CHAPITRE 20 : Castiel

Je regarde Dean partir main dans la main avec Lisa sans se retourner. Je ne sais pas quoi penser. Je suis désemparé et ne sais comment réagir. Dois- je passer outre ? Ou au contraire, me lamenter ? Je finis par me lever.

- J'arrête de jouer aussi, annoncé-je en revêtant un ton froid.

Puis, je pars sans savoir où aller. Je rentre dans ma maison, je veux simplement être seul pour réfléchir. Je me dirige avec difficulté vers les escaliers et monte jusqu'à arriver dans ma chambre. Je claque la porte derrière moi. J'ai besoin de défouler mes nerfs. Ce que Dean a dit me fait l'effet d'un poignard dans le coeur. Il a déclaré qu'il préférait mourir que de m'embrasser alors que quelques secondes auparavant il était si proche de mes lèvres.

Je pouvais sentir son souffle sur mon visage, mon coeur qui battait hâtivement et ses yeux d'un vert magnifique qui passer de mes lèvres à mes yeux. J'y ai tellement cru ! Je croyais que c'était ici et maintenant. En cet instant, je lui aurais tout donné. Comment j'ai pu être aussi stupide de le croire, et ce qu'il a dit après...

Je renverse l'étagère de livres de toutes mes forces en sentant la colère monter en moi, je donne des coups de poings et des coups de pieds dans le vide. Je me défoule pour extérioriser toute ma rage mais me cogne le pied contre mon lit ce qui m'énerve davantage. Je m'affale sur mon lit, prends mon oreiller et tape au hasard. Je sens ma colère se transformer en tristesse. Des larmes coulent le long de mes joues.

Pourquoi il ne m'a pas embrassé ?! Il était tellement près et je voyais dans ses yeux qu'il en avait envie. Pourquoi a-t-il nié en disant que cela n'arriverait jamais ? Je ne comprends plus rien. Je sens Gabriel grimper sur mon lit et lécher mes larmes. Je l'attrape et l'allonge près de moi pour lui faire un câlin.

- Heureusement que tu es là toi.

Il ne bouge pas, se contentant de soulager ma peine comme il le fait trop de fois. J'entends ma porte s'ouvrir mais n'y prête pas attention.

- Cas'...

Je reconnais la voix de Meg, à l'évidence étonnée de découvrir des livres ensevelir le sol et les autres enjambées doivent sûrement être celles de Charlie. Je me tourne vers elles, les yeux rouge. Meg se précipite à mes côtés et me caresse les cheveux pour me consoler. Charlie, quant à elle, n'ose pas s'avancer.

- Je suis tellement désolée Cas', je n'aurais jamais dû demander à Dean de faire ce gage.

Je regarde Charlie. Je ne lui en veux aucunement.

- Non, tu as bien fait. C'était plaisant.

Je m'efforce de lui sourire et elle s'approche à son tour en s'agenouillant à côté de mon lit.

- Il ne pensait pas ce qu'il a dit, ajoute Meg, il a fait le mec pour convaincre Lisa mais je suis sûre que si elle n'était pas intervenue il t'aurait embrassé sans aucun doute.

- C'est gentil Meg mais je sais que c'est faux. Il ne m'aime pas et ne m'aimera jamais... Comme il dit : il est pas gay, contrairement à moi.

Des larmes me reviennent en découvrant que je n'ai vraiment aucune chance mais j'arrive à les contrôler et je les ravale.

- Cas' ça crève les yeux qu'il a envie de toi, renchérit Charlie, je te jure que je ne l'ai jamais vu aussi proche que ce soit avec une meuf ou un mec. Tu es spécial pour lui, n'en doute pas.

Je n'ai pas envie de tourner en rond en contrant ce qu'elle me dit. Je ne relève donc pas même si au fond de moi, je savais qu'elle mentait. Du moins, je me le persuade pour éviter de trop souffrir.

- Aller, c'est ton anniversaire ! C'est pas un petit trou duc qui va te le gâcher, ok ?

Je fais un rictus. Meg a raison, il faut que j'arrête de pleurnicher. Je hoche la tête pour lui montrer mon accord.

- Bon maintenant, tu sèches tes larmes et on va s'éclater jusqu'au petit matin.

Je m'assieds et lui obéis. Gabriel se lève à son tour et remue la queue, content que j'aille mieux. Je dépose un baiser sur son front poilu et je sors de ma chambre avec les filles. Nous descendons pour profiter enfin de la fête.

Nous sommes assis dehors, dans l'herbe, contemplant les étoiles. Nous avons dansé, joué à des jeux d'alcool puis parlé de tout et de rien. J'ai croisé quelques fois Dean en présence de Lisa mais je ne lui ai pas adressé un seul regard.

Ça fait un certain moment que nous admirons les constellations mais les filles commencent à s'ennuyer, je le sens car elles n'arrêtent pas de gesticuler.

- Ça vous dit de retourner danser ? propose Meg.

Je n'ai aucune envie de bouger, en plus, je ne sais pas très bien danser.

- Grave ! répond Charlie.

Elles se tournent vers moi, attendant ma réponse.

- Et toi, Cas' ?

- Je préfère rester là, admetté-je, mais allez-y ça ne me dérange pas.

- Tu es sûr ? insistent-elles.

- Oui, allez-y !

- Si tu t'ennuies, tu sais où nous trouver.

Puis elles partent, me laissant seul. Je les regarde s'éloigner et m'allonge dans l'herbe légèrement mouillée par la rosée. J'ai besoin d'être seul de toute façon. J'examine chaque étoile avec attention en m'amusant à trouver certaines constellations. Mais avec la pollution lumineuse, je n'en trouve seulement quelques unes. J'entends des pas s'approcher de moi, cela doit sûrement être une des filles qui a oublié quelque chose.

- Je m'en doutais que j'allais te trouver ici, à contempler les étoiles.

Je me redresse brusquement en reconnaissant cette voix familière. Dean s'assied à mes côtés. Je ne lui réponds pas et ne lui adresse même pas un regard continuant à admirer le ciel.

- J'ai réussi à m'enfuir de Lisa, elle me lâche pas d'un poil.

- Pourquoi tu ne le lui dis pas ? dis-je plus sèchement que voulu.

Je sens son regard se poser sur moi.

- Qu'est-ce qu'il y a ? Tu me fais la gueule ?

- Non, mens-je toujours sans le regarder.

Il fait un rictus.

- Ça se voit que tu mens. C'est à cause du gage ?

- Non, ça c'était...

Je ne trouve pas le bon terme sans être trop explicite.

- Cool ? propose Dean.

- Oui, c'est ça, cool.

Un silence parcourt l'atmosphère. Je baisse enfin mon regard vers Dean alors que celui-ci regarde les étoiles.

- J'ai une question à te poser, annoncé-je.

- Vas-y !

Il me sourit, de son sourire merveilleux.

- Est-ce que tu es amoureux de Lisa ?

Il rit.

- Tu crois vraiment que je suis amoureux d'elle ?

Je hausse les épaules avant de diriger mon regard de nouveau vers le ciel.

- Pourquoi sors-tu avec elle, alors ?

- Je sais pas, avoue-t-il, Elle est plutôt belle.

Je hausse un sourcil.

- C'est tout ?

- Bah ouais, il m'en faut pas plus. C'est une petite prétentieuse mais elle est belle. Pourquoi, tu es amoureux de Meg, toi ?

Je ne réponds pas tout de suite.

- C'est différent.

- Ah bon, en quoi ?

Je pousse un soupir. Pourquoi devrais-je mentir ?

- C'est pour rendre une personne en particulier jalouse.

- Et après, tu me fait la moral, ajoute-t-il tout en souriant.

- Oui mais contrairement à toi, Meg est au courant, expliqué-je, elle joue le jeu aussi.

- Oh ! Je ne te pensais pas comme ça. Et ça marche ?

Je soupire.

- Je crains que non...

Il ne dit plus rien et nous regardons tous deux les astres.

- J'ai un truc à te montrer ! déclare-t-il, Suis-moi.

Il se lève d'un bond, tout excité.

- Allez viens ! s'impatiente-t-il.

Je me lève et il se met déjà à marcher.

- Dean, attends-moi !

- Magne-toi !

Je lui emboîte le pas avec difficulté. Il pénètre dans la maison et je fais de même. Il se fraye un chemin puis il disparaît de mon champ visuel. Qu'est- ce qu'il lui prend ?

- Dean ! Appelé-je à travers la musique bruyante.

Il apparaît soudain de nulle part et m'attrape le poignet puis me tire pour le suivre. On arrive devant la porte d'entrée et il m'entraîne dehors.

- Où m'emmènes-tu ? interrogé-je.

- Fais-moi confiance !

Je pourrais le suivre les yeux fermés mais c'est la curiosité qui parle. J'arrête de lui poser des questions et me contente de le suivre. Nous quittons ma maison et marchons jusqu'à la sienne.

- Je crois que tu peux me lâcher le poignet, je ne vais pas me perdre.

- Ah oui, désolé, s'excuse-t-il avant de me lâcher en montrant sa gêne en passant sa main sur sa nuque.

Nous sommes arrivés devant chez lui.

- Attends-moi là, j'arrive !

Puis il disparaît dans la maison. Qu'est-ce qu'il fait ? Je lui obéis, attendant seul dans la nuit. Quelques minutes après, le garage s'ouvre et Dean en sort.

- Tu viens ! m'ordonne-t-il.

Je m'approche et Dean fait le tour pour aller du côté conducteur de la voiture.

- Où m'emmènes-tu ? réitéré-je.

- Tu verras. Allez monte !

- Mais tu es en état de conduire ? Je veux dire, tu n'as pas trop bu ?

Il ouvre sa portière et me regarde, impatient.

- Je ne mettrai jamais ta vie en danger, maintenant monte !

Je cède et me dirige vers la voiture. J'ouvre la portière côté passager et m'installe. Je mets tout de même ma ceinture. Dean démarre la voiture et commence à rouler. Un silence envahit le véhicule.

- Tu m'emmènes loin ? demandé-je au bout de quelques minutes.

- Fais-moi confiance !

Je l'admire et le laisse m'emmener où il le désir. Il allume le poste radio et insère une cassette soigneusement choisie.

- Écoute ça Cas', c'est de la vrai musique !

C'est évidemment du rock. Ce type de musique n'est pas vraiment mon style mais je ne relève pas, contemplant Dean chanter et taper le volant au rythme de la chanson. Cela me fait sourire. Je regarde le paysage défiler. Les lampadaires éclairent par intermittences notre chemin. Puis, leur présence diminue jusqu'à laisser place à la noirceur de la nuit. Je ne vois plus le moindre immeuble à travers la fenêtre, seuls des arbres illuminés par les phares de la voiture s'offrent à ma vue. Je regarde alors Dean qui semble serein. Son visage légèrement fermé et son expression concentrée me rassurent. Il sait où il se dirige. Je ne dois que lui faire confiance et le laisser me guider. Il s'engage alors hors de la route principale et s'aventure sur un petit chemin au milieu des arbres. Malgré mes dires, je commence à m'inquiéter mais ne prononce mot. Puis, il s'arrête au bout du sentier, coupe le moteur et sort de la voiture. Je me demande ce qu'il fait et je finis par sortir à mon tour. Nous sommes près d'une falaise.

- Regarde !

J'admire les alentours. Je n'en crois pas mes yeux, nous avons vue sur toute la ville.

- Et c'est pas fini, regarde le ciel, m'informe-t-il en montant sur le capot de l'impala.

Je lève la tête et j'ai le souffle coupé. C'est juste... Fabuleux. Je distingue toutes les étoiles sans exception. Dean me fait signe de monter à côté de lui.

- C'est magnifique ! déclaré-je, émerveillé. - Je sais, dit-il simplement.

Nous restons là, à admirer les étoiles. Profitant du silence accordé par la nature. Pourtant, une pensée me chiffonne.

- Les filles doivent adorer cet endroit, déclaré-je.

Dean me regarde interloqué.

- Quelles filles ?

- Celles que tu veux conquérir.

Il se met à rire.

- Je n'ai jamais emmener quelqu'un ici.

Vraiment ?! Je suis le premier ?

- Pourquoi moi ? est la seule interrogation me venant à l'esprit.

Il réfléchit un temps.

- Je sais pas... J'avais envie de partager cet endroit avec toi car tu comptes beaucoup pour moi et puis c'est ton anniversaire !

Je suis submergé de bonheur.

- Tu veux toujours savoir pourquoi je n'étais pas là aujourd'hui ?

Je hoche la tête.

- Je suis allé voir la tombe de ma mère à Lawrence dans le Kansas...

C'est donc cela... Je comprends sa tristesse.

- As-tu envie d'en parler ?

Je ne veux pas paraître déplacé.

- Tu veux savoir comment elle est morte ?

- Cela m'aiderai à te comprendre d'avantage.

Il prend une grande inspiration. Cela doit être une histoire dure à raconter.

- Elle est morte quand j'avais 4 ans. C'était un soir tout à fait banal, et comme chaque soir, ma mère est venue me border. Elle m'a raconté l'histoire que j'adorais tant, allongée à mes côtés en me caressant les cheveux. Lorsqu'elle eut fini, elle m'embrassa puis éteignit la lumière pour que je m'endorme. J'ignorais que c'était la dernière fois que je la voyais. Mon père quand à lui, était dans le salon au rez-de-chaussé en train de regarder la télé comme à son habitude. Sammy, lui, n'avait que 6 mois et il dormait dans la pièce au fond du couloir. La chambre de mes parents se trouvait juste en face de celle de Sammy. Au milieu de la nuit, je me suis réveillé à cause d'une odeur étrange que je connaissais seulement que quand mon père faisait la cuisine: une odeur de brûlé. Je n'y est pas prêté attention et j'ai essayé de me rendormir. Puis, quelques minutes après, j'ai entendu des cris, ceux de ma mère appelant mon père. J'ai décidé de me lever et j'ai ouvert ma porte. Une fumée noire avait envahi le couloir, je me rappelle de la chaleur étouffante et de la fumée qui me brûlait les poumons. J'ai aperçu mon père monter les marches en courant et devant cette scène, foncer dans la fumée noire sans réfléchir. Je suis resté près de ma chambre, attendant que mon père revienne avec Sammy et ma mère. Mais malheureusement, il n'est réapparu seulement qu'avec Sammy dans ses bras. Il me l'a confié et m'a ordonné : « Cours le plus vite possible dehors ». Je lui ai obéi et j'ai couru aussi rapidement que je le pouvais et, une fois arrivé dehors, j'ai continué à courir. Mais la tentation de me retourner était trop grande donc je l'ai fait et j'ai vu la chambre de Sammy en flammes. J'en fus choqué et je n'ai plus fait le moindre mouvement puis, mon père est sorti de la maison et m'a attrapé au passage pour m'emmener au plus loin de la maison et des flammes. La chambre de Sammy explosa et j'ai compris à cet instant précis que je ne reverrai plus jamais ma mère...

Dean tremble et résiste contre l'envie de pleurer.

- Qu'est-ce qu'il est arrivé à ta mère ?

- J'ai appris plus tard que l'incendie s'est déclaré dans la chambre de Sammy à cause d'un problème d'électricité et ma mère s'est précipitée dedans pour sauver Sammy mais la seule issue possible s'est condamnée juste après son arrivée dans la chambre. Elle était donc coincée et dans l'impossibilité de sortir. Heureusement, il y avait un trou assez grand pour que Sammy puisse passer afin qu'elle le remette à mon père.

Son histoire est horrible. J'ai envie de le prendre dans mes bras pour le consoler mais je me retiens.

- Je suis terriblement navré...

Je sais que ces quelques mots ne vont pas soulager sa peine.

- Cela fait 12 ans qu'elle est morte et plus les années passent, plus c'est dur de vivre sans elle. J'essaye de m'accrocher aux souvenirs mais en grandissant, ils disparaissent petit à petit. J'ai peur de l'oublier Cas' ! Peur d'oublier son visage, ses gestes, sa manière de parler, son odeur. J'ai peur de tout oublier et que lorsque je fermerai les yeux, je n'apercevrai qu'un visage flou, sans caractéristiques. Quand j'étais petit, je la voyais partout maintenant je ne la vois nulle part...

- Dean, arrête de te faire du mal ! Tu ne l'oublieras jamais car c'est ta mère et qu'elle est dans ton coeur. Peut-être que son visage s'efface mais son esprit sera toujours avec toi et elle ne te quittera jamais. Et lorsque ton jour sera venu, tu la reconnaîtra parmi tout ses âmes et tu sauras que c'est elle ta mère car vos deux coeurs sont liés pour toujours. Donc, s'il-te-plaît, arrête de te faire du mal ! Arrête de t'en vouloir ! Tu n'y es pour rien...

- Mais j'ai rien fait pour lui venir en aide, si je m'étais levé pour voir qu'elle était cette odeur, peut-être que ma mère serait toujours en vie...

- Dean ne t'en veux pas. Tu n'avais que 4 ans ! Il faut déjà un courage fou pour se lever lorsque ta mère crie et non pas se cacher dans ta couette. Tu ne savais même pas ce que c'était un incendie. Tu n'y es pour rien...

Il sait que j'ai raison. C'est donc ça son mal être qui le ronge. Il se sent coupable de la mort de sa mère. Je comprends sa souffrance.

- Je ne t'ai jamais posé la question mais, qu'est-ce qu'il s'est passé avec ton père ? Et aussi, pourquoi ta mère n'a pas le même nom que toi ? Elle m'a dit que c'était à toi de m'en parler mais j'ai jamais osé te demander.

C'est à mon tour de raconter mon passé, un simple retour des choses.

- C'est une longue histoire... Pour commencer, ma mère que tu connais n'est pas ma mère biologique mais ma tante. Ma vraie mère est morte juste après m'avoir mis au monde. Ma tante m'a dit qu'elle était tellement heureuse d'être enceinte de moi, que je peux encore ressentir son amour qu'elle m'a apporté durant ses neuf mois de grossesse. Je sais, ça peut paraître étrange mais c'est vrai. Mon père, quand à lui, était aussi heureux à l'idée d'être père mais après l'accouchement, il n'a pas supporté de vivre avec l'assassin de sa femme. Je suis tout de même resté environ cinq ans avec lui mais il me battait régulièrement. Quand à ma tante, lorsque j'avais cinq ans, elle a perdu son mari et sa fille de six ans dans un accident de voiture. Elle n'a jamais vraiment su ce qu'il leur était arrivés. Après cet accident horrible, mon père a vu une opportunité de se débarrasser de moi et m'a abandonné chez ma tante. Depuis je ne l'ai plus jamais revu. Nous nous sommes donc soutenus tous les deux, d'où notre forte relation. J'ai donc commencé l'école à l'âge de six ans mais comme tu peux le voir, je me suis bien rattrapé.

Je lui adresse un sourire peiné, la douleur m'accablant au fur et à mesure de l'histoire.

- Il n'y a pas un jour où je ne m'excuse pas de l'avoir tué même si c'était involontairement. D'après ma tante, c'était une femme aimante, toujours le coeur sur la main. Parfois, j'ai la sensation qu'elle est toujours là, à mes côtés, me soutenant quand je ne vais pas bien. C'est elle également qui a choisi mon prénom. Castiel ! Ce prénom signifie l'ange du jeudi, car pour elle, j'étais un ange tombé des cieux. Je crois qu'elle s'est trompée.

Dean m'adresse un sourire rassurant.

- Je ne pense pas. Je crois que ta mère a raison, tu es tombé des cieux pour donner du bonheur au gens. Tu es comme un ange gardien veillant sur tout le monde.

Si seulement il avait raison.

- Tout le monde n'est pas de ton avis. D'où mes marques aux poignets. Dans mon ancien lycée, j'étais le souffre douleur de tout le monde mais surtout d'un groupe d'élèves en particulier. J'ai beaucoup subi, Dean. Je crois même que j'ai tout subi et pendant longtemps. Et tu sais pourquoi ? Parce que j'étais simplement différent d'eux. Parce que j'étais moi-même. Jusqu'au jour où je suis arrivé chez moi en sang. Ils s'étaient amusés à me tabasser jusqu'à ce que je ne peuvent même plus bouger d'un centimètre sans avoir l'impression que je meurs sur place. Alors en rentrant chez moi j'ai voulu soulager ma peine. Je voulais que tout cela se termine : les moqueries, les insultes, les rumeurs... Je ne voulais plus jamais souffrir, plus jamais rien ressentir. Alors, j'ai été dans ma salle de bain, j'ai pris une lame de rasoir que j'avais cachée au cas où je n'en peux plus et je me suis entaillé les poignets. Je voyais mon sang couler le long de mes bras et je me sentais bien, je souriais même. J'allais enfin connaître la paix, celle dont j'avais tant rêvée. Puis j'ai senti mon corps s'alourdir, et je me suis effondré, toujours en regardant mon sang quitter mon corps comme mon âme. Mais heureusement ma tante était rentré plus tôt et c'est elle qui m'a retrouvé, allongé dans la salle de bain avec le sol imbibé de sang. J'ai bien failli mourir mais j'ai lutté pour ma tante qui avait déjà connu trop de souffrance. Voilà la véritable raison de mon arrivée ici. Ma tante s'est fait muter pour que je m'en remette. Elle a même voulu que je fasse école à domicile mais je savais que si je ne revenais pas à l'école maintenant, je n'y serais jamais retourné. Puis, je t'ai rencontré et je me suis fait des amis, donc tout va mieux !

Je lui souris, d'un sourire forcé. Et je sais qu'au fond de moi la plaie est encore ouverte. Mais je le regarde et je n'ai plus peur du futur ni du passé car tout ce qui compte en cet instant est le présent. Il réussit à chasser mes peurs, mes angoisses et je comprends que c'est lui qui me faut. Il a une force en lui qui m'apaise, qui m'éveille, à ses côtés je n'aurai aucunement peur de mourir ainsi que de vivre. Cela fait tellement longtemps que j'ai pu ressentir cette envie de continuer, d'avancer ! Il réussit à animer en moi une personne que je pensais perdue à tout jamais, une personne qui n'a peur de rien ni de personne. La seule chose qui m'effraie en cet instant, c'est de le perdre à tout jamais. Il faut que je lui dise ce que je ressens pour lui. J'en ai besoin.

- Dean, cela fait longtemps que j'aurais dû te le dire mais j'avais peur... peur que tout change entre nous, peur que tu me repousses mais maintenant quoi que tu me dises, ce que je ressens est la vérité et rien ne pourra la changer donc Dean...

J'ancre mes yeux dans les siens, je veux voir sa réaction.

- Je t'aime.

Dean ne réagit pas, il me regarde simplement dans les yeux et je n'arrive à déchiffrer ce qu'il ressent. Je baisse alors mon regard, retenant mon envie de pleurer face à l'attente. Mais une larme perle sur ma joue sans que je ne puisse la retenir. Je me sens faible, sans défense ne sachant que faire à présent. Je perds tout espoir quand je sens une main chaude se poser sur mon visage séchant la larme perlant sur ma joue. Il veut s'excuser. S'excuser de ne pas pouvoir répondre à mes sentiments. Je lève la tête pour lui dire d'arrêter, et les lèvres de Dean se posent sur les miennes sans que je ne puisse réagir. Mon coeur se met à battre plus vite et plus fort. Je ferme les yeux pour savourer davantage ce baiser, j'ai peur qu'il soit furtif. Je passe ma main dans ses cheveux, geste dont j'ai tant rêvé, et entrouvre la bouche laissant libre cours à Dean. Il introduit sa langue chaude et humide et je savoure enfin le goût de sa bouche. Dean m'allonge sur le pare brise de sa chère impala et je sens une main fraîche se balader sous mon tee-shirt qui me fait frissonner. J'en veux plus, je veux sentir sa peau contre la mienne. J'enlève doucement son tee-shirt pour ne pas le mettre mal à l'aise et contre toute attente, il se laisse faire. Nos lèvres se séparent afin que Dean enlève son tee-shirt entièrement, et juste avant qu'il ne revienne m'embrasser, j'aperçois ses yeux vert émeraude que j'aime tant. Je caresse son dos, enfin découvert, sentant sa chaleur aux creux de mes mains. Cependant, d'un seul coup, Dean s'arrête et recule ses lèvres à quelques centimètres des miennes.

- Dean... soufflé-je, étant le seul mot que je puisse prononcer.

Je sens son souffle sur mon visage mais il ne bouge plus. J'ouvre les yeux et vois ses yeux émeraude me fixer sans réaction. Il reste stoïque comme pétrifié. Je dépose ma main dans ses cheveux et la descends jusqu'à sa joue puis élève ma tête pour l'embrasser de nouveau mais il se dégage de mon emprise et se lève.

- On rentre, déclare-il d'un ton sec en remettant son tee-shirt. Je reste statufié par ce qui se déroule devant mes yeux.

Cela fait plusieurs minutes que le silence règne dans l'impala. Je suis toujours en incompréhension. Dean ne m'a pas décroché un mot depuis tout à l'heure. Je le regarde de temps à autres mais il n'exprime rien. Aucune émotion ne se dégage de son corps. J'ai une boule au ventre et les larmes commencent à monter à la commissure de mes yeux. Je n'ai pas envie de me disputer avec Dean mais j'en n'ai marre d'être d'en l'incompréhension. Je décale ma main et la pose sur sa cuisse mais il la dégage aussitôt sans dire un mot.

- Bon Dean, c'est quoi le problème ? m'exclamé-je enfin. J'ai fait un truc qu'il fallait pas ? J'ai mal embrassé ? Explique-moi parce que je ne comprends pas...

Dean reste muet comme une tombe et je sens la colère monter en moi. - Dean, répond-moi !

- C'est pas toi, fit-il d'un ton monotone.

J'attends plus d'explications qui ne viennent pas.

- C'est quoi alors ? Mais explique moi, nom de Dieu !

- Ne t'énerve pas.

- Tu me demandes de ne pas m'énerver alors que tu ne veux même pas me donner d'explications ? Tu te fous de moi ?!

Dean ne répond pas et reste fixer sur la route. J'ai envie de le prendre par les bras et le secouer de toutes mes forces mais la seule chose qui me submerge sont mes larmes. Nous arrivons en la ville et je réussis à me repérer.

- Arrête-toi... dis-je la gorge serrée.

- Quoi ?

- Arrête-toi ! ordonné-je plus fort.

- Ne sois pas ridicule, je ne vais pas te laisser là.

Je détache ma ceinture et commence à ouvrir la portière.

- Hey ! s'exclame Dean avant de garer la voiture en urgence.

J'ouvre la portière en grand et commence à sortir de la voiture.

- Cas', ne pars pas !

- Alors donne-moi une explication à ton comportement.

Dean me regarde, ne prononçant aucun mot.

- J'en étais sûr !

Je claque la portière de toute mes forces.

- Cas', attend !

Je marche sans lui prêter aucune attention. J'ai envie qu'il me rattrape en me disant qu'il m'aime mais au lieu de ça, il part, me laissant seul. J'ai envie de pleurer. D'extérioriser tout ce que je ressens; la tristesse, la colère, la douleur mais surtout le désespoir. Je n'arrive plus à réfléchir ni à faire quoi que ce soit à part pleurer et me perdre dans mes émotions. Ma souffrance est grande et mon chagrin m'emporte. Je n'arrive pas à penser à autre chose que Dean. J'ai l'impression d'avoir un replay de tous les moments passés avec lui ou plutôt son visage sous différentes coutures. Du premier jour où je l'ai rencontré jusqu'à ce soir. Ses yeux dans les miens, le goût de ses lèvres, la chaleur de son corps et le bruit de nos coeurs qui s'emballent.