Disclaimer : Harry Potter appartient entièrement et uniquement à J.K. Rowling. Je ne fais qu'écrire des fanfictions dessus à mes heures perdues.


Chapitre XVI

Samedi 28 août 2032 – Rue Bowman Wright, Oxford.

Lily remonta le col de sa veste en cuir, espérant que cela suffirait à la dissimuler des regards indiscrets. Sa chance, à l'heure actuelle, était que la rue sorcière d'Oxford était vidée de ses habitants et passants, la plupart étant à Londres, sur le Chemin de Traverse, pour les derniers achats avant la rentrée des classes.

Lily évita le regard d'une vieille sorcière qui la fixait avec une intensité qui mettait l'Auror mal à l'aise, puis se glissa sous le porche d'un immeuble, et toqua à la première porte qu'elle croisa. Elle mit son plus beau sourire sur ses lèvres, attendant que la personne qui était de l'autre côté de la porte lui ouvre.

Elle entendit des pas rapprochés, puis la porte s'ouvrit précipitamment.

Et on manqua la lui claquer au nez.

Heureusement, Lily s'en était quelque peu doutée. Même si elle n'avait pas voulu croire ses frères et leurs compagnes la veille au soir, elle commençait à accepter l'idée que certains de ses amis aient pu être énormément vexés par son silence et ses mensonges.

Lily glissa son pied entre la porte et le chambranle, avant que la porte ne soit refermée. Elle grimaça sous le choc et la douleur, mais essaya de passer outre.

- Merlin, Millie !

- Millicent, pour toi, Potter. Voire Harrington, maintenant que j'y pense. Je ne suis pas certaine qu'on puisse se qualifier d'amies, pas vrai ?

Lily soupira, des larmes aux coins des yeux du fait de la douleur qui pulsait dans son pied.

- Millicent, on est amies.

- Oh, non, on n'est pas amies. Je l'ai cru pendant des années, mais ça, c'était avant d'apprendre que la personne avec qui j'ai partagé mon dortoir, et à qui j'ai confié toute ma vie ou presque, se révèle être une tout autre personne… qui n'a fait que se servir de moi, notamment lors de son dernier passage à Londres.

Lily se mordit la lèvre, et jeta un coup d'œil par-dessus son épaule. Personne n'avait remarqué leur manège, mais il ne fallait pas que celui-ci s'éternise. À un moment, Oxford allait se remplir à nouveau. Lily n'avait aucune envie que toute la communauté sorcière d'Oxford se questionne sur la présence d'une Auror, fille de Harry Potter, devant une maison sorcière où on ne la laissait pas entrer.

- Est-ce que je peux entrer ? tenta Lily.

- Non, répondit Millicent.

Lily ne se souvenait pas l'avoir déjà vue aussi énervée. Des éclairs fusaient dans les yeux de son amie, et le sentiment de trahison qu'elle éprouvait en voyant Lily déformait les traits de son visage, habituellement doux.

- Millicent, j'aimerais vraiment qu'on prenne le temps de discuter, toutes les deux.

Les sourcils de Millicent Harrington se froncèrent encore plus, ses yeux se réduisant à deux fentes.

- Amusant, parce que j'avais l'impression que depuis treize ans qu'on se connaît, on avait eu le temps de parler. Mais bon, il faut croire que j'avais tort… Comme sur beaucoup de sujets, pas vrai ?

Lily soupira. Cette discussion ne menait nulle part, et Millicent était campée sur ses positions. Lily réalisa soudainement qu'elle n'avait jamais eu à faire d'efforts dans ses amitiés. Tout lui venait simplement, facilement. On l'acceptait, on ne se disputait pas avec elle, car Lily ne blessait presque jamais les autres. Et si jamais elle ne s'entendait pas avec une personne, car cela arrivait, elle faisait simplement en sorte de ne pas la croiser, pour éviter les situations désagréables. En fait, aujourd'hui était la première fois que Lily se retrouvait face à quelqu'un qui refusait de lui parler, sans qu'il ne s'agisse d'un mage noir qu'elle devait interroger.

- Millicent, j'ai besoin de savoir ce qu'il s'est passé lorsqu'Hayden est venu pour la dernière fois dans ton bureau.

- Tu as besoin de savoir, répéta Millicent dans un filet de voix. Besoin de savoir…

Lily comprit qu'elle venait de prononcer des mots qu'elle aurait dû taire, par égard pour leur amitié. Trop tard. Les mots, elle l'avait appris, ne se reprenaient pas une fois qu'ils avaient blessé.

- Tu réalises que depuis juin, à chaque fois que tu viens me voir, ce n'est pas pour moi, mais pour ton mec ?

- Ce n'est pas mon…

Millicent la coupa d'un geste de main impérieuse.

- Oh, par Merlin, Lily, ferme-la pour une fois, et laisse-moi parler. Apparemment, tu voulais qu'on parle… Eh bien, laisse-moi dire ce que j'ai à dire !

Lily pâlit. Jamais elle n'avait vu sa camarade de dortoir aussi énervée contre quelqu'un, et cela l'effrayait quelque peu d'être sa cible. Non pas parce que Lily ne pouvait pas se défendre si jamais les choses tournaient mal, ce qui ne risquait pas de se produire. Mais, plutôt, parce que Lily ne savait pas comment se faire pardonner et revenir à une amitié normale, après la colère de Millicent.

Elle réalisa soudainement qu'elle avait dépassé une limite à ne pas franchir dans leur amitié.

- Tu es venue me voir une seule fois de toi-même pendant ton dernier passage à Londres, et c'était pour me poser des questions sur mon travail… et donc sur Hayden Zabini. On s'est ensuite croisées une fois par hasard, et tu m'as demandée comment avançaient les préparatifs de son mariage. Et moi, naïve comme un Boursouf, je n'ai même pas réalisé que c'était étrange que tu t'intéresses à ce mariage, vu que tu ne te préoccupes jamais des autres mariages ! Et Hayden Zabini, par Merlin, je ne t'avais jamais vue en sa compagnie, à part sur un terrain de Quidditch ! Et malgré ça, malgré les signes qui auraient dû me paraître évidents, je n'ai rien vu ! Ce que j'ai pu être stupide, j'ai vraiment cru que, pour une fois, tu t'intéressais à mon travail, alors que, comme toujours, tu te préoccupais de tes propres intérêts !

Lily se mordit la lèvre. Elle avait envie de fumer, la nervosité la gagnait, mais elle ne pouvait pas arrêter Millicent maintenant. Lily avait provoqué cette situation, il fallait qu'elle en assume les conséquences jusqu'au bout. Elle se tenait droite, impassible, alors qu'intérieurement, elle sentait se craqueler son système nerveux et tous ses sentiments. Et son pied lui faisait mal, après avoir arrêté la fermeture de la porte d'entrée de Millicent.

- Et là, tu reviens à nouveau d'une mission, dont tu ne m'as pas prévenue, je l'ai appris grâce à Hayden Zabini, pour venir me poser des questions sur, devine qui ? ironisa Millicent.

Lily hésita un instant. Elle crut qu'elle pourrait ne pas répondre à Millicent, mais celle-ci attendait sa réponse, les yeux brillants de colère. Lily n'avait pas le choix.

- Hayden Zabini, souffla Lily.

- Exactement ! persifla Millicent. En fait, est-ce qu'un seul jour, on a été amies, Lily ? Vraiment amies ? Ou bien tu t'es toujours dit que j'étais ton quota de sociabilité ?

Lily déglutit difficilement. Elle savait que Millicent pouvait être blessante dans ses propos, elle n'en avait jamais douté, son amie jouait avec les mots comme Lily jouait avec le Vif d'or à l'époque de Poudlard. Mais elle n'aurait jamais cru qu'un jour, elle recevrait sa verve en pleine face.

Et elle n'avait pas encore tout entendu.

- S'appeler Potter n'excuse pas tout, loin de là.

Lily se figea. C'était un coup bas, celui que pouvait seulement se permettre une personne qui savait à quel point s'appeler Potter avait pu être pesant pour Lily. Toutes ces fois où elle avait voulu être une élève normale, sans que son nom de famille ne fasse se tourner les regards vers elle, c'était à Millicent qu'elle s'était confiée. Chaque fois qu'on lui disait que tout était simple pour elle, parce que son nom de famille était Potter, c'était Millicent qui faisait remarquer que Potter n'était qu'un nom, alors que Lily était une personne qui avait fait en sorte d'obtenir ce qu'elle voulait en travaillant. Et chaque fois que quelqu'un disait à Millicent qu'elle était proche de Lily uniquement parce qu'elle était une Potter, c'était Millicent qui répondait qu'elle était amie avec Lily parce qu'elle était Lily, pas à cause de son père.

Avant que Lily ne prenne la parole, avant qu'elle n'exprime toute la peine qu'elle ressentait soudainement, avant que le reste de leur amitié ne soit éparpillé dans le vent qui soufflait dans la rue, Dean Carmichael apparut derrière Millicent.

- Millicent, laisse Lily rentrer. Il n'est pas nécessaire d'avoir cette conversation sur le palier de ton appartement…

Millicent parut prendre sur elle pour ne pas dire tout ce qu'elle pensait en cet instant, et Lily remercia d'un regard Dean, qui ne lui renvoya pas une once de chaleur par son propre regard. S'il venait la dépêtrer de cette situation qui paraissait inextricable, il n'allait cependant pas lui faciliter la tâche.

Millicent se décala et, d'un signe de la main, invita Lily à rentrer, qui se précipita avant que la porte ne se referme. Porte qui claqua vigoureusement derrière elle. Lily fit en sorte de ne pas s'en formaliser outre mesure, mais elle prenait conscience que son passage chez son amie n'allait pas être aussi détendu que ce qu'elle espérait.

Elle pénétra dans le salon de Millicent, jetant un coup d'œil à la décoration. Elle n'avait pas changé depuis que Millicent s'était installée seule, deux ans auparavant. Elle avait toujours au mur la fresque que Lily avait rapportée de son séjour au Mali, lors de son premier déplacement en tant qu'Auror de l'unité des affaires étrangères, sur la piste de la Corneille.

Elle ôta sa veste en cuir, qui reçut un regard noir de Millicent, et la posa sur le dossier d'un fauteuil en velours. Hayden avait certainement parlé de ce cadeau qu'il avait fait à Lily pour ses dix-huit ans.

- Tu ne me proposes pas quelque chose à boire ? demanda difficilement Lily.

Millicent lui adressa un regard dédaigneux, et croisa les bras sur sa poitrine. Lily poussa un profond soupir, au moment où Dean lui tendait un verre d'eau qu'il était allé chercher dans la cuisine. Elle le prit avec soulagement.

- Qu'est-ce qui t'est arrivé ? demanda Dean, en désignant son bras encore bandé.

- Une rencontre avec des Nundus, trois fois rien, le rassura Lily.

Dean n'avait pas la même notion que Lily du « trois fois rien », mais comme Millicent ne semblait pas vouloir réagir, il choisit de faire de même.

- Et… Vous vivez ensemble, maintenant ? demanda Lily.

Dean lança un rapide regard à Millicent, qui ne paraissait pas vouloir lui répondre. Il décida d'être celui qui prendrait la parole.

- Non, répondit Dean doucement. Simplement, c'est le week-end, et aucun de nous n'avait d'obligations au travail. Je suis venu passer le week-end ici. Et donc, toi, tu es revenue de mission ? demanda-t-il doucement.

- Elle est revenue pour poser des questions sur Hayden Zabini, voilà ce qu'elle est venue faire. Ne t'attends pas à ce qu'elle vienne prendre de nos nouvelles, ce n'est pas dans ses habitudes.

Dean toussota, et détourna le regard. S'il faisait des efforts à présent que Lily était devant lui, l'Auror ne doutait pas qu'il ait pu être vexé également des secrets qu'elle avait eus pour eux. Lily poussa un profond soupir.

- Sincèrement, Millicent, je suis désolée. Vraiment. C'est juste que… c'était plus simple, à l'époque de Poudlard, et ça s'est étendu à après Poudlard, et… Je n'ai jamais rien voulu te cacher qui puisse te blesser, lui dit doucement Lily. Et je n'ai jamais voulu utiliser notre amitié pour avoir les informations qui m'intéressaient. C'est simplement tombé comme ça, et…

Millicent détourna le regard, et Lily comprit qu'elle faisait fausse route.

- Je suis désolée, murmura-t-elle à nouveau. J'ai voulu t'en parler des dizaines de fois, pas forcément au début, mais plus ça devenait sérieux entre Hayden et moi, et plus j'avais envie de me confier à toi. Seulement, une fois que j'ai été prise dans l'engrenage du secret, eh bien… je ne savais plus comment en sortir. Et je dois reconnaître que je n'avais pas forcément envie d'en sortir, non plus.

Lily but une gorgée d'eau, avant de poser son verre sur le meuble à sa droite.

- Je peux te parler de toute notre histoire si tu le souhaites, de son début à sa fin, mais j'ai aussi besoin que tu me dises ce qui s'est passé dans ton bureau, lors de la rupture entre Jane et Hayden, reprit Lily.

- Et si tu allais demander à Zabini, plutôt ? proposa Millicent avec verve.

- Je ne peux pas, dit simplement Lily.

- Pourquoi ? répondit immédiatement Millicent.

Lily ne répondit pas. Elle croisa ses bras sur sa poitrine, et détourna le regard. Millicent fulmina.

- Bien sûr ! Encore un secret comme tu sais si bien les garder, Lily Potter ! Débarque chez moi, demande-moi tout ce que tu veux, et ne t'attends surtout pas à ce que je proteste et exige de savoir pourquoi tu as toutes ces questions ! Par Merlin, je suis à ce point crédule ? Je suis à ce point la bonne copine qui ne demande jamais rien, et à qui on n'a pas besoin de se justifier ? Est-ce que tu me trouves stupide à ce point, Potter ? Va donc voir Zabini, pose-lui toutes les questions que tu as à lui poser, et oublie-moi dans ton plan tordu ! Ou utilise de la magie noire, apparemment, ça ne te gêne pas.

La mâchoire de Lily se crispa. Elle aurait voulu partir sans se retourner, comme à chaque fois que les sujets de conversation prenaient une tournure qu'elle n'appréciait pas. Elle aurait voulu déjouer les interrogations de Millicent par une pirouette, comme elle le faisait toujours, mais elle ne pouvait pas. Pas cette fois, pas si elle voulait garder Millicent dans ses amies.

Et elle en avait envie.

- Je ne peux pas aller voir Hayden, murmura Lily.

Dean lui lança un regard surpris, mais Millicent restait de marbre.

- Pourquoi ? Il a finalement décidé de repartir avec l'américaine ? Il a du mal à se décider, cet homme…

Lily prit sur elle, et inspira un grand coup.

- Personne ne sait où il est depuis plusieurs semaines, murmura Lily. Et, je… Enfin, il m'a envoyé une lettre après sa rupture, disant que tu en avais été témoin. Comme j'essaie de comprendre toute cette histoire, je me suis dit que, peut-être, tu accepterais de me dire ce qui s'était passé dans ton bureau. Mais c'était apparemment une mauvaise idée.

- Ouais, je confirme, c'était une mauvaise idée.

Millicent restait plantée dans son salon, les bras croisés fermement sur sa poitrine. Dean avait pris place sur un fauteuil, le regard légèrement inquiet. Millicent se décida finalement à poser la question qui lui brûlait les lèvres. La curiosité semblait plus forte que sa rancœur.

- Quand tu dis que personne ne sait où il est, c'est parce qu'il faut résoudre un puzzle pour le retrouver, encore un de vos plans tordus ? souffla Millicent, un sourcil haussé par la curiosité.

Lily secoua la tête, la gorge nouée, mais aucun mot ne parvint à franchir la barrière de ses lèvres. Est-ce que Millicent comprit que cela la dépassait, ou est-ce qu'elle préféra tout simplement ne pas se mêler de la vie de l'Auror ? Lily ne le saurait sûrement jamais. En tout cas, elle ne montra aucun signe qu'elle voulait en savoir plus.

Millicent jaugea Lily du regard encore quelques secondes, avant de lui désigner le fauteuil en velours où elle avait posé sa veste.

- Installe-toi, grommela-t-elle.

Lily se laissa tomber sur le fauteuil avec soulagement. Elle appréciait la trêve soudainement initiée par Millicent, qui, elle, s'installa sur le sofa, à côté de Dean.

- Qu'est-ce que tu veux savoir, exactement ? demanda Millicent avec hésitation.

- Tout ? hasarda Lily. Je sais simplement qu'il a rompu dans ton bureau, mais je n'en sais pas plus…

Millicent grimaça, Dean également. Il avait de toute évidence appris ce qui s'était passé dans le bureau de sa petite amie.

- Ce n'était pas très agréable à entendre, avoua Millicent. Ils étaient venus pour me payer, et on n'avait plus besoin de se voir avant le grand jour, où je planifie tout, et m'assure que tout se déroule correctement…

Lily hocha la tête. Sans s'en rendre compte, elle s'agrippa aux accoudoirs du fauteuil où elle était assise.

- J'étais en train de les remercier et de les féliciter, Jane Wilson m'expliquait qu'elle voulait me recommander à des amis à elle aux États-Unis, et puis… Zabini s'est raclé la gorge, Wilson s'est tue immédiatement, et ensuite…

Millicent hésita un bref instant, les yeux fuyant.

- Il a expliqué à Jane Wilson qu'il ne pouvait pas l'épouser. Il aurait été du genre blagueur, on aurait pu penser que c'était une plaisanterie, mais l'humour de Zabini n'est pas franchement connu. En tout cas, pas de moi…

Lily ne dit rien. Elle ne voulait pas parler. Elle voulait simplement que Millicent continue ses explications. Millicent soupira, et reprit la parole.

- Alors, forcément, elle a voulu savoir, et moi qui ai toujours dit que Zabini n'était pas capable de parler, j'ai revu mon jugement. Il lui a dit qu'il y avait une partie de sa vie dont il n'avait jamais parlé, à personne, et qu'elle devait la connaître. Alors, il a commencé à parler de vous deux… du début, à la fin, murmura Millicent.

Elle se tordit les mains, signe de son malaise.

- Je voulais qu'il arrête, vraiment ! J'ai essayé à plusieurs reprises de l'interrompre, parce que je ne voulais pas être témoin de ça, et parce que j'étais vraiment énervée d'apprendre tout ça sur toi de cette manière, mais il était lancé, et je dois reconnaître qu'il m'a toujours impressionnée. Alors je l'ai laissé faire. Avec Jane Wilson qui pleurait devant lui, apprenant tout ça avec la même stupeur que moi. Et puis, lorsqu'on a cru qu'il avait fini, elle s'est reprise, et lui a dit que ce n'était pas grave, qu'elle acceptait tout ça, mais qu'il ne devait plus jamais lui mentir.

Lily fronça les sourcils.

- Il n'en était qu'à la partie où vous aviez rompu. Ensuite, il a expliqué à Jane Wilson que leur rencontre était une bonne chose pour lui, au moment où elle avait eu lieu, parce qu'elle n'avait rien à voir avec toi, qu'il apprenait à connaître quelqu'un qui ne le bousculait pas dans ses habitudes, et qu'il avait vraiment l'impression que c'était une bonne chose.

Millicent regarda Lily droit dans les yeux.

- Jusqu'à ce qu'il te revoie, deux ans après votre rupture. Que la spirale reprenne, qu'il se rappelle de toi, de vous… Qu'il apprenne les tenants et aboutissements de la perquisition que tu avais faite, qu'il vienne chez toi, que vous discutiez, que tu hantes à nouveau ses pensées, qu'il se mette à regretter toute son histoire avec Jane… et qu'il refuse de l'épouser, parce que, franchement, lorsque tu lui avais dit qu'il fallait qu'il fasse un choix, il ne savait pas quoi faire, mais qu'à présent que tu étais en mission, il savait une seule chose.

Lily retint son souffle.

- Qu'il voulait être celui qui t'attendait à tes retours de mission. Et ensuite…

Millicent se tut.

- Ensuite ? s'enquit Lily.

- C'est devenu assez moche, grimaça Millicent. Jane Wilson n'a pas supporté la rupture. Elle a crié beaucoup de choses sur le fait qu'il se soit joué d'elle, qu'elle avait été trahie, qu'il n'était qu'un imbécile, qu'il aurait au moins pu avoir le courage de lui en parler avant, enfin… Beaucoup de choses de ce genre. Elle est partie en claquant la porte. Hayden Zabini m'a payée, m'a dit qu'il était désolé pour cette scène, et que j'aie assisté à tout ça. Depuis, je ne les ai pas revus, mais j'ai lu les journaux. Je me doute simplement qu'il a dû lui rendre visite aux États-Unis, une partie de ses affaires a été envoyée là-bas avant le mariage, il a certainement voulu les récupérer.

Lily hocha la tête, c'était totalement envisageable.

- Il faudrait peut-être que tu voies avec elle s'ils se sont revus depuis, insista Millicent.

Lily grimaça. Elle se doutait qu'elle ne serait pas la bienvenue chez Jane, mais si jamais elle n'avait pas le choix, elle se forcerait à se rendre chez elle. L'Auror doutait toutefois d'obtenir ses réponses aux États-Unis, ni même que Jane Wilson accepte de la voir.

Le silence s'étira dans l'appartement de Millicent, jusqu'à ce que Dean se lève.

- Je vais faire un tour, dit-il simplement.

Lily le regarda s'éloigner, et attendit que la porte claque pour observer Millicent, qui semblait perdue dans ses pensées.

- Je suis désolée, dit à nouveau Lily.

Millicent ne la regarda pas.

- J'aurais voulu que ça se passe autrement…, reconnut Lily.

Millicent, cette fois, tourna la tête vers elle.

- J'aurais voulu que tu me fasses plus confiance, dit-elle simplement. J'ai l'impression que je n'ai pas été une bonne amie pour toi, parce que tu ne m'en as jamais parlé.

Lily secoua la tête.

- Ce n'est pas ça ! C'est simplement que… pour une fois, je n'étais pas une Potter. Je pouvais être avec Hayden comme je n'étais avec personne d'autre. Et ça me faisait du bien. Je te jure que je voulais t'en parler, mais…

Millicent la coupa d'un geste las de la main.

- Ne t'inquiète pas. C'est fait, de toute façon. Ne cherche pas à te justifier, je crois que ça ne servira à rien. On n'est pas prêtes pour cette discussion.

- Je ne suis pas d'accord, protesta Lily.

- Moi, je suis certaine que je ne suis pas prête, et je pense que toi non plus, même si tu ne veux pas l'accepter. Accepte simplement l'idée que je ne puisse pas avoir cette conversation actuellement avec toi.

Lily hocha la tête.

- Ok, murmura Lily.

Le silence retomba entre elles. Au lieu d'un silence comme elles avaient pu connaître, le genre de silence qui est naturel entre deux amies de longue date, celui-ci leur retourna le cœur. Millicent se décida à le rompre lorsqu'elle ne put plus le supporter.

- Et donc, tu ne l'as pas encore vu depuis ton retour. Tu penses que tu vas le retrouver rapidement ?

Lily se mordit la lèvre, hésitant à se confier plus à Millicent. Mais ce n'était plus le temps des hésitations et des secrets.

- Des Aurors sont déjà sur l'affaire. Pas moi, ajouta-t-elle inutilement. Et mon père m'a demandé de ne pas m'en mêler, alors…

Millicent lui adressa un regard entendu. Elle n'allait pas se laisser duper, pas cette fois.

- Sauf que tu ne comptes pas lui obéir, si tu es présente ici, pas vrai ?

Lily n'ajouta rien. Elle n'en avait pas besoin, et elle ne voulait pas que son amie soit impliquée dans quelque chose qu'elle ne maîtrisait pas.

Lily se leva, prit sa veste et l'enfila rapidement. Millicent se mit debout également.

- Est-ce qu'on est encore amies ? demanda Lily précautionneusement.

Millicent ne répondit pas immédiatement, comme prenant le temps de réfléchir réellement à la question. Elle sourit doucement.

- Pas vraiment. Je pense qu'il faut qu'on discute sérieusement des termes de notre amitié, et de ce qu'on doit ou pas se confier. Mais peut-être que tout espoir n'est pas perdu… tant que tu promets de ne plus jamais te servir de moi de manière détournée.

Lily hocha la tête. Ça, elle devait pouvoir le faire.

Cottage des Plumensucre, Aviemore

Lily inspira l'odeur boisée qui chatouillait ses narines, avant de pousser le portillon d'un geste ferme et décidé.

Enfin, d'un geste qu'elle pensait être ferme et décidé.

En fait, il était plutôt hésitant et maladroit.

Elle n'était pas certaine de l'accueil qu'elle allait recevoir, cette fois.

Elle avait tenté de rejoindre les États-Unis, sur les conseils de Millicent, mais elle n'avait aucune accréditation d'Auror pour un transplanage pour un autre continent étant donné qu'elle était en congé. Quant à l'office des Portoloins, les employés n'avaient pas oublié son coup d'éclat de la veille, elle n'était pas dans leurs bonnes grâces et ne pouvait leur demander un service sans que les fonctionnaires de cet étage ne posent des questions qui auraient pu la mettre dans une situation délicate. Lily avait donc décidé de mettre de côté les États-Unis, préférant s'y rendre en dernier recours uniquement.

Le fait qu'elle n'avait aucune envie de revoir Jane Wilson, alors qu'elle avait sûrement des sentiments haineux envers Lily, avait grandement aidé à cette décision.

S'éviter de la paperasse, des fonctionnaires méfiants et une femme qui devait la détester étaient trois bonnes raisons de ne pas partir aux États-Unis.

Rien ne l'empêchait en revanche d'aller rendre visite à Rose, sa cousine.

À part sa cousine elle-même, apparemment.

Lily avait à peine ouvert le portillon que celui-ci se refermait brutalement devant elle.

Elle fronça les sourcils, l'ouvrit à nouveau.

Même phénomène.

Elle poussa un profond soupir.

Très bien.

De toute évidence, elle n'était pas la bienvenue.

- Rose, s'il te plaît ! appela-t-elle.

Rien ne vint de l'intérieur du cottage des Weasley-Granger. Le cottage avait été nommé par Hugo et Rose, lorsqu'ils avaient respectivement huit et six ans, et même s'ils étaient adultes depuis, ils avaient tenu à ce que le nom reste celui de leur sucrerie favorite.

Il n'était pas habité toute l'année, mais Lily savait que depuis que Rose sortait avec Scorpius, elle passait la majeure partie de son temps dans le cottage, pour plus de tranquillité lorsqu'ils passaient du temps ensemble. Si Ron et Hermione n'avaient rien à redire à leur relation, ils n'étaient pas encore prêts à voir un Malefoy dans leur demeure tous les jours ou presque.

Encore une fois, Lily poussa le portillon, qui lui opposa plus de résistance encore. Elle savait parfaitement comment fonctionnaient les sortilèges de sa cousine, et bien sûr qu'elle pourrait les déjouer, mais elle ne voulait pas aller au-delà de sa volonté.

- Rose, est-ce que je peux entrer, par Merlin ?! demanda Lily d'un ton désespéré.

Il n'y avait toujours aucune preuve que sa cousine l'entendait, depuis l'intérieur du cottage, mais Lily était persuadée qu'elle avait vu du mouvement derrière les rideaux tirés. Il fallait qu'elle s'arme de patience, ou bien qu'elle trouve les mots parfaits pour faire sortir Rose de sa tanière.

Lily réfléchit pendant cinq bonnes minutes, réalisant petit à petit qu'elle n'avait pas la moindre idée de ce qui ferait changer d'avis sa cousine, et la pousserait à venir lui parler. Alors qu'elle songeait sincèrement à utiliser sa magie, et donc à faire sauter tous les sortilèges que Rose avait pu poser sur le cottage, la porte d'entrée s'ouvrit. Mais ce ne fut pas Rose qui apparut.

Ce fut Scorpius Malefoy.

- Oh, par Merlin, souffla Lily en levant les yeux au ciel. Rose refuse à ce point de me parler qu'elle t'envoie ?

Scorpius Malefoy parcourut l'allée qui menait du perron au portillon, les lèvres scellées. Il s'arrêta finalement devant Lily, les bras croisés sur la poitrine, mais sans désamorcer les sortilèges qui empêchaient l'Auror d'entrer dans la propriété.

Lily comprit ce que Rose lui disait, lorsqu'elle n'aimait pas Scorpius lorsqu'il était en colère. Il devenait froid, distant. Son regard vous glaçait, sa posture vous impressionnait. Il mettait une telle distance entre lui et vous que vous n'aviez qu'une envie : décamper.

Sauf si vous vous appeliez Lily Luna Potter, et que vous aviez l'habitude de traiter avec des mages noirs. Dans ce cas, vous étiez généralement prête à subir les foudres d'un Malefoy.

- Apparemment, tu n'as pas une folle envie de me parler, toi non plus, grommela Lily alors que Scorpius gardait toujours le silence.

Il la détailla de la tête aux pieds, la mettant légèrement mal à l'aise.

- Tu te rends compte que tu es la personne qui a fait que mon ami le plus proche se soit mis à me mentir ? la questionna Scorpius.

Sa voix était si basse, si tendue, que Lily aurait sans peine pu lui faire croire qu'elle ne l'avait pas entendu. Elle se garda toutefois bien de tenter une approche de ce type avec Scorpius. Il ne l'aurait pas accepté. Elle se mordilla une lèvre, et, instinctivement, partit à la recherche d'une cigarette dans sa poche.

- Et c'est aussi à cause de toi qu'il fumait…

Elle ne répondit toujours rien. Son instinct l'intimait au silence. Scorpius avait besoin de déverser sa colère, ses reproches. Elle allait le laisser faire.

- C'est par ta faute qu'il a rompu ses obligations envers Jane. Par ta faute qu'il a menti, détourné la vérité, omis de mentionner ce qu'il aimait, parce que toi seule avais le droit et le pouvoir de lui dicter ses envies…

Elle accepta le reproche, malgré la douleur que cela lui procurait. À son sens, elle avait participé à l'éveil d'Hayden, peu importait ce qu'en pensait Scorpius Malefoy.

- C'était toi, et toujours toi, qui l'occupais les week-ends. Toi, et encore toi, qui le poussais à se dépasser, à être une meilleure version de lui-même… Et pourtant, tu as tout laissé tomber, facilement. Tu l'as laissé s'éloigner, et être une personne qui, tu le savais très bien, ne lui ressemblait pas.

Lily, cette fois, tressaillit. Non pas à cause du vent, qui était bien trop chaud pour la faire trembler. Mais parce qu'elle refusait de recevoir ce reproche, d'être celle qui était en tort. Scorpius Malefoy ne pouvait pas débarquer dans leur histoire, et être du côté d'Hayden, sans que Lily ne se défende un minimum.

- J'ai passé des années à faire de lui la personne qu'il voulait être et qu'il n'osait pas être, gronda-t-elle. Mais lorsqu'il a fallu qu'il se débrouille seul, lorsqu'il a fallu qu'il assume que lui et moi nous étions différents, et que, parfois, l'opinion populaire nous divisait, il a préféré m'oublier et ne plus rien avoir à faire avec moi… Je ne l'ai pas laissé s'éloigner, siffla Lily.

Elle ne voulait pas que des larmes naissent au creux de ses yeux, mais chaque fois qu'Hayden entrait dans ses pensées, le risque était grand qu'elle se mette à pleurer.

- Tu peux me reprocher plein de choses, Scorpius. Ses mensonges, le fait que vous ayez passé moins de temps ensemble, sa rupture avec Jane, sa mise en avant dans les journaux. Tout ça, je suis prête à l'entendre, et à l'accepter. Mais ne dis plus jamais que je l'ai laissé s'éloigner, parce que je lui ai envoyé des dizaines de lettres, et il a pris, tout seul, la décision de ne pas me répondre, gronda Lily. Et je suis encore là, malgré tout, deux ans plus tard ! J'étais prête à laisser tomber, parce que tu étais le premier à dire qu'il semblait être bien avec elle, qu'elle était la personne qu'il méritait, et maintenant que tu apprends que j'étais dans l'équation, tu me lances tout ça à la face ?

Elle le fixa d'un regard noir, qui parut faire tressaillir Scorpius. Elle s'en moquait.

- Est-ce qu'au moins, tu sais pourquoi tu m'en veux ? cracha Lily, véhémente.

- Parce que mon ami d'enfance m'a menti pendant des années à cause de toi, répliqua Scorpius.

Lily renifla.

- Si ça te plaît de croire ça. Tu m'en veux parce que pendant des années, tu as vu Hayden être en paix avec lui-même, évoluer, et tu as toujours cru que c'était grâce à toi, alors qu'en fait, non. Aujourd'hui, tu apprends qu'en fait, c'était grâce à moi. Moi, et uniquement moi, qui poussais Hayden à être ce qu'il devenait. Jusqu'à ce qu'il rompe. Et ça, ça te fait mal.

Scorpius la fusilla du regard.

- Et c'est aussi grâce à toi qu'il s'est enfoncé dans ses mensonges, asséna-t-il fermement.

Le souffle de Lily se fit plus profond, alors qu'elle cherchait en elle du courage pour calmer sa colère. Lorsqu'elle s'adressa à nouveau à Scorpius, ce fut d'une voix glaciale.

- T'as de la chance d'être le copain de Rose, dit-elle. Tu sais que sinon, je pourrais devenir très mauvaise. Mais ne m'en veux pas parce que tu n'as pas été capable de voir qu'il y avait une autre personne sous la façade d'Hayden, ou parce que tu n'as pas été capable de dévoiler cette personnalité qui ne demandait qu'à être visible par tout le monde.

Les lèvres de Scorpius se pincèrent. Il n'appréciait apparemment pas que Lily le remette quelque peu à sa place.

- Alors, maintenant, est-ce que Rose est là et est-ce que je peux lui parler ?

L'héritier Malefoy la détailla, hésitant apparemment à parler à Lily. Il se retourna une dernière fois vers le cottage, mais aucun mouvement ne se fit voir.

- Non. Enfin, Rose est là, soupira Scorpius. Mais tu ne pourras pas lui parler. Elle ne veut pas.

Lily soupira, soudain nerveuse. Elle aurait dû se douter que sa cousine allait lui réserver un accueil peu chaleureux, étant donné ce qu'Albus avait sous-entendu la veille, mais elle n'aurait pas cru qu'elle refuserait même de la voir. Elle prit une profonde inspiration.

- Écoute, je suis désolée. Est-ce que tu peux lui dire au moins ça ?

Scorpius haussa les épaules, mais Lily sut qu'il passerait le message. Elle hésita un instant, songeant à partir, avant de réaliser que si elle ne pouvait pas parler à Rose, elle pouvait toujours le faire avec Scorpius.

- Est-ce que tu l'as vu ? demanda-t-elle d'une petite voix. Je veux dire… Est-ce que tu l'as vu… après ?

Elle n'arrivait pas à ajouter à quel après elle faisait allusion, mais Scorpius n'en avait pas besoin.

- Après sa rupture avec Jane, et après que votre histoire est apparue dans les journaux ? s'enquit-il d'une voix traînante, qui ressemblait à s'y méprendre à celle de son père.

Lily chercha une cigarette dans sa veste.

- Ouais, après tout ça, confirma-t-elle en allumant la cigarette.

Scorpius hocha la tête.

- On s'est revus, oui. Mais c'était avant que tout ne soit dans les journaux. Il voulait tout m'expliquer, que je ne l'apprenne pas par quelqu'un d'autre. Toute votre histoire, toutes vos décisions… En fait, tout. Du début, à la fin. Et de ton retour dans sa vie, lorsque tu es venue avec nous à la soirée chez les Nott.

Scorpius lui adressa un regard lourd de sous-entendus. Il n'était pas dupe, et avait conscience que tout était parti de cette soirée. Tous les évènements qui avaient suivi, tout le tapage médiatique, toutes les décisions qui avaient été prises… tout débutait depuis ce soir d'avril, deux ans après leur rupture, lorsque Lily et Hayden s'étaient retrouvés à cette soirée, avaient discuté, ravivé leur colère, remué les cendres de leur histoire, cherché le phénix parmi ces cendres.

En tout cas, Lily l'avait cherché, avant de laisser tomber.

Elle n'était pas une briseuse de ménages, pas vrai ?

- Je n'arrive pas à croire que vous ayez pu, pendant des années, vous jouer de tout le monde. Je veux dire, ça n'avait aucune logique ! Rose et moi, encore, on aurait pu comprendre… Une Weasley et un Malefoy, ça aurait fait grand bruit.

- Oh, ça fait grand bruit, je te rassure, ajouta Lily avec un sourire en coin.

- Mais vous deux ! Pourquoi ?

- Il ne te l'a pas dit ? s'étonna Lily.

- Pas vraiment, reconnut Scorpius.

- Parce que j'étais une Potter, tout simplement, lui avoua Lily. Il ne se sentait jamais à la hauteur. J'ai passé des années à lui faire comprendre qu'il était totalement à sa place avec moi, mais dès lors que j'ai dû faire cette perquisition… Je ne sais pas. Il a estimé que ça serait toujours comme ça, sûrement. Qu'on ne se poserait jamais des questions sur moi, parce que je suis une Potter, mais qu'on se questionnerait toujours sur qui il était. Parce qu'il était un Zabini… Franchement, Scorpius, tu sais qu'il manque de confiance en lui, non ?

Scorpius Malefoy haussa les épaules.

- Pour être honnête, je ne sais pas réellement ce que je sais ou non de lui, aujourd'hui.

Le ton était sans appel, et Lily termina rapidement sa cigarette, sous le coup de la nervosité.

- D'accord… Bon.

Elle se passa une main dans les cheveux, après s'être débarrassée de son mégot.

- Quand est-ce qu'il est venu te voir pour te parler de tout ça ? demanda-t-elle finalement.

Scorpius haussa les épaules.

- Je dirais qu'il est venu au manoir des Malefoy deux ou trois jours après leur rupture. Jane a commencé à en parler un peu plus tard à la presse.

Lily hocha la tête, compréhensive. Albus l'avait prévenue que toute l'affaire n'avait pas éclaté aux grands jours dans les journaux immédiatement. Il avait fallu quelques jours avant que Jane ne se décide à expliquer à des journalistes de la presse sorcière pourquoi son mariage avec l'une des plus mystérieuses familles sorcières n'aurait finalement pas lieu.

Bien sûr, une fois que l'information avait commencé à circuler entre les journalistes, elle n'avait jamais cessé. Rien que ce matin encore, des articles étaient parus, notamment pour notifier du retour de Lily sur le territoire. Tous se demandaient ce qui allait se passer à présent. C'était sans compter sur le fait qu'Hayden n'était plus trouvable.

- Et tu ne l'as pas revu ensuite ? demanda-t-elle.

- Non. Il m'a dit qu'il songeait à voyager, et ensuite, il m'a envoyé un parchemin pour me dire qu'il partait, justement. Il m'a bien envoyé des lettres au début, mais cela fait quelques semaines que je n'ai pas eu de ses nouvelles, reconnut Scorpius. Hayden n'a jamais été un grand fan des lettres.

Il lança un regard entendu à Lily.

- En tout cas, pas avec moi.

Elle hocha la tête.

- OK. Très bien. Merci pour les informations, Scorpius.

Elle hésita encore un moment, en désignant le cottage.

- Elle m'en veut à quel point ?

- Ne t'attends pas à ce qu'elle te reparle immédiatement aux repas de famille, selon ses propres termes, soupira Scorpius. Elle pensait réellement que tu n'étais pas capable de lui cacher une telle information. Elle se sent… trahie.

- Comme beaucoup, murmura Lily. Je crois que je comprends… Je ne vais pas te déranger plus longtemps. Dis-lui simplement que je suis sincèrement désolée, et que je n'ai jamais voulu trahir sa confiance, ou lui faire croire que je ne lui faisais pas confiance.

Scorpius hocha la tête, mais il ne parut pas convaincu par les paroles de Lily.

- Bon, eh bien… Peut-être à un de ces jours, murmura Lily.

Elle s'éloigna doucement, jusqu'à ce que Scorpius la rappelle.

- Eh !

- Oui ? dit-elle en se retournant vivement.

- Pourquoi est-ce que tu me demandes tout ça, sur Hayden ? Tu n'es pas encore allée le voir ? s'étonna Scorpius.

- Non, reconnut Lily.

- Tu ferais mieux de te dépêcher, alors. Ce serait bien que vous ayez une grande conversation, tous les deux.

Lily acquiesça, la gorge nouée. Elle n'osait pas le dire à Scorpius, mais il faudra bien que quelqu'un se charge de le prévenir qu'Hayden n'était visible sur aucun radar sorcier, depuis plusieurs semaines déjà.

Après un dernier regard pour le cottage, dont sa cousine n'était pas prête de sortir tant que Lily était en vue, l'Auror transplana. Il fallait qu'elle mette ses idées au clair.

Cottage des Potter, Godric's Hollow

Lily remonta en vitesse le petit village de Godric's Hollow, passant par des chemins dérobés aux regards des Moldus, se glissant dans des recoins à chaque fois qu'on la regardait avec insistance. Rapidement, elle arriva là où elle le souhaitait, car elle connaissait le chemin par cœur, depuis sa naissance ou presque. Elle se trouvait devant un cottage familial, chaleureux, qui donnait envie d'y rester toute la vie.

Le portillon s'ouvrit automatiquement, la reconnaissant et, avant qu'elle n'arrive sur le seuil de la maison, la porte était déjà ouverte.

Lily leva les yeux vers la personne qui se tenait sur le seuil, et elle inspira un grand coup.

- Maman…

Ginny Potter n'hésita pas un instant, et ouvrit les bras pour que sa fille se laisse envelopper dans une étreinte maternelle dont elle avait grand besoin.

- Je suis désolée, maman…

- Ne dis pas n'importe quoi. Tu n'as pas à être désolée.

Ginny tira sa fille à l'intérieur, referma la porte, et l'emmena dans le salon, où deux tasses de thé attendaient.

- Tu savais que j'allais venir ? s'étonna Lily, la voix enrouée des larmes qu'elle ne laissait pas couler.

- Je suis ta mère, Lily. Comme je sais lorsque tu as fait une énorme bêtise, je sais parfaitement quand tu as besoin d'être réconfortée par moi. Ton père est au bureau, il doit faire plus d'heures, avec ton absence…

Lily hocha la tête. Elle était en congés forcés, d'autres Aurors étaient en mission, et James n'avait pas encore été remplacé, selon toute vraisemblance. Le Bureau des Aurors cumulait les heures supplémentaires, ces jours-ci. Pour une fois, elle ne ferait pas partie des Aurors qui devraient écouler des heures supplémentaires.

La tasse de thé réservée pour Lily lévita jusqu'aux mains de la jeune femme, qui la prit sans l'ombre d'une hésitation. Ginny s'installa à côté de sa fille, et attendit patiemment.

- J'aurais dû vous en parler, murmura Lily. Au moins vous dire que je voyais quelqu'un, mais qu'on ne voulait pas que ça se sache. Si…

- Arrête avec les si, Lily, l'interrompit sa mère. Cela ne mène jamais nulle part.

Lily hocha la tête. Harry et Ginny avaient toujours dit à leurs trois enfants qu'ils pouvaient agir comme bon l'entendait, mais qu'il y avait des conséquences pour chacun de leurs actes, et que ces conséquences pouvaient être élevées. Les trois enfants avaient appris à faire avec, avaient basé leur éducation sur ce principe, et ils avaient plutôt bien grandi. Ils avaient fait en sorte qu'aucune de leurs actions ne soit regrettée.

Lily réalisait seulement aujourd'hui que toute son histoire avec Hayden allait à l'encontre de ce principe d'éducation. Elle plongea son regard dans sa tasse, le mouvement des vapeurs d'eau chaude l'apaisant, étonnamment.

- Est-ce que tu étais heureuse ?

Lily jeta un regard surpris à sa mère, avant de hocher la tête.

- Est-ce que cette histoire t'a fait plus de bien que de mal ? enchaîna Ginny. Est-ce qu'il y a du positif à en retirer ?

Lily hocha à nouveau la tête.

- Tu ne t'es pas mise en danger avec ton histoire avec Hayden ? insista sa mère.

Lily secoua la tête.

- Très bien. Alors, je n'ai rien de plus à dire sur cette histoire, murmura Ginny. Si elle t'a rendu heureuse, si elle ne t'a pas malmenée, si elle n'a pas été dangereuse pour toi… Le reste, ce n'est pas à moi d'en juger.

La gorge serrée, Lily tenta de boire une gorgée de thé. Sa mère était toujours compréhensive, même lorsqu'ils agissaient dans son dos. Cela rendait encore plus difficile pour Lily d'assumer ses mensonges.

- Lily… Personne n'a à te juger.

- Merci, maman, murmura l'Auror. Je crois que ça me fait du bien d'entendre ça. J'ai l'impression qu'on m'en veut parce que j'ai donné l'impression de ne pas avoir fait confiance à mes amis, ou à ma famille, mais ça n'a rien à voir. J'avais juste… deux mondes différents, celui sans Hayden, où personne ne savait rien de nous deux, et celui avec Hayden, où personne d'autre que nous n'avait la clef, et qui nous permettait d'être une bulle hors du temps.

Lily soupira profondément. Elle se frotta le bras gauche, où le processus de cicatrisation la démangeait. Sa mère fronça les sourcils en voyant le bandage.

- Qu'est-ce que c'est ?

- Un Nundu…

- Un quoi ?

Lily entreprit d'expliquer à sa mère ce qu'étaient les Nundus, voyant l'horreur prendre place peu à peu sur le visage de Ginny.

- Merlin, dans un sens, je crois que je suis contente que James ne soit plus Auror, même si les raisons sont horribles…

Lily grimaça.

- Désolée. J'essaie de ne pas te raconter mes blessures, en général, je sais que tu n'aimes pas ça… Mais là, ça a été super bien soigné, c'est Rhéa qui l'a fait !

Ginny sourit avec amusement.

- Rhéa… Effectivement.

Lily se sentit confuse.

- Tu es au courant de qui est Rhéa, n'est-ce pas ? demanda-t-elle d'une petite voix.

- Promis, tu ne viens pas de m'annoncer que ton frère a une nouvelle personne dans sa vie ! s'esclaffa Ginny. Il a été celui qui a gaffé, cette fois, sourit sa mère. Il l'a invitée au restaurant, et il s'avère qu'il s'agissait du restaurant où ton père et moi allons tout le temps lorsqu'on mange ensemble… ce qui était le cas ce jour-là.

- Pas de chance pour Rhéa.

- La pauvre ne savait plus où se mettre ! confirma sa mère. Mais elle a su rebondir assez vite sur ses pieds, étonnamment. Elle me paraissait plutôt réservée de prime abord, mais j'ai l'impression qu'elle n'est pas du genre à se laisser marcher sur les pieds.

- Tant mieux.

Ginny adressa un regard surpris à Lily, qui entreprit de s'expliquer.

- Franchement, si on se laisse marcher sur les pieds, dans cette famille, on ne tient pas à un seul repas !

- C'est… assez proche de la vérité. On peut comprendre que tu aies préféré ne pas inclure Hayden Zabini dans tout ça.

Lily grimaça.

- Son père était pourtant assez sociable…

- Ses sœurs aussi, soupira Lily. Enfin, je ne suis pas venue ici pour parler d'Hayden. Je voulais simplement…

Lily regarda autour d'elle.

- Être à un endroit qui ne te rappelait pas Hayden, surtout maintenant qu'il est introuvable ? suggéra Ginny.

- Euh… Oui, reconnut l'Auror. Comment est-ce que tu sais qu'il est introuvable ?

- Ton père et moi communiquons, rétorqua Ginny. Et il se demandait si tu étais capable d'avoir fui avec lui. Après tout, tu as déjà fait une fugue pour partir avec Rose faire le tour du monde.

- Eh ! protesta Lily. Ce n'était pas une fugue !

- On t'avait clairement interdit de partir alors que tu étais mineure. Mais toi, à seize ans, tu nous as menti en affirmant que tu partais chez Millicent dès début juillet, alors qu'en réalité, tu as retrouvé Rose et que vous êtes parties. Tu n'avais pas dit à ta cousine que tu faisais ce voyage sans notre accord, et tu as mis deux semaines avant de nous annoncer où tu étais réellement. Ton père était prêt à lancer tous les Aurors à tes trousses, il était furieux, et moi aussi !

Lily grimaça en se rappelant que lors de son retour, quelques jours avant septembre, ses parents l'avaient copieusement disputée, et qu'elle avait passé sa sixième année en étant punie, et en ayant l'interdiction d'aller à la moindre sortie de Pré-au-Lard. Elle n'avait jamais autant mis ses parents en colère.

Cela dit, elle ne regrettait en rien ce voyage. La seule chose qu'elle regrettait, c'est d'avoir dû l'arrêter au bout de deux mois, car Poudlard l'attendait pour sa sixième année de scolarité.

- Oui, bon, ce n'est pas mon meilleur moment de gloire. Je suis comme ça, je fonce tête baissée sans réfléchir aux conséquences.

- Exactement, dit Ginny en hochant la tête. Et c'est pour cela que nous allons avoir une discussion sur ce que tu vas faire des prochains jours.

Lily la regarda avec appréhension. Sa mère ne pouvait pas avoir deviné ce qu'elle comptait faire, n'est-ce pas ?

- Comme je suis ta mère et que je sais très bien que tu n'as aucune envie d'écouter ton père, qui se trouve être aussi ton supérieur hiérarchique, je vais tenter de te convaincre de laisser tomber l'affaire de la disparition d'Hayden, et de ne pas essayer, coûte que coûte, d'en savoir plus.

Lily ne répondit rien. Sa mère la connaissait trop bien, c'était évident. Pour autant, Lily ne pouvait se résoudre à écouter ses conseils. Elle avait besoin de s'assurer que sa mère ne lui en voulait pas, elle avait besoin d'une dose de positivité après avoir rendu visite à Millicent et Rose. Mais à présent que c'était fait, maintenant qu'elle réalisait que sa mère ne lui en voulait pas et qu'elle n'était pas en colère des dissimulations de Lily, l'Auror n'écoutait plus les conseils de sa mère.

En revanche, Lily sentait que la voix de la raison quittait totalement son cerveau, pour ne laisser place qu'à la voix du cœur. Et que ses prochaines décisions n'allaient pas être sans conséquences, peut-être dramatiques.

Impasse des Demiguises, Londres

Lily était couchée sur son sofa, observant le plafond. Elle savait qu'elle ne pouvait pas se mêler officiellement de l'enquête des Aurors, mais rester à ne rien faire était insupportable pour elle. Il fallait qu'elle trouve une piste, il fallait qu'elle sache où chercher. Il fallait qu'elle sache pour Hayden. Il fallait qu'elle sache pourquoi il était introuvable, pourquoi on demandait une telle somme pour un simple sorcier.

Elle avait l'impression d'être revenue à l'époque de la Corneille, lorsqu'elle devait chercher où elle pouvait se cacher, comment elle pouvait être au courant des familles à cibler.

Lily se redressa lentement.

Lorsqu'elle cherchait la Corneille, elle avait dû demander de l'aide. Certes, à l'époque, elle avait déjà le nom de sa suspecte, mais elle ne doutait pas un seul instant que le plus vieux vampire du monde sorcier était en capacité de la renseigner.

Si quelqu'un savait pourquoi un Guérisseur avait été kidnappé, par qui et dans quelles circonstances, c'était forcément lui.

Il fallait qu'elle trouve Abraham von Hell.


Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises.

Un chapitre sauvage apparaît ! Les vacances se passent bien ? (Pour ceux qui sont en vacances, les autres, courage !) Moi, oui. J'ai 4 semaines cet été. C'EST LA MEILLEURE IDÉE QUE J'AI JAMAIS EUE. 4 semaines, je peux faire tellement de trucs ! (Et j'arrive même à vous poster des chapitres quand je ne suis pas chez moi. Bon, j'arrive pas à faire les RàR en revanche, désolée, je rattrape tout à mon retour !) (En vrai, ce chapitre est posté parce qu'une personne avec qui je suis en vacances ne voulait pas d'une semaine sans chapitre, ah ah !)

Bon, Chiara semble avoir été appréciée la semaine dernière. Il y a une bonne dynamique avec elle, elle apparaît peu mais j'adore lorsqu'elle est mentionnée dans mes chapitres ! Sinon, ici, eh bien… J'ai hésité un moment avant d'insérer ce chapitre dans l'histoire, et en même temps, ça me semblait peu cohérent de laisser de côté les réactions des proches de Lily. Il est vrai qu'on n'a pas la réaction des proches d'Hayden – mis à part Scorpius. Mais ça n'aurait pas forcément été pertinent de les avoir.

DelfineNotPadfoot a corrigé avec son talent habituel ce chapitre. Aaaah, il est loin le temps où je postais sans correction. Et nous n'allons pas nous mentir, ce temps ne nous manque pas, ah ah ah.

Pour tous ceux qui ont adoré Abraham von Hell : il est de retour la semaine prochaine :D Et on va en apprendre plus sur sa vie de vampire. J'espère que cela vous plaira. On va aussi croiser un loup-garou. Parce que j'avais envie.

Est-ce qu'on va croiser Hayden, en revanche ? Rien n'est moins sûr… Peut-être que oui, peut-être que non. Allez. À la semaine prochaine !

Méfaits accomplis.