Elle sentait leur désir monter à tous les deux.

-Il est peut-être plus raisonnable qu'on s'en tienne là pour ce soir, surtout si tu veux "simplement dormir avec moi"...

Sa voix trahissait toute son espièglerie. Il garda pour lui combien il la trouvait chipie. Il la chatouilla brièvement et lui fit un dernier bisou de bonne nuit. Elle se tourna et il vint se blottir contre son dos. Elle sentait bon et il pouvait sentir les cheveux détachés des petits chignons de Tenten chatouiller son visage mais il s'en fichait. Il était tout contre elle et c'est tout ce qui comptait à cet instant.

Tenten ouvrit un œil, elle était seule dans le lit. Elle se leva sans attendre, se demandant où était Neji. Elle enfila à la hâte une chemise pour ne pas avoir froid. Elle arriva dans le salon, la maison semblait vide. Sur la table de la salle à manger trônait un petit bout de papier signé de Neji. "Je suis dans l'atelier".

Elle le rejoignit dans l'atelier. La verrière donnait sur le jardin. Le jardin était de taille raisonnable et quelque arbres fruitiers y poussaient, la cime du Mont Fuji apparaissait derrière les arbres. Le soleil traversait la verrière et illuminait la pièce de ses premiers rayons. Il retravaillait la toile sur laquelle il butait depuis quelques temps.

-Bonjour, fit-elle d'une douce voix, les yeux plissés par la lumière qui l'aveuglait.

Il se retourna légèrement vers elle.

-Bonjour, bien dormi ?

-comme un loir…

Elle le regardait agiter son crayon pour former de nouveaux traits. Le corps de femme, jusque-là difforme, reprenait des proportions raisonnables. Les courbes étaient douces, voluptueuses. Il commençait à préparer sa palette de couleurs pour apposer les premiers coups de pinceau. Tenten s'absenta quelques minutes puis revint avec son appareil. D'ordinaire, elle photographiait plutôt les paysages, les grands espaces invitant au voyage. Elle trouvait Neji très photogénique. Le décor autour d'eux : la verrière avec vue sur le jardin, les toiles posées au sol, Neji concentré sur le choix et le mélange des peintures, l'instant semblait hors du temps. Au début, il avait émis quelques grognements à chaque bruit émis par l'appareil puis il n'avait plus rien dit. Neji faisait ce qu'il aimait et il supposait que Tenten en faisait autant. Et il avait raison, ce qu'elle aimait faire était pointer son objectif vers quelque chose qu'elle trouvait intéressant et qui méritait d'immortaliser l'instant. À mesure que les minutes défilaient le tableau prenait vie et couleurs. Il reposa sa palette et prit un peu de recul pour apprécier son travail. Tenten vint se coller à ses côtés, passant un bras à sa taille.

-C'est vraiment beau…

Le ventre de Tenten émit un gargouillis bruyant. Ils se mirent à rire et sans rien dire se dirigèrent ensemble dans la cuisine pour déjeuner. Neji prépara leur boisson et Tenten les tartines.

En voulant reposer sa tasse après quelques gorgées, Neji renversa le fond de sa tasse sur la chemise de Tenten. Le café traversa l'épaisseur de la chemise et du débardeur de nuit de la jolie brune.

-Je suis désolé.

-Ne t'inquiète pas pour ça. Je vais prendre une douche et j'arrive.

Elle ressortit quelques minutes plus tard, une serviette autour de sa poitrine. Il était en train de terminer la vaisselle de leur petit déjeuner. Tourné vers l'évier, il avait pu remarquer sa présence sans pour autant se retourner.

-Tu as tout ce qu'il te faut ?

-...

Il se retourna et constata sa tenue. Il avait beau l'avoir vue en sous-vêtements la veille, il la trouva excessivement jolie.

-Disons que c'était ma dernière chemise propre, je comptais aller en ville aujourd'hui pour faire une lessive.

-Je vais te chercher quelque chose à mettre et on va préparer une lessive ici, tu ne vas pas aller en ville pour ça !

Il revint après avoir fouillé ses placards à la recherche de vêtements pour elle.

Il avait trouvé un petit top appartenant à Sakura qui pourrait aller à Tenten malgré sa poitrine légèrement plus développée que celle de sa femme. Dans son autre main, il avait ramené un petit pull fin à lui qui serait sans doute un peu grand pour elle. Il voulait qu'elle puisse choisir, il imaginait assez bien que Tenten ne veuille pas porter de vêtement de sa femme. Comme il s'y attendait, Tenten choisit le petit pull gris et l'enfila sans attendre qu'il se retourne.

Tenten arrivait toujours à le prendre au dépourvu. Certes, il avait deviné pour le pull mais il n'avait pas envisagé qu'elle l'enfilerait aussitôt devant lui.

Il ne put s'empêcher de penser à sa femme et combien elle était différente de Tenten.

Sa femme était extrêmement pudique et même enfiler un simple pull devant lui, sans se retourner, lui aurait paru impossible. Pour la tasse renversée, Sakura se serait immédiatement énervée d'avoir été tachée. Depuis combien de temps n'ont-ils pas échangé de baisers langoureux, avec Sakura ? Depuis combien de temps n'a-t-il pas eu autant envie de faire l'amour ? Il ne pouvait s'empêcher de penser à combien ils avaient pris l'habitude de cohabiter plutôt que de former un couple. Il fallait tout programmer, tout anticiper, il n'y avait aucune place pour les aléas ou la spontanéité dans leur vie. Même faire l'amour était calculé. "Si tu veux ce soir on peut faire un câlin…" Voilà ce qui guidait leur vie, la routine et l'ennui.

Il réalisa que tout cet environnement calculé avait anéanti son désir de création. Depuis que Tenten avait fait son entrée, fracassante d'ailleurs, dans sa vie millimétrée, tout en avait été chamboulé. Il n'avait jamais eu ni l'envie ni l'occasion de tromper sa femme. Mais il devait admettre qu'il avait envie de Tenten et qu'elle avait une influence sur tout ce qu'il était. À peine était-elle arrivée qu'elle avait fait naître en lui l'envie de peintre et de sculpter, mais aussi du désir pour elle. Tenten attisait ses sens d'homme et d'artiste. Et tout cela avec une facilité déconcertante.

Elle le regardait avec un regard plein de douceur et une pointe de désir. Un éclair traversa les pensées de Neji : il rêvait de faire l'amour à Tenten, une étreinte douce, charnelle, torride. Tenten avait aussi envie de lui. Elle ne pouvait pas ignorer qu'il était marié avec deux enfants. Pourtant elle avait envie de lui, et elle se retenait de lui sauter dessus. Le téléphone fixe sonna les tirant de leur rêverie.

-Oui allô ?

Tenten rejoignit Neji dans le salon alors qu'il décrochait le téléphone. Quand elle entendit la voix d'une femme, elle déduisit qu'il devait s'agir de sa femme et préféra le laisser seul. Elle se dirigea dans la chambre d'amis et prépara son sac avec l'intention de charger sa voiture et refaire de nouvelles photos. Elle ne voulait pas leur causer du tort, elle avait déjà embrassé Neji, elle n'allait pas le pousser plus au crime. Elle ne pouvait pas décemment lui faire ça.

Il lui avait dit : il n'était pas un mec à faire ça quand sa femme a le dos tourné. Peut-être était-il temps pour elle de reprendre la route pour poursuivre ses aventures. Ils n'avaient jamais fait que s'embrasser, ce n'était peut-être pas si grave.

Il raccrocha et vint se poster dans l'encadrement de la porte.

-Alors, tu veux partir comme ça ?

-Je suis une source de problèmes pour toi et je ne le veux pas. Ta femme va rentrer et puis… Et… et… je dois avancer dans mon article pour Géo… La date approche.

Il ressentait la tension palpable dans la pièce sans pour autant se l'expliquer rationnellement. Il s'approcha lentement d'elle mais elle le contourna. Il ne dit pas un mot, il n'était pas doué pour ça. Il n'était doué que pour distiller quelques petits mots mais pas pour ôter les doutes en faisant de grands discours.

Ils avaient préparé une lessive des vêtements de la photographe, qu'ils avaient ensuite étendue ensemble. Il était un peu gêné de devoir accrocher les petites culottes de Tenten avec elle.

Il se sentait coupable sans arriver à identifier pourquoi. L'espace d'un instant, il remercia ses voisins d'avoir édifier de si grandes clôtures. Il s'imaginait devoir se justifier auprès de ses voisins, d'accrocher des sous-vêtements n'appartenant pas à Sakura. C'était sans doute une réflexion stupide, ses voisins ne devaient probablement pas connaitre les sous-vêtements de sa femme.

Tenten semblait vraiment contrariée, il s'imagina qu'elle était inquiète que son article ne soit pas fini dans le délai qui lui était imparti. Il lui proposa de l'emmener dans un nouvel endroit pour l'après-midi. Il fut surpris qu'elle accepte alors qu'elle paraissait si en colère. Ils marchèrent longtemps et trouvèrent un endroit encore très différent des précédents. Au bout d'un moment, Neji ne supporta plus l'atmosphère lourde et décida de briser le silence pesant. N'était-ce pas nouveau pour lui, de se comporter comme ça ?

-Ai-je dit ou fait quelque chose qui ait pu te contrarier, Tenten ?

Tenten prit le temps de le considérer. Elle se comportait comme un enfant à bouder ainsi.

-Excuse-moi, Neji. J'ai entendu ta femme tout à l'heure au téléphone, je n'ai pas envie de tout gâcher entre vous. Je crois que ça m'a mise en colère, c'est pitoyable. Les coins de la bouche du brun se relevèrent faiblement.

-Ce n'était pas ma femme au téléphone, tout à l'heure, mais ma cousine, Hinata, avec qui je suis proche.

Tenten de détendit et Neji le ressentit instantanément. Sur le trajet du retour, Tenten et Neji sont restés silencieux, s'adressant quelques sourires de temps à autre, dans un silence confortable.

Ils arrivaient près de chez Neji quand il prit la parole :

-Reste encore…

Sa main atteignit la jambe de Tenten, pour donner plus d'intensité à son propos. Le murmure de Neji et sa main sur elle firent naître un frisson au creux de ses reins.

-Ça y est, tu ne peux plus te passer de moi ?, dit-elle triomphalement.

Aucun mot ne s'échappa de la bouche de Neji, néanmoins, elle s'étirait en un large sourire. Si seulement elle savait combien c'était vrai.

-Ce pull te va si bien… bien mieux qu'à moi je crois.

Un petit rire s'échappa des douces lèvres de Tenten.

-Les manches sont trop longues et le pull est un peu large pour moi mais je l'aime beaucoup. Il porte ton odeur, c'est peut-être d'ailleurs pour ça que je l'aime tant.

Elle s'était rapprochée de lui, réduisant au minimum la distance les séparant. Plusieurs minutes filèrent silencieusement. La tension était trop forte, elle le regardait de ses quelques centimètres de moins, avec un regard brûlant, ardant de désir. Pour Tenten, il lui semblait que c'était Neji qui lui envoyait des regards torrides. Puis mettant brutalement fin à cette phase passive, il vint embrasser sa bouche.

-Tu me rends fou, Tenten…

Les yeux chocolat de Tenten se tintèrent d'intérêt.

-Je ne me reconnais pas quand tu es là. Je ne suis pas comme ça d'habitude…tenta-t-il de se justifier.

Elle caressa les contours de son visage:

-Tu sais, je ne suis pas comme ça non plus, en général. Je ne remercie pas les gens de leur hospitalité en les embrassant….

-J'ai aimé ça, moi…

-Peut-être est-ce une stratégie que je devrais mettre en place dorénavant, dit-elle d'une voix des plus taquines.

Ils resserrèrent leur étreinte et partagèrent un nouveau baiser. L'étreinte cessa, chacun résistant à l'envie de découvrir le corps de l'autre.