Chapitre 3 : ...pour faire face à ce qu'on est...

-Il a fait de la magie devant une petite moldue !, s'étrangla sa mère. Alors là jeune homme, LA...

-Non !, s'écria le petit Ron. C'est même pas vrai! C'est une sorcière, on l'a fait tous les deux!

-Je... je ne suis pas une sorcière, protesta Hermione pour qui ce mot ressemblait sans doute à une insulte.

Monsieur Weasley sortit sa baguette magique en soupirant.

-Je vais arranger ça. Tu as de la chance, Ron, tous les enfants n'ont pas un papa qui pratique aussi souvent le sortilège d'amnésie à son travail.

-D'amé... d'amné..., tenta de répéter le petit garçon avec inquiétude.

-D'amnésie, répéta doucement Bill qui n'avait rien dit jusque là.

Si Ron avait sept ans, alors Bill en avait dix sept. Il avait l'air plus inquiet pour son petit-frère que de ce qu'il avait fait. Il voulut l'attirer contre lui mais Ron eu un mouvement de recul. Bill expliqua :

-Ca veut dire que Papa va devoir effacer de la mémoire de ta nouvelle amie ce que tu viens de faire. Elle ne se souviendra de rien.

Le visage de Ron se décomposa. Il regarda son père comme s'il venait de se changer en Mangemort.

-Tu veux pas qu'elle se souvienne de moi?

-C'est la loi, Ron, maugréa son père excédé, on n'a pas le choix.

-Tu peux pas faire ça! Tu comprends pas, elle a pas d'autre ami, et même qu'elle voulait pas essayer de lire et que mainten...

-Tu arrêtes tes caprices tout de suite !, mugit Molly. Sais-tu au moins ce que tu viens de faire ?!

-Je vous en prie! Je vous en supplies laissez-la, elle était triste avant !C'est une sorcière!

-Je ne comprends pas, balbutia Hermione un peu tremblante.

-Ron, dit son père plus doucement. Peut-être que tu as raison et que c'est une sorcière, mais de toute évidence elle ne le sait pas. Pas encore. Si c'est vrai, alors quand vous serez grands elle reçevra sa lettre pour Poudlard elle aussi. Vous vous retrouverez là-bas, d'accord ?

-Mais ça servira à rien si elle se souvient pas de moi, sanglota Ron le visage baigné de larmes.

Le vrai Ron lui-même peinait à comprendre pourquoi l'enfant qu'il était paraissait si désespéré. Il venait à peine de rencontrer Hermione. Puis il se souvint de ce qu'il avait fini par ressentir pour elle, au fil des années, de ce en quoi avait pu se changer son agacement à son égard. A leur rencontre dans le train, il avait été vexé par son attitude. Mais s'il ne l'avait pas été? Si leur relation avait pu commencer différement, commencer comme ce jour-là quand ils avaient sept ans? Peut-être que Ron aurait ressenti ce qu'il ressentait pour Hermione dés le tout début. Comme s'ils étaient faits pour ne plus se quitter.

Le garçon se campa sur ses petites jambes, l'air furieux, planté entre Hermione et ses parents.

-Ron, soupira son père. Ecarte-toi.

-Ca ne va pas lui faire mal, mon chéri.

-Non! C'est mon ami! Bill, steuplait, les laisse pas! Steuplait!

Il se jeta dans les bras de son grand-frère. Il avait toujours préféré Bill à ses parents, il ne le grondait jamais et était beaucoup plus doux avec lui que leur furie de mère. Ce jour-là Bill se contenta de le serrer contre lui pour l'empêcher de regarder, tout en lui caressant doucement les cheveux comme il le faisait parfois pour l'endormir le soir. Mais son frère le retint fermement par le bras lorsqu'il fit un mouvement vers Hermione.

Le regard d'Hermione de plus en plus inquiète papillonnait de Ron à ses parents, cherchant une issue. Molly lui adressa un sourire nerveux.

-Ce n'est rien du tout ma petite chérie on te laisse partir dans un instant, à peine!

Ron se mit à pleurer à chaudes larmes.

-Oh allez, Ronny, tu ne la connais que depuis quelques instants...

-J'te retrouv'rai, couina-il à Hermione. Je... j'm'appelle Ron! Ron Weasley ! C'est promis juré, je t'apprendrai à mieux lire et moi je serai ton ami! Et on t'en trouvera plein d'autres!

-Ron, ça suffit !

Le visage rond du petit garçon était rouge comme le manteau du père Noël maintenant, et il fermait les yeux de toutes ses forces alors que des larmes commençaient à lui échapper. Ron ne se souvenait pas d'avoir un jour été aussi colérique.

-Même que si y a encore quelqu'un qui veut se moquer de toi je lui ferai cracher des grosses limaces!

Le père de Ron décrivit un élégant mouvement du bout de sa baguette.

-Oubliettes!

Un éclair jaillit. Mais soudain, au même moment, le petit garçon échappa aux bras de Bill et se jeta en avant. Le cri suraigu de Mme Weasley se mêla à celui d'Hermione quand le sortilège qui lui était destinée frappa Ron de plein fouet. Et Ron... disparut. Il était encore là, mais tout en lui cessa d'émaner la moindre présence, à croire qu'il s'était évanouit debout. Il se détendit tout entier, comme dépossédé de son esprit, les bras ballants et le regard vide.

-ARTHUR !, s'écria Molly horrifiée en secouant l'enfant comme un prunier.

-Papa !, s'étrangla Bill.

-Oh merde!, gémit son père. Heu, flute!

-Oh mon dieu Arthur tu as oublietté notre fils! NOTRE FILS!

-Je suis désolé ma chérie, je te jure, il n'a perdu que les souvenirs que j'allais ôter à la petite, oh par Merlin! Rien que ce qu'il savait les cinq dernières minutes, je t'assure !

Le petit Ron restait le regard dans le vague, les sourcils froncés, comme s'il essayait de se rappeler de quelque-chose sans parvenir à saisir ce que ça pouvait être. Mais le vrai Ron commençait à avoir une vague idée d'où avait bien pu passer ce fameux don pour le piano dont il n'avait jamais entendu parler. Que ce qu'il savait durant les cinq dernières minutes, hein? Son père ne maîtrisait peut-être pas le sortilège si bien que ça.

En toute hâte, avant qu'elle ne cède tout à fait à la panique Arthur pointa à nouveau sa baguette sur Hermione.

-Bon, cette fois-ci...

-Ma chérie!

Horrifiés, les Weasley virent surgir un couple tremblant d'inquiétude. La femme prit Hermione dans ses bras et la serra de toutes ses forces. La petite fille ne quittait pas les Weasley du regard, les yeux écarquillés.

-Ne fait jamais ça, tonna le père de la petite fille si soulagé qu'il ne parvenait même pas à feindre la colère. On ne disparaît jamais comme ça !

-Tu aurais pu te perdre, mon amour...

Heureusement, le livre avait cessé de briller de mille feux. Ce n'est qu'alors qu'ils s'aperçurent de la présence de la famille de Ron. Ils se dévisagèrent un instant en silence.

-...bonjour, finit par balbutier le père de Ron. Hum, nous...

-Au revoir, conclut Molly avec un grand sourire en donnant frénétiquement des grands coups sur le bras de son mari jusqu'à ce qu'il range précipitamment sa baguette.

Il y eu un autre instant de silence.

-Oui... au revoir, finit par marmonner le père d'Hermione en leur jetant un regard vaguement méfiant.

Les Weasley regardèrent les Granger s'éloigner avec horreur. Tandis qu'on l'emmenait, Hermione, serrant son nouveau livre contre elle, continuait de jeter des regards inquiets au petit Ron qui paraissait toujours aussi ailleurs.

-Oh, flute de flute..., s'étrangla Arthur.

-Tu crois que c'est très grave ?, murmura Molly livide.

-Je crois... qu'il vaut mieux ne parler de ça à personne. Jamais.

Bill hocha lentement la tête sans mot dire. Le vrai Ron regarda les Granger s'éloigner. Non. Non, il avait comprit maintenant, il savait comment il avait pu tout oublier, mais ça ne pouvait pas s'arrêter là. Ils n'avaient pas...

-Ils n'ont pas pu, murmura-il. Ils n'ont pas eu le temps de lui jeter le sort.

-Hé oui.

-Mais alors... elle savait. Hermione. Elle savait qu'ont se connaissaient déjà.

-Croyait-tu vraiment qu'elle s'était retrouvée dans votre compartiment par hasard, ce jour-là dans le train? Hermione n'a jamais oublié le garçon du piano, le premier à lui avoir dit qu'elle était intelligente quand personne, et surtout pas elle, n'y croyait. Elle t'as cherché longtemps. Chaque année elle est revenue dans ce centre commercial, devant ce piano, en espérant t'y trouver. Elle a attendu la fameuse lettre, sans même savoir ce qu'était Poudlard ou le monde de la magie, simplement dans l'espoir qu'elle la ramène à toi. Et ce jour-là, enfin, elle t'a retrouvé dans ce compartiment. Comme tu étais si sûr qu'elle en était capable elle a essayé de t'impressionner avec tout ce qu'elle avait pu apprendre, mais ça n'a fait que t'agacer. Réussir finalement à devenir ton ami a été un grand soulagement pour elle.

-Elle ne m'en a jamais rien dis.

-Est-ce que tu l'aurais cru? Elle est intelligente. Elle a bien compris que tu ne te souvenais de rien. Même si elle t'avais décris les évènements tu n'aurais jamais pu comprendre cette émotion qui était passée entre vous ce jour-là et elle le savait.

Ron garda le silence.

-Harry est beaucoup de choses, peut-être. Elle tient à lui. Mais tu as toujours été bien plus spécial que cela pour elle. Tu es juste trop entêté pour t'en rendre compte. Voilà qui tu es, avec ou sans Harry, conclut l'Esprit des Noëls Passés les mains jointes dans le dos. Et tu sais quoi? J'ai l'impression que même s'il n'y avait pas eu le sortilège de ton père, tu aurais quand même oublié ce Noël.

Tout à coup, Ron réalisa que c'était lui qui était allé vers Harry et qu'Hermione le cherchait lui quand elle les avaient trouvés tous les deux. Le trio s'était assemblé autour de Ron.

Malgré la distance, il entendit Hermione demander à ses parents s'ils pouvaient repasser par la librairie, juste pour regarder. Quand elle passa devant ses camarades de classe en les ignorant superbement, le petit air supérieur qu'elle arborait avait quelque-chose d'étrangement familier. Il se surpris à regretter de ne pouvoir voir la suite. Mais il savait qu'Hermione avait fini par parvenir à lire le livre, et qu'elle avait découvert qu'il ne contenait pas tout ce qu'elle avait toujours voulu savoir. Et donc, elle en avait lu un deuxième. Puis un troisième. Un quatrième. Encore aujourd'hui, Hermione continuait de tenter d'apprendre absolument tout, un ouvrage après l'autre. Mais tout avait commencé avec ce tout premier livre, « Rien n'est impossible ». Et c'était Ron qui le lui avait offert. Si on avait dit au Weasley que c'était de sa faute si Hermione Granger était une insupportable Miss Je-Sais-Tout il ne l'aurait jamais cru.

-Bon, marmonna-il la gorge nouée. C'est ce que tu voulais me montrer. C'est...

Il s'aperçut alors que le petit Colin Crivey avait changé d'aspect. Le feu qui brûlait en lui semblait le consumer lentement. Son nez et son front s'affaissaient et goutaient sur le sol, un de ses yeux commençait à pendre sur sa joue. Même son sourire transparent se faisait tordu.

-Est-ce que tu fonds?

-Le passé est toujours ephémère, répondit simplement le petit garçon avec sérénité. Parfois, la mémoire en déforme toute la beauté tandis qu'il s'éloigne.

Dans un soupir Ron s'agenouilla devant lui et passa une main dans ses cheveux. Etrangement, il ne fut pas surpris lorsqu'à son contact la peau de l'Esprit se raffermit à nouveau, que le feu se raviva dans ses yeux et qu'il reprit peu à peu sa forme initiale.

-Je n'ai pas oublié à quel point c'était beau. Pas... pas la partie avec Harry. Je m'en souvenais. Je sais à quoi ça ressemblait, je sais comment c'était. Mais c'est fini. Je n'ai pas perdu foi en tout ça, je n'ai rien perdu du tout, c'est juste parti tout seul. On a grandi. C'est toujours mes amis, ce seront toujours mes amis mais... si j'ai pu leur apporter quelque-chose, alors c'est fini. Harry a ses amis, maintenant. Son courage, sa quête et tout le reste. Hermione sait qui elle est, elle croit en elle, elle sait à quel point elle est brillante et magnifique. On ne peut pas aider un adulte qui a de vrais problèmes comme on réconforte un enfant. Il faut croire que j'avais mes limites.

-Tu ne crois donc pas pouvoir changer quoi que ce soit?

-Tu voulais que je crois à l'importance que j'ai pu avoir pour eux. Je veux bien le croire. J'avais peut-être oublié, mais je veux bien. Et ça ne change rien. C'est pour ça que tout ça est stupide et ridicule, ce que tu es venu faire ici, ce que tu voudrais me faire comprendre comme si ça pouvait changer quoi que ce soit, ça ne changera rien. Parce que c'est du passé.

Il avait parlé doucement, un instant abandonné par sa rancoeur. Mais on n'en entendait que mieux la lassitude et la tristesse dans sa voix.

Colin lui jeta un regard calme.

-Je vois. Hé bien, dans ce cas là, la solution est toute trouvée. Assez du passé.

Et l'Esprit des Noëls Passés explosa. Littéralement.

Ron fut projeté en arrière dans le néant, aveugle et sourd, tournoya pendant ce qui lui sembla à la fois des heures et un seul instant, puis il s'écrasa sur quelque-chose de mou.

Le rouquin se redressa, haletant, trempé de sueur. Il était à nouveau dans son lit, dans sa chambre. Le plafond n'avait pas explosé, tout était comme si... comme si rien de tout cela n'était jamais arrivé.

-Un rêve, hoqueta-il. Ce n'était qu'un rêve.

Mais il ne se sentait pas soulagé un seul instant. Au contraire, il était plus tourmenté que jamais. Il se rallongea, les poings et les dents serrés. Tout ça était ridicule. Que ce soit réellement une malédiction ou sa conscience qui le tiraillait, les remontrances de l'Esprit des Noëls Passés n'avaient pas de sens. Ron savait parfaitement qu'il y avait eu de beaux moments, qu'il avait pu avoir quelque-chose à apporter. C'était bien pour ça qu'il avait voulu croire qu'il y en aurait encore. Il s'était accroché trop longtemps au passé. Il était grand temps de grandir.

Une heure s'écoula sans que rien ne se passe. Il réalisa qu'il attendait la suite. Mais si quoi que ce soit avait dû se produire, ce serait déjà le cas. Peut-être avait-il vaincu le mauvais sort. Après tout, il avait prouvé qu'il n'avait rien à apprendre. Il n'était pas imperméable à la nostalgie, le problème n'était pas là. Et Noël n'avait strictement rien à voir avec ses enn...

Soudain une secousse résonna comme un coup de tonnerre. Ron se redressa aussi sûrement que s'il était monté sur ressort, sur le qui-vive. Un autre coup retentit, assez fort pour faire trembler la maison entière. Le rouquin chercha presque désespérément sa baguette avant de la trouver en dessous de lui. Puis il écarta le rideau de son lit à baldaquin si brutalement qu'il manqua le déchirer. Il n'y avait personne. Absolument personne.

Puis un autre coup ébranla l'armoire dans un coin de la pièce. C'était de là que venait le bruit. De temps en temps, elle sautait sur place comme si mille épouvantards s'étaient cachés à l'intérieur. Des grommellements inintelligibles s'en échappaient par intermittence, accompagnés à chaque fois par un nouveau coup.

-Pfff préfère les cheminées... Bloqué... saloperie... chaque fois...

Plus effrayant encore, la voix se tut tout à fait quand Ron fit quelques pas de plus sa baguette pointée devant lui, comme si l'intrus l'avait entendu.

-Qui... qui est là ?

-Rhoooo, je rate toujours mes foutus entrées!, bougonna une voix de basse si grave qu'elle semblait vibrer dans l'air.

-Qui est là ?!

-Non non, personne! Pas encore! Retourne te coucher d'accord? Va au lit j'arrive!

Non mais qui obéirait à un ordre pareil venant d'une voix d'homme dans sa penderie?

-Je... je vais appeler la police.

-La police?! Non non non, attends, attends juste un peu! Attends j'arrive!

Ron manqua prendre la porte de l'armoire en plein visage quand celle-ci vola à travers la pièce pour céder le passage à une botte gigantesque. Manifestement la chose qui se cachait là-dedans était bien plus grande que l'armoire elle-même, elle n'aurait jamais dû être capable d'y rentrer. Une jambe toute entière fini par émerger, arrivant déjà presque à l'autre bout de la pièce, puis d'énormes fesses.

-Bon dieu, mon dos, mon pauvre dos!

Peu à peu émergea de l'armoire l'homme le plus grand que Ron avait jamais vu de sa vie. Il s'effondra sur le sol, haletant. Il était habillé d'une toge vert sapin et se cramponnait à un grand sceptre qui, apparemment, semblait aussi être un très long parapluie. C'était presque un géant. Le nouvel arrivant mesurait plus de deux mètres, il était si grand et si gros qu'il devait rester à genoux et courber le dos pour tenir dans la petite chambre. Il releva la tête, exposant un visage rougeaud perdu dans une barbe broussailleuse qui se mêlait à ses cheveux en bataille. Un soutien gorge pendait en travers de la couronne de gui qu'il portait.

C'était... c'était...

-Hagrid?!, s'exclama Ron d'une voix blanche.

-Olala, je suis désolé, pffff... je suis maladroit, si maladroit!

Non. Ce n'était pas tout à fait la voix d'Hagrid, et même lui n'avait jamais été aussi gigantesque. Mais c'était définitivement son visage, de la même façon que le Passé avait celui de Colin Crivey. Le colosse remua comme s'il envisageait de se lever, mais sa tête touchait déjà le plafond. Pourquoi diable un esprit de Noël aurait le visage d'Hagrid?! Il n'était pas transparent comme l'avait été l'enfant-bougie des Noëls Passés, la seule chose qui le rendait iréel était cette voix qui vibrait comme provenant d'une autre dimension. Ron aurait juré qu'on pouvait l'entendre à l'autre bout de la rue.

Peut-être parce qu'il ressemblait terriblement à l'homme le plus innoffensif qu'il connaissait, Ron ne se laissa pas impressionner par l'Esprit de Noël. Et puis, quoi, c'était juste un esprit de Noël!

-Le Ministère a réglementé la pratique de l'apparition spontanée par les fantômes, balbutia-il en fouillant frénétiquement dans sa mémoire ce qu'il avait apprit en cours. Vous ne pouvez pas juste... hanter n'importe-quoi n'importe-comment! C'est du harcèlement!

-Les fantômes, ahaha! Je suis l'Esprit des Noëls Présents!

-Sans blague, j'aurais jamais deviné! Sortez de chez moi!

-Oui oui, on va sortir. J'suis là pour ça, pas vrai? Je suis là pour te faire découvrir toutes les merveilles de Noël, tout ce que tu rates, ce que tu aurais à en apprendre et à quel point tu fais fausse route! (il jeta un coup d'oeil coupable dans la penderie en y jetant le soutien-gorge) Tu m'en voudras pas, j'ai déchiré quelques sacrément beaux vêtements. J'me suis empêtré là-dedans... enfin bon! On y va?

-Quoi ?, articula Ron dans un couinement de souris.

-Hé bien, pour la grande aventure, le tour d'horizon.

-Comment... comment vous voudriez...

-Comment ça, comment ?

Le visage d'Hagrid devint soudain terriblement sérieux et il déclara:

-Tu es un sorcier, Ronald.

-Mais... oui, merci, je sais.

-Ah, bon!, fit le demi-géant soulagé. Je vérifiais juste. Ben assez causé alors! T'inquiètes pas, on va pas bien loin!

-Non non non non vous n'avez pas LE DROIT DE...

Trop tard. L'Esprit tapa un grand coup du pied sur le plancher, si fort qu'il s'écroula tout entier et que toute la pièce s'effondra au rez de chaussée. Mais il sembla à Ron tomber beaucoup plus longtemps et beaucoup plus bas, comme dans un gouffre, entouré de ses meubles. Il finit par s'écraser face contre terre sur le plancher du salon et cette fois-ci il ressentit bel et bien la douleur, confirmant qu'il ne rêvait pas.

-ATTENTION !, mugit une voix au-dessus de lui.

Ron bondit en avant au moment même où l'Esprit des Noëls Présent s'abattait où il se trouvait un instant plus tôt en craquelant le sol sous son démentiel postérieur. Etrangement, aucun meuble ne tomba avec eux. En fait, le plafond était encore là. Dans cette pièce, l'Esprit avait la place de se mettre assis. Ron ne demanda pas pourquoi ils étaient là, ne s'étonna pas non plus qu'on ne puisse le voir ou l'entendre. Cette nuit il devenait fou.

Bill et Fleur étaient lovés l'un contre l'autre dans un vieux canapé défoncé près de l'âtre. Il y avait même des chaussettes remplies de friandises au-dessus de la cheminée. Ron remarqua qu'il y en avait aussi une pour lui. Fleur était une grande experte dans l'art de tout organiser, même au dernier moment. Ils riaient tous les deux en se disant des bêtises, et Ron ne put s'empêcher de songer à quel point Bill était chanceux de l'avoir.

-Il changera d'avis, disait Fleur d'un ton rassurant.

-Je sais. Peut-être. J'ai l'impression qu'il a tout oublié. Il n'est pas vraiment en colère contre qui que ce soit, tu comprends? C'est à lui qu'il en veut. Il s'en veut de ne pas être assez... spécial.

-Demain c'est Noël. Peut-être que c'est tout ce dont il a besoin pour changer d'avis. Noël est un moment pour se rappeler de chérir ce qu'on a et ceux qu'on aime, pas vrai?

-Et alors quoi?, murmura Ron. Ils sont heureux. Je le sais bien. Qu'est-ce qu'i en dire?

-Oh, on n'est pas là pour ce qu'ils disent. C'est pour ce qu'ils ne disent pas. Et pour découvrir la joie et l'espoir qu'ils sont capables de trouver en la période de Noël même dans les situations les plus désespérées.

-Je n'ai pas besoin qu'on espère pour moi !

-Tu es tellement sûr de ne rien avoir à apporter aux autres que tu penses toujours qu'il va s'agir de ce qu'ils ont à t'apporter à toi. Ce n'est pas de toi que je parle. C'est de lui.

Bill se leva précipitamment.

-Mon coeur?, s'inquiéta Fleur.

-Tout va bien, dit le rouquin avec un grand sourire. Je vais juste prendre l'air un moment.

Il sortir sans lui laisser le temps de rétorquer quoi que ce soit. Ron le suivit en passant à travers les murs, sans comprendre. Bill était dans le jardin, maintenant. Et il n'avait pas l'air bien.

Son grand-frère avait la tête entre les mains, il semblait avoir des difficultés à respirer. Tout à coup, il se saisit d'une buche et la jeta si fort contre la façade de la maison qu'elle explosa. Ron faillit douter qu'il s'agissait bien de son grand-frère, toujours si calme et si doux. Bill tomba à genoux, respirant de plus en plus difficilement. Ron tenta de l'aider avant d'avoir le temps de se rappeler qu'il n'était qu'un fantôme.

-Qu'est-ce qui lui arrive ?

-Bill ne pose jamais de questions. Parce que ça fait de lui quelqu'un à qui on n'en pose pas trop non plus. On cherche sa compagnie quand on veut un peu de paix et de discrétion. Pourtant, tôt ou tard on a tous besoin qu'on s'occupe de nous. On n'est pas vraiment ici pour observer les merveilles de Noël, pour tout te dire. Disons plutôt qu'on va voir toutes les merveilles qui auraient pu se produire. Les lumières que tu n'as pas allumé, tu sais.

C'était à n'y rien comprendre.

Ron recula losque Bill rejeta la tête en arrière. Son visage était méconnaissable. La peau s'était tendu sur ses os, rendant ses traits plus durs, plus anguleux. Il ne semblait pas seulement souffrir. Il semblait possédé par une rage dont il n'arrivait pas à se libérer, dévoré de l'intérieur, il tressautait comme s'il allait exploser. Le bleu de ses yeux était devenu entièrement noir, une obscurité qui continuait de s'étendre. Et alors, sans que le géant lui explique quoi que ce soit, Ron comprit à quoi il avait affaire. Il avait déjà vu ça et il était persuadé que c'était du passé. Quelques temps plus tôt Bill avait été grièvement blessé par un loup-garou. Il avait mit du temps à se remettre, et tout le monde avait craint qu'il ne devienne à son tour un monstre s'il survivait à son agression. Mais rien de tout ça n'était arrivé, au grand soulagement de Molly. Ses problèmes de santé étaient derrière-lui. Hors, il se comportait exactement comme quand il venait tout juste d'échapper à la mort.

Le grand-frère de Ron serrait les dents comme s'il se retenait de toutes ses forces pour ne pas hurler. Il devait craindre de réveiller Fleur et Ron. On aurait juré qu'il allait se transformer. Mais ce n'était pas possible, pas vrai? C'était impossible.

-C'est n'importe-quoi. Bill... Bill n'est pas un loup-garou, et ses blessures sont guéries depuis longtemps.

-Oui, fit tristement l'Esprit. Mais ce qui lui est arrivé n'est pas anodin. Ton frère se refuse à être une source d'inquiétude pour ceux qu'il aime, même à Noël. Il ne parle pas de ses problèmes, pas même à Fleur. Il n'est peut-être pas devenu un garou, mais il est malade.

-Non! Non il va mieux depuis des mois !

-Son corps, oui. Peut-être même pourrait-il tout à fait se remettre. Mais son esprit a encore besoin d'aide, il a failli devenir une bête et il ne sait plus tout à fait ce qu'il a pu être auparavant. Il ne se transformera pas, mais il pourrait devenir fou. Il pourrait perdre son humanité.

C'était une chose dont Ron avait entendu parler une seule fois, lorsqu'il était petit. Des gens mordus par des loups-garous qui ne mutaient pas, mais qui en avaient tous les symptômes. Nul n'ignorait que Bill avait maintenant un certain penchant pour la viande saignante et était de mauvaise humeur les soirs de pleine lune, mais d'autres, plus malchanceux, finissaient à Sainte Mangouste. Avec le temps ils devenaient fous, ils perdaient l'usage de la parole, perdaient la mémoire un peu plus chaque jour, jusqu'au moment où ils se comportaient tout à fait comme des bêtes sauvages. D'aucuns prétendaient que devenir un véritable loup-garou était un sort plus enviable. Mais c'étaient des cas rarissimes. Normalement, si on ne se transformait pas on se remettait complètement de la morsure. Ron n'y avait jamais réfléchi. Qu'est-ce qui différenciait ceux qui y arrivaient de ceux qui ne se remettaient pas?

-Les gens seuls n'y arrivent pas. Il a besoin d'en parler, de se confier, de discuter de qui il est vraiment avec quelqu'un qui le connaît depuis toujours. Sans quoi, il oubliera. Et la chose qu'il n'a pas encore réussi à vaincre en lui pourrait prendre le dessus pour de bon au lieu de mourir.

-Il en aurait forcément parlé. Il nous l'aurait dit. Pourquoi il le cache à Fleur?!

-Il a peur. Ce n'est qu'un homme. Il a peur d'échouer, de se cramponner à sa santé mentale en vain et de forcer ceux qu'il aime à contempler sa lente déchéance alors qu'il ne veut rien tant que vous laisser à tous le meilleur des souvenirs de lui. Cette lutte qu'il doit mener pour rester lui-même, ce n'est pas le genre de choses auxquelles on peut croire tout seul. Et cette aide il ne la reçoit pas parce qu'il n'ose pas la demander. Il ne devrait pas avoir à le faire. En fait, il y a une personne qui aurait pu tout comprendre au premier coup d'oeil sans qu'il ait besoin d'en parler. Il craignait de la revoir autant qu'il attendait sa venue avec impatience. Te voir frapper à sa porte, c'était inespéré.

Ron avait vu que quelque-chose n'allait pas à l'instant même où Bill lui avait ouvert sa porte. Et pourtant c'était comme s'il ne s'en rendait compte que maintenant. Son teint cireux, la tension dans son regard si différente de sa sérénité habituelle, le tremblement de ses mains. Il avait tout attribué à une réaction par rapport à lui, il avait cru que Bill était simplement déçu et désemparé de le voir. Il n'avait jamais imaginé son grand-frère comme quelqu'un qui aurait pu avoir besoin d'aide, il l'avait toujours vu solide comme un roc, inaltérable.

Le jeune homme qui haletait sur le sol semblait être une autre personne.

-Quand tu es arrivé il a d'abord été content de te voir, content de pouvoir se raccrocher à un amour si profondément ancré dans son passé, celui d'un petit-frère qui a toujours admiré celui qu'il était, qui l'aimera peu importe ce qu'il est devenu. Il avait besoin de voir encore dans tes yeux ce qu'il y avait toujours vu, et ce jour, celui du réveillon, était le plus propice de tous à replonger dans ces sentiments. Mais tu ne penses qu'à toi. Et il a vite comprit qu'une fois de plus, il allait devoir être celui qui s'occupe des autres. Il ne tiendra pas le coup longtemps.

-...quoi? Qu'est-ce que tu raconte ?

-Je ne suis que le Présent, fit Hagrid avec un haussement d'épaule gêné comme s'il en avait trop dit. Mais il avait besoin de toi. Pas de Harry, ou qui que ce soit d'autre. Il voulait son petit-frère, celui qui comprends toujours le cœur des autres et donne toujours le sien. Mais tu n'es plus ce garçon là, pas vrai Ron? Pas comme tu l'étais dans le passé, ou même il y a encore quelques mois. Dommage pour lui. Je doutes qu'Harry pourrait faire quoi que ce soit pour lui avec tout son courage, ou Hermione avec toute sa logique. Mais malgré tout cela, ton frère est déterminé à profiter du bonheur des fêtes de Noël. Surtout s'il doit ne pas y en avoir d'autres.

Il ne s'agissait pas de Noël en soi, commençait à comprendre Ron à contrecoeur même si ça ne faisait aucune différence. Il s'agissait du courage et de la force qu'on pouvait trouver même au cœur de la nuit simplement parce que quelque-chose nous persuadait qu'on le pouvait, quelque-chose comme Noël, ou comme un petit garçon certain que vous pouviez apprendre à lire. Le genre de courage qui lui avait manqué quand il avait décidé que la chasse aux horcruxes était vaine pour quelqu'un comme lui. Cela lui rappelait quelque-chose que Dumbledore avait dit un jour :

« on peut trouver le bonheur même dans les moments les plus sombres... Il suffit que quelqu'un se souvienne d'allumer la lumière »

« Tu es ce que tu es, avait dit l'Esprit des Noëls Passés. Le garçon qui allume la lumière sans laquelle toutes les qualités du monde restent dans l'ombre. Tu n'as juste jamais été très doué pour allumer cette lumière pour toi-même. »

Bill tressauta si fort que Ron cru qu'il s'était rompu tous les os, et porta la main à sa bouche. Il avait peur d'y trouver des crocs, comprit-il. Et pour la première fois, il vit son grand-frère pleurer. Est-ce qu'il était en train d'oublier?

« Rien n'importe davantage que le Passé. Il fait de nous qui nous sommes, mais nous apprends surtout pourquoi nous le sommes devenus. Nous avons parfois plus à apprendre de qui nous étions que de qui on est aujourd'hui. Il faut savoir d'où l'on vient et pourquoi on a parcouru ce chemin pour juger de si l'on se trouve à la bonne place. Pouvoir se souvenir est un trésor »

Ron songea au bonheur de Harry à onze ans, à la petite Hermione et à ses parents. La veille de Noël n'aurait jamais dû être un moment pour être seul. Ca n'aurait jamais dû être un moment pour pleurer. Les gens qui aimaient Bill était juste là, c'était stupide, il ne devrait pas être seul.

-Allez, on s'en va.

-Déjà?...

-Je te l'ai dis, il n'y a pas d'histoire à raconter ici. Rien que celle qui n'a pas eu lieu. On a encore d'autres arrêts à faire.

Le géant souleva Ron dans son énorme main par le dos de ses vêtements... et il le lança de toutes ses forces. On ne s'habitue jamais à une chose pareille. Ron hurla de plus belle quand il s'envola dans le ciel nocture à la vitesse d'une balle, les flocons de neiges lui cinglant le visage comme autant d'aiguilles de glace. Il eu le temps d'aperçevoir la ville enneigée en contrebas avant qu'elle ne s'éloigne à toute vitesse. L'Esprit des Noëls Présents volait à ses côtés, assis dans son parapluie ouvert comme dans un bateau, des lunettes de motard sur le visage.

-Vire à droite, Ron! On va à Godrick's Hollow!

-EST-CE QUE J'AI L'AIR DE CONTROLER QUOI QUE CE S-AAAAAAAAA !

-Oh mince!

Et Ron commença à retomber, balloté par le blizzard comme une feuille morte. L'Esprit tendit la main vers lui, essaya de l'attraper mais un courant ascendant les éloigna encore. Le rouquin aurait voulu vomir mais son corps n'avait plus ni haut ni bas tandis que le sol se rapprochait à toute vitesse, se précipitait à sa rencontre.

-Pour tout te dire, c'est ma première année à ce boulot! Je suis un petit peu nerveux, moi aussi!

-AAAAAAAAAAH!

-Je vais consulter mon manuel!

L'Esprit sortit un petit livre qu'il se mit à feuilleter sans se presser alors que Ron poursuivait une chute libre qui, il en était maintenant étrangement sûr, serait tout à fait mortel.

-Ah, voilà!

Et le géant se mit à souffler de toutes ses forces. Aussitôt, une véritable tempête jaillit de sa bouche et les emporta tout deux pour les ramener en plein ciel avant de les faire virer vers ce que Ron supposait être la droite. Une rivière de vent les ballota encore plus d'une minute avant qu'ils n'atterrissent dans une vieille maison complètement vide. Ils se trouvaient dans une chambre aux meubles poussérieux plongée dans l'obscurité, comme si l'endroit était tout à fait à l'abandon.

-Ca suffit !, s'étrangla Ron exangue. C'est bon, arrêtez tout! Vous aurez tout ce que vous voudrez, je chanterai des chants de Noëls dans les centres commerciaux tous les ans mais bordel laissez-moi rentrer tout de suite !

-C'est pas trop une option, marmonna l'Esprit en tapotant sa bedaine avec ses doigts boudinés, embarrassé. On aurait peut-être dû passer par chez tes parents... mais si tu veux tout savoir, la joie et l'esprit de Noël persistent encore chez eux. Ils n'attendent que toi, et ceux de tes frères et sœurs qui n'ont pas pu être là. Ils auraient voulus que vous soyez tous réunis pour les fêtes. Mais de tous leurs enfants tu es celui pour lequel ils se font le plus de soucis. Ils ne savent pas où tu es. Ils ne s'inquiètent pas pour la guerre, pour les Horcruxes ou le monde magique. Ils ont peur parce que leur fils est peut-être mort et qu'ils n'en savent rien.

-Je sais déjà tout ça, d'accord? Je sais! C'est pour ça que je suis parti, je suis en sécurité, ils n'apprendront pas ma mort à la radio maintenant. Mais où est-ce qu'on est ?

-Oh, on est arrivés un peu en avance. Harry et Hermione ne devraient plus tarder.

Ron sursauta. Harry et Hermione. Il allait les revoir. Un étrange mélange d'apréhension, de remord et de curiosité lui enserra le cœur. Il n'aurait su dire s'il avait cru ne jamais savoir ce qu'ils étaient devenus. Mais maintenant qu'il en avait l'occasion une partie de lui voulait terriblement les voir, même s'il savait qu'il ne devrait pas, et qu'il ne le méritait sûrement pas.

Toutes ces pensées égocentriques furent balayées aussi sûrement qu'il l'avait été un instant plus tôt par le blizzard lorsque le mur de la chambre s'effondra sous le coup d'un sortilège. Ron recula, les yeux écarquillés, alors que deux personnes s'effondraient l'une sur l'autre. Hermione et Harry. Hermione se releva la première et tenta de lancer un sort que quelque-chose d'incroyablement rapide esquiva avant de se glisser dans la pièce. La chose se dressa en poussant un sifflement répugnant. Le cœur de Ron tomba tout au fond de sa poitrine.

Nagini.

Il avait cru qu'ils ne trouveraient plus rien, qu'ils se contentaient d'errer désespérément dans les bois, comment la situation avait-elle pu encore évoluer pour qu'ils se retrouvent face au serpent de Voldemort?

-Qu'est-ce qui se passe ?!, s'étrangla-il alors qu'Harry hurlait des sorts à s'en ravager les cordes vocales.

Le serpent était si rapide que la moindre de ses contorsions suffisait à lui épargner les maléfices qu'on lui lançait, dans le même mouvement avec lequel il se jetait sur ses proies.

-Hé bien la recherche des horcruxes, Ron, tu as oublié? C'est bien pour ça que tu es parti, parce que ça devenait beaucoup trop dangereux, non?

Ce n'était pas vrai. Oui, il ne voulait pas que sa famille apprenne sa mort à la radio, c'était ce qu'il avait dit à Harry, c'était ce qu'il avait dit à l'Esprit aussi, mais il était parti parce qu'il n'aurait rien pu faire de plus pour les aider. Pourtant regarder ce combat en tant que fantôme était insupportable.

-Ils avancent, bredouilla Ron livide en haussant le ton pour couvrir le bruit des explosions. Ils se battent encore, même sans moi ils continuent, ils... ils vont y arriv... oh par Merlin!

Hermione venait de briser la baguette d'Harry en lançant un sort qui avait manqué lui revenir en plein cœur. La suite se passa en un éclair: ses deux amis transplanèrent au moment même où un homme à peine humain en robe noire... oui, Voldemort en personne apparut l'espace d'un instant, prévenu par son serpent de serviteur. C'était Voldemort. Ron, aussi étrange que ça puisse paraître après l'avoir combattu depuis si longtemps, ne l'avait en fait jamais vu. Seul Harry le lui avait décrit. Il faillit se saisir d'Harry avant qu'il ne disparaisse. Le voyant lui échapper encore, il poussa un hurlement de fureur, trop aigu, trop rauque pour appartenir à l'espèce humaine. Il resta là quelques instants, haletant, sifflant. Ron n'osait même plus respirer. Il avait beau savoir qu'il n'était pas vraiment là, il lui semblait que le Seigneur des Ténèbres transcendait n'importe-quelle règle que l'univers aurait pu chercher à mettre en place pour protéger quiconque. Et puis, aussi vite qu'il était apparu, n'ayant plus rien à faire ici Voldemort s'évapora en emportant son serpent. A moins qu'il ne les poursuive tout simplement. Avait-il ce pouvoir ? A l'idée que le Seigneur des Ténèbres allait peut-être surgir devant ses amis Ron eu envie de hurler d'épouvante.

Il n'était resté qu'un instant mais c'était Lui, plus terrifiant encore que le rouquin avait toujours pu se l'imaginer.

Demeuré seul avec l'Esprit des Noëls Présent, Ron s'assit dans les ruines et se prit la tête entre les mains. Après un long silence le géant reprit la parole, d'une voix plus douce que jusqu'alors :

-Je ne sais pas ce que tu en penses, mais je crois qu'il y a des situations où un coup de main n'est pas de refus. Un ami de plus, même s'il ne se bats pas mieux que tout le monde. Quand on est aux prises avec un serpent ensorcelé, il n'y a pas de petit renfort. Mais si tu penses vraiment leur être inutile, voir ça, ça ne te donne pas du tout envie de les rejoindre, hein?

-Où sont-ils? Cet endroit... où aviez-vous dit qu'on était? Et où sont-ils partis, est-ce qu'ils... est-ce qu'ils sont blessés?

-Pourquoi veut-tu le savoir? Tu n'es pas parti parce que tu leur étais inutile?

Ron ouvrit la bouche avant de la refermer aussitôt. Hermione allait trouver le moyen de les sortir de là. Ou alors Harry se dresserait face au danger au moment où n'importe-qui d'autre aurait reculé et son audace leur sauverait encore la vie. S'il avait été là, il n'aurait rien pu faire de plus, il aurait sans doute fini par les forcer à faire demi-tour pour lui venir en aide.

Alors pourquoi désirait-il tellement être avec eux en cet instant?

-Les rejoindrais-tu, si tu le pouvais?

-Je ne peux pas.

-Parce que tu n'as plus aucuns moyens de les retrouver ou parce que tu les as trahis?

Ron aurait pu se dire que c'était simplement normal de se sentir si mal après ce qu'il venait de voir, que ça ne voulait pas dire qu'il avait eu tord de partir, qu'il n'aurait rien pu faire de plus. Mais ses souvenirs dansaient avec ses souvenirs, et il réalisa avec désespoir que l'Esprit des Noëls Passés faisait peut-être parti de lui, comme une petite voix qui ne cesserait plus jamais de lui murmurer à l'oreille ce qu'il aurait préféré oublier. Les larmes de joie d'Harry il y a si longtemps, le courage d'Hermione à l'instant qui lui rappelait tant la petite fille serrant bravement son gros livre contre elle. Le Présent, aussi. Bill, que Ron aurait pu aider non pas parce qu'il était puissant ou quoi que ce soit, mais simplement parce qu'il était Ron. Oui, Ron avait des arguments, il y en aurait toujours. Mais à cet instant, ils ne parvenaient pas jusqu'à ses lèvres. Ses amis devaient être si loin maintenant. Hors de portée pour de bon. Ron ne savait plus si c'était ce qu'il y avait de mieux pour tout le monde. Mais c'était ce qu'il méritait, ça il en était convaincu.

-...C'est comme ça. Il faut l'accepter.

-On ne peut pas changer le Présent, renchérit l'Esprit. C'est ce qui le rends si brutal, il faut parfois souffrir pour faire face à ce qu'on est, ce n'est qu'ainsi qu'on en découvre les bons côtés, qu'on apprends à se connaître et surtout ce qu'on veut faire de tout ce fatras dorénavant. Oui, la réalité est emplie de regrets, la plupart du temps. Mais tu compte t'arrêter à ça?

-Qu'est-ce que tu veux que je fasses de plus ?! Ce qui est fait est fait!

-On ne se résigne vraiment à sa situation présente que lorsqu'on ignore de quoi l'avenir sera fait. C'est pourquoi toi, Ron, tu ne veux surtout pas savoir, tu veux croire que tout s'oubliera, que tout s'arrangera si tu parviens à te convaincre que tu as fais les bons choix. Tu comprendras peut-être mieux pourquoi tu avais besoin de me voir, quand tu l'auras vu lui. La force dont tu as besoin n'est pas celle de te résigner.

-Alors quoi?! Quoi, qu'est-ce que je devrais...

Mais tout était déjà terminé. Lorsque Ron releva la tête, toujours parfaitement éveillé, il était dans sa chambre. Une chambre dans laquelle il n'y avait jamais eu d'armoire.


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