CHAPITRE 22 : Castiel
La sonnerie signale la fin des cours. Je sors de la salle accompagné par les filles. Il faut que je prenne des manuels dans mon casier avant de rentrer chez moi. Charlie décide de me faire part de sa compagnie. Je salue les autres filles, puis, nous nous dirigeons vers mon casier.
- Comment tu te sens ?
- Ça va, répondis-je en lui souriant.
En réalité, je ne vais pas bien du tout. Je n'arrête pas de ressasser ce qu'il s'est passé avec Dean durant la soirée. Le gage, les confidences et le baiser. Je me pose mille questions pour lesquelles je ne trouverai jamais la réponse. Toutes ses questions que je n'ai pas cessées de me demander durant toute la journée. Je suis fatigué.
J'ouvre mon casier et attrape les manuels dont j'ai besoin. Une feuille coincée dans un de mes manuels attire mon attention. Je tire dessus et découvre un « Joyeux anniversaire, Cas' ! » écrit en gros sur la feuille. Je connais l'écriture, c'est sans aucun doute celle de Dean. Je regarde alors le manuel, c'est celui de mathématiques. Il l'a surement mis dedans pour que je le trouve vendredi, avant ma fête, lorsqu'il n'était pas présent. Manque de chance, nous n'avons pas eu besoin du manuel. Je souris malgré la tristesse qui m'envahit. Je glisse le mot et les manuels dans mon sac et ferme celui-ci.
Charlie me fait une tape sur l'épaule et me fait signe de me retourner. J'aperçois Benny et Garth venir à moi. Je ferme mon casier et mets mon sac sur mon dos. Ils approchent timidement, ce qui ne leur ressemble pas.
- Salut Cas' ! s'exclame Garth, embarrassé.
- Hello !
Ils semblent gênés. Ils se regardent entre eux incitant l'autre à prendre la parole. Benny finit par céder.
- On voulait savoir pourquoi tu ne parles plus à Dean ?
- On a demandé à Dean mais il n'a pas voulu répondre, ajoute Garth, et il s'est énervé lorsqu'on a parlé du gage de vendredi soir.
Que répondre à cela ? Je ne vais pas leur dire la vérité mais je n'ai pas envie non plus de mentir.
- Ce n'est pas à cause du gage, dis-je simplement. Ils attendent que je renchérisse mais ne le fait pas.
- C'est à cause de quoi, alors ? demande impatiemment Benny.
Je soupire. Je m'apprête à répondre mais Charlie le fait à ma place.
- C'est parce que Dean lui a explicitement dit qu'il ne valait rien.
Elle ment à ma place et je l'en remercie.
- Ah bon ?
- Oui et j'attends que ça soit Dean qui vienne s'excuser, expliqué-je avant d'avoir d'autre question, au fait, vous savez pourquoi il n'était pas là cette après-midi ?
Benny regarde Garth n'étant pas sûr s'ils peuvent me dire la vérité mais Garth ne remarque rien.
- Ouais, c'est parce qu'il a couché avec Lisa, avoue-t-il, et lui qui disait il y a quelques jours qu'elle l'énervait, maintenant il la lâche plus.
Mon visage se décompose. Je suis médusé. Comment a-t-il pu ? Pourquoi... Je n'arrive plus à avoir de pensées logiques. Je les imagine seulement en train de se donner du plaisir. Je comprends vraiment plus rien.
Je sens le regard insistant de Benny et décide de partir, les abandonnant.
Pourquoi m'a-t-il embrassé si c'est pour coucher avec Lisa après ? Pourquoi il m'a laissé croire qu'il ressentait la même chose que je ressens à son égard ? J'en peux plus.
- Cas' attends-moi ! crie Charlie en me courant après.
Je suis épuisé. Mon corps s'alourdit et je ne vois plus que du noir.
Je me réveille dans une pièce que je ne connais pas. Ce n'est ni ma chambre ni un hôpital. Je me redresse mais ma tête me fait extrêmement mal.
- Cas', comment tu te sens ?
Je me tourne et perçois Charlie à côté de mon lit, inquiète.
- J'ai juste un peu mal à la tête, la rassuré-je, qu'est-ce qu'il s'est passé ? Je me souviens seulement que j'étais fatigué.
- Tu as fait un malaise et ta tête s'est cognée violemment au sol, tu m'as fait peur. Je t'ai emmené à l'infirmerie du lycée.
Je comprends mieux mon mal de tête. Je commence à me relever mais elle m'en empêche.
- Reste assis, je vais aller chercher l'infirmière.
Puis, elle s'évapore. Je lui obéis et reste sur le lit à attendre. L'infirmière fait irruption dans la pièce.
- Comment vas-tu ?
- Mieux, je peux partir ? demandé-je en commençant à me lever.
Elle me fait signe de me rassoir et s'assied sur la chaise qu'occupait
Charlie quelques minutes plutôt.
- J'ai quelques questions à te poser.
Je n'ai donc pas le choix que d'y répondre.
- Comment va ta tête ?
- Elle me fait un peu mal mais ça va.
Elle examine rapidement ma blessure, puis, se rassied sur la chaise. Je perçois dans son regard que mon mal de tête n'est pas sa préoccupation principale. Je fronce les sourcils et penche légèrement ma tête, attendant qu'elle décide de me dire ce qui la tracasse.
- J'ai décelé une grande fatigue, j'en conclue que tu n'as pas beaucoup dormi ces derniers temps.
Je baisse la tête comme pris en flagrant délit.
- Je peux savoir pourquoi ?
Je n'ai pas envie de lui faire part de mes problèmes.
- C'est familial ? m'interroge-t-elle en voyant que je ne compte pas répondre à sa première question.
- Non, tout va bien du côté de ma famille. C'est vrai que je n'ai presque pas dormi ce week-end mais je vous assure que je vais bien.
Je lui souris mais cela ne semble pas la convaincre.
- J'ai lu tes antécédents Castiel, je sais que tu as déjà essayé de mettre fin à ta vie pour cause de harcèlement mais sache que si cela recommence dans ce lycée, il faut que tu m'en parles.
J'ai oublié que ce passage de ma vie allait être décortiqué par tous les médecins et infirmiers que je vais croiser.
- Vous vous méprenez, j'apprécie votre geste mais vous ne pouvez rien faire car c'est une cause sentimentale.
Elle est surprise.
- Oh, je comprends, elle marque une pause, si tu as besoin d'en parler je suis là pour t'écouter.
Je lui souris.
- Ne vous inquiétez pas, j'ai des personnes sur qui compter notamment celle qui attend à la porte.
Cette fois-ci, je me lève et attrape mes affaires.
- Je peux partir ? demandé-je déjà prêt à empoigner la porte.
L'infirmière hoche la tête et je disparais de la pièce. Charlie m'attends, assise par terre dans le couloir. Lorsqu'elle m'aperçoit, elle se lève et se rue vers moi.
- Tu vas bien ? Qu'a dit l'infirmière ? Tu vas pas refaire un malaise ?
Je lui souris. Elle s'inquiète trop pour moi. Je pose ma main sur son épaule pour qu'elle stoppe ses questions.
- Charlie, je vais bien c'est simplement de la fatigue mais tout va bien.
Elle me sert dans ses bras avec une sacrée poigne. Je lui rends son câlin jusqu'à ce qu'elle s'écarte.
- Bon, on rentre ?
- Ok mais je t'accompagne jusqu'à chez toi.
J'acquiesce en voyant qu'elle ne va pas céder. Nous quittons le lycée. Je prends mon vélo mais ne monte pas dessus et marche aux côtés de Charlie. Arrivés chez moi, je propose à Charlie de rester un peu à la maison et elle accepte volontiers.
- Par contre, pas un mot à ma mère pour le malaise ! Je n'ai pas envie qu'elle s'inquiète pour rien.
- Comme tu voudras, même si je pense que ce n'est pas une bonne idée.
Je n'ajoute rien et la fait monter dans ma chambre. Je m'assieds sur mon lit, épuisé par cette péripétie. Gabriel vient près de moi pour me faire un câlin. Charlie, quant à elle, s'assoit sur ma chaise de bureau.
- C'est à cause de Dean ? me questionne-t-elle soudainement.
- Quoi donc ?
Je me tourne vers elle tout en continuant de câliner Gabriel.
- Ton malaise et ta fatigue ?
Je détourne le regard.
- Je sais que tu ne vas pas bien même si t'essayes de me persuader du contraire. Tu es triste et tu souffres. Il ne faut pas que tu restes comme ça.
- Que veux-tu que je fasses ? demandé-je en élevant ma voix.
- Je veux que tu ailles voir Dean et que tu lui dises tout ce que tu ressens pour lui, explique-lui que cette situation est insupportable et que s'il ne veut pas de toi qu'il te le dise franchement parce que là tu es perdu et ce n'est pas en attendant et en ressassant ce qu'il s'est passé que tu vas aller mieux. Je suis ton amie et ça me fait du mal de te voir ainsi. Je t'en prie il faut que t'ailles lui parler, c'est que comme ça que t'iras mieux.
Je baisse le regard. Je sais qu'elle a raison mais j'ai peur. Peur que tout espoir soit à jamais envolé, peur qu'il me rejette, peur de souffrir à nouveau...
- Je vais chercher à manger, dis-je en quittant ma chambre.
Je la laisse seule pendant quelques minutes le temps d'aller chercher de quoi grignoter et boire mais aussi de reprendre pieds. Je pousse la porte de ma chambre avec un plateau dans les mains. Charlie se retourne brusquement cachant quelque chose dans son dos et me faisant un grand sourire.
- Ça va ? interrogé-je, tu as les yeux tout rouge, tu as pleuré ?
- Non, tout va bien, admet-elle tout en passant sa main sur son visage pour sécher une larme qui perlait sur sa joue.
Je penche légèrement la tête devant son changement d'attitude. Je suis sur le point de lui poser une nouvelle question lorsqu'elle me coupe brutalement la parole.
- Je te laisse, il faut que j'y aille.
Puis, elle part instantanément. Je voudrai protester mais je reste éberlué avec mon plateau dans les mains. Qu'est-ce qu'il vient de se passer ? Pourquoi est-elle partie si subitement ?
Je finis par poser le plateau sur mon bureau et mange un gâteau que j'avais disposé dans une assiette. Bon, maintenant que je suis seul, je n'ai qu'à faire mes leçons. Je m'installe sur ma chaise de bureau et attrape mon sac pour sortir les affaires dont j'ai besoin. J'ouvre mon cahier, prêt à travailler et prends mon manuel de mathématiques. Une feuille glisse de ma pile de manuels, je l'attrape juste avant qu'elle ne tombe, c'est le mot de Dean. Je l'avais oublié. Je le pose sur mon bureau, l'observant attentivement puis soupire. A-t-il vraiment couché avec Lisa ? En même temps, Benny et Garth ne vont pas me mentir, à moins qu'ils m'aient dit cela pour me tester et qu'ils voulaient simplement voir ma réaction. Il faut que je me calme. Cela ne sert à rien de ruminer, je ne vais pas trouver les réponses. Je prends la feuille et la mets au dessus de ma poubelle. Si je ne compte pas pour Dean pourquoi il compterait pour moi ? Mon cerveau me dit de la lâcher mais mon coeur me susurre le contraire. Je reste un moment à hésiter mais choisis par plier la feuille et la mettre dans mon tiroir.
Je prends mon stylo et me concentre sur les exercices que je dois effectuer.
Je suis dans mon lit, les yeux grands ouvert. Je n'arrive pas à m'endormir. Après avoir fini mes devoirs, ma mère est rentrée et nous avons parlé de tout et de rien, comme tous les soirs. J'ai envoyé un message à Charlie lui demandant si elle allait bien et pourquoi elle était partie si rapidement, elle m'a simplement répondu qu'elle devait rentrer en urgence mais que tout allait bien. Je ne suis pas convaincu. Puis, j'ai mangé et fait les choses habituelles du soir. Maintenant, me voilà sur mon lit dans le noir en train de penser à des milliers de questions et de suppositions. Je pense même à mon père. J'essaye de ne pas m'aventurer dans ces questions que je me pose depuis des années et me concentre dans ma préoccupation initiale, Dean.
Je ferme les yeux un instant et l'imagine sur mon lit à mes côtés. Son regard se confortant au mien avec son sourire narquois dessiné sur son visage. Je meurs d'envie de l'embrasser mais il fait durer le plaisir. Il s'approche lentement de mes lèvres, trop lentement à mon goût mais je contrôle mon envie pour le laisser faire. Il pose délicatement ses lèvres sur les miennes, jouant avec et finit par m'embrasser. Mon coeur s'accélère et mon souffle devient saccadé. Mon corps s'approche de celui de Dean, demandant plus. Celui-ci s'écarte pour enlever son tee-shirt toujours avec ce sourire dragueur. Il revient m'embrasser cette fois-ci plus violemment. Nos langues se mêlent ainsi que notre salive. Je caresse son dos bien dessiné et je sens la chaleur monter. Nos deux torse nus se frottent et mon bassin se lève pour rester en contact permanent avec celui de Dean. Nos corps ondulent de plaisir. Dean quitte mes lèvres pour m'embrasser le cou et descend sur mes pectoraux, mes abdos, mon bas ventre et...
J'ouvre les yeux subitement sentant une réaction anormal dans mon caleçon. Je suis évidemment seul dans ma chambre. Je me concentre sur ma respiration pour calmer mon rythme cardiaque. Je jette un coup d'oeil vers mon entre jambes. J'ai une érection...
*
J'ai réussi à m'endormir après ce moment imprévu. C'est la première fois que je fantasme sur une personne et la sensation est étrange. J'en ai parlé à Charlie et elle m'a expliqué, après avoir longuement rigolé, que c'était complètement normal. Une réaction naturelle de mon corps. Je suis tout de même gêné d'avoir imaginé une telle chose avec Dean. Le pire est que le ressenti était fort, et presque réel. C'était une expérience nouvelle.
Avant d'aller en cours, j'ai aperçu Dean en compagnie de Lisa. C'est vrai qu'ils ont l'air très proches et complices. Cela me blesse.
Maintenant, je l'observe dans la classe. Il est avec ses vrais amis et ne semble pas souffrir. Il paraît même épanoui. J'essaye de toutes mes forces de ne pas songer à lui mais cela est au dessus de mes moyens. Je l'aime malgré la souffrance qu'il me procure.
