CHAPITRE 23 : Dean
- Au fait, on sait pourquoi tu t'es disputé avec Cas'.
Le stress monte en moi et mon coeur s'accélère. J'ai un coup de chaud.
- Ouais, et je trouve cela un peu débile, ajoute Benny.
Les mots ont peine à sortir à cause de ma gorge sèche.
- Et je peux savoir la raison ? demandé-je innocemment.
- Bah à cause de ce que tu lui as dit qu'il n'était rien.
Je respire de nouveau normalement. Ils ne savent pas la vrai raison. Je soupire de soulagement.
- Tu devrais aller t'excuser, m'informe Benny, c'est ce qu'il attend de toi.
Je n'en doute pas.
- Et il nous a demandés pourquoi tu n'étais pas là hier après-midi. Un nouveau coup de stress m'envahit.
- Et vous avez dit quoi ?
Ils me dévisagent.
- Bah la vérité, que tu as couché avec Lisa.
Oh putain ! Je passe ma main sur mon visage. Pourquoi ils ont-dit ça ?!
- Il a réagi comment ? interrogé-je soucieux.
Garth fronce les sourcils.
- Bizarrement. Il est resté bouche-bée et il est devenu tout blanc puis, il est parti en courant et il s'est effondré au sol.
- Quoi ?!
- Il a fait un malaise, il paraît. Je n'ai pas compris sa réaction.
- Moi je comprends, chuchoté-je pour moi même.
Je les abandonne pour me diriger vers mon casier. Qu'est-ce qu'ils sont cons ces deux là ! J'ouvre mon casier et une feuille en tombe. Je la ramasse et l'examine. C'est pas à moi ça. Je tourne la feuille et découvre écrit « Pour toi, Dean ». C'est étrange. J'ouvre la feuille et je reconnais l'écriture de Castiel.
- Tu fais quoi ?
Je cache brusquement la feuille dans ma poche et me tourne découvrant Lisa, le sourire aux lèvres.
- Rien du tout, mens-je en fermant mon casier.
Elle m'embrasse et m'entraîne avec elle. Je reste intrigué par cette lettre venant de Castiel.
C'est enfin la fin des cours ! Durant toute l'après-midi je n'ai pas cessé de penser à ce bout de papier froissé dans ma poche. J'ai hâte de le lire, mais j'appréhende en même temps. Je sors de la classe rapidement et me faufile pour sortir du lycée au plus vite. Je suis à seulement quelques mètres de la porte lorsque quelqu'un me retient le bras. Mais c'est pas possible ! Je me tourne agacé et perçois Lisa.
- Ça te dit de venir chez moi ?
Elle se mordille la lèvre inférieure. Je sais ce que tu as en tête toi. La proposition me branche mais la curiosité pour cette lettre est plus forte. C'est étrange à dire.
- Désolé, je ne peux pas, refusé-je, je dois m'occuper de mon petit frère mais peut-être une autre fois.
Elle est déçue mais ne semble pas m'en vouloir. Je l'embrasse avant de m'évader de cette prison. Je crois que c'est la première fois que je refuse ce genre de proposition. Je suis, maintenant, sur le parking. J'enjambe ma moto et roule jusqu'à chez moi.
Arrivé dans l'allée, je me gare, rentre dans la maison, salue Sammy et va dans ma chambre. Enfin seul ! Je ferme la porte de ma chambre pour être tranquille et m'assieds sur mon lit. Je sors de ma poche la feuille chiffonnée et maintenant j'hésite. Est-ce que je suis sûr de vouloir savoir ce que Cas' pense de moi après ce que je lui ai fait ? J'essaye de la défroisser et ouvre la feuille. C'est sans aucun doute son écriture avec les lettres légèrement penchées. Je passe mon doigt sur les endroits où le papier est gondolé sûrement à cause des larmes qu'il a versées. Je sens mon cœur se serrer lorsque je commence la lecture.
« Cher Dean,
C'est la première fois de ma vie que je me retrouve assis à écrire une lettre... Qui, de plus, est une lettre pour un homme... Un homme que j'aime en silence... Je ne sais pas si je vais réussir à transmettre mes sentiments, la douleur que je ressens, mais je vais essayer pour que tu vois à quel point je souffre...
Un jour, où je ne croyais plus en l'amour, où je pensais renoncer au bonheur pour toujours, tu as surgi sur mon chemin... Il a suffi te bousculer et croiser ton regard pour que des sentiments inconnus surgissent en moi... Des sentiments que je ne comprenais pas... Des sentiments que je ressentais à ton égard... Et j'ai compris bien assez tôt que c'était cela que l'on appelle l'amour... Je t'ai aimé dès le premier regard, Dean... Lorsque ton regard si profond a pénétré mon âme, que tes yeux émeraudes ont changé toute ma vie... Puis, tu m'as appris que j'étais quelqu'un... Quelqu'un de bien... Tu m'as aidé à oublier les blessures, les déceptions, les maux que j'ai endurés dans le passé... Tu m'as protégé comme un frère... Tu m'as redonné l'envie de vivre... Lorsque j'étais à tes côtés je pensais que tout été possible et maintenant je ne sais plus quoi penser... J'ai essayé de te chasser de mon esprit mais partout où je vais, je ne pense qu'à toi, et pourtant tu ignores combien je suis anéanti...
Tu as fui comme un lâche devant tes propres sentiments tout ça parce que tu as peur de la vérité... La vérité sur ta sexualité... Tu as peur que tout le monde te regarde et te juge parce que tu es bisexuel... Dean Winchester a trop de fierté pour assumer... PUTAIN DE FIERTÉ ! Car le Dean que tout le monde connaît ne pourrait jamais aimé un homme, non jamais, parce qu'il est brave, confiant et fort... Enfin c'est ce que tout le monde croit, mais ce soir-là, tu m'as montré une facette de toi que tout le monde ignore... La partie sensible... Tu m'as montré à quel point tu souffres de la mort de ta mère, que tu ferais n'importe quoi pour ton petit frère et que ton père n'est jamais présent dans les moments où tu as le plus besoin de lui... Ce soir-là, tu m'as montré que tu n'es pas aussi fort que tu veux le laisser croire... Que tu souffres... Mais tu ne craques pas pour ta mère, ton frère, tes amis... et même pour toi, car tu ne veux pas être comme ton père, partir des jours et des jours pour fuir la vérité et dire que tout va bien alors que tout va mal...
Tu souffres mais moi aussi je souffre... Et tu m'as fait endurer comme personne ne l'a fait... Je t'ai raconté mon histoire, je t'ai accordé ma confiance, je t'ai ouvert mon coeur... Tu l'as pris et à cet instant, j'ai pensé que notre histoire allait enfin exister au grand jour mais ensuite, tu me l'as déchiré, piétiné, brisé... Dean... Tu m'as embrassé... Tu m'as laissé croire que cet amour était partagé... J'ai vu dans ton regard que tu as regretté ce geste... Ce regard qui m'a blessé, ces mots qui m'ont brisés... N'y avait-il aucun amour ? Était-ce sur le coup de l'émotion ? Ou était-ce un jeu ?
Je dois savoir, Dean... J'ai besoin de savoir... Je suis perdu...
Cas' »
Les larmes me montent aux yeux et je pleure comme une fillette. Je laisse tomber la lettre de Cas' pour mettre mon visage dans mes mains. Je suis perdu aussi, Cas'...
- Dean, je voulais te demander...
Je sursaute et me tourne brusquement avant de revenir dans ma position initiale. Ce n'est que Sammy.
- Ça va ?
Je sèche mes larmes rapidement et me lève.
- Oui, j'ai juste besoin de prendre l'air, l'informé-je sans le regarder.
Il me laisse passer sans oser protester. Je traverse le couloir et descends l'escalier précipitamment. Je sors de la maison et marche sans trop savoir où aller.
Je me sens terriblement coupable. Cas' souffre et c'est seulement de ma faute car je n'arrive pas à déterminer ce que je ressens pour lui.
Je me retrouve au terrain vague dans lequel j'ai emmené Cas'. Il n'y a plus grand monde à cette heure, seulement encore quelques parents avec leur enfant et des personnes promenant leur chien. Je m'assieds sur le même banc qu'avec Castiel et pense à cette fichue lettre.
Tout ce qu'il a marqué est vrai. Il a réussi à me comprendre. Tout ce que je sais, c'est que je me sens bien à ses côtés. Il arrive à me rendre joyeux seulement grâce à sa présence. Ces longs moments de silence que seuls nous deux peuvent comprendre. Ses yeux dont chaque regard m'apaise. Je ne peux pas le nier, nous avons un lien spécial. Un lien que je ne peux expliquer. Est-ce que c'est ça que l'on appelle l'amour ? J'en sais rien.
Je me redresse et admire le ciel qui est à présent orangé. Il faut que je rentre malgré mes pensées toujours aussi confuses.
Je suis sur le chemin du retour et passe devant la maison de Castiel.
- Je suis désolé, Cas', murmuré-je en regardant la fenêtre de sa chambre.
J'arrive devant ma maison. Une fois passé le palier de la porte d'entrée, je me déchausse et enlève ma veste. Il est l'heure que je prépare à manger. Je vais donc dans la cuisine et commence à faire le dîner. Puis, je mets la table et dépose la belle salade que j'ai préparée moi-même pour Sammy et un burger accompagné par des frites pour moi.
- Sammy, à table !
Je vérifie si je n'ai rien oublié sur la table et m'installe à ma place habituelle. Sammy arrive quelques minutes après. Je prends une bouchée du délicieux hamburger et gémit de plaisir.
- C'est trop bon, fais-je part à Sam la bouche pleine.
Contrairement à ce que je pensais, il ne fait pas sa mine dégoutée comme il le fait à chaque fois, mais il me regarde d'un air sérieux.
- Dean, faut que je te dise un truc.
- Me dis pas que tu n'aimes pas la salade que je t'ai préparée ? Je reprends une bouchée de mon burger.
- C'est pas ça Dean, j'ai lu la lettre que Cas' t'as adressé.
Je faux m'étouffer. Je comprends mieux sa mine sérieuse. J'avale ce que j'ai dans ma bouche.
- Pourquoi tu as fait ça ?! m'énervé-je.
Il baisse les yeux et je sens ma colère monter.
- Je voulais comprendre pourquoi tu ne vas pas bien et surtout ce qui a réussi à te faire pleurer.
Je me lève brusquement, faisant tomber ma chaise.
- C'est ma vie Sam, ça ne te regarde pas !
Je me tourne pour redresser la chaise.
- Je sais et je m'en excuse, mais écoute-moi !
Je m'arrête net, dos à lui pour qu'il n'aperçoive pas mes émotions.
- J'avais déjà des doutes avant même d'avoir lu la lettre, tu tiens beaucoup à lui et ça se voit. Alors laisse ton égo de côté et va lui dire ce que tu ressens pour lui.
J'aimerai tellement que ça soit aussi simple, Sammy. Le problème, c'est que je ne sais pas ce que je ressens ! Je ferme les yeux et serre les poings, en rogne contre moi-même. Je reste muet et immobile face aux propos de Sammy.
- Dean, c'est la première fois que je te vois autant heureux avec une personne. Votre relation est unique, vous vous connaissez depuis seulement quelques mois mais j'ai l'impression que cela fait des années. Vous êtes si complices et pourtant si différents. Tous les deux, vous êtes épanouis aux côtés de l'autre. Tu t'en rends compte au moins ? Et votre jeu de regard... Vous êtes comme unis par un lien invisible.
Je fait volte face et me dirige vers l'escalier.
- Tu n'avais pas le droit Sam !
*
La nuit a été agitée. Après l'engueulade avec Sammy, je me suis contenté
de fixer le plafond, allongé sur mon lit. J'ai cherché une potentielle réponse, les doigts au dessus de mon clavier de téléphone mais je n'ai trouvé aucune phrase propice. La meilleure solution reste de lui parler. J'ai donc très peu dormi en cherchant ce que je pourrais lui dire.
Le seul moment où je me suis assoupi, j'ai rêvé de ma mère. Je revois encore son visage distinctement, habillée d'une robe blanche illuminant le paysage aux alentours. Elle était magnifique. Ses cheveux longs ondulés caressés par une légère brise scintillaient d'un blond éclatant. Son visage était le même qu'il y a douze ans, ses yeux pétillants de vie, sa peau lisse sans aucune ride supplémentaire. Son sourire rayonnait sur son visage.
Je suis resté bouche bée, mon coeur palpitant dans ma poitrine. Nous sommes restés un long moment sans dire un mot, en étant incapable pour ma part. Elle ne cessait pas de sourire et je me sentais apaisé, sans aucune colère, ni crainte, j'étais... en paix. Je pleurais également, pas de tristesse mais plutôt de soulagement. Je me rappelle avoir clairement entendu sa voix douce et mélodieuse me dire : « Je t'aime, mon fils. ». Puis, je me suis réveillé en sursaut les joues mouillées, sentant cette paix encore en moi.
Maintenant, je suis aux côtés de Lisa perdu dans mes pensées. Je reviens sur terre lorsque je sens un coup de coude dans mes côtes.
- Dean, regarde.
Je regarde dans la direction de Lisa et aperçois Charlie arriver en flèche vers moi. Je m'écarte de Lisa pour aller à sa rencontre. J'ouvre la bouche pour lui demander ce qu'il se passe mais elle est plus rapide que moi.
- Dean, il faut que je te parle !
Je n'ai pas le temps de répondre qu'elle me tire le bras. Je n'ai donc pas le choix que de la suivre, car elle a une sacrée poigne.
- Tu m'emmènes où, là ? l'interrogé-je interloqué.
Elle s'arrête brusquement et se tourne vers moi.
- Je dois te parler sérieusement. Et par sérieusement j'entends parler de Cas', à moins que tu veuilles que Lisa et toute sa bande de potes entendent ce que j'ai à te dire.
- D'accord, je te suis.
- Je m'en doutais, avoue-t-elle.
Lorsqu'on se trouve dans un endroit sans personne, elle commence à déblatérer.
- Bon écoute, je ne vais pas aller par quatre chemins, je sais tout à propos de toi et Castiel. Il m'a tout expliqué dans les moindres détails, avant que tu prennes peur, je lui ai promis de ne le dire à personne et quand je fais une promesse je m'y tiens.
Je scrute les alentours.
- Mais, il est au courant que...
- Non. Il ne sait pas que je suis venue te parler. C'est pour cela que je dois faire vite. Tu es prêt ? Parce que tu vas en prendre plein la gueule. Je croise les bras, je suis prêt à encaisser.
- Je t'écoute.
Elle prend une grande goulée d'air.
- Bon, pour commencer, t'es un gros connard ! En plus d'être un lâche, un crétin, un égoïste et un bouffon. Pourquoi tu as réagi comme ça, putain ? C'est cruel ce que tu as fait ! Je sais très bien, Dean, que ce n'était pas pour « essayer » et qu'il y a des sentiments derrière mais le pire ! C'est que tu n'assumes pas. Mais Cas' il t'aime et tu le sais. Il ferait vraiment tout pour toi, il risquerait sa vie pour toi. Il prend des risques à t'aimer, il a peur et tu le sais. Si tu savais combien de fois il mentionne ton nom en un jour. Si tu savais à combien de personnes il parle de toi. Si tu savais qu'il parle de toi toute la journée. Il ment pour toi, il fait tout pour toi. Tout ça, il le fait pour toi. Tu es son monde, son univers, tout tourne autour de toi mais visiblement, toi, tu ne le vois pas. Il a toujours pardonné tous tes faux pas, il laisse passer beaucoup de choses et souffre par ta faute, mais tu ne t'en rends même pas compte. Donc si tu l'aimes vraiment, largue cette poufiasse de Lisa et va t'expliquer auprès de Castiel.
Elle commence à partir mais s'arrête net et se retourne vers moi.
- Pour information, Castiel, mon groupe de potes et moi, nous allons au bal déguisé qu'organise le lycée donc si tu veux assumer, c'est le meilleur endroit.
Je reste seul et médusé. Je n'ai même pas eu le temps de répliquer !
Je suis assis sur une banquette attendant Lisa. Je lui ai donné rendez-vous au Wendigo's Burger et j'attends ici depuis environ dix minutes. C'est décidé, je la largue. J'ai réfléchi un long moment après la discussion ou plutôt le monologue de Charlie. J'en ai conclu que vu que je ne l'aime pas, à quoi bon s'encombrer avec elle. J'entends la cloche annonçant l'arrivée d'un nouveau client.
- Salut mon coeur, désolée pour le retard. Je devais... ça va ?
Elle s'installe sur la banquette en face de moi. Je bois une gorgée de la bière que j'ai commandée quelques minutes plus tôt.
- Il faut que je te dise un truc.
Elle pose sa main sur la mienne, inquiète. Mais j'enlève ma main et la pose sur ma cuisse.
- Qu'est-ce qu'il y a ?
Je prends une inspiration.
- Je ne veux plus qu'on soit ensemble, déclaré-je.
Elle fronce les sourcils ne semblant pas comprendre.
- Quoi ?! Mais pourquoi ? On s'est vachement rapproché ces temps-ci, on a jamais été aussi complices.
- Peut-être. Mais je ne t'aime pas et je ne t'ai jamais aimé.
Elle devient toute blanche.
- C'est une blague ?! Pourquoi tu sors avec moi, alors ?
Je hausse les épaules ce qui la met encore plus en rogne.
- Est-ce que tu m'as trompée ?
Je ne le nie pas et ne le confirme pas non plus.
- De toutes façons, je vais bien savoir qui est cette connasse dans quelques jours.
Elle rit jaune. Elle reste un temps sans rien dire, digérant la nouvelle.
- Tu es un gros salaud ! hurle-t-elle.
Elle me jette tout le contenu de ma bière sur mon visage et quitte le restaurant. Je le mérite. Je me frotte les yeux et aperçois que toutes les personnes dans le restaurant me regardent.
- Vous inquiétez pas, tout va bien ! m'exclamé-je avec le sourire.
Certaines personnes me dévisagent pendant que d'autres retournent à leur discussion. Betty arrive en trombe vers moi et essuie, à l'aide d'un torchon, la bière sur mon tee-shirt.
- Ne te fatigue pas Betty, je vais rentrer chez moi de toutes façons.
Je l'écarte pour me lever.
- C'est qui cette folle ? me questionne-t-elle.
Je lui souris.
- Je le mérite.
Puis, je quitte le restaurant et marche jusqu'à chez moi. Étrangement, je me sens libéré.
