Bièraubeurre avec sa responsable.

- Bonjour, les salua Alban McConnelly.

- Bonjour, répondit sobrement Hayden.

Alban ne le regardait même pas, à vrai dire.

- Bonsoir, grommela Rhéa. Je suis avec un collègue, ce soir, alors…

- Ce ne sera pas long, lui assura Alban.

Il se posta entre Hayden et Rhéa, cachant la vue à Hayden.

- Rassure-moi, souffla Rhéa, tu ne m'as pas suivie quand je suis sortie du travail ?

- Non, bien sûr ! rit Alban. Je n'aurais pas fait ça.

- Non, bien évidemment. Alors que tu as passé ton temps à m'envoyer des hiboux, malgré ma demande incessante de ne plus le faire…

- Tu me connais, je suis obstiné.

- Et ça en devient gênant, lui affirma Rhéa avec assurance. Il faut que tu arrêtes maintenant.

- Je veux simplement discuter, lui affirma Alban. Comprendre notre rupture, et te convaincre que…

Rhéa renifla.

- Justement, c'est là où ça pose problème. Arrête de vouloir me convaincre, souffla-t-elle.

Hayden était particulièrement mal à l'aise de la situation. Tout d'abord, il estimait qu'il n'avait pas à entrer dans l'intimité de sa supérieure d'une telle manière, sans qu'elle ne l'ait invité. Ensuite, il n'aimait pas se mêler des histoires des autres. Mais, surtout, il sentait un mal-être certain dans l'attitude de Rhéa, et il n'aimait pas la suffisance qui se dégageait d'Alban, et le fait qu'il ne réalise pas que Rhéa ne voulait définitivement pas de lui dans ces circonstances.

Il détestait ne rien faire, mais ne semblait pas savoir comment la seconder dans une telle situation. Il n'avait jamais eu à la vivre, ou à la faire subir à quelqu'un.

- Alban, je suis avec un collègue et ami.

Hayden n'aurait peut-être pas utilisé ce terme, au vu du peu d'informations personnelles qu'il offrait à Rhéa, mais apparemment, cela suffisait à la Guérisseuse pour le considérer comme un ami.

- On boit une Bièraubeurre, on discute, on s'amuse.

Elle exagérait peut-être le cadre de leur rencontre, surtout qu'Hayden n'était pas une personne qui riait énormément.

- Je t'ai déjà dit que je ne voulais pas te parler, alors, s'il te plaît, laisse-moi.

- Une dernière conversation ! la supplia Alban, pressant.

Hayden se décida à agir. Il posa une main sur l'épaule d'Alban, qui se dégagea rapidement, en lui lançant un regard assassin.

- Toi, reste en dehors de ça. Vraiment, ça ne te regarde pas. C'est entre Rhéa et moi.

- Eh bien, je suis présent également, et tu nous déranges, donc, si, ça me concerne.

- Vraiment pas, siffla Alban, en faisant comprendre à Hayden qu'il ferait mieux de rester en dehors de cette conversation.

Hayden laissa glisser son regard sur le bras de l'homme. Il tenait sa baguette, sa main crispée dessus.

Il avait rencontré Alban brièvement, et n'aurait pas cru qu'il pouvait être colérique. Seulement, il n'arrivait pas à surmonter la rupture, ou, pour toute autre raison, semblait décidé à ne pas laisser Rhéa partir tant qu'il ne l'aurait pas décidé.

Hayden se leva et recula d'un pas, se demandant ce qu'il convenait de faire.

Le barman, derrière le bar, prit une décision pour lui. Il leva un bras, comme pour appeler quelqu'un. Alban, trop occupé à discuter avec Rhéa, ou, tout du moins, à la forcer à l'écouter, ne s'en rendit pas compte, au soulagement d'Hayden.

Soulagement qui fut d'une courte durée lorsqu'il réalisa que la personne qu'avait appelée le barman n'était nulle autre que Lily Potter, qui, jusqu'à présent, devait occuper une table dans la pénombre du pub.

La malchance se jouait de Hayden. Lui qui voulait se trouver à des milliers de kilomètres de Lily n'arrêtait pas de la croiser. Par Merlin, si elle appartenait à l'unité des affaires étrangères, pourquoi est-ce qu'elle était toujours présente ? Il était grand temps qu'elle s'en aille, qu'elle retourne visiter d'autres pays, et qu'ils ne se croisent plus, comme ils l'avaient fait durant deux ans.

L'Auror portait, comme toujours, sa veste en cuir, qu'elle n'avait plus quittée depuis le jour de ses dix-huit ans.

Elle jeta un bref coup d'œil à Hayden, avant de détourner le regard. Pour la première fois, Hayden vit de la gêne dans les yeux de Lily, lorsqu'elle le regardait. Il n'aurait jamais cru que cela arriverait.

Et, en même temps, est-ce qu'il n'avait pas fait en sorte que cela arrive ?

L'Auror analysait déjà la situation. L'homme devant Rhéa, qui la pressait de parler. Rhéa qui se reculait sur son tabouret, serrant sa chope de Bièraubeurre, et essayant toujours de faire comprendre à Alban qu'elle ne voulait pas poursuivre cette discussion.

- Il y a un problème ? s'enquit Lily en se postant à côté de Rhéa.

La Guérisseuse la regarda avec surprise. Elle ne l'avait pas vue arriver, de toute évidence, mais elle appréciait son intervention soudaine.

- Aucun, assura Alban. Nous discutons juste. Merci de la sollicitude, mais nous n'avons pas besoin que vous restiez.

Lily renifla, amusée.

- Une discussion entre adultes consentants, j'imagine ?

Alban lui jeta un regard noir et, Hayden, en retrait de la scène, réalisa que cette réaction n'allait pas plaire à Lily.

- Je ne vois pas en quoi ça vous regarde. Merci de nous laisser.

- Je n'ai pas envie de vous laisser, dit Lily. Et je n'ai pas l'impression qu'elle ait envie que je parte, ou que vous restiez… Et c'est également le cas de l'homme derrière le bar, qui vient de m'appeler pour régler cette situation.

Alban glissa son regard sur Lily, puis sur Rhéa, et enfin sur le barman, avant de regarder à nouveau Lily. Un sourire moqueur étira ses lèvres.

- Je pense qu'il s'agit d'un grand malentendu. Mais par curiosité, comment régleriez-vous cette situation, s'il ne s'agissait pas d'un malentendu ?

Ce fut au tour de Lily de sourire.

Elle fouilla dans sa poche gauche, pour en sortir un badge que Hayden reconnut sans peine, puisqu'il avait fêté avec Lily son obtention, quelques années plus tôt.

- Avec l'autorité judiciaire dont je dispose. Auror Potter, enchantée. Ouais, comme le fameux Harry Potter, insista Lily en voyant la peau d'Alban blanchir quelque peu. Voici ce que je vous propose. Vous disparaissez rapidement sans faire de vagues, ou je vais devoir pousser un peu plus les recherches sur votre situation, Alban McConnelly. Il se trouve que je connais votre nom, et vous savez très bien pourquoi. Ce n'est pas de bon ton qu'une Auror des affaires étrangères regarde de trop près votre dossier, c'est plutôt mauvais pour le commerce… Alors, qu'est-ce que vous décidez ? termina Lily avec un sourire étincelant.

Cependant, si elle arborait un grand sourire, son regard, lui, était glacial. Hayden l'avait vue l'utiliser à maintes reprises, contre des camarades qui ne respectaient pas son intimité, ou son besoin de tranquillité. Elle avait appris à faire passer des messages clairement par le regard, sans que personne ne conteste son autorité. Et depuis qu'elle était Auror, elle avait pu s'entraîner à ce que ce regard soit bien plus menaçant.

- Je vais y aller, marmonna Alban.

- Sage décision, acquiesça Lily.

Lily leva le verre qu'elle tenait à la main, comme un signe d'adieu.

L'homme quitta le pub sans un regard en arrière.

- Merci, Lily, souffla le barman.

- De rien, Lorcan. En revanche, j'ai l'impression qu'à chaque fois que je viens dans ton pub, il y a un problème, se moqua-t-elle.

Elle termina sa Bièraubeurre, et posa son verre sur le comptoir.

- Je t'en remets une ?

- S'il te plaît, oui.

- Je vous la paie, proposa spontanément Rhéa.

Lily grimaça.

- Non, vraiment pas…

- J'insiste ! Alban ne comprend jamais quand il va trop loin, et il avait besoin d'une remise à sa place, que vous lui avez donnée. Je n'aurais jamais eu le courage de le faire, et lorsqu'Hayden l'a touché, il s'en est moqué également. Sans vous, j'étais partie pour encore des semaines à essayer de me dépêtrer de lui, alors que là, vous semblez lui avoir fait assez peur pour qu'il me laisse tranquille pour toujours…

- En fait, ce n'est pas la peine que vous me la payiez, parce que Lorcan m'offre toujours mes boissons…, expliqua Lily avec un sourire entendu.

Un reniflement dédaigneux échappa malgré lui à Hayden. Évidemment. Elle était une Potter. Elle avait droit à des privilèges auxquels les autres sorciers ne pouvaient prétendre.

Le regard de Lily glissa sur Hayden.

Elle n'était pas à sa place ici, il fallait qu'elle se sorte de ce mauvais pas rapidement, si elle ne voulait pas qu'Hayden lui en veuille encore plus qu'il ne lui en voulait déjà. Lily ne pouvait pas supporter qu'il soit aussi proche d'elle en dégageant autant de négativité envers elle.

Elle tira nerveusement sur une mèche de cheveux.

- Lorcan, est-ce que je peux fumer ? demanda-t-elle au barman.

Il acquiesça tout en lui servant sa Bièraubeurre, qu'il posa sur le comptoir.

Elle fouilla dans une poche de sa veste, en sortit une cigarette qu'elle alluma d'un habile geste de baguette magique avant de récupérer la Bièraubeurre.

- Merci, murmura-t-elle en reculant d'un pas.

Elle jeta un regard presque apeuré à Hayden.

Lequel était toujours immobile, comme soudainement incapable de bouger.

Lily connaissait bien cette attitude. C'était celle de la défense, lorsqu'il n'était pas certain de la manière dont il allait agir pour ne pas griller la couverture que lui et Lily avaient bâti durant des années. Lily hésita un instant, avant de finalement choisir de l'ignorer. Si Hayden décidait de ne pas participer à cette conversation, ce n'était plus son problème. Ils avaient fait semblant, pendant des années, de ne pas se connaître alors qu'ils vivaient une passion hors du commun. Il n'avait qu'à faire la même chose aujourd'hui, en remplaçant la passion amoureuse par la haine.

- Ce type… C'était votre ancien compagnon ? devina Lily.

Rhéa hocha la tête.

- Je croyais que tout s'était bien terminé, mais apparemment, il ne s'en est pas réellement remis… Heureusement que vous étiez là, encore une fois !

Cette phrase parut enfin sortir Hayden de sa torpeur.

- Qu'est-ce que tu fais là, d'ailleurs ?

- J'attends quelqu'un, éluda Lily. Et je m'assure qu'il n'y a pas de mages noirs cachés dans l'ombre du pub.

Un silence glacial tomba sur le trio. Lily rit nerveusement.

- Non, je plaisante. Il y a peu de risques qu'il y en ait. Normalement, précisa-t-elle en buvant une gorgée de boisson pour se donner contenance.

Rhéa l'imita. Hayden, lui, laissait sa boisson se réchauffer. Il oscillait entre demander à Lily de s'en aller, et la curiosité de connaître la véritable raison de sa présence ici.

- Et du coup, vous n'êtes plus intéressée par lui ? devina Lily, s'adressant à nouveau à Rhéa. Alban McConnelly, je veux dire.

- Euh… Non, reconnut la Guérisseuse. D'ailleurs, comment est-ce que vous le connaissez ?

Lily eut un sourire entendu.

- Secrets d'Auror. Ça peut toujours m'être utile dans des situations comme celle-ci. J'ai appris cette astuce par mon grand frère, James, lorsqu'il était encore Auror. Vous vous souvenez de lui, pas vrai ? termina Lily avec trop d'innocence pour que ça soit naturel.

Rhéa rougit légèrement, et détourna le regard de l'Auror.

Trop tard, cependant, pour que Lily ne perçoive pas sa gêne.

- Permettez-moi d'être directe, marmonna Lily en terminant sa Bièraubeurre rapidement. Mais disons que je suis assez bonne observatrice, et que j'arrive généralement à remarquer lorsque des personnes sont intéressées par d'autres personnes.

Rhéa se racla la gorge. Hayden, lui, écoutait Lily avec fascination. Il se souvenait du nombre de fois où elle avait mis au pied du mur des camarades de Poudlard, pour leur demander pourquoi ils ne s'avouaient pas leurs sentiments.

Elle avait toujours été perspicace pour ce genre de choses.

Sauf lorsqu'il s'agissait d'elle-même.

Rhéa ne regardait toujours pas Lily dans les yeux.

- À quel point est-ce que mon frère vous intéresse ? demanda froidement Lily.

Toute couleur quitta les jours de Rhéa. Elle tenta de se défendre dans un filet de voix.

- Pas la peine de mentir, la rassura Lily. Je le sais, je le vois. C'était assez flagrant, et je ne vous ai vue que quelques minutes en sa compagnie, alors que vous examiniez sa fille. Mais il n'y avait pas besoin de beaucoup plus.

Rhéa balbutia quelques mots indistincts. Lily ne prit même pas la peine de les écouter. Elle jeta un coup d'œil à Hayden, qui ne paraissait pas si surpris de la révélation de son ex petite amie. Il avait lui-même remarqué que Rhéa n'était pas dans son état normal, à la fin de la consultation à laquelle il avait assistée, mais il avait alors dû mener Lily jusqu'au Guérisseur Rakepick avant de pouvoir questionner Rhéa.

- Ce n'est pas un reproche que d'être attirée par lui. Il s'agit de mon frère, alors je lui trouve toujours les pires défauts, mais je veux aussi qu'il soit heureux. Alors, ma question, ce n'est pas pour vous faire un reproche, mais plutôt pour savoir si je vous aide, ou si je fais tout pour vous empêcher de l'approcher à nouveau.

La cigarette de Lily se consumait lentement, et Hayden avait une folle envie de fumer avec elle. Sauf que lorsqu'il avait rompu, il avait aussi arrêté de fumer. À vrai dire, il avait tout fait pour ne plus faire ce qui lui rappelait Lily, et il s'en était plutôt bien sorti. Mais l'addiction à la cigarette était plus forte que tout. C'est pour cela qu'il avait cédé si rapidement lorsqu'elle lui avait proposé une cigarette, chez les Nott.

Lily reprit la parole.

- Beaucoup de personnes se disent que si mon frère est père célibataire, c'est parce qu'il n'a pas fait le deuil de sa femme. C'est totalement faux. Ils étaient Aurors tous les deux, ils connaissaient les risques, et c'est Isabella qui en a fait les frais. Et c'est James qui a fait son deuil. Rapidement, parce qu'il a une fille à élever, et parce qu'il n'est pas le genre à se morfondre. Il a besoin d'avancer. Donc, pourquoi est-ce que mon frère est toujours célibataire ? Parce qu'il n'y a pas beaucoup de femmes qui aiment débarquer dans la vie d'un homme de vingt-huit ans qui a déjà un enfant. Et parce qu'elles pensent qu'il est toujours amoureux d'Isabella. Mais… il est passé au-dessus de ça depuis longtemps. Maintenant, est-ce que vous, vous êtes prête à passer au-dessus de ça ?

Rhéa ne disait toujours rien. Mais elle avait levé les yeux, et regardait franchement Lily à présent. Elle n'avait pas d'argumentaire à fournir à la petite sœur de James Potter, mais elle avait tout de même sa fierté à lui montrer.

Lily fit disparaître sa cigarette, et fouilla dans ses poches. Seulement, au lieu d'en sortir une nouvelle cigarette, elle en sortit un billet.

- Vous aimez les Bizarr'Sisters ?

- Pardon ? demanda Rhéa.

- Le groupe de rock. Ils se sont reformés il y a peu, pour une dernière tournée, en hommage à leur mentor, décédée il y a quelques mois. Je devais y aller avec mon frère et un ami à lui, mais il se trouve que… je ne serai pas disponible, je dois rester au Bureau pour mon affaire actuelle. Je pensais revendre le billet, mais je peux vous le laisser… Si c'est pour une bonne cause. Le concert est dans trois jours.

Lorsque Lily devait défendre une personne qu'elle aimait, elle y mettait tout son cœur. Hayden l'avait remarqué, des années auparavant, parce que c'était pour lui qu'elle avait sorti les griffes, parfois. C'était pour lui qu'elle distribuait ses conseils, à lui qu'elle donnait des poussées de confiance en lui.

- J'aime bien les Bizarr'Sisters, murmura finalement Rhéa.

Lily sourit largement. Elle agita le billet, puis le posa sur le comptoir, avant de le glisser vers la Guérisseuse.

- Il est nominatif. Je préviendrai la sécurité que je vous l'ai donné.

Elle se tourna vers Hayden, gardant une expression neutre, alors qu'intérieurement, elle était déchirée, comme lacérée par une manticore.

- Je n'ai qu'un billet, désolée si cela t'intéressait également.

- Je suis déjà occupé ce soir-là. Dégustation des plats du mariage.

Rectification. Être neutre devant Hayden alors qu'il la détestait, ce n'était pas comme si une manticore la déchiquetait.

En revanche, l'entendre parler naturellement de son futur mariage était un véritable calvaire, qui la mettait au supplice, comme si des dizaines d'hippogriffes se mettaient à la lacérer.

- Bon, eh bien… Profitez bien du concert, Rhéa.

Lily posa sa chope vide, au moment où la porte du pub s'ouvrait à nouveau. Les regards se tournèrent immédiatement vers la nouvelle arrivante, et les discussions s'animèrent en la reconnaissant.

Ginny Potter entra, sa petite-fille dans les bras. Elle sourit en voyant sa fille, et s'approcha d'elle, l'embrassant sur la joue. Elle fronça les sourcils immédiatement.

- Tu as fumé.

- Comme tous les jours, maman, dit Lily en tendant les bras vers l'enfant. Salut, la plus jolie.

Eleanor passa des bras de sa grand-mère à ceux de sa tante sans hésitation. Lily récupéra le sac que tenait Ginny.

- Il y a toutes les affaires d'Eleanor pour trois jours. Merci encore de la garder. Je ne voulais pas accepter cet article, mais…

- Ne t'inquiète pas, maman, je la garderai jusqu'au retour de James, lui assura Lily.

- Fais attention en sortant, j'ai vu deux journalistes de Rita Skeeter qui rôdaient. On a réussi à la garder loin des photographes pendant deux ans et demi, fais en sorte que ça continue.

- Maman, je suis la plus apte de la famille à éviter les journalistes du Cœur des sorciers, lui fit remarquer Lily.

Ginny adressa un sourire amusé à sa fille, avant de redevenir sérieuse et de la pointer de l'index, menaçante.

- Et tu ne l'amènes pas au bureau des Aurors s'il y a des affaires trop sanglantes à traiter !

- Oui, maman, souffla Lily en levant les yeux au ciel.

- Sang ! s'écria Eleanor.

- Par la barbe de Merlin, grommela Ginny. Elle va devenir Auror, à ce rythme… Je file, mon Portoloin part dans trente minutes. Merci encore, Lily.

Elle embrassa sa petite-fille sur le front, sa fille sur la joue, puis disparut aussi vite qu'elle était arrivée. Lily laissa Eleanor jouer avec ses cheveux, avant de réajuster le sac qu'elle portait à l'épaule, et de se retourner vers les personnes qu'elle avait délaissées pendant son échange avec sa mère.

Le barman avait préparé une glace saveur patacitrouille pendant ce temps, et la tendit pour Eleanor.

- Elle est toujours aussi adorable, dit Lorcan en souriant doucement.

La fillette de deux ans et demi la saisit sans hésiter, babillant un vague « Merci » qui arracha un sourire plus franc à Lorcan.

Lily acquiesça.

- Une vraie princesse, qui sait exactement ce qu'elle veut, confirma Lily. Je vous souhaite une bonne soirée, ajouta-t-elle à Rhéa et Hayden.

Pendant un instant, Hayden vit énormément d'émotions passer dans les yeux noisette de Lily. Ses éclats verts brillèrent un peu plus intensément, lorsqu'elle regarda Hayden.

Soudainement, il ressentit avec violence les mêmes émotions que Lily, il en était certain. Les doutes, l'incertitude. La joie d'être l'un en face de l'autre, de réaliser qu'ils étaient dans la même pièce, en pleine forme. L'envie irrésistible de se souvenir de tout ce qu'ils avaient partagé. De se souvenir des sentiments éprouvés. Voire de les revivre.

Oui, les éclats verts dans ses yeux noisette avaient brillé intensément, en regardant Hayden. Jusqu'à finalement s'éteindre totalement, toujours en le regardant.

Il n'y avait plus que les regrets et remords. De ce qui avait été, et de ce qui ne serait plus. Et ça suffisait à faire s'éteindre la lueur dans ses yeux.

Et à changer le rythme cardiaque d'Hayden.

Sans un dernier regard, sans un mot en plus, Lily se détourna et suivit le même chemin que sa mère quelques minutes plus tôt, discutant avec la petite fille, qui lui répondait en même temps qu'elle s'étalait de la glace partout sur le visage. Hayden la regarda disparaître.

Il la détestait de revenir aussi naturellement dans sa vie, et de le forcer à la haïr à chaque fois qu'il la voyait, au lieu de l'apprécier pour ce qu'elle avait été dans sa vie.

Hayden remarqua alors que Rhéa observait toujours le billet de concert avec surprise, comme refusant de croire réellement à ce qu'elle avait à présent en sa possession. Rhéa n'avait rien remarqué des émotions qui avaient pu traverser Hayden et Lily.

- Cela te va bien, de faire des reproches aux collègues, pour finalement avoir la même attirance pour Potter qu'elles…

Rhéa le fusilla du regard.

- Très drôle. C'est le père d'une patiente, je n'allais pas les laisser le dévisager comme elles le faisaient !

- Alors que toi, ça ne te dérangeait pas réellement de le dévisager…

Rhéa soupira.

- Tu sais, lorsque tu veux te moquer des autres, il faut le montrer dans le ton. Tu es tellement sérieux que je ne suis jamais certaine de quand tu plaisantes ou non.

- Eh bien, je fais une plaisanterie, mais suis également sérieux. Pourquoi est-ce que tu as eu besoin de l'intervention de sa sœur pour forcer le destin et le rencontrer ?

- Eh bien, parce qu'il s'agit toujours du père d'une patiente, siffla Rhéa. Je n'allais pas lui proposer d'aller boire un café aussi simplement que ça. Et aussi parce que je suis timide, comme personne, grommela-t-elle.

Un demi-sourire étira légèrement les lèvres d'Hayden. Il n'était pas une personne qui souriait facilement, aussi Rhéa accepta-t-elle ce sourire comme une véritable marque d'appréciation de la part du garçon, qui souhaitait réellement se montrer sympathique avec elle.

- Et puis, un Potter… On vient juste de croiser la sœur. Tu te verrais, toi, sortir avec un ou une Potter, et tout ce que ça implique ? Elle a l'air d'être un sacré phénomène, ça devait être quelque chose d'aller à Poudlard avec elle !

Immédiatement, Hayden se rembrunit, et but une large gorgée de Bièraubeurre d'une traite. Si seulement Rhéa avait conscience de la portée de ses mots, elle ne les prononcerait sûrement pas.

- Tu vas aller au concert ? demanda finalement Hayden.

Rhéa acquiesça, les joues roses.

- Tu me raconteras. Surtout si on doit finalement barrer le prénom d'Alban McConnelly pour le remplacer par celui de James Potter. Finalement, c'est Jane qui va être contente. Deux Potter au mariage…

- Non, mais pour être honnête, je comptais venir seule au mariage, même si j'étais restée avec Alban. Il faut quand même que je prenne du temps pour moi, aussi, et que j'arrête de ne vivre qu'à travers les autres, grommela Rhéa. On prend une dernière Bièraubeurre ?

Hayden acquiesça. Plus longtemps il restait ici, plus il passait du temps loin de la maison, plus il se sentait libre.

Impasse des Demiguises

Lily tira la porte de sa chambre, sans qu'elle ne soit entièrement refermée. Elle voulait pouvoir entendre Eleanor si jamais celle-ci se réveillait.

Elle se traîna jusqu'à son canapé, hésitant à le transformer en lit, avant de finalement abandonner l'idée. Il serait, de toute façon, bien plus confortable que la plupart des lits sur lesquels elle dormait depuis bientôt deux ans, lorsqu'elle écumait les pays du monde entier.

Elle se jeta sur le sofa, son épaule droite la tiraillant légèrement. C'était le signe que la personne qu'ils recherchaient était toujours au Royaume-Uni, mais pas si proche que cela de Lily. Une chance et une malchance, finalement. Elle aimerait la trouver rapidement. Que cette affaire soit enfin terminée.

Deux ans qu'elle était dessus…

Deux ans qu'Hayden avait rompu.

C'était une véritable torture.

Elle avait accédé à sa demande. Pendant deux ans, elle avait tout fait pour ne pas le croiser. Et puis, un grain de sable avait enrayé la roue du carrosse. Le Sombral avait trébuché, et elle n'arrêtait pas de le croiser. Et c'était, à chaque fois, un véritable déchirement.

Elle avait espéré, deux ans plus tôt, que la douleur serait moins vive avec le temps, mais ce n'était pas le cas. Ce n'était jamais le cas lorsqu'une histoire avait un goût d'inachevé, et c'était exactement ce que leur histoire était, pour Lily. Inachevée.

Elle pouvait courir après des mages noirs, les arrêter, recevoir quelques sortilèges plus ou moins violents, frôler du doigt la magie noire, l'ingurgiter même, cela ne lui faisait rien de plus.

Réaliser que son histoire avec Hayden n'avait plus de sens, en revanche, la rendait aussi faible qu'un Botruc, aussi fragile qu'une baguette de mauvaise manufacture.

Elle réprima un bâillement, avant de se saisir des parchemins concernant son affaire avec Francis Perrin. Ils n'arrivaient plus à avancer, pas depuis qu'ils avaient trouvé cette planque. Certes, c'était déjà plus que les cinq derniers mois d'enquête, durant lesquels aucune lettre n'avait été envoyée, aucun signal n'avait été perçu, ce qui avait d'ailleurs poussé Lily à avaler cette potion de magie noire. Mais elle n'aurait pas cru que chaque nouvelle piste aboutirait sur une impasse.

Elle saisit la liste des familles qui avaient été touchées par le Corbeau, qui les dénonçait sans aucune preuve, affirmant que ces familles possédaient des artéfacts de magie noire chez eux, et tenta, une nouvelle fois, de comprendre ce qui faisait d'elles des cibles. Sauf qu'elles n'avaient rien en commun. Certaines étaient de vieilles familles, d'autres non. Certains étaient tous Nés-Moldus, d'autres des Sangs-Purs, d'autres encore des Sangs-Mêlés. Elles n'avaient pas eu de problèmes majeurs avec la justice, étaient des familles sans histoire, qui n'avaient jamais posé de problème pour la communauté magique.

Son œil finit par tomber sur la famille Zabini, et les membres qui la composaient. Elle sentit son cœur se serrer. Elle se rappela lorsqu'ils avaient reçu la lettre au Ministère, lorsque le Bureau des Aurors avait pris la décision d'aller perquisitionner chez les Zabini.

Elle se rappela avec douleur la lettre qu'elle avait ensuite reçue d'Hayden.

Malgré elle, une larme lui échappa, roulant le long de sa joue. Elle l'essuya doucement, sans qu'aucune autre ne vienne la remplacer. Lily n'avait jamais été le genre de personne à se laisser aller aux larmes. D'aussi loin qu'elle se souvienne, ce jour était le plus difficile qu'elle ait eu à vivre en tant qu'Auror, même lorsqu'elle prenait en compte les affaires les moins glorieuses dont elle avait pu s'occuper.

Mais cette larme n'était pas que de tristesse. C'était aussi de colère, et de frustration. Elle avait perdu Hayden… mais il n'avait rien fait pour la récupérer, elle, malgré les tentatives qu'elle avait faites pour qu'il revienne. Plus elle y pensait, plus elle se voyait tenter de renouer le contact avec Hayden, quand lui refusait d'avoir la moindre interaction avec elle.

Pendant des années, finalement, Lily avait mis toute son énergie, toute sa force, toute sa foi dans leur relation, surmontant ses doutes et ceux d'Hayden, lui donnant confiance en lui, lui offrant tout ce qu'elle avait à offrir, acceptant chacun de ses doutes, de ses peurs, pour passer au-dessus. Elle avait tout donné dans cette relation, mais à quel prix ? Elle n'avait rien récolté, à part des non-dits et des mensonges.

À part un petit ami qui n'avait aucune confiance en elle.

Elle reprit ses parchemins, se concentra à nouveau dessus.

Elle ne voulait pas se laisser abattre par Hayden. Elle avait fait des erreurs, certes. Mais lui aussi. Elle avait tenté de les réparer. Pas lui.

Elle valait mieux que cela.


Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises.

Bien le bonjour à tous, et bon début de semaine ! Comment vous portez-vous ? J'attends, pour ma part, que les beaux jours reviennent, et que les températures remontent. Je fais partie des personnes qui ont la chance d'avoir un jardin, et j'en ai bien profité ces dernières semaines... Bref. Parlons plutôt de ce qui nous réunit ici, aujourd'hui. Et, non, ce n'est pas un mariage, mais un chapitre (et c'est beaucoup mieux, je vous l'accorde)

Ce chapitre n'est pas celui que je préfère, pour beaucoup de raisons. La principale, c'est que si la finalité est celle que je voulais, la manière d'amener cette finalité ne ressemble pas à ce que j'aurais voulu. Alors, forcément, je ne suis pas satisfaite. Mais des fois, ça ne veut pas. Et en l'occurrence, je ne trouvais aucun moyen d'amener ce que je voulais, d'une manière qui me convenait. Ce sont des choses qui arrivent ! Je n'en suis pas mécontente pour autant, cela dit. Ce n'est simplement pas mon chapitre préféré.

DelfineNotPadfoot que je ne présente presque plus a bien entendu corrigé ce chapitre histoire d'en enlever les fautes bêtes que j'avais pu y laisser.

Et un petit message pour Anon : Bienvenu par ici, alors ! J'espère que la suite des chapitres te plaira également. Et merci pour avoir pris la peine de laisser une review :)

Ah, on m'a demandé le nombre de chapitres. J'avais un doute, je n'en ai plus (sauf gros changement). Nous sommes partis pour 20 chapitres ! Accrochez-vous, je n'ai pas prévu de vous abandonner de sitôt. (Dire qu'initialement, il ne devait y en avoir que 12. Ah, ah, ah...)

Je vous remercie encore pour votre présence chaque semaine, et je vous dis à lundi prochain, sans faute, pour un nouveau chapitre.

Méfaits accomplis.