CHAPITRE 17 : Dean

Note de l'auteure : Réponse à PlumedeSorbier et Butterfleaz : Désolé de ne pas vous avoir répondu... Merci pour vos commentaires :-) J'espère que la suite vous plaira tout autant.


Quelqu'un se déchaîne sur la sonnette. J'étais en train de préparer à manger. Je lâche le couteau dans ma main et me dirige vers ma porte d'entrée. La sonnette fait un boucan d'enfer.

- J'arrive ! Hurlé-je mais la personne continue à sonner.

Qui peut bien appuyer comme un malade sur la sonnette à cette heure ?

J'ouvre légèrement la porte et découvre Castiel en larme avec un chien couvert de sang dans ses bras.

- Il faut... que tu m'aides, balbutie Castiel entre deux larmes.

Il suffoque. Je reste médusé ne sachant comment réagir, puis, me reprends en mains rapidement. J'attrape à la hâte les clefs de voiture de mon père, qui est parti boire un coup au bar du coin. Je remarque à peine la présence de Sammy dans les escaliers.

- Je peux venir avec vous ?

Je n'ai pas le temps de protester. Vu l'état de Gabriel, chaque seconde compte. J'enfile mes chaussures le plus vite possible et sors de la maison avec Sammy.

La voiture est hors du garage, ça évite de perdre du temps. J'ouvre la portière arrière pour que Castiel se glisse à l'intérieur de la voiture avec Gabriel dans les bras et je saute du côté conducteur. Je démarre le moteur et roule instantanément.

Je ne connais pas tellement le chemin, heureusement que Sammy est là pour me l'indiquer. Je roule le plus vite possible sans pour autant risquer un accident.

Une fois arrivés sur le parking presque vide, je me gare du mieux que je peux et nous sortons en courant vers l'accueil du vétérinaire. J'entre le premier et me rue sur la jeune femme se trouvant à l'accueil.

- C'est une urgence ! Prévenez un vétérinaire, vite !

Prise de court, elle ne réagit pas tout de suite. C'est lorsqu'elle voit l'état de Gabriel, qu'elle court vers le chien en faisant le tour du comptoir. Elle le prend dans ses bras et part par une porte, nous laissant en plan tous les trois. On se dévisage sans savoir quoi faire.

Elle revient un moment après que Gabriel aie été pris en charge et nous informe qu'il faut que l'on attende. Castiel semble quelque peu soulagé mais tout de même inquiet. On s'installe sur les sièges de la salle d'attente.

La femme de l'accueil demande des renseignements à Castiel qui fait du mieux qu'il peut pour y répondre.

Un long silence nous frappe. Je n'ose rien dire, Sam non plus et Castiel semble désemparé. Il regarde son plâtre en caressant une empreinte de patte, celle de Gabriel d'après le prénom qui est écrit en dessous.

- Qu'est-ce qui est arrivé ? questionne Sammy, brisant enfin le silence.

- Une voiture l'a renversé, explique-t-il simplement.

Il contemple toujours l'empreinte. Je veux le rassurer.

- Ça va s'arranger, déclaré-je en posant ma main sur son épaule.

- Tu n'en sais rien, répond-t-il sèchement.

Il dégage ma main d'un mouvement d'épaule. Je suis donc inutile. Il est toujours vexé contre moi. Sammy doit sentir la tension entre Castiel et moi car il se lève.

- Je vais chercher un truc à manger au distributeur dehors. Vous voulez quelque chose ?

Je refuse d'un signe de tête.

- Non merci Sam, refuse Cas' également, d'une voix douce.

Sammy s'en va, me laissant seul avec Castiel. Pourquoi est-il toujours en colère ? En même temps, j'ai ruiné notre amitié en lui disant de garder nos distances et en le traitant de tafiole. Je lui dois au moins des excuses. C'est ça qu'il attend : des excuses. Je le regarde, il fixe le sol à présent.

- Je suis désolé...

Il ne réagit pas. Ce ne doit pas être suffisant à son goût.

- Cas', je suis vraiment désolé.

Je ne sais que dire de plus. Cette fois-ci, il se tourne vers moi, plongeant dans ses yeux bleus que je n'ai pas vu depuis un moment.

On reste là à se regarder, yeux dans les yeux sans dire un mot, juste à ce sourire mutuellement en s'apaisant l'un et l'autre.

Sammy revient avec les bras remplis de sachets.

- Je pense que l'on va rester ici un bon moment, donc j'ai pris de quoi nous nourrir.

Je soupire en souriant. Il me tend un sachet avec un gâteau au chocolat à l'intérieur. Je me fais pas prier pour le manger et l'enfourne dans ma bouche. Cas' prend également le sachet tendu par Sammy dans sa main mais ne le mange pas tout de suite. Quant à Sammy, il mange un gâteau à la vanille.

Au bout de quelques minutes, je vais dehors et téléphone à mon père pour le prévenir que nous sommes chez le vétérinaire. Il ne proteste pas, même quand je déclare que j'ai pris sa voiture. Je rentre de nouveau chez le véto. J'aperçois Sammy et Cas' parler ensemble mais ils se taisent dès qu'ils me voient. De quoi pouvaient-ils bien parler ? Je me réinstalle à côté de Cas'.

Nous attendons plus d'une heure, après avoir manger la moitié des sachets que Sammy a ramenés, avant qu'un vétérinaire se présente à nous. On se lève tous au même moment. Le vétérinaire est inexpressif, ne pouvant pas savoir ne donnant aucune indication quant au fait si Gabriel va bien ou pas.

- Votre chien a subi un grave choc avec de nombreuses liaisons et aussi...

- Est-ce qu'il va bien ? le coupé-je impatient.

- Son état est stable.

On est tous les trois soulagés.

- Est-ce que je peux le voir ? demande Castiel.

- Je suis navré, il est dans un état critique et nous préférons le garder sous surveillance au moins jusqu'à demain.

Cas' est attristé.

Nous sortons du véto après avoir remercié le vétérinaire et donné d'autres informations à la dame de l'accueil. Nous montons dans la voiture mais cette fois-ci, c'est Castiel qui est à l'avant. Je fais plus attention à ma conduite qu'à l'aller, marquant chaque stop comme il le faut.

- Dean, est-ce que tu peux dormir à la maison cette nuit ? Je ne veux pas me retrouver tout seul, m'avoue-t-il.

- Bien sûr !

Je n'ai même pas réfléchi. En même temps, je n'allais pas refuser.

- Ta mère n'est pas là ? demande Sammy à l'arrière de la voiture.

- Non elle est partie travailler, explique-t-il, c'est pour cela que je suis venu vous voir. De plus, le conducteur qui a renversé Gabriel ne s'est pas arrêté donc je n'avais pas le choix de vous dérangez. Je vous remercie de m'avoir aidé.

- C'est normal, m'exclamé-je, mais sache que si je retrouve l'enculer qui ne s'est pas arrêté, je le défonce.

Ils rient. J'ai au moins réussi à détendre l'atmosphère.

Nous arrivons devant chez moi. Je me gare et nous rentrons dans la maison. Je dis à Cas' de m'attendre dans l'entrée le temps que je prenne quelques affaires à l'étage. Je redescends avec un sac à dos sur mon épaule et perçois mon père parlait à Cas'.

- Je suis navré pour ton chien, déclare-t-il sincère.

Il se tourne vers moi en m'interrogeant du regard.

- Je vais dormir chez Castiel, il est tout seul.

Mon père acquiesce d'un hochement de tête. Nous sortons de la maison pour aller dans celle de Cas'. Le silence règne. Je comprends pourquoi Cas' ne veut pas se retrouver seul. Sans Gabriel, la maison est beaucoup moins vivante.

- Installe-toi, je vais appeler ma mère.

Ça risque de durer un certain temps. Je pose mon sac près de l'escalier et m'assois sur le canapé en prenant la télécommande au passage. J'allume la télé et tombe sur une émission de cuisine. Je perçois faiblement Castiel parler au téléphone. Je me concentre sur la télé. Je change de chaîne car je me fiche de savoir comment faire un filet de crevettes sur son lit de légume. Je m'arrête sur une chaîne où est diffusée un match de base-ball. Je laisse cette chaîne jusqu'à la fin du match, puis, change une nouvelle fois et tombe sur une sorte de télé-réalité. Je décide de regarder cinq minutes puis après je zappe, de toute façon ça va vite me saouler.

Le temps passe et je trouve cela plutôt pas mal. J'ai envie de savoir si Sophia va se mettre en couple avec Jason, le mec pas très intelligent mais beau gosse, ou Peter, le gars attentionné et qui ferait tout pour elle.

- Qu'est-ce que tu regardes ?

Je n'ai pas vu Cas' arriver. Je prends la télécommande, qui est sur le canapé, et éteins la télé en vitesse.

- Rien d'intéressant.

Il s'affale à mes côtés.

- Tu as tout expliqué à ta mère ? questionné-je.

Il soupire.

- Oui, fait-il empli de chagrin, elle voulait rentrer à la maison mais je l'en ai dissuadé en insistant sur le fait que tu es présent.

On regarde le vide un moment.

- Bon, on fait quoi maintenant ? demandé-je pour changer de sujet.

- Cela te dit de boire de l'alcool ?

Ce n'est pas la réponse que j'espérais. Il doit être vraiment dans le mal pour proposer une chose pareille. Je hoche la tête tout de même, ne voulant rien lui refuser. Il part donc vers la cuisine et revient avec deux verres et une bouteille de whisky. Il les pose sur la table basse. J'attrape la bouteille et verse du whisky dans chaque verre. Cas' le prend presque instantanément et commence déjà à boire. Je le suis mais il vide son verre trop rapidement et s'en sert un autre puis un autre, qu'il finit chacun d'eux aussi vite que le premier.

J'approche la bouteille vers moi avant qu'il la finisse tout seul.

- J'ai chaud ! se plaint-il.

L'alcool coule dans son sang. Il essaye d'enlever son pull mais avec son plâtre plus l'alcool, il galère. Je l'aide en tirant sur son pull pour qu'il passe par dessus le plâtre. Il porte un tee-shirt, dévoilant ses bras. A peine son pull posé, il se rue vers la bouteille.

- Cas' ça suffit ! Tu as assez bu, déclare-je en lui arrachant des mains.

Il râle avant d'essayer de récupérer ce à quoi il tient tant en cet instant.

- Laisse-moi boire Dean !

Je le repousse de ma main libre tout en éloignant la bouteille le plus loin possible de lui. Au bout d'un certain temps, il abandonne concluant que ça sert à rien de lutter, j'ai plus de force que lui. Il boude. Je pose la bouteille au pied du canapé, tout en contrôlant qu'il ne va pas essayer de la prendre.

Il ne parle plus. Mon regard se pose sur son bras dénudé. Ça me fait bizarre de le voir en tee-shirt. Il n'a pas beaucoup de poils et son biceps est pas mal musclé. Comme j'ai pu le constater, il ne porte aucun bijoux à son poignet mais une chose m'intrigue. J'attrape son bras et le tourne la paume vers le haut. Il ne proteste pas jusqu'à ce qu'il comprenne ce que je regarde. Il se défait de ma poigne et cache son poignet en l'emmenant contre son ventre.

Je n'en crois pas mes yeux ! Ce qu'il a au poignet c'est des cicatrices, des cicatrices de mutilations ! Je comprends mieux pourquoi il ne met jamais de manches courtes.

- C'est quoi les marques sur ton poignet ?

- Tu sais très bien ce que c'est, chuchote-t-il.

Il ne nie pas. En même temps, pourquoi faire ? Je ne suis pas aussi con pour l'ignorer.

- Pourquoi ?

Il ne répond pas. Il a le regard baissé.

- C'est à cause de notre dispute ? questionné-je.

Il lève les yeux vers moi.

- Non, ce n'est pas de ta faute, Dean. C'était avant que je te rencontre. Mais ça va mieux maintenant, tu n'as pas besoin de t'inquiéter pour moi.

Il me fait un sourire forcé. Facile à dire. Bien sur que je m'inquiète. S'il l'a fait une fois, il peut recommencer.

- Pourquoi tu t'es fait subir ça ?

- Je n'ai pas envie d'en parler, pas ce soir...

Ça ne sert à rien d'insister. C'est un passage douloureux de sa vie dont il ne veut pas se souvenir ce soir. Je le comprends.

- Mais par contre, je veux bien parler de Gabriel, annonce-t-il.

- Alors, tu l'as eu à quel âge ?

Il semble content que je lui pose des questions.

- Lorsque j'avais neuf ans et nous sommes devenus amis dès le premier regard.

- Comme nous deux, quoi.

Il me dévisage perplexe. Qu'est-ce qui m'a pris de dire une chose pareille ? C'est sorti tout seul.

- Et tu l'as eu où ? renchéris-je pour éviter un silence gênant.

- C'était un cadeau de ma mère pour mon anniversaire.

Il est pensif. Il pense sûrement à la scène.

- Tu l'as dressé ou il t'a toujours obéi ?

- J'ai jamais eu besoin de le dresser. Il y a une sorte de connexion entre nous, comme si nous nous comprenions d'un simple regard. C'est vraiment un chien extraordinaire ! Il a toujours été présent pour moi. Il ressent ma tristesse comme ma joie, c'est vraiment un frère. Je sais que tu peux trouver cela étrange mais, nous avons un lien inexplicable que j'ai ressenti pour personne d'autre.

Pourquoi de la colère monte en moi ? C'est qu'un chien rien de plus. Et puis merde ! C'est normal qu'il l'aime son chien. Pourquoi je ressens ça moi ?

Je prends la bouteille de whisky et remplis les verres.

- A Gabriel ! dis-je en levant mon verre.

Castiel fait de même et nous buvons nos verres.

Cas' est fatigué. Il a du mal à marcher droit. Il est l'heure d'aller dormir. Nous nous dirigions vers l'escalier et je l'aide pour monter. Puis, nous allons dans sa chambre et je le pose sur le lit. Il est encore conscient. Il m'indique où trouver un matelas, des couvertures et des oreillers. J'installe tout aux pieds de son lit. Cas' arrive à se déshabiller seul, gardant son caleçon ainsi que son tee-shirt. Pour ma part, je garde seulement mon caleçon. On se couche chacun dans son lit et je ferme les yeux.

Je fixe le plafond. Je n'arrive pas à m'endormir. Je tourne et me retourne sur le matelas peu confortable, sans trouver le sommeil.

Je me redresse et regarde si Castiel dort. Il semble dormir à poings fermés. Comment a t-il pu s'endormir aussi rapidement ? Bien évidemment, l'alcool. Je l'observe un moment et remarque que même durant son sommeil, il est sérieux.

Il a les bras croisés, le visage fermé et les sourcils froncés. Seul l'odeur de l'alcool fait croire qu'il vient de rentrer de soirée. Je l'appelle tout de même mais je ne réussis qu'à le faire se retourner.

Super ! Je ne peux ni parler à Cas' ni me lever pour me changer les idées. Je lève une main pour prendre mon portable mais je me rappelle que je l'ai mis à charger. Je me remets donc à fixer le plafond, avec pour seule lumière, les rayons de la lune qui transpercent le rideau.

Je pense à plusieurs choses, tout d'abord, à Sammy. J'espère qu'il va bien et si j'ai bien fait de l'avoir laisser seul avec notre père. Deuxièmement, je pense à mes potes, aux filles et au lycée en général. Et pour finir, je pense à la rapidité avec laquelle je me suis lié d'amitié pour ce petit être étrange et mystérieux qui dort à côté de moi. Pourtant, on est si différents mais dès le début je voulais à tout prix l'aider et je n'arrive toujours pas à expliquer cette sensation.

Je me concentre sur cette sensation lorsque j'entends des sanglots. Je me redresse et tends l'oreille mais aucun son ne me parvient. Je me rallonge. J'ai dû rêver. Quelques secondes plus tard, le bruit réapparaît. Cette fois-ci, je me lève et réalise que les gémissement proviennent du lit à côté de moi. C'est Castiel qui pleure.

- Castiel ?! chuchoté-je.

Aucune réponse.

- Cas' ?! dis-je plus fort.

Toujours aucune réponse.

Castiel dort, il n'y a aucun doute mais je ne veux pas le laisser pleurer dans son sommeil.

Il se met à chuchoter des mots incompréhensibles. Je me rapproche pour essayer de les déchiffrer.

- Non ! hurle-t-il tout d'un coup, ce qui me fait sursauter.

Il se bat contre un monstre imaginaire, brandissant ses poings dans le vide.

Je monte sur le lit, m'assied sur ses cuisses, lui attrape les poignets et les tiens de chaque côté de sa tête. Il continue à se débattre. Je le maintiens ainsi, de peur qu'il se fasse du mal.

- Chut, ne t'inquiète pas. C'est moi, Dean... Je suis là... Calme-toi...

J'ai l'habitude de ces bagarres nocturnes, Sammy a tendance à faire les mêmes. Souvent le soir, je cours dans sa chambre et le tiens pour éviter qu'il se fasse mal. Ses cauchemars arrivent couramment mais la plupart du temps, il refuse de m'en parler. Ou lorsqu'il m'en parle, il me dit qu'il voit des personnes qu'il ne connaît pas mourir. J'essaye de le rassurer et lui dire que c'est juste des rêves, mais il a l'impression que c'est réaliste et refuse de m'écouter.

Ce que je fais a l'air également de fonctionner sur Castiel car il se calme.

Je continue à le rassurer et, au bout de quelques secondes, il s'arrête. Je reste ainsi pour être sûr qu'il ne recommence pas. Puis, je m'allonge à ses côtés, fatigué de cette lutte imprévue. Quels démons pouvaient bien lui faire tant de mal ? Je ferme les yeux et m'endors avec cette question en tête.