Disclaimer : Harry Potter appartient entièrement et uniquement à J.K. Rowling. Je ne fais qu'écrire des fanfictions dessus à mes heures perdues.


Chapitre XIII

Lundi 7 juin 2032 – Ministère de la Magie, Londres

Lily rajusta un pan de sa tenue, tira sur ses manches. Elle ne se sentait pas à son aise.

- Ta tenue est très bien, la rassura Francis Perrin.

Elle lui lança un regard noir, même s'il ne le méritait pas.

- Je déteste la tenue de cérémonie des Aurors.

- Même si la sortir signifie qu'on va voir le Magenmagot, et donc soit présenter un dossier bouclé, soit recevoir une distinction ? s'étonna son coéquipier des deux dernières années.

Lily soupira.

- Je me sens mieux avec ma veste en cuir. C'est ma seconde peau.

- Je n'ai jamais compris pourquoi tu y attachais une telle importance. C'est une veste, c'est tout !

- Ce n'est pas la veste en elle-même. C'est la personne qui me l'a offerte, murmura Lily. Mais laisse tomber. Ce n'est pas le problème, aujourd'hui. C'est juste… Cette tenue ! pesta-t-elle, encore une fois.

Francis soupira, et se mit face à elle.

- Je peux ? s'enquit-il.

- Fais ce qu'il faut, grommela-t-elle.

Il posa ses mains à divers endroits de la tenue de Lily, la réajustant, accentuant certains plis et rabattant les manches.

- Voilà. C'est parfait, maintenant.

- Merci, murmura distraitement Lily.

Francis l'observa longuement.

- Tu es nerveuse, en fait, c'est ça ?

- Ouais. Tu ne veux pas être celui qui retrace toute l'affaire à ma place, s'il te plaît ? demanda-t-elle rapidement.

Il éclata de rire.

- Non, merci ! Tu as perdu à la bataille explosive, c'est à toi de faire ça.

Lily se renfrogna. De justesse, elle s'empêcha de se ronger les ongles et les cuticules, mais elle en mourait d'envie. Elle n'avait pas envie de passer devant certains membres du Magenmagot. Elle craignait toujours qu'ils interprètent mal ce qu'elle allait leur dire, ou bien qu'elle fourche sur l'information qu'elle voulait leur donner, et qu'ils décident de ne plus juger l'affaire.

- Lily, tu connais cette affaire par cœur. C'est la tienne. C'est ton instinct et tes décisions, pas toujours rationnelles je le reconnais, qui nous ont permis d'arrêter Julieta Cuervo à Holyhead. Personne n'aurait pensé à ça. Personne n'aurait pu faire la moitié de ton travail, parce que tu avais des motivations profondes pour cette affaire.

Lily lui jeta un regard surpris.

- Eh bien, oui, tu voulais comprendre pourquoi ta belle-sœur avait été assassinée par cette personne, lui rappela Francis.

Bien sûr. Sa belle-sœur. Isabella. Pendant un instant, elle avait craint qu'il ne mentionne Hayden, mais cela n'avait aucun sens. Francis ne savait rien d'Hayden et de Lily.

À dire vrai, Lily ne savait pas grand-chose d'Hayden Zabini, ces derniers temps, elle non plus. Il n'était pas réapparu sur le pas de sa porte, et elle n'avait eu aucune nouvelle de lui. Chaque fois que sa cousine et Scorpius essayaient de l'inviter à un repas, toujours avec le collègue de Rose, dont elle avait à nouveau oublié le nom, elle demandait à James de la couvrir de paperasse, ou de lui rendre n'importe quel autre service qui la bloquait pour le temps du repas, afin d'être certaine de ne pas y aller. Elle craignait trop de se retrouver à nouveau dans un repas à six, où débarqueraient soudainement Hayden et Jane Wilson, et Lily savait qu'il y avait des limites à ce qu'elle pouvait endurer.

- C'est ta consécration. C'est à toi de faire ça, et tu vas le faire parfaitement, lui assura Francis, la ramenant à la réalité.

Elle lui offrit un faible sourire. C'était leur dernier moment ensemble sur cette affaire. Ensuite, Francis repartait pour sa nouvelle mission avec ses deux nouveaux collègues, qu'il avait abandonnés aujourd'hui pour être présent pour cette restitution. Lily irait à Ste Mangouste pour annihiler les effets de la potion qu'elle avait bue. Elle s'était d'ailleurs fait la promesse de ne plus jamais atteindre de tels extrêmes dans ses affaires. Il y avait des limites au travail bien fait, elle en avait conscience à présent. Elle ne regrettait pas sa décision, mais elle regrettait les raisons qui l'avaient poussée à la prendre.

La porte de la salle d'audience devant laquelle ils attendaient s'ouvrit. Une petite sorcière avec des lunettes qui mangeaient la moitié de son visage mit un pied dans le couloir.

- La reconstitution de l'affaire de la Corneille, par les Aurors Perrin et Potter !

- Allons-y, souffla Francis à Lily.

Elle était persuadée que son teint était devenu bien plus pâle que la normale. Elle ne craignait pas de s'évanouir, mais plutôt de vomir en pleine reconstitution.

Elle avait détesté les BUSE et ASPIC devant examinateurs à Poudlard, parce qu'elle ne supportait pas de voir le jugement immédiat que se faisait le jury de sa performance. Elle avait cette sensibilité et ce tact qui lui permettaient de comprendre rapidement ce qu'on pensait d'elle, et des autres autour d'elle, et cela la rendait nerveuse de savoir qu'elle pouvait voir immédiatement si on pensait qu'elle agissait bien, ou pas du tout.

- Imagine-les en train de chanter des chansons d'amour en sous-vêtements, lui souffla Francis pour la détendre.

Cela n'eut pas du tout l'effet escompté. Lily lui adressa un faible sourire, puis elle s'installa au pupitre qui lui était attribué. Elle sortit toutes les notes qu'elle avait prises durant cette affaire, ainsi que le fil rouge de l'enquête, pour être certaine de ne rien omettre pendant cette restitution. Puis, elle leva les yeux.

En face d'elle et Francis, une vingtaine de sorciers était rassemblée. Les membres du Magenmagot qui s'occupaient de cette affaire, ainsi qu'un membre du département de la coopération magique internationale étaient présents. Ils la fixaient avec gravité, ce qui accentua la nervosité de Lily.

Quelques familles qui avaient été calomniées, ou avaient subi des pertes à cause de la Corneille étaient également présentes. Lily n'aimait pas que les familles soient présentes lorsqu'elle restituait des affaires, elle craignait toujours de perdre ses moyens, et d'être envahie par l'empathie envers les victimes, ce qui l'empêchait d'être cohérente et neutre. Il fallait vraiment qu'elle travaille sur cette facette de sa personnalité, par ailleurs.

Ce qui la rendit moins nerveuse, en revanche, ce fut Julieta Cuervo. Installée dans une des chaises dédiées aux suspects, elle regardait autour d'elle avec de grands yeux ébahis, et Lily réalisa soudainement que si elle perdait ses moyens maintenant, si elle se trompait une seule fois dans son résumé, peut-être que cette personne, qui avait tué sa belle-sœur, tué des Aurors, menacé des familles, fait de sa vie en enfer… Peut-être que cette personne s'en sortirait.

Et ça, Lily ne pouvait le concevoir, ni l'accepter.

Elle se redressa, au moment où la sorcière qui présidait la séance s'éclaircissait la voix.

- Restitution de l'affaire de la Corneille, au jour du 7 juin 2032. Cette restitution sera traduite pour les onze pays qui ont retenu des charges contre la prévenue Julieta Cuervo, coupable de diffamation, meurtres, tentatives d'assassinat, usurpation d'identité, utilisation de magie noire à des fins personnelles et dangereuses, refus de se rendre aux autorités et usage illicite de Portoloins. Les Aurors Perrin et Potter, en charge de l'affaire, sont aujourd'hui présents pour nous donner la totalité des éléments pour décider de la peine appliquée à Julieta Cuervo.

À côté de la présidente de la séance se tenait une Plume à Papote qui retranscrivait toutes les paroles. Apparemment, le Magenmagot ne voulait pas prendre le risque d'inclure un greffier dans la restitution, qui pourrait ne pas suivre le rythme. Les Aurors n'étaient pas réputés pour parler lentement.

- Vous pouvez commencer.

Lily s'éclaircit la gorge. Ses pensées étaient étonnamment claires, soudainement. Elle regarda le premier parchemin qu'elle avait sous les yeux.

- Auror Potter, entrée en fonction le 12 juillet 2029. En charge de l'affaire de la Corneille depuis le 1er août 2030, en compagnie de l'Auror Perrin, assis à mes côtés. Si vous permettez, je vais remonter l'affaire à ses débuts, avant mon arrivée sur ce cas.

- Permission accordée.

- Merci.

Lily fouilla dans ses notes pour s'assurer de ne pas se tromper dans les dates. Elle ne voulait commettre aucun impair. Elle refusait de faire quoi que ce soit qui puisse pencher en la faveur de la coupable.

- Au 2 mai 2027, une première lettre est arrivée au Ministère de la Magie du Portugal. Elle désignait la famille Da Silva comme une famille possédant des objets de magie noire chez eux, en toute illégalité, et sûrement pour blesser d'autres membres de la société sorcière. Du fait de la gravité des accusations, les Aurors du Portugal se sont précipités chez les Da Silva, pour se rendre compte qu'il n'y avait rien de tout cela. Toutefois, les Da Silva se sont sentis lésés, et ont perdu confiance en leur système de justice magique.

Lily laissa quelques secondes filer, pour que chacun dans l'assistance réalise réellement la portée du préjudice causé à cette famille. Lorsqu'elle fut certaine que tous les sorciers présents dans l'assistance avaient saisi l'importance de ce qu'elle venait de dire, elle continua sa restitution.

- Au cours des deux années et demie suivantes, de nombreuses familles ont été prises pour cibles. Vingt, exactement. À chaque fois, ou presque, il s'agissait de familles dans des pays éloignés les uns des autres, avant de revenir sur un territoire déjà touché. Rien ne permettait aux Aurors de faire des liens entre les différentes familles touchées. Il s'agit toujours de familles sans antécédent, qui n'ont pas eu de problème particulier avec la justice, en temps de guerre ou non. Bien évidemment, dans des cas comme ceux-ci, on passe moins de temps à chercher l'auteur des lettres car, finalement, aucun doute sérieux n'est établi et, encore une fois, aucune de ces familles ne possédait d'objets de magie noire. À chaque fois, les affaires étaient classées, et plus personne ne se penchait dessus, même lorsqu'une nouvelle lettre arrivait au sein d'un même Ministère, des mois ou années plus tard.

Lily but une rapide gorgée d'eau.

- Nous tenons tout de même à souligner, en tant que membres du Bureau des Aurors du Ministère de la Magie du Royaume-Uni, que de telles accusations, qui nous ont poussés à perquisitionner des familles qui n'avaient aucun antécédent judiciaire, ont sérieusement ébranlé la confiance qu'avaient ces sorciers en la justice magique de leur pays. Il s'agit d'une blessure qu'il est difficile de soigner, et que l'exemplarité de notre justice et l'application d'une peine adéquate envers la personne responsable de tous ces maux pourraient toutefois apaiser.

Francis hocha imperceptiblement la tête à cet instant, redonnant une once de courage à Lily. Elle savait qu'il ne parlerait que très peu, voire pas du tout, durant sa restitution, mais il était d'un soutien sans faille. Leur coopération avait très mal commencé, et ne s'était pas déroulée sans accroc, mais ils savaient faire la part des choses, et reconnaître les qualités de leur collègue.

- Comme je vous l'ai dit, durant deux ans et demi environ, des lettres sont arrivées dans différents ministères de la magie. Ces lettres sont très simples. Le texte est le suivant…

Lily sortit son parchemin suivant, et le lut, mot pour mot.

- « Bonjour,
Je souhaite vous avertir d'un danger certain qui cible notre communauté sorcière.
Les Da Silva, des sorciers à l'apparence tranquille, possèdent en réalité chez eux des artéfacts de magie noire, acquis de manière illégale. Ils comptent s'en servir pour attaquer d'autres membres de la communauté sorcière, et effrayer les sorciers qui n'ont rien demandé et n'ont rien fait de mal.
Il me semblait important de vous avertir, afin que vous nous protégiez de leurs méfaits et intentions malfaisantes.
Je préfère garder l'anonymat, de peur de leurs représailles, s'ils apprenaient qui je suis.
Merci pour votre dévouement. »

Une inspiration profonde se fit entendre du côté des victimes. Lily jeta un œil. Une mère de famille, chez qui elle s'était rendue au début de sa participation à l'enquête, semblait ébranlée par l'écoute de ces mots qui l'avaient accusée à tort. Lily décida de ne lire aucune autre lettre de toute la restitution. Elle n'avait aucune envie de mettre plus à mal ces familles qui, déjà, avaient dû vivre une perquisition et des accusations injustifiées.

- Je cite celle de la famille Da Silva, puisqu'il s'agit de la première famille touchée, mais les lettres sont toujours les mêmes. Avec, en signature, un corbeau, ajouta Lily. D'où la dénomination de cette affaire. Le Corbeau, devenu La Corneille, lorsque nous avons compris qui était derrière ces lettres. Mais n'allons pas trop vite…

Lily reprit la chronologie. Les minutes suivantes allaient être éprouvantes pour elle, et elle ne devait pas perdre le fil. Surtout, ne pas se laisser déconcentrer. Elle fit le vide dans son esprit, et chercha ce qui la calmait le plus.

Elle se rappela de ces fois où Hayden l'avait rassurée sur sa formation d'Auror, et l'avait poussée à la poursuivre, à ne surtout pas se laisser abattre par les difficultés qu'elle rencontrait. Ce n'était pas forcément ce à quoi elle aurait voulu songer, mais si c'était Hayden qui lui permettait de rester calme dans une telle situation… Lily se força à calmer son rythme cardiaque, puis reprit son exposé.

- Le 4 avril 2030, deux lettres sont arrivées dans deux Ministères de la Magie différents. Une manière comme une autre de brouiller les pistes, bien entendu. Nous ne l'avons compris que plus tard, mais les évènements de ce jour ont précipité beaucoup de choses.

La fin prématurée de son histoire avec Hayden, par exemple. Pendant un instant, un vertige prit Lily, qui le mit sur le compte de son épaule, qui pulsait douloureusement depuis qu'elle était entrée dans la salle d'audience, avec Julieta Cuervo au milieu de la pièce. Seulement, ce n'était pas l'épaule qui lui faisait le plus mal. C'était son cœur, même si elle savait que c'était physiquement impossible. Elle se reprit du mieux qu'elle le put.

- Une lettre était destinée au Bureau des Aurors du Royaume-Uni, comme vous le savez. La seconde est arrivée au Ministère de la magie d'Espagne, où se trouvait justement une des Aurors de l'unité des affaires étrangères du Bureau de Aurors du Royaume-Uni. Isabella Potter, née de la Cruz. La lettre accusait sa famille. Puisque la lettre touchait directement sa famille, on lui en a parlé, et elle a pu en prendre connaissance. La perquisition n'a par ailleurs jamais eu lieu. Isabella Potter a demandé à s'occuper de cette lettre en priorité. Elle avait terminé l'affaire pour laquelle elle s'était rendue en Espagne, et pouvait consacrer quelques jours à élucider le mystère de cette lettre. Quelques jours plus tard, elle était assassinée.

Lily ferma rapidement ses paupières, mais contrairement à ce qu'elle pensait, les larmes ne montèrent pas. Elle avait craint ne pas pouvoir rester stoïque, mais elle s'en sortait mieux que ce qu'elle n'avait pensé.

- Lors de la récupération des dossiers qu'Isabella Potter avait laissés au Bureau des Aurors du Ministère de la magie d'Espagne, ainsi que chez sa mère où elle résidait pendant sa mission, nous avons seulement vu la mention qu'elle était sur la piste d'un Corbeau, qui postait des lettres diffamatoires envers des familles sorcières respectables. Nous avons donc cru qu'il s'agissait d'une piste sur laquelle elle était tombée par hasard, qu'elle avait croisé ce malfrat, décidé de le suivre, et que le dénouement avait été de la tristesse que nous connaissions.

Encore une fois, Lily prit le temps de laisser le silence planer, pour que chacun mesure ce qui venait d'être dit, et la gravité de l'acte commis.

- Au 22 avril 2030, comme indiqué dans mon dossier d'Auror, j'ai demandé à rejoindre l'unité des affaires étrangères afin de prendre la suite de cette affaire en particulier. J'ai suivi la formation obligatoire en accéléré et, dans le même temps, j'ai pris contact avec les ministères de la Magie du monde entier pour savoir s'ils avaient également reçu des lettres de ce genre. La coïncidence était troublante, à ce stade. L'Espagne en avait reçu, le Royaume-Uni également… Rien ne prouvait que d'autres Ministères avaient reçu ces accusations pour des familles ressortissantes de leur pays, mais rien ne prouvait le contraire non plus. Alors, en compagnie de l'Auror Perrin, nous avons contacté et rencontré des Aurors de tous les pays, pour faire la lumière sur ces diffamations. Comme nous vous l'avons déjà dit, souvent, il s'agissait d'affaires classées. Cela a donc pris beaucoup de temps. Toutefois, il y a un peu plus d'un an, nous avons finalement pu décréter que nous avions trouvé toutes les familles touchées par ce Corbeau. La lettre était toujours la même, et une signature, sous la forme d'un corbeau, était apposée en bas de chaque parchemin. Nous avions encore un doute pour trois lettres, qui étaient légèrement différentes des autres, mais en tout, nous avions vingt lettres qui reprenaient le schéma du Corbeau. Toutefois, nous n'avions rien, dans les dossiers des familles touchées, qui nous donnait des explications sur ce qui les désignait comme cibles pour le Corbeau.

- Permettez-moi de vous interrompre…

Lily observa la présidente de séance, soudainement écrasée par la prestance de cette membre du Magenmagot. Elle se força à poser ses mains à plat sur son pupitre, pour ne pas qu'on note la sueur qui se dégageait de ses paumes.

- Est-ce qu'à ce stade, vous pensiez déjà qu'il puisse s'agir d'une femme ?

- Cette théorie était soulevée, oui. Je dois toutefois reconnaître qu'elle ne se basait sur aucun fait, sinon sur mon instinct. Mon coéquipier n'était, par exemple, pas d'accord avec moi sur la probabilité qu'il s'agisse d'une femme. Le mode opératoire ressemblait à celui d'un homme, il est vrai.

Les membres du Magenmagot hochèrent la tête. Deux d'entre eux chuchotèrent. Lily remarqua que parmi les membres de l'assistance qui venaient de l'étranger, certains la regardaient avec un nouvel intérêt.

- Votre instinct, seulement, Auror Potter ?

- Il a fait ses preuves, dit-elle sobrement.

L'explication parut les satisfaire, à la grande stupéfaction de Lily… mais également à son grand soulagement.

- Continuez, je vous prie.

Elle hocha la tête, but à nouveau un peu d'eau, puis reprit le fil de son récit.

- Pendant plusieurs semaines, nous avons cherché les liens possibles entre ces personnes. Des séjours aux mêmes endroits, de vieilles connexions… Rien n'allait, reconnut Lily. La personne qui postait ces lettres n'était pas violente, à part le meurtre de notre collègue, mais, à ce moment, nous n'avions pas encore relié Isabella Potter à cette affaire. Nous pensions qu'elle avait croisé le suspect de manière fortuite, et que la panique avait fait perdre le contrôle du Corbeau, pas qu'il l'avait délibérément visée.

Tant de temps passé sur cette fausse piste, sans que l'instinct de Lily ne la mette sur la bonne voie. Quand elle y repensait, c'était rageant. Son instinct avait prouvé ses limites à cet instant.

- Nous étions encore à chercher des liens, nous discutions avec plusieurs Aurors des unités des affaires étrangères de huit pays différents, quand deux lettres sont arrivées, à deux jours d'intervalle, au MACUSA, accusant directement le président du MACUSA, qui avait déjà été ciblé une première fois.

La tension était palpable dans la salle d'audience.

- La deuxième lettre était légèrement différente, et c'était la première fois que nous avions une lettre avec une menace explicite écrite. Il était dit que si le président faisait la moindre manifestation publique dans les semaines qui suivaient, il risquait de le regretter. Vous connaissez tous ce qui s'est produit lors de l'anniversaire de sa fille. Deux des douze Aurors sont décédés, trois invités également, et la plupart des Aurors et invités ont été blessés. C'était la première offensive directe que nous vivions, et c'était la preuve que notre coupable était de plus en plus confiante sur sa crédibilité et sa légitimité à agir ainsi. Alors, nous avons redoublé d'efforts pour la rechercher.

Lily se souvint des nombreuses nuits blanches qu'elle avait passées sur cette affaire, de toutes ces fois où elle avait dormi sur un matelas à même le sol, plutôt que dans un vrai lit, pour être au plus proche de l'affaire. Elle avait échangé avec des dizaines d'Aurors du monde entier, sans que rien ne soit réellement mis en avant, rien qui ne puisse les avancer. En y repensant, alors que l'affaire était encore fraîche dans son esprit, elle restait encore frustrée de toutes ces fausses pistes, et de toutes ces pistes qui s'étaient refroidies lorsqu'ils avaient commencé à s'y intéresser.

- Alors que nous redoublions d'efforts, beaucoup de lettres sont arrivées. L'Auror Perrin et moi-même avons décidé de revenir au Royaume-Uni au début du mois d'avril de cette année, car les familles visées étaient à nouveau européennes. Le Corbeau revenait sur son terrain de chasse. Nous avons demandé à tous nos indicateurs s'ils avaient le moindre renseignement, mais c'est au final un sorcier qui nous a indiqué qu'il suspectait une activité illégale dans un village du comté de Fermanagh. L'Auror Perrin et moi nous y sommes rendus, et nous avons trouvé sa planque ou, tout du moins, une de ses planques. Nous avons alors compris notre erreur concernant l'Auror Isabella Potter. Elle n'était pas tombée par hasard sur notre coupable, elle avait été visée directement, et s'était mise en chasse.

La gorge de Lily se noua, mais elle chassa ce sentiment qui menaçait de l'étouffer. Ce n'était pas le moment.

- Juste un instant… L'Auror Perrin est bien spécialisé dans l'architecture ?

Lily hocha la tête.

- Pourquoi ne pas avoir lancé de sortilèges pour découvrir la planque au moment où vous vous êtes rendus au cottage du comté de Fermanagh ?

Lily regarda Francis, lui faisant signe de répondre. Il s'agissait de son domaine de prédilection.

- Nous ne pensions pas à une dissimulation aussi aboutie, reconnut Francis. La source de l'information n'était pas fiable, et, surtout, venait tout juste de nous parvenir. Nous ne pensions pas que la personne suspectée aurait eu le temps de tout dissimuler. C'était une erreur qui, toutefois, ne nous a pas empêchés de trouver la planque, termina-t-il.

- En effet. Continuez, je vous prie.

Lily inspira, et reprit le fil de son récit, une fois assurée que Francis n'avait pas envie d'ajouter quoi que ce soit d'autre.

- James Potter, mari de l'Auror Isabella Potter et qui, à l'époque, était Auror du Royaume-Uni, s'est donc rendu chez la mère de notre collègue décédée, en Espagne, pour vérifier qu'il n'y avait pas des indices supplémentaires, qui auraient pu être manqués au moment du décès de notre collègue. Dans le même temps, au cours d'une même soirée, le Bureau des Aurors du Royaume-Uni a reçu trois nouvelles lettres du Corbeau, ciblant des familles qui avaient déjà été prises pour cible. Seulement, cette fois, comme pour le président du MACUSA, il était annoncé que des risques d'attaques étaient à prévoir, si ces familles décidaient d'organiser des événements rassemblant beaucoup de personnes. Nous avons donc pris la décision de les avertir, et de leur demander de ne pas organiser ce qu'ils pouvaient prévoir d'organiser. Mariages, anniversaires… Tout devait être reporté.

Lily reprit une gorgée d'eau. Tout le monde était suspendu à ses lèvres. Au milieu de la pièce, Julieta Cuervo était immobile, ne bougeait pas, ne la regardait pas. Angoissant.

- Cette même soirée, l'ancien Auror James Potter est revenu d'Espagne avec une nouvelle information. À vrai dire, avec une information capitale, puisqu'il s'agissait du nom de notre suspecte. Cela confirmait mon intuition qu'il s'agissait d'une femme. L'Auror décédée Isabella Potter savait de qui il s'agissait, mais elle n'avait pas le motif.

- Mais vous l'aviez, n'est-ce pas ? demanda un sorcier du Magenmagot.

- Non, le contredit Lily. Je n'avais pas le motif à ce moment. Je l'ai eu peu de temps après. J'ai compris que ces familles n'avaient rien en commun, justement. Aucun déboire avec la justice. Comment était-ce possible, quand on sait que notre communauté est sortie d'une guerre, qui a touché la génération précédente ? C'était ça, le lien. J'ai donc fouillé dans le passé de Julieta Cuervo. Elle a perdu beaucoup de membres de sa famille durant la guerre, aucune distinction n'a été donnée pour ses proches décédés et, surtout, il y a quatre ans de cela, l'assassin de ses parents a été libéré de Castillacito, la prison pour sorciers d'Espagne, pour bonne conduite, appuyée par la famille Da Silva, qui connaissait ce sorcier depuis des années. Quelques mois plus tard, les Da Silva recevaient la première lettre d'une longue série.

- Ce lien, vous l'avez fait sur votre propre intuition ? s'enquit un sorcier d'un autre pays.

- Tout à fait. Disons que mon intuition m'a guidée, pour qu'ensuite, je comprenne mieux les faits. Nous avons donc vérifié, et revérifié plusieurs fois, mais tout collait. Nous avions la preuve magique que Julieta Cuervo était sur le territoire du Royaume-Uni.

- Vous faites allusion à la potion de traçabilité ? s'enquit une voix haut perchée.

- Exactement, confirma Lily. Une potion que le Bureau des Aurors a accepté d'utiliser car la situation était critique, et que nous risquions de classer l'affaire, faute de preuves suffisantes, malgré les lettres qui continuaient d'arriver.

La décision d'utiliser cette potion faisait polémique au sein du Magenmagot, Lily en avait conscience. Elle savait qu'il ne fallait pas qu'elle s'attarde sur ce détail, ou elle allait perdre la confiance de son auditoire.

- Nous avons fini par obtenir une information, qui localisait la Corneille - puisqu'il s'agissait d'une femme, nous avons changé le nom de notre affaire. Nous sommes partis procéder à son arrestation. Nous étions cinq. Trois Aurors d'autres pays qui ont eu la possibilité de se joindre à l'Auror Perrin et moi-même. L'arrestation a eu lieu sur la commune d'Holyhead, non sans résistance de la part de la suspecte.

Lily se rappela avec amertume qu'elle s'était coupée stupidement sur un miroir brisé, mais elle choisit de garder cette information pour elle. Ce n'était pas le moment, et cela n'avançait pas leur affaire.

- Depuis, Julieta Cuervo refuse de nous parler, termina Lily. Et vous êtes à présent au courant de toute cette affaire. Je tiens à vous rappeler que des témoins nous ont également fourni des détails concernant les plans de Julieta Cuervo, et des contacts qu'elle avait, ainsi que les familles qu'elle visait. Vous trouverez les témoignages de la page deux cent à deux cent trente-sept du dossier.

- Merci, Auror Potter, pour ce compte-rendu détaillé.

Lily expira doucement, libérant les quelques tensions qui s'étaient accumulées pendant tout son discours. Elle jeta un rapide coup d'œil à sa montre. La matinée n'était pas terminée, ce qui signifiait que le Magenmagot pouvait encore décider de rendre immédiatement la décision de la peine encourue par Julieta Cuervo.

Ils se concertèrent immédiatement. Lily se tourna vers Francis.

- Superbes explications ! dit Francis. J'espère qu'elle va recevoir une sacrée peine.

- Elle refuse de nous parler et de coopérer. Bien sûr qu'elle va écoper d'une peine. Mais j'ai peur qu'ils décident de l'envoyer à Castillacito, pour ne pas surcharger Azkaban. Les Espagnols aiment bien réduire les peines…

Francis hocha la tête, compréhensif. Il n'avait pas envie que la Corneille soit libérée dans quelques années.

Le Magenmagot cessa son conciliabule. Les deux Aurors se turent, attendant la décision qui allait être rendue.

- Miss Cuervo, vous ne souhaitez toujours pas vous exprimer ?

Lily retint sa respiration, soudain inquiète, mais elle réalisa rapidement que ses doutes n'avaient aucun fondement. Julieta Cuervo avait décidé qu'elle ne parlerait plus jamais, de toute évidence.

- Très bien… Je demande aux représentants des nations étrangères présents aujourd'hui de se manifester, s'ils souhaitent que la peine soit appliquée dans leur pays et selon leurs lois.

Lily prit une profonde inspiration, et sa main se serra sur l'accoudoir de son fauteuil. Elle ne voulait pas qu'un autre Ministère récupère Julieta Cuervo. Elle voulait que ce soit Azkaban, et nulle part ailleurs.

Pendant quelques minutes, les représentants de chaque nation se concertèrent, avant de signifier qu'ils laissaient la prisonnière aux bons soins du Ministère anglais. La tension qui oppressait la cage thoracique de Lily se dissipa quelque peu.

- Le Magenmagot demande une condamnation à perpétuité à Azkaban, pour le meurtre d'Aurors et de sorciers, ainsi que pour les préjudices moraux et les accusations diffamantes. Vous pouvez disposer.

Deux Aurors que Lily connaissait bien entrèrent dans la pièce pour se saisir de Julieta Cuervo et l'emmener à Azkaban, sa nouvelle demeure.

- Quel soulagement ! souffla Lily.

- Je ne te le fais pas dire ! s'exclama Francis en se levant et s'étirant. Quelle joie que tout ça soit enfin terminé. Bon, eh bien, moi, je dois prendre mon Portoloin pour retourner étudier ces maisons bâties sur de faux plans. C'est moins passionnant mais, pour être honnête, j'aime aussi vivre des aventures moins palpitantes, de temps à autre. Au plaisir sur une autre affaire, Lily !

- Pareil, Francis, et n'hésite pas à me rapporter un souvenir typique des pays où tu passes !

Il lui adressa un signe de main, et Lily ne se fit aucune illusion. Il n'y penserait jamais. Elle rassembla ses parchemins, et alors qu'elle partait, deux sorciers qu'elle ne connaissait pas lui firent des signes pour l'inviter à les rejoindre, ce qu'elle s'empressa de faire en constatant qu'ils étaient en bons termes avec des membres du Magenmagot.

Elle réalisa qu'il s'agissait des sorciers qu'elle avait vus chuchoter à plusieurs reprises en la regardant.

- Bonjour…

- Bonjour, Auror Potter ! Je vais aller droit au but, je viens du Ministère de la Magie d'Éthiopie, et mon collègue de celui d'Érythrée. Nous avons entendu dire que vous seriez libres ces temps-ci, pas d'affaires majeures… Est-ce qu'une affaire dans le désert Danakil vous intéresse ?

Lily haussa un sourcil. C'était rare que des affaires se passent en plein désert.

- Transférez votre affaire à notre Bureau en faisant une demande pour que je m'en charge, et cela peut s'envisager. Sur quoi porte votre affaire, précisément ?

Les deux hommes échangèrent un regard entendu, qui fit deviner à Lily que le thème allait lui plaire.

- Revente illégale d'œuvres d'art de grande valeur.

- Qui ont bien entendu été dérobées à leurs propriétaires.

- Nous avons des difficultés pour la reconnaissance des objets, tous les Aurors ne sont pas de fins connaisseurs d'œuvres d'art.

- Mais nous avons entendu dire que c'était votre cas…

Lily n'hésita que quelques secondes.

- Allez au Bureau des Aurors, directement au bureau des administratifs, et dites-leur que vous avez besoin de moi. Je devrais pouvoir arriver d'ici trois jours, le temps que les formalités administratives soient faites, et que je me renseigne sur votre dossier.

Le premier homme à lui avoir parlé lui tendit le dossier qu'il tenait à la main.

- Nous comptons sur vous, Auror Potter !

Elle hocha la tête, puis s'en alla, feuilletant déjà les premières pages du dossier. Il était grand temps qu'elle vive pour elle-même. Elle ne pouvait pas rester ici à attendre qu'Hayden se marie, ou décide de ne pas se marier. Elle en avait marre d'attendre après lui. Elle voulait vivre sans qu'il ne lui bloque l'esprit.

Il était temps qu'elle avance.

Jeudi 10 juin 2032 - Hôpital Ste Mangouste

Hayden compulsait les dossiers qu'il avait récupérés dans ses affaires en arrivant à l'hôpital, avant de se décider à monter à l'étage du Guérisseur Rakepick.

Les couloirs de l'hôpital étaient étonnamment calmes, certainement du fait de l'heure matinale. Le flux de sorcier blessés ou malades n'avait pas encore commencé, et on pouvait profiter d'une rare quiétude en déambulant dans l'hôpital.

Réfléchir à ses recherches l'empêchait de réfléchir à son mariage. À la date qui se rapprochait. À Lily.

Il se secoua. Il ne pouvait, ne voulait pas penser à Lily immédiatement. Il fallait qu'il fasse le vide dans son esprit pour réellement se concentrer sur ce qu'elle lui avait dit, dans son appartement de l'impasse des Demiguises.

Comme s'il avait réellement besoin d'y réfléchir, finalement.

Il se mordit la lèvre, réalisa qu'il avait déjà dépassé d'une dizaine de mètres le bureau du Guérisseur Rakepick. Il revint en arrière, frappa deux coups secs sur la porte qui s'ouvrit immédiatement.

- Bonjour, Zabini. Vous êtes matinal.

Hayden hocha la tête. Il n'était pas censé travailler, aujourd'hui, mais avait besoin de rendre ses dossiers au Guérisseur Rakepick.

- Je viens vous rendre ceci, lui dit Hayden. Cela m'a été très utile.

- Ah, oui, exact, mes dossiers ! J'espère que ça vous aidera à vous intégrer aux hôpitaux des États-Unis. Bon pays, il fait bon y vivre quand on est Guérisseur. Mieux vaut aller là-bas qu'en Russie, en tout cas ! Vous partez en Arizona, c'est bien ça ?

- Tout à fait, confirma Hayden, le cœur serré.

Il ne s'était jamais senti mal à l'idée de déménager loin de sa terre natale mais, soudainement, il se sentait pris d'une nostalgie envers son pays, et craignait de mal vivre le changement.

Le Guérisseur Rakepick agita sa baguette, et les dossiers s'extirpèrent des bras d'Hayden pour retourner à la place qui leur revenait.

- Vous aviez besoin d'autre chose ?

Hayden regarda le lit de consultation. Lorsqu'il était venu la dernière fois dans ce bureau, Lily était assise sur ce lit, et vivait une épreuve peu agréable.

Il hésita une seconde. Ce n'était pas censé le regarder. Les états de Lily ne le concernaient plus. Il devait faire demi-tour, ne pas s'interroger, ne rien demander à son collègue, laisser tomber cette histoire, faire comme s'il n'en avait jamais été mêlé, faire taire ses pensées et sentiments.

Il échoua lamentablement, comme souvent lorsque Lily entrait en ligne de mire.

- L'Auror Potter…

- Ah oui, vous étiez présent lorsqu'elle est venue me voir en avril, se souvint le Guérisseur. Sacrée magie, quand même, n'est-ce pas ?

- Oui, j'ai fait des recherches suite à ça sur la magie noire de médecine, c'est assez…

- Fascinant ?

Hayden grimaça. Ce n'était pas le premier mot qui lui était venu à l'esprit, mais il ne voulait pas vexer le Guérisseur qui avait fait de sa spécialité la magie noire de guérison. Il choisit donc de hocher la tête.

- Fascinant, oui…, murmura le Guérisseur Rakepick. Heureusement, c'est aussi extrêmement rare. Pour être honnête, cela faisait pas loin de quatre ans que je n'avais pas eu à pratiquer un acte médical qui mélangeait la magie noire. Cela n'est finalement pas pour me déplaire, je préfère éviter la magie noire si je le peux, comme bon nombre d'entre nous. C'était assez inconscient de sa part de faire cela, mais les Aurors, vous savez ce que c'est ! Enfin, peut-être pas, reconnut le Guérisseur. Votre fiancée est briseuse de sorts, n'est-ce pas ?

Hayden n'entendit pas la fin de sa phrase. Il était resté bloqué sur savoir ce que c'était un Auror. Il était resté bloqué sur une Auror en particulier, pour être précis.

- Elle doit encore faire des sessions de guérison ? s'enquit Hayden. Je serais curieux de voir la suite de ses consultations…

- Oh…

Hayden n'apprécia pas le ton qu'il entendit.

- Je ne savais pas que vous étiez intéressé. Sinon, je vous aurais appelé, il y a trois jours.

- Comment ça ? s'étonna Hayden.

Trois jours plus tôt, il s'agissait de la restitution de l'enquête de la Corneille, et son inculpation pour Azkaban. Hayden s'en souvenait très bien, ils avaient reçu la visite d'un fonctionnaire du Ministère le soir même pour les informer de ce qu'il advenait de Julieta Cuervo. Il avait même été déçu qu'il ne s'agisse pas de Lily en personne, mais il avait tout fait pour que cela ne se remarque pas, même s'il avait senti le regard que lui lançait Cassiopée.

- Oui, c'était lundi. Elle est venue dans l'après-midi pour finalement prendre le remède. Vu la douleur que cela lui a procuré, je pense qu'elle n'est pas prête de se frotter à nouveau à la magie noire. Quand on assume la conséquence d'actes de ce genre, on songe souvent à remonter le temps pour s'empêcher de faire une grossière erreur… Enfin. Je voulais attendre encore un jour ou deux, parce que la potion de traçabilité était en pleine ébullition ce jour-là, une histoire d'audience avec la personne qu'elle traçait, si j'ai bien compris. Lorsque ce type de potion est en pleine ébullition, l'extraction est bien évidemment plus difficile et douloureuse. Mais il se trouve qu'elle devait partir deux jours plus tard pour une nouvelle mission, alors tout devait être fait rapidement.

Deux jours plus tard. Hier, donc.

Le sang battit contre les temps d'Hayden. Lily était repartie. Elle ne restait que rarement longtemps au Royaume-Uni, elle l'avait dit, mais il avait préféré oblitérer cette information, estimant que vu la situation, vu la demande de Lily faite à Hayden de réfléchir, de prendre sa décision, elle n'allait pas repartir tout de suite, elle allait attendre.

Naïvement, il s'était dit qu'elle ne repartirait qu'après la date de son mariage, qu'il aurait le temps, jusqu'au jour J, de prendre une décision, de réfléchir.

Il avait été stupide.

Lily l'avait attendu, l'avait poussé dans ses retranchements des dizaines de fois, l'avait poussé à prendre ses décisions. Elle lui avait dit qu'elle abandonnait, à présent, qu'il devait prendre ses propres décisions.

Et lui, imbécile, s'était dit qu'elle disait ça pour bluffer. Qu'elle allait le pousser, encore une fois, un tout petit peu, pour qu'il prenne la bonne décision.

Sauf que non, pas cette fois. Cette fois, Lily n'allait pas le pousser. Cette fois, il était tout seul. Elle le lui avait dit, pourtant. Il avait préféré ne pas écouter.

- Ah, au fait, toutes mes félicitations, Zabini.

- Pardon ? bafouilla Hayden.

- Votre mariage. Je n'avais pas compris qu'il s'agissait de votre mariage, quand Rhéa Pye m'en a parlé. Mais j'aurais dû faire le lien. Vous partez aux États-Unis pour suivre votre future femme, c'est bien ça ?

Hayden hocha la tête, mécaniquement, sans réellement réfléchir à ce qu'il faisait.

- Alors, toutes mes félicitations.

- Merci, murmura-t-il. Je dois y aller, d'ailleurs. Dernière rencontre avec l'organisatrice du mariage. C'est dans un peu plus de deux semaines, se sentit-il obligé de préciser.

- Ravi de vous avoir rencontré avant votre départ. Profitez bien des richesses médicales de l'Arizona.

Hayden adressa un dernier faible hochement de tête au Guérisseur Rakepick, avant de sortir du bureau.

Ils avaient rendez-vous avec l'organisatrice du mariage, une dernière fois. Il inspira profondément. Il pouvait le faire. Il pouvait prendre une décision.

Une bonne décision, pour une fois.


Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises.

Le chapitre de la semaine dernière a quelque peu remué, j'ai l'impression. Vous avez tous et toutes eu des réactions assez différentes. C'est amusant. Cette histoire est loin de faire l'unanimité ou, plutôt, Hayden est loin de faire l'unanimité.

Et autant, à un moment, ça me gênait de voir autant de réactions différentes. Autant, maintenant, je trouve cela beaucoup plus intéressant, parce que ça m'enlève une certaine pression quant au déroulé de cette histoire. Il y a tellement de réactions et de ressentis différents que quoi que je fasse, je ne pourrai pas plaire à tout le monde, alors du coup, je me prends plus la tête à me demander ce qui va vous plaire ou non :)

Car au final, ça me fait bizarre de revenir avec autant de chapitres d'un coup. Je n'ai plus l'habitude des fictions longues, donc je pense qu'elle est moins construite que les dernières que j'ai pu écrire. Mais j'aurais pu faire pire...

Ouais, je raconte un peu tout et n'importe quoi dans cette note mais, eh, si vous me suivez depuis quelques années, vous devriez en avoir l'habitude.

DelfineNotPadfoot était encore une fois fidèle au poste pour corriger ce chapitre, car sans elle, des fautes, des incohérences, des phrases incompréhensibles existeraient encore et, franchement, on n'aime pas lire quand il y a trop de fautes d'orthographe. (Enfin, moi, en tout cas, je n'aime pas lire)

Merci pour vos reviews qui sont super intéressantes à lire chaque semaine car, clairement, vous avez des sentiments ultra partagés sur ce qui devrait se passer par la suite. Il y aura forcément des gens déçus, et d'autres contents, je vous le dis tout de suite ^^

Sur ces belles paroles, je vous dis à la semaine prochaine pour un chapitre qui va nous faire voyager :) !

Méfaits accomplis.