Disclaimer : Harry Potter appartient entièrement et uniquement à J.K. Rowling. Je ne fais qu'écrire des fanfictions dessus à mes heures perdues.


Chapitre XX

Vendredi 29 octobre 2032 - Impasse des Demiguises, début de soirée

Lily était assise en tailleur à même le sol de son salon. Face à elle, Eleanor dessinait des fleurs et, de temps à autre, relevait les yeux vers les adultes qui l'entouraient.

- C'est sa passion du moment, assura James. Elle dessine sans cesse des coquelicots…

Lily regarda la forme qu'Eleanor s'appliquait à reproduire. Il était vrai que cela se rapprochait beaucoup d'un coquelicot. Autant qu'on pouvait l'attendre d'une enfant de deux ans et demi.

- Un peu de magie ? demanda Eleanor en levant un regard plein d'espoir vers sa tante.

Le cœur de Lily se serra. Elle savait que sa nièce adorait qu'on lui anime magiquement ses dessins, elle-même n'ayant pas encore montré de signes de magie. Pour autant, Lily avait conscience qu'elle n'était pas en mesure d'accéder à la requête de la petite fille.

Heureusement pour Lily, Rhéa vint à sa rescousse rapidement, avant que l'enfant ne s'étonne du temps de réponse de sa tante.

- Je vais m'en occuper, Eleanor…

Rhéa se mit au même niveau que Lily, et agita sa baguette magique. Aussitôt, les coquelicots dessinés par Eleanor s'agitèrent, comme animés par le vent.

- Tu as toujours la magie sans baguette…, murmura Albus en ne regardant pas sa sœur.

Lily lui lança un regard noir, alors qu'il faisait tout pour l'éviter.

- Alsev, même toi tu as conscience que papa ne m'aurait pas laissé partir sans baguette mais sans me poser un sortilège de surveillance. La moindre forme de magie que je fais est aussitôt remontée au Ministère, ne t'inquiète pas pour ça. Je peux t'assurer que plus mon dossier est épais, plus le Magenmagot est heureux…

- Oh, ma belle, soupira Chiara en se levant.

Elle vint serrer fortement Lily dans ses bras, mais la rousse se dégagea fermement.

- Arrêtez ça, s'il vous plaît. On sait tous, dans cette pièce, que je suis fautive. Je n'avais pas à faire tout ce que j'ai fait. Je mérite entièrement d'être sans baguette…

Lily baissa les yeux vers les dessins d'Eleanor. C'était plus simple de s'occuper de ce que faisait Eleanor plutôt que de voir les regards de ses frères et de Chiara et Rhéa. Chacun voulait la consoler, mais personne ne savait comment faire.

- Ils sont superbes, tes coquelicots. Quand on pense que Rose et moi n'avons jamais été en mesure de dessiner les fleurs dont nos prénoms sont tirés… Au moins, Eleanor a une âme d'artiste !

- Elle n'a pas hérité ça de James, murmura Albus avec un sourire un coin.

James darda un regard moqueur sur son frère, qui s'était toujours vanté d'être la seule personne à avoir une âme artistique dans cette famille.

- Enfin, reprit Lily avec un soupir. Je vais préparer de quoi manger. Lasagnes à la manière moldue, qui vient m'aider ? Sinon, on ne mange pas avant demain midi…

Tous les sorcières et sorciers de la pièce se regardèrent avec gêne. Lily leva les yeux au ciel.

- James, tu exagères, tu sais cuisiner comme un Moldu, ça fait partie de la formation des Aurors !

- Je ne suis plus Auror…, grommela son grand frère.

- Mais tu vas tout de même aller aider ta sœur, lui dit fermement Rhéa.

- Je vois que Rhéa commence à comprendre notre fonctionnement…, se moqua Alsev.

- Un repas avec votre grand-mère m'a fait intégrer très rapidement votre fonctionnement, plaisanta difficilement la Guérisseuse.

Tous grimacèrent. Molly Weasley n'avait pas été spécialement tendre avec Rhéa Pye, protégeant son petit-fils comme une mère dragonne protège ses œufs. Rhéa avait su se défendre toute la première partie du repas. La seconde partie, celle où le sujet avait dévié sur son métier et ses relations avec Hayden Zabini, avait été beaucoup plus complexe à vivre. Heureusement pour Rhéa, elle n'avait pas été la seule à mal vivre ce moment. Lily, qui était également présente, avait déployé des trésors de patience pour ne pas réagir à chacun des reproches qui lui étaient faits sur sa relation, et sur Hayden.

- Viens m'aider, James, souffla Lily en se levant.

Elle tira sur la main de son frère, qui finit par la suivre. Alsev leur emboîta le pas, à leur grande surprise.

- Si je reste trop proche d'Eleanor avec Chiara, je vais encore lui parler du fait qu'on ait un enfant ensemble, et je pense qu'elle va paniquer une fois de plus, chuchota Albus. Juste avant que moi, je ne panique, grimaça Albus.

Lily et James échangèrent un regard, retenant difficilement leur éclat de rire. Ils avaient toujours cru qu'Albus serait le premier à annoncer qu'il allait être père, et pourtant…

Albus s'installa contre un des murs de la cuisine de Lily, tandis que James et Lily s'affairaient.

- Tu pourrais aider aussi, grommela James.

- Sauf que ma femme ne m'a obligé à rien, au contraire de la tienne.

- C'est pas ma femme.

- Pas encore, se moqua Lily.

- Pas prévu pour le moment, rétorqua James.

- Et franchement, elle te mène déjà à la baguette, continua Albus comme si James ne s'était pas immiscé dans la conversation. Peut-on analyser le fait que toutes les femmes de ton entourage t'ont toujours mené à la baguette ?

- C'est faux ! s'offusqua James.

- C'est si vrai, se moqua Lily. Comment s'appelait sa première copine, déjà ? demanda-t-elle à Albus.

- Janet.

- Ah oui… C'est vrai. Un vrai tyran. Et puis celle d'après aussi… Et ensuite, il y a eu Isabella, qui te faisait faire à peu près tout ce qu'elle voulait…

- Et puis Eleanor qui te mène par le bout du nez…

- Et Rhéa qui semble prendre la même voie qu'elle.

- Sachant que maman et Lily t'ont toujours fait faire tout ce qu'elles voulaient. Et nos cousines aussi.

- Tiens, d'ailleurs, est-ce que tu pourrais me passer le couteau ? s'enquit Lily, alors que celui-ci se trouvait plus proche d'elle que de James.

Lequel le lui tendit tout de même, avant d'étouffer un juron en comprenant ce que sa sœur venait de faire.

- Tu vois ? s'esclaffa Albus. Elles te font faire ce qu'elles veulent !

- Tu peux parler, grommela James. Chiara a souvent le dernier mot également…

- Sauf pour notre déménagement en Italie, lui fit remarquer Albus.

- Ouais, je reste persuadé qu'elle aura aussi le dernier mot pour ça, peu importe le temps que ça prendra, pouffa James.

Lily les écouta d'une oreille distraite, alors qu'ils échangeaient des piques régulièrement. Et puis, soudainement, ils se turent, regardant leur petite sœur avec amusement.

- Et toi, alors ? T'es du genre à mener à la baguette, ou te faire mener à la baguette ?

Lily cligna des yeux.

- Pardon, vous disiez quoi ?

- Allons, Lily. On est au courant pour Hayden Zabini, maintenant. Qui de vous deux avait le plus souvent le dernier mot ?

Le couteau de Lily glissa.

- Merlin ! s'exclama-t-elle alors que du sang perlait de sa main. Foutue cuisine Moldue !

- Rhéa ! s'exclama James.

- Non, c'est bon, Rhéa, c'est rien, j'ai pas besoin d'aide, s'agaça Lily. C'est une mini-coupure.

Elle se tourna, s'éloigna du plan de travail et mit sa main sous la source d'eau, le temps que le saignement s'apaise.

- OK, donc, clairement, on laisse tomber le sujet Hayden Zabini pour le moment…, souffla Albus. Mais je t'avoue que j'aimerais bien savoir ce qui a pu se passer entre vous deux, depuis un mois et demi que tu es rentrée de Russie. On n'a reçu aucune information de ta part, comme si, à nouveau, rien de vous deux n'existait...

Lily ferma les yeux.

Albus et James continuaient de déblatérer sur Hayden, comme si Lily n'était pas présente.

- Je lui avais demandé de venir me voir, finit-elle par dire.

Aussitôt, James et Albus se turent. Précautionneusement, Albus alla fermer la porte de la cuisine, se doutant que sa petite sœur n'avait aucune envie que cette conversation soit entendue par tout le monde.

- Le soir où je suis revenue de Russie, dit-elle difficilement. Je ne vous en ai pas parlé, mais il est venu me voir. Il voulait parler, il voulait rentrer dans l'appartement, et… j'ai refusé, marmonna-t-elle.

Elle regrettait de plus en plus le choix qu'elle avait fait ce soir-là. Elle aurait dû le laisser rentrer. Mais elle ne l'avait pas fait, et elle ne se sentait pas la force de vouloir rejouer la scène. Elle ne se sentait pas la force, non plus, d'aller lui rendre visite. Elle ne se sentait pas la force de faire quoi que ce soit, ces derniers temps.

- Je lui ai dit qu'il ne devait plus y avoir de secrets, plus du tout, et j'ai refusé qu'il rentre chez moi alors qu'il n'y avait personne pour nous voir. Je lui ai dit d'attendre qu'on connaisse la date de mon audience et que, le jour où elle paraîtrait dans les journaux, je le voulais sur le pas de ma porte, pour qu'il m'annonce qu'il m'emmenait à un rendez-vous public, après mon audience.

- La date de ton audience est connue de tous depuis trois jours…, murmura James.

- Je sais, riposta vertement Lily.

- Et Hayden ? s'enquit Albus.

- Je ne sais pas, dit Lily en se détournant de ses frères. Il n'est pas venu, si c'est là votre question. De toute évidence, sa décision est prise, et il n'a même pas été fichu de me le dire en face. J'aurais dû m'en douter. Je suis stupide, de toute façon, concernant cette histoire. Depuis le temps, je ne devrais pas être surprise de ce qui se passe entre lui et moi, ni de ses réactions…

Lorsque Lily regarda à nouveau ses frères, ils échangeaient un regard entendu.

- Est-ce que vous pouvez arrêter d'agir comme si je n'étais pas dans la même pièce que vous ? soupira-t-elle. Qu'est-ce qui vous traverse l'esprit ?

- Eh bien, à sa place, je pense que j'aurais aussi du mal à venir jusqu'ici, avoua Albus. Avec tout ce qu'on lit dans les journaux, le fait que ta place en tant qu'Auror ne tient qu'à un fil, et qu'il y a peu de chance que tu récupères ta baguette magique…

Chaque mot que prononçait Albus était vrai, et faisait d'autant plus mal à Lily.

Elle vivait dans l'incertitude depuis plus d'un mois, et cela ne changeait pas. Jour après jour, elle espérait un signe qui prouverait que la situation allait s'arranger, mais rien n'y faisait. Elle semblait toujours se dégrader un peu plus. Les spéculations sur son futur étaient nombreuses dans la communauté sorcière, et Lily avait cessé de lire les journaux trop attentivement, afin de ne pas se sentir entièrement démunie face aux informations qui circulaient à son sujet.

Elle avait le soutien de ses frères, évidemment. De sa mère, cela allait de soi. Son père restait en dehors de cela, il ne voulait pas interférer en tant que supérieur, et, surtout, il avait l'impression d'avoir raté son rôle de supérieur et de père en réalisant ce que Lily était capable de faire en dépit de tout bon sens. Ses cousins et cousines gardaient leurs distances également, ne sachant pas toujours comment réagir face à Lily depuis qu'ils avaient appris sa relation avec Hayden.

- Et tout ce qu'il voit dans les journaux, c'est notamment que tu vas sûrement perdre ton emploi… en grande partie parce que tu es partie en Russie pour le sauver. Alors, il ne doit pas savoir sur quel pied danser…

Lily poussa un profond soupir.

- Ouais, j'imagine que ça se comprend… Mais tout de même.

Elle haussa les épaules, et, après s'être assurée que son doigt ne saignait plus, l'entoura d'une gaze et d'un sparadrap.

- Tu sais, la situation n'est pas si désespérée. Pour ton audience, précisa James. Je suis presque certain que ça ira.

Lily sourit difficilement, alors qu'Albus hochait la tête.

- Vous n'en savez rien. Mais merci de faire comme si les choses allaient s'arranger…

- Toujours à ton service, lui assura James en rouvrant la porte de la cuisine.

Aussitôt, son geste fut accueilli par la voix chantante de sa belle-sœur.

- On commence à avoir faim ! leur apprit la voix de Chiara.

Albus afficha un sourire moqueur, comme s'il s'était attendu à cette réflexion.

- Ta femme a toujours faim, souffla James assez discrètement pour ne pas être entendu par Chiara.

- Une de ses nombreuses qualités. S'il y a bien une activité qu'elle ne refuse jamais de faire, c'est celle qui implique de la nourriture.

Lily étouffa un rire peu discret en lançant la cuisson de leur plat.

- Comment ça se passe entre Rhéa et Eleanor ? s'enquit Albus en désignant de la tête la pièce où se trouvaient les intéressées.

- Parfaitement bien. Trop bien, grimaça James. Je suis certain que si tout continue normalement et sans encombre, elles vont se liguer contre moi et faire de ma vie un enfer.

Mais le sourire qu'il avait aux lèvres démentait totalement ce qu'il venait d'affirmer, Albus et Lily en avaient conscience.

- Au fait, merci d'être tous venus, ce soir, dit Lily.

- Même Rhéa ? s'étonna James. Je sais que tu n'aimes pas trop quand il y a de nouvelles personnes qui viennent chez toi, mais je me suis dit que…

Lily balaya ses excuses d'un geste de la main.

- C'est bon. Elle est déjà venue, et je ne peux pas la considérer comme une nouvelle personne. Ça me fait vraiment plaisir que vous soyez tous là.

Albus adressa un regard entendu à James, avant de fixer Lily.

- On va se relayer, ce week-end, dit Albus.

- Se relayer ? s'enquit Lily en haussant un sourcil surpris.

- Ton audience est lundi, et il est exclu que tu passes le week-end seule à cogiter sur ce qui va se dire ou non, expliqua doucement James. Donc on va se relayer, Albus et moi, pour passer du temps avec toi.

- Je n'ai pas besoin que…

- Oui, on sait, Lily, soupira Albus en levant les yeux au ciel. Tu n'as pas besoin de nous, tu es une femme forte, indépendante, qui peut gérer toute seule un tas de situations, que ce soit l'arrestation de mages noirs, la réparation de tes chaudrons, les travaux de ton appartement ou le changement d'huile pour tes lampes. Mais là, t'as besoin de soutien. Et le soutien, c'est pas quelque chose que tu auras toute seule. Pas ce week-end en tout cas.

- Et puis, nous, on a besoin que tu aies besoin de nous, de temps à autre, sourit James pour adoucir les propos d'Albus.

- J'aurai toujours besoin de vous ! leur assura Lily.

- Sauf pour nous confier tes relations, lui fit remarquer Albus.

- Ou pour arrêter des mages noirs.

Lily leva les yeux au ciel, avant de se tourner vers Albus.

- Mais Chiara est là ce week-end, et elle n'est pas souvent là, Alsev… Tu veux vraiment qu'elle reste toute seule chez toi pour qu'on passe du temps ensemble ?

Albus haussa les épaules.

- Elle est en pleine installation d'une boutique sur le Chemin de Traverse. Je passe plus de temps à lui servir des plats et du café pour qu'elle tienne le rythme toute la journée qu'autre chose.

Lily leva un sourcil, suspicieuse.

- Et puis je lui ai demandé si elle était d'accord et elle a dit oui, marmonna Albus.

- Je me disais bien, aussi, murmura Lily.

James jeta un regard d'avertissement à Albus pour que celui-ci ne reprenne pas la parole.

- C'est donc entendu. On passe le week-end avec toi. Chacun un jour. Je vois les parents de Rhéa dimanche, et je ne peux pas rater ça, grimaça James. C'est la rencontre officielle.

- Pas de chance, murmura Albus en frissonnant en se rappelant sa propre rencontre avec les parents de Chiara. Je suis heureux de n'avoir fait cette rencontre qu'une seule fois…

Lily ne put s'empêcher de rire, cette fois. Albus était toujours nerveux dès lors qu'il s'agissait de Chiara, et elle et James avaient passé des jours à le tourmenter lors de son début de relation avec l'italienne.

Sauf qu'Albus n'avait pas prévu de laisser sa sœur se moquer, cette fois-ci. Il afficha un sourire goguenard, et la regarda avec humour.

- Dire que Lily a toujours évité ça, jusqu'à présent.

- Techniquement, j'ai rencontré les parents d'Hayden, se défendit-elle. Mais pas en tant que petite amie.

Albus leva les yeux au ciel.

- Tu as d'ailleurs très bien choisi la manière de les rencontrer. En faisant une perquisition chez eux suite à une lettre les accusant de posséder illégalement des artéfacts de magie noire…

- Alsev ! protesta James.

Lily grimaça.

- Non, James, je crois qu'il avait raison de m'attaquer sur ce point-là. Franchement, c'est une véritable perche que je vous tends pour toutes nos prochaines joutes verbales. Vous avez de quoi me faire taire jusqu'à ma retraite, au moins…

Albus et James éclatèrent de rire.

- On n'a jamais réussi à te faire taire plus de dix minutes, à part quand tu dormais, pouffa James en échangeant un clin d'œil complice avec Albus.

À cet instant, le four sonna.

- Enfin ! s'exclama Chiara.

- Enfin ! répéta Eleanor.

Albus, James et Lily sortirent de la cuisine rapidement, rejoignant Rhéa et Chiara, qui animaient les dessins d'Eleanor à chaque fois que l'enfant le demandait.

- Si j'avais su que vous mettiez autant de temps à préparer vos repas, j'aurais proposé de faire la cuisine moi-même, murmura Rhéa en se levant.

James agita sa baguette magique pour que la table soit mise, avant de glisser un bras autour de la taille de Rhéa.

- Les Potter ne mangent jamais tôt.

- Ne dis pas n'importe quoi, James. Les Potter mangent quand ça les arrange, c'est ça la vérité ! protesta Chiara.

- Ce n'est pas vrai ! se défendit Lily. On mange à des heures totalement normales.

Chiara se tourna vers elle, moqueuse, en désignant Albus qui faisait mine de se désintéresser de la conversation.

- Je vis avec un Potter, Lily, ne l'oublie pas. Il se lève parfois à trois heures du matin pour manger un repas, parce qu'il a faim, et qu'il refuse de faire patienter son estomac.

- Ne te plains pas trop, il me semble que généralement, tu me rejoins pour ces repas, car tu as également faim, lui rappela mollement Albus.

- Je te rejoins parce qu'on ne vit pas ensemble, et que je fais en sorte de profiter de chacune des minutes en ta compagnie, très cher mari, répondit immédiatement Chiara.

- C'est parce que tu ne veux pas venir vivre au Royaume-Uni, ça, bougonna Albus.

- Et toi, tu ne veux pas venir vivre en Italie.

- Amusant, j'ai l'impression d'avoir déjà assisté à cette conversation, se moqua Lily.

Elle regarda James, complice.

- Oh, oui, ça a dû arriver qu'on les entende parler de leur déménagement. Je dirais que ce n'est arrivé qu'une petite centaine de fois.

- J'ai faim ! s'exclama Eleanor.

- Et c'est ainsi qu'Eleanor nous sauva d'une énième conversation interminable entre les enfants Potter, murmura Chiara. Allez, vous avez entendu la plus jeune, il faut manger ! Lily, arrête de vouloir faire le service, installe-toi et profite d'avoir tes frères à ta merci ce week-end pour ne rien faire d'autre que les exploiter. Assieds-toi ! insista sa belle-sœur.

Et Lily finit par se laisser faire. Parce que, sincèrement, depuis des années, elle cherchait à avoir le contrôle sur tout. Son métier, ses relations, ses amis, sa famille. Elle voulait tellement avoir le contrôle qu'elle avait tout compartimenté. Tout mis dans des cases, empêchant les différentes cases de se rencontrer, jusqu'à ce que toutes ces cases se détériorent, petit à petit, sans qu'elle ne s'en rende compte. Et puis, un jour, il était trop tard, et elle se retrouvait sans baguette, et sans possibilité de faire de la magie.

Chiara servit les entrées.

- Alsev, t'as rajouté du sel dans notre dos ! grimacèrent James et Lily en goûtant leur salade.

Leur frère afficha un air trop innocent pour qu'il soit vrai.

- T'es pas croyable, marmonna James.

Mais pour une fois, James ne chercha pas à reprocher plus longuement à Albus ses choix culinaires. Il se concentra sur Eleanor, qui avait apparemment beaucoup de choses à raconter, bien que James soit la seule personne autour de la table à comprendre réellement ce qu'elle disait, dans ses monologues. Ses phrases étaient prononcées rapidement, et beaucoup de mots étaient tronqués dès lors qu'elle voulait prononcer des phrases de plus de cinq mots.

Assez rapidement, Lily se fit porter par les discussions des uns et des autres, répondant à chaque fois qu'elle le devait. Elle avait encore du mal à le reconnaître, mais avoir ses deux frères, Chiara, Rhéa et Eleanor chez elle, ce soir, était exactement ce dont elle avait besoin. Même si elle adorait son indépendance et sa solitude, elle n'était pas en état de les accepter, ce soir. Elle avait besoin de compagnie. Elle ne pouvait pas rester seule avec ses pensées et ses doutes. Pas aussi proche de son audience, pas alors qu'elle s'était réellement attendue à ce qu'Hayden soit sur le pas de sa porte, trois jours auparavant.

- Ce vin d'ortie est vraiment mauvais, grimaça Chiara. Vous auriez dû me le dire, j'aurais rapporté une bouteille de mon oncle.

- C'est à cause de James, il dit toujours qu'il sait choisir le vin, alors qu'en fait, pas du tout, se plaignit Albus.

- Tu dis exactement la même chose, lui rappela son grand frère. Et Lily aussi. La vérité, c'est que nous sommes tous les trois très mauvais en matière de vin, et qu'il faut qu'on arrête d'essayer d'en boire. On va se contenter de Bièraubeurre…

- Affligeant, murmura Chiara en levant les yeux au ciel.

- J'imagine qu'il fallait bien que je commence à découvrir tes défauts à un moment donné, murmura Rhéa en regardant James comme si elle le découvrait pour la première fois.

James parut soudain confus, mais n'eut pas le temps de se défendre. On frappa à la porte.

- Quelqu'un doit venir ? demanda Eleanor.

Ils éclatèrent de rire en voyant le sérieux de l'enfant.

- Elle répète ce que je dis à chaque fois qu'on frappe à la porte de l'appartement, grimaça James. Il faut vraiment que je fasse très attention à ce que je dis, à présent… Mais vraiment, on attend quelqu'un d'autre ?

Ils se tournèrent tous vers Lily, qui secoua la tête.

- Je n'ai invité personne, je n'avais pas envie de croiser du monde juste avant l'audience, leur rappela-t-elle.

Albus se leva.

- Je vais voir, se proposa-t-il spontanément.

Lily, suspicieuse, dévisagea James.

- Ne me dis pas que vous avez invité d'autres personnes de la famille. Je vous ai dit que je voulais être tranquille !

Chiara intervint rapidement.

- Lily, je te promets qu'on n'a pas pris la liberté d'inviter d'autres personnes, que ce soit de la famille ou tes amis. On n'aurait pas fait ça, surtout en ce moment.

Lily soupira. Elle croyait Chiara sans trop de difficulté. Ses frères n'auraient jamais outrepassé ses limites de cette manière, et ils chérissaient trop l'idée de l'avoir pour eux seuls durant ce week-end.

L'éclat de rire d'Albus les surprit tous.

- Qui est-ce qui le fait rire comme ça ? murmura Chiara.

Albus revint rapidement, un sourire moqueur sur le visage. Ses yeux verts pétillèrent d'amusement en se posant sur sa petite sœur. Il tenait à la main une bouteille de vin d'ortie.

- Alors, déjà, sachez que notre invité surprise sait apparemment choisir le vin, à l'inverse de James, Lily, ou moi.

- Enfin une personne sensée ! s'amusa Chiara.

- Mais encore ? s'enquit Lily, avec une pointe d'agacement.

- Apprenez ensuite que cet invité est venu pour exactement les mêmes raisons que nous, à savoir tenir compagnie à Lily pour ne pas qu'elle soit seule maintenant que la date de son audience est connue, et que ce n'est que dans quelques jours… Il aurait voulu venir trois jours plus tôt, mais ça n'a pas été possible.

Lily se figea. Albus la fixa avec malice.

- Tu as compris de qui il s'agit, petite sœur ?

Elle hocha doucement la tête.

- Pas nous, grommela James. On peut avoir un dernier indice ? Ou, même, cette personne peut entrer dans la pièce ? proposa-t-il. Ta théâtralité me fatigue…

- Je suis acteur de théâtre, je suis toujours théâtral, et…

- Abrège, Alsev, par pitié, murmura Rhéa en soupirant.

Chiara lui adressa un clin d'œil complice pour lui faire comprendre qu'elle avait agi exactement comme il le fallait. Il ne fallait jamais laisser Albus partir dans ses digressions.

- Pour terminer, je pense que cet invité surprise regrette quelque peu d'être arrivé à l'improviste. Parce qu'il semblait d'accord pour du public, mais il ne s'attendait pas forcément à un repas avec ses ex-beaux-frères… Ou beaux-frères, ça, j'imagine que ça dépend de pas mal de choses, dont ton avis, Lily ?

Albus se retourna vers l'invité surprise.

- Et du tien également, j'imagine, Hayden ?

- Ouais, du mien aussi, confirma la voix d'Hayden.

Lily regarda tour à tour les personnes à table avec elle.

- Vous savez, ça fait onze ans que je connais Lily, mais je ne l'ai jamais vue incapable de parler, murmura Chiara, songeuse.

- C'est un moment d'anthologie, confirma James.

- Vous ne pourriez pas être un peu plus indulgents avec Lily ? soupira Rhéa.

- Non, ils profitent du moment, expliqua Albus. Et je dois reconnaître que moi également…

Albus s'avança dans la pièce et sortit sa baguette de sa manche. D'un agile coup de baguette magique, il fit venir une assiette et des couverts supplémentaires, qui se posèrent délicatement sur la table, tandis qu'une chaise s'approchait timidement.

- Ce n'est plus l'heure d'être timide, Hayden, viens donc te joindre à nous ! plaisanta Albus.

Lily savait qu'il allait apparaître, bien sûr. Mais cela ne l'empêcha pas d'être toujours dans l'incapacité de parler lorsqu'il apparut réellement dans son champ de vision.

- Euh… Salut, dit Hayden.

- Pose la bouteille de vin d'ortie sur la table, lui proposa Chiara en jetant un œil à l'étiquette. Merci Merlin, tu as choisi un bon cru ! Un autre connaisseur, on en manquait cruellement…

Hayden s'approcha doucement.

- Eh ! Suis plus malade, moi ! protesta Eleanor en le voyant s'approcher.

Elle le désigna lui, puis Rhéa, avant de croiser les bras sur sa poitrine.

- C'est marrant, Lily avait exactement les mêmes réactions lorsqu'elle était enfant, tu te souviens, Alsev ? badina James en gardant un œil sur Hayden.

Ce dernier s'était arrêté en constatant que Lily ne lui adressait toujours pas la parole.

- C'est vraiment perturbant, murmura Hayden en la désignant du doigt. Je sais que j'avais dit que la prochaine fois qu'on se verrait, je devrais parler, et toi m'écouter, mais là, le fait que tu ne prononces pas le moindre mot…

- Mais, enfin, profitons de ce moment à sa juste valeur ! plaisanta Albus en se moquant de sa sœur.

Lily sortit alors soudainement de sa léthargie.

- Je t'attendais il y a trois jours…

- Je sais.

- Et t'étais pas là, il y a trois jours, insista-t-elle.

- Ouais.

- Pourquoi ?

- J'étais aux États-Unis. Je devais récupérer mes affaires envoyées là-bas avant…

Hayden se tut, ne sachant comment terminer sa phrase.

- Ton mariage qui n'a pas eu lieu ? proposa James avec une pointe de moquerie dans la voix.

- Ouais, exactement.

- Ah oui. Le fameux mariage qui n'a pas eu lieu, qui a fait qu'ensuite tu es parti faire le tour du monde, que tu as été kidnappé en Biélorussie et que tu as atterri en Russie, où Lily est allée te chercher alors qu'elle n'en avait pas le droit, et dont les conséquences sont qu'elle n'a plus de baguette et qu'elle a une audience disciplinaire à huis-clôt lundi ? demanda Albus.

- Euh… Ouais, voilà. T'es toujours comme ça ? voulut savoir Hayden.

Lily, qui le connaissait bien, savait quels efforts cela demandait à Hayden de poser une telle question. De s'intéresser réellement à quelqu'un. Pour lui faire plaisir. À elle. Pour faire des efforts.

Et c'est peut-être pour ça qu'elle réussit enfin à se détendre complètement.

- Non, là, il se retient, lui expliqua-t-elle. Il ne veut pas t'effrayer totalement dès la première rencontre.

- Pourquoi est-ce que je n'ai pas eu droit à la version calme d'Alsev, moi ? s'étonna Rhéa.

- Parce que je ne réserve cette version qu'aux personnes qui sortent secrètement avec ma sœur pendant cinq ans, se moqua Albus.

Lily et Hayden grimacèrent.

- Franchement, les Potter, je vous adore, intervint Chiara. Vraiment. Mais je vous rappelle que j'ai faim depuis trop longtemps, et qu'on n'a même pas encore servi le plat principal. Alors, est-ce qu'on peut arrêter de se moquer d'Hayden, le laisser s'installer, déboucher la bonne bouteille de vin d'ortie qu'il a apportée, manger les lasagnes, et discuter comme des personnes civilisées ?

James et Albus haussèrent les épaules d'un même mouvement, avant de se tourner vers Lily, dont le regard était toujours fixé sur Hayden.

- La première rencontre ? reprit Hayden en ne regardant que Lily.

Elle sourit doucement.

- Ouais. La première rencontre. Et je serais toi, je fuirais tant qu'il en est encore temps… Les prochaines rencontres risquent d'être plus sportives.

Hayden inspira profondément, s'approcha et s'installa à la place vacante.

- Il faut que j'apprenne à ne plus fuir, pas vrai ?

Il déboucha la bouteille de vin d'ortie tranquillement, et regarda les personnes qui le fixaient tous avec grand intérêt.

- Qui est-ce que je sers en premier ?


Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises.

AH ! Reconnaissez que vous n'y avez pas cru, à une fin d'histoire calme, pas vrai ? Et pourtant, on dirait bien qu'on s'y dirige… Comme quoi, même moi, je peux potentiellement terminer une histoire sans problème majeur. Ou peut-être pas. Après tout, ce n'est pas le dernier chapitre, celui-ci, ne l'oubliez pas, eh, eh. Le dernier chapitre, c'est celui de la semaine prochaine ! Il peut se passer plein de choses, on peut apprendre que finalement, ça n'a pas marché du tout entre eux... Il faudra attendre une semaine pour savoir ce qui a découlé de la venue d'Hayden ! Est-ce que vous êtes prêt-e-s pour qu'on se dise au revoir ?

Moi, ça va, au final. Ce n'est pas l'histoire que j'ai eu le plus de mal à écrire, ni le plus de mal à laisser derrière moi. Je suis contente de l'avoir écrite, elle m'aura demandé moins d'investissement que d'autres, et dans un sens, c'était cool d'avoir cette simplicité d'écriture ! Tiens, d'ailleurs, au début du confinement, j'avais envoyé un message à une amie qui lit ce que j'écris en disant qu'en une semaine, j'avais écrit 4 chapitres, et qu'à ce rythme, si le confinement durait trop longtemps, j'aurais le temps d'écrire une fiction de 20 chapitres… Et c'est exactement ce qui s'est produit !

Comme à chaque fin d'histoire, je vous laisse me poser des questions sur la suite, sur ce qui vous questionne sur cette histoire, sur tout et n'importe quoi… Et je ferai en sorte d'y répondre la semaine prochaine !

D'ailleurs, je ne serai à nouveau pas chez moi. Quelle idée de poster une FF alors qu'il y a les vacances au milieu, ah, ah. La galère que ça aura été ! Je m'occuperai de faire les réponses à vos reviews entre mes deux séjours, histoire qu'elles ne s'accumulent pas trop dans mes mails… Mais je les lis toutes, merci à vous d'en laisser :) !

Oh, et comme d'habitude : merci à DelfineNotPadfoot pour ses corrections hebdomadaires, surtout en cette période de vacances, où on ne fait que se croiser… Mais écoutez, on arrive quand même à s'envoyer des mails avec les chapitres, et les corrections !

Méfaits accomplis.