Disclaimer : Harry Potter appartient entièrement et uniquement à J.K. Rowling. Je ne fais qu'écrire des fanfictions dessus à mes heures perdues.


Chapitre XII

Samedi 15 mai 2032 – Restaurant Les Baguettes d'Aubépine

Lily n'avait bien évidemment pas trouvé d'excuse valable pour éviter le repas avec Scorpius, Rose, et le collègue de cette dernière. Non pas qu'elle pensait que Rose avait tort. Lily était persuadée que son collègue était très intéressant, attirant à sa manière, et que Lily pourrait s'imaginer être intéressée par lui.

Seulement, elle était depuis revenue sur son idée de rencontrer de nouvelles personnes. Aujourd'hui, Lily n'avait aucune envie d'être intéressée par Bert.

- Vous savez pourquoi ce restaurant s'appelle comme ça ? Parce que toute la famille du propriétaire a des baguettes en bois d'aubépine ! s'esclaffa Bert.

Lily lança un regard appuyé à Rose, qui articula silencieusement « C'est le stress ». L'Auror leva les yeux au ciel, et regarda Scorpius, qui semblait aussi mal à l'aise qu'elle. Au moins, elle ne serait pas la seule à mal vivre ce repas. Elle trouvait des consolations où elle le pouvait.

- La plupart des sorciers que j'ai arrêtés avaient des baguettes en bois d'aubépine, murmura Lily. Je me demande s'il y a un lien avec ce bois et le taux de criminalité. Faudrait que je lance une étude, dit-elle sérieusement en regardant le menu.

- Ne te presse pas pour choisir, l'avertit Rose. On attend deux personnes en plus.

Lily leva les yeux vers sa cousine, craignant de savoir qui d'autre ils attendaient.

- L'ami de Scorpius qui va se marier, Hayden. Tu étais à Poudlard avec lui. Sa fiancée va aussi venir. Ils s'occupaient des derniers détails, aujourd'hui, expliqua Rose.

- J'ai l'impression que ça fait des semaines qu'ils s'occupent des derniers détails, grimaça Scorpius.

- Non, cette fois, ce sont vraiment les derniers. Ils ne doivent voir l'organisatrice de mariage qu'une dernière fois, pour qu'elle leur montre le résultat final. Et ensuite, ils se marient !

- Oh, ils ont choisi quelle organisatrice ? demanda Bert en s'intégrant facilement à la conversation. Mon cousin avait engagé miss Harrington, il en était ravi !

- Eux également, intervint Lily.

Les trois autres sorciers présents à sa table la regardèrent avec surprise.

- J'étais dans le même dortoir que Millie, on a gardé contact, et elle me l'a dit lorsqu'on s'est vues, à mon retour de l'étranger, se justifia-t-elle.

L'explication convint à tout le monde – après tout, elle était solide. Lily, elle, ressentit un léger malaise en réalisant soudainement qu'alors qu'elle était de retour à Londres depuis plus d'un mois, elle n'avait revu son amie que deux fois. Une première fois, elle avait provoqué le destin en la cherchant sur le Chemin de Traverse, pour avoir des informations sur le mariage d'Hayden. La seconde fois, elles s'étaient retrouvées dans la même boutique par hasard, et avaient eu le temps d'échanger trois mots avant de se séparer. Il fallait que Lily fasse plus d'efforts, elle en avait conscience, ou Millicent risquait de lui en vouloir.

- En tout cas, c'est une charmante jeune femme, qui travaille extrêmement bien, et efficacement ! Ils ont de la chance, et ont bien fait de la choisir.

Scorpius hocha la tête, apparemment d'accord avec Bert, du département de la coopération magique internationale.

- Quand est-ce qu'ils doivent se marier ? demanda Bert.

- Initialement, le mariage avait lieu le dernier week-end de juin, mais il risque d'être retardé de quelques semaines, même s'ils ne nous ont pas expliqué pourquoi. Ils nous le diront sûrement quand ils arriveront.

- J'espère qu'ils auront la nouvelle date…

- Je te rassure, Rose, ça ne tombera pas en même temps que l'anniversaire de ton oncle. Aucune personne saine d'esprit ne programmerait un mariage le jour de l'anniversaire de Harry Potter. Pas vrai, Lily ?

Lily sourit faiblement alors que tout le monde éclatait de rire autour d'elle. Non, effectivement, personne ne le ferait. Cela dit, Hayden n'avait peut-être pas envie qu'Albus soit présent, et s'il voulait s'assurer de son absence, il n'avait qu'à organiser son mariage le trente-et-un juillet.

Elle laissa traîner une oreille dans la conversation, pour réaliser rapidement que son attention et sa participation n'étaient pas nécessaires, à son grand soulagement. Elle laissa son esprit divaguer.

Hayden était chez elle quelques jours plus tôt, et elle regrettait déjà beaucoup des choses qu'elle avait dites. Elle voudrait revenir en arrière, et céder à la facilité, lui dire qu'elle se moquait qu'il ne fasse pas les choses correctement. Elle était prête à ce qu'il l'embrasse alors qu'il devait se fiancer à Jane, elle était prête à ce qu'il change d'avis la concernant du jour au lendemain.

D'un autre côté, sa raison lui soufflait qu'elle avait bien fait. Elle avait aidé Hayden à exprimer ses sentiments, elle lui avait montré comment aimer, comment se dévoiler, mais elle n'avait pas à tout faire pour lui. Il devait s'investir, prendre des décisions, assumer ses choix et leurs conséquences, ce qu'il ne faisait pas pour le moment.

Or, deux ans auparavant, il avait choisi de ne pas l'écouter, et il était grand temps qu'il en subisse les conséquences, aujourd'hui.

Toutefois, le fait qu'elle soit presque en paix avec sa décision ne l'aidait pas à être prête à subir un dîner avec Jane Wilson et Hayden Zabini, surtout si le sujet principal de conversation devait être leur mariage. Il y avait des tortures qu'elle ne voulait pas s'imposer.

Le problème, c'est qu'elle ne savait pas comment partir de ce repas de manière discrète. Elle n'avait pas prévenu quelqu'un pour qu'il la sauve en cas de rendez-vous arrangé qui ne lui plaisait pas. Et puis, en général, c'était Rose qui la sauvait des repas ou soirées où elle ne voulait pas aller. De plus, elle n'était pas certaine que sa cousine lui pardonne de partir précipitamment avec une fausse excuse.

L'Auror se prépara à vivre un repas particulièrement difficile, réalisant qu'elle souhaitait qu'un mage noir fasse soudainement irruption dans le restaurant, plutôt que subir ce repas.

En plus, les plats de la carte ne lui plaisaient pas.

Mais peut-être qu'elle allait être sauvée.

Du chahut se fit entendre à l'entrée du restaurant.

Rose fit les gros yeux à Lily. Elle savait ce que ce regard voulait dire, celui de ne pas se retourner pour regarder ce qui se passait, et de ne pas se mêler de ce qui ne la concernait pas alors qu'elle était à un repas tranquille, en dehors du travail, et que ses réflexes d'Auror ne devaient pas prendre le dessus.

Malheureusement pour Rose, même si Lily ne voulait pas voir ce qui se passait à l'entrée du restaurant, le bruit se déplaça jusqu'à leur table.

- Auror Perrin, laissez-moi passer ! Si vous vous mettez encore au milieu de mon chemin, je fais fermer ce restaurant !

Lily se leva immédiatement. Le ton de Francis ne laissait pas la place au doute. Il avait des informations capitales pour Lily, qui ne pouvaient pas attendre qu'elle termine son déjeuner. Elle enfila sa veste en cuir, s'attacha les cheveux.

- Lily ! souffla Rose.

- Je te jure que c'est une urgence, se justifia Lily. Désolée, Scorpius, Bert. On remettra ça.

Les deux hommes n'étaient pas habitués à voir Lily quitter aussi précipitamment un repas, quand Rose, elle, avait vu sa cousine agir ainsi à de nombreuses reprises. Rose adressa d'ailleurs un regard mi-figue mi-raisin à Lily, n'arrivant pas encore à déterminer s'il s'agissait d'une vraie urgence ou si sa cousine avait simplement demandé à quelqu'un de la sortir de ce repas.

Son collègue arriva à leur table alors que Lily laissait quelques Mornilles pour payer l'apéritif qu'elle avait pris.

- Quoi de neuf ? demanda-t-elle à son collègue.

- On l'a ! lui dit Francis avec excitation. T'avais raison, on a suivi ton instinct, il avait raison…

- Comme toujours, dit présomptueusement Lily.

- Et on sait où se trouve sa planque actuelle !

- Pardon ?

Lily peinait à croire ce qu'il venait de lui dire.

- Oui ! Prends tes affaires, tu as tout pour procéder à son arrestation, pas besoin de repasser au Bureau ? Le Portoloin de retour pour ramener la suspecte est prévu à vingt heures, on n'a pas énormément de temps pour la trouver et l'arrêter. T'es prête ?

- Je suis prête depuis deux ans ! s'exclama Lily. Encore désolée ! dit-elle à ses amis. On remettra ça, c'est promis. À bientôt, profitez du repas ! On part où ? demanda-t-elle à Francis, ne prêtant plus attention aux airs perdus des personnes avec qui elle devait déjeuner.

- Au pays de Galles. C'est parti !

Les deux Aurors sortirent rapidement du restaurant, sans un regard en arrière. Lily ne réalisa même pas qu'elle dépassait Jane Wilson et Hayden Zabini. L'information était trop grosse pour qu'elle se préoccupe des personnes qu'elle croisait.

Jane et Hayden les regardèrent partir rapidement, et rejoignirent la table où les attendaient Rose, Scorpius et Bert.

- Elle a dû partir vite, nota Jane, après avoir salué tout le monde.

Hayden jaugeait déjà Bert du regard. Il n'avait pas besoin qu'on lui explique ce qu'il faisait là, un imbécile s'en rendrait compte rapidement.

Il essayait de ne pas se souvenir de ce que Lily lui avait dit quelques jours plus tôt, dans son appartement, mais il avait du mal à passer au-delà. Depuis, cela tournait sans cesse dans ses souvenirs, et il avait du mal à se concentrer sur autre chose. Cette discussion l'avait blessé, et le poussait à la réflexion depuis plusieurs jours. Pourquoi est-ce que Lily avait toujours été cette personne qui l'incitait à l'introspection et à se dépasser ? Comment est-ce qu'elle trouvait, avec si peu de mots et deux ans après leur rupture, la corde sensible d'Hayden ?

- Oui, ils ont apparemment trouvé où se cache la personne que recherche Lily depuis deux ans, expliqua Rose. Ils vont l'arrêter… normalement, ajouta-t-elle en sachant très bien que rien n'était joué d'avance dans le travail des Aurors.

- C'est vrai ? s'exclama Jane. Mais c'est super !

- Oh, tu connais son affaire ? s'intéressa Bert.

- Eh bien, pas énormément, mais à cause de cette affaire, nous devions repousser la date du mariage… S'ils l'arrêtent réellement aujourd'hui, nous n'aurons pas besoin de changer la date !

Hayden ne réagit pas immédiatement. Il fallut que Jane lui touche le bras pour qu'il comprenne qu'on s'adressait à lui.

- Tu as entendu ? Les Aurors sont sur la piste de la personne qui nous oblige à repousser le mariage !

- Oui, enfin, ils sont sur sa piste depuis un moment, lui rappela Hayden. Ils ne vont peut-être pas réussir à l'arrêter aujourd'hui.

Jane fronça les sourcils. Hayden se força à dérider son visage.

- Mais croisons les doigts pour qu'ils y parviennent, souffla Hayden. Ce serait une bonne nouvelle pour nous, et éviterait de changer toute la logistique.

En même temps qu'il disait ça, une énorme boule de nerfs se forma dans son estomac. Comment est-ce qu'une simple date pouvait le mettre dans un tel état ?

- Et puis, ça permettra de tranquilliser toute ta famille, ajouta Jane. La personne qui cherche à vous dénoncer avec de fausses accusations va enfin être arrêtée…

Hayden lui lança un regard de côté.

- Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? s'étonna Scorpius.

- C'est ça, l'affaire de Lily ? souffla Rose.

- Super intrigant ! renchérit Bert.

- Désolée…, murmura Jane. Je pensais que tu en avais parlé à Scorpius au moins…

Hayden secoua la tête. Il regarda son ami d'enfance, qui paraissait plus qu'étonné d'avoir été mis à l'écart de cette histoire, et lui fournit des explications incomplètes.

- Nous avons eu un petit souci avec les Aurors, il y a deux ans de ça, expliqua-t-il. Rien d'important. Mais ça a traîné… Et je ne pense pas que ce soit le moment d'en parler. Je vous paie le repas, proposa-t-il en changeant de sujet. Pour fêter notre mariage qui ne sera pas reprogrammé, finalement ! Allez, prenez ce qui vous plaît. C'est payé par la famille Zabini.

Rose échangea un regard appuyé avec son collègue du département de la coopération magique internationale, comme pour s'excuser de ce repas où elle l'invitait et où rien ne se produisait comme elle le prévoyait. Scorpius, lui, observa attentivement son ami d'enfance, se demandant comment Hayden faisait pour lui dissimuler autant de choses personnelles aussi facilement.

- Pourquoi est-ce que tu ne nous en as jamais parlé ? Surtout que vu les antécédents de ma famille, on aurait aussi pu être touchés, lui rappela Scorpius.

- Il y avait peu de risques, assura Hayden. Et puis… C'est du passé, apparemment.

- Exactement ! s'exclama Jane avec joie.

Le regard de Scorpius restait posé sur son ami d'enfance. Il commençait à se demander depuis combien de temps son ami agissait ainsi avec lui, mentant et dissimulant des informations importantes, sans qu'il ne s'en rende compte.

Ville d'Holyhead, Holy Island, Pays de Galles

L'épaule de Lily la démangeait affreusement, et elle retenait des grimaces de douleur depuis déjà plusieurs heures. Mais elle se moquait totalement de la douleur, à l'heure actuelle.

Ils étaient cinq Aurors à écumer le pays de Galles depuis l'heure du déjeuner, uniquement des Aurors habitués à travailler avec des Aurors d'autres pays. Lily et Francis représentaient le Royaume-Uni, et ils avaient avec eux un collègue des États-Unis, un du Congo et une collègue du Pakistan.

Ils s'étaient rendus dans chacune des villes recensant des activités sorcières datant de moins d'une semaine, et ils avaient, à chaque fois, compté sur l'épaule de Lily et son instinct pour savoir s'ils se trouvaient au bon endroit. Pour le moment, aucune piste ne s'était révélée être bonne.

Jusqu'à ce qu'ils arrivent dans la petite ville d'Holyhead, que connaissait très bien Lily, puisque c'était là que sa mère avait travaillé avant de prendre sa retraite sportive. À peine avaient-ils transplané que l'épaule de Lily s'était agitée. Les Aurors étaient au bon endroit. Ils n'avaient plus qu'à fouiller la ville, et mettre la main sur la suspecte après laquelle ils couraient depuis deux années.

- Par ici, murmura Lily en se dirigeant dans une rue animée.

- J'espère qu'elle n'est pas au milieu des Moldus, je déteste ça, on a toujours plein de paperasse à faire ensuite, grommela Francis.

Les Aurors des autres pays hochèrent la tête, d'accord avec lui. Lily ne s'occupait pas d'eux. Elle était trop occupée à écouter son épaule, ses pulsations, pour savoir exactement où se diriger.

Ils dépassèrent une église, et son épaule sembla s'accélérer. Le regard de Lily se fit plus perçant, analysant les différentes habitations qui les entouraient.

Elle arrêta son regard sur un petit cottage bien entretenu. La barrière qui entourait la propriété avait été repeinte depuis peu. Lily désigna la maison.

- C'est ici.

- Merlin, on est en plein quartier moldu ! pesta leur homologue des États-Unis.

- Évacuez la zone, ordonna Lily.

Elle se planta devant le cottage, et l'évalua d'un regard. Des entrées à l'avant et à l'arrière. Peu de fenêtres, parce que peu de pièces. Des issues potentielles par la cave. Est-ce que cette maison pouvait communiquer avec les autres alentours ? Elle n'en était pas certaine, et elle préférait ne pas prendre de risques.

- Francis ? appela Lily.

- Attends, je vérifie que les collègues ont bien évacué la zone de tous les Moldus.

Lily attendit patiemment. Un Patronus représentant un chat vint se poster devant eux, leur offrant un clin d'œil, sans parler pour ne pas attirer l'attention.

- Je lance les sortilèges de plans, dit aussitôt Francis.

Lily le regarda faire. Francis était le meilleur architecte et dessinateur de plans de l'unité des affaires étrangères. Il pouvait, en quelques sortilèges, trouver toutes les spécificités d'un bâtiment, même celles cachées sur les plans officiels.

- Rien à signaler, dit rapidement Francis. C'est un cottage totalement banal. Il n'y a pas de passages secrets, rien de tout ça.

Lily hocha la tête. Elle mit ses mains sur ses hanches, et prit une profonde inspiration. Puis elle expira longuement. Elle faisait le calme en elle, pour être opérationnelle au mieux pendant l'arrestation.

Les trois Patronus de leurs homologues étrangers revinrent les voir, prenant une position statique, avant de disparaître.

- On peut y aller, lui dit Francis. Ils sont tous en position. Elle ne peut pas s'échapper.

Lily acquiesça. Malgré ses exercices de respiration, elle sentait son cœur qui battait plus vite. Évidemment, elle était excitée d'arrêter cette personne. Mais elle était aussi nerveuse. Une arrestation n'était jamais une action simple. Des tas de problèmes pouvaient surgir. Il n'y avait jamais de risque zéro dans une telle opération, et elle serait stupide de le penser.

Elle fit tourner son épaule droite, qui pulsait de plus en plus dangereusement. Elle ne pouvait pas perdre le contrôle d'elle-même en ce moment, mais elle doutait que cela arrive. Elle était beaucoup trop concentrée sur l'arrestation qui allait avoir lieu dans quelques minutes.

Elle sortit sa baguette magique, la fit rouler au bout de ses doigts, et prit son badge d'Auror dans sa main gauche, le serrant fermement.

Parce qu'elle était l'Auror à avoir passé le plus de temps sur le terrain, à avoir fait le plus de liens sur les familles touchées par la Corneille et parce qu'elle s'était acharnée pendant deux ans, en refusant tous ses congés, les Aurors des unités étrangères de tous les pays avaient, depuis quelques mois déjà, décidé que la personne qui procéderait à l'arrestation serait forcément Lily.

Aujourd'hui était le jour où elle pouvait enfin arrêter cette personne qui avait gâché beaucoup de vies, dont la sienne.

- On y va, dit finalement Lily.

Elle se mit en marche, Francis à quelques pas derrière elle.

Lily arriva devant la porte du cottage, et frappa trois grands coups.

Ils attendirent quelques minutes, entendant des bruits de pas précipités derrière la porte. Elle finit par s'ouvrir calmement. Une femme d'une trentaine d'années leur ouvrit.

- Oui ?

- Julieta Cuervo ? demanda Lily en montrant son badge d'Auror.

Son épaule la lançait terriblement. Si elle avait encore le moindre doute, celui-ci s'évaporait. C'était leur suspecte.

La femme les regarda avec panique. Elle recula d'un pas.

- À votre place, je ne ferais pas ça, la dissuada Lily en levant haut sa baguette magique. Julieta Cuervo, donc ?

La femme hocha la tête, l'air anxieux.

- Je vous demanderai de sortir de la maison immédiatement, en posant votre baguette magique.

Lily se recula d'un pas. Julieta Cuervo paraissait hésiter, et regarda derrière elle.

- Les autres sorties sont également surveillées. Vous savez pour quelle raison vous êtes arrêtée aujourd'hui, et vu les chefs d'accusation, vous risquez déjà beaucoup, dans énormément de pays différents. Il vaut mieux que vous vous rendiez immédiatement, plutôt que de tenter de nous résister.

- Plutôt mourir !

La porte se claqua devant elle.

Lily haussa les épaules. Elle jeta un rapide coup d'œil à Francis, qui hocha la tête.

- J'aurais essayé une approche non agressive, mais la suspecte n'a pas été très coopérative. On attaque. Depulso !

La porte explosa en mille morceaux. Lily ne l'avouerait pas devant le Magenmagot, lorsqu'elle ferait son rapport, mais elle aimait les arrestations musclées, c'était plus intéressant à raconter ensuite lors des repas de famille.

...

Pub Le Sombral Boiteux

- Tournée générale !

Les Aurors présents dans le pub crièrent de joie, et les verres finirent par arriver devant chacun. Lily alluma une cigarette et en proposa une à l'Auror Ivanna Silaïev, qui l'accepta avec plaisir.

- Raconte-moi encore ce qui s'est passé après ton sort de destruction.

L'accent russe qui roulait enchantait les oreilles des Aurors qui écoutaient la conversation. Lily et Ivanna avaient travaillé ensemble pendant trois mois, à l'arrivée de Lily dans l'unité des affaires étrangères. Elles avaient toutes les deux appris à maîtriser la magie sans baguette ensemble, et avaient réussi à retrouver la trace de toutes les familles sorcières qui, en Europe et Asie, avaient été touchées par la Corneille. Elles avaient également travaillé ensemble pour protéger la fille du président du MACUSA. Ivanna avait été moins blessée que Lily, du moins physiquement, lors de cette opération. Son collègue de l'époque avait été tué lors de cette mission de protection.

- Eh bien, la porte explose, donc on a le champ libre pour entrer chez elle, et, surtout, vu son manque de coopération, on n'est plus bridés par des sorts de sommation. Et là, elle sort tout son arsenal de sortilèges défensifs et agressifs. Elle brise quelques miroirs, des meubles mais, heureusement pour nous, le cottage a plein de recoins, ce qui nous permet de nous cacher facilement.

Un petit cercle d'Aurors s'était formé autour de Lily, et elle se força à élever un peu la voix pour poursuivre son histoire. Tout le monde voulait connaître les détails de l'arrestation de Julieta Cuervo, car tous, ici présents, avaient à un moment ou un autre, dû travailler sur cette affaire. À peine Lily avait ramené Julieta Cuervo au Ministère qu'elle s'était empressée de la livrer aux gardes d'Azkaban… puis d'inviter tous les Aurors qu'elle avait rencontrés au cours de cette enquête à venir fêter son arrestation au quartier général des Aurors, non loin du Chemin de Traverse.

- Et elle n'a pas songé à se rendre ?

- Elle n'avait plus rien à perdre, supposa Lily. En tout cas, elle s'est bien défendue, la bougresse. Elle a failli assommer Francis !

- Ce qui n'est pas compliqué, il manque de s'évanouir à chaque arrestation ! s'esclaffa un ancien collègue français de Francis.

- Eh ! s'offusqua le principal intéressé.

Des rires étouffèrent ses protestations.

- Bref, la bataille faisait rage, et là, elle a essayé de transplaner.

- Mais vous aviez bien évidemment bloqué les transplanages ! devina une Auror chinoise que Lily n'avait vu qu'une fois.

- Euh… Ouais. Enfin, moi, j'avais oublié, reconnut l'Auror, c'est notre collègue du Pakistan qui y a pensé, un verre levé pour elle d'ailleurs !

Tout le monde suivit la demande de Lily, et l'Auror acclamée rougit un peu.

- Forcément, elle ne peut pas transplaner… et finit désartibulée dans sa propre cuisine ! Une arrestation comme on les aime.

- Mais alors, ta coupure à la main, elle vient d'où ? demanda Ana, sa collègue de bureau.

- Euh… J'ai posé ma main sur une commode où un miroir avait été brisé, avoua Lily, confuse.

Un nouvel éclat de rire généralisé fit trembler les murs du bar, et les Aurors reprirent petit à petit leurs conversations habituelles, chacun se félicitant que cette affaire soit enfin terminée, et qu'ils puissent se concentrer sur de nouvelles affaires.

On tendit un nouveau verre à Lily.

- Eh, salut James ! Je ne savais pas si tu allais pouvoir venir. Ivanna, voici mon frère, James.

- Enchantée, dit l'Auror russe. C'est toi dont…

- La femme a été tuée par la Corneille, ouais, confirma James. Pas le meilleur souvenir de ma vie, mais… c'est maintenant de l'histoire ancienne, apparemment.

Ivanna grimaça. Elle sentit qu'elle n'avait pas exercé avec brio son tact, et décida de laisser le frère et la sœur tranquilles, le temps que soit oubliée sa bourde.

- Eleanor est avec les parents ?

- Non, Alsev s'en occupe, la rassura James. Avec Chiara, elle est dans le coin en ce moment. Une histoire de boutique de prêt à porter à installer sur le Chemin de Traverse, j'ai pas tout compris, je suis parti vite. Je ne voulais pas rater la soirée pour fêter cette arrestation. Félicitations, petite sœur. C'était un joli travail. J'ai vu le brouillon de ton rapport, tu peux être vraiment fière.

Lily lui adressa un sourire éclatant, avant de redevenir sérieuse en réalisant la gravité de la situation.

- Toi, comment tu te sens ? demanda-t-elle avec douceur.

James lui offrit un sourire tranquillisé, ce qui rassura Lily plus qu'elle ne s'y attendait.

- Soulagé. Je craignais, ces derniers jours, qu'elle vienne s'en prendre à Eleanor. Autant te dire que je vais enfin pouvoir dormir sur mes deux oreilles…

- Je te comprends. Moi, je vais enfin pouvoir oublier toute cette histoire, si tu savais comme je suis soulagée ! Je vais enfin pouvoir travailler sur une nouvelle affaire.

- Tu as déjà été réaffectée ? s'enquit James. Je n'ai rien vu passer.

Lily secoua la tête. Elle sortit son paquet de cigarettes, et avant qu'elle ne lui en propose une, James se servit.

- Eh !

- Quoi ? Je fête l'arrestation de la meurtrière de ma femme, j'ai bien le droit de fumer !

- Ouais, mais tu ne me redonnes jamais des cigarettes en échange ! Et puis, c'est plus poli de demander.

- Je suis ton grand frère, on n'a pas besoin d'être quittes sur ce genre d'échanges.

Lily grommela, mauvaise perdante, avant de laisser tomber.

- Je n'ai pas été réaffectée encore. Francis était demandé depuis plusieurs mois sur une affaire de faux plans de maisons de sorciers, qui faussent les archives de plusieurs Ministères, et sont problématiques par bien des aspects. Il repart normalement dans quelques jours, avec deux Aurors. Un qui vient du Soudan, et l'autre du Mexique. Moi, je ne sais pas encore, mais j'ai vu passer une affaire de trafics d'œuvres d'art, et c'est quand même mon domaine de prédilection, donc c'est possible que je sois affectée à cette affaire.

James hocha la tête, compréhensif. Il savait que sa sœur était une excellente traqueuse, la plupart des fausses pistes ne l'induisaient pas en erreur, et elle avait un vrai flair pour détecter les vrais objets magiques de leur pâle imitation. Elle serait demandée par un pays qui avait des difficultés pour démanteler un trafic d'œuvres d'art, ou de tout autre type d'artéfacts magiques, dans moins de trois semaines, James n'était pas inquiet.

- Et en attendant d'être réaffectée, qu'est-ce que tu vas faire ?

Lily ne répondit pas tout de suite. Elle savait que son frère faisait allusion à Hayden Zabini. Elle n'avait pas besoin qu'il l'exprime pour qu'elle le comprenne. Elle savait qu'il attendait de sa part des informations supplémentaires à ce qu'elle lui avait dit lorsqu'ils avaient été coincés dans l'ascenseur. James savait qu'elle était allée chez eux pour présenter les excuses au nom du Bureau, et il se doutait que cela avait été une épreuve pour Lily. Il ne savait pas la suite, toutefois. Elle hésita un peu, avant de finalement craquer. Le secret n'avait servi à rien pendant des années, il n'était pas bon de recommencer.

- Il est venu chez moi, avoua-t-elle du bout des lèvres.

James lui lança un regard surpris.

- Ouais, j'ai eu la même réaction, soupira l'Auror. Mais… c'était trop simple, James. Je mérite mieux que des excuses deux ans plus tard, lorsque ça devient plus facile. Lorsqu'on aime quelqu'un, vraiment, on se bat pour cette personne. On ne laisse pas tomber à la première difficulté, sans même chercher à comprendre, or, c'est exactement ce qu'il a fait et… tu es d'accord avec moi, pas vrai ? Je mérite mieux que ça, non ? C'est à lui d'assumer ses actes, maintenant, et de prendre une vraie décision. Pas seulement de débarquer chez moi, sans que personne ne soit au courant, parce que c'est plus simple de faire comme ça… Dis-moi que j'ai bien fait de le repousser ! le supplia Lily.

James éclata de rire, amusé de voir sa sœur dans un tel état de détresse. Étonnamment, cela détendit totalement Lily.

- Je te confirme que tu as bien fait. Qu'il règle ses propres histoires. Comme tu l'as bien dit, tu mérites tellement mieux que ça. S'il veut réellement de toi, qu'il le prouve. Qu'il l'assume. Qu'il cesse de se cacher, et de cacher votre relation.

- Je n'arrête pas d'espérer qu'il arrive soudainement, pour m'annoncer que tout est fini avec sa fiancée, qu'il a parlé de moi à tout le monde, et que c'est bon, notre histoire peut reprendre. Mais… je ne sais pas si ça va vraiment se produire.

James lui sourit doucement.

- Je te le souhaite.

- Vraiment ?

- Il y a plein de choses que j'ai à reprocher à votre relation, dit James en haussant les épaules. Mais tu en as conscience, déjà. Et ensuite, je pense que tu es la mieux placée pour savoir ce que tu veux, et mérites. Tu n'as pas accepté la simplicité lorsqu'il est venu chez toi, mais ça ne veut pas dire que tu l'as totalement repoussé et oublié. Alors, oui, vraiment, je te souhaite qu'il prenne les bonnes décisions pour permettre à votre histoire de reprendre réellement.

Elle posa sa tête sur l'épaule de son frère.

- Merci de ton soutien.

- Toujours présent quand il le faut, tu sais bien.

Ils restèrent silencieux quelques minutes, jusqu'à ce que James n'en puisse plus.

- Tu vas prendre le remède pour te débarrasser des effets de la potion ? s'enquit son frère.

- J'ai pris rendez-vous avec le Guérisseur Rakepick, confirma Lily. D'ici quelques jours, ça sera terminé.

James poussa un long soupir.

- Merlin, enfin ! Si tu savais comme je m'en veux d'avoir signé cette autorisation.

- Je sais. T'es le meilleur des frères, pour l'avoir fait malgré tout. Mais ne le dis jamais à Alsev, j'aime qu'il pense que c'est lui le meilleur, il m'aide toujours à choisir mes tenues lorsque je dois m'infiltrer dans un réseau de mages noirs.

James éclata de rire.

- De toute façon, je n'ai pas besoin que tu choisisses. C'est bien évidemment Alsev le meilleur des frères. Il nous a sortis un nombre incroyable de fois de mauvais pas avec Skeeter…

- Toutes ces fois où elle a voulu écrire un article sur nous dans son torchon, grommela Lily.

- Qui peut avoir l'idée de créer un journal qui s'appelle Le cœur des sorciers ?

- Skeeter. Il n'y a qu'elle pour avoir cette idée. Et en plus, ça se vend !

Tous les Aurors dans le pub se servaient des boissons à tour de bras, et commandaient des repas. Le gérant du Sombral Boiteux était toujours ravi lorsque des grosses affaires se terminaient au Bureau des Aurors. Il savait que cela signifiait qu'il allait faire un très bon chiffre d'affaires.

- Tu en es à combien de rendez-vous avec Rhéa ? demanda Lily, innocente.

James lui jeta un regard en coin. Sa petite sœur souriait doucement.

- Qu'est-ce qui te fait croire qu'il y a eu plusieurs rendez-vous ? tenta James.

Lily se toucha le bout du nez.

- Mon instinct. Mon flair. Mes compétences d'Auror. Tu sais, tout, en fait…

James rit doucement.

- Je me demande pourquoi je tente de te cacher quoi que ce soit, surtout maintenant que je sais que tu es la maîtresse du jeu du secret.

- La pique est méritée, grimaça Lily. Mais effectivement, il ne faut jamais tenter de me cacher quoi que ce soit, je découvre tout immédiatement.

- Heureusement pour nous, tu as aussi appris à garder les secrets, parce qu'au début, lorsque tu découvrais quelque chose, tu le racontais à tout le monde dans la seconde…

- Tu fais allusion à cette fois où j'ai raconté à tout le monde qu'Alsev avait une petite copine ? demanda avec appréhension Lily.

- Bien évidemment ! s'esclaffa James. Le repas de Noël a été un vrai calvaire pour lui, surtout qu'il n'arrivait plus à articuler le moindre mot, et qu'il était rouge comme un Scroutt à pétards !

- Je me souviens…, souffla Lily. Pas mon meilleur moment, reconnut-elle. Mais cela dit, je n'ai eu à le faire qu'une seule fois.

- Bien sûr, il est toujours avec elle ! pouffa James.

- On ne la voit jamais, c'est d'ailleurs bien dommage, soupira Lily. Quand elle est là, Alsev est tellement plus facile à manipuler… Mais ne change pas de sujet. Est-ce que tu peux me dire à combien de rendez-vous tu en es avec Rhéa ? Ne crois pas que j'allais oublier !

- T'es tenace.

- C'est comme ça que j'arrête les mages noirs, lui rappela Lily. Alors ? Combien ?

- Quatre, finit par lâcher James.

- Bien joué !

- Je t'ai déjà dit d'arrêter de reprendre les expressions d'Alsev !

- Il faut reconnaître que ses expressions sont toujours efficaces et pertinentes. Et c'est la seule que je lui vole. Pourquoi tu ne l'as pas amenée ce soir ?

- Hum, parce qu'il n'y a que des Aurors, déjà. Et ensuite, parce qu'amener la femme avec laquelle j'ai rendez-vous à une fête où on célèbre l'arrestation de la meurtrière de la mère de ma fille n'est pas vraiment la définition que je donne à une soirée réussie.

- Je n'avais pas analysé la situation sous cet angle, mais tu as raison… Ce n'est pas un bon rendez-vous, concéda Lily.

Elle se redressa. À ce moment, Ivanna repassa non loin d'eux, et donna deux Bièraubeurres qu'elle avait pris au comptoir à James et Lily, avant de les laisser à nouveau seuls. Lily, comme à chaque fois, prit une cigarette dans son paquet, et en proposa une à son frère qui, cette fois, déclina la proposition.

- Et s'il ne revient pas vers toi, Lily ? demanda finalement James.

Elle haussa les épaules.

- S'il se marie dans quelques semaines sans me parler avant ? Eh bien, il n'aura pas eu le courage de venir me dire en face qu'il ne me choisissait pas. Et si c'est le cas… Eh bien, je n'aurai pas réussi à le pousser assez à se confier, à dire ce qu'il pense et ressent réellement. Dans ce cas, je n'aurai qu'à enfin passer à autre chose. Il est sûrement temps, cela fait plus de deux ans maintenant…

James la prit dans ses bras.

- Là, je te reconnais réellement ! Ma petite sœur, une battante, qui ne laisse personne l'empêcher d'avancer dans sa vie.

Il la relâcha, et l'observa avec une intensité nouvelle. Lily sentit son cœur rater un battement.

- Qu'est-ce que tu veux me dire ? s'enquit-elle dans un filet de voix.

- Impossible de te cacher quoi que ce soit, c'est définitif.

James prit une grande inspiration, et une dose de courage, avant de reprendre la parole.

- Je vais quitter le Bureau des Aurors.

- Quoi ? Non ! s'exclama Lily. James ! Tu as déjà quitté ton poste d'Auror, tu fais de l'administratif depuis deux ans, et…

Il secoua la tête, et elle se tut, en se mordillant la lèvre inférieure.

- Lorsque j'ai su qu'elle était arrêtée, je me suis demandé ce que je faisais encore ici, lui avoua James. Je n'ai rien à faire au Bureau. J'adorais être Auror, j'aimerais le redevenir, mais avec Eleanor… Je ne peux pas me le permettre. La personne qui a assassiné Isabella a été arrêtée, et je ne doute pas que lorsque tu feras la restitution au Magenmagot, tes explications seront si parfaites qu'elle prendra un aller simple pour Azkaban.

Le cœur de Lily se serra.

- L'administratif, ce n'est pas pour moi non plus. C'est ennuyeux. L'action la plus mouvementée que j'aie faite en deux ans, ça a été de t'autoriser à ingurgiter une potion de traçabilité modifiée, et je le regrette encore. J'étais encore au Bureau des Aurors parce que la mort d'Isabella n'était pas résolue, mais maintenant qu'elle l'est… Je ne vois pas quel intérêt j'ai d'y rester.

- C'est injuste, souffla Lily. Tu devrais pouvoir reprendre ton travail d'Auror. On en manque cruellement…

- Ouais, mais d'autres sorciers viendront grossir vos rangs. Moi, je dois accepter de me mettre moins en danger, parce que j'ai des responsabilités auprès de ma fille. Mais aussi parce que rester dans ce Bureau, c'est refuser d'aller de l'avant. Maintenant, je veux vraiment aller de l'avant. J'y réfléchis depuis un moment, et j'ai réalisé aujourd'hui que la seule chose qui me manquait, c'était la résolution de la mort d'Isabella. C'est fait, grâce à ton superbe travail, et je vais pouvoir passer à autre chose.

Lily soupira, mais elle comprenait le choix de son frère, et savait qu'elle ne pourrait pas le pousser à changer d'avis.

- Bon… Et qu'est-ce que tu comptes faire ? demanda-t-elle doucement.

- Éleveur de dragons.

- Pardon ? siffla Lily.

C'était ça, pour lui, un job intéressant qui lui permettrait de prendre soin de sa fille sans se mettre en danger ?

James éclata alors de rire.

- Je t'ai bien eue ! Je vais réfléchir à plusieurs pistes qui me tentent. Briseur de sorts, éleveur de Croups, herboriste… Je ne sais pas encore. J'ai le choix. Mais je ne veux plus être derrière un bureau, à signer des papiers toute la journée.

Il était tellement assuré en disant cela que Lily abandonna toute tentative de le faire changer d'avis. Si telle était la volonté de James, elle ne pouvait pas le forcer à changer d'avis.

- D'accord, souffla-t-elle. Je te fais confiance pour bien choisir.

- Merci de me soutenir. J'avais un peu peur de ta réaction, pour être honnête, grimaça James. Je sais que tu aimes bien qu'on travaille au même étage…

- Je suis très souvent à l'étranger, on ne se voit pas si souvent que cela au travail, lui rappela Lily. Bien sûr, je suis triste de ne pas pouvoir foncer dans ton bureau lorsque je reviens de mission, mais je veux que tu sois heureux, pas que tu continues un travail que tu n'apprécies pas.

- Merci, petite sœur, vraiment.

Elle le serra rapidement dans ses bras, avant de le relâcher.

- Tout ça devient beaucoup trop sentimental, décréta-t-elle.

James éclata de rire.

- Je vais aller demander à ce qu'on change la musique. Une soirée d'Aurors sans les classiques des Bizarr'Sisters, ce n'est pas une bonne soirée d'Aurors !

Lily le regarda s'éloigner pour négocier avec le barman, et essayer de faire changer la musique de la soirée. Aussitôt qu'elle fut libre, Lily se retrouva entourée d'une dizaine de ses collègues, du monde entier, pour qu'elle reprenne encore de long en large la totalité de son affaire. Pendant des mois encore, peut-être des années, la Corneille et sa capacité à passer à travers les mailles du filet allaient alimenter les conversations de beaucoup des collègues des départements de la justice magique de tous les Ministères.

Ivanna se fraya à nouveau un chemin parmi la foule, rejoignant Lily en jouant des coudes. Elle tenait deux Bièraubeurres, et en tendit une à Lily, qui la prit avec joie.

- Ton frère est parti ? J'ai vraiment fait une boulette…

- Ne t'inquiète pas, il ne t'en veut pas. Ce n'est rien de grave, et James n'est pas rancunier. Alors, raconte-moi. Sur quelle affaire tu travailles en ce moment ?

Ivanna haussa les épaules, l'air sombre. Elle regarda autour d'elle, et désigna la porte.

- Une cigarette à l'extérieur, ça te tente ?

Lily hocha la tête, et la suivit. Elle aimait bien les Bizarr'Sisters, mais pas au point de les écouter avec dévotion, comme le faisait son frère actuellement.

- Alors ? demanda Lily lorsque les deux Aurors furent dehors, et qu'elles avaient chacune une cigarette en main.

Ivanna soupira. Elle attendit qu'un Auror qui hésitait à rentrer dans le pub se décide, puis elle secoua doucement la tête avant de se confier à Lily.

- Ce n'est pas la joie, en Russie, expliqua l'Auror. On pullule sous les mages noirs, et ils ont corrompu notre Ministre il y a déjà des années. J'ai été sur l'affaire de la Corneille parce que je ne pouvais décemment pas être affectée à une autre affaire, mais notre Ministère aurait préféré que je ne côtoie pas des Aurors étrangers. Nos frontières sont fermées depuis des années, soi-disant pour éviter le tourisme de masse, qui met à mal le secret magique, mais la réalité, c'est que notre Ministre ne veut pas que trop de sorciers se rendent compte de ce qui ne va pas dans notre pays… On ne recrute plus de nouveaux Aurors. On fait même en sorte d'éviter qu'ils soient réaffectés, lorsque des affaires sont terminées…

Lily regarda sa collègue étrangère, les yeux écarquillés. Elle n'aurait jamais cru que cela allait aussi mal du côté d'Ivanna. Elle savait bien que le collègue d'Ivanna n'avait pas été remplacé, mais elle croyait que c'était parce qu'il était difficile de recruter des Aurors, pas parce qu'on évitait en toute conscience de les employer.

- Merlin, souffla Lily.

Elle ne savait pas quoi dire de plus. C'était incroyable.

- Je ne sais pas ce qui va se passer pour moi, une fois de retour au pays, avoua Ivanna. Je suis contente qu'on ait arrêté la Corneille, mais je ne sais pas ce que ça veut dire pour moi.

Lily serra le coude de sa collègue.

- Je suis sincèrement désolée. Je ne savais pas que la fermeture des frontières russes était une vaste supercherie. Est-ce que je peux t'aider de quelque manière que ce soit ?

- Si un jour tu entends quoi que ce soit qui permette de faire tomber les mages noirs qui ont pris le contrôle de notre pays... Mais il y a peu de chance que tu aies ce genre d'informations depuis chez toi, murmura Ivanna.

Un silence s'instaura entre les deux Aurors.

- Si jamais cela peut t'aider, on peut voir avec mon père s'il n'y a pas une place pour toi au Bureau des Aurors, proposa Lily. Nous aussi, on manque d'effectifs…

Ivanna secoua la tête.

- Je ne peux pas faire ça, murmura Ivanna. Je veux rester là-bas. S'il y a la moindre opportunité de les battre, je veux être sur place, prête à les combattre. Et j'aurais honte de demander à Harry Potter de m'employer pour me sortir de Russie, alors que lui-même a tout fait pour combattre Tu-Sais-Qui. Je n'ai pas envie d'être lâche.

- Je comprends, murmura Lily.

Elle ne savait pas quoi dire de plus. Alors, elle se tut, jusqu'à ce qu'Ivanna lui propose de retourner à l'intérieur du pub. Lily la suivit, le cœur serré, avec l'impression qu'elle n'aurait plus jamais l'occasion de discuter à nouveau avec Ivanna Silaïev.


Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises.

Qui est-ce qui vous introduit encore un nouveau personnage ? Eh oui, c'est bien moi. De toute évidence, je trouvais que cela manquait encore de personnages secondaires...

Quoi de neuf de votre côté ? Personnellement, pas grand-chose. J'ai l'impression de vivre en transition : confinée mais en fait non. Voilà, c'était la petite pensée du jour (demain, j'aurais déjà une autre opinion) (Je confirme, j'ai déjà une autre opinion, ah ah !)

Ah, oui, ce chapitre. Bon. Eh bien, que vous dire. La Corneille a été arrêtée, voilà. Eh, cette histoire n'était pas basée uniquement sur la méchante, OK ?! Il me fallait d'autres choses que cela. La Corneille, c'était surtout le moyen pour moi de faire se recroiser les routes d'Hayden et de Lily. Mais maintenant, ils vont se débrouiller sans elle pour se rabibocher. Ou pas. Après tout, comme vous tenez à me le rappeler, je ne suis pas gentille. Donc, peut-être qu'à la fin, il y a quelqu'un qui meurt. Ou peut-être pas. Mais ça, vous ne le saurez qu'en lisant les prochains chapitres.

DelfineNotPadfoot a encore une fois corrigé ce chapitre, et comme elle ne se lasse pas de mes personnages secondaires, sachez qu'elle adore Ivanna. Eh bien figurez-vous que ça tombe bien, car nous la reverrons, oui, oui ! (Elle a failli finir avec James, mais en vrai, James laisse tomber les Aurors pour le moment, et puis, Ivanna est bad ass et se suffit à elle-même. Elle n'a clairement pas le temps pour une relation amoureuse)

Ah, et savez-vous pourquoi La Corneille a été arrêtée à Holyhead ? Car ma lapine s'appelle Holyhead.

C'est sur cette information de qualité assez moyenne que je vous abandonne et vous dis à la semaine prochaine, pour un chapitre où nous allons, eh bien, remettre un peu d'ordre dans toute cette histoire, quand même. Car c'est parti dans tous les sens, avec des informations données de manière disparate, on ne va pas se mentir !

Merci une fois de plus pour vos retours, j'espère vous retrouver cette semaine encore :)

Méfaits accomplis.