Disclaimer : Harry Potter appartient entièrement et uniquement à J.K. Rowling. Je ne fais qu'écrire des fanfictions dessus à mes heures perdues.
Chapitre VIII
Jeudi 12 juillet 2029 – Impasse des Demiguises
Lily ouvrit une bouteille de vin d'ortie. Hayden agita sa baguette magique, et verrouilla la porte d'entrée du nouvel appartement de sa petite amie. Ils n'avaient pas envie que ce moment soit gâché par l'arrivée impromptue d'un intrus.
Trois ans d'études pour Lily, et enfin, un badge d'Auror. Il trônait fièrement à côté de la bouteille d'ortie, posée à même le sol.
- Il va falloir que j'achète des meubles, soupira Lily.
L'appartement était complètement vide.
Hayden regarda autour d'eux.
- L'ancien, au moins, avait des meubles, reconnut Hayden.
- Mais il était plus petit et… Merlin, je suis Auror maintenant, je peux me permettre d'avoir quelque chose de plus grand !
Hayden acquiesça. Lui-même était encore chez ses parents, mais chaque fois que la maison des Zabini se vidait, il faisait en sorte de faire sortir leur Elfe de Maison, pour que Lily vienne passer du temps chez lui sans que personne ne soit jamais au courant.
La plupart du temps, sinon, Hayden continuait de mentir, comme lorsqu'ils étaient à Poudlard, et venait chez Lily en secret, pour profiter d'une soirée avec elle. Il était le seul à pouvoir entrer dans l'appartement de Lily sans passer par la porte d'entrée, grâce à une connexion au réseau de cheminée depuis sa chambre jusqu'à cet appartement.
- Dans quelques mois, toi aussi, tu auras fini tes études ! ajouta Lily en leur servant généreusement de l'alcool à tous les deux.
Hayden sourit en prenant le verre.
- Et on pourra fêter ça dignement.
Elle hocha la tête, impatiente à l'idée que ce jour arrive enfin.
Elle se leva souplement, et commença à faire le tour des différentes pièces, expliquant à chaque fois quel meuble elle voulait acheter, pour le mettre où, et comment elle allait décorer l'appartement.
Hayden restait assis au milieu de ce qui allait sûrement devenir la pièce principale. Plus que quelques mois, dix exactement, et il serait un Guérisseur, plus un étudiant. Il rêvait de la fin de cette période, de pouvoir enfin dire qu'il travaillait, pas seulement qu'il étudiait.
Mais il n'en rêvait pas uniquement parce que cela signifiait qu'il aurait un travail à temps plein, ou qu'il serait reconnu en tant que Guérisseur par tout le monde.
Il en rêvait parce qu'il avait pris une décision, pour fêter sa nomination en tant que Guérisseur. Il voulait qu'à partir du moment où ils soient tous les deux adultes, avec un travail stable, ils disent à leurs familles, à leurs amis, qu'ils entretenaient une relation depuis des années.
Bien sûr, il avait peur des conséquences d'avouer un secret aussi longtemps conservé. Il craignait les réactions, il était effrayé des rumeurs qui risquaient de naître, ou de la stupeur des membres de sa famille. Mais il ne pouvait pas accepter qu'ils restent dans le silence plus longtemps. Lily était allée au mariage de son frère en affirmant qu'elle était célibataire, et ça avait été un véritable déchirement pour eux deux. Lily allait être tante dans quelques mois, et il ne pourrait même pas aller voir les Potter pour les féliciter. Il serait obligé de faire semblant de rien, et cela commençait à l'agacer au plus haut point, il devait le reconnaître.
Il en parlerait avec Lily, évidemment, mais il ne doutait pas qu'elle serait d'accord avec lui.
Il se leva justement, la rejoignit alors qu'elle observait la cuisine qui était à présent la sienne. Il passa un bras autour de ses épaules, l'embrassa à la commissure des lèvres. Elle sourit instantanément. Il aimait posséder ce pouvoir, celui de la faire sourire par un simple geste. Il aimait voir toutes les réactions qu'il pouvait lui procurer.
Il aimait ce qu'elle avait fait de lui, bien évidemment.
Il était si différent, avec elle. Il n'était pas cette personne renfermée, peu encline à parler d'elle. Il était naturel, rieur, blagueur parfois même. Elle avait ouvert les portes de la tour dans laquelle il s'était enfermé, et il ne regrettait pas un seul instant qu'elle soit entrée par la première brèche qu'elle avait vue.
Elle était la meilleure chose qui lui soit arrivé, il en avait conscience et, souvent, il se demandait ce qu'il avait fait pour la mériter.
Il trinqua son verre contre celui de Lily.
- À la réussite de ta formation d'Auror.
- Et à cet appartement, ajouta Lily en fronçant le nez.
Il avait une furieuse envie d'embrasser ce nez.
- Et à nous, termina Lily. Parce que, franchement, nous le méritons.
Hayden hocha la tête, avant de boire un peu de breuvage. Il grimaça, Lily aussi.
- Il est horrible ! s'esclaffa-t-elle. Je crois que j'ai des Bièraubeurres, buvons ça plutôt, c'est une valeur sûre.
Hayden la laissa se défaire de son bras, même si, comme à chaque fois, cela lui procurait un pincement au cœur. Il aimait qu'elle soit proche de lui, qu'il puisse la toucher, l'embrasser, la serrer contre lui.
Il aimait Lily Potter. Pour ce qu'elle était, mais aussi pour ce qu'elle avait fait de lui. Une meilleure version de lui-même.
Même si personne ne savait pour eux deux et qu'il restait différent avec elle d'avec les autres personnes de son entourage, il ne pouvait nier que Lily avait contribué à améliorer ses relations avec sa famille, et même ses quelques amis. Il était plus avenant, moins froid, moins distant. Il prenait des nouvelles, s'intéressait. Il ne restait pas dans sa tour. Il acceptait qu'on puisse en savoir plus pour lui, malgré les risques que cela comportait, malgré la peur, latente, qu'il éprouvait toujours qu'on trahisse sa confiance.
Mais il avait une telle confiance en Lily. Elle ne pouvait pas le trahir. Ce n'était pas dans l'ordre des choses, ce n'était pas dans les préceptes de leur relation.
Il avait toute confiance en elle. Il savait qu'à eux deux, ils pouvaient créer une bulle parfaite de bonheur et de tranquillité.
Il manquait juste encore un peu de confiance en lui à Hayden pour que cette bulle soit exposée à la vue de tous.
…
.
…
Nuit du vendredi 30 avril au samedi 1er mai 2032 – Ministère de la Magie
Lily serra la peluche Boursouf d'Eleanor contre elle, se maudissant de l'avoir oubliée quelques heures plus tôt, lorsqu'elle avait rejoint le Ministère en urgence, à la demande de Francis et de son supérieur – son père. Elle avait déboulé avec Eleanor, devinant sans peine que si on l'appelait en fin de journée, cela allait durer toute la nuit, mais elle avait oublié la peluche favorite de l'enfant, qui avait mis énormément de temps à s'endormir, mettant à rude épreuve les nerfs de Lily, mais aussi ceux de Harry. Francis Perrin avait préféré s'éloigner de la zone d'endormissement de l'enfant plutôt que de donner des conseils sur un sujet qu'il ne maîtrisait pas le moins du monde.
Une fois Eleanor endormie, elle avait pris le chemin de son appartement, sous prétexte d'aller chercher la peluche de l'enfant, au cas où elle se réveillerait, mais elle avait aussi pris ce temps pour fumer quelques cigarettes et, surtout, réfléchir à ce qui avait été dit durant la soirée de travail avec son père et son collègue.
La personne qu'ils recherchaient était au Royaume-Uni, et avait renvoyé trois lettres au Ministère, visant les mêmes familles qu'elle avait déjà visées, des années auparavant pour certaines.
Cela s'était déjà produit, et s'était soldé par des conséquences dramatiques, Lily en portait le stigmate sur son avant-bras gauche. Est-ce que cela présageait à nouveau des situations de crises, des batailles, peut-être des morts ? Est-ce qu'il fallait mettre sous protection ces familles ?
Oui, Lily avait eu besoin de réfléchir à nouveau à tout cela, mais pas uniquement parce qu'elle ne comprenait pas les motivations de sa cible. Plutôt parce que parmi les trois familles, il y avait celle d'Hayden.
Revoir la famille d'Hayden être traînée dans la boue ne l'enchantait pas du tout, et elle avait peur des conséquences que cela allait avoir dans sa vie, mais également dans celle du sorcier dont elle avait été amoureuse.
Tout était parti d'une intuition de Lily, plus tôt dans la journée, lorsqu'elle avait dit que si la potion qu'elle avait ingurgitée s'agitait autant dans son corps, ce n'était peut-être pas uniquement parce que leur cible était sur le territoire du Royaume-Uni, mais également parce qu'elle cherchait une nouvelle cible, qu'elle s'attendait à attaquer à nouveau.
Elle avait fait part de ses soupçons à Francis Perrin, qui les trouvait cohérents, et qui s'était mis à creuser cette piste. Il avait passé son après-midi à faire des liens entre les trois familles sorcières du Royaume-Uni qui avaient été touchées par le Corbeau – ou la Corneille – pour comprendre ce qui en avait fait des cibles de choix pour leur suspect, encore sans identité.
Il n'avait rien trouvé, malheureusement.
Et puis, les trois parchemins étaient arrivés au Bureau des Aurors, alors que Lily n'était plus présente. On l'avait alors rappelée en urgence, alors que la soirée était entamée, pour qu'elle revienne travailler et étudier les nouvelles lettres.
Bien évidemment, rien de ce qui était écrit dans ces lettres ne leur permettait d'en savoir plus sur la personne que Lily et Francis recherchaient. Mais cela lui faisait toujours le même effet, produisait la même excitation en elle. Elle pouvait se remettre en traque.
Le Ministère était désert à cette heure-ci, bien évidemment. Aussi, quand Lily entendit soudain des pas précipités derrière elle, elle se retourna vivement, et se retrouva nez à nez avec son frère.
C'était une surprise plus qu'inattendue.
- James ! Je pensais que…
- Attends, on se dépêche de rejoindre papa et ton collègue, on va avoir beaucoup de choses à se dire ! lui assura son frère.
Il saisit le bras de Lily, et la traîna derrière lui, jusqu'à entrer dans un ascenseur.
- Euh, James…
L'ascenseur se mit en branle. Lily jeta un œil sur sa montre, et pesta. Mais trop tard.
- Tu vas voir, c'est fou ! On va tellement avancer sur ton affaire, en si peu de temps… Pourquoi est-ce qu'on ne bouge plus ?
Lily croisa les bras sur sa poitrine, et se laissa glisser le long d'une paroi. Elle tapota sur sa montre avec son index.
- Quoi ? s'enquit James.
- Tu n'es plus Auror, tu ne travailles plus de nuit, lui rappela Lily. Mais les ascenseurs sont capricieux la nuit, et demandent à ne pas être dérangés sans cesse… Ils viennent de se bloquer.
James ouvrit la bouche de désespoir.
- Tu plaisantes ? demanda-t-il nerveusement. On peut bien les débloquer, pas vrai ? Avec un sort, des menaces, en appelant à l'aide…
Lily secoua la tête, négative.
- Déjà tenté. J'ai aussi tenté d'envoyer des signaux de fumée, et ça ne fonctionne pas. Ça se perd dans les limbes magiques qui sont entre les étages.
- C'était toi, la fumée dans les limbes ? s'étonna son frère. Mais pourtant… Cette nuit-là, les fonctionnaires bloqués ont dû montrer leurs baguettes magiques une fois libérés, pour les soumettre au priori incantatem, et qu'on sache qui avait enfumé tout le Ministère.
- Ouais, c'était moi, confirma Lily. J'ai lancé une trentaine de sortilèges, après avoir enfumé les ascenseurs, parce que je me doutais que jamais les administratifs n'allaient remonter au-delà d'une dizaine de sortilèges lancés… J'ai eu peur que ce soit papa qui s'occupe de ma baguette à un moment, j'étais certaine qu'il allait remonter aussi loin que possible, en devinant que j'étais capable d'avoir agi de cette manière !
James éclata de rire.
- Tu es fourbe !
- Intelligente, corrigea-t-elle. Fourbe, ce sont les Serpentard, moi, je suis une Serdaigle.
Il rit de plus belle.
Lily joignit son rire à celui de son frère, qui glissa également le long de la paroi opposée à celle de sa sœur.
- Mais au moins, je n'ai pas eu droit à un sermon infini sur les risques d'utiliser des sortilèges fumigènes.
- Bon… Ils se débloquent à partir de quelle heure ?
- Après cinq heures, lui dit Lily.
James jeta un coup d'œil à sa montre.
- Oh, Merlin.
- Comme tu dis, souffla Lily.
James fouilla dans la poche de sa cape, et en sortit une balle rebondissante. Il se mit à la lancer contre la paroi face à lui, juste à côté de Lily.
- Pourquoi tu as ça sur toi ? s'étonna Lily.
James ouvrit un pan de sa cape pour montrer son tee-shirt à l'effigie des Bizarr'Sisters.
- C'était offert à l'entrée du concert, expliqua-t-il. Concert que tu as raté, par ailleurs, dit-il en lançant un regard entendu à sa sœur.
Lily eut la décence de prendre un air innocent. Trop innocent pour l'être réellement.
- J'ai gardé ta fille à la place, se défendit-elle en montrant la peluche qu'elle était allée récupérer chez elle.
- Où est Eleanor ? demanda James en reprenant sa casquette de père.
- Avec papa, au Bureau des Aurors, répondit Lily. Je ne l'aurais pas laissée sans surveillance.
James sourit doucement.
- Je sais bien. C'est pour ça que je te la laisse volontiers lorsque tu es sur Londres. Je sais qu'elle va adorer passer du temps avec sa tante, et que tu vas t'en occuper comme s'il s'agissait de ta propre fille.
Lily adorait Eleanor, personne ne pouvait lui enlever ça. Elle était très attachée à l'enfant, et ce, depuis qu'elle était née. La petite le lui rendait bien.
- Elle a été adorable, lui dit Lily. Maman me l'a laissée parce qu'elle a dû partir pour un article alors que ce n'était pas prévu, mais vraiment, ça ne la dérange pas de passer d'une maison à une autre.
- Tant mieux, soupira James en se passant la main libre sur le visage.
Il était épuisé. Être père célibataire tout en continuant à avoir une vie sociale n'était pas de tout repos.
- Le concert des Bizarr'Sisters était bien ? demanda Lily avec un air candide.
James lui lança un regard espiègle.
- Très intéressant. De la bonne musique. De la bonne compagnie également… J'ai été plutôt surpris de voir apparaître une personne qui ne te ressemblait pas du tout, mais avec ton billet nominatif…
- Elle n'était pas Guérisseuse, par hasard, cette personne ? s'enquit Lily.
James leva les yeux au ciel.
- Tu es incapable de te mêler de tes affaires, pas vrai ?
- Eh bien, en fait, si, j'en suis totalement capable. Mais je dois reconnaître que lorsque l'occasion s'est présentée de me mêler de tes affaires, et de proposer à Rhéa Pye d'aller à ce concert à ma place, pour que tu puisses la voir en dehors de son travail, je n'ai pas hésité à profiter de la situation…
Les yeux de Lily brillaient d'espièglerie. Son frère avait beau tenter de paraître outré qu'elle se mêle de ses affaires, elle savait très bien que ce n'était qu'une façade. Il était en réalité plutôt soulagé que sa sœur se soit emparée de l'affaire, pour l'empêcher de se faire des nœuds au cerveau pour provoquer le destin et recroiser le chemin de Rhéa Pye.
James continuait de lancer sa balle rebondissante à rythme régulier.
- Je pense qu'Eleanor va adorer ça, souffla Lily avec un sourire attendri.
- Notre appartement, beaucoup moins, rit James.
- Pense à sortir tous les vases que tu détestes et que tu veux voir détruits, suggéra Lily.
- C'est une idée, confirma James. D'ailleurs, ce n'est pas ce que maman et papa ont fait lorsqu'on a reçu nos premiers balais volants en jouet ?
- Ils ne l'avoueront jamais, mais je crois bien que si, confirma Lily.
Ils échangèrent un sourire complice. Pendant quelques minutes, seul le bruit du rebondissement de la balle se fit entendre dans l'ascenseur. Lily regarda sa montre, espérant que les minutes avaient défilé plus rapidement qu'elle ne le pensait, mais son enthousiasme fut éteint aussi rapidement que si on lui avait lancé un aguamenti.
- Il faudra que tu me gardes Eleanor un de ces soirs, reprit James.
La balle faisait un bruit rassurant, aux yeux de Lily. À rythme régulier, un petit bong.
- Pourquoi ça ? demanda sa sœur.
- Parce que je l'ai invitée à aller boire un verre. La Guérisseuse, précisa-t-il. Et elle a accepté.
Lily sourit largement.
- Bien joué !
- Arrête de reprendre les expressions d'Alsev, souffla James en levant les yeux au ciel.
- D'accord… Mais bien joué quand même, ne put s'empêcher de dire Lily en lui offrant un clin d'œil.
James ne répondit rien, mais un léger sourire étira ses lèvres. Sa balle continuait de frapper le sol et la paroi de l'ascenseur de manière régulière. Il avait toujours été bon pour lancer et récupérer des balles, ce n'était pas pour rien qu'il avait été poursuiveur, durant ses années à Poudlard.
Lily s'installa plus confortablement contre la paroi, étendant ses jambes devant elle et croisant ses chevilles. Elle fouilla dans une des poches de sa veste, et en sortit un paquet de cigarettes sorcières.
- Tu en veux une ? proposa-t-elle à James.
- On n'est pas censés fumer dans les locaux du Ministère, lui rappela-t-il.
- Ouais, et on n'est pas censés être bloqués dans un ascenseur en pleine nuit, rétorqua Lily. Franchement, on en a pour encore trois heures avant que les ascenseurs ne fonctionnent correctement. Moi, je ne vais pas tenir sans cigarette… Et toi ?
James grommela quelques mots que Lily ne saisit pas. Il finit par tendre sa main libre.
- Merlin, j'avais dit que j'arrêtais…
- Techniquement, tu arrêtes entre chaque cigarette. C'est comme ça que j'ai la conscience tranquille, lui avoua Lily avec franchise.
James éclata de rire.
- Je n'aurais jamais dû te laisser goûter une cigarette dans mon paquet.
- Je te le confirme ! dit-elle avec un sourire étincelant. Mais vu le nombre de cigarettes que tu m'as volées depuis, on peut dire que tu as bien amorti ton investissement.
Son frère ne répondit rien, profitant simplement du moment.
- Je ne m'autorise pas à fumer avec Eleanor à la maison. Je suis obligé d'aller à la fenêtre, et tu sais que je suis frileux. En plus, je n'aime pas être distrait par quelque chose alors qu'elle est à la maison. J'ai toujours peur de rater quelque chose d'important, pour elle, sa santé, son développement…
Lily ne répondit rien. Elle se souvenait que son frère avait, après son deuil, vécu une longue période de doutes, craignant de mal agir pour son enfant, ayant peur de ne pas être un assez bon père, surtout maintenant qu'il était seul. Il avait, autant que possible, tout fait par lui-même, refusant d'être trop aidé par sa famille, ayant besoin de se prouver qu'il était capable de travailler et de gérer l'éducation de sa fille. Elle l'avait vu désespéré, mais aussi heureux de s'en sortir. Elle l'avait vu renaître, accepter ce qui s'était produit, et continuer à avancer.
- Combien de temps ça t'a pris ? demanda Lily.
James la regarda sans comprendre.
- Quoi ? À moins fumer ?
- Non, dit Lily. À accepter de refaire ta vie, à rencontrer de nouvelles personnes. Après la mort d'Isabella, ça t'a pris combien de temps ?
James termina sa cigarette et en demanda une nouvelle à Lily avant de répondre. Elle se servit en même temps.
- Isa et moi, on était Aurors, lui rappela James. On s'était promis de ne pas se lamenter sur la disparition de l'autre, si jamais ça devait arriver. Ça a été super dur, reconnut James. Mais je ne voulais pas salir sa mémoire en l'obligeant à être mon excuse pour ne pas m'en sortir. Elle était pleine de vie, espiègle, amusante… Et avec de ces yeux, par Merlin ! souffla James en souriant.
Lily sourit. Oui, Isabella de la Cruz avait une sacrée couleur d'yeux, ce qui avait troublé James plus d'une fois alors qu'il s'adressait à l'Auror.
- Elle avait rejoint les affaires étrangères, et on ne se voyait pas souvent, on avait appris à composer avec ça, avant la naissance d'Eleanor je veux dire, reprit James. Ce ne serait pas lui faire honneur que de refuser de passer à autre chose. Elle mérite mieux, et moi aussi, dit James. Elle sera toujours présente, dans mon cœur et dans mon esprit. Et dans ma vie, aussi, parce qu'Eleanor est notre fille, et que je pense qu'elle va avoir le même caractère que sa mère. Je n'ai d'ailleurs pas encore décidé si c'était une bonne chose ou non, s'esclaffa James avec nostalgie.
Il redevint sérieux.
- J'aime encore Isabella. Mais pas comme si elle était ma femme. Plutôt comme une femme extrêmement importante pour moi, qui m'a apporté beaucoup de choses, et qui m'en apporte encore. Je ne peux pas vivre dans le passé, en revanche, ça n'est pas dans ma nature. Le plus difficile, finalement, a été d'abandonner le terrain pour travailler dans l'administratif. C'est ce qui m'a le plus fait mal, car c'était ce qui me rappelait le plus à quel point ma vie avait été chamboulée. Ce qui a été très difficile à accepter, également, c'était le fait que plus personne ne me parlait du métier d'Auror. Toi, papa… Vous avez décidé que jamais plus je ne serais tenu au courant de vos enquêtes. Que jamais plus je n'entrerais dans le bureau de papa, que jamais tu ne me parlerais de ce qui se passait dans tes enquêtes… Je comprends pourquoi vous avez voulu me mettre à l'écart, mais ça a été très douloureux, et je vous en ai voulu pour ça.
Il laissa quelques secondes s'écouler en silence, pendant que Lily ressassait cette information, se souvenant de la décision qui avait été prise par son père, et par toute la famille, de laisser James en dehors de toutes les affaires d'Auror, pour ne pas remuer le couteau dans la plaie.
- Et pour répondre à ta question… J'ai réalisé que j'étais prêt à rencontrer de nouvelles personnes un peu plus d'un an après son décès. Mais je dois reconnaître que je n'ai pas souvent trouvé des femmes qui m'intéressaient réellement. Et qui étaient réellement intéressées par moi, reconnut James.
Lily hocha la tête. Son frère lui avait raconté les quelques déconvenues qu'il avait vécues, et ils en avaient bien ri, arguant qu'après tout, il n'était pas forcément pressé de retrouver quelqu'un avec qui rester pour un moment.
- Et la Guérisseuse ? demanda Lily avec un sourire.
James haussa les épaules, nonchalant.
- Elle a une assurance qui me plaît. Et de la répartie également. On verra bien, souffla James.
Lily hocha la tête, compréhensive. Elle termina sa cigarette, et écouta le rebond rassurant de la balle de James.
Bong.
Bong.
Bong.
Elle ralluma une cigarette. Un an. Son frère avait mis un an à se remettre complètement de la fin brutale de son histoire avec Isabella, à passer à autre chose et à faire de nouvelles rencontres, et elle, plus de deux ans plus tard, elle restait complètement, désespérément, accrochée à Hayden Zabini.
- Tu sais, on parle toujours de moi, mais on peut aussi parler de toi, de temps à autre, lui dit alors James. Je veux dire… Je ne suis pas aussi fin observateur que toi, reprit James alors que Lily l'observait avec surprise, mais je sais qu'il y a quelque chose qui te dérange. Je ne sais pas trop ce que c'est, mais je le sens. Je ne sais pas depuis combien de temps tu es dans cet état, parce que j'avais mes soucis à gérer, et tu m'as très bien aidé à ça. Mais vraiment, on peut aussi parler de toi.
Elle ne sut pas trop ce qui la décida réellement à se confier. Peut-être les confidences de James, peut-être parce qu'elle ne dormait plus assez, peut-être parce que son épaule la faisait souffrir, ou peut-être parce qu'en parler lui paraissait la meilleure manière de passer à autre chose. Peut-être aussi parce qu'elle en avait marre de ce secret, et que, de toute façon, Hayden allait se marier. Mais elle se lança spontanément, après avoir allumé une nouvelle cigarette.
- J'ai été en couple avec quelqu'un pendant presque cinq ans, murmura Lily tout doucement.
Bong.
Et l'éclat de rire de James qui lui répondit.
- Oh, allez, Lily, pas la peine de me chambrer ! Si tu ne veux pas parler de tes relations amoureuses, il n'y aucun problème, je n'ai pas envie d'être le grand frère surprotecteur qui veut casser la figure des hommes qui te…
Lily avait stoppé la balle avec laquelle James jouait. Il regarda à nouveau sa petite sœur, qui avait un air grave sur le visage et, surtout, les yeux qui brillaient bien plus que d'habitude.
James était le grand frère de Lily. Il l'avait vue dans tous ses états, mais il savait aussi que sa sœur ne pleurait que peu. Ce n'était pas qu'elle était plus forte que d'autres, moins touchée par la vie que d'autres, seulement, ce n'était pas dans la nature de Lily de pleurer. Déjà bébé, elle pleurait moins que n'avait pleuré Albus.
James déglutit.
- Oh, Merlin, Lily, qu'est-ce que tu as fait ?
Elle prit une profonde inspiration, et se frotta les yeux pour faire disparaître ses larmes. Elle n'y arriva que partiellement. James voulut se rapprocher d'elle, mais elle refusa d'un signe de la main.
- Surtout pas. Si tu viens maintenant, je vais pleurer, et je veux d'abord t'en parler. Ensuite, si tu veux bien, je pleurerai. Mais d'abord… Promets-moi de n'en parler à personne.
James hocha la tête, sans réellement comprendre ce qu'il acceptait.
- Merci, souffla-t-elle. Quasiment cinq ans de relation, sans que personne ne le sache. On était en classe ensemble, à Poudlard je veux dire. Pas dans la même maison. Et on a commencé à se voir, et on trouvait ça amusant que personne ne le sache… Moi parce que je ne voulais pas que Sorcières Hebdo ou Le cœur des sorcières commence à parler de mes relations amoureuses comme les journalistes le faisaient pour toi et Alsev, et lui parce que… eh bien, sortir avec la fille de Harry Potter quand on est un Serpentard, ce n'est pas forcément la chose la plus naturelle qui soit.
James ne disait rien, mais il essayait de faire des liens entre les personnes que Lily lui avaient présentées comme des amis, ou des amis d'amis, se demandant si le garçon auquel elle faisait allusion pouvait en faire partie.
- Pendant des années, on s'est joué de tout le monde. On se voyait en secret, on s'adressait à peine la parole lorsqu'on se voyait en public. On était polis, ce qu'il fallait pour que, finalement, on paraisse s'ignorer parfaitement. Et ça a fonctionné, par Merlin, rit nerveusement Lily. Personne n'a jamais rien su ! Parfois, on a eu quelques sueurs froides, mais… ça a fini par s'apaiser, à chaque fois. Après Poudlard…
- C'est pour ça que tu as pris un appartement, l'interrompit James. Je pensais que tu voulais ton indépendance, sans que je ne comprenne pourquoi vu que j'étais parti de la maison, Alsev aussi, et que papa et maman n'étaient pas souvent là, mais en fait…
- C'était pour qu'on soit tranquilles, confirma Lily. Il avait les accès à mon appartement, ce que personne d'autre n'a jamais eu, expliqua Lily. Pour qu'on soit tranquilles. Parfois, quand il n'y avait personne chez lui, on y allait. Petit à petit, on s'est construit un véritable palais inattaquable. Personne ne savait pour nous deux, et nous deux, on vivait notre rêve. Pas de ragots, pas de rumeurs, personne pour nous ennuyer.
Elle se tut, le temps de finir sa cigarette.
- Donne-m'en une autre, dit James.
Lily lui en offrit une, avant d'en sortir une pour elle aussi. Chaque fois qu'elle pensait un peu trop à Hayden et à elle, elle avait un besoin fou de cigarettes.
- Qu'est-ce qui s'est passé ? Tu as dit que vous avez été ensemble pendant presque cinq ans… Pourquoi ça s'est terminé ?
- Tu veux savoir pourquoi ça s'est terminé ? Tu ne veux pas savoir de qui il s'agissait ? s'étonna Lily.
- Si tu veux, souffla James.
- Eh bien, oui, je le veux. Parce que je pense que tu vas comprendre alors pourquoi nous ne sommes plus ensemble…
Elle fit durer le suspense, prenant le temps de prendre deux autres bouffées de cigarettes avant de donner à James ce qu'il voulait.
- C'était Hayden Zabini, finit par lâcher Lily.
James mit quelques secondes à faire le lien. Puis, il ferma les yeux.
- Oh, Merlin. Mais pourquoi…
Il se tut, incapable de terminer sa phrase. Lily n'en avait pas besoin, cela dit. Elle savait très bien ce que son frère allait dire.
- Pourquoi est-ce que, lorsqu'on a reçu la lettre du Corbeau, il y a deux ans de cela, j'ai demandé à perquisitionner chez les Zabini alors que j'étais en couple, certes secrètement, avec leur fils ? Parce que je savais qu'il n'y avait aucun artéfact de magie noire chez eux, James ! s'exclama Lily avec colère. Ce n'était pas le cas des autres Aurors dans le Bureau ce jour-là, et je savais qu'ils n'allaient pas être aussi calmes et compréhensifs que moi ! Je voulais les empêcher de piétiner la famille d'Hayden alors qu'il n'y avait rien du tout chez eux ! Alors j'ai demandé à y aller, en prenant avec moi l'Auror qui me semblait le moins véhément, et on a procédé à cette foutue perquisition, devant la famille Zabini, et avec mon petit ami qui me regardait alors que je faisais mon boulot froidement, en donnant l'impression que je croyais à cette lettre. Et ça, c'était la pire trahison que je puisse lui faire. Lui donner raison sur le fait que lui et moi, on ne serait jamais sur un pied d'égalité. On pouvait douter de lui, on ne pouvait pas douter de moi.
Elle ravala difficilement un sanglot, mais Lily ne voulait pas pleurer tout de suite. Elle avait besoin d'expliquer encore quelques petites choses à son frère.
- Alors, ensuite, il a rompu avec moi. Par lettre. Je lui ai envoyé des lettres, pour qu'on se revoie, qu'on s'explique, sans succès. Il refusait le moindre contact, et je crois que je le comprends. Il a préféré m'oublier, et moi, je n'ai pas réussi. Et quatre jours plus tard, Isabella était assassinée. Franchement, j'adorais ta femme, James, mais je peux te l'avouer maintenant. J'ai profité de sa mort pour pleurer parce que c'était socialement admis, sauf que je pleurais pour me soulager de ma rupture, pas uniquement pour ma tristesse due à la perte d'Isabella.
Deux ans plus tard, Lily se trouvait toujours aussi horrible de penser ainsi. Mais elle ne pouvait s'en empêcher. La mort d'Isabella lui avait offert la possibilité d'évacuer sa tristesse suite à sa rupture.
- Et alors, tout s'est enchaîné très vite, continua Lily. En fouillant dans les dossiers d'Isabella, on a vu le fait qu'elle soupçonnait quelqu'un d'envoyer de fausses lettres d'accusations, et qu'elle allait peut-être croiser cette personne bientôt. Moi, je savais que c'était de fausses accusations envers les Zabini. Je n'avais toujours pas de nouvelles d'Hayden, et j'ai décidé de partir, de prendre la place d'Isabella, alors que je n'avais pas l'âge. Mais tu quittais ton poste d'Auror pour faire de l'administratif afin de pouvoir être présent pour Eleanor, Isabella était décédée, on manquait d'Aurors, je maîtrise plein de langues étrangères et j'avais une telle rage en moi, j'ai suivi la formation avec une telle assiduité que j'ai été prise sans que ça ne questionne personne. Comme ça, je pouvais éviter Hayden plus facilement, penser à autre chose, et, surtout, trouver la personne qui avait précipité notre fin avec Hayden, et aussi boucler l'affaire d'Isabella, pour lui rendre hommage, dans un certain sens. J'ai fait en sorte de ne jamais le recroiser, jusqu'à la soirée où Rose m'a invitée, pour mon retour à Londres. Et depuis…
Cette fois, Lily n'arriva pas à s'en empêcher. Une larme roula sur sa joue.
- Je crois que j'ai envie de pleurer, maintenant, dit-elle d'une voix étranglée à son frère.
James ne se le fit pas dire deux fois. Il traversa l'ascenseur pour se positionner à côté de sa sœur, passa un bras autour de ses épaules, et la laissa évacuer toute la tristesse qu'elle avait enfouie en elle pour que personne ne se doute jamais de rien.
- Ne t'en veux pas, pour avoir pleuré pour lui plutôt que pour Isabella, murmura James.
Lily secoua la tête.
- Tu n'es pas la seule à avoir mal réagi, à cette époque. Je t'en ai voulu pendant des mois, c'est aussi pour ça que je ne te parlais pas, je ne t'envoyais presque pas de lettres. Tu as dû croire que je n'avais pas envie de parler de ton travail, que j'avais besoin de me détacher de tout ça, mais la réalité, c'est que je t'en voulais de rejoindre l'unité des affaires étrangères.
- Mais pourquoi ? s'enquit Lily d'une voix étranglée.
- Je venais de perdre ma femme qui avait rejoint cette unité, et toi, la première décision que tu prends après son décès, c'est de la remplacer ! lui rappela James avec colère. Comment voulais-tu que je réagisse ? J'avais besoin de toi, et tu partais à travers le monde, avec l'ombre d'Isa au-dessus de toi. J'avais besoin de ma petite sœur Auror, pour garder le lien avec ce métier, et toi, tu décidais de tout plaquer, et de n'être presque jamais là.
Lily se mordit la lèvre. Elle avait toujours cru que son frère diminuait leur correspondance parce qu'il avait besoin de prendre du recul avec le métier d'Auror. Elle réalisait à présent qu'elle avait eu tort.
- Mais c'est de l'histoire ancienne, la rassura James, avec le ton calme qu'il avait toujours lorsqu'il voulait que sa sœur se tranquillise. Ce n'est pas le plus important, et j'aurais dû vous en parler, plutôt que vous laisser me mettre à l'écart de vos affaires. Et du coup, lorsque j'ai eu l'occasion d'enfin t'entendre me parler d'une de tes affaires, j'ai autorisé à ce que tu prennes une potion de magie noire. J'étais trop heureux d'être à nouveau impliqué… Enfin. Ne parlons pas de moi, murmura-t-il en embrassant le haut du crâne de sa petite sœur.
Lily passa une main sur ses joues, pour tenter de faire disparaître ses larmes, sans y parvenir.
James lui frotta l'épaule, prenant conscience de tout ce que sa sœur avait fait pour dissimuler son histoire avec Hayden Zabini, de toutes ces fois où elle avait fait semblant d'accepter d'être abordée par un garçon alors qu'elle n'était en réalité pas attirée par lui, de toutes ses tentatives pour l'oublier sans y arriver.
De cette fois si peu lointaine où elle l'avait accompagné à Ste Mangouste avec Eleanor, et où elle avait dû passer du temps avec son ex petit ami en faisant semblant de rien.
De cette fois où elle avait tellement insisté auprès de James pour qu'il signe sa décharge, et qu'elle puisse ingérer une potion qui était considérée comme de la magie noire, selon les pays.
- C'est pour ça que tu as tant voulu prendre cette potion, comprit James. Tu ne voulais pas que l'enquête s'arrête.
Lily sortit un mouchoir, sécha ses larmes et se moucha, avant d'acquiescer.
- On avançait si peu que je savais que seule une mesure désespérée pouvait nous donner l'occasion de poursuivre l'enquête, confirma Lily. Et je suis venue te voir pour signer l'accord car Isabella était forcément liée à cette personne, puisqu'en fouillant dans ses notes, on a compris qu'elle pensait qu'un sorcier s'amusait à dénoncer des familles pour le plaisir…
- Ou une sorcière, dit James en reprenant la formule préférée de sa sœur.
Lily leva les yeux vers lui.
- Merci de me suivre dans mes élucubrations. Même si personne ne me croit…
- Ce n'est pas un délire, Lily, répondit James sérieusement. Suite à la découverte que vous avez faite avec Francis, celle qui nous a permis de comprendre qu'Isabella n'était pas tombée sur cette personne par hasard, mais parce qu'elle en avait été la cible, j'ai été fouiller chez sa mère, où elle était lorsqu'elle a été tuée. J'ai trouvé un parchemin qui m'avait échappé, il y a deux ans. J'étais tellement triste de son décès que je n'ai pas fouillé les lieux comme j'aurais dû le faire en tant qu'Auror. J'aurais dû demander à ce que quelqu'un m'accompagne, j'en ai conscience à présent. Mais aujourd'hui, le tort est réparé, j'ai trouvé ce dont nous avions besoin. Isabella savait de qui il s'agissait. C'était une fille de Beauxbâtons avec qui elle partageait le dortoir.
- Pardon ? s'exclama Lily en se détachant de James.
Elle remit de l'ordre dans ses cheveux, et se frotta le visage pour faire disparaître les traces de larmes qui maculaient ses joues.
- Oui, c'est pour ça que je suis venu au Ministère immédiatement après le concert, dit James. Je voulais vous partager la nouvelle. Si je n'avais pas eu ça à faire, j'aurais déjà proposé à Rhéa d'aller boire un verre ou deux.
- Et ce n'est que maintenant que tu me le dis ?! s'insurgea Lily.
- On a été coincés dans l'ascenseur. Ça m'est sorti de l'esprit, et ensuite, on s'est confié des choses super intenses ! se justifia James. Tiens, regarde, tout est écrit ici.
Lily bougonna tout en prenant le parchemin que son frère lui donnait. Il n'y avait pas beaucoup de mots griffonnés dessus, mais ils étaient importants, aux yeux de Lily.
« Julieta Cuervo. Toujours eu des difficultés à lui parler. Son style littéraire correspond à celui des lettres anonymes dénonciatrices. Mais pourquoi ces familles en particulier ? La mienne, et celle des autres ? Rien de notable dans notre vie, pas de parti pris pendant la guerre… Elle a toujours eu un caractère compliqué, des sautes d'humeur, et était persuadé que le monde entier lui en voulait. Je vais la voir demain, si elle vit toujours au même endroit. »
Lily relut plusieurs fois le parchemin.
- Ce qui est dommage, c'est que je ne sais pas pourquoi cette Julieta s'en prend spécifiquement à ces familles, marmonna James.
Lily soupira.
- Je pense qu'il va falloir qu'on creuse pour comprendre pourquoi cette Julieta leur en voulait tant. Mais déjà, nous allons pouvoir récupérer des informations sur elle, et je pense que cela va m'aider à la localiser plus rapidement.
En disant cela, Lily désigna son épaule droite.
- Tu penses que les effets de la potion vont être plus efficaces à présent que tu sais de qui il s'agit ? s'étonna James.
- Je pense que oui, en effet. Il y aura plus de stabilité dans notre recherche. Au lieu de chercher tout le monde, partout au Royaume-Uni, nous ne chercherons qu'une personne.
James hocha la tête, comprenant le point de vue de sa petite sœur. Ils se turent, chacun perdu dans ses pensées.
- Tu sais… J'aurais aimé que tu te confies à moi plus tôt, lui avoua James. T'es ma petite sœur, et savoir que tu m'as caché tout ça pendant des années, c'est difficile à entendre.
- Je m'en doute. Mais c'est le principe d'une relation secrète, c'est que personne ne peut être au courant, fit remarquer Lily.
- Oui… Mais je trouve cela dommage. Et il est stupide de ne pas avoir voulu t'écouter.
- Moi, j'ai été stupide de ne pas mettre fin à notre secret plus rapidement. Cela nous aurait évité beaucoup d'erreurs qui ont mené à la fin de notre histoire.
- Est-ce que tu es sûre qu'elle est terminée ? s'enquit James.
Lily renifla, amusée.
- Oui, j'en suis sûre.
Devant l'air interrogateur de James, Lily soupira et se força à lui donner les derniers rebondissements de la vie sentimentale d'Hayden.
- Il va se marier. Elle a l'air super. Bien plus calme et tempérée que moi. Elle fait sûrement en sorte qu'il ne sorte pas de sa zone de confort, pas comme moi qui le poussais toujours plus loin dans ses retranchements. Je ne suis pas une briseuse de couples, c'est ce que je lui ai dit lorsqu'il m'a accompagnée voir le Guérisseur Rakepick. S'il est heureux avec elle… Je ne vais pas m'imposer.
Lily se mordit la lèvre.
- C'est juste que… je me demande pourquoi c'est toujours aussi douloureux pour moi, et difficile de passer à autre chose. J'ai essayé, avoua-t-elle à James. Mais à chaque fois que je voyais quelqu'un, j'avais l'impression de ne le faire que par dépit, alors j'ai préféré ne plus rencontrer de nouvelles personnes, avoua-t-elle.
James la serra un peu plus contre lui.
- Les sentiments, c'est assez difficile à comprendre et à gérer, reconnut son grand frère.
- Je ne te le fais pas dire, renifla Lily.
- Je crois quand même que si l'occasion vous est donnée de parler, il faudra que tu lui expliques tout, suggéra James.
- Peut-être… Non, bien sûr, j'ai envie de tout lui dire. Mais je n'ai pas envie de lui forcer la main non plus, reconnut-elle. S'il n'a pas envie de m'écouter, c'est son choix.
- Il ne t'est jamais venu à l'idée que s'il n'a jamais voulu t'écouter, c'était parce qu'il avait peur de s'être trompé, lui aussi, dans ce qu'il avait interprété ? Que peut-être, il a peur de ce que signifie entendre tes explications ?
Lily acquiesça.
- Je l'ai pensé des centaines de fois. Mais… Je ne sais pas. Je ne sais plus. Je crois que son manque de confiance en moi, le fait qu'il ait aussi rapidement accepté l'idée que j'aie pu le trahir… C'était douloureux pour moi, et je lui en veux d'avoir préféré croire ça plutôt que d'écouter mes explications.
James ne dit rien à cela. Sa sœur posa confortablement sa tête sur son épaule.
- On a encore deux heures et demie à tuer avant que les ascenseurs ne sortent de leur grève. On dort ? proposa-t-elle.
- Volontiers, bâilla James.
Deux heures et quarante-sept minutes plus tard, leur tante Hermione Granger-Weasley, également Ministre de la magie, arriva la première au ministère. Lorsqu'elle appela l'ascenseur qu'elle prenait toujours, elle eut la surprise de constater qu'à l'intérieur, assoupis, se trouvaient sa nièce Auror et son neveu ancien Auror, affecté depuis aux tâches administratives du Bureau des Aurors. Hermione vérifia par-dessus son épaule que personne d'autre qu'elle ne pouvait les voir, puis elle entra dans l'ascenseur, et les secoua légèrement, jusqu'à ce que sa nièce, toujours Auror, ouvre les yeux, parfaitement alerte.
- Vous vous êtes faits avoir par les caprices des ascenseurs ? s'enquit Hermione avec un léger sourire.
- Je ne voulais pas les prendre, mais James ne m'a pas laissé le temps de l'en empêcher. Et on a été coincés…, grommela Lily en se levant et s'étirant.
- Et vous avez fumé dans l'enceinte du Ministère, comprit Hermione en reniflant sa nièce qui la serrait dans ses bras.
- La situation l'exigeait, madame la Ministre, répondit Lily avec aplomb.
Hermione sourit, amusée.
Lily aida son frère à se lever, lequel mettait plus de temps à émerger.
- Qu'est-ce que vous faisiez au ministère à une heure aussi indécente ? s'enquit finalement Hermione, préférant passer outre l'entorse au règlement.
- Moi, j'allais récupérer une peluche pour Eleanor, James venait nous aider à résoudre une enquête et sauver le monde sorcier. Rien que des banalités finalement, dit Lily avec un grand sourire.
- C'est une belle journée pour sauver le monde, reconnut Hermione Granger-Weasley, alors que l'ascenseur se mettait en branle.
James s'étira.
- Si seulement le monde pouvait aussi nous offrir un café, avant qu'on ne le sauve, grommela-t-il.
- Pas de repos pour nous ! s'exclama Lily.
- Niveau deux, Département de la justice magique, Service des usages abusifs de la magie, Quartier général des Aurors, Services administratifs du Magenmagot.
- C'est pour nous, dit Lily en tirant son frère derrière elle. Merci Hermione pour le réveil, on te revaudra ça ! La bise à oncle Ron, Hugo, Rose, le chat… Bref, à tout le monde !
Hermione retint un rire en voyant sa nièce qui sautait déjà dans les couloirs du département de la justice magique, alors que James se traînait derrière elle, beaucoup moins enthousiaste. Les années passant, elle avait toujours l'impression de voir des versions plus jeunes de Harry et Ginny.
Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises.
Vous êtes toujours là ? Car moi, oui ! Ah, ça me fait du bien d'être de retour sur cette plateforme, je tiens à vous le dire. Je ne sais pas si ça pourra continuer après cette histoire, mais je suis bien contente d'être revenue par ici, oui, oui, oui ! (J'ai même remis à jour mon profil, ce que je n'avais plus fait depuis des années - bon, j'ai pas changé grand-chose et j'ai eu zéro inspiration, mais voilà)
Bon. Autant, la semaine dernière, j'étais moyennement enthousiasmée par mon chapitre. Autant, celui-ci, je l'adore ! Déjà, j'adore la dynamique entre James et Lily (dynamique que je crée bien mieux qu'entre Lily et Albus, par ailleurs, vous l'avez déjà remarqué ? Car moi, oui, et ça commence à m'embêter. Bref). Ensuite, la scène de l'ascenseur ! Elle est géniale. Je ne l'avais pas prévue comme ça, mais il se trouve que suite à une demande de DelfineNotPadfoot, j'ai dû écrire une scène où deux personnages étaient coincés dans un ascenseur, et cela m'arrangeait bien. J'imagine que vous auriez préféré que ce soit Hayden et Lily, mais on n'a pas toujours ce qu'on veut dans la vie.
DelfineNotPadfoot a corrigé ce chapitre (qui en doutait encore ?), a adoré ce chapitre et, en plus, m'a imposé cette scène dans l'ascenseur. Que ferais-je sans elle ?
Par rapport au thème de "deux personnages dans un ascenseur", DelfineNotPadfoot a également écrit dessus, avec les personnages de Fleur et Bill, sous le titre de Niveau Deux. Et comme elle aime bien imposer ses désirs à LittlePlume également, vous pouvez retrouver sa version sur du Rose et Scorpius dans 100 grammes de poussière. Les deux récits et auteurs sont dans mes favoris, allez-y, qu'est-ce que vous faites encore ici à lire mes élucubrations ?
Merci à tous pour vos reviews, vos lectures, vos ajouts en favoris ou en follow. Je me répète, mais je suis contente de repasser par ici à un rythme régulier. On se voit la semaine prochaine pour le chapitre 9, qui est plutôt pas mal également ! (Enfin, je crois) (En tout cas, vous aurez quelques explications attendues depuis un moment...!)
Méfaits accomplis.
