Avant-propos : Cet OS est un peu étrange, je crois. Je l'écris depuis juin, et j'ai hésité trois fois à la supprimer définitivement avant de me faire violemment raisonner.

TW : relation malsaine / description graphique / meurtre


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« What's covering your eyes ?

That's what makes your view dark. »

LAY – Soul

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Il y avait un serpent autour de son cou.

Il y avait un serpent autour de son cou et une tasse de thé fermement serré entre les paumes de ses mains.

Dans son dos, le soleil éclairait son salon d'une lumière suffisamment douce pour que ses yeux encore endormis ne soient pas blessés. Il était tôt, définitivement trop tôt à son goût. Et se concentrer sur le monologue que menait son interlocutrice depuis qu'elle s'était assise sur l'un de ses fauteuils lui demandait plus d'énergie qu'il n'en avait actuellement à disposition.

-J'ai entendu ce que tu as dit., Commença lentement, doucement, précautionneusement Xie Lian., Mais je ne suis pas certain d'avoir traité l'information comme il se doit.

Un soupire, un roulement des yeux, et des ongles nacrés qui claquèrent contre la surface fragile d'une autre tasse.

-Tu as très bien compris, ne joue pas l'innocent avec moi., Répliqua la voix mi-tranchante mi-accusatrice de Shi Qingxuan, ses yeux fardés de vert résolument posés sur lui.

Elle – parce que Shi Qingxuan se sentait femme aujourd'hui – était arrivée sur le devant de sa porte avec le Soleil, une étincelle dans les yeux qui ne pouvait que signifier deux choses : soit son amie était au courant de quelque chose de particulièrement outrageant et qui ferait couler des litres et des litres d'encres en tirage papier de tabloïds soit, la maison Gucci était revenu dans les droits chemins pavés de la création et s'était décidé à sortir une collection printemps / été décente.

Et comme le dernier fait semblait être basé sur les périhélies de la comète de Halley, Xie Lian avait naturellement conclu que la première solution était la réponse correcte.

Néanmoins, il ne s'attendait pas à ce les informations que détenaient son amie le concernait lui en particulier.

-Peut-être., Répondit le brun après une hésitation parfaitement légitime à ses yeux., Mais je peux difficilement admettre que tout ce que tu viens de prononcer à réellement du sens.

Shi Qingxuan prit – délicatement – son visage parfaitement maquillé entre ses mains et souffla quelque chose qui ressemblait à « Que les Divinités me viennent en aide » mais Xie Lian ne pouvait en être parfaitement certain.

-Je ne veux même pas entendre ta raison bancale., Elle prononça après avoir redressé sa posture., Je sais qu'elle va me contrarier et mon visage n'est pas fait pour être déformé de la sorte.

-Je suis trop vieux pour ce genre de contrat., Répondit néanmoins Xie Lian, les mots s'échappant de la barrière de ses lèvres sans qu'il ne puisse totalement les rattraper.

-Je t'avais dit que je ne voulais pas l'entendre., Claqua la voix de son amie contre ses paroles, ses lèvres rehaussés dans une expression empreinte d'agressivité., Je jure que si je t'entends encore une fois utiliser ses deux mots à la suite pour te désigner je te jette mes Jimmy Choo à la tête.

Le rire qui secoua doucement les épaules de Xie Lian fit siffler de mécontentement Ruoye et le brun déposa sa tasse avant de se lever pour replacer le vertébré dans son terrarium.

-Mais n'est-ce pas la vérité ?, Demanda calmement le brun en se retournant, le fantôme d'un sourire sur son visage., Nous avons tous une date de péremption dans ce métier, et la mienne expirera bien avant la tienne.

Il n'y avait aucune amertume dans son ton c'était la réalité de la chose, et Xie Lian – comme toutes les personnes qui avaient été poussés sur le devant de la scène et exposés à la lumière des projecteurs uniquement à cause de la beauté que les Cieux avaient déposée en eux – en était parfaitement conscient.

Descendant lointain d'une branche de l'ancienne monarchie, Xie Lian avait été repéré très vite lors d'une de ses nombreuses représentations de taiji jian ¹ alors qu'il avait tout juste quinze ans. Très vite, les contrats s'étaient enchainés, et sans qu'il ne s'en rende compte, son visage avait peu à peu tapissé les moindres recoins des plus hauts buildings de Chine, ses traits s'exportant même à l'international avec pour seul visa tantôt une marque de parfum, tantôt une enseigne de maquillage.

Tout était allé vite. Très vite. Et alors que les années s'usaient sur sa peau, de nouveaux visages avaient remplacés le sien celui que l'on appelait à son apogée Son Altesse Royale, contemplait à présent d'un regard sans haine les fragments de la personne presque adulé qu'il avait été autrefois.

-Je vais avoir trente ans., Il reprit doucement., Je suis certain que la maison Crimson Rain peut trouver de quelqu'un de beaucoup plus adéquat pour être l'égérie de leur nouvelle campagne.

-Sauf que Hua Cheng à explicitement demandé à ce que ce soit toi., Souligna Shi Qingxuan dans un bruit de porcelaine que l'on pose., Toi et personne d'autres.

-En es-tu sûre ?, Demanda Xie Lian, portant une main à ses tempes.

Son amie claqua sa langue contre son palais devant l'audace dont le brun venait de faire preuve.

-Cela n'a aucun sens., Répéta Xie Lian., Pourquoi Hua Cheng prendrait une telle décision ?

-Je doute que quelqu'un d'autre que lui, divinités et entités supérieures comprises, puisse répondre à cette question à sa place., Répondit Shi Qingxuan., Et je suppose que si tu veux l'obtenir, tu devras l'entendre de sa propre bouche., Elle ajouta sur un ton un peu trop satisfait au goût du brun.

Et Xie Lian ne pouvait que lui donner raison sur ce point personne dans ce monde n'était à même de deviner ce qu'il pouvait bien se passer derrière l'esprit du créateur de Crimson Rain.

Shi Qingxuan sut que son ami venait de prendre sa décision, avant même que celui-ci ne l'exprime à voix haute.

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Il y avait des rumeurs – évidemment. Le contraire aurait été étrange, mais fort est de constater que Hua Cheng entraînait dans sa marche le vent des chuchotements à chaque geste qu'il effectuait.

Xie Lian – et même s'il avait toujours désapprouvé ce genre de pratique – ne pouvait décidément pas leur en porter rigueur.

Cela aurait été des plus hypocrites.

Lui-même, avait passé un nombre incalculable d'heures les yeux rivés sur les créations de Hua Cheng en se demandant qui pouvait bien être la personne derrière les longues trainées écarlates que présentaient les mannequins sur les podiums, des papillons de cristal blanc cadencent chacun de leurs pas.

Car s'il y avait bien une chose que Hua Cheng savait maîtriser à la perfection, hormis les crayons qu'il utilisait pour ses esquisses, était d'entretenir à dessein le nuage de mystère qui entourait sa personne.

C'était une technique que Xie Lian ne pouvait que saluer en inclinant la tête.

Faire en sorte que le monde entier connaisse son nom – ou du moins, le nom qu'il avait choisit d'offrir à l'humanité – mais pas son visage, avait de quoi attiser les rêveries les plus fantasques, tout comme les critiques les plus acerbes.

-Il parait qu'il est hideux., Avait un jour soufflé à voix basse une influenceuse à quelque rang derrière lui, lors de la Fashion Week de Pékin, quatre ou cinq saisons en arrières, durant la présentation d'une collection automne / hiver., C'est sûrement pour cela que personne ne connaît son identité.

-J'ai entendu dire qu'il avait subit un accident lorsqu'il était plus jeune, et qu'il lui manquait un œil à cause de cela !, Renchérit la femme assise à ses côtés, le programme de la soirée couvrant ses lèvres.

-Vraiment ?, Demanda l'influenceuse, et Xie Lian n'avait pas besoin de voir ses traits pour savoir qu'ils étaient déformés par un dégoût palpable., Quelle ironie ce serait. Qu'un homme si monstrueux soit capable de créer de telles merveilles., Elle ajouta dans un soupire, alors qu'un homme à la peau sombre passait devant leurs yeux, le torse habillé d'une soie si fine pour que seuls les cristaux de pluie qui la composait apparaissent.

Xie Lian ne pensait pas que cela aurait été ironique du tout, au contraire, cela aurait expliqué bien des choses.

-Veuillez-me suivre, s'il vous plaît., Dit la voix d'une des employés de Crimson Rain, ramenant le brun brutalement au présent.

Hochant la tête, Xie Lian se leva du siège confortable où l'on l'avait installé devant une tasse de thé et des amuses-bouches – qu'il n'avait pas touché – pendant que les derniers réglages du shooting photo s'effectuaient. Le brun avait à présent l'habitude de cette danse rythmé et organisés à la note près.

Cela faisait des années à présent qu'il n'avait plus besoin de la présence constante de son manager – et c'était un réel soulagement, Feng Xin pouvait être d'une intransigeance sans faille dans ses bons jours.

Et d'un perfectionnisme étouffant, dans ses mauvais.

Xie Lian avait appris à se laisser entrainer dans cette cadence effrénée, et se laisser habiller et déshabiller par des personnes qu'il n'avait pas vue avant, et qu'il ne reverrait jamais après, sans se sentir gêné sous leur regard professionnel – quand professionnalisme il y avait.

Cependant, rien n'aurait pu le préparer au soudain ralentissement du temps, et à l'étouffement à peine perceptible du son, alors qu'une énième porte de loge se refermait dans son dos, et que ses yeux se posèrent sur un homme, plus jeune et plus grand que lui, des cheveux mis longs attachés en une natte lâche, et des yeux étincellent d'une émotion que Xie Lian n'aurait pu nommer.

-Bonjour., Fut les seuls mots capables de franchir la barrière de ses lèvres, et il n'était pas totalement certain que les soudaines rougeurs qui voulaient annexer ses joues étaient uniquement dû au sourire que l'inconnu lui adressa.

Pas entièrement, du moins.

-Dianxia., Le salua en retour l'homme, et il y avait un quelque chose dans les flexions de sa voix qui firent accélérer les pulsations de son cœur., C'est un réel honneur de vous rencontrer.

Cillant, Xie Lian laissa un pâle sourire rehausser ses lèvres :

-Voilà bien des années que personne ne m'avait appelé comme cela., Il dit doucement, ne sachant pas démêler les émotions qui semblaient nouer son ventre.

-Je peux vous appeler d'une autre façon, si vous le désirez., Répondit l'homme en lui faisant signe de la main de prendre place sur l'un des sièges de cuir noir de la pièce., Mais j'aurai l'impression de vous manquer de respect.

Le brun pesa le pour et le contre de la proposition, alors que ses pas le guidaient jusque devant une psyché où des produits de cosmétique étaient disposés à côté d'un set de pinceau.

-Peu m'importe., Il conclu après quelques instants de silence, sous le regard scrutateur de son vis-à-vis., Cela n'a pas la moindre l'importance., Il pinça les lèvres, et laissa son regard glisser sur les boucles qui balayaient son front et la frontière de ses yeux sombres le pourpre de la perle allongé monté sur une boucle d'argent qui pendait à son oreille gauche et qui faisait écho au carmin de sa chemise., En revanche, j'aimerai savoir comment moi je dois vous nommer.

Le souffle qui s'échappa des lèvres de l'inconnu pouvait à s'y méprendre, ressemblait à un rire.

-San Lang., Il répondit avec une forme d'amusement qui n'avait pas lieu d'être, alors qu'il fixait doucement les longues mèches de cheveux de Xie Lian sur les côtés de sa tête à l'aide d'épingles plates.

-San Lang., Répéta le brun et l'autre hocha la tête ponctuée d'un « hm » de confirmation.

Puis, Xie Lian ferma les yeux lorsque San Lang le lui demanda, et ce n'est que lorsque celui-ci le prévint qu'il allait toucher ses paupières, que le brun reprit la parole :

-Vous ne comptez pas appliquer de fond de teint ?

-Non., Fut la seule et unique réponse du maquilleur, et devant le léger froncement de ses sourcils, il reprit., Vous avez une peau parfaite, il n'y absolument rien à dissimuler. Et si imperfections il y avaient, elles n'entacheraient en rien à votre attrait., Une pause., J'ai toujours trouvé que c'était un blasphème que de blanchir votre visage pour respecter un quelconque critère de beauté bancal.

La surprise qui jaillit en Xie Lian lui fit presque ouvrir les yeux pour pouvoir observer ces traits de ses yeux et vérifier par lui-même si son vis-à-vis ne lui mentait pas, malgré la sincérité qui résonnait dans sa voix.

-Je ne suis pas sûre que beaucoup de personne partage votre raisonnement., Il réussit à articuler précautionneusement., Même s'il est fondé et vrai.

-Le monde ne vous mérite pas., Fut la seule chose que San Lang répondit, et Xie Lian ne savait pas s'il avait soudainement envie de rire ou pleurer en entendant la conviction inébranlable contenu dans ces mots.

-Je n'ai rien accompli pour gagner ce genre d'éloge., Il le contredit sans élever la voix, et le pinceau qui jusqu'à lors effleurait le creux de sa paupière s'immobilisa.

-Être l'inspiration où le soutien émotionnel de quelqu'un n'est donc pas une raison suffisante ?, Demanda le San Lang, et il y avait un quelque chose, une flexion dans le ton de sa voix, qui obligea Xie Lian à repenser la question avant d'y répondre.

Le brun avait conscience qu'il possédait des admirateurs à travers le monde. Des personnes dont les centres d'intérêts convergeaient tous dans le point central qu'était le monde intransigeant des podiums des fashion shows et des maisons de haute couture. Il avait conscience que l'image qu'il avait longtemps véhiculé – qu'il diffusait toujours – pouvait attirer l'attention et même l'obsession de certain. Il n'était également pas naïf au point d'ignorer que des gens lui était complètement dévoué, comme s'il était l'icône lointaine d'une divinité ancestrale.

Mais ce que San Lang décrivait…

-J'avais treize ans la première fois que j'ai vu votre visage sur une affiche., Continua le maquilleur devant son manque de réponse, son pinceau reprenant le travail de la courbe qu'il dessinait., C'était un panneau publicitaire qui éclairait un abri de bus., Il marqua une pause dans sa phrase, et Xie Lian perçu le bruit d'un changement de pinceau., Il était tard ce soir là et ma mère, comme elle le faisait souvent, m'avait mit la porte pour des raisons dont je crois, il n'est pas nécessaire de préciser. J'avais l'habitude de faire mes devoirs à cet arrêt car c'était le seul endroit de ma rue avec de la lumière et une surface qui s'apparentait le plus à une table., Un soupire, un silence, et l'instant d'après, le brun put sentir une texture nouvelle courir sur la peau de son visage., Je ne me souviens plus dans quel état d'esprit j'étais ce soir-là. Je ne me souviens pas non-plus comment je suis rentré chez moi, après. La seule chose dont je me rappel est ce cliché, pour la vente d'un parfum. Il y avait un serpent blanc autour de votre poignet, et vous aviez l'air d'un Dieu que j'aurai aimé pouvoir prier. Que j'aurai été prêt à prier.

-San Lang., S'entendit prononcer Xie Lian dans une tentative de l'arrêter.

-C'est vous qui m'avez donné envie de faire ce que je fais., Dit le maquilleur sans se soucier de sa faible protestation., Vous n'avez peut-être pas conscience de ce que vous apportez à des personnes comme moi, mais s'il vous plaît, n'ayez pas une image aussi faible de vous-même.

La fin de sa phrase sonnait comme une réprimande. Elle lui faisait l'effet d'un coup sur le bout de ses doigts. Pas douloureux, mais avec un bruit assez fort pour lui donner l'impression qu'il avait eu mal.

-Je suis désolé., Il dit, après qu'un ange soit passé entre eux., Je suis désolé, et je suis content d'avoir été la personne qui vous a donné l'impulsion pour arriver là où vous en êtes aujourd'hui, mais n'oubliez pas que ce mérite vous revient, il n'est pas de mon fait.

San Lang émit de nouveau un « hm » qui semblait cette fois dire que, s'il avait bien entendu ce que le brun avait à dire, il n'avait pourtant aucune intention de s'y attarder.

Un sourire mi-amusé mi-défaitiste étira les lèvres de Xie Lian à ce constat.

-Vous pouvez ouvrir les yeux., Lui indiqua San Lang, au bout de la consumation d'un bâton d'encens.

Xie Lian battit doucement des cils, et lorsque sa vision se stabilisa, son souffle se coupa dans sa gorge. Le visage du jeune homme était toujours penché vers le sien, si près que le brun pouvait distinguer sans mal le détail du relief de sa peau et percevoir les effluves de son parfum.

Ses doigts se refermèrent sur les accoudoirs du fauteuil qui l'acceuillait, à défaut de saisir tout autre chose.

-Entrouvrez vos lèvres, Dianxia., Lui souffla San Lang, et l'automatisme avec laquelle il s'exécuta le surprit, autant que le bourdonnement de son rythme cardiaque à ses oreilles.

Un nombre incalculable de personne avaient eu l'occasion d'appliquer des couleurs sur sa bouche autant de visages flous que de traits anonymes. Et même à ses débuts, Xie Lian n'avait pas ressenti le côté intimiste de l'acte, avant que les doigts de San Lang se posent sur le bas de son visage pour le maintenir doucement en place. Et cela l'effrayait au-delà de ce qu'il était capable d'admettre.

Il y avait un mot de sept lettres.

Un tout petit, ridicule, insignifiant mots composés de sept lettres, et qui, depuis le jour où il était entré dans son vocabulaire, résumait l'intégralité de sa personne.

Asexuel.

C'était Shi Qingxuan qui le lui avait offert entre deux verres de vin rouge, l'épaule négligemment appuyé sur un mur, le buste penché dans sa direction pour lui souffler sa question à l'oreille, afin de se faire entendre à travers la musique de boite de nuit qui attaquait ses sens.

-Est-ce que c'est parce que tu es asexuel que tu Ray Charles tout mes sous-entendus pour que tu saisisses les doubles des clés de ma chambre d'hôtel ?

Et Xie Lian n'avait pas comprit où est-ce qu'il – car son ami s'était sentit homme ce soir là – voulait en venir. Evidemment. Et c'est avec un sourire compatissant et doux, que Shi Qingxuan l'avait invité à faire plus de recherche sur le sujet lorsqu'il serait dans un environnement plus calme.

Le brun n'avait pas fermé l'œil de la nuit.

-Et voilà., Conclut lentement San Lang, avant de redresser sa position., Je vous laisse vous observer., Il ajouta en reposant son matériel avant de s'éloigner de la psyché.

Sortant de ses pensées, Xie Lian fit pivoter le fauteuil et le miroir lui renvoya son regard. Fardé de rouge, offrant un fond de toile pour la dizaine de papillon d'argent qui semblaient prendre leur envole sur les coins externes de ses paupières, jusqu'à ses tempes. Ses lèvres étaient d'un pourpre profond presque scandaleux, comme il avait rarement déjà eu l'occasion de les avoir.

Et lorsque ses yeux dérivèrent pour la première fois sur la tenue qu'il portait, et sans aucune forme de narcissisme, Xie Lian réalisa qu'il s'agissait là, de l'apparence la plus saisissante qu'il pouvait offrir.

-Je –., Il commença avant de s'interrompre, portant une main à la ceinture de cuir noir et d'argent qui scandait sa taille, maintenant en place les deux pans de tissus épais qui recouvrait son torse, dans des contorsions de carmin et d'onyx, de motif d'argent composé d'entrelacement de fleurs et de rivières.

-Oui ?, L'encouragea San Lang, alors que le brun abaissait son regard pour observer l'endroit où le tissu devenait plus long et fin au niveau de ses hanches, se séparant en haut de sa cuisse droite, dévoilant le reste de sa jambe nue.

-Je suis reconnaissant envers Hua Cheng pour avoir décidé de placer sa confiance en moi, et me laisser l'occasion de porter une pièce aussi belle., Reprit Xie Lian en se tournant vers San Lang., Et je vous remercie également pour le travail que vous avez accompli., Il ajouta en inclinant sa tête dans sa direction.

-Savoir que vous appréciez mon œuvre est un remerciement amplement suffisant., Répondit le maquilleur, une lueur de profonde satisfaction au fond de ses yeux sombres.

Et c'est à ce moment précis que Xie Lian comprit.

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Cela faisait longtemps que les flashs des appareils photos ne l'aveuglaient plus autant. Il avait appris à coup d'agressions rétiniennes comment orienter son regard pour concilier son meilleur profil tout en gardant ses yeux ouverts.

Et si San Lang ce jour-là, se trouva être précisément dans la zone où le brun concentrait son attention pour éviter de ciller à chaque fois que le photographe appuyait sur le déclencheur, cela devait forcément n'être qu'une coïncidence.

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-C'est vraiment regrettable., Murmura Xie Lian alors qu'un gant humide et souple effleurait les contours de son visage.

-Quoi donc ?, Demanda San Lang, une de ses mains retenant en arrière les mèches de cheveux du brun pour les empêcher d'être mouillé.

-De devoir effacer un si beau maquillage., Il répondit avec un soupire., Je suppose que j'aurai au moins la consolation de savoir qu'il existe des clichés qui l'immortalisera à tout jamais.

-Je ne pensais pas qu'il vous avait autant plu., Dit avec une hésitation San Lang.

-Je pensais avoir été suffisamment expressif à ce sujet., Rit le brun dans un souffle avant d'ajouter, plus pour lui-même que pour son interlocuteur., Je crois que j'aimerai avoir un motif comme cela de façon permanente sur le corps.

-Qu'est-ce qui vous en empêche ?, Demanda son vis-à-vis après une pause.

-Il est écrit dans mon contrat avec mon agence que je m'engage à ne pas marquer de façon indélébile mon corps., Répondit Xie Lian par automatisme, avant de pincer les lèvres et d'ouvrir de nouveau les yeux lorsque le gant quitta sa peau., Mais je suppose que cette règle ne s'applique plus à moi à présent.

San Lang ne chercha pas à cacher la soudaine ligne qui barra son front de part son froncement de sourcils :

-J'ose espérer que vous ne dites pas cela à cause de votre âge.

Le silence de Xie Lian fût une confirmation suffisante.

-Vous n'êtes pas vieux., Continua son vis-à-vis, et Xie Lian eut envie de rire devant la conviction certaine de sa déclaration.

-J'ai sept ans de plus que vous, San Lang., Il répondit doucement., Un jour viendra où vous comprendrez que personne n'est éternel dans ce milieu qui est le nôtre.

L'éclat au fond de ses yeux sombres lui révéla que San Lang ne serait pas aussi facilement convaincu par cet argument.

A présent qu'il était vêtu de ses vêtements de tous les jours, et que toute trace de maquillage avait quitté sa peau, Xie Lian se sentit soudainement vulnérable sous le poids de ce regard, et la crainte qu'il avait ressentit des heures plus tôt resurgit au centre de son sein.

-Je vous remercie encore une fois pour votre travail., Dit Xie Lien en se levant, inclinant la tête dans sa direction avant de gagner la porte, le regard du plus jeune lui brûlant la nuque.

Il ne sut jamais vraiment, alors qu'une de ses mains s'était posé sur le poignet, ce qui l'avait poussé à se retourner une ultime fois.

Peut-être que c'était l'impulsion du moment, l'envie paradoxale de voir une dernière fois son visage.

Ou alors, cela s'expliquait tout simplement par son besoin de contempler de lui-même son expression, alors que ses lèvres donnèrent vie à l'hypothèse qui s'était construit dans son esprit.

-J'espère avoir l'occasion de vous revoir un jour, Hua Cheng.

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Le spectacle qu'il avait reçu en retour avait été au-delà de ses espérances.

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Pour commencer, c'est un immense honneur d'avoir l'occasion de vous recevoir de nouveau entre les lignes de notre Magazine !

Je vous en prie, c'est moi qui vous remercie de m'offrir une autre opportunité de figurer en première page. [Rire]

Vous êtes trop modeste pour l'icône que vous êtes ! Vous devriez vous comportez plus comme si le monde vous appartenez !

Vous et moi savons que je ne pourrais jamais agir de la sorte, même si je le voulais.

Ah, c'est vrai. Que deviendrez le monde si Son Altesse Royal se mettait à être imbu d'elle-même ?

[Rire]

Mais redevenons sérieux : je crois sans mentir que je ne suis pas la seule ici à avoir été surprise – que dis-je surprise ?abasourdi de vous voir promouvoir la Croisière Automne / Hiver 2021 de Crimson Rain !

J'ai été le premier à être étonné d'apprendre cette nouvelle. [Sourire] A vrai dire, je ne l'ai pas cru, au début. Mais c'était une expérience toute particulière, bien au-delà de ce que j'ai l'habitude de vivre dans un shoot traditionnel, et je ne remercierai jamais Hua Cheng d'avoir eu confiance en moi pour assurer l'image de sa nouvelle collection.

En parlant de Hua Cheng ! Vous êtes l'une des rares personnes à avoir pu l'approcher d'aussi près, et je dois dire que je suis particulièrement curieuse à ce sujet !

[Rire] Comment ne pas l'être ? Je ne peux pas vous en vouloir.

Est-ce que vous l'avez rencontré ? Comment est-il ?

Oui, je l'ai rencontré. Non, je ne vous dirai rien sur son physique, inutile de poser cette question. [Sourire] Quant à sa personnalité… Je ne saurais pas le décrire avec précision. Nous n'avons échangé que lors d'une journée éprouvante et cadencé par le travail, vous savez… Mais je dirais que c'est une personne vraiment passionnée par ce qu'il fait, et que cela ne pouvait en être autrement, lorsque l'on voit les merveilles qu'il est capable de créer.

[Soupire] Vous parlez de lui en des termes élogieux, Hua Cheng a vraiment dû vous faire une bonne impression.

C'est le cas. Je ne sais pas si la vie m'offrira une nouvelle occasion de travailler avec lui, et – sans vouloir dénigrer les autres maisons avec lesquelles j'ai eu l'occasion d'œuvrer – si l'on me demandait de choisir un créateur pour lequel je voudrai poser de nouveau, cela serait très certainement lui.

Je crois parler au nom de tout le monde ici présent, et très certainement de nos lecteurs également, que nous serons tous favorables à cette idée, si le résultat est aussi saisissant que cette collection.

[Sourire]

Merci Xie Lian de nous avoir accordé de votre temps, c'était – comme toujours – un réel plaisir de vous avoir parmi nous.

Je vous l'ai déjà dit, tout le plaisir est pour moi.

Interview réalisée par Ling Wen pour le Heavenly Court, Août 2020

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Les extensions de ses cheveux étaient nouées en une longue natte constellée de véritable rubis et de grenats qui s'étendait de son épaule gauche à ses hanches. Les pierres faisaient échos au rouge sang de la chemise de soie aux manches évasés qui enveloppait son torse et aux carmins de ses lèvres. Lorsqu'il bougeait, et que le tissu captait la lumière dans un angle précis, une nuée de papillon d'argents prenaient alors leur envol.

A ses côtés, Shi Qingxuan était vêtue d'une robe si fine que seuls les motifs d'un vert sombres brodés sur le tissu transparent recouvraient tout ce qui était nécessaire de masquer.

-Il faut être à la hauteur de Valdrin Sahiti pour porter l'une de leur création., Répondit-elle à la question muette posée par la foule de photographe qui s'était agglutiné dès l'instants où ils avaient marqué un temps d'arrêt sur le tapis rouge qui menait à l'entrée de l'un des Centres d'Arts qui accueillait cette nouvelle édition de la fashion week.

Cela ne faisait que depuis quelques années que le Chine avait réussit à se greffer et à se faire une place dans ce domaine aux milieux des grandes villes d'Europe. Et si Paris restait le rendez-vous annuel des plus grandes maisons et des plus grands créateurs, celle de Pékin commençait peu à peu à se faire une renommé mondiale.

Xie Lian ne pouvait que se sentir satisfait sur ce point.

Une nouvelle averse de cliquetis le tira de ses pensées, alors que les photographes mitraillaient de leur flash son amie qui pivota lentement sur elle-même, exposa les motifs qui habillaient partiellement son dos, la tête tournée dans leur direction, une main vernie posée sur son épaule pour y prendre un appuie qui était parfaitement inutile. Shi Qingxuan était née avec des Ralph & Russo de satin aux pieds.

Un sourire au bord de ses lèvres, le brun entra dans son jeu et passa un bras autour de sa taille, ses yeux rivés sur les photographes, pour une série de cliché qui se retrouveraient bientôt étalés sur chaque millimètre disponible du fil des actualités.

Puis, ils cédèrent leur place, gagnant le semblant de calme qu'offrait le bâtiment avant que les premiers défilés ne commencent.

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Contrairement au reste des maisons – mais comme toujours – aucun directeur artistique ne vient saluer et remercier les personnes qui avaient assistés à la Croisière de fin d'année de Crimson Rain.

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Ce n'est que lors de la traditionnelle soirée qui concluait les trois jours de défilé et de présentation que Xie Lian eut l'occasion de revoir Hua Cheng.

Le brun n'avait jamais été particulièrement friand de ce genre de mondanité, et bien que le Ghost City soit un endroit vraiment splendide pour les yeux, avec son obscurité et ses jeux de lumières, il avait toujours tout mis en place pour ne faire acte de sa présence que la duré du minimum social requis, avant de s'éclipser avant que minuit ait eu l'occasion de sonner.

Cependant, et à l'instant même où son amie cessa de tenir son bras pour s'aventurer sur la piste de danse qui était éclairé par des milliers de petites lumières qui évoluaient dans les airs au rythme des différentes musiques, une présence se glissa à ses côtés. Et lorsque Xie Lian releva le regard pour croiser le chemin d'une paire d'onyx – étrangement familière, dans les pénombres qui les enveloppait –, un sourire anima ses lèvres.

-Je peux vous inviter ?, Offrit Hua Cheng comme première parole, en indiquant d'un geste de la tête le large comptoir en forme de cercle qui entourait le bars.

-Oui., Répondit Xie Lian sans qu'il ne puisse s'en empêcher, n'y même s'offrir le temps de considérer la question.

L'intégralité de son être semblait oublier la définition même du mot « doute », lorsque Hua Cheng entrait dans l'équation.

Et le brun n'avait pas encore décidé comment il se sentait vis-à-vis de ce fait. Toutes les personnes s'étaient approchés de lui au cours de sa vie l'avaient fait dans un but bien précis : s'attirer ses faveurs, bénéficier de son influence, profiter de son argent, de sa gentillesse, où tout simplement, pour passer une nuit en sa compagnie. Shi Qingxuan n'avait pas été l'exception qui avait confirmé la règle, bien que leur amitié eût tenu le coup face à ses – nombreux – rejets.

Xie Lian ne voulait pas croire que Hua Cheng serait différent. De façon tout à fait irrationnel, il ne pensait pas pouvoir se remettre de cette déception, si le jeune créateur venait à lui donner raison.

Qu'il me donne tort, s'il vous plaît, faites qu'il me donne tort.

-Vous étiez sur le point de partir, non ?, Demanda Hua Cheng après avoir passé une commande, les jambes croisés sur l'un des hauts tabourets du club, son coude appuyé sur la surface réfléchissante du bars.

-En effet., Répondit le brun sans chercher à nier la vérité., Je ne suis pas vraiment à l'aise au milieu de tout cela., Il ponctua en englobant le « cela » d'un geste circulaire du poignet.

-Vous auriez pu décliner mon invitation., Souligna le plus jeune, son regard ne quittant jamais le sien.

-Je n'avais pas envie de le faire., Il dit, juste assez fort pour l'autre puisse l'entendre., A dire vrai., Il ajouta, sans pouvoir empêcher les mots de franchir la barrière de ses lèvres., Je crois que j'espérais vous revoir ici.

Le sourire qui se dessina sur les traits de son vis-à-vis en cet instant, donna à Xie Lian l'envie de se pencher, de prendre son visage entre ses mains et de –

Et de quoi ?

Il cilla, et ce n'est que l'arrivé d'un poco grande d'une déclinaison de violet devant lui, qui lui donna l'occasion parfaite pour détourner le regard. Le brun s'autorisa le temps d'une inspiration et de deux expirations pour reprendre ses esprits, avant de porter à ses lèvres le mélange et de laisser échapper une exclamation.

-Il n'y a pas d'alcool ?, Il demanda en se tournant de nouveau vers Hua Cheng.

-Non., Celui-ci répondit en secouant négativement sa tête., J'ai lu quelque part que vous n'aimiez pas cela., Il expliqua fasse à sa question muette.

Xie Lian espéra de tout cœur que le rougissement qu'il pouvait sentir s'étaler sur ses joues allait passer totalement inaperçu face au manque de luminosité.

-Vous ne trouvez cela pas étrange ?, Il s'entendit demander, et quelque part, il songea depuis quand exactement, il se souciait de ce que pouvez penser les personnes de son entourage ?

Hua Cheng haussa les épaules, et l'éclat d'argent de la broche en forme de fleur accroché à sa veste accrocha son regard un instant.

-J'ai entendu et vu des choses plus étranges, vous pouvez me croire., Il répondit dans un rire bas., Vous ne devriez pas vous sentir à part parce que vous ne suivez pas ce que la société nous inculque être la norme.

Sa phrase raisonna en Xie Lian, se propageant comme un écho.

-Vous avez raison., Il souffla, son index et son pouce faisant tourner mécaniquement le pieds du verre., Allons autre part.

Et Xie Lian ne sut pas qui de Hua Cheng ou de lui-même était le plus surpris de sa soudaine proposition.

-Vous cachez votre identité., Il expliqua, dans un espoir fou de pouvoir se justifier., Et je n'ai pas l'impression de pouvoir parler avec vous aussi librement que nous avons eu l'occasion de le faire la dernière fois., Une hésitation., Mais je comprendrai que vous souhaitiez rester ici. Après tout, vous méritez de célébrer le succès de votre Croisière comme il se doit.

Le créateur fit glisser lentement son regard sur les traits de son visage, comme pour être certain qu'il n'avait pas imaginé ses paroles, et que le brun était réellement sincère dans ses discours.

-Bien., Fut la seule réponse que le plus jeune offrit avant de quitter son siège, veillant à aider Xie Lian à descendre du sien, bien que son action eût été parfaitement inutile, avant de l'entraîner à sa suite.

Et si l'un comme l'autre remarquèrent les regards curieux des personnes qui eurent l'occasion de les voir quitter le club, la main de Hua Cheng encerclant doucement son poignet, aucun des deux n'en souffla mot.

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-Est-ce que ça vous dérange si je me change ?, Demanda Xie Lian après avoir verrouillé la porte de son appartement et allumé les lumières.

-Non., Répondit simplement Hua Cheng avec un mouvement de tête, alors que son regard circulait sur les décorations et tout ce qui composait et résumait sa vie.

-Je reviens vite., Il ajouta, après s'être attardé encore un fragment de seconde à regarder le créateur évoluer dans son foyer.

Il était étrange pour Xie Lian d'avoir quelqu'un qu'il pouvait à peine considérer comme une connaissance dans ce qui représentait son intimité. En général, le brun n'aimait pas recevoir des gens chez lui, et seules les présences de son manager et de Shi Qingxuan ne lui posaient pas de problème. Et pourtant – et de façon tout à fait paradoxale -, Xie Lian avait suffisamment confiance au plus jeune pour lui offrir la possibilité de circuler librement parmi ses possessions sans pouvoir le surveiller du regard.

Un soupire, et le brun s'efforça de chasser ses réflexions, alors qu'il enfila un t-shirt long et usé, et qu'il enleva de son visage toute trace d'artifice.

Lorsqu'il ressortit de sa chambre, en chaussette jogging gris, Hua Cheng était posté devant la vitre de son terrarium.

-Est-ce que c'est le serpent de la pub ?, Il demanda, en entendant Xie Lian arriver derrière lui, et celui-ci hocha la tête.

-Oui. Il appartenait à un éleveur et loué uniquement pour son tournage., Une pause., J'ai toujours voulu avoir un serpent., Il expliqua avec un sourire., Alors j'ai juste décidé de le garder.

A ses côtés, Hua Cheng émit un « hm » de compréhension et Xie Lian fit coulisser la trappe du haut, et laissa le serpent s'enrouler autre de son bras.

-Est-ce que vous en avez peur ?, Il demanda alors que l'animal siffla contre sa joue, avant de tourner sa tête vers le créateur.

Il y avait dans son ton, et dans le léger haussement de son sourcil droit, une note de malice et un nuage de défi.

-Il y a peu de chose qui me font peur., Répondit Hua Cheng, et Xie Lian supposait que cela ne pouvait qu'être vrai.

-Son nom est Ruoye., Il sourit et s'avança d'un pas dans sa direction., Est-ce que vous voulez le prendre ? Je promets qu'il ne va pas vous mordre.

Il n'y eut aucune hésitation dans l'expression de Hua Cheng alors qu'il leva les bras pour récupérer l'animal. Le sourire du brun s'accentua alors qu'il observait le tableau qui se formait sous ses yeux.

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-Je me suis toujours demandé pourquoi vous utilisez des papillons pour vos motifs., Dit plus tard Xie Lian alors qu'il se dirigeait vers sa cuisine pour mettre de l'eau à chauffer., Vos créations sont le dernier endroit où l'on s'attendrait à trouver un insecte si fragile.

-C'est justement pour cela que je l'utilise., Expliqua Hua Cheng, gravitant à présent autour de l'îlot central qui délimitait l'espace., Parce que le tout forme un contraste intéressant un équilibre entre quelque chose de dangereux, et un être vivant inoffensif.

Xie Lian hocha la tête, comprenant où est-ce que le créateur voulait en venir.

-Est-ce que vous connaissez la légende de la maladie d'Hanahaki ?, Reprit Hua Cheng et lorsque le brun lui répondit par l'affirmative tout en versant l'eau bouillante dans deux tasses, il continua., J'ai toujours aimé le fait que des pétales de fleurs étaient associés à un concept et à une peine aussi grande.

-Cela donne aussi un côté très poétique à la chose, non ?, Il demanda en se retournant pour croiser son regard., Une fleur qui grandit dans un cœur pour un amour non partagé, et qui finit par étouffer complètement son porteur… Qui aurait songé que quelque chose d'aussi beau puisse engendrer une mort si violente ?

-Il y a une peinture qui s'appelle les roses d'Héliogabale et qui mets en scène une légende liée à cet empereur qui – lors d'un banquet – aurait utilisé le toit réversible de la salle faire pleuvoir en abondance des violettes et autres fleurs sur ses invités afin de les noyer.

-Est-ce que je dois m'inquiéter de constater que vous connaissez ce genre d'anecdote obscur, Hua Cheng ?, Rit doucement Xie Lian en posant devant son invité une tasse de thé.

-Hm, qui sait ?, Répondit l'autre de la voix de quelqu'un qui savait.

Et Xie Lian ne put s'empêcher de laisser un autre gloussement franchir la barrière de ses lèvres.

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Dianxia, je suis un peu saoul et énormément seul.

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[01 : 15] – Lady Wind Master

J'y crois pas

[01 : 18] – Crown Prince

Oui ?

[01 : 18]

J'ai l'habitude de te voir quitter les soirées comme si tu étais Cendrillon 2.0

J'AI L'HABITUDE

Mais je sais de source sûre

(Et mes sources sont toujours sûre ne cherche même pas à nier)

Que

Tu n'es pas parti seul

Alors ma question est

Qui, quoi, où, comment, pourquoi

[01 : 23]

Je ne savais pas que mon départ susciterait autant de réaction.

[01 : 23]

Seigneur Dieu, Xie Lian

[01 : 24]

Son nom est San Lang, c'est l'un des maquilleurs de Crimson Rain.

[01 : 25]

Oh…

Je vois…

[01 : 25]

Pourquoi est-ce que tu sonnes comme si tu étais déçue ?

[01 : 25]

J'espérai que tu me dises qu'il s'agissait de Hua Cheng, et que je puisse gagner mon paris contre Mu Qing.

[01 : 26]

Je..

D'accord

Peu-importe

Je ne suis plus là.

[01 : 26]

C'est une sacrée somme d'argent tu sais !

[01 : 26]

Au revoir.

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-Il paraîtrait que tu fréquentes quelqu'un ?, Commença Feng Xin avec toute la subtilité qui le caractérisait si bien.

Et Xie Lian ne savait pas s'il devait rire ou pleurer que cette rumeur se répande aussi vite avec autant d'ampleur pour que même son manager en soit au courant – bien que, en définition, cela soit son travail de laisser traîner ses oreilles là où son nom était prononcé.

-Techniquement, ce n'est pas faux., Il expliqua avec un soupire, reportant son regard sur le paysage pluvieux qui défilait en dehors du van noir au vitre teinté., Mais ce n'est pas dans le sens que tout le monde l'entend., Il nuança, ignorant l'impression de malaise que cette dernière déclaration engendra.

-Ce n'est pas ce que l'intégralité des tabloïds semblent penser., Répondit son manager, orientant l'écran de sa tablette vers lui et faisant défiler une série de capture qui montrait les derniers gros titres et autres articles de la dernière semaine.

-Les chroniqueurs de Dazed and Confused ont un jour accordé quatre doubles pages d'un de leur magazine à ma soi-disant romance royale avec Shi Qingxuan, confessions de nos « proches » et zoom de photos d'aéroport à l'appui. Cela ne l'a pas pourtant rendu véridique., Il contra, et le sentiment d'agacement qui pouvait très clairement être entendu dans sa voix le surprit autant que Feng Xin.

Xie Lian ne se souvenait pas de la dernière fois où il s'était sentit ennuyé par quelque chose.

-Bien., Répondit lentement et précautionneusement son manager., Je te crois, mais si jamais les choses changent, n'oublie pas de me prévenir. D'accord ?

-D'accord., Approuva le brun d'un hochement positif de la tête, tout en songeant que ce jour n'arriverait jamais.

Qui n'arriverait probablement jamais., Nuança la voix dans sa tête.

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Être avec Hua Cheng – réalisa plus tard Xie Lian – était l a chose la moins compliqué qu'il avait dû à faire dans sa vie. Eh bien qu'il continuait à se persuader qu'il ne devait pas s'adoucir à son contacte, il ne pouvait empêcher ses sourires de faire échos à l'autre homme, à chaque fois que son regard croisait le sien.

Et quelque part en lui, le brun savait qu'il commençait à le détester, à mesure que Hua Cheng lui donnait toutes les raisons de l'aimer.

Car Xie Lian avait attendu le moment fatidique où son vis-à-vis tenterait quelque chose avec lui, qu'importe la forme que cela prendrait. Un sous-entendu, un regard appuyé, une main audacieuse, une invitation des plus explicites.

Mais il n'y avait eu rien de tout cela.

Ni lorsque Hua Cheng avait passé le reste d'une soirée chez lui ; ni quand Xie Lian s'était retrouvé entre les murs de sa demeure.

Et cela avait continué pendant les jours qui avaient suivit et qu'ils avaient passé ensemble.

Le créateur ne lui avait donné aucune raison de couper brutalement les ponts et de protéger son être des futures blessures qui lui seraient infligés.

De façon totalement rationnel, le brun savait que le blessé n'était pas dans les intentions de Hua Cheng. Il le savait. Mais son pragmatisme semblait totalement sourd à la crainte et à la peur qu'il contenait en lui. Car, l'autre homme engendrait en lui des réactions qu'il n'avait ressenti au cours de son existence. Et si l'idée même du sexe lui révulsait toujours autant l'estomac, le brun se surprenait à avoir envie d'incliner son corps pour frôler ses lèvres des siennes, étendre son bras pour que ses doigts s'enroulent autour des siens, allonger ses pieds pour qu'ils soient en contact avec sa jambe.

Et Xie Lian se sentait dépassé.

« Il n'y a aucune raison d'avoir peur ! » Lui dirait assurément Shi Qingxuan, s'il avait osé évoquer avec elle le problème.

Et cela était peut-être la vérité. Mais si son amie était d'une ouverture d'esprit dont seules quelques personnes étaient capables, déstructurer ceux que des siècles et des siècles de culture avaient considérés comme étant être la base de toute relation amoureuse, cela était loin d'être le cas pour tout le monde.

Et Xie Lian ne voulait pas songer à comment il se sentirait – ni ce qu'il ferait – le jour où Hua Cheng se rendrait compte qu'il y avait quelque qui clochait, avec lui.

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Quelque chose clochait avec lui, mais – et à y réfléchir – quelque n'allait pas non plus avec Hua Cheng.

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Dianxia, je suis un peu saoul et énormément seul.

Vous savez, /il parait que/ je suis maudis.

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Il n'était pas rare que Xie Lian se fasse reconnaître en public, et en temps normal, les personnes étaient assez bienveillantes pour qu'il ne se sente pas mal-à-l'aise de se faire interrompre dans sa routine.

Mais il y avait aussi quelquefois où se cela ne se passait pas obligatoirement bien.

C'était l'une de ces fois-là.

-Dianxia ?, Répondit à l'autre bout du téléphone la voix rassurante et familière de Hua Cheng, et Xie Lian se refusa à réfléchir à pourquoi il avait eu le réflexe de l'appeler lui plutôt que Feng Xin.

-Pardon, je sais qu'il est tard., Il réussit à souffler, sa voix aussi bas qu'un murmure.

-Où êtes-vous ?, Demanda immédiatement son interlocuteur, et le brun aurait pu enrouler ses bras autour de sa nuque juste parce que l'autre avait compris.

-Dans la grande avenue qui mènent au centre-ville., Il répondit en se retenant de jeter un coup d'œil derrière son épaule., Je n'habite pas loin du building où j'ai quitté le travail, et je pensais que marcher pourrait éclairer mes pensées mais -., Une pause., Il y a une personne qui me suit.

-Si vous rentrez chez vous elle verra où vous habitez.

-J'en suis conscient., Dit Xie Lian en fermant un instant les yeux avant de les ouvrir de nouveau., Pouvez-vous rester en ligne le temps que je réussisse à trouver un taxi ? Je –

-Non.

Le brun faillit s'arrêter sous la surprise.

-Non ?, Il demanda, la voix brusquement aussi fragile que du chrystal, et une partie de lui songea avec une ironie certaine que c'était le pire moment pour que Hua Cheng commette l'erreur qu'il avait tant attendu.

-Je viens vous chercher., Reprit la voix implacable de l'autre, et le cœur de Xie Lian se remit à battre., Donnez-moi cinq minutes., Il ajouta, et c'est à cet instant que le brun entendit le grondement d'un moteur à l'autre bout du fil.

Malgré la situation, un sourire s'étira sur son visage.

-Merci., Il souffla, tout en sachant pertinemment que sa gratitude balayée par un geste nonchalant de la main.

Quatre minutes et vingt-sept secondes.

Ce fut le temps qu'il fallu avant que le brun ne voit surgir dans l'horizon fluide des routes de Pékin à cette heure avancé de la nuit une moto d'un blanc immaculé. Suivant sa trajectoire des yeux, Xie Lian arrêta tout mouvement, oubliant l'espace d'un instant ce qu'il fuyait.

Une main se posa sur son épaule à l'instant où Hua Cheng freina devant lui, retirant son casque.

Son expression était aussi sombre que le ciel, son visage dépourvu de toute trace de maquillage, ses cheveux anormalement décoiffés.

Il était ce que Xie Lian avait vu de plus beau.

-Dois-je vous apprendre les bonnes manières ?, Il demanda, et Xie Lian fit un pas vers lui en se retournant, croisant le regard brun d'une personne qui devait assurément être plus jeune que lui, et dont un mélange d'admiration mêlé d'agacement et de peur dansait au fond de ses prunelles.

-Si vous suivez de nouveau Xie Lian, je viendrais vous cueillir au fond de votre lit., Continua Hua Cheng, et l'expression du jeune homme s'agrandit avant qu'il ne hoche la tête positivement, avant de s'éloigner, sans lui avoir jeté un dernier regard.

Trois secondes de trop.

Xie Lian grimaça.

-Tout va bien ?, Il entendit à son oreille, et la voix avec laquelle son vis-à-vis venait de s'adresser à lui n'avait plus rien à voir avec les flexions menaçantes dont elle s'était teintée jusqu'à lors.

-Grâce à vous., Répondit Xie Lian en lui offrant un sourire faible., Je me suis montré imprudent.

-Rien n'est de vôtre faute, Dianxia., Lui assura patiemment l'autre avant de lui tendre un deuxième casque., Vous avez peur de la vitesse ?, Il enchaîna, et Xie Lian pouvait sentir son réel enthousiasme à l'idée qu'il monte sur sa moto, mais aussi, son envie de faire disparaître les dernières traces d'angoisses qui – il en était certain – pouvaient encore se deviner sur ses traits.

-Non., Il répondit en souriant et secouant la tête.

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UN CORPS DÉCOUVERT DANS UN IMMEUBLE

La découverte d'un corps dans un immeuble d'une résidence populaire de la banlieue de Pékin.

Hier, et après que les propriétaires de l'immeuble aient été contactés par des habitants pour des fortes odeurs venants du cinquième étages, le personnel en charge de l'entretien ont été déployés sur les lieux, et ont déterminés que l'odeur « nauséabondes » venait d'un appartement en particulier.

Après plusieurs minutes à tenter de vouloir entrer en contact avec le locataire des lieux sans aucun résultat – et après que ces voisins donnèrent leur confirmation que sa voiture se trouvait bel et bien sur le parking –, la décision fut prise d'enfoncer la porte pour pouvoir régler le problème dans les plus brefs délais.

C'est alors que les agents ont découvert le corps sans vie du résident, un homme d'environ vingt-cinq ans, et étudiant en droit.

Selon un témoignage, le cadavre reposait dans sa baignoire, ouvert de son torse jusqu'à sa gorge : « L'odeur était horrible. Presque plus que la vue du corps en lui-même. Les fleurs avaient fané depuis longtemps et avaient commencés à pourrir. Si je ferme les yeux, j'ai encore l'impression de voir les asticots bouger. »

La police déployée sur place à la suite de cela, n'a pour le moment pas souhaité s'exprimer sur cette affaire, mais semblerait opter pour un crime passionnel, et tourne à présent leur recherche vers les proches et les connaissances de la victime.

Article extrait du Xianle Daily, 12 Septembre 2020

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-Est-ce que tu as vu les informations récemment ?, Commença Xie Lian en remuant distraitement son chocolat viennois, alors que ses yeux observaient le paysage qu'offrait le restaurant depuis les quelques cent cinquante étages de hauteur de son immeuble.

-Est-ce que tu parles d'informations utiles ou de ragot ? Parce que je ne pense pas que la soudaine révélation de la liaison entre Lan Xinchen et Jin Guangyao, bien que ce dernier soit marié, soit un sujet qui peut potentiellement t'intéresser., Répondit Shi Qingxuan, une paire de Ray-Ban à la Audrey Hepburn posé sur le bout de son nez.

Lorsque le brun lui avait fait la remarque qu'il n'était pas possible de manger en extérieur à cette hauteur, son ami avait juste haussé un sourcil à travers les verres teintés, et arrangé de nouveau le fouloir vert qu'il portait autour de ses épaules.

-Je parle du meurtre., Répondit Xie Lian, patiemment.

-N'est-il pas toujours question d'un meurtre ?, Prononça l'autre en scrutant ses ongles, avant de redresser sa posture et d'enfin – enfin – retirer ses lunettes., Celui avec les fleurs ?

-Oui., Dit le brun en ponctuant sa confirmation d'un geste de la tête.

-De ce que tout le monde en sait, cela n'a absolument rien à voir avec notre milieu., Commença son ami en trempant ses lèvres dans son verre de jus d'orange pressé sans pulpe – s'il vous plaît -., Tout comme le ou les personnes qui en sont responsables. Alors ma question est, pourquoi est-ce que cela a retenu ton attention ?

-Ton raisonnement est affreusement insensible.

-Mais n'est-il pas exact ?, Demanda l'autre, un début de sourire parfaitement inapproprié au sujet de leur conversation étirant le coin de ses lèvres.

-Oui., Avoua du bout d'un instant Xie Lian, et il décida de passer outre l'expression de pure satisfaction de son ami.

-Alors, de quoi il en retourne vraiment ?

-Le soir où j'ai quitté la fête avec San Lang, nous avons parlé de…, Une hésitation, une main portée à ses tempes, et un soupire., Ce n'est sûrement qu'une coïncidence, et cela n'a peut-être aucun rapport, et je me rends compte que t'en parler sonner parfaitement étrange et stupide.

-Xie Lian., Reprit Shi Qingxuan, et son bras se tendit pour effleurer du bout de ses doigts le dos de la main du brun qui était resté posé sur la nappe blanche entre eux., Je suis ton ami, et j'ose espérer que tu sais que tu peux tout me dire, même si cela ne semble pas vraiment avoir d'importance ou de fondement.

-Je sais, mais je ne voudrais pas faire de présomption là où il n'y a pas lieux d'en faire mais…, Une inspiration., San Lang et moi avons évoqué cette manière de mourir, ce soir-là. Pas de se faire éventrer par quelqu'un, mais de la maladie d'Hanahaki.

-Hm., Fit l'autre en comprenant où le brun voulait en venir., Et donc tu trouves que le timing est un peu trop étrange et tu te demande si ton San Lang ne serait pas maquilleur le jour et tueur en série la nuit, c'est ça ?

Xie Lian sentit son sang envahir ses joues.

-Evidemment, si tu le formules comme cela., Il marmonna en abaissant les yeux pour piocher un croissant miniature et le démembrer consciencieusement.

-Pardon pardon., Gloussa son ami., Mais Xie Lian, admettons que cela soit vrai, quelle serait le motif ?

Le brun prit une longue minute pour réfléchir à cette question, mâchant mécaniquement la viennoiserie.

-Je ne sais pas., Il répondit, et Shi Qingxuan se laissa de nouveau tomber dans le fond de sa chaise avec un geste de la main qui voulait dire « Tu vois ? »

-Est-ce que tu n'essaies pas plutôt de chercher des excuses pour couper les ponts avec lui parce que tu commences à réaliser que tu l'apprécies peut-être un peu trop ?, Il demanda d'un ton calme et doux, comme si le brun était un animal sauvage qu'il ne fallait absolument pas effrayer.

Et Xie Lian était pragmatiquement certain que son cœur ne s'était pas arrêté de battre, que le sol était toujours solide et palpable sous ses pieds, et que la Terre avait continué son axe de rotation autour du Soleil. Mais il eut l'impression l'espace d'un court, petit, minuscule instant, que l'univers s'était effondré autour de lui.

Observant sa soudaine pâleur, son ami contourna la table, et vint entourer son visage de ses mains, l'entrainant dans une étreinte que le brun n'eut le réflexe d'esquiver.

-Tout va bien., Souffla l'autre, alors que le visage de Xie Lian était pressé contre son ventre., Ce n'est pas un crime, tu sais ? De bien aimer quelqu'un. Tu en as le droit.

Il ne se souvenait plus la dernière fois qu'il s'était sentit comme sur le point de pleurer. Réellement.

-Et lui aura le droit de ne plus vouloir m'accorder d'attention quand il apprendra qu'il y a quelque chose qui ne va pas avec moi, que je suis cassé., Il s'efforça à la place d'articuler.

La prise de son ami se raffermit.

-Ce n'est pas le cas., Rétorqua avec véhémence l'autre., Et même si oui, il en a le droit, il ne le fera pas parce que je suis certain que ton attention ne saurait être attiré par quelqu'un d'autre que décent.

-Je ne sais même pas si je le veux de cette façon, ou si je veux juste jalousement garder son attention parce qu'il me fait me souvenir de la personne que j'étais avant, et que tout le monde avait apprit à admirer., Il confessa du bout de ses lèvres et oh, oh, que cette pensée était monstrueuse.

Et la vérité sur Xie Lian était peut-être là, caché et enterré sous des airs factices de tranquillités et de bienveillances.

Il était un dragon d'égoïsme enveloppé d'un voile de narcisses.

-Si tu t'attendais à ce que je te trouve ignoble, Commença doucement la voix de Shi Qingxuan en le tirant de ses pensées obscures., Sache que c'est raté., Il conclut en déposant ses lèvres sur le haut de son front.

Qu'avait-il fait dans une vie antérieure pour mériter d'avoir l'autre dans sa vie ?

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-Vous savez, je suis plutôt impressionné., Commença Hua Cheng tout en débarrassant la table, sourd à l'offre d'aide de Xie Lian.

-Par quoi ?, Demanda le brun, suivant des yeux chacun des gestes de son hôte.

-Par le fait que vous n'avez toujours pas cherché à savoir pourquoi je cachais mon identité.

Le regard de Xie Lian ne cilla pas, alors qu'il observait les aller-retour calme du créateur.

-Je mentirais si je disais ne pas m'être posé la question., Il commença doucement., Mais j'en suis également venu à la conclusion que cela ne me regardait en aucun point.

-Si vous auriez voulu avoir une explication, c'est avec plaisir que je vous en aurait fourni une., Répondit Hua Cheng, les prémisses d'un sourire sur son visage, malgré l'écho d'une franche sincérité qui connotait son ton.

-Une explication, mais pas nécessairement la vérité, c'est cela ?, Nuança le brun en soutenant son regard sans faiblir.

-Décidément, rien ne vous échappe, Dianxia., Rit tout bas l'autre, et ce son fit replier les doigts de Xie Lian contre les plies de la nappe., Suivez-moi, si vous voulez savoir., Il ajouta en semant ses mots comme on lançait une invitation, comme on offrait une fleur, comme on murmurait des paroles douces à l'oreille d'un amant.

Et l'attrait était trop grand pour que Xie Lian s'y refuse.

Hua Cheng le conduisit jusqu'à sa chambre, et le brun marqua un arrêt à son entrée, incertain de la marche à suivre, et laissant simplement son regard errer sur le nouveau décor autour de lui. Des murs d'un argent doux, un lit d'un rouge profond, et des toiles représentants des paysages précis mais dont les protagonistes étaient faits de traits flous.

-Qui est l'auteur de ces toiles ?, S'entendit demander le brun, son regard se reportant sur Hua Cheng.

-Moi., Répondit celui-ci alors qu'il prenait place devant sa psyché.

Et Xie Lian ne réalisa ce qu'il était en train de faire que lorsque ses longs doigts fins se portèrent à son œil droit, et qu'il en retira la fine pellicule mi-transparente mi-teinté d'une lentille de contact.

Et Lorsque Hua Cheng croisa son regard à travers la surface du miroir, une iris d'un pourpre effrayant cohabitait à côté de l'onyx que Xie Lian avait apprit à reconnaître.

-Vous avez une hétérochromie., Fut le constat d'une utilité affligeante qui franchit en premier la barrière de ses lèvres.

-Un mot intelligent pour ne pas dire que je suis maudis., En se levant pour s'avancer vers lui., Voyons Dianxia, nous savons tout les deux que vous savez ce que cela signifie.

-Le diable., Souffla tout bas le brun, l'évocation même de cette entité hérissant la peau de sa nuque, et lui donnant l'impression que la lumière artificielle de la pièce venait soudainement de baisser.

C'était une croyance inscrite dans les mémoires depuis plus de siècle que l'humanité ne pouvait en compter. Les personnes frappés d'une iris rouge étaient irrévocablement marqué du sceau d'une malédiction et apportaient malheurs et morts à toutes les personnes croisant leur chemin. Cela faisait des décennies à présent que tuer un enfant né avec cette marque était devenu une pratique obsolète ; mais Xie Lian n'était pas naïf au point de croire que toute forme de haine avait tout simplement disparu.

Lui-même, s'il acceptait de se montrer tout à fait honnête, aurait sans doute pu admettre qu'une part de lui voulait combler la distance qui le séparait de la sortie afin de sauter dans le premier taxi en direction de son appartement.

Mais le brun – et parmi tout un tas d'autre chose – était expert dans l'Art d'ignorer ses envies.

-Avez-vous peur ?, Demanda Hua Cheng, sa main se levant pour effleurer l'épiderme de sa joue, juste en dessous l'un des pendants en argent que Xie Lian portait à son oreille.

-Vous ne m'avez jusqu'à lors donné aucune raison de vous craindre., Il répondit automatiquement et le flash de la photo floue du cadavre retrouvé dans un appartement apparu devant ses paupières lorsqu'il cilla., Pupille de sang, ou pas.

Le sourire de Hua Cheng, bien que discret dans sa grandeur, aurait pu éclipser un astre.

-Si vous, parmi tant d'autre, auriez pensé différemment de moi, alors cela aurait voulu dire que toutes ces superstitions auraient été fondés.

Xie Lian sentit ses yeux s'abaisser, et sa tête s'inclina pour glisser sa joue contre la surface chaude du creux de sa paume.

-Ce n'est pas sain., Il murmura.

-Quoi donc ?

-Cette dépendance., Une pause., Personne ne devrait construire sa valeur autour de l'opinion d'une seule personne.

-Votre Altesse, je crois que mon cas est sans espoir depuis longtemps.

-Qu'attendez-vous de moi, Hua Cheng., Demanda Xie Lian en redressant ses yeux pour croiser son regard.

-Rien d'autre que ce que vous avez à m'offrir., Fut la réponse, clair, limpide, sans hésitation de son vis-à-vis.

-Et si je n'ai rien à vous donner ?, Répliqua Xie Lian, les affluents de ses angoisses faisant trembler ses doigts.

-Cela sera déjà plus que ce que je m'étais permis d'espérer.

-Je vais vous prendre absolument tout., Le prévint le brun., Votre temps., Et Hua Cheng fit un pas supplémentaire dans sa direction., Vos pensées., Sa deuxième main remonta le long de son bras comme un croyant effleurait l'idole de son temple., Votre dévotion., Ses doigts trouvèrent le chemin de la courbe de sa nuque, son pouce pressant le creux de sa gorge, là où son pouls était perceptible., Votre amour.

-Ils sont tous à vous., Répondit Hua Cheng, son front pressé contre le sien., A vous de les prendre, à vous de les rejeter ; je n'en ai que faire sans vous.

-Bien., Fut le simple mot que murmura Xie Lian, incertain de pouvoir faire confiance à sa propre voix.

Cela n'était pas bien. Cela ne pouvait définitivement pas être bien. Mais le brun le voulait. Il désirait cette obsession qu'il avait toujours pu deviner au travers de ses phrases ; il chérissait l'idée même d'une adoration absolue, et d'un amour qui ne saurait connaître de frontière.

Cela n'était pas bien.

Fermant les yeux, Xie Lian abandonna les derniers fragments de moral qui lui restait devant le palier de son esprit.

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Hua Cheng ne lui demanda pas s'il éprouvait quoi que ce soit envers lui, ce à quoi Xie Lian était profondément reconnaissant. C'était un droit légitime, et une question motivée par un sens logique, mais le brun n'aurait su comment y répondre.

Comme pour chaque personne qui peuplaient cette terre, il ne le désirait pas physiquement. Et il n'aurait su prendre le risque d'affirmer que son sentiment de possession n'était uniquement motivé par autre chose que de l'amour.

De l'affection ? Il y en avait, pourtant.

Assurément.

Certainement.

Indubitablement.

Mais Xie Lian n'aurait su se risquer à s'aventurer plus loin sur les sentiers noueux de ce sentier inexploré.

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-Il y a bel et bien quelqu'un., Fut la première chose que prononça Xie Lian en refermant la porte vitré du bureau en nuance de crème et de chocolat de Feng Xin.

-Merci, je passe actuellement une excellente journée, je te remercie de t'en soucier, et toi ?, Répondit son manager, ne daignant même pas détourner le regard de l'écran de son macbook pro.

-Je t'ai apporté un café corsé., Continua le brun en s'asseyant sur la chaise qui faisait face à celle de l'autre homme, tendent le mug cartonné devant lui comme un prêtre païen l'aurait fait avec une offrande.

Feng Xin ferma les yeux un instant et prit une inspiration avant d'enfin tourner le regard dans sa direction, le jugeant un instant avant que ses ne se saisissent du café encore chaud.

-Je fréquente quelqu'un., Reprit le brun, certain à présent d'avoir l'attention qu'il recherchait.

-Et cela te semble assez sérieux pour que tu m'en parles ?, Demanda son manager et Xie Lian pinça des lèvres.

-C'est toi qui m'a demandé de te tenir au courant du moindre changement du statut de mes relations, si changement il devait y avoir.

-Et c'est toi qui m'a affirmé que cela n'arriverait pas., Contra l'homme, et le brun ne put rien faire d'autre que de lui accorder ce point, dans la longue partie interminable qui les opposait depuis des années.

-Certes., Il concéda après deux secondes d'un silence épais., M'avais-tu cependant cru ?

-Mon travail ne consiste pas à mettre devant tes yeux des signes évident de changement de comportement, mais d'attendre que tu fasses toi-même tout le cheminement en priant pour ne pas retrouver ton visage en première page d'un magazine à scandal suivit des mots "alcoolisé" ou "complètement nu sur la voie publique".

Xie Lian ne put empêcher le léger gloussement de franchir la barrière de ses lèvres.

-Tu aurais pu tomber sur pire que moi, n'est-ce pas ?, Il demanda, et les yeux de son manager en cet instant étaient le reflet de l'affection qu'il lui portait et qu'il laissait rarement apparaître.

-Il est vrai., Il acquiesça, avant que ses traits ne redeviennent un exemple de professionnalisme., Maintenant dit moi, qui est la personne qui a eu l'immense honneur de retenir ton attention ?

-Hua Cheng., Il répondit rapidement mais doucement Xie Lian, son regard ne quittant pas le visage de son manager, surveillant le moindre changement dans son expression.

Une pause.

-Hua Cheng., Répéta lentement l'homme en face de lui en redressant ses lunettes et Xie Lian hocha la tête, patiemment., Crimson Rain ?, Il ajouta comme pour être certain qu'ils parlaient tous les deux bel et bien de la même personne.

Comme s'il y avait pu avoir une erreur.

-Les rumeurs parlaient d'un maquilleur et non du directeur artistique., Râla l'homme, et un sourire amusé trahit le brun.

-Il n'y aucune clause qui stipule que l'un peut empêcher l'autre.

-Évidement ., Un soupire – le cinquième de ces dernières minutes, si la mémoire de Xie Lian était exacte – et Feng Xin contempla un instant le fond de liquide noir qui reposait encore dans la récipient cartonné., Qui est au courant ?

-Seulement toi.

-Ah ?, Un haussement de sourcil., Ne me dit pas que tu as caché quelque chose d'aussi gros à Shi Qingxuan ?

-Ne me dit pas que tu aurais préféré que je lui en parle ?, Contra le brun, et la grimace qui trahit son vis-à-vis était en elle seule une réponse suffisante.

-Je ne m'opposerais jamais à ce que tu veuilles vivre tes relations au grand jour, sache-le. Mais le jour où tu décideras de révéler cette affaire – ou que les journalistes ne l'apprennent d'une façon ou d'une autre –, il faudra que tu sois près à faire face à la frénésie médiatique qui en résultera.

-Je sais., Répondit Xie Lian. Je n'ai pas l'intention de laisser qui que ce soit le découvrir. Il ne dit pas., J'en suis conscient., Il ajouta., Pas plus que Hua Cheng.

-Hm., Emit son manager avant de secouer doucement la tête., Il ne me reste plus qu'à te dire que je suis content que tu ais trouvé quelqu'un, et j'espère qu'il te rendra heureux.

Xie Lian hocha la tête avant de s'excuser et de prendre congé.

Heureux ? Le brun était objectivement persuadé qu'il l'était.

Le serait-il toujours dans un futur plus ou moins proche ? Il supposait que seul le temps finirait par le dire.

Mais alors qu'il portait à ses yeux une paire de lunette de soleil Chanel, et qu'au volant d'une voiture d'un rouge flamboyant, Hua Cheng avait son regard sombre rivé sur lui, Xie Lian réalisa que, comportement obsessionnel ou pas, relation malsaine ou pas, meurtrier ou pas ; tout ceci lui était parfaitement égal.

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F I N

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¹ « taiji jian » : art martial chinois utilisant une épée à deux tranchants


A dire vrai, je ne sais pas si je suis satisfaite ou pas de ce OS au final. Je suppose que en globalité, o u i, mais il y a quand-même quelque chose qui me rend -hm, mais c'est peut-être juste dans ma tête.