Disclaimer : Harry Potter appartient entièrement et uniquement à J.K. Rowling. Je ne fais qu'écrire des fanfictions dessus à mes heures perdues.


Chapitre XIX

Lundi 13 septembre 2032 – Ministère de la Magie de Londres, fin d'après-midi.

- Rappelle-moi pourquoi je mets les pieds au Ministère de la Magie ? murmura Abraham von Hell en regardant avec dédain les locaux officiels.

Lily Luna Potter, boitillante, lui lança un regard noir. Sa glissade dans les cachots du quartier général des Krasny Iar avait été assez violente pour que sa cheville ne s'en soit pas encore remise. Toutefois, ce n'était pas la blessure la plus douloureuse dont elle subissait les conséquences. Elle se tenait le poignet gauche, essayant d'oublier l'élancement qui la prenait, mais sans succès. Elle était persuadée d'avoir une fracture, même si les Aurors russes affirmaient le contraire. Elle aurait voulu avoir l'avis d'un Guérisseur, mais impossible d'en croiser un avant de rentrer. Les derniers jours avaient été trop intenses pour prendre le temps de s'arrêter voir un professionnel de la santé, ce que Lily commençait à profondément regretter.

Elle finit par répondre à Abraham.

- Parce que c'est sur tes conseils que je suis partie en Russie.

- Mes conseils… C'est un bien grand mot, soupira le vampire. Je t'ai simplement donné des plans.

- Très bien. Alors, c'est parce que tu te sens légèrement coupable d'avoir laissé échapper le fait que je sois la fille de Harry Potter alors que nous étions face à des personnes qui allaient profiter de cette information pour me faire du mal.

- Aaaaaah… Oui, c'est possible que ce soit pour cela, effectivement, murmura Abraham. Ils t'ont un peu amochée, par ailleurs. Heureusement que je suis arrivé pour t'aider…

L'Atrium du Ministère de la Magie était rempli de fonctionnaires qui quittaient les locaux, à la fin de leur journée de travail. Toutefois, certains d'entre eux ralentissaient le rythme en reconnaissant la fille de Harry Potter, et il sembla à Lily que quelques commentaires commençaient à naître sur son passage.

- Je suis obligé de t'accompagner jusqu'au bureau de ton père ? demanda Abraham alors qu'ils dépassaient la fontaine de l'Atrium.

Lily soupira.

- Non. Mais il serait bien que tu ailles faire un tour au département de la Coopération magique internationale. Tu sauras mieux que moi expliquer ce qui s'est passé en Russie…

- Tout ce que tu veux tant que je n'ai pas à m'expliquer avec ton paternel…

- Ne dis pas trop fort qu'il s'agit de mon père, lui intima Lily.

- Tout le monde le sait, ici.

- Oui, c'est vrai. Mais dans l'enceinte du Ministère, il est mon supérieur, pas un membre de ma famille. Si notre relation père-fille devait prendre le pas sur notre relation hiérarchique, je peux t'assurer que les sorciers se révolteraient. C'est ce qui s'est produit pour mon frère James, lorsqu'il est devenu Auror. Et c'est pour ça que nous avons préféré mettre une distance professionnelle dans nos échanges. Pour éviter que la communauté magique pense à un traitement de faveur…

Abraham entra dans un ascenseur qui se vidait, et fit de la place pour que Lily le rejoigne, laquelle s'appuya contre la paroi la plus proche d'elle.

- Tes blessures te font encore mal ?

L'Auror grimaça lorsque l'ascenseur se mit en branle. Elle espérait que les secousses n'allaient pas mettre à rude épreuve ses blessures.

- Ouais… Je ne sais pas ce que m'ont donné les Russes, mais ça n'a pas fait effet bien longtemps.

- Ils ont tendance à pratiquer une magie de soins sur le long terme plutôt qu'une magie de soins immédiats, lui expliqua Abraham. Les effets sont plus longs à se faire ressentir, mais selon eux, tu en subis les effets plus longtemps. Tu renforces tes défenses, donc tu tombes moins souvent malade, et tes blessures suivantes guérissent mieux.

Lily ferma les yeux quelques secondes alors qu'un élancement la prenait dans sa cheville. Elle aurait préféré des soins plus immédiats.

Le silence tomba dans l'ascenseur, jusqu'à ce que l'ascenseur atteigne le niveau cinq.

- Niveau cinq, Département de la coopération magique internationale, Organisation internationale du commerce magique, Bureau international des lois magiques, Confédération internationale des sorciers, section britannique.

Abraham lança un dernier regard à Lily.

- Si tu croises ma cousine, passe-lui le bonjour ! dit vaillamment Lily.

Le vampire sortit de l'ascenseur après un bref hochement de tête, avant de s'enfoncer dans les couloirs du Ministère. Lily soupira. Elle craignait ce qu'elle allait trouver dans quelques étages. Elle ferma à nouveau les yeux, et se laissa bercer par la voix de l'ascenseur au fur et à mesure qu'elle descendait dans les étages.

- Niveau quatre, Département de contrôle et de régulation des créatures magiques, sections des animaux, êtres et esprits, Bureau de liaison des gobelins, Agence de conseil contre les nuisibles.

Elle se souvint d'une enquête qui l'avait menée à travailler avec les gobelins, au tout début de son métier d'Auror. Une de ses pires enquêtes. Les gobelins n'étaient pas du tout coopératifs.

- Niveau trois, Département des accidents et catastrophes magiques, Brigade de réparation des accidents de sorcellerie, Quartier général des Oubliators, Comité des inventions d'excuses à l'usage des Moldus.

Lily retint un rire en se souvenant d'une perquisition où des Moldus les avaient surpris. L'excuse avait été d'affirmer aux Moldus que leur baguette magique était en fait des bâtons qu'ils lançaient à des chiens échappés d'un refuge pour les rattraper.

- Niveau deux, Département de la justice magique, Service des usages abusifs de la magie, Quartier général des Aurors, Services administratifs du Magenmagot.

Lily Potter se redressa, ouvrit les yeux, enclencha le processus pour sortir de l'ascenseur. Se figea quand elle constata le comité d'accueil qui l'attendait.

Quatre Aurors en tenue officielle l'attendaient, leur baguette sortie.

- Euh… Salut ? tenta Lily.

Ana, une Auror que Lily appréciait, s'avança d'un pas. Elle semblait mal à l'aise d'être présente et, en même temps, Lily savait que son dévouement pour le bureau des Aurors la poussait à faire ce qu'elle allait faire.

- Vous êtes attendue par M. Potter, et nous vous demandons de garder vos mains en évidence, loin de votre baguette magique.

Lily hocha la tête, la gorge nouée.

Son père avait donc été prévenu qu'elle rentrait de Russie et, surtout, qu'elle allait venir au Ministère. Et il ne lui réservait pas un accueil des plus sympathiques.

Elle s'en doutait, certes, songea-t-elle en sortant de l'ascenseur et en sortant ses mains de ses poches, loin de sa baguette. Elle ne voulait pas mettre ses collègues en difficulté. Elle voulait que tout se termine rapidement. Aussi rapidement que possible, en tout cas.

Ils avancèrent dans un silence de plomb jusqu'au Bureau des Aurors.

Lily avait tout fait pour ne pas paniquer.

Mais lorsqu'elle réalisa que son père était debout au milieu du Bureau des Aurors, et non pas dans son bureau, elle autorisa la vague de panique à la submerger.

Son père était dans une rage folle, un état dans lequel elle ne l'avait presque jamais vu.

Et s'il n'était pas dans son bureau, c'était parce qu'il voulait que tous les Aurors entendent ce qu'il allait dire à Lily.

Cela voulait dire qu'elle allait passer un très mauvais moment, et qu'elle allait servir d'exemples à tous ceux qui avaient cru un jour pouvoir aller au-delà des règles qu'ils devaient suivre en tant qu'Aurors.

Elle déglutit.

Son père portait des vêtements froissés, signe qu'il n'avait pas dû en changer depuis plusieurs jours. Il n'était pas rasé de près. À vue de nez, elle dirait qu'il avait une barbe de quatre jours – nombre de jours écoulés depuis qu'elle avait renvoyé Hayden en Grande-Bretagne, et donc que son père devait savoir qu'elle était partie en Russie, dans une guerre qui ne les concernait pas. Son regard était glacial, un frisson parcourut le corps de Lily quand elle réalisa qu'elle n'y trouvait aucune trace de la chaleur qui lui était habituellement réservée. Et puis, ses mains étaient croisées dans son dos. Et ça, Lily savait que c'était mauvais signe.

Les Aurors qui avaient accompagné Lily restèrent en retrait. Tous les autres Aurors du Bureau qui n'étaient pas sur le terrain se levèrent avec une légère appréhension.

Personne ne parlait, comme attendant la suite des évènements.

Qui ne tarda pas à avoir lieu.

Lily ouvrit la bouche, pour parler ou se défendre, elle aviserait en temps voulu, mais n'eut pas le loisir de s'exprimer. Harry Potter prit la parole avant elle.

- Vous garderez vos traits d'esprit pour un moment plus opportun, Auror Potter.

La voix était froide, sèche, distante, impersonnelle. Violente.

Lily et son père avaient toujours mis la distance nécessaire entre eux deux lorsqu'ils étaient au sein du Ministère, afin que leur relation soit plus professionnelle que familiale. Aujourd'hui, Lily se rendit compte que son père était plus loin qu'il ne l'avait jamais été dans la distance qu'il mettait avec sa fille. Son visage se décomposa quelque peu.

Elle fit quelques pas de plus, jusqu'à être à moins d'un mètre de distance de son père. Au même moment, deux autres personnes entrèrent dans le Bureau des Aurors. Lily ne se retourna pas, mais elle reconnut sans peine le souffle retenu de sa cousine Rose. La deuxième personne était la Ministre de la magie, Hermione Granger-Weasley. Quelques secondes plus tard, Rose se positionnait sur la droite de Lily. Personne d'autre du Département de la coopération magique internationale n'était présente. C'était Rose qui représentait le Département, aujourd'hui.

Lily inspira profondément. Si Abraham n'était pas présent, c'est qu'il avait dû donner la lettre que les Aurors Russes lui avaient confiée, et qu'il avait ensuite choisi de vite partir du Ministère.

Hermione Granger-Weasley regarda son meilleur ami, les Aurors qui la saluaient respectueusement, sa fille qui se tordait les mains de nervosité, et sa nièce, qui gardait une façade neutre, malgré les tourments qu'on entrapercevait dans son regard. Hermione s'approcha de Harry Potter, se pencha vers lui, et chuchota longuement à son oreille. Les mâchoires de Harry se tendirent de plus en plus au fur et à mesure du récit de sa meilleure amie, et il hocha la tête à intervalles réguliers. Finalement, dans le silence tendu du Bureau des Aurors, Hermione finit par s'éloigner de son meilleur ami, et se positionna légèrement derrière lui.

- Notre Ministre vient donc de m'annoncer vos derniers exploits.

- Ah ? s'étonna innocemment Lily.

- Apparemment, un vampire du nom d'Abraham von Hell s'est chargé de donner quelques parchemins qui nous permettent de savoir ce qui s'est produit en Russie il y a quelques jours. Et qui expliquent sûrement votre état…

Il regarda sa fille de bas en haut, laquelle se força de rester neutre, même si la douleur commençait à pulser à différents endroits de son corps. Il fallait qu'elle se soigne.

- De toute évidence, il s'est passé beaucoup de choses en Russie. Je suis d'ailleurs très surpris d'apprendre que vous vous y trouviez. Tout comme ce vampire qui, me semble-t-il, n'est pas censé sortir du territoire, puisque vous m'aviez affirmé que cela lui était interdit et qu'il n'enfreindrait pas cette règle… Encore un de vos mensonges, j'en déduis ?

La voix de Harry Potter claqua sur cette question purement rhétorique.

Lily déglutit. Tout le monde vit, et tout le monde l'aurait su, car tout le monde agissait comme elle. La voix de Harry Potter était caverneuse, terrifiante. Remplie de la terreur qu'il ressentait et ressassait depuis des jours de ne pas savoir où se trouvait sa fille.

- Apparemment, avant même l'intervention d'Abraham von Hell, des informations de la Russie nous sont parvenues dans le week-end, et plus particulièrement aujourd'hui…

Hermione et Rose sortirent immédiatement des parchemins, qu'elles tendirent à Harry Potter. Il les parcourut du regard, les lut rapidement, mais avec attention. Il les replia soigneusement.

- Je viens de lire, de la part du Ministre intérimaire de la magie russe, vos exploits dans l'attaque visant des mages noirs qui corrompent la Russie depuis des centenaires. Il semblerait également que vous ayez eu l'appui de plus d'un vampire de Grande-Bretagne, dont certains ne sont pas autorisés à sortir du territoire.

Lily ne répondit rien, mais son teint pâlit.

- La Russie est donc libérée d'un ministre corrompu, a perdu quelques Aurors mais assez peu, et a eu le plaisir de recevoir l'appui d'une délégation anglaise.

Lily déglutit difficilement.

- Étonnamment, je n'ai pas le moindre souvenir de vous avoir autorisé cette petite expédition. J'ai même le souvenir très précis de vous avoir interdit de travailler sur des affaires d'Aurors, et de vous demander de prendre des congés.

Lily ouvrit la bouche.

- Et ne me dites pas que vous avez pris le transsibérien pour faire du tourisme, j'aimerais autant que vous ne mettiez pas en doute mes capacités de jugement. Cela pourrait également affecter l'opinion que j'ai de vous…

Lily ferma automatiquement la bouche. À sa grande surprise, la main de sa cousine vint entourer son poignet encore valide. Elle en ressentit un vague soulagement, qui disparut dès lors que son père reprit la parole, et que Rose lâcha son poignet.

- Dites-moi, Auror Potter… Qu'est-ce que vous êtes, exactement ? Immature, insubordonnée, inconsciente ? Peut-être les trois à la fois ?

Un silence de plomb s'abattit sur le Bureau des Aurors. Lily était allée bien trop loin, avait franchi beaucoup trop de limites. Harry Potter n'allait pas en rester là.

- Vous mettez en danger nos relations internationales, vous mettez en péril la réputation de ce Bureau, vous n'avez aucune clairvoyance sur vos actes, vous vous permettez d'agir au-delà des lois, vous oubliez les règles élémentaires de sécurité et d'informations entre Aurors, vous ne pensez à personne d'autre qu'à vous… C'est quoi, votre but ultime ? Entrer dans la légende des Aurors, en tant qu'Auror tombée au combat ?

Même les notes de service n'entraient plus dans le Bureau des Aurors, craignant certainement de troubler le sermon que faisait Harry Potter à sa dernière enfant.

- Vous pensez que vous pouvez faire ce que bon vous semble ? Que les règles s'appliquent à tous, excepté à vous ? Que vous pouvez vous permettre ce genre d'actes sans qu'il n'y ait des conséquences ?

Lily ne répondit rien.

- Eh bien des conséquences, il va y en avoir ! Et pas que pour votre expédition en Russie !

Le teint de Lily pâlit un peu plus.

- Oh, oui. Vous savez à quoi je fais allusion. Votre dossier n'est pas taché que de ce qui s'est produit ces derniers jours. Ces derniers jours sont le résultat du comportement que vous suivez depuis trop longtemps.

Harry Potter fit un pas de plus, se rapprochant de Lily qui fit un effort surhumain pour ne pas reculer, malgré sa folle envie de le faire.

- Vous êtes sans limite, depuis des mois. Bientôt un an, même. C'est fini, Auror Potter. Cela ne dépend plus de moi, et je ne m'en mêlerai plus. Le dossier est déjà monté aux autorités compétentes.

Lily entendit les Aurors qui poussèrent une exclamation de surprise, mais elle ne réalisa pas immédiatement ce qui venait d'être dit.

Et puis, lorsqu'elle le comprit, elle eut le tournis.

Face à elle, son père était toujours présent. Il ne semblait regretter aucune de ses paroles, et Lily savait qu'il ne les regrettait pas. Pas alors qu'elle lui avait causé une telle frayeur.

Harry Potter tendit la main, et l'Auror y jeta un œil, le cœur serré.

Et puis, lentement, difficilement, elle porta la main à sa poche. Elle en sortit son badge d'Auror, qu'elle déposa avec difficulté dans la main tendue de Harry Potter. Puis, avec encore plus de difficulté, elle sortit sa baguette, et la mit également dans la main de son père, avec l'impression d'arracher un bout de sa personnalité. Elle agissait automatiquement, comme si cela la protégeait de la douleur psychologique que ces deux gestes lui procuraient. Elle ferma rapidement les yeux, les rouvrit. Lily ne voulait pas affronter cette épreuve les yeux clos. Les yeux vert de Harry la fixèrent avec dureté. Elle trembla sous la colère de son supérieur.

- Vous êtes habituée à vivre à la façon Moldue, profitez-en pour vous familiariser avec ce mode de vie. Il va être le vôtre pendant quelques jours au moins. Le Magenmagot est en train de préparer votre audience. Vous serez entendue à huis-clôt, afin de savoir ce qu'il sera fait de votre cas. Ne vous attendez pas au moindre soutien de la part d'autres personnes du Ministère. Vous êtes seule, sur ce coup, Auror Potter, comme lorsque vous avez décidé d'être seule en partant en Russie malgré les ordres que vous aviez reçus.

Lily Potter hocha sèchement la tête, afin de signifier qu'elle avait compris ce qui allait se passer pour elle.

Extérieurement, elle gardait son calme.

Intérieurement, elle se sentait détruite.

Son père paraissait beaucoup plus calme, et certains Aurors se détendirent, estimant que le pire était passé. Pourtant, le calme cachait une autre tempête. Lily la vit avant tout le monde, et son attitude changea soudainement. Elle recula d'un pas, ne ressemblant plus à une Auror, mais à une enfant qui allait subir le courroux de son père. Elle n'était pas la seule à avoir remarqué ce changement d'attitude. Rose se rapprocha de sa cousine, tandis qu'Hermione abandonnait son attitude de Ministre.

- Harry…, le prévint Hermione.

Mais Harry Potter n'entendit pas sa meilleure amie. Il n'était plus le chef des Aurors, à présent. Il était un père de famille, qui pendant quatre jours durant, s'était demandé ce qui se passait pour sa fille.

- Papa…, murmura Lily.

Et alors, tous les sorciers et sorcières présent dans la pièce le surent. Lily Potter allait passer un sale quart d'heure auprès de son père, et celui-ci avait sciemment fait en sorte que cette scène ait lieu en présence de témoins.

- As-tu conscience de l'inquiétude dans laquelle nous étions, ta mère et moi ?! Sans parler de tes frères ! Hayden Zabini débarque dans mon bureau au petit matin, vendredi, me disant que la dernière fois qu'il a vu ma fille, elle était blessée et en train de se battre dans une bataille où elle n'était pas censée se trouver, et depuis, plus rien ?! Aucune nouvelle, que ce soit du gouvernement russe, ni même de toi ? J'ai passé le week-end enfermé dans ce bureau, en sachant pertinemment que c'était le premier lieu où tu te rendrais, et toi, tu…

Lily se mordit la lèvre. Son père relut un des parchemins qu'on lui avait donnés un peu plus tôt.

- Tu fêtais votre victoire avec tes amis russes ?! s'écria-t-il.

Lily voulut démentir, expliquer à son père que c'était plus complexe que cela, qu'elle avait accompagné des Aurors russes sur différentes missions pour arrêter des alliés des Krasny Iar, et qu'ils avaient effectivement pris le temps de fêter, un soir, leur victoire, mais que ce n'était arrivé qu'une fois.

- Alors, il est vrai qu'on pourrait croire que c'est ce qui s'est passé, mais en fait…

Sauf que son père ne comptait pas la laisser s'exprimer.

- Je me passerai de tes commentaires ! s'exclama son père. Qu'est-ce qui ne tourne pas rond chez toi ? Qu'est-ce que ta mère et moi avons oublié de t'inculquer dans ton éducation ? Quand est-ce que tu t'es dit qu'il était normal de disparaître, te mettre en danger, et ne pas nous avertir lorsque tout est réglé pour toi ?! Tes matchs de Quidditch où tu finissais blessée simplement parce que tu t'imposais des figures impossibles, tes histoires d'amours secrètes parce que tu voulais ton intimité, ton voyage improvisé avec ta cousine entre ta cinquième et sixième année pour explorer le monde, ton besoin d'indépendance, tout ça, je m'en moquais, tant que tu ne te mettais pas en danger, ça a toujours été le mantra de ton éducation, et toi, tu l'oublies dès que l'occasion se présente ?!

- Papa ! C'était une mission comme une autre, et...

- Tu n'étais pas en mission ! lui rappela-t-il en la pointant du doigt. Tu n'en as fait qu'à ta tête, comme souvent en ce moment. Tu t'es dit qu'au point où tu en étais, tu pouvais également te permettre d'effrayer toute ta famille ? Comment est-ce que tu crois que nous avons vécu ce week-end ?

- Eh ! T'as bien disparu pendant quasiment une année quand t'étais adolescent ! lui rappela sa fille.

- Excuse-moi d'avoir été la cible de Voldemort ! gronda son père.

Tous les Aurors grimacèrent, et Lily eut la décence de paraître confuse.

- Ouais, pas la meilleure analogie que je puisse faire, murmura Lily en pâlissant davantage.

Mais son père ne releva pas son trait d'esprit, prouvant à sa fille qu'il avait été bien plus inquiet qu'il ne l'avait jamais été.

- Est-ce que tu es égoïste à ce point ? Par Merlin, Lily, ta belle-sœur est morte en partant seule sur une mission qu'elle s'était auto-octroyée, sans prévenir personne, et toi, tu fais exactement pareil ?!

Les traits de Lily se tordirent violemment sous le rappel du décès d'Isabella. Sa cousine reprit son poignet pour le serrer fermement, comme pour lui transmettre un peu de courage.

Le pouls de Lily était saccadé. Se faire disputer par son supérieur était une chose. Se faire disputer par son père, une autre. Se faire disputer coup sur coup par les deux, devant témoins, était une épreuve très difficile.

Le visage de Harry Potter s'adoucit soudainement.

- Rhéa se trouve actuellement chez James.

Il désigna les blessures visibles de Lily, mais elle ne réagit pas. Elle ne comprenait pas l'enchaînement de pensées de son père. Il lui fallut quelques secondes pour comprendre que les tempêtes étaient terminées, et ce n'est que lorsqu'Hermione prit la parole que Lily le réalisa complètement.

- Harry, il faut qu'on discute de nos relations avec la Russie. Le directeur du Département de la coopération magique internationale a été averti, il ne devrait plus tarder, lui annonça Hermione.

Elle regarda sa fille, qui acquiesça.

- Il arrive, il était déjà reparti chez lui.

- La Russie avait cessé tout échange avec beaucoup de pays, dont le nôtre, mais la situation a changé à présent, il faut qu'on renoue de bonnes relations avec eux.

- Très bien, murmura Harry.

Il regarda à nouveau Lily, qui n'avait toujours pas bougé.

- Va chez James, lui dit-il à nouveau. Rhéa va te soigner tout ça.

Lily resta statique. Elle attendit que Harry Potter fasse demi-tour, et retourne dans son bureau, Hermione Granger-Weasley sur les talons. Alors, seulement, elle expira profondément.

Rose se rapprocha d'elle, et la serra doucement dans ses bras. Deux collègues de Lily se rapprochèrent d'elles.

- Lily…, murmura Ana. Je récupère tes dossiers britanniques, et Filius, lui, va s'occuper des dossiers internationaux. C'est provisoire, en attendant que les collègues des affaires étrangères reviennent de leurs enquêtes en cours. Est-ce que tu as besoin de quoi que ce soit ?

Son autre collègue, Filius, acquiesça pour signifier qu'il était prêt à répondre à chacun des besoins que pouvait exprimer Lily. Mais l'Auror secoua la tête, la gorge légèrement nouée. Elle se défit de l'emprise de sa cousine.

- Surtout pas. J'ai été trop loin, et vous ne devez pas vous en mêler, ou…

Lily désigna d'un simple signe de tête le bureau de son père. Si jamais ce dernier apprenait que des collègues Aurors se montraient trop proches de Lily, il risquait d'être tout le temps sur leur dos.

- Désolée pour tout ça, murmura Lily. Et pour les heures supplémentaires que vous allez devoir faire par ma faute… Je vais rentrer me soigner. Rose ?

- Je t'accompagne chez James puis chez toi, lui assura sa cousine. Viens, on va prendre le réseau de Cheminées d'ici, plutôt que de remonter dans l'Atrium. Des journalistes ont déjà dû arriver, et Alsev n'est pas là pour nous aider à gérer nos relations presses…

Bras dessus, bras dessous, les cousines s'éloignèrent des Aurors, qui restaient silencieux.

- Tu ne m'en veux plus ? murmura Lily.

- Oh que si, tu n'as pas idée. Mais je t'aime trop pour t'en vouloir à vie. Et pour que je ne t'en veuille plus, il faut bien un moment où j'accepte de te parler à nouveau, pas vrai ?

Lily hocha la tête, mais n'ajouta rien.

Il y a des choses qu'il n'est pas nécessaire de dire, entre membres de la même famille.

Et puis, elle était trop fatiguée pour parler.

Lundi 13 septembre 2032 – Sussex de l'ouest, début de soirée.

Leah Zabini sursauta lorsqu'un énième hibou frappa du bec contre le carreau de la vitre. Son père lança un regard entendu à leur grand-mère.

- Est-ce que ta correspondance privée était obligée de t'accompagner jusque chez nous ? s'enquit Blaise Zabini d'une voix profonde qui suffisait généralement à faire trembler ses interlocuteurs.

Sa mère, en revanche, lui adressa tout juste un regard.

- Mon fils, je tiens à te rappeler que je souhaitais rester dans mon manoir, mais que toi et ta femme avez insisté pour que je vienne chez vous quelques jours. Le fait que votre fils, et accessoirement mon petit-fils, soit revenu sain et sauf de sa petite escapade de Russie ne vous a pas convaincus de me laisser repartir. Alors, si je suis coincée dans ce manoir sinistre pour une durée déterminée par vous uniquement, oui, ma correspondance privée m'accompagne. Et si celle-ci vous dérange, vous n'avez qu'à me laisser repartir chez moi.

Blaise Zabini poussa un profond soupir, accompagné par le regard sinistre de sa femme, qui l'incita d'un seul coup d'œil à ne pas poursuivre cette conversation.

Ticktik, l'Elfe de maison, se dépêcha d'aller ouvrir à l'oiseau, qui entra en secouant ses plumes et en laissant passer un courant d'air froid. L'Elfe avait à peine refermé la fenêtre qu'un autre volatile venait frapper son bec contre le carreau.

- Ils vont me rendre folle, murmura Leah en se massant les tempes. Par Merlin, grand-mère, est-ce que tu ne pourrais pas au moins te faire livrer ton courrier dans ta chambre ?

- Tout le monde se fait livrer le courrier dans n'importe quelle pièce de ce manoir, je ne vois pas pourquoi je n'en ferais pas de même, souffla la grand-mère en portant sa tasse de thé à ses lèvres. Hayden, mon amie Garance Nott me demande si tu peux aller la voir dans quelques jours, elle se plaint de douleurs aux jambes…

Toute la famille Zabini se tourna vers Hayden, installé dans un fauteuil, les yeux fixés sur le feu qui brûlait dans la cheminée. Le mois de septembre était froid, presque plus froid qu'en Russie, pour le peu qu'en avait goûté Hayden. Mais ses pensées n'étaient pas en Russie. Ses pensées étaient au Ministère de la Magie.

Après avoir été renvoyé à Londres par Lily, Hayden avait atterri à l'office des Portoloins en pleine nuit. Un fonctionnaire d'astreinte avait été réveillé en grande pompe en voyant le jeune homme débouler dans son bureau, et il l'avait mené directement dans le bureau du chef des Aurors, qui faisait les cent pas dans son bureau, après avoir réalisé que sa fille était partie sans dire à qui que ce soit quelle était sa destination.

Hayden avait, dans les grandes lignes, expliqué ce qui lui était arrivé, et ce qu'il avait compris de son séjour en Russie. Il avait dit qu'on lui avait demandé de créer des antidotes, qu'il n'était pas spécialement maltraité, mais qu'il n'avait aucun moyen de s'enfuir.

Et, bien évidemment, il avait expliqué ce qui s'était produit au moment de partir. Comment Lily avait débarqué dans la pièce où il se trouvait, sans prévenir – comme toujours lorsque Lily débarquait dans sa vie, finalement.

Le visage de Harry Potter était devenu de plus en plus pâle au fur et à mesure de la conversation, jusqu'à ce qu'un autre Auror arrive et décide de mener la conversation avec Hayden, pour avoir les détails de sa séquestration plutôt que les détails sur le passage de Lily en Russie – surtout que, finalement, Hayden ne savait pas grand-chose à ce sujet.

La conversation lui avait semblé durer des heures, alors que sa mère, qui avait fini par le rejoindre, lui avait assuré que cela n'avait même pas duré plus de trente minutes. Mais Hayden avait tellement d'informations à analyser et à fournir aux Aurors qu'il avait cru que la matinée était très avancée lorsque l'Auror lui avait finalement conseillé de rentrer chez lui, et qu'il le recontacterait si jamais des éléments manquaient.

En réalité, il n'était que huit heures du matin lorsqu'Hayden était reparti avec sa mère dans leur manoir.

Depuis, il n'était jamais seul chez eux. Un membre de sa famille était toujours présent dans la même pièce que lui, comme s'ils craignaient qu'il disparaisse à nouveau. Sauf qu'Hayden n'avait aucune envie de disparaître.

Il voulait savoir ce qui était arrivé à Lily.

Et cela semblait être la préoccupation de toute la communauté sorcière, de toute évidence.

Apparemment, la décision de Lily de partir pour la Russie avait fuité, ainsi que les raisons qui l'avaient poussée à agir ainsi – et, surtout, les ordres impérieux de son supérieur et paternel lui interdisant de se mêler de cette affaire.

Depuis, c'était le silence radio. Personne n'était en mesure de dire ce qui était arrivé à Lily Luna Potter. Les spéculations allaient bon train, les rumeurs aussi, mais rien de concret n'apparaissait, et cela rendait Hayden fou de rage. Ses parents et ses sœurs lui interdisant la sortie du manoir, il n'avait aucune nouvelle du monde extérieur, à part via les journaux, et la correspondance de sa grand-mère – qui se tenait informée de ce qui se disait sur le sujet « Lily Luna Potter » mais refusait d'en informer Hayden tant que rien ne serait avéré.

- Hayden ?

La voix agacée de sa grand-mère le sortit momentanément de ses pensées.

- Hum ?

- Garance Nott. Ses douleurs de jambes…

- Oui, d'accord. J'irai lui rendre visite, comme à chaque fois. Lorsqu'on m'autorisera à sortir d'ici, grommela Hayden en regardant son père droit dans les yeux.

- Pour le moment, tu ne bouges pas d'ici, répondit son père tranquillement.

Le poing d'Hayden se serra momentanément sur l'accoudoir de son fauteuil, avant de se détendre. Cela ne servait à rien.

À nouveau, un hibou vint frapper contre le carreau de la vitre, faisant sursauter Leah.

- Par Merlin ! s'exclama la sœur d'Hayden la plus sensible.

- C'est pour moi, cette fois, désolée Leah, murmura Cassiopée qui, pour une fois, semblait réellement désolée.

Elle se leva rapidement et se dirigea vers la fenêtre avant que Ticktik n'ait fait le moindre mouvement.

- Tiens, des nouvelles d'Abraham von Hell… Cela faisait longtemps, murmura la grand-mère d'Hayden et de ses sœurs. Il faut dire que je n'ai plus rien à vendre, ces temps-ci… Cassiopée, s'il s'agit du Sorcier du soir, peux-tu me le faire passer ensuite ? s'enquit la sorcière.

Cassiopée hocha distraitement la tête, avant de glisser une noise dans la bourse que tenait le hibou.

Elle déroula le journal rapidement, et une exclamation de surprise lui échappa.

Il était tellement rare que les sentiments et pensées de Cassiopée soient aussi clairement audibles pour tout le monde que la pièce se figea pendant une brève seconde, avant que toute l'attention ne se pose sur la jeune sorcière. Elle avait plaqué une main sur sa bouche, et ce qu'elle lisait semblait l'horrifier.

Tout le monde se redressa fébrilement, se demandant quelle nouvelle de la communauté sorcière pouvait la mettre dans un tel état.

- Ils lui ont enlevé sa baguette…, murmura-t-elle finalement. C'est horrible…

- Qui a ôté la baguette de qui ? s'étonna Leah.

- Harry Potter. Et Hermione Granger-Weasley. Ils lui ont enlevé sa baguette.

- La baguette de qui ? insista Zoey.

- De Potter. De Lily Potter. C'est ce qu'il a déclaré aux journalistes…

Un hoquet d'horreur échappa à Leah.

Hayden se leva rapidement, et sa sœur comprit que lui empêcher la lecture ne serait pas une bonne chose. Elle étala le journal du soir sur la table de la pièce, afin que tous puissent lire facilement ce qui s'étalait en première page. Hayden fut le premier à avoir les premières lignes de l'article sous les yeux.

"Une baguette en moins chez les Aurors.
Alors que les rangs des Aurors ne cessent de s'amoindrir, voilà qu'une membre du Bureau vient d'être démise de ses fonctions. Il s'agit de Lily Potter, la fille du célèbre Harry Potter, qui est, à l'heure actuelle, le seul à avoir fait une déclaration sur ce sujet.

« L'Auror Potter était en congés, avec l'interdiction de se mêler d'une affaire sensible de kidnapping. Elle a toutefois choisi de sortir du territoire, de briser des dizaines de lois et de passer outre les relations que nous entretenions avec la Russie magique. Du fait des conséquences de ses actes, il a été décidé, en accord avec la Ministre de la magie, de suspendre l'Auror Potter de ses fonctions tant que son audience face au Magenmagot n'aura pas eu lieu. La date doit encore en être fixée. Afin de rassurer la population, nous avons également choisi de lui ôter sa baguette magique principale, ainsi que celles auxquelles elle peut prétendre avoir accès, en tant que membre de la justice magique. »

Si Harry Potter, chef du Bureau des Aurors n'a pas voulu s'étendre plus sur le sujet, des bruits de couloir se sont toutefois faits entendre. Il semblerait que l'Auror Potter soit revenue de Russie méconnaissable, du fait de ses blessures, et accompagnée d'un vampire peu recommandable.
Jusqu'à présent, la Russie n'était pas accessible pour les sorciers britanniques. Est-ce que le retour de Lily Potter de ce pays signifie que les frontières rouvriront bientôt ? Vous en saurez plus dans l'édition de demain de La Gazette du sorcier."

- Abraham von Hell, peu recommandable ? C'est le plus recommandable des vampires que je connaisse ! s'exclama la grand-mère Zabini.

- Pourquoi as-tu des vampires dans tes contacts, grand-mère ? s'étonna Cassiopée.

- Parce que cela peut toujours s'avérer utile, répondit sa grand-mère en secouant une lettre qui devait justement venir de ce vampire. Eh bien, je n'aurais pas cru que Harry Potter aurait le cran d'enlever la baguette magique de sa propre fille. Je dois vraiment revoir mon jugement sur cet homme…

Les conversations reprirent dans la pièce, chacun y allant de son commentaire, mais Hayden n'était déjà plus concentré sur ce qui se disait.

Lily était revenue de Russie.

Lily était vivante.

Lily n'avait plus de baguette.

Peut-être plus de métier.

Et de toute évidence, il était en partie responsable de cette situation.

...

Lundi 13 septembre 2032 – Impasse des Demiguises, milieu de la nuit

Lily défit le bandage qui entourait son poignet gauche, et grimaça devant la teinte violacée qu'il avait pris. Elle savait qu'elle aurait pu avoir une blessure bien plus grave, et elle mesurait sa chance, mais la fracture l'avait fait souffrir, et Rhéa l'avait prévenue : elle en aurait pour encore quelques jours. Elle s'était fait cela en combattant dans la chambre où se trouvait Hayden, après l'avoir fait partir pour la Grande-Bretagne.

Mais elle s'en moquait, à présent. Lily était revenue chez elle, dans son appartement de l'impasse des Demiguises, et elle profitait de ses jours de repos forcés. Qui risquaient d'être encore nombreux.

Maintenant qu'elle était seule chez elle, elle réalisait la violence de la scène qui s'était produite au sein du Ministère, quelques heures plus tôt.

On lui avait ôté son badge d'Auror.

On lui avait ôté sa baguette.

Elle était attendue pour une audience disciplinaire devant le Magenmagot.

Sa situation n'avait jamais été aussi délicate. En fouillant dans ses souvenirs, elle ne se souvenait pas d'avoir déjà entendu parler d'un Auror qui aurait été dans le même cas de figure qu'elle.

Les journaux qui l'attendaient chez elle, et qu'elle lisait depuis que Rose l'avait ramenée, après être passées chez James, lui confirmaient que son futur était des plus incertains.

Comment est-ce que la presse avait entendu dire que Lily était en congés forcés, c'était un mystère. Ce qui était certain, c'est que cela s'était su. Mais ce qui avait empiré sa situation, c'était lorsqu'Hayden Zabini avait été aperçu sortant du Ministère de la Magie. En moins de temps qu'il n'en fallait à Rita Skeeter pour se transformer en cafard, les plus fouineurs des journalistes étaient sur le terrain. Il ne leur avait fallu qu'une matinée pour découvrir qu'Hayden Zabini avait été retenu captif en Russie, et que Lily Luna Potter l'avait appris.

Ils n'avaient pas eu besoin de beaucoup plus. Les articles spéculatifs pleuvaient sur la presse sorcière. Lily avait sous les yeux tout ce qui avait été publié depuis le retour d'Hayden en Angleterre.

Depuis quatre jours, les journaux se demandaient sans cesse pourquoi Lily était partie en Russie alors qu'elle ne paraissait pas en avoir le droit. Aucune intervention des Aurors britanniques n'était prévue en Russie, mais Lily Potter était tout de même partie soutenir des Aurors russes. On parlait de mutinerie chez les Aurors, de crise d'adolescence à retardement. Le fait qu'elle soit nommée aussi jeune dans une unité réservée normalement aux Aurors de plus de trente ans était souvent pointé du doigt. On blâmait sa jeunesse, ses relations qui avaient poussé à sa nomination.

Elle n'était pas la sorcière la plus populaire du moment.

Rita Skeeter, qui avait depuis des années espéré un faux pas de Lily, car elle ne digérait toujours pas le fait que l'Auror n'ait jamais voulu se dévoiler comme d'autres membres de sa famille, multipliait les articles diffamants et blessants.

Le pire, dans tout cela, c'était d'avoir conscience qu'Alsev, son frère qui gérait toujours les articles qui paraissaient dans les journaux et qui parlaient de leur famille, devait faire des pieds et des mains pour que les propos tenus à l'encontre de Lily ne soient pas trop virulents.

Lily ne voulait même pas savoir ce que cela aurait pu être si Albus ne les avait pas retenus. La presse aurait peut-être déjà demandé son enfermement à Azkaban…

Lily savait que cela allait durer encore longtemps. Elle pouvait le supporter, même si c'était douloureux.

Le plus difficile, c'était de ne pas savoir. Ne pas savoir si son père allait lui en vouloir longtemps. Ne pas savoir si elle allait récupérer sa baguette, son badge, son travail.

Ne pas savoir si Hayden comptait passer, à un moment donné.

En pensant à lui, une pointe de colère frappa Lily. Pourquoi est-ce qu'elle avait fait tout ça pour lui, par Merlin ? Elle aurait pu attendre. Elle aurait pu trouver les renseignements auprès d'Abraham, puis les donner aux Aurors.

Mais non. Il avait fallu qu'elle s'en mêle, encore une fois, de manière détournée. C'était toujours cela, lorsqu'Hayden entrait en jeu. Elle s'en mêlait. Comme cette foutue perquisition, comme son foutu mariage qui n'avait pas eu lieu, comme toute sa vie.

Oh, par Merlin, elle avait de la frustration à revendre.

Des lettres d'anciens collègues, ou d'Aurors d'autres pays, l'attendaient dans son appartement.

Mais rien de la part d'Hayden.

L'imbécile.

Comme s'ils étaient encore au temps de la discrétion. Il pouvait bien lui écrire des centaines de lettres à présent, tout le monde savait pour eux deux. Mais non, il restait silencieux.

Lily décacheta un dernier parchemin, arrivé en même temps qu'elle congédiait Rose – sa cousine voulait passer la nuit ici, mais Lily lui avait assuré qu'elle s'en sortirait très bien toute seule.

Salut Lily,

C'est la folie en Russie, depuis que tu es partie. Franchement, on s'en sort bien. J'espère que tu pourras bientôt revenir nous voir.

Je t'écris une rapide lettre par hibou prioritaire pour t'informer que notre Ministre temporaire a eu vent des problèmes qui te tombent dessus. Il compte t'apporter son soutien. Je ne sais pas encore comment, mais j'espère que ça t'aidera.

Je ne m'étends pas plus, je dois partir en Biélorussie, apparemment, une cellule des Krasny Iar s'y trouve. Vivement qu'on les ait tous trouvés !

Ivanna.

Voilà au moins une bonne nouvelle, même si Lily ne savait pas si l'appui d'un Ministre temporaire de la magie pouvait s'avérer utile dans sa situation.

Elle posa la lettre d'Ivanna sur sa table, soupira un coup, et se démena avec les différentes lotions données par Rhéa pour essayer de faire disparaître ses blessures les plus visibles.

Lily se laissa tomber sur son canapé, et inspira profondément. Elle était dans un sale état. Elle ne pensait pas qu'un jour, elle tomberait aussi bas. Mais elle avait franchi tellement de limites, enfreint tellement de lois, qu'elle ne pouvait même pas être étonnée.

Elle voulut agiter sa baguette magique pour mettre un peu de musique, et jura lorsqu'elle se souvint qu'elle n'avait plus de baguette. Elle se leva pour mettre un fond sonore.

Sauf qu'on frappa à sa porte.

- J'arrive !

Elle refit maladroitement son bandage, et jeta un vague coup d'œil à ses glaces à l'ennemi, qui ne dévoilaient rien de spécial. Tant mieux. Elle n'avait pas de baguette pour se défendre.

S'attendant à ce qu'un membre de sa famille apparaisse, Lily ne prit pas la peine de regarder par l'œil du judas.

Elle fut surprise de découvrir qu'il ne s'agissait pas d'un membre de sa famille.

Hayden Zabini se tenait dans l'embrasure de la porte.

- Salut, souffla-t-il.

Le regard du jeune homme glissa sur le bandage de Lily, avant de remonter sur ses blessures visibles sur son visage.

- Salut, répondit Lily, un peu plus froidement.

Un silence tomba entre eux.

Pour changer, ce fut Hayden qui le brisa.

- J'ai vu les journaux du soir…

- Oh. Tu viens donc voir s'il est vrai que je n'ai plus de baguette magique, et que je suis démise de mes fonctions ? C'est vrai, dit-elle plus sèchement qu'elle ne s'y attendait.

Hayden la fixa avec surprise. Il s'était attendu à beaucoup de réactions, de la part de Lily, mais pas à cette distance qu'elle leur imposait. Il prit son courage à deux mains, et se força à parler à nouveau, malgré l'envie évidente de Lily d'être ailleurs.

- Il faut qu'on discute. Vraiment. Beaucoup. Longtemps.

Lily ne répondit rien. Elle attendit.

- Il faut que ce soit moi qui parle, surtout. Pas que tu me pousses dans mes retranchements. C'est à moi de lancer les discussions, pas à toi de me forcer à parler. J'ai beaucoup de choses à t'expliquer. Peut-être que toi aussi. Mais il faut qu'on avance. Qu'on parle de la suite, éventuelle, de ce que j'ai jeté aux oubliettes il y a deux ans et demi. Enfin, si tu veux bien, termina-t-il dans un murmure.

Lily le regarda droit dans les yeux. Elle sonda son regard, comme elle l'avait fait durant des années.

- Plus de secrets. Plus de mensonges à nos familles. Et beaucoup, beaucoup d'explications. Si c'est toujours envisageable pour toi…

Lily le fixait toujours aussi froidement.

- Est-ce que je peux entrer ? s'enquit Hayden en faisant un pas en avant.

- Non.

La voix de Lily claqua. Fermement.

- Non ?

- Oh, non, Hayden. Tu ne vas pas entrer. C'est trop simple. Tu ne veux plus de secrets ? Plus de mensonges ? Parfait.

Elle releva le menton.

- Alors, il n'y aura plus rien de tout ça. Mais pas maintenant. Pas ce soir.

- Quand ? murmura Hayden.

- Après mon audience face au Magenmagot. Et oui, je sais que la date n'est pas encore fixée. Mais j'en ai marre. Marre que ce soit toujours lorsque tu le veux qu'on se parle. Marre d'être celle qui donne toute sa personne, toute sa personnalité, sans rien recevoir en retour. Alors, si tu veux réellement une relation sans mensonge, sans secret… Attends après mon audience. Et toi et moi, on parlera. Mais ce ne sera pas ici. Ni chez tes parents.

Hayden déglutit difficilement. Lily le défia du regard.

- Ce sera en public. Dans un lieu où plein de personnes pourront nous reconnaître.

- C'est… radical.

- Si tu n'es pas capable de ça pour moi, je ne vais pas perdre plus de temps pour toi, Hayden. J'en ai déjà trop perdu.

Il ne répondit pas immédiatement.

- Je ne sais pas si je peux faire ça, Lily.

- T'as de la chance que mon audience ne soit pas encore fixée, alors. Tu as un peu de temps pour réfléchir à si je vaux la peine d'une relation publique. Mais je ne reviendrai pas là-dessus, Hayden. C'est fini, les secrets. Ça a détruit ma vie professionnelle, et mes relations avec ma famille ne seront plus jamais les mêmes. Alors… Je ne veux plus d'une relation secrète. D'accord ?

Hayden hocha lentement la tête.

- Prends le temps de réfléchir. Mais lorsque la date de mon audience sera rendue publique, je te veux sur le pas de ma porte, que ce soit pour m'annoncer que tu m'emmènes en rendez-vous, ou pour me dire que tu ne veux plus jamais qu'on se voie, parce que c'est trop difficile pour toi d'assumer une relation avec moi. Mais je ne veux plus de tes foutues hésitations. Ce n'est pas à moi de les gérer.

Lily n'attendit pas qu'Hayden réponde. Elle se recula difficilement, et lui ferma la porte au nez, espérant secrètement qu'il aurait le cran de revenir lorsque son audience serait fixée.

Il avait les cartes en main, à lui de lui prouver qu'il en valait la peine.


Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises.

Alors, comme vous le voyez, j'ai laissé Lily en vie. Et aussi Abraham. Et aussi Hayden… Bref, j'ai été plutôt sympa, finalement. Non ? Oh, mais vous n'êtes jamais satisfaits, aussi…

Que vous dire de plus sur ce chapitre. Ah, oui. Lily est en vie, certes, mais… cela ne sent pas très bon pour elle. On dirait que son futur professionnel n'est pas certain du tout. Et son futur personnel avec Hayden non plus… Viendra-t-il, ne viendra-t-il pas ? Nous le saurons peut-être la semaine prochaine. Ou peut-être pas, après tout…

DelfineNotPadfoot corrige encore et toujours les chapitres, merci à elle ! Surtout que pour les derniers chapitres, j'ai un peu envoyé ça n'importe comment et au dernier moment, hum…

Encore une fois, pas de RàR pour la semaine prochaine, mais le chapitre sera présent. Je dois partir à l'étranger pour régler deux, trois trucs, et si j'ai mon téléphone avec moi pour poster, je n'ai pas la foi de faire mes RàR dessus. Mais le chapitre 20 sera bien là la semaine prochaine, et…

Ce ne sera finalement pas le dernier ) ! Vous aurez le droit à 21 chapitres, finalement. Le chapitre de la semaine prochaine a été ajouté, car, sinon, la fin de cette histoire n'aurait eu aucun sens.

Méfaits accomplis.