Les jours qui suivirent, Remus s'isola de lui-même. Il en voulait à ses amis de lui cacher des choses et son irritabilité qui augmentait à l'approche de la pleine lune, n'aidait en rien. Sirius tenta bien de le dérider mais Remus ne se laissa pas attendrir. Si c'était pour qu'ils recommencent deux jours après… De toute façon, ils continuaient de rentrer à des heures très tardives. Il le savait car ils le réveillaient parfois, sans faire exprès. Ils n'étaient pas très discrets… Que pouvaient-ils bien faire aussi tard dans la nuit ? De ce qu'ils avaient dit, il n'aurait pas de sitôt la réponse. Alors Remus leur en voulait de lui faire subir cela et cela le confortait dans sa décision de les bouder.
Ce choix de ne pas céder était cependant difficile, justement aussi à cause de la pleine lune. Il angoissait toujours beaucoup avant et la présence de ses amis l'apaisait dans l'attente du soir redouté et faisait passer le temps plus vite. Au lieu de quoi, Remus erra dans le château, allant du parc à la bibliothèque pour retourner ensuite dans le parc avant de finir dans la Salle Commune. Il n'arrivait à rien et ne pensait qu'au soir même. De temps à autre, son regard se posait sur la lune perceptible dans le ciel, même si elle ne brillait pas encore. Il avait peur.
Peu avant le coucher du soleil, il rejoignit Mme Pomfresh à l'infirmerie et se dirigèrent ensemble vers le Saule Cogneur. Il avait l'impression qu'il allait s'évanouir. D'ordinaire, il tenait bon car il pensait à ses amis et à leurs retrouvailles le lendemain, quand ils lui apporteraient une multitude de chocolats et bonbons pour lui remonter le moral. Mais ça ne serait pas le cas, cette fois-ci. Il se retrouverait de nouveau tout seul, comme avant que ses amis ne devinent son secret. Il était étrange de voir à quel point il s'était habitué à leur soutien. En manquer lui était difficile. Il regretta presque d'avoir envoyé balader Sirius, se disant que ce n'était peut-être pas si grave s'ils ne voulaient pas le mêler à leur « projet top secret ». Même si ça le blessait. Mais il chassa l'idée.
Une fois l'infirmière partie, il se déshabilla et plia ses vêtements qu'il posa dans un coin. La nuit allait être longue, il le sentait. Tremblotant dans le froid, Remus Lupin attendit que la malédiction le frappe, comme chaque mois. La dernière chose à laquelle il pensa avant qu'un rayon de la pleine lune ne le frappe, ce fut à ses trois amis. Puis la bête prit le dessus.
Quand il se réveilla le lendemain matin, Remus eut le droit à plusieurs surprises. La première, ce fut la présence contre lui d'un corps chaud et doux. Il sursauta et se redressa brusquement, clignant des yeux, ébloui par la lumière du jour. Il aperçut alors une masse noire informe couchée contre lui. Avec un museau, deux oreilles et un ronflement tonitruant. Il cligna de nouveau des yeux, mais parce qu'il crut avoir imaginé le gros chien noir qui se trouvait tout contre lui. Mais non. Prudemment, il s'écarta pour se rhabiller.
Il eut alors une seconde surprise. Il ne s'était pas étonné de s'être redressé aussi vivement, sans douleur. Mais quand il se leva avec naturel, il remarqua qu'il n'avait presque pas mal. Il se sentait épuisé, bien entendu – après tout, il avait passé la nuit éveillé à hurler et casser tout ce qui se trouvait autour de lui. Mais il ne s'était pas mordu ni griffé – et rien que cela en soi était un immense progrès. Il avait les habituelles courbatures mais rien d'insurmontable. Son regard se perdit sur le chien. Avait-il été là toute la nuit ? Le loup ne l'avait-il donc pas attaqué ? Il esquissa un sourire et termina de se rhabiller. Pomfresh n'allait pas tarder. En l'attendant, il retourna près de l'animal et passa sa main dans sa fourrure. Si le chien avait voulu s'en prendre à lui, il l'aurait fait bien avant. Au lieu de quoi, quand il s'était retransformé et évanoui, il semblait avoir dormi contre lui et lui avoir tenu chaud.
Ses caresses réveillèrent l'animal qui s'étira d'une façon un peu étrange pour un chien. Remus lui sourit et le gratta entre les oreilles. Le chien aboya alors joyeusement en le voyant et se mit à le lécher partout sur son visage et en particulier sa bouche, dans sa joie.
– Hey, doucement !
Il croisa le regard de l'animal et se sentit frissonner. Il n'aurait su dire pourquoi mais il lui semblait familier. Il lui sourit avec douceur, le regard brillant.
– Je ne sais pas d'où tu viens mais merci pour cette nuit. J'espère que le loup ne t'a pas fait mal.
Le chien aboya joyeusement et Remus eut l'impression qu'il le comprenait. Il le serra dans une étreinte contre lui, enfouissant son visage dans la fourrure de l'animal. Puis il s'écarta après une dernière caresse entre les oreilles.
– On se reverra peut-être le mois prochain. Au revoir, l'ami.
Il entendait déjà les pas de Mme Pomfresh se rapprocher et celle-ci apparut en effet quelques instants plus tard. Le chien, lui, était parti se cacher. L'infirmière s'inquiéta de son état, comme chaque mois, mais sembla rassurée de voir que pour une fois, il était suffisamment en bon état pour marcher tout seul. C'était rare. Ils retournèrent donc au château et une fois dans allongé un lit à l'infirmerie, après avoir avalé les potions de Mme Pomfresh, Remus sombra avec un soupir de soulagement dans un sommeil réparateur. La pleine de lune était passée et il avait à présent un nouveau mois de répit devant lui.
Quand il se réveilla, plusieurs heures plus tard, la journée était déjà bien avancée et son ventre criait famine. Il avait une faim de loup – sans mauvais jeu de mots. Il trouva cependant, sur son chevet, des tas de boîtes de chocolats et de bonbons. Une chaleur agréable se diffusa dans tout son être. Ses amis avaient pensé à lui quand même… Il ne put retenir un sourire et c'est avec un appétit retrouvé qu'il mangea le repas apporté par l'infirmière, avant de se jeter sur les chocolats en dessert. Il était d'ailleurs en train d'analyser s'il pouvait ouvrir un nouveau paquet sans que l'infirmière le remarque (il n'était jamais repu de chocolat) quand les portes de l'infirmerie s'ouvrirent avec enthousiasme sur James, Sirius et Peter. En voyant qu'il était réveillé, ceux-ci s'approchèrent avec davantage de prudence, presque hésitants. Remus les encouragea d'un sourire. Il leur en voulait encore mais il était heureux qu'ils soient là. Il rendait son quotidien et la lycanthropie plus facile. Et il les aimait.
– Comment tu vas, vieux ? Demanda James.
– Ça va.
– Tu as l'air moins amoché que d'habitude, fit remarquer Sirius d'un air innocent.
Remus acquiesça.
– Oui. Je ne sais pas pourquoi le loup était plus calme… mais je ne vais pas m'en plaindre.
Les trois garçons échangèrent un regard qui n'échappa pas à Remus.
– On t'a apporté des chocolats et des bonbons, dit Peter, pas très à l'aise.
– Oui, j'ai vu. Merci beaucoup… vous avez pris mes préférés en plus.
Il en avait déjà terminé une boîte.
Il y eut un moment gênant où chacun ne savait plus trop quoi dire. Finalement, ce fut Sirius qui reprit la parole :
– Écoute Remus, on est désolé…
– Ce n'est pas la peine, l'interrompit Remus.
Il ne voulait pas de leurs excuses. Il avait bien réfléchi et tant pis s'ils avaient un projet sans lui. Il n'était pas le centre du monde et il devait déjà être reconnaissant de les avoir dans sa vie.
– Si ça vaut la peine, insista Sirius.
– On ne voulait pas te blesser, ajouta James.
– C'est juste qu'on ne pouvait pas t'en parler à ce moment-là, ajouta Peter.
– C'est bon, vraiment. Ce n'est pas grave. Vous avez le droit d'avoir des projets top secret sans moi.
– Non, tu ne comprends pas…, persista Sirius.
Remus soupira.
– Les gars, je suis juste heureux que vous soyez là. Ne vous inquiétez pas, je ne vous en veux plus.
Les trois garçons se regardèrent.
– Mais tu avais parfaitement le droit de nous en vouloir, Remus ! reprit Sirius
– Oui, c'était pour la bonne cause mais on ne voulait surtout pas que tu te sentes à l'écart, ajouta James.
– On voulait juste être sûr que ça fonctionne avant de t'en parler, termina Peter. Au cas où.
Remus ne comprenait plus rien.
– Comment ça ?
Sirius lui adressa un sourire timide.
– On te racontera tout dès que tu sortiras de l'infirmerie. Mieux : on te montrera. Et plus de secrets entre nous, maintenant, c'est promis.
Remus regarda chacun de ses amis tour à tour, le cœur débordant de joie, les yeux brillants. Il s'en moquait de savoir en quoi consistait le « projet trop secret ». Ce qui lui importait, en cet instant, c'était d'avoir retrouvé ses amis. Qu'ils soient près de lui, à le soutenir et à le rassurer. Il se sentait entouré et ça le rendait heureux.
– Merci, parvint-il à articuler.
Émus, ils prirent tous un chocolat pour se donner contenance.
Une petite review fait toujours plaisir et aide à progresser ! ^^
