Petit OS dédié à tous les fans de cet Oiseau mythique ^^
Garuda's pride
Rien, dans tous les Enfers, n'était plus orgueilleux que Garuda. La fameuse, la splendide et la féroce Étoile de la Valeur. Le Juge en imposait !...
Il se racontait tant à son sujet...
Ses hommes ne faisaient guère long feu sous son commandement. Ils étaient traités comme moins que du bétail. Aiacos lui-même les trucidait d'ailleurs à l'envi !...
De sa garde, bien peu survivaient. Même les plus aguerris étaient considérés comme les miraculés des Enfers.
Le Juge ne faisait guère dans le détail. Capable de projeter des salves d'énergie destructrice prodigieuses, Garuda n'avait pas son égal pour sévir à distance, qu'importe si des Spectres de son bord ou des gardes subissaient les dommages collatéraux de telles attaques !... N'étaient-ils pas tous remplaçables ? Le Juge partait du principe que l'un valait l'autre. Et que lui était au-dessus de cette masse grouillante. Maître absolu et redouté, nul n'était à l'abri de ses fureurs, qu'elles soient dirigées contre des ennemis ou contre l'incapacité même de son propre camp.
On l'avait d'ailleurs vu décapiter Stand avec la dernière des violences, tête projetée quelques mètres plus loin, corps toujours debout, tout simplement parce qu'il n'avait pas su faire usage du silence au moment opportun.
Imprévisible et résolument menaçant, nul n'était certain de son sort en servant sous les ordres d'un tel maître.
Tout, dans Garuda, de l'attitude au surplis, rappelait la menace, distante ou rapprochée.
Revêtu d'orgueil, des cornes du casque jusqu'au bout des plumes recourbées, façon auréole, de sa formidable roue, le grand Juge Aiacos ne faisait guère dans la dentelle.
La violence était souvent gratuite à bord du vaisseau qu'il dirigeait. Et le Maître incontesté en montrait distinctement l'exemple !...
Rien que la salle de son trône rappelait la domination absolue ; large couloir bordé de fosses contenant les ombres des âmes qui le servaient jusqu'à l'extinction, ployant sous une pluie battante des coups de fouet des gardes chargés de leur surveillance. Leurs plaintes constituaient la musique de fond de l'imposant vaisseau.
Enchaînés là pour l'éternité restante, assignés aux tâches les plus ingrates, sans aucun échappatoire possible - oh, les cas de fuite étaient rares et il ne valait mieux pas s'y risquer en présence d'Aiacos lui-même, sous peine d'être déchiqueté menu, réfractaire comme garde ayant failli à son service !...
Le sang coulait à flot de manière permanente sur la galère noire, rappelant le credo du capitaine. Avec Garuda, on se tenait bien loin de la cruauté raffinée exercée par Minos du Griffon !... Le redoutable Juge faisait peser sur l'équipage entier un tel poids que chacun gardait présent à l'esprit que l'existence, même éternelle, demeurait une chose bien éphémère.
Aiacos estimait être un honneur d'envoyer ses hommes en Enfer de ses propres mains.
Ils n'étaient en fait que des faire-valoir servant uniquement à souligner la puissance destructrice du Juge.
Aiacos appréciait se mettre en scène plus qu'aucun autre. Pour beaucoup, il était impossible de distinguer s'il s'agissait simplement d'une mascarade destinée à nuire et imposer la terreur comme ligne directrice ou si effectivement le Juge tirait une quelconque puissance des hommes qu'il soumettait.
"Il n'y a pas de place ici pour les faibles !" était clairement déclamé par le Juge. "Si vous tombez sous mes coups ou sous les flèches ennemies, c'est que vous étiez incapables de me servir et me faire honneur !"
Paradoxalement, on se pressait dans les rangs pour servir sur le navire de Garuda tant l'aura du Juge était prestigieuse !... Voilà pourquoi Aiacos les jugeait tous remplaçables à loisir !...
L'écrasante supériorité du Juge n'était pas à remettre en doute et brillait sous les feux de la rampe lors des combats.
Le vaisseau en lui-même était la personnification du Juge lui-même ; imposant et destructeur.
Sa simple vue suffisait à dissuader les plus vaillants. Lourd à diriger, source de nombreux sacrifices parmi les troupes, y servir équivalait à s'épuiser. Il arrivait à Aiacos de le gouverner par la seule force de son cosmos, le dirigeant, garni de flammes, droit sur la cible. On l'avait vu plonger sur des vaisseaux ennemis depuis le ciel - Aiacos détestait éventrer par le bas, question de fierté !...
Le Juge, d'ailleurs, s'estimait être la terreur des cieux !... Les rampants n'étaient bons qu'à contempler cette puissance qui s'abattait sur eux avec férocité !...
La seule créature à qui il avait été permis de s'élever avait été Béhémoth.
Elle s'appelait Violate. Et ma foi, elle portait fort bien son nom pour avoir ainsi violé la loi immuable du roi des cieux !...
Pour Violate, Garuda était un dieu à part entière !... "Cette illustre personne", comme le nommait fréquemment Violate, n'avait guère d'équivalent. Quant à Garuda, il visait la dévotion sans condition de sa jolie propriété personnelle.
Le lien qui les unissait n'avait pas son égal aux Enfers et suscitait autant d'interrogations que de spéculations - dans le dos du Juge, évidemment, à moins d'être suicidaire !...
Le point fort de Béhémoth était sa violence sans égale qui faisait à merveille écho à celle d'Aiacos. Sur le terrain, l'avant-garde écrasait tout sur son passage, offrant des spectacles sanglants au Juge qui en était friand !...
Leur duo était fondé dans un déchaînement agressif des forces.
Elle était parvenue bien au-delà de tout ce qu'elle avait escompté ; le Juge l'ayant clairement désignée comme étant son "aile droite". Honneur suprême pour Violate !...
Violate ne craignait pas tant la violence déployée par Aiacos mais plutôt la crainte de le décevoir et l'opprobre qui en découlerait !... Avoir été élevée si haut, littéralement arrachée du sol par la seule volonté du Juge, pour y retomber, lui était inconcevable !...
Tout, à bord du Garudaship, est à la démesure du Maître des lieux !... Des colonnes dessinées à l'effigie des monstres glorieux d'une mythologie ancienne, le trône lui-même est garni des mêmes immenses ailes recourbées rappelant la couronne naturelle du Garuda, sur lequel se tient Aiacos, jambes écart, dans une attitude à la fois majestueuse et dominatrice, croix énergétique - sa signature - en arrière-fond.
Les plaintes incessantes des âmes damnées, amassées dans les fosses, font hymne à la puissance même du dominant, réduites à l'état de chair à canon, corvéables à merci, finissant par se fondre dans la carlingue même de l'imposant navire de guerre.
Le vaste escalier menant à la proue du vaisseau, à l'emblème même d'Aiacos, rappelle distinctement les plus prestigieux temples aztèques, avec ses marches interminables - encore une métaphore éloquente de l'effort à fournir pour gravir les échelons menant jusqu'aux cieux.
Seule Violate pouvait se permettre d'y faire attendre Aiacos de la sorte sans en subir les affres !... Aux pieds du Maître absolu, Violate avait trouvé sa place.
Aiacos traitait les rampants avec le dernier des mépris, "les insectes rampants ne sont que de la boue qui souille mes bottes !..."
Violate, bien que tirée du sol, partageait évidemment cet avis tranché.
Nul, d'ailleurs, ne se serait aventuré à contredire Aiacos !...
Violate était honorée de la confiance que lui témoignait le Juge et il lui incombait, plus que tout, de le distraire de ses combats. Plus elle faisait couler le sang, plus elle broyait les os de ses adversaire, plus le Juge l'estimait. C'était là le prix à payer ; mutiler, le plus sauvagement possible, les ennemis de son dieu. Son corps n'était une plaie béante qu'elle portait tel un trophée. Exhiber ses nombreuses cicatrices lui apportait une satisfaction primaire, un contentement bestial.
L'Étoile de la solitude avait trouvé son âme sœur.
Aiacos ne se rendait sans doute pas compte de ce qu'il insufflait, combat après combat, dans le cœur exsangue même de Violate, l'appelant par toute sorte de noms témoignant l'affection. "Scarlet Flower" en était un parmi tant d'autres !...
Au contact d'Aiacos, la puissance combattive de Violate s'était vue décuplée !... Elle se hissait à présent à niveau avec les plus coriaces adversaires. C'était fou ce que le pouvoir du regard du Juge était capable de produire en Béhémoth !...
Ils étaient tous nourris par la puissance même du Juge ; une armée fournie et redoutable !
Aiacos voulait le meilleur, exigeant des sacrifices illimités. La performance était un véritable culte à bord du Garudaship. Seuls les plus endurcis y conservaient leur place. Aucune loi ne garantissait la sécurité à bord et on avait déjà assisté à des mises à mort, par rangs de dix, simplement parce que le capitaine avait noté un quelconque manquement à la discipline. Aiacos faisait toujours de la sanction un exemple visant asseoir davantage son pouvoir déjà prédominant.
Ils en étaient tous parvenus à le redouter plus que la mort elle-même !...
Garuda avait, d'une manière ou d'une autre, toujours le mot de fin. Entre ses mains reposait le sort de cette multitude dont il exigeait qu'elle soit au top sans jamais faillir.
Le Juge avait d'ailleurs très peu de considération pour ses hommes qu'il nommait fréquemment "moutons", "bétail" voir "ordures" ou même "encombrants".
Le cosmos d'Aiacos était tel qu'il brisait les corps à distance, exerçant sur eux un poids sans commune mesure, les forçant à se prosterner d'emblée devant sa toute-puissance.
Comme tous les Juges, lorsqu'ils descendaient sur le front, l'excitation de la bataille se lisait sur son visage ; joueur parfois, cruel souvent, supérieur toujours.
La flamme qui rongeait la pupille éveillée d'Aiacos reflétait le feu de ses entrailles. A l'instar du Bénou, Garuda lui aussi était tout en flammes.
Contrairement à Minos qui n'en n'avait strictement rien à faire de sa garde personnelle, riant même à leur perte, et à Rhadamanthys qui se choisissait lui-même ses hommes, chaque élan de guerre permettait à Garuda de rappeler à son équipage qui était le maître avant Hadès !... Cette attitude constituait également un test grandeur nature qui permettait de faire le tri parmi ses hommes ; les faibles étant détruits dans la bataille tandis que les plus aguerris survivaient. L'équilibre de la terreur régnait en maître sur tout ce qui, de près comme de loin, touchait à l'indomptable Garuda !...
Autoproclamé maître des cieux, Aiacos seul avait le privilège de jouir du panorama donnant sur les hautes chaînes montagneuse. L'enfant chéri, ayant pour symbole tutélaire le rapace mythique, était toujours prompt à rappeler qui devait siéger dans les hauts lieux et qui appartenait à la lourdeur de la boue qui maculait le sol.
Craint autant que redouté, Aiacos était l'un de ces Juges dont la présence rappelait avec terreur l'aura même du cosmos d'Hadès lui-même.
