« L'amour est un grand boulevard où se croisent mensonges et infidélités ».
Samir Abou Taymyya ,
Les pensées d?Abou Taymyya
Jimin observait le chaos autour de lui, depuis déjà de longues minutes. Il ne comprenait plus. Il ne comprenait pas ce qu'il avait bien pu faire de mal ou ce qui avait bien pu contrarier à ce point Hoseok pour qu'il se mette dans un état avait pourtant l'habitude de le voir peindre.
Il attrapa lentement sa toile pour l'observer un long moment. Il avait juste voulu représenter son désarmement face à la situation. Il avait juste voulu représenter qu'il finissait par se noyer sous sa tristesse face aux actes d' Hoseok, et surtout face à ce qu'il avait vu, le baiser entre lui et cette fille du bar. Alors, pourquoi ?
Il releva ses yeux sur ses murs bleus. Le bleu.. cette couleur omniprésente autour de nous. l'écho de la vie, du voyage et des découvertes autant physiques que spirituelles. Comme l'eau qui désaltère, le bleu à un petit côté rafraîchissant et pur, qui permet de retrouver un certain calme intérieur lié aux choses. Après la tempête émotionnelle, le tsunami de sentiments qu'Hoseok avait engendré, c'était le calme plat. Un calme en apparence. À l'intérieur de sa personne, c'était le tumulte. Jimin ne cessait de penser à pleine vitesse, de ressentir violemment les choses. Ses joues rosies par les larmes le démontraient. Mais le bleu était également le symbole de vérité, comme l'eau limpide qui ne peut rien cacher, ce tableau avait-il réveillé, révélé, fait prendre conscience à Hoseok de quelque chose qu'il ne souhaitait pas savoir ? Jimin n'en savait rien et n'en avait pas la moindre idée, le brun ne lui avait pas expliqué la raison pour laquelle il avait explosé de la sorte, et ça le rendait fou. Il était totalement perdu. Si ce bleu avait été source de vérité pour Hoseok, elle lui semblait trouble et mystérieuse, comme l'eau foncée en pleine mer qui gardait secrète des milliers de petits mondes bien enfouis, pour Jimin. De manière trop présente le bleu pouvait devenir étouffant, et avait besoin d'être trancher avec des couleurs plus douce comme le blanc. C'était ce dont avait besoin Jimin, une petite touche de blanc, de douceur pour l'apaiser, car il avait l'impression de suffoquer face à tout ça. Cette parfaite antithèse entre le calme extérieur et la tempête intérieure. Jimin incarnait le bleu à la perfection.
Regardant sa toile, quelques larmes ne pouvaient s'empêcher de pointer de nouveau le bout de leur nez. Tout ceci à cause de cela. Et un sentiment de culpabilité finit par naître en lui, grossir dans son coeur et prendre toute la place. Dans une pulsion, il vient mettre un coup de poing dans la toile, la déchirant pour y laisser apparaître un trou béant à l'image de celui qu'il avait en plein coeur et qui ne pourrait sans doute jamais être comblé, tout comme cette toile qui ne pourra jamais être réparée. Il jeta la toile au sol avant d'essuyer presque rageusement ses larmes qui ne cessaient de couler. Soufflant un bon coup, il devait trouver cette touche de blanc pour calmer ce bleu étouffant, au risque d'exploser à son tour.
Il décida d'enfiler ses chaussures et d'aller prendre un bol d'air frais. Le temps était encore très nuageux, gris , terne et morose, un soupçon de mélancolie dans l'air. Jimin était nostalgique du temps où lui et Hoseok passaient la grande majorité du temps ensemble, inséparable, mais depuis que cette distance entre eux existait, Jimin avait l'impression de dépérir. Il avait toujours pensé qu'ils étaient un peu comme ces oiseaux semblables à des perroquets : les Inséparables, nom qui fait sous-entendre une grande fidélité, un couple de ce type d'oiseau se forme de la vie à la mort. Si l'un des deux vient à disparaître ou à mourir.. l'autre se laisse dépérir jusqu'à ce que mort s'ensuive.. Jimin avait perdu son autre moitié, et il avait l'impression de se laisser tomber dans un abysse profond de désarroi, d'incompréhension et de tristesse. Ils avaient toujours été si proches, et Jimin avait toujours tout fait pour ne jamais révéler ses sentiments à Hoseok pour justement préserver le lien unique qui les liait.
La pluie commençait à nouveau à s'abattre sur la ville, se mélangeant aux larmes salées déjà présente sur les joues du rouquin. Il souffla une seconde fois un bon coup et décida de se rendre dans un salon de coiffure. Rien de tel pour remédier à une peine de coeur que de changer de tête.
C'est ainsi que plusieurs heures plus tard, alors que ses pensées étaient restées focalisées sur Hoseok, il était ressorti du salon les cheveux bleu, ni trop clair, ni trop sombre, un beau mélange de calme, d'apaisement, de soulagement, mais également d'émotions submersives, de tristesse, de mélancolie. Ses cheveux étaient à l'image de ses émotions, mais il trouvait ce mélange plutôt réussi et en était parfaitement satisfait.
Le bleu et ses significations étaient omniprésents, écho de vérité et de souffrance. Et Jimin aurait certainement dû en être davantage vigilant.
Pour leur soirée habituelle, sachant que Hoseok lui avait promis d'être présent le soir même, Jimin avait décidé d'acheter les plats favoris de son meilleur ami. Il espérait ainsi pouvoir le retrouver au moins le temps d'une soirée. C'est ainsi qu'il avait acheté des mandus de petits raviolis farcis à la viande et au vermicelle, de petites crêpes fourrées aux légumes, du bulgogi soit du boeuf mariné et sauté qu'Hoseok raffolait plus que tout, des hotteoks bien évidemment : ces petites crêpes sucrées à la cannelle et aux cacahuètes. Tout ceci, il l'avait acheté au petit restaurateur de rue du coin qui préparait tout à partir de son petit van. Jimin admirait la restauration de rue, voir ces gens avec peu de moyens préparés des repas aussi délicieux, ça le fascinait.
Tenant son sac bien tout chaud contre lui, malgré la pluie et sa capuche sur la tête couvrant la moitié de son visage, il se dépêcha de rentrer afin de tout préparer pour leur petite soirée. Il savait déjà quel film il allait mettre, il s'agissait d'un animé japonais, le tout premier qu'il avait regardé avec Hoseok, Your Name. Et il s'agissait de son film d'animation favori.
Il entra dans le salon et entreprit de retirer ses chaussures et sa veste trempée la laissant sécher sur la porte manteau afin de ne pas salir la maison. Il alla déposer les petites boîtes contenant les plats sur la table basse du salon, se sentant de meilleure humeur, lorsqu'il vit un petit mot à son intention sur cette dernière.
[Jimin, mon petit Chimmy,
Je tiens d'abord à m'excuser pour ce qui s'est passé ce matin. C'était parfaitement immature et irréfléchi. Tout comme je m'excuse pour tous ces soirs où je suis rentré ivre, où j'ai passé la nuit avec une fille que j'ai parfois ramené à l'appartement. C'est irrespectueux. Quelle image tu vas avoir de moi désormais. Mais tout ça, Jimin, Park Jimin, c'est ta faute. Si tu prenais pas autant de place dans mes pensées, si tu n'étais pas aussi mignon, doux, adorable comme un petit chat, brillant, talentueux et si gentil, je ne serai jamais tombé amoureux de toi. C'est grâce à Namjoon que je peux mettre un mot sur le mal qui me ronge depuis tant d'années et qui finissait par grandir de plus en plus. Parce que j'avais fermé les deux yeux, comme ça, je n'ai pas vu ce que c'était, je n'ai pas vu que c'était dangereux.C'est ce qui nous a donné cette situation actuelle. Je pense que je refoulais tellement que j'avais besoin de me prouver que tout ceci, ce n'était pas possible. Je sais que c'est cruel de t'écrire ces quelques mots alors qu'au moment où tu les liras je serai déjà loin. Il faut que je m'éloigne. Il faut que je m'épargne. De tous ces sentiments qui me font mal, qui nous ont fait du mal. Tout ça parce que je suis tombé amoureux de toi, et de toutes ces petites choses qui font de toi un être unique à mes yeux. Toutes ces petites choses qui se sont imprégnées en moi. Tout me rappelle toi, peu importe l'endroit, et c'est insoutenable. C'est trop lourd à supporter et je ne pourrai supporter ton regard après cette révélation. Perdre ton amitié me ferait bien trop de mal. Alors je préfère partir, parce que les soldats valeureux n'aiment pas trop demander de l'aide. Il faut que je me pardonne.
Un jour, nous nous retrouverons, je te le promets. Pardonne-moi, mais l'amour, c'est un fardeau.
-Ton Hopie.]
La lèvre tremblante, le coeur violemment serrer qui tentait désespérément de battre contre sa cage thoracique. Les larmes ne cessaient de couler sur ses joues, alors que lui-même n'arrivait pas à en croire ses yeux. Le bleu explosait telle une tempête, tel un raz-de-marée, balayant tout sur son passage. Il était prêt à tout pardonner à Hoseok, il comprenait désormais, il comprenait bien mieux tout ce que le brun avait traversé, toutes ces émotions qui avaient dû le submerger. Il était prêt à tout lui pardonner tant ses sentiments pour lui étaient inexplicables. Un million de sentiments incompréhensibles, et de toute manière il n'avait pas le temps d'en faire l'analyse. Un véritable tsunami d'émotions et de sentiments se levait en lui et faisait ravage dans son coeur. La seule chose sur laquelle il devait et allait se concentrer, s'était retrouvé son ami avant qu'il ne soit trop tard, pour tout lui avouer, tout lui dire, enfin.
Le bleu synonyme de vérité comme l'eau limpide qui ne pouvait rien cacher. Le bleu et ses significations étaient omniprésents, écho de vérité et de souffrance.
Attrapant rapidement son téléphone, il envoya un message à Namjoon pour savoir où était Hoseok, et avoir une chance de le rattraper.
Destinataire : Namjoon.
Certainement que tu n'es pas autorisé à me dire où est Hoseok, mais je t'en prie, c'est une question de vie ou de mort.
La réponse ne se fit pas attendre, comme si Namjoon avait attendu, restant accroché à son téléphone, un message de la part du coloré, nouvellement bleuté. Et c'est le coeur battant la chamade, plus fort que jamais, comme s'il se frappait volontairement contre sa cage thoracique réclamant de sortir pour rejoindre celui d'Hoseok et ainsi enfin s'unir et battre à l'unisson.
Expéditeur : Namjoon.
À l'aéroport, mais je crains que ce ne soit trop tard Jimin.
Ce n'était jamais trop tard, jamais quand toute sa vie entrait en jeu Hoseok représentait tout ce dont il avait, toute la raison de ses sourires, de ses rires. Hoseok était l'amour de sa vie, l'amour d'une vie. Il refusait, pas après avoir autant souffert, pas après ce mot qui le faisait encore pleurer, d'abandonner maintenant.
Ce n'était jamais trop tard. Alors à grande vitesse il enfila ses chaussures, prit ses clés et se dirigea à sa voiture. Il conduisait, déterminé à retrouver sa moitié, la moitié de son coeur que ce dernier réclamait inlassablement. La pluie s'abattait à pleine vitesse sur la ville, et les routes devenaient ainsi glissantes. Jimin n'avait pu entendre ce camion glissé sur le bitume humide, il n'avait pas pu entendre les klaxons, n'avait pas pu prévoir le coup, n'avait pas pu prévoir que ce camion perdrait l'équilibre en glissant sur la route et serait violemment entré en collision avec la voiture de JiMin.
Ce n'était jamais trop tard, sauf quand l'amour devenait une question de vie ou de mort.
