Bonjour/Bonsoir ! :D

J'espère ne pas avoir été trop longue, en tous cas, c'est avec plaisir que je vous poste ce premier chapitre, qui j'espère vous plaira. Je croise les doigts ! Sur ce, je vous souhaite une bonne lecture ! :)


Chapitre 1


L'air soucieux et chagriné, May s'était isolée avec sa fille dans le hall d'embarquement, près des grandes baies vitrées de l'aéroport. L'embarquement devait se faire dans un peu plus de quinze minutes. Quinze minutes pour lui dire au revoir. Quinze minutes pour la tenir une dernière fois dans ses bras.

Quinze minutes.

C'était si peu. Pourtant, elle s'y était attendue et s'y était préparée de longues années durant. Ce n'était pas un au revoir définitif, mais le départ de son oisillon du nid, prêt à prendre son envol, lui serrait le cœur. La laisser partir était une épreuve bien plus dure qu'elle l'avait imaginé, tant l'angoisse lui remuait les tripes, comme si ses sens l'alertaient. La poussaient à la retenir près d'elle. Lui criaient « DANGER ». Cette voix, cette peur irrépressible que rien ne se passe comme ils l'avaient prévu et qu'ils la perdent. Comme on leur avait arraché leur fils aîné. S'en remettrait-elle ? En pouvait-elle seulement ?

- Maman, arrête de t'inquiéter, lui sourit Madeline, de son visage imprégné de tant d'innocence. Ce n'est pas la première fois que je prends l'avion. Ça va le faire !

A travers ses larmes, qu'elle contenait difficilement, May regarda longuement sa fille, dans l'envie d'ancrer ses traits enfantins dans sa mémoire. Son regard vert, éveillé, pétillant de curiosité et d'ingéniosité. Son sourire futé. Sa voix chantante. Ses boucles brunes, coupées au carré, à la limite de sa mâchoire. Et si c'était la dernière fois ? La dernière fois qu'elle se tenait devant elle ? La dernière fois qu'elle affichait cette pureté et cette ingénuité, brisée par la vie comme une poupée de chiffon ? Dans un éclair, elle revit le regard abattu de Luke, sa mine affligée, lors de son ultime visite. Pouvait-elle laisser sa fille partir ? Et risquer de ne jamais retrouver cette enfant joyeuse ?

Ses vieilles angoisses avaient resurgi à la surface, comme si ses garde-fous s'étaient écroulés, et avaient fondu comme neige au soleil. La douleur se raviva dans sa poitrine. Celle d'avoir perdu Luke, qui était parti du jour au lendemain, sans crier gare. Celle d'oublier ses traits au fil des années, s'effaçant au grès du temps et de sa folie. Elle devait refouler ses sombres pensées, aussi irraisonnées que destructrices. Mais pouvait-elle revivre ça ? C'était au-dessus de ses forces.

Comment Madeline pouvait-elle le concevoir ? A son âge, on était encore qu'insouciance et innocence. Elle trépignait même d'impatience de quitter le cocon familial pour toutes ses aventures dont elle rêvait.

- Mais c'est la première fois qu'on va être séparées si longtemps, toi et moi, se désola May. Tu t'apprêtes à passer deux mois dans une colonie que tu ne connais même pas, et je n'ai pas le droit de m'inquiéter ?

- Papa a dit que c'était un endroit sûr pour moi, et je lui fais confiance.

Son regard s'adoucissant, elle repensa à ce qu'elle avait entraperçu de la colonie lors de son passage en 1986, peu après la naissance de Luke. De ce que lui avait dit Hermès à l'époque. Et de tous les changements qu'il y avait eu depuis les deux grandes guerres.

- Ton père est un homme de paroles, souffla-t-elle. Mais je m'inquiète pour toi, Line. Deux mois, c'est long…

May se pinça les lèvres, hésitant à lui parler de ses vraies craintes. De cette peur qu'elle ne parvienne pas à s'intégrer, même si Madeline n'avait jamais eu aucun problème à l'école. Elle était tout ce qu'on pouvait attendre d'une meilleure amie, ou d'une élève studieuse. Une pré-adolescente curieuse, agréable, généreuse, et qui savait se faire aimer de tous. Qui persévérait pour obtenir de bonnes notes, en dépit de son incapacité à rester en place. Et, avec sa soif de connaissances, doublée de sa volonté de fer, elle réussissait à dompter sa légère dyslexie, malgré les quelques céphalées que cela lui causait.

Mais, à la colonie, loin de son environnement habituel, elle était une fille d'Hermès. Une enfant du dieu parmi tant d'autres. Avec rien d'autre d'exceptionnel que les gènes de son paternel. Et rien de plus banal que ses traits fins. Ses peurs étaient-elles finalement réellement irraisonnées ? Que se passera-t-il quand Madeline réalisera, alors qu'elle ne serait pas présente pour la rassurer ?

- Je t'appellerai, lui promit Madeline, la tirant brusquement de ses pensées. Et je te promets de prendre soin de moi et d'être sage !

Le ton enjoué de sa fille lui tira un rire malgré elle.

- Je sais bien que tu seras la première à provoquer une crise cardiaque à quelqu'un !

Sur ses mots, May encadra le visage de sa fille de ses deux mains et déposa un baiser sur son front. Comme elle en avait pris l'habitude depuis la première fois qu'elle l'avait tenu contre son cœur.

- Sois prudente, Madeline. Le monde est plus cruel que tu ne le penses.

Et alors qu'une voix grésilla dans les haut-parleurs, sa fille se jeta contre elle et la serra fort. Très fort. Comme jamais auparavant. May l'encercla de ses bras et éternisa leur étreinte aussi longtemps qu'elle le put. Elle ne put se contenir. Ses joues se mouillèrent de larmes, et les cheveux de sa fille vinrent s'y coller. La gorge nouée, elle frotta le dos de sa fille, secoué de légers spasmes. Madeline s'était si longtemps empêchée de pleurer, pour ne pas que les adieux soient plus compliqués, qu'elle parut défaillir dans ses bras.

Line ne se sentait jamais aussi en sécurité que dans les bras de sa mère, enveloppée de cette chaleur et de cet amour maternel. Et monter dans cet avion, c'était tourner un chapitre. Commencer une nouvelle vie. Une nouvelle vie dont elle ne connaissait rien. Et au fond, du haut de ses douze ans, cela la terrifiait. Pourtant, comme son père lui avait répété, si elle voulait une vie la plus normale possible, elle devait partir. Parce qu'elle ne pouvait renier son ascendance divine et l'entrainement que cela exigeait. Elle l'avait décidé.

Plus de retour possible.

- Je t'aime, Madeline, lui murmura May en déposant un baiser dans ses cheveux, avant de briser leur étreinte.

- Moi aussi, Maman.

Balayant ses larmes d'un revers de la main, les yeux rougis, Madeline attrapa son sac à dos et adressa un dernier sourire et signe de la main à sa mère.

May resta figée à l'entrée de l'embarquement, comme pétrifiée par la tristesse et la peur, et observa sa fille marcher dans le couloir. S'éloigner d'elle à chaque nouveau pas. Un dernier regard. Une larme roula sur ses pommettes. Et elle avait disparu de sa vision.

- Hermès, protège-la, s'il te plait.

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.

Encore toute chamboulée par ses émotions, Line avança dans l'allée d'un pas hésitant et ne cessa de tourner la tête pour trouver sa place. Elle tenait la lanière de son sac d'une main tremblante. Et un poids lui était tombé dans l'estomac. Elle refoula son envie de sortir de l'avion. Elle ne pouvait pas. Elle ne devait pas.

Alors elle se concentra sur sa respiration et inspira profondément.

Respire, respire… Tout ira bien.

Il lui fallut quelques minutes pour trouver son siège, juste au bord d'une rangée, à côté d'un vieux couple. Elle leur adressa un sourire en guise de salutation, avant de s'y asseoir, le cœur battant encore follement dans sa poitrine. Elle avait besoin de calme. Besoin de sécurité. Les murmures, les chaussures claquant au sol, les fermetures éclairs, tout se bousculait dans son crâne. C'en était angoissant. Oppressant. Elle n'était pas claustrophobe. Encore moins hypersensible. Mais ses peurs semblaient accentuer tout ce qui l'entourait, alors elle fouilla dans son sac pour en retirer son casque audio, qu'elle mit sur ses oreilles comme un moyen de se couper du monde. Il était relié à un vieil MP3 sur lequel elle sélectionna sa playlist. C'était l'un des seuls gadgets technologiques qui ne risquaient pas de lui coûter la vie.

Une fois que seule sa musique emplit ses oreilles, et que son rythme cardiaque fut ralenti, elle sortit sa dernière lecture de son sac. En grande lectrice, il lui tardait de s'immerger dans l'univers de Voyages au centre de la Terre, l'un des romans de son auteur de prédilection Jules Vernes.

En ouvrant le livre, elle ne put s'empêcher de s'attarder sur la photographie qui lui servait de marque-page. Elle datait d'un peu plus de deux mois. De son dernier anniversaire. Un souvenir de son premier vrai baptême de l'air, dans un aérodrome proche de leur petit village.

Elle regarda plus que de raison la photo, et finit probablement par en perdre la notion du temps. Ses pensées l'avaient rapidement ramené à ce samedi de mai. L'un des plus beaux jours de sa vie. Elle se rappelait de ce sentiment mêlé de fierté et de joie quand elle avait aperçu son père, au bras de sa mère, en descendant du petit avion. La passion qui l'avait animée quand elle raconta à son père toutes les sensations que voler lui avait procuré. Elle ne s'était jamais aussi vivante que dans les airs, parmi les nuages.

Une photographie qui ancrait ce souvenir dans le temps. Elle et ses parents, posant devant l'avion. Tout sourire. Comme une parfaite famille. Qui pourrait croire qu'elle puisse souffrir de l'absence de ce père, qu'elle ne voyait que quelques après-midis par an ?

Parfois, alors qu'elle regardait le visage de son père, si bienveillant, si enthousiaste, elle se demandait ce qu'il s'était réellement passé pour que Luke le détestât autant. Elle ne savait pas grand-chose sur leur différend, et sur ce qui avait poussé Luke à fuir la maison familiale. Sa mère restait assez secrète sur cette période, même si elle avait laissé entendre que son état de santé ne lui avait pas permis d'élever Luke dans les meilleures conditions. Et il avait rejoint le camp ennemi lors de la guerre de la Grande Prophétie. Il était mort en héros. Il s'était sacrifié, pour réparer le tort qu'il avait fait. Pour permettre au monde de vivre.

Mais Line n'avait jamais osé poser plus de questions. Il n'était pas aisé de soutenir le regard brisé de sa mère, et d'entendre sa voix déraillée sous l'émotion. Elle ne voulait pas causer plus de mal à sa mère. Sa mère qui tenait pour elle. Et elle n'avait jamais osé interroger à son père. Il restait un dieu. Et plus elle grandissait, plus il lui semblait marcher sur un fil en sa présence, et ce à mesure qu'elle prenait conscience de son monde. Elle avait peur de lui faire du tort. De le mettre en colère. Pas qu'Hermès s'était montré désobligeant ou violent à son égard, mais maintenant qu'elle était en âge de comprendre l'ampleur des responsabilités et des pouvoirs d'un dieu grec tel que lui, elle se tenait sur la réserve.

Ce fut le changement de musique qui la ramena à la réalité. Elle papillonna des yeux, revenant doucement à elle, et dans un dernier regard, elle sourit tendrement à ce doux souvenir, avant de se plonger dans sa lecture.

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Il était aux environs de seize heures quand Madeline récupéra ses bagages, à l'aéroport de New York City. Elle n'avait trouvé le sommeil qu'une ou deux heures durant son vol, et en ressentait une légère fatigue et quelques courbatures, après avoir passé les huit dernières heures assise sur un siège inconfortable. Ce n'était pas son premier voyage, mais elle ne se ferait probablement jamais au décalage horaire, comme lui prouva son énième bâillement. Et même si elle s'occupait tant bien que mal pour contrer son hyperactivité, psychologiquement éprouvante, son corps avait un grand besoin de bouger.

Le regard posé sur une carte, et après un coup-d'œil à sa montre, Line en déduisit qu'elle avait le temps de se procurer un nouveau roman, avant de retrouver Argos sur le parking. Comme le lui avait demandé son père. Elle repliait sa carte et la fourrait dans sa poche de jean, quand une voix masculine l'interpella.

- Madeline ? Madeline Castellan ?

Le cœur battant à la chamade, la jeune fille releva la tête et dévisagea l'inconnu. Ne faire confiance à personne. A aucun étranger. C'est ce que lui avait toujours répété sa mère, d'autant plus qu'elle craignait une attaque de monstres au moindre coin de rue. Qui pouvait bien connaitre son identité ? A New York ? Alors que peu avait connaissance de son arrivée à la colonie ?

Instinctivement, Line recula et fronça les sourcils, sur la défensive et prête à s'enfuir, mais l'inconnu leva ses deux mains face à lui, comme pour lui prouver sa bonne foi.

- Je ne te veux aucun mal, continua-t-il. Je suis venu en ami.

Madeline resta médusée à sa place, mais n'en resta pas moins sur ses gardes. Ses doigts s'étaient refermés sur la poignée de son sac de voyage, et sa respiration s'était faite plus rapide. Plus nerveuse. Tous ses sens étaient à l'affût. Aiguisés comme jamais.

Malgré sa voix chaleureuse, aux accents pleins de gentillesse, elle continua à chercher le moindre détail suspect chez l'homme. Parce qu'elle avait appris à ne pas se fier aux apparences. Derrière un bel inconnu pouvait se tapir le plus abominable des monstres. Et elle n'était pas décidée à devenir le prochain goûter d'un d'entre eux.

Il devait avoir moins de trente ans, mais n'avait déjà plus l'apparence d'un jeune étudiant avec sa barbe de trois jours. Ses cheveux blonds bouclaient devant ses oreilles, et ses yeux bleu ciel ressortaient de par son teint bronzé. Il avait tout l'air d'un touriste avec son jean taillé en bermuda et sa chemise verte à carreaux. Madeline avait beau fouiller dans sa mémoire, son visage ne lui était guère familier, et elle se demanda comment il pouvait bien la connaitre. Sûre qu'elle s'en serait rappelée si elle l'avait croisé, à l'occasion de l'un de ses nombreux séjours aux Etats-Unis. Elle n'oubliait pas si facilement un visage.

Gardant ses distances avec elle, l'homme parut comprendre l'appréhension de Madeline et afficha le sourire le plus bienveillant qu'il avait en réserve.

- Je m'appelle Will Solace, fils du dieu Apollon, se présenta-t-il. Je suis comme toi. Tu n'as rien à craindre.

Madeline écarquilla les yeux, saisie de surprise, et sa respiration s'apaisa doucement jusqu'à un rythme normal. L'atmosphère devenant moins pesante et angoissante, la tension diminua peu à peu dans ses veines.

- Mon père m'a demandé de t'escorter jusqu'à la colonie, expliqua-t-il en s'approchant, avant de poser une main rassurante sur son bras, d'un geste calme. Crois-moi, il ne fait pas bon d'être une sang-mêlé inexpérimentée et seule dans New York. J'espère que tu as fait bon voyage ! ajouta-t-il en se saisissant du sac de voyage. J'ai appris que tu venais de France !

Encore abasourdie, quelque peu désorientée, Madeline hocha vivement la tête, incapable de parler. Son père ne lui avait pas parlé de ce Will Solace. Était-il un dernier pion dans son plan ? Avait-il donc si peur pour elle ? Line ne savait comment prendre cette déduction. Mais, aussi incroyable soit-il, elle ne se sentait que plus en sécurité par sa présence. Le jeune homme dégageait une aura réconfortante. Apaisante. De celle qui donnait envie de faire pleinement confiance. Et, elle ne savait comment, une vague de sérénité l'avait submergé au simple contact de ses doigts sur sa peau, anesthésiant aussitôt ses nerfs et ses angoisses.

- Un petit quelque chose à grignoter, ça te dit ?

Il désigna une petite cafétéria d'un mouvement de tête, d'où emmenaient de délicieuse effluves de pâtisseries.

- Pourquoi pas, répondit Madeline d'une petite voix. Le vol a été assez long, et je n'ai rien emmené avec moi.

- Ah ! s'extasia Will d'un rire doux, aussi chaleureux que le soleil. J'ai bien cru que tu ne m'adresserais jamais la parole ! Les enfants d'Hermès ne sont jamais muets bien longtemps !

Ils s'installèrent à une table isolée du bruit, et commandèrent deux verres de jus d'oranges au jeune serveur. Line demeura silencieuse, mais s'étonna pas moins de sa demande. Au salon de thé de sa mère, les adultes avaient coutume de prendre un thé ou un café, quand il n'était pas question d'alcool.

Madeline observait les lieux, quand le serveur revint déposer leur commande quelques minutes plus tard, accompagnée d'une note. Le chausson aux pommes n'avait rien de glorieux, et elle en vint à regretter ceux de sa mère. Bien dorés. Bien feuilletés. Bien plus appétissants. Et surtout faits avec amour et passion. Mais, après avoir tendu sa monnaie, Will ne se fit pas prier et croqua dans le sien sans hésitation, dispersant des miettes sur sa chemise et la table.

- Comment as-tu su que… ? bredouilla-t-elle, ne sachant pas par où commencer avec toutes les questions qui se bousculaient dans son crâne. Comment as-tu pu te douter que j'étais bien celle que tu recherchais ?

- Rien de très difficile, avoua le fils d'Apollon. Tu as le trait de tous les enfants d'Hermès, et… Tu m'as rappelé quelqu'un.

Le regard de Line s'alluma.

- Mon frère ?

Cessant de mâcher, Will croisa son regard et hocha la tête. Les yeux rivés dans le vide, les deux mains autour de son verre, il garda néanmoins son silence. Un instant, face au froid qu'elle reçut, Madeline crut avoir dit une bêtise, mais il passa sa langue sur ses lèvres et soupira. Comme s'il se délestait d'un poids qu'il n'avait pas à porter.

- Les années sont passées, maintenant. Alors, ne t'inquiète pas, je ne vais pas faire de toi mon ennemie. Et s'il y a bien une chose que j'ai apprise, c'est que les gens sont bien plus que ce que leur lien du sang les prédestine. Surtout en ce qui nous concerne.

La jeune fille d'Hermès eut soudain l'envie de poser des questions à Will à propos de son frère. Des plus insignifiantes aux plus douloureuses. Et par dizaines. Mais quelque chose la retint. Peut-être son regard soudain brisé. Ou son ton qui laissait entendre qu'il ne voulait pas en parler ? Toutefois, ses mots l'avaient chamboulé.

Alors Madeline sirota son jus d'orange en silence, pensive, non sans regarder à la dérobée les fines cicatrices qui zébraient les avant-bras de Will. Il semblait si heureux. Si calme. S'il était un demi-dieu, aussi âgé qu'elle le pensait, il avait dû connaitre les deux grandes guerres. Ces deux grandes guerres que son père avait évoquées, sans s'étaler. Pouvait-on être aussi serein après ça ? Aussi sûr de soi ? Madeline en était profondément troublée. Le fils d'Apollon avait dû traverser et encaisser bien plus qu'elle ne pouvait imaginer. Et, quel que fut la manière, Luke avait participé à ce désastre.

Luke… Elle aurait pu croire que c'était lui en face d'elle. Elle en avait toujours rêvé, ne serait-ce que pour lui parler un peu. Parce qu'elle avait comme grandi avec un fantôme. Tout le monde parlait de lui. Tout le monde l'évoquait. Mais il n'avait jamais fait pleinement partie de sa vie. Et, à entendre Will, elle ne savait plus quoi penser de son frère.

- Mais je n'ai pas envie de t'effrayer inutilement, se confia Will avec un sourire, en voyant la mine déconfite de la jeune fille d'Hermès. Tout va bien se passer à la colonie, et au pire, je viendrais botter les fesses de tout ceux qui t'importuneront. Promis, juré.

Madeline sourit de toutes ses dents.

- Bungalow 7, c'est ça ?

- Tu peux me retrouver à l'infirmerie, j'y suis presque toujours. C'est comme ma deuxième maison.

Alors que Line s'apprêtait à finir son verre, une soudaine odeur désagréable, nauséabonde, chatouilla ses narines. Ce n'était clairement pas son chausson aux pommes. Aussi industriel soit-il. Ses sens ne prirent pas de temps pour se mettre en alerte. La peur montant en elle, tel un venin, elle échangea un regard avec Will. Un regard. Et elle comprit.

Avant même qu'elle ne réagisse, Will se leva brusquement, en fit tomber sa chaise dans un bruit fracassant, et dégaina son épée. Plus rien ne comptait. Pas même le regard interloqué et méfiant des gens. Il n'y avait que le battement affolé de son cœur. Et l'adrénaline envenimant son sang.

- Cours, Madeline ! Cours ! cria le fils d'Apollon. Rejoins Argos !