Tenten était aux antipodes de ce qu'il avait toujours connu avec sa femme. Facile à vivre, toujours souriante, taquine. Une source d'inspiration ! Elle était devenue sa muse en seulement quelques jours. Elle l'avait transformé. Lui qui était d'un naturel réservé, qui avait perdu l'envie et le plaisir de peindre depuis des mois, qui n'avait quasiment plus de rapport sexuels, avait eu à son contact envie de parler, de peindre et de faire l'amour. Il lui avait confié ses tourments et elle avait été la réponse à tout ce qui le chagrinait.

Sans difficulté.

Il réfléchissait encore quand elle reprit la parole.

-Je me doutais que tu ne pouvais pas me dire "oui ". Mais je devais te poser la question. Je ne pouvais pas prendre le risque de partir sans savoir. Je n'aurais pas supporté l'idée de partir seule en imaginant un possible "oui" sur tes lèvres.

Elle se tut quelques minutes. Les larmes coulaient lentement de ses yeux bruns. Neji ne disait rien. Il mourrait d'envie de la prendre dans ses bras et lui murmurer ce qu'elle voulait entendre mais ça n'aurait fait que rendre la situation plus douloureuse pour les deux. Il s'avança vers elle pour la réconforter mais elle évita ses bras prétextant devoir ranger ses affaires. Elle sécha ses larmes au plus vite et afficha un faible sourire sur ses lèvres :

-Ne t'inquiète pas, ça va passer.

Son mensonge ne convainquait personne.

Lui-même n'était pas en très bon état. Il avait la position délicate de celui qui dit "non". Même s'il savait depuis le début que cela ne serait qu'une aventure, il n'avait pas imaginé s'être attaché à elle si vite, il n'imaginait pas combien la séparation serait dure.

L'heure du repas approchait mais ni l'un ni l'autre n'avait faim. Tenten avait chargé son véhicule de tout son matériel photo, refusant poliment l'aide de Neji. Elle avait préparé son sac pour le départ le lendemain matin. Elle évitait le plus possible son regard et Neji la regardait impuissant.

Elle frotta ses mains contre son jean pour chasser l'humidité des larmes qu'elle venait d'essuyer.

-Bon, je crois que je vais aller me coucher. Une longue journée m'attend demain. Je dois être en forme.

Tenten s'efforçait de sourire, même si Neji n'était pas dupe de sa souffrance. Il lui souhaita un petit "bonne nuit", auquel elle répondit faiblement, sachant que ni lui ni elle ne dormirait bien.

Il reprit une douche. Il espérait presque naïvement que l'eau chaude chasserait son désespoir. Il posa son front contre la faïence. Il n'avait pas été aussi heureux avant qu'elle n'entre dans sa vie, ni aussi triste avant la perspective qu'elle n'en sorte. L'eau chaude avait rougi sa peau mais avait échoué à le détendre.

Il sortit de la salle de bain et s'aperçut que la lumière de la chambre d'ami était encore allumée. L'idée que Tenten puisse pleurer derrière la porte le déchirait. Il s'allongea sur son lit, les yeux fixant le plafond. Il avala difficilement sa salive et se leva sans réellement penser à la suite.

Ses pas le menèrent jusqu'à la chambre où ils avaient dormi ces derniers jours.

-Est ce que je peux venir ?

Les yeux bruns de Tenten étaient rougis mais un sourire sincère apparu sur ses lèvres. Il prit place à ses côtés dans le lit et saisit sa main dans la sienne. Elle se jeta dans ses bras et s'apaisa à son contact. Des larmes perlaient à ses yeux, sans couler. Elle était contente qu'il soit venu la retrouver. Elle n'aurait pas osé lui demander mais était véritablement heureuse qu'il l'ai fait. Il attira son menton vers son visage et l'embrassa. Ce n'était pas un baiser de réconfort ou de pitié mais un baiser tendre, puissant, captivant. Elle répondit à son baiser, en caressant les traits de la mâchoire de Neji. Ils partagèrent une douce étreinte qui se transforma lentement en un brûlant ébat.

Tenten ne cessait de soupirer, de caresser le corps de Neji, elle cherchait à mémoriser son odeur, la douceur de sa peau, la chaleur de son souffle. Le moment était d'une tendresse incroyable et alors qu'elle commençait à gémir, elle chuchota un suave "je t'aime". Elle n'avait pas réalisé ce qu'elle venait de dire avant de constater la réaction de surprise de Neji. Il s'arrêta seulement quelques secondes avant de saisir la bouche de Tenten puis de lui murmurer dans un soupir un "je t'aime aussi".

Il n'avait aucun souvenir de la dernière fois qu'il avait pu dire "je t'aime" mais il était certain qu'il ne l'avait jamais prononcé en le pensant autant. Elle avait réussi à le rendre profondément heureux et il n'aurait pas voulu être ailleurs qu'avec elle à cette instant. La fatigue accumulée de ses derniers jours et l'intensité de leurs étreintes finissaient par avoir raison d'eux et ils s'endormirent plus enlacés que jamais.

La décision avait été digérée pendant la nuit même si elle restait difficile pour les deux amants. Tenten finit de charger le peu qu'il lui restait à mettre dans sa voiture sous le regard triste et indécis de Neji, le reste de ses vêtements et la sculpture du couple qu'ils avaient façonné tous les deux. Elle vint l'embrasser une dernière fois dans un baiser fiévreux et une étreinte sincère.

-Merci pour tout, vraiment.

Il la regarda partir sans effacer le sourire triste de ses lèvres. Elle n'était pas plus fière, retenant non sans difficulté les larmes humidifiant les coins de ses yeux. Ils savaient que ce qu'ils avaient vécu était probablement la plus belle chose qu'ils pouvaient vivre.

Elle rejoignit la ville, à la recherche d'un magasin afin d'acheter de quoi se ravitailler pour entamer le trajet retour. À la sortie de la ville prenant la direction de l'autoroute, elle croisa une voiture venant de la banlieue. Elle connaissait et reconnaissait ce conducteur. Sa femme venait de rentrer et avait besoin de faire des courses.

Leurs regards se croisèrent.

Le temps semblait s'être arrêté.

Ils se virent au ralenti, se regardant une dernière fois pour graver tous les traits de ce visage qu'ils ont aimé.

Puis les voitures se dépassèrent en ne laissant sur eux qu'un vide.

Ils s'étaient perdus.

Quelques semaines passèrent douloureusement avant que Neji ne reçoive un exemplaire d'un magazine Géo, accompagné d'un petit mot :

Bonjour Neji,

Je voulais te remercier pour ta patience et la pertinence des lieux dans lesquels tu m'as emmenée, me faisant découvrir des facettes du Mont Fuji qui m'étaient jusque-là inconnues.

Cordialement,

Tenten.

La couverture du magazine arborait une des photos qu'ils avaient prises ensemble.

Il parcouru rapidement les pages de papier glacé à la recherche de son article.

"S'il y a un voyage à faire dans la vie d'un Japonais, c'est bien celui-ci.

La majestuosité de ce monstre, qu'est le Mont Fuji, vous fera relativiser toutes vos peines et embellir davantage vos plus belles expériences.

Ce voyage est l'un de mes plus beaux sinon le plus beau.

C'est un de ces voyages dont on se souvient jusqu'à la fin de notre vie, celui qui nous laisse le goût d'un amour de jeunesse ou celui de toute une vie, celui qui vous transforme profondément en vous donnant l'envie de vous dépasser.

Parce que rien n'est plus beau que la vue que nous avons en atteignant la cime enneigée de cette montagne.

J'espère vous donner envie de découvrir la magie de ce lieu et que vous en repartirez avec le même enchantement que celui qui m'a conquise.

Un remerciement spécial à Neji sans qui je serais passée à côté de cette magnifique aventure qu'a été ce voyage !

-C'est quoi ce magazine, Neji ?

-C'est la photographe que j'avais aidé dans son projet sur le Mont Fuji qui me l'a envoyé. Sans doute pour me faire part du résultat.

Sakura lut l'article.

-En tout cas, c'est une délicate attention de sa part que de te citer en remerciement et de t'en envoyer un exemplaire.

Il rangea le magazine et retourna à l'atelier. Il lui semblait vide et ennuyeux. Heureusement, la femme qu'il avait peinte semblait lui jeté un regard amoureux et bienveillant.

Cette toile était devenue sa toile préférée.

Voilà pour cette histoire… Je voulais une fin triste mais commence à espérer trouver un rebondissement pour un trouver une fin heureuse.

J'espère que vous ne détestez pas ce que Neji est devenu…