Disclaimer : Harry Potter appartient entièrement et uniquement à J.K. Rowling. Je ne fais qu'écrire des fanfictions dessus à mes heures perdues.
Chapitre XI
Jeudi 13 mai 2032 - Londres
Hayden entra dans la demeure de sa grand-mère avec une légère appréhension qui ne lui ressemblait pas. Il n'avait pas pour habitude d'être nerveux lorsqu'il rendait visite aux membres de sa propre famille. Pourtant, l'impétuosité de la demande de sa grand-mère l'avait assez surpris pour qu'il soit sur ses gardes.
Il traversa la porte sans prendre la peine de frapper, celle-ci perdant toute solidité dès lors qu'elle reconnaissait un membre de la famille Zabini.
Un Elfe de Maison arriva immédiatement à côté d'Hayden, pour récupérer sa veste et son foulard.
- Ma maîtresse vous attend dans le petit salon, murmura l'Elfe en se baissant très bas, son nez effleurant le parquet.
- Merci, répondit Hayden, la voix à peine plus élevée.
Personne ne parlait jamais fort dans cette bâtisse. Dans la famille, on disait que si les nombreux maris de sa grand-mère étaient décédés mystérieusement, c'était parce qu'ils avaient parlé trop fort, et que la maison ne l'avait pas accepté.
Encore une légende de plus, certainement, mais ce n'était pas la plus farfelue pour expliquer la mort des nombreux maris de la grand-mère d'Hayden. Hayden doutait que quelqu'un ne sache jamais ce qui avait rendu sa grand-mère veuve un si grand nombre de fois. Pour être honnête, il n'était pas certain de vouloir lui-même savoir ce qui s'était réellement produit. Une petite voix dans sa tête lui laissait entendre qu'il valait mieux rester dans l'ignorance.
Dans le petit salon, sa grand-mère était effectivement installée, mais pas toute seule. Cassiopée était également présente.
- Je croyais t'avoir demandé d'accompagner Jane pour son essayage de tenue pour le mariage, lui reprocha immédiatement Hayden.
- Amusant. J'étais persuadée t'avoir répondu que cela ne m'intéressait pas, murmura Cassiopée, songeuse. Je plaisante, Leah et Zoey y sont, ajouta-t-elle lorsqu'elle attrapa le regard plein de reproche de son frère.
- Certes, mais tu devais y être également.
- Tu ne penses sincèrement pas que Jane ne va pas réussir à choisir les derniers ajustements uniquement parce que je ne suis pas présente, pas vrai ? s'enquit Cassiopée en levant délicatement ses sourcils.
Les yeux remplis d'arrogance de Cassiopée avaient le don de mettre son frère hors de lui. D'ailleurs, Hayden parut sur le point de répondre, mais sa grand-mère l'en empêcha.
- Vous êtes infernaux, vous deux. J'ai toujours dit à vos parents que ce n'était pas une bonne chose d'avoir des enfants aussi proches en âge, et vous me confirmez, chaque jour qui passe, que mon intuition était bonne…
Cassiopée se renfrogna, avant de se dérider immédiatement.
- Quel thé prendras-tu, Hayden ?
- Comme d'habitude.
Il traversa la pièce, et posa un baiser sur le front de sa grand-mère, avant de s'installer sur le fauteuil libre.
Leur grand-mère n'avait pas tort. Hayden et Cassiopée, qui avaient à peine un an de différence, passaient leur temps à se chamailler. Doucement, fièrement, comme les bons et nobles Serpentard qu'ils étaient, mais dès lors qu'ils avaient du public, ils ne se sentaient bien qu'à partir du moment où ils avaient lancé une réplique bien cinglante à l'autre. Cassiopée avait toujours estimé qu'elle aurait dû naître la première, qu'elle était bien plus digne d'être l'aînée que son frère, lequel estimait qu'il occupait la place qui lui revenait de droit, surtout si cette place faisait enrager sa petite sœur.
- Alors, grand-mère, pourquoi est-ce que tu voulais me voir ? s'enquit Hayden.
Il jeta un coup d'œil à sa sœur, dont il n'était pas certain de comprendre la présence, et attendit patiemment. Elle, en revanche, ne se séparait pas de son air de supériorité. Hayden se sentit soudainement piégé. Il ne devait pas se trouver ici. Il n'allait pas apprécier la conversation qui allait suivre.
- Pour avoir de tes nouvelles, dit simplement sa grand-mère. Tu travailles à Londres, mais ne viens jamais me voir.
Il se retint de lever les yeux au ciel, connaissant ces reproches par cœur depuis qu'il avait débuté à Ste Mangouste.
- Et tu viendras encore moins me voir lorsque tu partiras aux États-Unis !
- Je prendrai un Portoloin par mois au minimum pour te rendre visite, la rassura Hayden. La distance ne va pas me faire oublier ma grand-mère.
Elle sourit doucement, et échangea un clin d'œil avec Cassiopée, qui ne disait rien, mais observait l'échange avec grand intérêt.
- Comment avancent les préparatifs ? demanda sa grand-mère.
- Bien, répondit sobrement Hayden. Plutôt bien, de ce que j'en entends. Je dois voir l'organisatrice bientôt avec Jane, pour les dernières finitions, mais elle a fait du bon travail, et nous n'aurons pas grand-chose à lui demander d'ajouter.
- J'aurais dû faire ça, également, soupira la grand-mère. Surtout pour le dernier mariage ! Quelle idée j'ai eu de me marier à nouveau alors que votre père était adulte !
Cassiopée étouffa un petit rire.
- Cela aurait été une perte d'argent et de temps, vu la durée de votre mariage, et sa mort rapide.
- Que veux-tu, soupira la vieille femme. Je n'ai pas eu de chance, dans mes choix de maris… J'ose espérer que tu n'as pas hérité de cette malchance, mon garçon !
Hayden ne répondit pas. Il n'avait jamais été à l'aise pour discuter des précédents maris de sa grand-mère. Il avait toujours la sensation qu'en parler allait lui porter malheur, et qu'il allait lui-même mourir rapidement, dans des circonstances troubles. Il préférait ne pas tenter la chance plus que nécessaire.
- Mais Jane est une femme charmante, continua sa grand-mère. Adorable, joyeuse, discrète, attentionnée. Un peu gauche, parfois, mais certainement pas vulgaire, et c'est ce qui compte, pour entrer dans la grande famille des Zabini. Oui, cette femme a d'énormes qualités.
Elle prit une gorgée de thé, observant attentivement son petit-fils, le scrutant scrupuleusement. Hayden se demanda ce qu'elle s'attendait à voir chez lui.
- Merci, grand-mère. Je sais que tu l'apprécies, mais c'est toujours plus agréable de l'entendre de vive voix, lui avoua Hayden.
Sa grand-mère sourit. Hayden prit le thé que lui servit l'Elfe de maison, et but une gorgée. Sa grand-mère l'observait attentivement, et attendit qu'il repose sa tasse pour parler plus brutalement.
- Il est certain qu'elle ne ressemble en rien à miss Potter.
Hayden raffermit sa prise sur l'anse de sa tasse de thé, mais ne réagit pas. Il crut même, pendant un instant, réussir à adopter un regard d'incompréhension.
Ce fut à ce moment que sa sœur prit à son tour la parole, comme pour l'achever plus rapidement. Bien évidemment. Hayden aurait dû se douter que si sa grand-mère et sa sœur étaient ensemble dans une même pièce, et qu'il était invité à se joindre à elles, ce n'était pas pour qu'il passe un bon moment. Ah ! Sa grand-mère plaisantait sur le mariage d'Hayden, mais celui-ci se faisait plus de soucis pour le mariage éventuel de sa sœur. Il n'était pas sûr que qui que ce soit épouse sa sœur survive longtemps à la vie à deux.
- Est-ce que Jane a réellement réussi à te faire oublier cette Auror ?
Le silence tomba dans le petit salon de la maison de la grand-mère Zabini. Hayden réfléchissait à toute vitesse, et se demanda si le meilleur moyen pour s'en sortir ne serait finalement pas de mentir. L'air déterminé de sa sœur et celui, compréhensif, de sa grand-mère, l'en dissuadèrent.
Il s'enfonça dans le fauteuil, et prit sa tasse de thé avec lui.
- Tu nous as surpris à Poudlard, pas vrai ? demanda-t-il à Cassiopée.
- Bien sûr que non, répliqua-t-elle. Sinon, je t'aurais fait chanter avec cette information bien avant, parce que j'en aurais eu les moyens. Je ne t'aurais jamais laissé créer cette mascarade avec Jane, et je t'aurais forcé à aller voir Potter pour comprendre ce qui s'était passé. Je ne suis pas mesquine à ce point.
L'aveu surprit Hayden.
- Peut-être que le reste de ta famille ne le voit pas, ou n'a pas envie de le voir, reprit sa grand-mère, mais pour moi qui ai été mariée huit fois, et pour ta sœur qui est plutôt perspicace, la petite scène que vous nous avez jouée chez vos parents nous a semblé assez pitoyable. Elle méritait quelques ajustements pour être plus crédible, et nous faire réellement croire que vous n'aviez jamais eu la moindre attirance l'un pour l'autre.
- Potter aurait arraché la tête de n'importe qui l'aurait touchée de cette manière, à Poudlard, mais elle n'a aucun problème avec toi qui la touches à plusieurs reprises, et devant témoins en lui disant quoi faire ? Dis-le tout de suite, si tu nous trouves assez stupides pour ne pas nous rendre compte de ce qui se passe entre vous, renifla Cassiopée.
Hayden prit une gorgée de son thé, cherchant quoi répondre à cela.
- Pourquoi est-ce que vous voulez parler de Lily Potter ? Est-ce que ça a réellement une importance, finalement ? C'est Jane, que je vais épouser. Il me semble même que tu l'apprécies, grand-mère, ce dont tu ne peux pas être certaine concernant Potter.
- Oh, crois-moi, une femme qui me parle comme l'a fait l'Auror Potter aura toujours ma sympathie. Mais je t'accorde que j'apprécie Jane Wilson, réellement. Elle ne fera jamais de vagues dans notre famille, et nous sommes certains de ne pas être mis sur le devant de la scène.
Hayden soupira de soulagement. C'était exactement ce dont il était intimement convaincu depuis plusieurs années à présent.
- Mais ce n'est pas ce que nous voulons qui compte, ni même ce que nous pensons. Ce qui compte, c'est ce que tu veux, ce que tu penses, ce que tu ressens.
- Il me semble que ce que je ressens est assez clair, pourtant, fit-il remarquer. Je vais épouser Jane. Vous êtes même conviées, je vous rappelle.
- Oh, Merlin, Hayden, ce que tu es peux être borné et renfermé ! soupira sa sœur. Bien sûr que non, ce n'est pas clair. Parce que si je ne m'abuse, tu as rompu avec Lily Potter à cause de malentendus, refusant d'aller la confronter pour en savoir plus. Et puis tu es parti aux États-Unis, revenu avec Jane, maintenant tu vas te marier, et vous allez partir aux États-Unis. Déjà, tout cet enchaînement de faits n'avait pas de sens lorsque tu affirmais que c'était ton envie profonde, mais maintenant que je sais que tu as basé cette histoire sur une trahison qui n'existe même pas, permets-moi de te dire que tu es stupide, et que tu commets une belle erreur.
Sa sœur se mêlait si peu des affaires sentimentales des uns et des autres qu'Hayden crut pendant un instant être dans une dimension parallèle. Mais la réalité pouvait parfois être tout aussi surprenante.
- Je ne pense pas que tu saches réellement ce qui…
- Non, personne ne le sait, l'interrompit sa grand-mère. C'est normal, après tout, c'était le but de votre histoire, n'est-ce pas ? Que personne n'en sache jamais rien. Mais, dis-moi, Hayden, à présent que ta sœur et ta grand-mère sont toutes les deux au courant, rien de terrible ne s'est produit, n'est-ce pas ? Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom n'est pas revenu d'entre les morts, aucune guerre ne vient d'être déclarée. Pourquoi est-ce que tu ne prendrais pas quelques minutes pour réfléchir plus sérieusement à toute cette histoire, et à ce mariage dans lequel tu veux te précipiter, malgré le peu de motivation que tu as mis dans l'organisation ?
Hayden ne répondit rien. Son regard se posa sur les bibelots excessivement chers que possédait sa grand-mère, généralement des héritages de ses maris décédés.
- Le mariage est de toute façon repoussé, tant que n'est pas arrêtée la personne que recherchent les Aurors, fit remarquer Cassiopée.
- Leah est allée au Bureau des Aurors pour son témoignage ? s'enquit leur grand-mère.
- Oui, confirma Hayden. Hier, avec père. Elle ne voulait pas y aller toute seule, et père voulait en profiter pour saluer Harry Potter.
- Je n'aurais jamais cru qu'ils finiraient par se parler correctement. Votre père faisait tout pour le dénigrer, lorsqu'ils étaient en cours ensemble. Ils ont participé à beaucoup de dîners organisés par Horace Slughorn, et votre père me racontait toujours qu'il trouvait Potter et ses fréquentations épouvantables.
Hayden échangea un regard entendu avec Cassiopée.
- Ce n'est pas toi qui as tout fait pour que père grandisse dans la suprématie du Sang-Pur ? se rappela Cassiopée.
- Bien sûr ! s'insurgea leur grand-mère. Mais qu'est-ce que vous croyez ? J'étais une mère célibataire, certes riche, mais seule avec un enfant à charge, dans une époque détruite par une guerre, dont les cendres n'allaient pas tarder à donner naissance à une nouvelle. J'aurais pu dire à votre père que le courage était la plus importante des choses qu'on a dans la vie, mais la vérité, c'est que le courage mène souvent à la mort. La ruse, elle, vous assure de rester en vie plus longtemps que la plupart des personnes. La preuve en est avec vous ! termina leur grand-mère en les désignant.
Cassiopée rit doucement.
- Bien sûr, grand-mère. Il valait mieux que père déteste Harry Potter, plutôt qu'ils deviennent amis.
Leur grand-mère leva le nez.
- Vous auriez fait exactement la même chose si vous aviez connu les parents de Harry Potter, comme ce fut mon cas. Deux têtes brûlées, leur fils allait forcément être identique. Les chances de survie de Harry Potter étaient si faibles que seuls quelques imbéciles misaient dessus.
Elle prit une gorgée de thé.
- Il se trouve que ces imbéciles furent plus avisés que nous, soit.
Hayden esquissa un de ses rares sourires. Que sa grand-mère reconnaisse avoir tort était si étrange et inhabituel qu'il en appréciait encore plus la saveur.
- Je reconnais que j'aurais pu lui inculquer des principes un peu moins étriqués. Mais il s'en est très bien sorti. Regardez, votre mère n'est pas une Sang-Pure ! Comme quoi, votre père sait faire ses propres choix.
Cassiopée hocha la tête, et échangea un clin d'œil avec son grand frère. Elle n'irait pas pousser l'audace à rappeler que leur grand-mère se chargeait régulièrement de rappeler à leur mère qu'elle n'était pas une Sang-Pure, justement, et qu'elle manquait de noblesse par bien des aspects.
- Enfin, soupira leur grand-mère. Ne fais pas comme moi, Hayden. Ne pense pas avoir raison, sans réfléchir à d'autres éventualités. Parfois, il faut avoir le tableau global, avant de faire des choix raisonnés. Vous critiquez ma position concernant les Sangs-Purs, et la manière dont j'ai pu traiter Harry Potter, mais la réalité, c'est que s'il avait eu plus de personnes de son côté, il se serait battu avec beaucoup moins de hargne, et je ne vous garantis pas que cette guerre se serait alors terminée avec la défaite de Vous-Savez-Qui.
Cassiopée regarda Hayden avec une insistance nouvelle.
- Va parler à Lily Potter, insista sa sœur. Tu mérites au moins ça, ajouta-t-elle.
Hayden ne répondit rien. Il n'avait pas envie de se justifier auprès des deux femmes qui le scrutaient avec attention. Il préférait garder le silence, sachant pertinemment qu'elles allaient abandonner et ne pas essayer de le faire parler. Seule Lily réussissait à lui faire avouer tous ses secrets.
- Bien, soupira sa grand-mère. Que diriez-vous d'une partie de cartes enchantées ?
- Volontiers !
Hayden poussa un soupir de soulagement. L'interrogatoire était terminé.
…
Impasse des Demiguises
Lily ferma la porte de sa chambre doucement, mais pas complètement. Une lumière diffuse passait par l'entrebâillement, signe que la veilleuse était bien enclenchée.
Eleanor avait mis du temps à s'endormir, elle avait réclamé son père plus d'une fois. Lily s'était bien gardée de lui dire que son père buvait quelques verres avec une Guérisseuse que connaissait bien la petite fille, déjà parce qu'Eleanor n'allait pas comprendre grand-chose à ce sous-entendu, et ensuite parce que ce n'était pas à elle d'en parler à l'enfant. De toute façon, elle ne savait même pas si James allait voir longtemps la Guérisseuse. Elle le lui souhaitait, bien entendu, mais elle avait conscience que beaucoup d'histoires qui paraissaient toutes tracées se terminaient finalement brutalement.
Un peu comme la sienne.
Elle rangea le salon, où des dizaines de jouets jonchaient le sol, signe qu'Eleanor se sentait parfaitement à l'aise dans cet appartement. Lorsqu'elle n'était pas tranquille, l'enfant ne sortait aucun jouet.
- Comment un si petit être peut mettre autant de bazar ? s'étonna Lily dans un murmure.
Un coup de baguette plus tard, tout avait disparu et était bien rangé dans le sac d'Eleanor. Elle s'attela à la cuisine, où l'enfant avait fait un carnage en préparant des gâteaux. Lily n'avait, toutefois, pas aidé à ce que la cuisine reste immaculée, elle devait bien le reconnaître. Elle n'avait jamais aimé cuisiner sans en mettre partout, et ce qu'elle préférait, c'était déclencher des batailles de farine. Elle devait avouer qu'elle avait poussé Eleanor à apprécier cela aussi, et James lui en voulait toujours énormément.
Elle prit un des scones qu'elles avaient préparés, et mordit dedans avec plaisir. C'était si rare qu'elle ait le temps de cuisiner dans sa cuisine qu'elle appréciait d'autant plus la saveur du scone. Elle se dirigea ensuite vers la salle à manger, et sortit une carte du monde de ses dossiers d'Auror. D'un coup de baguette magique, elle étala la totalité du dossier de la Corneille sur la table où elle prenait la majorité de ses repas, et étudia, comme à chaque minute de ses journées ou presque depuis deux ans, les lieux où la Corneille avait sévi.
Julieta Cuervo.
Quelle satanée sorcière. Lily avait beau analyser chacun des lieux où elle avait pu être vue, impossible de réveiller son épaule. Impossible qu'elle lui donne la moindre indication sur le lieu où elle pouvait se trouver. Lily s'agaçait prodigieusement de cette situation. Elle n'avait pas l'habitude d'être aussi coincée dans une enquête. Son instinct la sauvait la plupart du temps, et elle devait reconnaître qu'elle se reposait majoritairement sur lui pour résoudre les cas qui s'empilaient sur son bureau.
Elle agita sa baguette vers la chambre où dormait Eleanor. Un sortilège invisible se dressa entre la chambre et les autres pièces, filtrant l'air. Lily sortit son paquet de cigarettes, et en alluma immédiatement une. Elle en avait besoin pour s'éclaircir les idées, pour se détendre, pour analyser correctement la situation. Elle ne pouvait pas seulement regarder les pistes. Elle avait besoin de son moteur, et actuellement, c'était la cigarette.
Elle passa un doigt pensif sur les emplacements marqués d'une croix de la carte du monde, mais rien ne venait. Rien ne pulsait dans son épaule. Quelque chose lui échappait, et l'empêchait de trouver exactement où se cachait leur suspecte. Même les informations données par Abraham ne les aidaient pas. Lily avait espéré que sa planque serait indiquée, mais aucun des lieux où Julieta Cuervo avait donné rendez-vous aux collaborateurs d'Abraham n'était le lieu où elle se cachait actuellement.
Mais peut-être, finalement, qu'elle ne se cachait pas, et que c'était pour cela qu'ils ne la trouvaient pas. Elle devait continuer sa vie comme elle le faisait depuis des années, en se dissimulant subtilement, mais pas assez pour éveiller les soupçons.
- C'est rageant, grommela Lily.
Sa cigarette se consumait petit à petit, sans qu'une intuition supplémentaire ne réveille Lily, ou son épaule. Rien ne lui venait, rien n'apparaissait, rien n'était plus clair.
Tout était, au contraire, bien plus embrouillé, bien plus agaçant, bien plus épuisant pour son cerveau qui carburait, sans jamais réussir à se raccrocher à la moindre piste.
Lily délaissa la carte du monde, et regarda plutôt les documents qu'ils avaient recueillis. Le modèle type de la lettre trônait en première pièce du dossier. La première lettre était adressée à une famille portugaise, les Da Silva. Lily les avait interrogés tellement de fois qu'elle en avait perdu le compte.
« Bonjour,
Je souhaite vous avertir d'un danger certain qui cible notre communauté sorcière.
Les Da Silva, des sorciers à l'apparence tranquille possèdent, en réalité chez eux des artéfacts de magie noire, acquis de manière illégale. Ils comptent s'en servir pour attaquer d'autres membres de la communauté sorcière, et effrayer les sorciers qui n'ont rien demandé et n'ont rien fait de mal.
Il me semblait important de vous avertir, afin que vous nous protégiez de leurs méfaits et intentions malfaisantes.
Je préfère garder l'anonymat, de peur de leurs représailles, s'ils apprenaient qui je suis.
Merci pour votre dévouement. »
Et en fin de lettre, un petit corbeau noir, dont les plumes luisaient férocement.
Comment est-ce qu'une lettre aussi banale n'avait pas éveillé les soupçons ?
Lily soupira. Elle savait très bien pourquoi personne ne s'était étonné de cette lettre. Les esprits étaient encore trop effrayés des différentes guerres entre sorciers, et tous avaient conscience qu'il suffisait de peu pour qu'une nouvelle guerre éclate.
Elle se saisit d'une nouvelle cigarette, mais n'eut pas le temps de l'allumer.
On frappa deux coups discrets à sa porte.
Lily releva vivement la tête. Les coups se répétèrent. Ses glaces à l'ennemi et strutoscopes ne s'étant pas manifestés, elle doutait qu'il s'agisse d'une personne malintentionnée. Elle posa la cigarette encore éteinte dans le paquet, et rangea la totalité du dossier en un coup de baguette, avant d'aller à sa porte d'entrée. Elle jeta un œil dans le judas. Une silhouette était retournée, et semblait s'éloigner, mais elle n'avait pas besoin de la voir de face reconnaître ce sorcier. Elle aurait reconnu ce dos dans n'importe quelle situation.
C'était celui d'Hayden.
Elle ouvrit rapidement sa porte, et il se figea.
- Qu'est-ce que tu fais ici ? demanda Lily.
Il se retourna.
- Je peux entrer ? Pour qu'on discute ?
Il la regarda avec supplication. Elle hésita un instant. Qui se transforma en cinq longues minutes. Ce n'était pas ce qu'elle avait prévu pour sa soirée. Elle attendait sa venue deux ans plus tôt. Pas ce soir.
Elle s'en voulut de ce qu'elle allait répondre, mais elle ne réussit pas à s'en empêcher.
- Entre, Hayden, finit-elle par dire en se décalant pour lui laisser le passage.
Elle n'était pas sûre qu'elle n'allait pas le regretter, mais elle était bien trop faible lorsqu'il s'agissait d'Hayden. S'il était devant chez elle, s'il avait frappé à sa porte, elle était incapable de ne pas lui ouvrir.
Elle referma la porte derrière lui, et il se défit de sa cape, l'accrochant naturellement au porte-manteau qui était au même endroit que lors de sa dernière visite.
Lily croisa les bras sur sa poitrine, avant de les décroiser immédiatement. Ils étaient encore dans le hall d'entrée. Elle désigna le salon.
- Je t'en prie, tu connais le chemin…
Un sourire amer décrispa le visage d'Hayden, mais Lily n'y prêta pas attention. Elle alla dans la cuisine, et récupéra deux Bièraubeurres fraîches, les servit dans des chopes, puis alla rejoindre Hayden et lui en tendit une.
Il observait la porte de sa chambre, entrouverte. La douce lumière s'en échappait toujours.
- Il y a quelqu'un ? murmura-t-il.
Lily jeta un œil à sa chambre. Elle aurait voulu entendre une trace de jalousie dans la voix d'Hayden, mais elle n'était certaine de rien. Alors, elle choisit de croire qu'il n'était pas jaloux. Pourquoi le serait-il ? Il avait Jane Wilson.
- Eleanor, la fille de James. Elle dort.
Elle lança le sortilège assurdiato.
- Je pense que ça va être nécessaire.
Hayden hocha la tête, et but une première gorgée. Il s'installa dans le canapé. Lily se mit en face de lui, adossée à la petite commode où elle rangeait des souvenirs. Elle agita sa baguette, et ses cigarettes vinrent à elle. Elle se servit, et posa le paquet sur la table basse entre eux deux.
- Je peux ? demanda Hayden.
Lily hocha la tête, et il se servit immédiatement.
Le silence s'installa dans la pièce. Hayden regarda autour de lui, observant les détails de l'appartement. Certaines choses n'avaient pas bougé, notamment les meubles qui étaient toujours les mêmes. En revanche, Lily avait de nouveaux éléments de décoration. Il les détailla avec attention, réalisant qu'ils venaient de plusieurs pays. Lily les avait sûrement ramenés de ses voyages professionnels.
Il y avait toujours cette même odeur d'encens qui flottait dans l'air, très subtile, seulement présente pour prouver que Lily était dans l'appartement en ce moment, et pas en déplacement. Hayden adorait cette odeur, proche de l'hibiscus. Il ne réalisait qu'aujourd'hui à quel point cette odeur lui avait manqué.
Lily l'observait toujours attentivement et, pour la première fois, Hayden comprit qu'elle ne comptait pas le forcer à parler. Il avait pris la décision de venir jusqu'ici, c'était à lui d'assumer son acte. Elle n'allait pas lui rendre la tâche facile et, soudainement, il se sentit mal et perdit quelques grammes de courage. Déjà qu'il en avait utilisé beaucoup pour se décider à venir jusqu'ici, après la discussion avec sa sœur et sa grand-mère, plus tôt dans la journée…
- Hum… En général, c'est à ce moment que tu sors tes paroles convaincantes pour me pousser à te parler, et à exprimer ce que j'ai sur le cœur.
Il vit Lily trembler légèrement, et en fut rassuré. Cela prouvait qu'elle n'était pas encore complètement hermétique à ce qu'il lui racontait.
- Je ne suis pas certaine que l'expression « en général » s'applique encore à toi et moi. Rapport au fait que tu as rompu, et que tu vas épouser Jane Wilson.
Le ton de Lily était froid et distant. Celui qu'elle adoptait lorsqu'elle était en colère contre lui, et qu'elle tentait de refouler les milliers de sentiments qui se bousculaient en elle, pour ne pas noyer Hayden sous eux.
- C'était maladroit, lui concéda Hayden. C'est que je n'ai plus l'habitude de m'adresser à toi.
- La faute à qui ? rétorqua Lily.
Avec un peu moins d'agacement, toutefois. Hayden s'en sentit soulagé. Elle n'était pas totalement fermée au dialogue, seulement, elle n'allait pas lui faciliter la tâche. Il comprenait. Elle avait fait des efforts pendant des semaines après qu'il avait rompu, et lui avait préféré passer à autre chose sans même la laisser s'exprimer.
- Je suis désolé pour ce qui s'est passé il y a deux ans, dit-il finalement. Pour ce que j'ai fait et, surtout, pour avoir refusé de te voir à nouveau. Tu ne méritais pas que je te traite comme ça.
- En effet, confirma Lily. Mais tu n'attendais que ça, pas vrai ?
Hayden la regarda avec surprise.
- Que quelque chose te pousse à la rupture. Que le moindre petit grain de sable soit une raison suffisante pour dire que c'était fini, sans justification supplémentaire. Comme lorsque tu étais persuadé que j'allais sortir avec Rufus Macmillan…
Hayden secoua la tête.
- Non, souffla-t-il. Pas du tout. Je pensais… En fait, je voulais qu'on se montre. Qu'on en parle. Je voulais qu'on l'annonce, une fois que je serais devenu Guérisseur. Mais ensuite…
Lily détourna le regard, et cligna des paupières plus que nécessaire. Elle voulait chasser ses larmes. Par la barbe de Merlin, elle n'était pas une pleureuse, ne l'avait jamais été, et voilà qu'Hayden la poussait, encore une fois, à sentir les larmes qui montaient jusqu'à ses yeux. Lorsqu'elle redevint maîtresse d'elle-même et de ses larmes, elle regarda à nouveau Hayden.
- Et ça, tu ne pouvais pas m'en parler plus tôt, lorsqu'on était encore ensemble, par exemple ? Tu préfères me lancer cette information des années plus tard, comme si c'était de ma faute si tu n'avais pas eu le temps de m'annoncer ton intention ? Non, en fait, laisse tomber. Ce qui est fait, est fait, murmura-t-elle en mettant sa cigarette dans un cendrier.
Hayden fit de même quelques secondes plus tard. Il se resservit immédiatement, et Lily aussi.
- Jane ne supportait pas que je fume. Enfin, j'ai énormément diminué après que toi et moi… Enfin, bref. Mais elle ne supportait pas. Alors j'ai tout arrêté.
- Si tu pouvais éviter de trop la mentionner devant moi, ce serait sympa, grommela Lily. Je veux bien ne pas être une briseuse de ménages, mais pas faire semblant de me réjouir pour toi et ton futur mariage. Ne m'en demande pas trop non plus.
Hayden hocha la tête.
- Je comprends.
- Non, ricana Lily. Je ne crois pas que tu comprennes, en fait. Tu crois comprendre, mais tu n'as pas essayé de comprendre, il y a deux ans de cela, alors pourquoi est-ce que ce serait différent aujourd'hui ?
Hayden accepta les reproches. En fait, il pouvait tout accepter de Lily.
À part cette distance qu'elle mettait entre eux.
Ou peut-être qu'il avait été le premier à mettre de la distance, et qu'il ne récoltait que ce qu'il avait semé.
Les yeux de Lily lançaient des éclairs, et ils étaient dirigés vers Hayden, qui les reçut de plein fouet.
- Pourquoi tu n'as pas voulu de mes explications, Hayden ? C'était si dur pour toi de me regarder ? De me voir ? Tu crois que je ne me détestais pas assez, que j'avais en plus besoin que toi aussi tu me tournes le dos ? Tu crois que j'ai fait comment, moi, pendant deux ans ? C'était simple, pour toi, tu n'avais qu'à te dire que je t'avais trahi, et tu dormais sur tes deux oreilles, la conscience tranquille. Alors que moi, je devais vivre avec le fait de t'avoir trahi, sans la possibilité de t'expliquer quoi que ce soit !
Comme souvent, lorsqu'elle s'énervait, elle n'élevait que très peu la voix. Hayden la trouvait incroyable dans ces moments, et était incapable de détacher son regard d'elle.
- Je ne pouvais en parler à personne, et la seule personne à qui je pouvais en parler, c'était celle qui refusait de m'adresser la parole. Franchement, tu ne peux pas comprendre, Hayden. Et là, je te revois par hasard, au bras d'une femme qui a l'air fantastique pour toi, et tu viens me dire que tu comprends ? Oh, Merlin. C'est d'une hypocrisie…
Elle termina rapidement sa Bièraubeurre, et posa la chope sur la table basse.
- Enfin. J'imagine que tu veux finalement entendre les explications que j'attends de te donner depuis deux ans ?
- En effet, confirma Hayden d'une voix basse et grave qui fit frissonner Lily.
- Bien… Il n'y a pas grand-chose à dire de plus que ce que tu as entendu chez tes parents.
Lily se pinça le nez et plissa les yeux pour se rappeler cette journée désagréable du 4 avril 2030. Elle avait beau essayer de l'oublier, cette journée finissait toujours par hanter son esprit.
- J'étais au Bureau des Aurors lorsqu'on a reçu cette lettre, et j'ai demandé à faire la perquisition, car je savais qu'il n'y avait rien chez toi. J'ai voulu te prévenir, mais je n'avais pas la possibilité de le faire sans qu'on ne se questionne sur la lettre que j'allais envoyer et, en plus, je savais que toute ta famille était chez toi. Pas très discret. J'ai espéré que tu comprendrais, ne m'en voudrais pas, attendrais mes explications mais…
Elle se tut. Mettre des mots sur ce qui s'était passé deux ans auparavant était toujours aussi douloureux.
- J'ai sauté sur des conclusions hâtives, termina pour elle Hayden. Mais aussi… Pourquoi est-ce que tu as été aussi véhémente ?! La manière dont tu nous regardais, dont tu as parlé à mon père, dont tu t'es comportée…
Elle serra un poing, et Hayden crut qu'elle allait frapper du poing sur le meuble. Elle n'en fit rien, mais ses jointures étaient blanches à faire peur.
- Qu'est-ce que tu crois ? Merlin, Hayden, j'étais en mission ! On recevait une lettre disant que vous aviez des artéfacts de magie noire, que vous étiez une menace pour la communauté sorcière, j'étais chez vous pour vérifier si c'était vrai ou non, et tu voulais que je sois plus gentille ? Plus calme ? Que je me comporte comme si c'était une banale visite de routine ?
Hayden serra les mâchoires.
- Tu n'as pas conscience d'à quel point je me sentais minable. J'aurais voulu partir en courant, mais je ne pouvais pas. Je bossais, lui rappela-t-elle. Et d'ailleurs, tu aurais dû le comprendre, au lieu de m'en vouloir comme tu l'as fait, au lieu de refuser le dialogue ! J'ai voulu te l'expliquer immédiatement après, je pensais que tu serais ici, à m'attendre pour que nous en discutions, mais à la place…
- Il y avait ma lettre de rupture, murmura Hayden d'une voix sourde.
- Exactement. Alors, j'ai tenté de te contacter, mais…
- J'ai refusé de te revoir. Je n'ai répondu à aucune de tes lettres.
- Voilà. Et puis, ma belle-sœur a été assassinée. J'ai demandé à la remplacer, ce qui n'était pas gagné, parce que j'étais très jeune pour cette unité, mais on manquait de monde, je parlais énormément de langues pour mon âge, et j'avais une envie folle de m'éloigner de la Grande-Bretagne, et j'imagine que je voulais tellement partir que les Aurors ont préféré que je prenne le poste plutôt que de me contrarier. J'ai suivi la formation pour l'unité des affaires étrangères en accéléré, j'ai cru à plusieurs reprises que j'allais abandonner, mais j'ai tenu. Et je t'ai écouté, j'ai fait en sorte qu'on ne se croise plus jamais, jusqu'à cette soirée chez les Nott. J'y étais parce que je me disais que, peut-être, quelqu'un dans l'assemblée avait des renseignements sur notre Corneille.
Elle désigna son épaule droite. Son pull tombait légèrement, et Hayden pouvait voir les filaments qui circulaient sous sa peau. Ils étaient plus étendus que lorsqu'il l'avait vue dans le cabinet du Guérisseur Rakepick. Il voulait lui poser une question sur son état. Le regard froid qu'elle lui offrit lui fit comprendre qu'elle ne lui en donnait pas le droit.
- Fausse piste, bien sûr, mais tu étais présent. La suite, tu la connais. La présentation avec ta fiancée, tout ça… Par Merlin, qu'est-ce que je t'ai détesté, ce soir-là, en voyant ton sourire satisfait en me présentant ta fiancée. Si tu voulais me blesser profondément, tu n'aurais pas pu trouver meilleur moyen, lui assura-t-elle avec un reniflement dédaigneux.
Le silence tomba à nouveau entre eux, mais Hayden l'apprécia, cette fois. Il prenait de plus en plus conscience de tout ce qu'il avait mal compris, de l'énormité de son erreur. Il aurait pu faire tout autrement, rien de tout ça ne serait arrivé. Lily ne serait pas affectée aux affaires étrangères, et lui ne serait pas sur le point de se marier avec Jane.
Il secoua la tête.
Non, tout aurait été différent, mais peut-être pas tant que ça. Finalement, il n'en savait pas grand-chose. Il n'était pas assidu en cours de divination, et ne pouvait pas prévoir l'avenir, qui était incertain par bien des aspects.
Lily prit une nouvelle cigarette, encore une fois. Elle en avait besoin pour calmer ses nerfs, et pour se donner une contenance devant Hayden, qui ne semblait toujours pas savoir quoi dire.
- Pourquoi est-ce que tu as si peu confiance en toi, Hayden ? Pourquoi est-ce que tu as toujours cru que toi et moi, ça ne pouvait pas fonctionner ? Pourquoi est-ce que dès qu'il y avait un obstacle, tu cherchais à prendre la fuite ?
- Ce n'est pas ça, c'est que…
Il se tut, détourna le regard, comme refusant de regarder Lily.
Et alors, elle réalisa ce qu'elle s'était toujours interdit de comprendre. Cela la frappa durement, la fit chanceler légèrement. Hayden ne le remarqua pas, bien sûr. Il était trop occupé à regarder ailleurs. Il craignait trop de croiser le regard de Lily.
Laquelle eut le souffle coupé quelques secondes, sous le choc de la révélation. Avant de reprendre son souffle, et, ébahie, de mettre des mots sur ce qu'elle n'avait jamais réussi à analyser correctement.
La conclusion de son analyse la rendit amère. Lily ricana, attirant l'attention d'Hayden sur elle. Perdu, il la fixait. Lily paraissait complètement ailleurs.
- En fait, je viens seulement de comprendre, mais ça n'a jamais été une question de confiance en toi. Je pensais que c'était le plus gros problème. Ta confiance en toi, et que le reste était secondaire. Mais pas du tout !
Elle rit légèrement, un rire amer et qui partait dans les aigus. Hayden devint nerveux.
- Ça a toujours été une question de confiance en moi, finalement. Tu ne m'as jamais fait confiance, jamais entièrement. Tu ne m'as pas fait confiance pour qu'on soit visibles aux yeux de tout le monde. Tu ne m'as pas fait confiance lorsque tu as su que Macmillan voulait m'inviter à Pré-au-Lard. Tu ne m'as pas fait confiance lorsque je te disais que nos familles s'en moqueraient, de nous deux. Et lorsque j'ai dû faire cette foutue perquisition, en me disant que certes, ça allait être une épreuve, mais qu'on avait fait assez de chemin pour passer au-dessus de tout ça, je t'ai juste donné des excuses pour ne pas me faire confiance.
Hayden la fixait sans bouger. Mais elle le voyait. Elle notait le tressautement de sa pomme d'Adam, ses mouvements imperceptibles de paupières, sa mâchoire qui se crispait et se détendait. Elle voyait tout cela avec une acuité nouvelle. Jamais Hayden ne lui avait fait entièrement confiance.
Et c'était finalement bien plus douloureux que de croire qu'elle avait détruit sa confiance en lui.
- Merlin, qu'est-ce que j'ai pu être stupide et aveugle ! s'exclama-t-elle, perdant un peu de son calme.
Hayden sursauta. Il n'y avait que Lily pour lui faire perdre son masque de façade, sa tranquillité d'esprit, son immobilité parfaite de Serpentard. Mais soudainement, Lily s'en moquait. Elle ne voulait plus être celle qui pouvait le faire ressentir, pas si cela voulait dire qu'elle devait être la seule à le voir, à le vivre.
- Je suis une personne qui pleure peu, vraiment peu, et je réalise que la plupart des larmes que j'ai versées ces dernières années, c'était pour toi. J'aurais dû réaliser que tu me faisais plus de mal que de bien, finalement. Qu'au lieu de t'aider à être plus assuré, plus à même de t'ouvrir aux autres, je me renfermais, je me confiais moins, je parlais moins aux autres. Je devenais plus comme toi, en fait.
- Ce n'est pas…
- Ne me dis pas que ce n'était pas ça ! s'exclama-t-elle.
C'était la première fois qu'elle perdait son sang-froid réellement devant lui. Il l'avait vue en colère, mais toujours dans la retenue.
- Ne me prends pas pour une idiote, grommela-t-elle, surprise elle-même par son accès d'humeur.
Elle vérifia qu'aucun bruit ne provenait de sa chambre, mais Eleanor ne semblait pas vouloir se réveiller. Les charmes d'insonorisation fonctionnaient parfaitement.
- La réalité, c'est que ça allait devenir plus complexe, toi et moi. Dès lors qu'on devrait être visibles, il faudrait se justifier, et ça t'effrayait. Et tu préférais te cacher derrière les moindres prétextes. C'était plus simple pour toi de faire comme si tout était de ma faute, plutôt que d'accepter le fait que tu avais peur.
- Je n'avais pas peur.
- Oh, à d'autres ! pesta Lily. T'avais la trouille. De ne pas savoir gérer ce que moi je gérais depuis mon enfance. T'avais peur de quoi, exactement ? D'être dans mon ombre parce que je suis une Potter ? Que les gens pensent que tu étais ma bonne action, parce que tu étais un Zabini et moi une Potter ?
- Non ! Pas du tout ! Mais tu…
- Tu ne me faisais pas confiance, c'est tout ! Assume-le, Hayden. Tu ne m'as jamais fait confiance, et tu as profité de la première brèche qui te permettait de prouver que tu avais raison pour fuir.
- Je n'ai pas fui !
Elle lui lança un regard noir, et croisa les bras sur sa poitrine.
- Même toi, tu ne peux pas être aussi borné. Bien sûr que tu as fui. Tu as fui en restant ici, et en me poussant à changer toute ma vie pour qu'on ne se croise plus. Tu as fui notre relation, tu as fui tes sentiments, tu as fui les difficultés, tu as fui !
Hayden voyait doucement se dessiner la rage dans les yeux de Lily. Et puis, comme elle était arrivée, elle s'évapora.
- Et t'as même pas le courage de te l'avouer…
Il baissa les yeux, et Lily poussa un profond soupir. Ses silences étaient plus parlants que ses mots.
Hayden avait fui, avait manqué de courage, avait manqué de confiance en Lily. Et plutôt que de chercher à dissiper les malentendus, il avait préféré tourner le dos froidement à cinq ans de relation. Parce que c'était plus simple.
- Et moi, stupide, j'ai cru qu'un jour, on pourrait en reparler normalement, tout remettre à zéro. Merlin, j'ai toujours été trop passionnée, ça me joue des tours, ricana Lily.
Elle se tut à nouveau. Hayden, tête baissée, n'osait pas la regarder.
Le silence s'étira, long, douloureux, imprévisible. Lily aurait voulu qu'il dure plus longtemps, sauf que c'était au-delà de ses forces.
Elle s'était promis de ne pas forcer Hayden à parler, mais c'était maladif, chez elle. C'était dans sa nature de le pousser à parler, à exprimer les sentiments et les pensées qu'il taisait à tous.
- J'ai besoin de savoir, Hayden, mais j'ai aussi peur de la réponse…
Il leva la tête, surpris. Lily l'observait avec une intensité nouvelle, et intriguée. C'était à nouveau ce regard d'intense intérêt, celui qu'elle gardait lorsqu'elle voulait qu'Hayden lui explique ce qui se passait dans son cerveau.
- Est-ce qu'elle sait ? Ou, plutôt, qu'est-ce que Jane sait ?
- Sur nous deux ? Rien, bien sûr, répondit Hayden.
- Non, tu ne comprends pas. Je ne parle pas de nous deux, mais de toi. Qu'est-ce qu'elle sait de toi ?
Hayden fronça les sourcils.
- Je ne suis pas sûr de comprendre.
- Bien sûr que tu comprends ! s'agaça Lily. C'est juste que tu n'as pas envie de le dire.
Hayden garda le silence, se demandant si elle allait en rester là, mais ce n'était pas dans les plans de Lily, à présent.
- Est-ce qu'elle sait tout ce que moi, je savais ? Ton talent pour l'écriture ? Ce que tu ne confies à personne, tes doutes, tes envies ? Ce que tu aimes faire quand tu pars en voyage, les livres que tu aimes lire, tes matières préférées, pourquoi tu as voulu devenir Guérisseur ? Est-ce qu'elle est au courant de tout ça, ou bien je suis la seule à qui tu l'as confié ? Est-ce qu'elle a droit aux mêmes confidences, est-ce qu'elle a ta confiance ? Les mêmes sourires, les mêmes mots doux ? Est-ce qu'elle sait que tu as peur que Leah se lance à cœur perdu dans une relation et ne s'en remette pas si cela ne fonctionne pas ? Est-ce que tu lui as dit que tu avais peur que Cassiopée ne laisse jamais aucune femme entrer dans sa vie ? Et est-ce qu'elle sait que Zoey avait pour habitude de broder des motifs sur tes tenues d'école, puis de Guérisseur, parce que c'est la seule manière qu'elle a pour te dire qu'elle t'aime ? Est-ce qu'elle a le droit à tout ce que j'ai eu droit, moi ?
Le ton de Lily était désespéré, et Hayden réalisa soudainement qu'elle souffrait depuis deux ans de toutes ses questions sans réponse, de ses incertitudes, de ses connaissances qu'elle avait sur Hayden mais qu'elle ne pouvait partager avec personne.
- Est-ce que tu l'aimes comme tu m'aimais ? murmura finalement Lily.
Le cœur d'Hayden manqua un battement.
Il ne supportait pas qu'elle se conjugue au passé.
Il se leva gauchement, et fit un pas vers elle. Puis un autre. Avec une détermination nouvelle, il s'approcha d'elle.
Elle sourit doucement, avant de secouer la tête.
- Non, Hayden. Je vois bien dans ton regard que tu veux m'embrasser. Je le connais par cœur ce regard, je ne l'ai pas oublié. Mais c'est non.
Il se figea, et Lily se décolla du mur pour se rapprocher de lui.
- Pourquoi ? demanda-t-il d'une voix rauque.
- Parce que tu vaux mieux que ça. Mieux que m'embrasser quand c'est facile, sans que personne ne le sache, et alors que tu es fiancé à une autre.
Elle se recula d'un pas cette fois.
- Parce que moi aussi, je vaux mieux que ça. Mieux qu'une personne que tu abandonnes à la première difficulté, sans lui laisser la possibilité de s'expliquer, et que tu récupères lorsque la difficulté a été surmontée, sans que tu n'aies rien fait réellement pour battre cette difficulté.
Elle prit une cigarette et traversa la pièce pour la fumer à la fenêtre.
- Et parce que notre histoire vaut mieux que ça, murmura finalement Lily. Valait mieux que ça. Mieux que des secrets et des non-dits.
Hayden esquissa un sourire que Lily n'arriva pas à interpréter. Mais, finalement, cela valait mieux. Elle ne voulait pas comprendre tout ce qu'Hayden pensait. C'était à lui de faire le tri.
- Je ne sais pas ce qui se passe dans ta tête ou dans ton cœur, actuellement, mais ce dont je suis certaine, c'est que ce n'est plus à moi de te forcer à t'exprimer. Il faut que tu fasses le tri tout seul dans ce que tu veux pour toi, dans ta vie personnelle. Mais il est certain que je ne me mêlerai pas de tes sentiments cette fois. Je suis fatiguée d'être celle qui te pousse à t'exprimer.
Elle prit une profonde inspiration, et aspira encore quelques bouffées de cigarette avant de parler à Hayden. Lui était totalement figé.
- Je ne veux pas être celle qui va t'aider dans ta décision. C'est à toi de choisir, à présent, et à toi uniquement. Jane, moi, aucune de nous deux, j'imagine que tu es en plein doute, si tu es venu ici ce soir… C'est toi qui décides. Mais je ne suis pas celle qui va te pousser à quoi que ce soit. Réfléchis, prends une décision, avec tous les éléments en main, et pas seulement ce que tu as envie de croire.
Elle le regarda avec tristesse.
- Peut-être que ce sera moi, peut-être pas. Je ne sais pas. Je ne sais pas si j'accepterai de te suivre, si jamais tu me choisis. Mais je suis certaine qu'à l'heure actuelle, je ne veux pas être celle que tu embrasses parce que c'est plus simple que de t'occuper d'un mariage, ou parce que tu préfères m'embrasser que me détester pour de fausses raisons.
Hayden hocha la tête, compréhensif, même s'il avait la gorge sèche et le cœur qui battait plus rapidement d'être mis au pied du mur d'une telle façon.
Lily avait raison sur bien des points, il ne prenait jamais de décisions, il était toujours poussé vers un choix ou un autre. Jamais, ou presque, ses gestes ne venaient de lui-même. Il fallait que quelqu'un lui suggère une idée pour qu'il l'embrasse et la suive.
Comme pour Lily, lorsqu'il avait attendu qu'elle prenne toutes les décisions pour leur histoire.
- D'accord, Lily, murmura-t-il finalement. Je comprends.
Elle sourit doucement.
- Oui, je crois que cette fois, tu as compris.
Hayden se tint dans son salon pendant encore quelques minutes, comme espérant qu'elle se remette à lui parler, mais elle ne le fit pas. Il finit par se décider à récupérer ses affaires et à sortir de l'appartement, disparaissant dans l'obscurité.
Ce ne fut que longtemps après son départ que Lily s'autorisa à laisser quelques larmes couler.
Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises.
Mais qui voilà de retour ? C'est bien moi ! (Comme si cela ne faisait pas bientôt 3 mois que j'apparais tous les lundis... Bref)
Je ne sais pas trop si je vous l'ai déjà dit, que ce soit dans une RàR ou dans une note, mais je n'avais pas prévu que cette histoire atteigne 20 chapitres. En fait, il y a eu quelques petites modifications, et ce chapitre aurait dû être l'avant-dernier. Comme vous pouvez le constater, Hayden et Lily n'ont absolument pas voulu m'écouter (surtout Lily, à vrai dire, quand on lit ce chapitre), ce qui fait qu'au lieu de 12 chapitres, vous en aurez 20. J'adore quand mes histoires ne suivent pas les plans que je leur donne (ce qui est le cas de quasiment TOUTES mes histoires)
... Je suis une autrice de FF qui est malmenée par ses personnages, voilà tout ce que je peux vous dire.
Sinon, quoi de neuf sous le soleil ? (C'est faux, il n'y a plus de soleil par chez moi. Tristesse) DelfineNotPadfoot a bien entendu corrigé ce chapitre, et m'a assuré qu'il tenait la route, car il a pris une direction assez différente de celle prévue. Je n'étais pas extrêmement à l'aise avec le premier jet, qui manquait de pêche. Enfin. J'espère que cette version finale vous plaira :)
Je vous remercie tous et toutes pour vos reviews, et autre marques de votre passage. C'est toujours aussi cool d'avoir de vos nouvelles chaque semaine !
La semaine prochaine, on va avoir un peu plus d'action en principe, et on reverra James ! Sera-t-il en compagnie de Rhéa ? Telle est la question.
Méfaits accomplis.
