Je ne possède rien de ce que vous reconnaissez.
"Écoute Cho," sa fourchette cliqueta contre son assiette, attirant quelques regards curieux qui se détournèrent rapidement, "je vais bien. J'ai des médicaments pour me soigner."
"Je sais mais tu ne peux pas m'empêcher de m'inquiéter pour toi!" s'exclama-t-elle à voix basse.
"Non je ne peux pas même si je le voudrais. Alors par toutes les divinités, arrête de me regarder comme si j'allais mourir d'un instant à l'autre !" Daesyn roula des yeux avec exaspération. Elle appréciait beaucoup Cho qui était à peu près sa seule amie. Mais elle se préoccupait beaucoup trop. Bien que cela puisse être agréable de voir quelqu'un se soucier d'elle, la sorcière n'en avait pas l'habitude et gérait plutôt difficilement l'attention qui lui était portée quand elle était trop intense.
"Tes nerfs s'autodétruisent!"
Daesyn souffla doucement et jeta un coup d'œil à Kingsley, resté silencieux depuis le début du repas. L'homme gardait son regard sur la salle, la parcourant lentement pour détecter les menaces éventuelles.
"Kings' ?" Interrogea la sorcière.
L'Auror se tourna vers elle avec un air étonné. "Kings' ?" Répéta-t-il tandis qu'un pli amusé qu'il essayait désespérément de cacher lui tordit les lèvres.
"Kingsley est beaucoup trop long," se justifia-t-elle très sérieusement.
"Pas plus que Daesyn à ce que je sache," rigola-t-il, de plus en plus amusé.
Daesyn essuya sa remarque d'un geste de la main désinvolte. "Bien bien, je me demandais juste qui t'a demandé de me suivre?"
"En vérité ça n'aurait pas dû être moi," annonça-t-il, "le protocole de protection des témoins mis en place, il a été convenu qu'il était plus qu'urgent de te protéger et prévenir toutes menaces éventuelles. L'Auror Scrimgeour avait été désigné ton-"
"Horrible, je ne l'aime pas," coupa-t-elle avec une grimace dédaigneuse, ajoutant à l'hilarité de Kingsley.
"Il a fait la même tête jusqu'à ce que le professeur Dumbledore propose que ce soit moi. Comme tu le vois, j'ai accepté." Finit-il en mordant dans son hamburger.
"Hmm pourquoi?" Fredonna Daesyn en prenant elle aussi une bouchée de son propre sandwich.
"En tant qu'Auror assez haut placé si je puis dire, la paperasse est monnaie courante. L'idée d'être à nouveau sur le terrain était extrêmement tentante. De plus, tu es une gamine agréable," affirma-t-il.
Daesyn émit un son offensé qui le fit rire à nouveau. La sorcière fronça les sourcils en se repassant les paroles de Kingsley. C'était donc Dumbledore qui avait souhaité que Kingsley la suive? C'était plutôt logique. Il avait été étonnant que rien ni personne ne la ramène chez les Dursley et elle savait maintenant pourquoi. Le directeur de Poudlard savait qu'elle était parfaitement en sécurité avec l'un des meilleurs Aurors du Ministère. Elle était néanmoins déçue de sa tentative ratée de le tromper. Apparemment, le vieil homme savait toujours tout.
"Comment as-tu trouvé la France?" Le ton curieux de l'homme lui donna un sourire enthousiaste.
"Hmm, et bien assez fascinant! Tu vois, je ne savais pas que les Français n'utilisaient pas des Gallions et puis l'allée est beaucoup plus grande que celle de Londres et maintenant que j'y pense, je n'ai pas vu de banque. Est-ce que les sorciers français en ont une? Évidemment que oui mais est-elle dirigée par les Gobelins? Peut-être qu'elle est installée dans un village magique, y a-t-il même une autre ville sorcière? A moins-" Ses bras exprimèrent ses questions en bougeant de leur propre chef et son esprit s'ancra si profondément dans ses réflexions à sens unique, que Daesyn manqua totalement le sourire amusé de Cho et celui, indulgent, de Kingsley.
"Merci," souffla-t-elle en essayant de reprendre un rythme de respiration plus stable. Cho, sur sa droite tentait de faire la même chose.
"Ce n'est pas la peine de me remercier," répondit Kingsley. Il s'assit calmement sur le banc, sa baguette dépassant un peu de sa manche pour qu'elle soit facile à attraper en cas de problème. "Je t'avais pourtant prévenu," le ton n'était ni moqueur, ni accusateur. C'était une simple remarque qui ne l'empêcha pas de riposter pour autant.
"Tu as dit que j'étais devenue un peu plus célèbre. Tu n'as jamais dit que les gens me sauteraient dessus et s'agripperaient à moi! Vraiment pires que les Strangulots du lac…" marmonna-t-elle en frottant ses doigts douloureux à force d'être pressés dans des poignées de mains d'inconnus.
"C'était incroyable, tu te rends compte tu es connue jusqu'en France!" S'écria Cho d'une manière extravagante qui l'aurait fait rire si elle n'avait pas attiré l'attention de plusieurs sorciers passant.
"Oh merlin," gémit-elle ne se cachant derrière le rideau noir que formait ses cheveux autour de son visage.
"Allons-y, nous allons rater notre portoloin," se pressa Kingsley en les dirigeant à travers les majestueux couloirs du Ministère des Affaires Magiques Français.
Daesyn fut rapidement intriguée par l'architecture ingénieuse du lieu souterrain. Les enfilades de coupoles en verre qui laissaient passer la lumière donnaient une impression de grandeur aux nombreux couloirs bondés. Une illusion magique complexe imprimait le zodiaque magique sur les plafonds, donnant au Ministère une nouvelle dimension. Sur le mur central et en lettres capitales flottait la devise du gouvernement français qu'elle ne savait évidemment pas traduire.
Distraite par son exploration, Daesyn manqua de peu le panneau qui lévitait au dessus du sol. Planté à quelques centimètres de son nez, elle loucha en essayant de décrire les mots d'or gravés élégamment puis recula d'un grand pas pour lire correctement.
Inscrite une nouvelle fois tout en haut de l'affiche, qui faisait à peu près deux mètres de haut, la devise de la République accompagnée son sceau, à l'effigie de Marianne. S'ensuivait une liste des différents départements et de l'étage auquel il fallait se rendre pour y accéder. Heureusement, la traduction était disponible juste en dessous des mots français.
Un département, cependant, attira son attention.
Salle des archives; 3ème sous-sol
-Archives Ancestrales, couloir 1.7.
-Archives Sensibles, couloir 724.
-Archives Généalogiques Internationales, couloir 7.737.
"Daesyn, que fais-tu?" S'inquiéta Kingsley, qui avait rebroussé chemin et laissé Cho au guichet pour le départ des portoloins.
"Archives Généalogiques Internationales." Lut-elle en se tournant vers le grand homme, qui s'approcha dans la confusion. Il regarda le panneau à son tour et lui lança un regard interrogateur.
"Qu'est-ce qu'on trouve là-bas?" Demanda l'adolescente avec anticipation.
"La France est responsable de l'enregistrement de chaque enfant magique, y compris les nés-moldus, depuis que le traité de Coopération Internationale Magique a été signé. Bien que chaque pays recense le nom de ses nouveaux sorciers, ces papiers sont ensuite uniquement conservés ici, notamment à cause de sa haute-sécurité. Les Archives Ancestrales contiennent tous les membres d'une famille de descendance noble. Les Archives Sensibles concernent tous les cas qui ont été des problèmes internationaux à un moment donné. Comme Grindelwald par exemple. Je t'ai déjà dit ce qu'étaient les archives Internationales." Expliqua-t-il patiemment.
C'était notamment pour ça que Daesyn appréciait la compagnie de Kingsley. Même si elle le connaissait depuis peu, il avait toujours essayé d'être discret, allant jusqu'à lui en faire pratiquement oublier sa présence, sauf quand elle le sollicitait pour une chose ou autre. Et il ne lui avait jusqu'à présent jamais menti. Si au début, elle l'avait nommé comme garde du corps, elle préférait se dire qu'il pourrait devenir un ami. Cela lui faisait moins penser au fait qu'il était en réalité, présent pour la surveiller.
Elle aimait penser qu'il ne se souciait pas d'elle uniquement pour son travail mais aussi pour sa personne.
Mais elle espérait aussi que ces Mangemorts seraient bientôt attrapés. Être sous surveillance 24h/24 n'allait pas la faire rire très longtemps.
"Ça veut dire que je peux connaître le nom de mes parents?! Comment est-ce que je peux faire pour prendre mon dossier?" Ses yeux brillèrent d'excitation devant ce qu'elle pouvait enfin savoir et les possibilités qui s'ouvraient à elle.
"Oui. Mais c'est un processus extrêmement long, quelques mois minimum et ta candidature doit tout d'abord être approuvée par le bureau des entrées, puis celui des archives. Il faut passer par Gringotts il me semble, mais je n'en suis pas certain. Je me renseignerai," sa déception dut se lire sur son visage car Kingsley posa une main encourageante sur son épaule. "Je ferai tout ce que je peux pour t'aider à connaître la vérité." Promit-il d'un ton solennel.
Daesyn répondit par un signe de tête saccadé, déçue malgré elle.
"Notre portoloin va bientôt partir," annonça-t-il en posant une main ferme entre ses omoplates pour la guider à travers l'affluence de sorciers.
Ils arrivèrent en silence devant Cho, qui bien qu'elle lui jeta un regard inquiet, eut le bon sens de ne pas faire de remarque quelconque.
"Portoloin 373-737-777," annonça une voix monotone au guichet.
"C'est nous," Kingsley avança et les poussa vers la femme stoïque qui leur tendirent une roue de vélo complètement rouillée qui arracha une grimace dégoûtée de Cho.
"Départ dans cinq secondes. Au suivant." La femme tamponna un parchemin avec sa baguette et leur fit signe de se pousser.
"Accroche-toi Daesyn," Kingsley attrapa fermement sa main et la posa sur les rayons de la roue.
Le monde commença à tourner de plus en plus rapidement et Daesyn commença sérieusement à avoir la nausée. Ses yeux se fermèrent pour ne plus distinguer le flou de couleurs indiscernables et les sons étouffés et amplifiés à la fois. Ses oreilles sifflèrent de mécontentement et la sorcière fut presque tentée de lâcher le portoloin, qui ressemblait plus à un objet de torture qu'autre chose.
"Lâchez!" Hurla l'Auror parmi les mugissements du vent, et elle ne perdit pas de temps à suivre l'ordre.
Pendant quelques instants, Daesyn eut l'impression de planer doucement avant que son corps ne heurte lourdement le sol dur. Son souffle sortit brusquement de ses poumons et elle observa de ses yeux entrouverts, le ciel bleu au-dessus de sa tête.
Les vertiges passés, la jeune femme se releva et observa avec curiosité le paysage autour d'elle. Ils avaient atterri près d'une étendue d'eau claire, dont les quelques poissons qui y nageaient faisaient onduler la surface. Les multitudes tons de verts pouvaient faire honte à l'Écosse. En tournant sur elle-même, elle put constater qu'ils se trouvaient entre deux montagnes couvertes d'arbres aux feuillages épais. Le chant des oiseaux se répercutait contre la surface rocheuse et faisait écho aux bruits naturels de cet espace si vert, qu'il ressemblait beaucoup au parc de Poudlard.
"C'est le portoloin international le plus agréable que j'ai pu voir," déclara Kingsley d'une voix joyeuse.
Daesyn lui lança un regard mauvais, "agréable? Ce n'est pas le mot que j'aurais utilisé," grinça-t-elle entre ses dents.
"C'est pour ça que nous prendrons le train pour aller chez les Weasley." L'informa-t-il sans s'offenser de son ton irrité. Non pas pour la première fois, Daesyn fut impressionnée par son calme et réfléchit à comment faire pour énerver l'homme. Il semblait complètement imperturbable et elle se demanda s'il avait un lointain lien de parenté avec Dumbledore.
"On se voit à la rentrée Daesyn," Cho la serra dans ses bras et se recula avec des yeux larmoyants.
"Comme tu le dis," sourit la sorcière en évitant avec gêne l'émotion que manifestait Cho, "profite de tes vacances!" Cria-t-elle alors que le portoloin emportait rapidement son amie vers l'Australie pour rejoindre ses parents.
"Je suis tellement heureux de te voir!" S'écria une voix enthousiaste quelques secondes après. Daesyn et Kingsley se retournèrent d'un même mouvement, juste à temps pour voir Ilya s'approcher à grandes enjambées.
Peut-être était-ce à cause du manque de pratique, mais Daesyn trouvait son accent beaucoup plus prononcé que lorsqu'ils étaient à l'école. Un garçon, âgé de quatre ou cinq ans, gambadait derrière lui. Le petit s'arrêta à quelques mètres d'eux, timide, puis se cacha vivement derrière les jambes d'Ilya, sortant sa tête juste assez pour qu'ils puissent entrevoir ses yeux bruns.
Ilya s'avança et la prit brièvement dans ses bras, ses yeux illuminés par la joie, puis se tourna vers Kingsley, légèrement en retrait.
"Ilya, c'est Kingsley Shacklebolt, un Auror. Kings', c'est Ilya," présenta-t-elle.
"Ravi de vous rencontrer monsieur," Ilya lui serra la main après avoir doucement retiré la prise du bambin sur ses robes.
"De même," répondit-il, "et qui est-ce?" Kingsley s'accroupit à la hauteur de l'enfant qui se jeta à nouveau dans les pans de robes de son aîné.
"Andreï mon frère," Ilya se baissa à son tour et enroula ses bras autour de l'enfant après l'avoir placé devant lui, "il ne parle pas beaucoup anglais. Suivez-moi, je vais vous montrer où est-ce que vous pouvez vous installer."
Ils quittèrent la clairière pour rejoindre un sentier sinueux, qui les mena rapidement à un village animé. Ici, les gens semblaient tous se connaître et même si Daesyn parlait autant le bulgare que le français, elle put nettement comprendre que leur arrivée suscitait une petite vague d'interrogation et d'agitation.
La maison ou plutôt, le manoir, des Vladislav se tenait à l'autre bout de la rue. Un grand portail de fer forgé délimitait la propriété luxuriante des autres maisons plus modestes, et fit savoir à Daesyn que la famille d'Ilya vivait assez confortablement.
La jeune femme prêta peu d'attention aux jardins, préférant se concentrer sur l'architecture ancienne du manoir qui lui donnait un certain charme et ne se reconcentra qu'une fois qu'elle fut arrivée dans la chambre qui lui avait été attribuée.
Peinte de différents bleus, elle possédait un mobilier simple qui reflétait tout à fait le style de la demeure. Un seul lit simple trônait au centre de la pièce, éclairé par une grande fenêtre aux allures médiévales.
"Sympa," commenta-t-elle en avançant plus loin dans la chambre. La sorcière déposa sa valise près de la cheminée et se retourna pour voir Ilya accoudé à l'encadrement de porte.
"Merci, ma tante a décoré ça. L'Auror est juste à côté," Il s'interrompit, puis jeta un coup d'œil furtif dans le couloir avant d'avancer pour s'installer à côté d'elle sur le canapé blanc.
"On m'a fait passer ça pour toi," le bulgare sortit une lettre de l'intérieur de sa poche de robe et la lui tendit avec empressement. Daesyn prit avec précaution l'enveloppe vierge de tout nom, et la décacheta sans plus de formalités.
Daesyn,
Son cœur fit un bond en notant l'écriture d'ordinaire élégante de Sirius, froissée et brouillonne, ses phrases confuses et désordonnées.
La prison d'Azkaban a vu ses prisonniers s'échapper. Prends garde. J'espère que le Ministère prend en compte cette nouvelle menace.
J'ai appris ce qu'il est arrivé au Labyrinthe, et je souhaite avoir pu être à tes côtés. Mais je devais repartir, je regrette. Ma présence, même en tant qu'Animagus commençait à devenir suspecte.
Te jeter devant Diggory? Bordel Daesyn, à quoi pensais-tu?
Comment te sens-tu? Je sais combien les cauchemars peuvent devenir mauvais dans ce genre de moments.
J'ai bien peur de ne pas savoir quand est-ce que je pourrais te revoir. Des gens me cherchent. Je ne sais pas qui, ni pourquoi. Ils ne viennent pas du Ministère. Ne m'écris pas. C'est trop dangereux.
Fais attention à toi.
Ton parrain qui t'aime.
Pendant un instant, les seuls sons qui emplirent la pièce furent ceux du crépitement du feu dans la cheminée, et le papier crispé entre ses mains.
"Tu l'as vu?" Demanda Daesyn en se tournant vers le plus âgé.
"Non," il secoua la tête, "la lettre était posée dans l'entrée, mais j'ai usé de tous les moyens nécessaires et elle provient bien de Black." Ilya posa une main hésitante sur son poignet. "De mauvaises nouvelles?"
"Il m'interdit de le contacter, il dit qu'il est poursuivi. On dirait qu'il est un peu…fou." Avoua-t-elle du bout des lèvres. C'était vrai. La pensée de Sirius ne suivait aucune logique, n'avait tout simplement aucun sens. Daesyn savait que son voyage de treize ans à Azkaban le conduisait à avoir plusieurs…troubles du comportement mais c'était plus que ce qu'elle avait pu en voir jusqu'à présent.
"Il est certainement-"
"Ilya, nous descendons dîner," les interrompit une femme, qui posa un regard intéressé sur elle. Daesyn observa avec trouble ses yeux aussi bruns que ceux de son fils voyager brièvement sur la main d'Ilya toujours posée sur son bras. Ce dernier dut le remarquer aussi car il desserra lentement sa prise rassurante avant de l'enlever et de reposer sa main sur ses genoux. Il lui répondit quelque chose en bulgare qu'elle ne comprit pas, bien qu'elle ait décelé le nom Shacklebolt quelque part. La femme se retira avec un hochement de tête et un dernier regard sur sa personne.
"Excuse-la," reprit Ilya avec un ton désolé, "j'ai dix-neuf ans dans quelques mois et je n'ai toujours pas annoncé un projet de fiançailles. Elle commence à s'inquiéter et te voit comme une belle-fille potentielle," expliqua-t-il avec un certain malaise.
Daesyn se sentit rougir et elle buta quelques instants sur les mots. "Mais toi- moi… ce n'est pas du tout comme ça? Je ne t'ai jamais fait espérer d'autre chose! Dis-moi que je ne l'ai pas fait, je ne voulais pas, vraiment!" Paniqua-t-elle légèrement. L'adolescente ne savait pas pourquoi elle se mettait dans tous ses états et en avoir conscience la faisait encore plus paniquer qu'autre chose. "Oh merlin!" Gémit-elle en frappant l'arrière de sa tête contre le confortable canapé.
"Non!" S'exclama Ilya avec véhémence, ce qui la fit sursauter. "Non, tu ne m'as jamais montré un signe quelconque pour montrer que tu souhaitais plus," reprit-il plus doucement. "Malgré mes espoirs," Daesyn se sentit complètement mortifiée et retint son souffle, "je comprends que ce soit mieux que nous ne soyons pas plus. Pas avec ce qui s'est passé."
La sorcière eut honte de se sentir soulagée par la fin de son discours bien que surprise. Il était vrai que si Ilya n'avait jamais travaillé pour rechercher Sirius dans son dos, peut-être aurait-elle pu envisager une autre relation que celle qu'ils partageaient maintenant.
Ilya se leva et elle l'imita rapidement. Ils traversèrent les grands couloirs puis prirent l'escalier qui les mènerait à la salle à manger.
"C'est quoi cette histoire de fiançailles encore?" Reprit-t-elle pour vaincre le silence qui s'était installé.
"Toi aussi tu seras préoccupée par ce genre de choses lorsque tu auras quinze ans," déclara-t-il simplement.
"Je ne crois pas non," réfuta-t-elle. Du coin de l'œil, elle vit Ilya froncer les sourcils puis s'arrêter pour la dévisager. "Quoi?" Elle arrêta de marcher à son tour.
"Tu ne sais pas ce que cela signifie n'est-ce pas?" Demanda-t-il rhétoriquement. "C'est pour ça que tu ne comprenais pas pourquoi l'article de presse était si important pour l'avenir de Cho et de Cédric."
"Non je ne sais pas. Tu m'expliques?" S'impatienta-t-elle légèrement, bien que confuse.
"J'aimerais le faire Daesyn, mais je ne peux pas. Ce n'est pas mon rôle," lui répondit Ilya, désolé.
Ils arrivèrent dans une grande salle où étaient déjà installés à table Andreï, Kingsley ainsi que les parents d'Ilya. Ils s'installèrent en silence, pendant lequel Daesyn envoya un sourire poli et un signe de tête au père de son ami, qui le lui rendit avec vivacité.
Des discussions démarrèrent un peu partout autour de la table, et les sonorités du bulgare s'entremêlèrent à celui de l'anglais d'une façon peu commune. Alors qu'Andreï, au départ timide, engageait ses parents et son frère aîné dans une conversation qui lui était incompréhensible, Daesyn tenta d'attirer l'attention de Kingsley, assis à sa droite.
"Kings'?" L'homme se tourna vers elle. "Tu peux m'expliquer ce truc de fiançailles dont tout le monde parle?" L'Auror la regarda d'un air spéculatif avant de lui faire signe qu'ils en parleraient plus tard.
Daesyn acquiesça à contre cœur, mécontente de devoir attendre encore pour avoir ses réponses. Rapidement consommé, le dîner se termina par le départ du père d'Ilya, qui semblait vouloir l'éviter à tout prix pour elle ne savait quelle raison.
"Je suis désolé de ne pas pouvoir répondre à tes questions," dit Ilya alors qu'il la ramenait dans sa chambre, qu'elle n'aurait pas pu trouver dans le dédale des couloirs sans son aide. "Mais ce n'est vraiment pas à moi de le faire. En réalité, tu as de grosses lacunes. Ton tuteur aurait dû t'informer de ça." Il secoua la tête, réellement préoccupé.
"La sœur de Lily Potter est ma tutrice."
"Non, ton tuteur magique. Celui qui doit t'avoir enseigné les bases de la sorcellerie, le fonctionnement de la société, des anciennes familles magiques…Tu n'as aucune idée de qui est-ce que ça peut être?" s'étonna-t-il
"Non. Aucune idée." Daesyn était en réalité dépassée par les nombreuses informations qui lui étaient apportées.
"Bonne nuit," souhaita Ilya en lui ouvrant la porte, "n'hésite pas à appeler si tu as besoin de quoi que ce soit."
"Bonne nuit," murmura-t-elle en refermant avec douceur la porte derrière elle, submergée par les questions. En quoi son quinzième anniversaire était si important?
"Tu dois repartir."
"C'est paisible ici."
"Alors tu les laisserais tous périr rien que pour ton propre bonheur?"
"Non!"
"Pourtant c'est ce que tu fais. Je m'attendais à beaucoup mieux de toi Daesyn."
"Je ne suis pas une meurtrière, je ne peux pas le faire!"
"Vraiment?"
Le rire qui retentit lui glaça le sang.
"Calme-toi, c'est moi, Kingsley," son souffle erratique résonnait dans la pièce seulement éclairée par la baguette allumée de l'Auror, posée sur le bureau.
Daesyn mit quelques minutes à prendre conscience qu'elle était dans son lit, en Bulgarie, et qu'elle avait coincé sa baguette contre le front de Kingsley, immobile en attendant qu'elle arrive à se souvenir. La jeune femme se figea en voyant son visage tranquille et confiant alors qu'il était très visiblement menacé et par-dessus tout, elle-même. Elle regarda dans ses yeux bruns chauds, qui ne contenaient que ce qu'elle pouvait aisément deviner comme de la préoccupation.
La sorcière abaissa brusquement sa baguette, qui glissa de ses doigts et frappa le sol dans un bruit sourd. Elle avait failli blesser Kingsley, réalisa-t-elle au comble de l'horreur.
"J'étais réveillé lorsque je t'ai entendu t'agiter." Expliqua-t-il. Daesyn hocha la tête, ne pouvant penser à rien d'autre pour le moment. Elle pouvait voir que Kingsley calculait chacun de ses gestes, contrôlait chacun de ses mouvements de façon à ce qu'elle puisse les voir, et qu'elle ne l'agresse à nouveau, songea-t-elle amèrement.
L'Auror s'assit au bord du lit lorsqu'elle replia ses jambes pour les placer sous son menton, de manière assez enfantine.
"Cela arrive à chacun d'entre nous, je ne t'en veux pas Daesyn." Il continua quand elle ne répondit rien. "Je n'aime pas me rendormir après ce genre de chose. Alors nous pouvons peut-être en parler, à moins que tu ne préfères que je te dise ce que j'ai pu trouver sur les archives ou encore, sur ces fiançailles qui te gênent tant?" Sa voix calme et rassurante apaisa peu à peu les tremblements de peur qui la secouaient.
"Comment on fait pour les consulter?"
"Il faut bien passer par Gringotts, et leur donner une explication précise de ce que tu souhaites avoir, qui enverra ta demande auprès du Ministère. De là, il faudra plusieurs mois pour que tous tes papiers soient traités correctement, avant qu'ils ne soient envoyés auprès du bureau des archives. Après ça devrait être assez rapide. On t'enverra une autorisation et un badge pour rentrer et on te donnera une copie de ton dossier."
"Et les fiançailles?"
"Dans notre société, rares sont ceux qui n'ont aucun engagement après dix-sept ans, même les nés-moldus comprennent qu'il est dans leur intérêt de se marier. Chez les familles nobles, celles ont le sang-"pur" et sont présentes depuis des siècles sur le territoire, comme les Black, les Diggory, les Malfoy ou encore les Potter, bien que ces derniers aient toujours été humbles et discrets sur le sujet; ce type d'alliance est d'autant plus important. Les contrats de propositions de fiançailles commencent à arriver dès les quinze ans des sorciers." Kingsley s'interrompit pour organiser sa pensée. "Dans notre pays, ce système est très répandu, bien plus que dans les autres pays, qui sont plus libéraux et commencent à accepter que leurs enfants choisissent de se marier par amour et non pas strictement par intérêt politique. Toi, tu auras beaucoup de propositions. Tu es l'héritière Black, Potter. Tu es célèbre. Si tu le souhaitais, tu pourrais commander le gouvernement rien qu'avec le poids politique qu'ont tes actions ou tes mots. Je t'avoue que c'est un processus plutôt complexe à expliquer et je doute que j'en ai couvert les détails. Mais si tu as des questions, n'hésites pas."
"Et pour Ilya?"
"Sa famille est plutôt souple je dirais, mais c'est sûrement parce qu'il a des frères et sœurs plus âgés. Il n'est pas héritier des titres de sa famille. De même pour sa carrière. S'il veut exercer dans le Quidditch par exemple, il le pourrait. Son frère aîné cependant, n'en aurait pas le droit… mais je m'étale. Il a dix-neuf ans n'est-ce pas? Je suppose que ses parents vont le pousser à épouser une fille de bonne famille, je n'en sais trop rien."
La sorcière lutta contre ses paupières devenues lourdes, devenant de plus en plus difficiles à ouvrir. En arrière-plan, la voix de Kingsley, trop apaisante pour son propre bien, raisonnait à ses oreilles.
Et sans le vouloir, Daesyn replongea dans le sommeil.
