CHAPITRE 4 : Castiel
Je suis assis sur mon lit, Gabriel à mes côtés, observant Charlie faire un va-et-vient le long de ma chambre.
- Je ne trouve pas !
Elle est agacée. Elle marmonne sans que je n'arrive à distinguer les mots, qui ne doivent pas m'être destiné. J'ai invité Charlie chez moi afin de commencer l'exposé que nous devons élaborer.
La veille, Charlie m'avait gentiment demandé si je voulais bien être son binôme et je n'allais pas refuser même si j'avais aperçue Dean s'approcher de moi. Elle semble très aimable, et en même temps, très charmante.
Je l'aperçois manger ses ongles tout en regardant dans le vide. Elle est irritée car nous ne trouvons pas de sujet susceptible d'être cohérent avec le seul indice que nous a confié le professeur : laissez libre cours à votre imagination. Cette consigne a laissé plus d'un perplexe, ne sachant quoi réaliser.
Charlie m'a émis différentes thématiques ainsi que les personnages fantastiques, dans laquelle elle est très excitée de développer le personnage d'Hermione dans Harry Potter, ou encore sur Moondoor, un jeu Grandeur Nature apparemment, mais je ne connais aucun de ces deux sujets, et puis, comment pourrions-nous faire un exposé sur une porte lunaire. Cela semble peu probable que j'arrive à soulager son angoisse mais je tente tout de même.
- Nous pouvons faire un exposé sur l'espace. Je connais le sujet par cœur et cela serait plutôt simple à réaliser.
Elle n'est pas enthousiaste à cette idée. Je l'observe balayer du regard ma chambre qui n'est pas encore tout à fait décorée. Elle reste un moment devant ma bibliothèque, à fouiller, et sort un vieil ouvrage dont je ne me rappelle plus la provenance. Son visage s'illumine comme si elle avait trouvé l'idée du siècle.
- On a qu'à faire un exposé sur les êtres surnaturels ! s'exclame-t-elle les yeux pétillants.
L'idée ne me déplaît pas mais je ne maîtrise pas vraiment le sujet. Elle est tellement exaltée que je ne la contredis pas et accepte d'un hochement de tête. Elle commence à sautiller dans tous les sens, ravie, et finit par s'allonger sur mon lit à côté de moi. Gabriel est gêné par sa présence car il se décale et se remet en boule un peu plus loin pour dormir tranquillement.
Je regarde Charlie. Elle a des beaux et longs cheveux roux qui lui vont à ravir avec ses yeux d'un léger marron.
- Qu'est-ce qu'il y a ? me demande-t-elle en me dévisageant.
- Rien, formulé-je avant de détourner les yeux, je te trouve ravissante.
Elle s'assied face à moi.
- Mais... Tu es au courant que je suis lesbienne ?!
J'avais des doutes mais, maintenant, mes soupçons sont confirmés.
- Pas vraiment, avoué-je, je voulais juste te faire part de ma remarque.
Elle rit doucement, je ne comprend pas pourquoi mais cela m'est égal car j'aime la voir sourire. Au même moment, quelqu'un frappe à ma porte et je perçois ma mère rentrer.
- Excusez-moi de vous déranger, je veux juste savoir si vous voulez quelque chose à boire ?
Je regarde Charlie que ne semble pas assoiffée et ouvre la bouche pour répondre à ma mère mais Charlie est plus rapide que moi.
- Non merci Madame, ça ira.
- Je t'en prie, appelle-moi Ellen, déclare-elle avec un grand sourire, et Castiel, j'ai croisé le garçon qui n'arrêtait pas de te regarder au restaurant hier. Tu sais, celui qui s'appelle Dea... Dimitri !
Je lui souris, amusé.
- Il se nomme Dean, maman.
- Désolée, mon chérie ! Je crois qu'il habite pas loin, tu devrais être ami avec lui, je pense qu'il t'aime bien, m'explique-t-elle.
Je regarde Charlie qui semble confuse et déporte mon regard de nouveau vers ma mère.
- D'accord, tu peux nous laisser ? Nous devons travailler.
Elle hoche la tête en me faisant un clin d'œil puis sort de ma chambre. Je suis sûr qu'elle pense que Charlie me plaît. Je me remémore sa tête lorsque je lui ai demandé si je pouvais inviter Charlie, un mélange de surprise et de joie.
D'ailleurs, cette dernière se tourne vers moi et m'interroge du regard.
- C'est bien de Dean Winchester qu'on parle ?!
Je confirme d'un hochement de tête.
- C'est vrai qu'il habite à quelques maisons de chez toi, confirme-t-elle en haussant les sourcils.
- Je le sais, avoué-je.
Elle plisse légèrement les yeux.
- Ah bon ?! Comment ?
J'ai l'impression d'être un psychopathe qui vient d'avouer une chose qu'il n'aurait pas dû.
- C'est dans cette rue que je l'ai croisé pour la première fois.
Je repense au tee-shirt mouillé de Dean qui lui collait à la peau.
- Et pourquoi ta mère a parlé de Dean au restaurant ? Sans être indiscrète.
Elle l'est déjà mais je ne relève pas, content qu'elle s'intéresse à moi.
- C'est parce qu'hier, nous avons mangé au restaurant, je crois qu'il se nomme le Wendi...
- Wendigo's Burger ? suppose-t-elle.
- Oui c'est exact, et Dean est arrivé au moment où nous venions de recevoir nos plats puis nos regards se sont croisés. Ma mère exagère toujours.
Je ne confesse pas l'idée que j'aimerai que ma mère dise vrai.
- Ah d'accord, d'ailleurs ça ne m'étonne pas que tu l'aies vu car c'est son bar préféré. Il est venu te parler ?
J'aurais adoré qu'il le fasse, au moins, pour me dire bonjour.
- Non, il était avec ses amis.
Je baisse la tête en espérant qu'elle n'ait pas entendu la déception vibrer dans ma voix.
- Pourtant il a l'air de t'apprécier car c'est la première fois qu'il est sociable avec un nouveau et je le connaît depuis un bout d'temps.
Ma joie s'agrandit considérablement à cette nouvelle.
- Il m'a demandé d'être son ami.
- Sérieusement ?! s'étonne-t-elle.
- Oui, il m'a dit qu'il voulait me connaître d'avantage.
Charlie fronce les sourcils puis hausse les épaules, comme si elle s'était persuadée elle-même.
- Après tout pourquoi pas, ce n'est pas le genre de Dean d'aider les nouveaux à s'intégrer mais il a peut-être changé. Mais préviens-moi si quelque chose cloche, d'accord ? Tu es assez intelligent pour le remarquer.
Moi aussi je trouve cette demande d'ami étrange mais je pensais qu'il m'appréciait vraiment.
- D'accord, merci.
Je vois à son regard qu'elle est sincère.
- Bon bah on s'y met à cet exposé ! s'exclame-t-elle.
Cela fait déjà un certain moment que nous cherchons des informations pour notre sujet. J'ai prêté mon ordinateur à Charlie qui sait beaucoup mieux que moi comment s'en servir.
Pour ma part, j'analyse chaque ligne de mon livre. Nous sommes tous deux dans notre élément. Nous avons réussi à collecter beaucoup de données qui peuvent nous être utiles mais la fatigue commence à se faire sentir.
Mes yeux me piquent et ma concentration n'est plus à son maximum. Charlie doit ressentir les mêmes symptômes car elle n'arrête pas de se tortiller sans trouver une position confortable.
- On fait une pause ? me propose-t-elle les yeux larmoyants, je n'arrive pas à me concentrer plus de deux secondes.
- J'accepte volontiers.
Je ferme le livre et lève les bras pour m'étirer. Je sens mes muscles se détendre et je m'allonge de tout mon long sur mon lit. Gabriel baille, fatigué de n'avoir rien effectuer. Parfois, j'aimerai bien être un chien.
J'aperçois Charlie se lever et se diriger jusqu'à mon bureau afin de déposer mon ordinateur et les quelques feuilles sur lesquelles j'ai écrit mes notes. Puis, elle s'affale à mes côtés admirant mon plafond blanc. Je fais de même et découvre certaines fissures et des tâches plus ou moins sombres. Je dois impérativement passer un coup de peinture.
- Je peux mettre de la musique ? me demande-t-elle.
- Oui, bien sûr !
Elle sort son portable de sa poche.
- Tu aimes quoi comme genre de musique ? m'interroge-t-elle.
- Je n'ai pas vraiment de goût particulier.
- Bon d'accord, alors c'est moi qui choisis.
Elle sélectionne une musique et le sons me parvient jusqu'à mes oreilles. Le rythme ne me dit rien mais j'apprécie cette mélodie méconnue qui me fais bouger les doigts au tempo de la musique.
- Pendant que j'y pense, il faudrait que tu me passes ton Instagram.
- Je n'ai pas de réseaux sociaux...
Elle se dresse d'un coup et me regarde abasourdie comme si je venais de lui dire que j'étais un être venue d'ailleurs.
- Tu n'as aucun réseau social ?! répète-elle d'une voix étonnée.
- Non aucun.
Je ne comprends pas l'importance d'avoir des réseaux sociaux alors que l'on peut très bien se parler par messages ou encore mieux, en vrai.
- Il faut absolument que je t'en crée un !
Elle prend mon portable sans que je ne puisse la contredire. J'essaye de reprendre mon téléphone mais elle se lève et commence à faire le tour de ma chambre. Je lui cours après un moment puis abandonne, elle est trop rapide pour moi. Et puis, si ça lui fait plaisir. Je m'assois de nouveau sur mon lit, attendant qu'elle finisse ce qu'elle a commencé.
- C'est bon, Insta vient d'être installé, dit-elle avant de s'asseoir à mes côtés, j'ai besoin de quelques infos sur toi.
- Je t'écoute.
Je pense que l'application restera inutilisée un bon moment une fois Charlie partie.
- Alors pour commencer, ton prénom et ton nom ?
- Castiel Novak. Pour l'instant c'est facile.
Elle tapote sur le clavier de mon téléphone à une vitesse surprenante. À peine ai-je répondu à sa question, qu'elle relève la tête et m'en pose une autre.
- Ta date de naissance ?
- Le 11 mars.
Elle lève un sourcil sans que je ne comprenne pourquoi.
- Ton adresse mail ?
Je réfléchis, je ne l'utilise que rarement.
- Je crois que c'est "castielnovak1103 ".
- J'ai presque fini, il manque juste ta biographie.
Je penche légèrement la tête par habitude.
- Que faut-il que je dise ?
Elle a un moment d'hésitation.
- Ce que tu veux, genre ce que tu aimes ou des informations que tu veux partager.
- Alors... Mets que j'adore lire et que je m'intéresse à l'espace.
- Ok et quoi d'autres ? me demande-t-elle en continuant de tapoter.
- Et que j'aime Gabriel, dis-je en regardant celui-ci qui n'a pas bouger de mon lit.
Elle fait un rictus.
- On va le formuler autrement parce que ça peut prêter à confusion.
Je ne comprends pas en quoi aimer son chien peut être sujet de quiproquo, mais je ne relève pas.
- Bon maintenant, il faut une photo de profil.
Elle passe sa main dans mes cheveux.
- Je peux te coiffer parce que là... on dirait que tu viens de te réveiller.
- Non, mes cheveux sont très bien.
- Comme tu voudras.
Elle prend quelques photos et en sélectionne une.
- Et pour finir, il faut que tu ajoutes des personnes. Bien sûr, moi et qui d'autre ?
- Tes amies auxquelles tu m'as présenté. Alors, il y avait Meg, Rowena et Jody.
- C'est bien, tu retiens vite, qui encore ?
Je sais très bien qui je veux ajouter mais je n'ose pas lui dire.
- Tu ne veux pas Dean par hasard ?
Elle me fait un sourire suspicieux. J'essaye de feindre mon innocence.
- Oui pourquoi pas et ses amis aussi.
- Lesquels ? Parce qu'il en a tellement...
Je lève les yeux pour me souvenir leurs noms.
- Alors, il y a Benny, Garth et Crow...ley, je crois.
- D'accord pas de problème.
Elle me redonne mon portable et m'explique comment utiliser l'application. Je l'écoute attentivement même si je suis certain que je ne le l'utiliserai que très peu.
Après ces brèves explications sur l'utilisation d'Instagram, je me laisse perdre dans le fil d'actualité et regarde les différentes photos.
La première image est de Charlie, je clique sur son compte et découvre des clichés dont la plupart sont des photos de son visage, seul ou avec ses amis. Sur une photo, je reconnais le visage de Meg, qui elle aussi est ravissante, et j'appuie sur le petit cœur en bas à gauche comme m'a expliqué Charlie.
Pendant ce temps, Charlie a prit mon ordinateur et fait seul Dieu sait quoi.
Je parcours à présent le profil de Dean après avoir observé les autres comptes. Comme dans presque tous les comptes, il n'y a que des photos de lui mais cette fois-ci cela ne me déplaît pas. Je lis sa courte description qui se résume à trois mots : « Base-ball », « Filles » et « 17 ans ».
Je défile les photos dans lesquelles il se met en valeur comme torse nu et m'interroge à chaque fille qui pose avec lui. Un cliché attire mon intention. Je vois Dean, bien sûr, avec un garçon plus petit que lui, aux cheveux
longs, en train de faire des grimaces. Il me dit vaguement quelque chose mais lorsque je lis la description tout devient clair. Il est écrit : « Joyeux anniversaire mon petit frère ! (Je sais à quel point tu détestes cette photo, Bitch) ». C'est donc bien son frère que j'ai vu l'autre jour avec lui.
Charlie pose mon ordi et s'affale sur mon lit caressant Gabriel qui n'a toujours pas bougé. Je continue à défiler les photos de Dean.
- Pourquoi tu souris ?
Je n'ai même pas remarqué que je souriais.
- Euh... Pour rien.
À l'intonation de ma voix, même un sourd aurait compris que je mens.
J'aperçois son sourire espiègle, le même que tout à l'heure lorsqu'elle m'a volé mon téléphone. J'anticipe son attaque en renforçant ma prise et me prépare à me défendre en l'éloignant grâce à mes pieds mais elle se jette sur moi tel un tigre enragé et arrive à prendre mon portable. La prochaine fois, j'utiliserai une autre stratégie.
- Oh ! Mais c'est devant Dean que l'on sourit bêtement.
- Mais non, je regardais juste une photo amusante, c'est pourquoi j'ai souri, c'est tout, me défends-je .
- Mouais...
Elle ne me croit pas du tout mais elle ne continue pas sur sa lancée. Elle pose mon téléphone et caresse Gabriel, pensive.
- J'ai une question un peu indiscrète à te poser...
Ma curiosité s'éveille à ces propos.
- Je t'en prie, ne te gêne pas.
Elle se mord la lèvre, hésitant à me la demander mais elle finit par céder.
- Tu as déjà été amoureux ?
J'ai un temps de réflexion, ne m'attendant pas à cette demande. Je fouille au plus profond de mes souvenirs mais rien ne vient affirmer cette question.
- Non, je ne crois pas, fais-je. En tout cas, je n'ai jamais ressenti ce qu'on appelle l'amour comme il est décrit dans les livres, la sensation de perdre pied ou encore le rythme cardiaque qui s'accélère. Et toi, tu as déjà été amoureuse ?
Elle pousse un soupir.
- Je crois... Oui, une fois de Marie Curie. Je me mets à rire et elle m'accompagne.
- Non sérieusement, reprend-t-elle d'un air affligé, je suis déjà tombée vraiment amoureuse d'une fille, très belle d'ailleurs, mais elle ne m'a pas prise au sérieux et m'a totalement détruit le cœur...
Elle baisse son regard comme je le fais tant de fois. Je comprends sa douleur. De ressentir du regret et de l'amertume pour quelqu'un mais je peine à imaginer si c'est pour l'être aimer.
- Je suis sincèrement désolé...
Elle relève la tête et me fait un sourire, faussé par la frustration qui se reflète dans ses yeux.
- Depuis, j'ai peur de retomber amoureuse, de faire confiance à la mauvaise personne et de subir la même souffrance. Je ne sais même pas pourquoi je te dis tout ça.
J'ai mal pour elle. Cette personne si joviale, brisée par un cœur malmené.
- Je suis sûr que cette personne ne te méritait pas, tu es une fille géniale, du peu que je te connaisse, et tu mérites quelqu'un de bien, non même d'extraordinaire et tu trouveras la bonne, j'en suis sûr.
Elle me sourit de nouveau mais cette fois-ci son sourire était sincère.
- Merci.
J'entends dans sa voix la sensation de doute s'évaporer et je suis content qu'elle se confie à moi malgré notre faible connaissance de l'un de l'autre mais j'ai le sentiment de la connaître depuis longtemps.
Son portable vibre soudainement. Elle lit le message et fait une mine déçue.
- C'est ma mère, je dois rentrer.
Elle prend ses affaires et je l'accompagne jusqu'à la porte d'entrée. Je la regarde partir mais elle revient vers moi, s'approche et me dépose un baiser sur la joue.
- Je pense que l'on va bien s'entendre Castiel ! me dit-elle avant de partir en sautillant.
Je souris bêtement. Je l'apprécie grandement, elle apporte de la lumière dans tout ce noir et je compte la garder précieusement.
Je remonte dans ma chambre et m'assieds sur mon lit. Gabriel vient vers moi me réclamant une caresse, que je lui accorde. Mon téléphone vibre sur mon côté. Je le prends et un sourire se dessine sur mon visage.
Dean m'a envoyé un message.
