Réponse commentaire :

: merci beaucoup pour ton commentaire ! ^^ au départ je pensais juste à une histoire sur ces quelques jours de la vie de Ron puis quand je me suis rendu compte que ça tombait durant la période de Noël ça m'a semblé amusant XD Content que l'idée de base plaise :)


Chapitre 2 : ...il faut savoir d'où l'on vient...

Lentement, très lentement, la petite main commença à écarter le fin voile de soie qui tombait jusqu'au bas du lit à baldaquin.

-Non, chevrota Ron alors qu'un filet de sueur froide léchait le long de sa colonne vertébrale. Non...

A sa grande surprise, la main se figea.

-Non?, demanda une voix qui résonna dans l'air comme venant de partout à la fois.

Une voix douce, une voix d'enfant. Sans trop savoir pourquoi, Ron n'en fut que plus terrorisé encore.

-Va... va t'en. S'il te plaît, se sentit-il obligé d'ajouter.

-Tu n'as pas envie de voir? De savoir?

-Je sais déjà ce que j'ai besoin de savoir, va t'en!

-C'est vrai, tu le sais. Pourtant, tu ne te rappelles pas...

D'un geste tranquille la main écarta enfin le rideau, déversant sur les draps des flots de lumières indigo.

Et Ron découvrit là quelqu'un que même en ces circonstances il n'aurait jamais imaginé trouver au pied de son lit.

-...Colin?!

Colin Crivey, le gamin photographe obsédé par Harry. Colin Crivey en pyjama, qui souriait avec une sagesse qui n'était pas de son âge. Il portait même son appareil photo autour du cou. C'était bien de lui qu'émanait la lumière, de tout son être luminescent, comme s'il était entièrement fait de cette lueur. Dans ses orbites brillaient des flammes bleutées qui crépitaient en s'élevant au-dessus de ses cheveux transparents. Mais ce qui était plus étrange encore que tout le reste, c'est que Ron était certain de ne jamais l'avoir vu aussi jeune. Il ne semblait pas avoir plus de sept ou huit ans.

-Oh putain..., fut la seule chose que fut capable de murmurer Ron avec terreur.

-Je suis l'esprit des Noëls Passés. Et je suis venu pour te mener à la première étape de ton voyage.

-...non merci. Ca ne m'intéresse pas, d'accord? Va dire à Peter que je ne v...

-Quel serait l'intérêt, si tu avais le choix?

Ron se saisit de sa baguette près de lui et tonna :

-Repelo Spectrum!

Trois secondes passèrent, puis quatre, sans que rien ne se produisent. C'était une formule contre les fantômes. Cette créature ne pouvait être qu'un fantôme, n'est-ce pas? Pourtant le sortilège n'agissait pas. Le petit garçon pouffa de rire.

-Excuse-moi. Je ne suis pas censé me moquer de toi. Mais tu pensais vraiment que ça marcherait?

Et soudain, Colin leva son appareil, appuya sur le bouton et l'aveugla avec le flash. Ron n'aurait su dire s'il fut happé à travers le plafond ou aspiré dans l'appareil. C'était différent de transplaner, il lui sembla que le monde lui-même se déchirait en mille morceaux alors qu'une main invisible se saisissait brutalement de son essence, quelque-chose de trop absolu pour prêter la moindre attention aux hurlements terrorisés de Ron. Des centaines d'images défilèrent devant ses yeux, partout autour de lui, tant de voix, de joies, de colère, de peurs et de rires qu'ils lui auraient déchirés les tympans s'il avait encore eu des oreilles, mais la seule forme encore nette était celle de son guide qui volait à ses côtés. Est-ce qu'ils volaient? Ron n'aurait su dire où était le haut, où était le bas. L'enfant arborait un sourire paisible, comme si ce n'était là qu'une plaisante balade.

-Je ne suis pas Colin, expliqua-il comme si Ron avait posé une question. Simplement l'incarnation d'un concept. Cette apparence est celle que ton esprit projette sur moi, c'est ainsi que tu perçois l'idée que je représente. Pour toi, Colin est le garçon qui garde les souvenirs. Je suis le Passé. Je suis l'Enfance. Je suis...

-JE SUIS EN TRAIN DE ME PISSER DESSUS!

Ron comprit qu'il avait à nouveau une bouche au moment où il hurla cette phrase et s'écrasa sur le sol avec la violence d'une météorite. Pourtant il ne ressentit aucune douleur. C'était presque comme son premier voyage en portoloin.

Il se releva précipitamment, haletant, entouré par les ténèbres.

-Où est-ce qu'on se trouve?! Qu'est-ce que tu as fais?!

Peu à peu, sa vue se précisa. Il était entouré de lits. En fait, réalisa-il avec stupéfaction, il connaissait cet endroit. C'était sa chambre dans la tour des Griffondors, le dortoir qu'il partageait avec Harry et d'autres élèves. Ils avaient transplanés à Poudlard! C'était censé être parfaitement impossible. L'Esprit apparut à ses côtés, les flammes crépitant dans ses orbites, toujours souriant. Ron s'apprêtait à demander pourquoi il l'avait amené ici quand, éclairé par la lumière bleutée, il réalisa qu'il y avait des gens dans les lits. Des enfants, trop jeunes pour être les camarades de Ron. Seulement deux.

-Nous sommes la nuit du 24 décembre 1991, la veille de ton tout premier Noël à Poudlard.

-On a... on a voyagé dans le temps ?!

L'esprit des Noëls Passés. Oui, sans aucuns doutes, ça avait du sens. Il avait vu le fantôme de Pettigrow émerger du Déluminateur alors que celui-ci n'était pas encore mort. « Je viens de plus loin, avait dit l'ectoplasme. » « Je erres comme tu erreras au réveillon ». Est-ce que ça signifiait juste que le Déluminateur pouvait envoyer le messager de son choix à travers l'espace-temps? Ou est-ce que c'était ce qui arrivait à ceux qui ne donnait pas aux Esprits ce qu'ils voulaient? Ils finissaient enfermés dans le briquet, à attendre le prochain malheureux?

Sauf que Ron n'avait rien à apprendre de son premier Noël à Poudlard. Ce n'était pas à un enfant fantôme de décider qu'il avait besoin d'une leçon. Tout ça n'était qu'une infâme malédiction, le Ministère de la Magie avait forcément des protocoles pour interdire que les sorciers soient victimes de ce genre de choses.

Il sursauta lorsqu'un des gamins remua dans son lit.

-C'est le passé, Ron, dit l'esprit. Ils ne peuvent pas nous voir ou nous entendre, tout cela est déjà arrivé. Rien n'importe davantage que le Passé. Il fait de nous qui nous sommes, mais nous apprends surtout pourquoi nous le sommes devenus. Nous avons parfois plus à apprendre de qui nous étions que de qui on est aujourd'hui. Il faut savoir d'où l'on vient et pourquoi on a parcouru ce chemin pour juger de si l'on se trouve à la bonne place. Pouvoir se souvenir est un trésor. Vient voir.

Ron ne protesta pas plus longtemps. L'idée de finir comme Pettigrow l'avait horrifié. Il n'avait qu'à hocher la tête, n'est-ce pas? Il lui suffisait de faire mine de s'intéresser et il serait relaché.

Et ainsi il s'approcha, et découvrit paisiblement endormit dans son lit un Ron de onze ans.

Un instant Ron, le vrai, en fut ému. Ils avaient vraiment été si jeunes, on était aussi petit que ça à onze ans? A cet âge là il se sentait déjà grand, finalement enfin assez grand pour Poudlard, la septième année lui semblait aussi loin que l'autre bout de sa vie et ses devoirs lui paraissait un très grave et très sérieux problème. A présent il avait l'impression de regarder dormir des tout petits garçons. Rien n'avait encore de l'importance en ce temps là. C'est incroyable comment l'insouciance peut s'ignorer elle-même.

Il recula.

-Bon... je l'ai vu. J'étais mignon, oui. Tout ça est ridicule, je ne sais pas comment tu fais mais... ramène-moi. Ramène-moi à mon époque immédiatement.

-Regarde Harry. Il ne dort pas, lui.

Ron se retourna. Il avait aussi oublié à quel point Harry avait été maigre à l'époque, les traits encore un peu creusés après des années de malnutrition, l'air maladif. Il lui avait fallu longtemps pour se rétablir de son mauvais départ dans la vie. Et Harry ne dormait pas, en effet. Sa tête était à moitié enfouie sous ses couvertures. Il reniflait. Et ses épaules étaient secouées... de sanglots.

-Il... pleure ?

C'était bien des larmes qui coulaient sur ses joues, pourtant un doux sourire tremblotait sur son visage d'enfant.

-Ce sont des larmes de joie. Qu'est-ce que tu crois? Il n'a jamais eu de Noël, Ron. Et il n'était pas heureux à cause des cadeaux ni rien de ce genre, à ce moment là il ne savait même pas qu'il en aurait. Mais il était déjà comblé, parce qu'il allait pouvoir passer ce Noël là avec toi. Tu as été la toute première personne à lui souhaiter un joyeux Noël.

L'esprit en parlait avec une joie incroyablement sincère, comme s'il incarnait tout le bonheur qui avait pu exister en ces lieux, qu'il brillait à travers lui.

-Tu te souviens d'à quel point vous vous êtes amusés, ce jour-là? De comme c'était spécial?

Et Ron se souvenait, à présent. Il n'y avait pas repensé depuis si longtemps. Cette année là ils avaient été les seuls Griffondor à rester pour Noël. Ils avaient eu la tour pour eux tout seuls toutes les vacances, ils avaient joués à tout un tas de choses, fait griller toutes sortes d'aliments dans la cheminée, ils étaient meilleurs amis depuis le début mais c'était ce jour-là qu'ils étaient devenus meilleurs amis pour la vie. Depuis combien de temps ne s'étaient-ils pas autant amusés? C'était avant le retour de Voldemort, quand affronter un troll leur semblait la plus incroyable des aventures.

-Il n'a jamais été très fort, tu sais. Sa puissance magique n'est jamais allé au-delà de la moyenne, jamais vraiment. Ce qui l'a mené jusqu'à cette septième année, c'est un genre de force que seul toi peut donner. Tu as été son ami quand il n'en avait plus aucun. Tu lui as donné une famille entière quand il n'en avait jamais connu. Et tu as fais tout ça sans même y réfléchir, parce que ça te paraissais simplement évident.

-Il y serait arrivé tout seul. Hermione... Hermione l'a aidé, elle. Aidé concrètement. Bien plus que je n'en ais jamais été capable.

-Oui. En fait, Hermione est même souvent plus utile qu'Harry lui-même, elle vous a tiré d'affaire bien plus souvent que vous ne supporteriez de l'admettre. Elle est bien plus intelligente que vous deux réunis et elle sait passer de la théorie à la pratique avec un brio qui fait de son génie la plus redoutable des armes. Et c'est exactement pour ça que tu es tellement important, Ron. Tu n'as rien de tout ça. Tu n'es pas le plus fort, même pas le plus intelligent. Mais tu as su donner ton cœur d'une façon qui a fait toute la différence, sans jamais réfléchir. Si tu n'avais pas été là, Harry ne se serait jamais cru capable d'avoir des amis. Il connaît ses camarades, mais qui à Poudlard est vraiment son ami, à part toi et Hermione? Avec qui passe-il toutes ses journées?

Ron ne su pas quoi répondre.

-Il serait resté isolé, satisfait d'être à Poudlard mais sans jamais imaginer à quel point il aurait pu y être heureux, il ne s'en serait jamais cru le droit. Et avant même la fin de la première année il aurait fini par mourir, parce que cette force qu'il trouve dans l'idée de défendre ses amis, il ne l'aurait trouvé nul-part sans toi. Voilà pourquoi il verse ces larmes. Pour la première fois, il sait avec certitude qu'il sera heureux demain, heureux à Noël comme tous les enfants devraient toujours pouvoir l'être. Et même s'il est encore trop jeune pour le comprendre, il sent aussi qu'il devient quelqu'un de différent, quelqu'un d'infiniment différent de la personne qu'il avait si peur de devenir en restant avec les Dursley. Voilà le cadeau que tu lui as offert à votre premier Noël. Il le garde encore aujourd'hui et n'en a jamais eu plus besoin qu'à présent. Mais je n'ai pas le droit de parler du Présent. Je suis le Passé.

A ce moment là, le Ron de onze ans s'agita dans son lit et se réveilla en se débattant dans ses couvertures.

-Des araignées, balbutia-il un peu hagard. Des... hmm... Harry? Harry, tu pleures?

Harry éclata de rire tout bas dans le noir.

-Mais non. Rendors-toi, Ron.

-Ouais...

Ron ne se souvenait pas de ce moment. Sans doute parce qu'il n'était resté éveillé que quelques instants. Après quelques secondes, Harry se tourna à nouveau vers son camarade et chuchota :

-Ron... on sera amis pour toujours, pas vrai?

-Ben oui, marmonna le rouquin encore à moitié endormi. Et Malefoy sera toujours un petit enfoiré. Demande pas des trucs évidents comme ça...

Le sourire d'Harry s'élargit encore et il ferma les yeux paisiblement. Moins d'une dizaine de seconde plus tard, les deux garçons avaient plongés dans le sommeil.

-Et tu es resté son ami. Tu ne trouves pas toujours la solution, tu n'es pas toujours le plus fort. Mais tu es ce dont on a besoin quand on a passé onze ans à entendre chaque jour qu'on ne vaut pas la peine d'être aimé. Il faut beaucoup de force pour aller au devant du danger avec ses amis quand on n'a pas de solution, simplement parce qu'on n'imaginerait pas les laisser y aller seuls. Il faut beaucoup d'amour pour les suivre au devant de la mort quand on sait qu'on n'aura pas la force de l'emporter. Tu l'as suivi à chaque fois.

Ron regarda les deux enfants un moment. Puis il s'assis lourdement sur le lit de Harry. Harry qui était tellement maigre. Il allait mieux, aujourd'hui. S'il avait pu y contribuer en quoi que ce soit, alors il n'aurait voulu revenir en arrière pour rien au monde. Pourtant, ce souvenir était aussi teinté d'amertume pour le rouquin. Même quand on le ramenait dans les moments les plus importants de sa vie, ce n'était toujours que des moments de la vie d'Harry.

-Ouais. Ouais, je l'ai suivi. Est-ce que c'est tout ce que je suis? Celui qui suis Harry Potter, qui se tient derrière-lui, le chien fidèle du vrai héros? Comment j'en suis arrivé là? Est-ce que j'étais quelque-chose, quoi que ce soit, avant de monter dans ce train et de devenir le meilleur ami d'Harry Potter?

-Ravi que tu poses la question. Et si nous allions voir avant? Allons voir Hermione.

Hermione? Non, ça n'avait pas de sens. Ron avait rencontré Hermione à Poudlard.

Tout à coup, Colin s'assis à côté de lui et ajusta son appareil pour un selfie.

-Non!, s'écria Ron.

La photo devait être mythique. Le monde explosa à nouveau et un autre voyage commença dans un kaléidoscope de couleurs étranges et inconnues. Cette fois-ci il lui sembla plutôt qu'on avait démonté l'univers comme un puzzle avant de le remonter autrement. Un nouveau lieu prit forme tout autour de lui. C'était un vaste batiment au toit de verre, parcouru par une foule dense et enjouée. Des jouets et des pères Noëls souriants figuraient dans les vitrines des nombreux magasins. Une effervescence presque étrange flottait dans l'air, comme si la joie avait une odeur, un goût. Cette année Ron avait fréquenté des endroits si désolés, arides, emplis de noirceur et de peur. Se trouver ici dans cet endroit animé par la gaieté et empli de cris d'enfants ravis avait quelque-chose d'incroyablement déroutant. C'était sidérant de se dire qu'il y avait encore des endroits dans le monde qui ressemblaient tout à fait à ça, là tout de suite. Des endroits insouciants.

-Je ne connais pas cet endroit.

-Non, tu ne le connais pas. Mais tu y es déjà allé. C'est un centre commercial moldu. Nous sommes en 1987, lorsque toi et Hermione aviez sept ans.

-Je ne suis jamais allé dans un centre commercial moldu. Et j'ai rencontré Hermione à Poudlard, en première année, bien après mes sept ans.

Y avait-il la moindre chance que tout ça ne soit qu'une immense erreur, que l'Esprit se trompe de personne à hanter? Mais il poursuivit, paisible et sûr de lui :

-Cette année là tes parents t'avait emmené, avec tes frères et soeurs, dans un centre commercial moldu pour vous acheter un cadeau. Quelque-chose de pas trop cher, mais ce que vous vouliez. Votre père y avait vu la parfaite excuse pour visiter des commerces moldus et vous aviez trouvés ça amusant. Toi, tu avais choisi ce livre.

En effet, il vit passer comme une fusée le petit Ron du passé serrant un gros livre contre sa poitrine.

-Il s'appelle « Rien n'Est Impossible ». Un joli titre tu ne trouves pas? C'était un livre de science pas tout à fait à l'usage des enfants, ta mère s'était plainte que tu n'y comprendrais rien, mais l'ouvrage expliquait des phénomènes qu'on aurait pu croire tout à fait invraisemblables et qui en fait se produisaient tous les jours dans la Nature. A cet âge là tu était fasciné par l'idée que les Moldus soient capables d'expliquer l'inexplicable autrement que par la magie.

-C'est n'importe-quoi.

Pourtant, un doute s'était insinué dans l'esprit de Ron. Tout cela était faux, il en était sûr... cependant, à quoi avait ressemblé le Noël de ses sept ans? Il n'en gardait rien, même pas le plus vague des souvenirs. Mais c'était sans doute normal, c'était il y a très longtemps.

-Regarde simplement, d'accord? Tout va s'éclairer. A ce moment là tu avais réussis à fausser compagnie à ta mère pour quelques minutes.

Effectivement il semblait être en exploration. Il portait partout autour de lui un regard avide, fasciné, comme s'il voulait tout voir et tout connaître. Ron n'était pas le genre d'enfant terrorisé à l'idée de se retrouver tout seul, au contraire les moments où il pouvait échapper à sa si nombreuse famille étaient rarissimes, celui-ci était peut-être même le premier.

Le garçonnet tourna la tête quand des éclats de rires mauvais fusèrent un peu plus loin. Une enfant toute trempée, en larmes, s'enfuyait en courant sous les moqueries d'une petite bande de filles de leur âge. Elle serrait quelque-chose contre elle, elle aussi, mais Ron n'eut pas le temps de voir ce que c'était avant qu'elle aille se cacher dans un recoin à l'écart, hors de vue. Cependant, le vrai Ron avait eu le temps de reconnaître ses cheveux frisés et ses yeux bruns. C'était Hermione. Le cœur battant, il la rejoignit en même temps que le Ron de sept ans, qui risqua maladroitement un œil dans le recoin où la petite fille était allée se cacher. C'était là où se trouvait le piano du centre commercial, un de ces instruments en libre service. Hermione était assise contre lui et avait étendu devant elle ce qu'elle tenait un peu plus tôt. C'était, ou plutôt ça avait été, un livre d'images. A présent on aurait dit un énorme morceau de carton détrempé, aux pages illisibles et collés qui se déchiraient entre les mains de la petite fille en pleurs qui tentait de les tourner.

-C'est pourquoi que tu pleure?, demanda timidement le Ron de sept ans.

Hermione sursauta mais lui accorda à peine un regard, puis elle enfoui son visage dans ses genoux en sanglotant de plus belle. Le petit Ron s'approcha en observant le gros livre.

-Il est tout mouillé...

-Il est fichu maintenant..., hoqueta enfin Hermione. Mon cadeau, mon beau cadeau... j'en avais pas d'autre... je veux mon cadeau...

Le vrai Ron avait l'impression de devenir fou. C'était n'importe-quoi. Comment aurait-il pu l'oublier s'il avait rencontré Hermione avant Poudlard?

-Ils sont méchants avec toi? Les autres là-bas?

-Ils sont dans mon école. Je déteste ce centre commercial stupide, y en a plein qui sont venus à cause du spectacle du Père Noël à 14h. Je sortais de la librairie et puis... (ses sanglots s'accentuèrent) ils ont vus que j'avais mon album et ils me l'ont prit en disant que de toutes façons je ne savais pas lire. Et ils l'ont... ils l'ont balancés dans la fontaine...

Le Ron de sept ans fronça les sourcils. Il détestait les brutes. Il avait horreur de ça. Encore une fois le véritable Ron fut un peu effrayé d'avec quelle facilité il lisait dans les pensées de son double du passé alors qu'il était certain de ne jamais avoir rien vécu de tout ça. Si c'était une illusion, elle était très réaliste.

-Et ton papa et ta maman où qu'ils sont?

-Ils regardaient d'autres livres. Je suppose qu'ils me cherchent, je m'en fiche. Je ne veux plus voir personne, va t'en!

Elle parlait étonamment bien pour une enfant de cet âge, remarqua Ron.

Et ce n'était pas une crise de larmes d'enfant. Hermione semblait malheureuse. Sincèrement. Ron resta là, l'air gêné. Le vrai Ron ne se souvenait peut-être pas, mais il se connaissait assez pour savoir qu'il ne parvenait pas à simplement s'en aller en laissant une petite fille dans cet état. Pourtant, il ne savait pas quoi dire de plus.

-...c'est vrai que tu sais pas lire ?, finit par lacher maladroitement le petit rouquin.

-Non c'est pas vrai !, s'écria Hermione des éclairs dans les yeux. C'est même pas vrai! J'ai juste... du mal... je déteste les livres de toutes façons. C'était même pas un vrai livre, je le voulais que pour les images. Y en avait de tous les endroits du monde sur toute la terre, avec des beaux glaciers, des jungles, des monuments, y avait même...

Elle tapa du pied, furieuse.

-Y avait même les pyramides!

Ce dernier point semblait lui tenir énormément à cœur. Ron se souvint qu'Hermione lui avait parlé plusieurs fois de sa fascination pour l'Egypte, mais il ignorait que cet intérêt avait commencé si tôt. Et puis Hermione s'intéressait à tant de choses.

-Je lis pas de livres, murmura la petite fille comme si à présent elle avait envie d'en parler. Je... je n'y arrive pas très bien, les mots se mélangent dans ma tête.

-Pourquoi?

-Parce que je suis bête. Mes parents disent que je suis dsi.. dil... dys-le-xique. Et peut-être d'autres trucs aussi. Je n'arrive à rien. Je n'ai que des mauvaises notes à l'école, la maitresse dit que je ne fais pas d'efforts et que je ne me concentre pas assez. J'ai du retard sur toute ma classe. Même que je vais redoubler. Tout le monde m'appelle Mimi la Bigleuse, alors que ce n'est même pas vrai et que j'ai même pas de lunettes.

Le silence s'installa, peut-être plus d'une minute

-Mon grand-frère Charlie il veut aller travailler dans le pays des pyramides quand il sera grand. Moi je comprends pas pourquoi. Ferait trop chaud.

-Il n'y a pas qu'un seul pays des pyramides, renifla vivement Hermione d'un ton que Ron reconnaissait enfin. On en trouve en Lybie, au Maroc, en Ethyopie, il y en a d'autres types en Grèce et au Mexique, et même que c'est au Soudan qu'il y en a le plus. C'est pas que l'Egypte, figure-toi.

-J'ai jamais dis que c'était que l'Egypte, prétendit le petit Ron un peu froissé.

Il était encore trop jeune pour savoir que lorsque la machine était lancée, rien, RIEN ne pouvait l'arrêter. Elle lui expliqua qu'aujourd'hui encore on continuait de trouver des pyramides enfouies dans le sable, que la zone de recherche était immense parce que le Sahara couvrait de nombreux pays d'Afrique, que la pyramide de Khéops était la plus célèbre et qu'elle comptait parmi les trois plus grandes et plus célèbres pyramides de la métropole de Gizeh avec celle de Khépren et de Mikérinos. Les yeux de Ron s'agrandissaient au fur et à mesure qu'elle parlait.

-Mais... pourquoi tu dis que t'es bête, alors? Tu sais plein de trucs !

-Non. Je me souviens juste de ce que mon oncle m'a raconté. Mais à l'école je suis nulle, je peux rien apprendre. Tout se mélange. Les lettres, même les chiffres. Je voudrais bien être intelligente. Oh, il y a tant de choses que je voudrais savoir! Y a tout dans les livres, toutes les choses que n'importe-qui voudrait connaître, y a plein de gens qui ont déjà cherchés avant nous et maintenant il n'y a plus qu'à se servir. Mais je n'y arrive pas. J'aimerais vraiment, mais la lecture c'est trop difficile. J'ai horreur de ça.

Ron tombait des nues. Hermione Granger était dyslexique et dyscalculique! C'était parfaitement impossible. Elle dévorait plus de livres que n'importe-qui d'autre sur Terre, elle savait absolument tout. Heureusement, pour l'enfant de sept ans, tout était simple.

-Je comprends rien, fit le rouquin. Pourquoi tu lis pas si en vrai t'en as envie ?

-Je viens de te le dire! C'est... c'est compliqué.

-Bah non c'est pas compliqué si t'en as envie t'as qu'à le faire. Ce sera plus lent c'est tout. T'es bizarre toi hein. Tu es intelligente. Peut-être même plus intelligente que tout le monde. Tu arrive à en savoir trois fois plus que n'importe-qui alors que tu as beaucoup plus de mal à apprendre, tu te rends compte d'à quel point c'est incroyable?

-Tu n'as jamais été très doué pour les grands discours, fit l'Esprit des Noëls Passés.

Ron sursauta. Il l'avait presque complètement oublié.

-C'est aussi pour cela qu'elle t'apprécie. Elle réfléchit beaucoup. Toi, tu sais réduire les choses à leur plus simple expression. Parfois, les choses sont simplement simples et gagnent à être abordées comme telles. On y voit plus clair.

-Tu racontes n'importe-quoi..., marmonna Hermione avec un petit rire triste. T'es rigolo, toi.

Elle perdit le sourire presque aussitôt.

-Je veux pas retourner à l'école. Je pensais qu'au moins pendant les vacances j'aurai la paix. Je déteste l'école, je déteste les autres là-bas et je déteste les cours. Je détesterai toujours. J'ai même plus l'impression que c'est Noël maintenant.

Mais le petit Ron avait été encouragé par l'éclat de rire qu'il avait réussi à lui soutirer. Il bondit sur ses pieds.

-Je sais! Je vais te chanter une chanson.

-N'importe-quoi...

Oui, n'importe-quoi! Ron ne savait pas chanter! Et encore moins... non, il n'allait pas...

Avec aisance, le Ron de sept ans régla le tabouret du piano et s'y assis avant de poser les mains sur les touches. Sauf que Ron ne jouait pas de piano. Il était à peu près sûr de ne jamais en avoir joué. Ses doigts commencèrent à voler au-dessus du clavier et une mélodie douce et profonde s'éleva dans l'air, dans des tons graves agrémentés de notes plus hautes qui résonnaient comme des touches d'espoir, de lumière.

-Tu peux tout savoir si tu essaye,

Il y a en toi un génie qui... sommeille,

Si tu peux comprendre tu peux apprendre,

Il est tellement... tellement trop tôt pour te rendre,

Noël n'est pas fait pour pleurer,

La journée vient à peine de commencer,

C'est... c'est un soleil de neige pour espérer,

Un jour pour tout sauf renoncer,

Il hésitait parfois cinq bonnes secondes avant son prochain mot, il peinait à trouver des rimes et il lui arrivait de faire une fausse note, mais l'important n'était pas là. Hermione s'assis à côté de lui sur le tabouret, fasciné, en laissant son album par terre.

-Il improvise, là ?, murmura le véritable Ron d'une voix blanche les yeux écarquillés.

-Tu étais sacrément doué, à l'époque, opina Colin. Mais si tu veux mon avis, la magie aide un peu. Tu n'avais pas un tel vocabulaire. Je crois que c'est la dernière fois que tu as chanté.

Le petit Ron rougit en évitant le regard d'Hermione qui le fixait avec des yeux ronds, mais il souriait encore timidement.

-Peut-être qu'on peut réviser la bravoure,

Est-ce qu'on n'apprends pas par cœur l'amour?

Tu peux potasser sur le courage, la patience,

Qu'est-ce à côté que l'Histoire et la Science?

Allez, essaye !, s'exclaffa le garçonnet.

-J'vais me tromper...

-Evidemment! Et après tu vas réussir.

Personne ne naît pour n'être rien,

Donne une vraie chance...

Il attendit, les yeux brillants.

-...au lendemain ?, osa Hermione en faisant une fausse note.

-Yes! Comme un Noël catastrophique,

-Changé, heu, en chanson... heu...

-Aérodynamique!

Hermione éclata enfin de rire tandis qu'elle trouvait la bonne touche.

C'est alors que ça se produisit. Tout à coup, la petite fille sursauta et plaqua une main sur sa bouche, sidérée. Ron avait continué de jouer, mais du côté d'Hermione le piano commençait à jouer tout seul. Les touches s'activaient d'elles-même, peut-être selon la mélodie qu'elle avait espéré pouvoir jouer. Mais ce n'était pas ce qui avait attiré l'attention de la petite fille.

Des aurores boréales s'échappaient en volutes lumineuses de l'album d'images d'Hermione pour jeter des rideaux de lumières irisés au-dessus de leurs têtes. C'était à couper le souffle.

-Ca a l'air fun, opina le petit sorcier pour qui les miracles n'étaient pas grand chose. T'arrêtes pas alors!

-Mais c'est... c'est...

-C'est juste de la magie, allez continue! Tu peux potasser sur le courage...

C'était une erreur commune des très jeunes enfants de familles magique, ils ne parvenaient pas tout à fait à comprendre que la magie puisse être non pas seulement absente de la vie des Moldus mais aussi totalement inconçevable pour eux.

Peut-être qu'un adulte se serait enfui en courant, mais heureusement pour un enfant de sept ans, même Moldu, la magie si elle était sidérante relevait encore du domaine de l'acceptable. Hermione continua à chanter, les yeux rivés sur le livre qui de détrempé était devenu fabuleux. Et en effet, Hermione avait déjà à l'époque une mémoire prodigieuse. Elle reprit le refrain au mot près, bien mieux que Ron qui avait déjà oublié ce qu'il avait dit et fit plus de fausses notes encore. Le petit rouquin regardait sa nouvelle amie avec dans les yeux quelque-chose que le vrai Ron était persuadé de ne pas y avoir mit avant la cinquième année à Poudlard.

-L'important c'est que tu sais que tu veux savoir,

Ce sont les seuls mots que te demandes l'espoir,

-Noël n'est pas fait pour pleurer,

La journée vient à peine de commencer,

-Un jour viendra où tu seras plus brillante,

Que toutes les étoiles les plus scintillantes,

-Si tu peux comprendre tu peux apprendre,

Il est tellement trop tôt pour te rendre,

Sans même s'en aperçevoir Ron avait arrêté de jouer, il ne regardait plus qu'Hermione. La magie continuait la mélodie toute seule, les touches s'activaient sous l'action de doigts invisibles. Après l'album d'Hermione, ce fut le livre de Ron qui commença à s'élever lentement au-dessus d'eux parmi les couleurs iridescentes qui dansaient dans les airs. Ron comprit peu à peu que les couleurs jaillissaient de l'album d'Hermione pour entrer dans le livre du petit Ron. Il n'avait jamais vu une chose pareille, il n'avait même pas la moindre idée d'à quoi ça pouvait bien servir.

-De la magie involontaire comme seuls les enfants peuvent en faire, fit l'Esprit des Noëls Passés avec un doux sourire. Alimenté uniquement par les sentiments et une foie inébranlable. A Noël, elle est encore plus forte. Tu lui redonnes espoir en elle-même, Ron.

Ron ne répondit rien, la gorge nouée.

Les deux enfants terminèrent la chanson d'une seule voix, le nez levé vers les deux livres qui tournoyaient dans les airs. La musique changea, se fit plus douce encore, plus lente, comme s'il était l'heure d'aller au lit :

-Comme un Noël catastrophique...

Changé en chanson aérodynamique...

Les deux livres retombèrent sur le sol, mais celui de Ron, celui qui avait accueilli toutes les couleurs les unes après les autres, continua de briller comme s'il les renfermaient encore. L'album tout mouillé, lui, était maintenant fait de pages blanches. Ce n'était réellement plus qu'un tas de bouillie informe. Le petit Ron ouvrit son livre doucement. Les lettres brillaient. Hermione regarda par-dessus son épaule.

-C'est pas ce qui était écris avant, murmura le garçon fasciné. Maintenant ça dit un tas de choses...

Un magnifique sourire éclaira son visage.

-...sur le Pôle Nord. Les glaciers. La jungle. Je crois qu'il est rempli de tout ce que tu sais sur ces endroits du monde... et de tout ce que tu avais envie d'en apprendre de plus. Il n'y a plus d'image, mais il y a beaucoup plus de choses à apprendre, maintenant.

-Comment c'est possible ?

-C'est de la magie de Noël. J'en fais chaque année, le reste du temps j'arrive pas les trucs compliqués.

La magie involontaire se contentait en général de réaliser les souhaits des enfants. Ron voulait qu'Hermione puisse avoir ce qu'elle avait souhaité pour Noël. Et Hermione avait fini par oser croire un instant qu'elle était capable d'apprendre tout ce qu'elle voulait. Alors la Magie avait répondu à leurs deux vœus.

Ron observa son livre un instant, puis Hermione. Et il lui tendit à bout de bras le gros volume. Le seul cadeau auquel il avait eu le droit cette année.

-Tient. Je veux que ce soit toi qui l'ai.

Hermione n'aurait pas parue plus choquée si Ron lui avait offert le monde entier.

-Mais... c'est ton livre.

-Il est à toi maintenant. C'est mon cadeau de Noël pour toi, d'accord?

-Non, je... je ne sais presque pas lire, ce serait du gachis...

-Tu es très très intelligente. Tu as juste un peu de mal à lire, c'est tout. Un livre qui contient absolument toutes les choses que tu voulais savoir sur tout, tu te rends compte? Je sais que c'est deux fois plus difficile pour toi. Mais t'as aussi deux milliard de fois plus envie que tout le monde d'y arriver. Alors tu vas forcément finir par y arriver mieux que tous les autres, hein c'est pas vrai?Alors moi le livre je veux que tu l'ai, pour que tu lises un livre et qu'après t'en lises encore plein d'autres!

Hermione finit par prendre le livre entre ses petites mains. Il n'avait toujours pas cessé de briller.

-C'est pour de vrai, tu as vraiment fait de la... de la magie de Noël?

-Comme toi, insista le rouquin. De la sorcellerie quoi.

Si c'était possible, les yeux d'Hermione s'ouvrirent encore plus grands.

-De la sorcellerie?

-Tu ne sais même pas que t'es une sorcière?

-Ronald Weasley!

La mère de Ron venait de surgir, haletante et rouge de colère, bientôt suivie de son père livide et de Bill. Peut-être que Percy gardait les jumeaux et Ginny, ou alors leurs parents les avaient perdus aussi, ce qui était très probable. Molly Weasley passait une très, très mauvaise journée. Ron cru d'abord qu'elle allait hurler parce qu'il leur avait faussé compagnie et qu'elle avait été folle d'inquiétude, ce qui était sans doute ce qu'elle allait faire, mais alors qu'elle ouvrait la bouche pour proférer une quelconque malédiction, son regard tomba sur le livre qui continuait de briller entre les mains des enfants.

-Oh Ron, balbutia son père. Qu'est-ce que tu as fais ?