AMELIA STANFORD
Chapitre 2 : Les aventuriers lionnés
Sirius Black se précipita hors du passage, désormais sous sa forme humaine habituelle. Il espérait que la jeune femme ne se précipiterait pas après lui, mais le tunnel restait froid et silencieux, sans aucun bruit signifiant une quelconque course poursuite. Enfin, un peu essoufflé, il arriva face au mur de pierre, qu'il avait traversé quelques heures auparavant, accompagné de son meilleur ami, James Potter.
Sans attendre la moindre seconde, et toujours en lançant des regards perçants derrière son épaule, le jeune homme sortit sa baguette magique de la poche de son jean, et murmura la rapide formule à la vitesse d'une étoile filante, 'Mon Choixpeau est, et sera, toujours flou.'
Les pierres disparurent une à une, laissant entrer les rayons du soleil qui lui caressèrent enfin la peau, après un temps considérable passé au cœur du château. Sirius prit une longue inspiration, la chaleur s'incrustant peu à peu sur chaque parcelle de son corps, et la réussite de cette mission catastrophe lui monta finalement en tête. Il esquissa un large sourire en coin, et traversa sans hésitation le mur ouvert. À deux pas de lui, et à l'instant même où son corps apparaissait dans le couloir, face à la seule nature morte de Poudlard, une voix siffla l'air, dans un chuchotement seulement perceptible par son ouï sur - développée.
- Patmol, par ici.
Sirius suivit le ton de cette voix, qu'il connaissait si bien, et quand sa tête se tourna vers la gauche, une main émergea de nul part, au milieu du couloir. Il se hâta de la saisir, comme habitué, et James Potter, en à peine moins d'une seconde, souleva sa cape d'invisibilité et l'enroula autour d'eux, les rendant inaccessibles à l'œil extérieur, et c'était bien pratique. Comme toujours, le grand jeune homme portait de petites lunettes en fer, qui habillaient son regard noisette à merveille. Les sourcils plutôt froncés, il regardait fixement un morceau de parchemin dans sa main droite, qui semblait être animé, vivant, presque réel. Ses cheveux, d'un noir orageux, partaient dans tous les sens possibles, et il n'arrangea pas les choses en se les ébouriffant d'une main lasse.
Puis, le jeune homme leva son regard espiègle vers son ami de toujours, et un immense sourire mesquin s'installa sur ses lèvres.
- Personne à l'horizon. Tu vas pouvoir me raconter tout ce qu'il s'est passé, Patmol … La fille y est toujours ?
- Oui, répondit Sirius d'un air particulièrement satisfait.
- Bien joué ! s'exclama James en levant un poing en l'air.
- Mais écoute ça, reprit le jeune Black avec plus de sérieux. Je crois qu'elle a une carte de Poudlard, comme la notre.
Devant la mine étonnée de James, Sirius entreprit de lui donner plus de détails, tandis qu'ils avançaient toujours dans le couloir illuminé et paré de cadres, lentement mais sûrement.
- Pendant que tu partais sous la cape, elle a sorti un paquet de parchemins, et c'est bizarre parce que j'ai vraiment eu l'impression que c'était aussi une carte. Il y avait des traits, des notes partout. Je crois que j'ai reconnu le bureau de Dumbledore à un moment, mais je suis vite parti avant qu'elle ne décide d'y aller aussi.
- Ça alors … , murmura James le regard perdu dans le vide. Il semblait penser à quelque chose. C'était le même type de carte ? Je veux dire, y a les positions des élèves dessus, en temps réels ?
- Non, je ne crois pas.
- Ah, merci Merlin ! Il ne manquait plus que notre plus belle invention se fasse voler son authenticité juste sous notre nez … ! répondit le jeune Potter, toujours tout sourire, en réajustant ses lunettes.
Ils parcoururent quelques mètres en silence, puis passèrent devant la toile de Sansoeil, que Sirius ne manqua pas de fusiller du regard, bien que celui – ci ne puisse pas le voir. Les deux jeunes hommes avaient eu un arrière goût assez prononcé de la philosophie de vie du vieux sorcier quelques heures auparavant. Et ce n'était absolument pas la première fois que l'antique préfet - en - chef de Serpentard leur servait ce type de discours profondément pro – Voldemort. Pourtant, les deux Gryffondor étaient bien à l'opposé des idées du mage noir.
Voldemort portait bien son nom. Il était un homme cruel, sans pitié, dévastateur. Il tuait sans relâche, torturait chaque soir. Et au grand malheur de Sirius et James, il s'immisçait de plus en plus profondément dans la société des sorciers d'Angleterre. Il imposait ses terribles idées à l'aide d'un moyen d'une bassesse absolue, mais qui fonctionnait pourtant si bien : la peur. L'effroi. La terreur. Oh, le pays était en train de plonger dans une ère bien sombre. Tous les élèves de Poudlard en étaient conscients. Bientôt, ils devraient sauter dans cette guerre la tête la première, lâchés comme de véritables cibles humaines, faibles. Mais, de braves sorciers et sorcières ne se laisseraient pas faire. C'était certain, c'était toujours comme cela. Ils résisteraient, comme tant d'autres à travers l'histoire. Moldus comme Sorciers. Et comme à l'instante, où des aurors se battaient déjà sans relâche, à en perdre la tête. On disait que le ministère les avait finalement autorisés à tuer leur adversaire. Il ne serait bientôt plus question de diplomatie. Trop avaient déjà péri. Cette loi rendrait leur tâche plus simple, surtout quand le dit ennemi en face suait d'une féroce envie de meurtre, de bain de sang. D'un désir malveillant d'assassiner tous les 'impurs' qu'il pouvait trouver, au quatre coins de ce pays en pleine implosion.
Sirius et James accélèrent le pas quand ils virent sur leur carte mouvante le nom de 'Miss Teigne' s'imprimer à quelques mètres derrière les leurs. Toujours invisibles et sûrs d'eux, ils débouchèrent sur le croisement, et se hissèrent rapidement sur l'un des escaliers qui menait vers la tour des Gryffondor. Quand, quelques minutes plus tard, James fut certain que personne n'était à leur trousse ou sur leur chemin, il murmura en pointant sa baguette magique sur la carte du Maraudeur les simples mots 'Méfait accompli' qui, contre toutes attentes, eurent l'effet d'un véritable sortilège. L'encre disparut dans son entièreté, ne laissant au final qu'un simple parchemin vierge, aussi banal que possible. La création était bien cachée, c'est pourquoi les Maraudeurs en étaient si fiers. Ils arrivaient d'ailleurs – Lunard, Queudver, Patmol et Cornedrue - à l'apogée de sa finalité. Cette excursion en pleine après – midi avait eu pour but de découvrir le souterrain dans son entièreté, afin de pouvoir l'ajouter à la carte. Et c'était l'un des derniers qui existait, à leur connaissance. Bientôt, leur œuvre serait entière, complète, prête à n'importe quelle utilisation à partir du moment où celle –ci relevait du méfait. La carte n'aiderait sûrement pas un dégénéré comme Rusard à traquer et chasser les quelques curieux des tréfonds du château, les quatre amis s'étaient bien mis d'accord là dessus.
- Au fait, Patmou … , susurra alors James à l'oreille de son meilleur ami, les lèvres étirées en un immense sourire moqueur.
Moins d'une demi – heure auparavant, encore cachés sous la cape d'invisibilité, les deux jeunes Gryffondor avaient manqué d'éclater de rire à plusieurs reprises quand Amelia Stanford avait tenté d'appeler les noms inscrits sur le parchemin : un parchemin qu'ils avaient d'ailleurs au préalablement fixé, à peine quelques secondes avant que la jeune femme n'arrive et surprenne absolument tous leurs plans. Ils avaient eu du mal à calmer leur respiration tant la surprise avait été de taille. Jamais encore quelqu'un n'avait osé aller si loin au cœur de Poudlard, et vu la quantité astronomique d'indices qu'ils avaient dû trouver à travers moult témoignages et livres, l'arrivée d'Amelia relevait de l'exploit.
Sirius lui lança un regard accusateur, les poings serrés. Il pouvait déjà parier que James ne cesserait pas de l'appeler comme cela avant un long moment, le connaissant.
- Très drôle, Cornedrue. Mais il ne faut pas oublier le fameux 'Queue de ver', prononcé à la française, ironisa alors le jeune homme en accentuant bien les syllabes du surnom de Peter Pettigrow.
James éclata de rire, avant de s'arrêter précipitamment en vérifiant les alentours d'un coup d'œil. Ici, les tableaux avaient des yeux, et même un avis politique chez certains, il valait donc mieux éviter de hurler de rire dans un couloir qui semblait normalement vide. Puis, rassuré, il échangea un sourire narquois avec l'aîné des Black.
- Oh, d'ailleurs James, t'as pas entendu ce qu'elle m'a sorti tout à l'heure … J'ai failli lui aboyer dessus, c'était tordant.
- Non, quoi ?
- « Oh my god », se moqua Sirius en prenant un fort accent britannique, qui faisait très exagéré. Puis, sous le rire tonitruant de James, qui semblait avoir instantanément oublié de rester discret, il mima un air scandalisé en levant le petit doigt.
Au détour d'un couloir, entre deux immenses armures métalliques, James souleva sa cape et la rangea rapidement dans la poche de sa robe. Juste à côté, Sirius observait vaguement l'allée, l'air de plus en plus ennuyé. Il ne cessait de se passer une main dans les cheveux, eux – même d'un noir ébène contrastant avec la noble pâleur de sa peau. Il avait l'allure d'une de ces grandes familles de sorciers aux concepts et principes vieux de plusieurs centaines d'années. La famille Black n'était inconnue à personne dans le monde magique. Elle inspirait à la fois respect et dégoût, peur et envie. Mais surtout, elle ne jurait que par la pureté du sang. Et c'était pour cela, ajouté à quelques autres raisons superflues, que Sirius lui crachait dessus. Son avis était loin de concorder avec celui de Walburga ou d'Orion Black, et petit à petit, il s'était insurgé. Sirius Black n'avait rien à voir avec la noble famille des Black, si on omettait le sang qui coulait dans ses veines. Chaque retour au Square Grimmauld lui soulevait le cœur, il se sentait vomir de haine et de tristesse : jamais des murs n'avaient pu autant l'enfermer, comme si la clé s'envolait à la seconde où il posait un pied sur le plancher. Ses relations familiales frôlaient dorénavant la catastrophe sidérale, sa mère lui apparaissant comme une vipère outragée qui arrivait à le mettre dans tous ses états rien qu'en ouvrant son immonde bouche de serpent empoisonné. Il sentait que la fugue était proche. Il en mourrait d'envie dès qu'il apercevait le moindre poil d'un de ces dégénérés, c'était plus fort que lui.
Sirius poussa un franc soupir, et se passa une nouvelle main dans les cheveux. Il n'avait simplement pas envie de repenser à ses problèmes familiaux, il était déprimé dès que cette idée s'immisçait dans son cerveau. James lui lança un regard en coin, puis posa sa main sur son épaule. Le jeune homme était bien le seul à avoir une idée précise de ce qu'il traversait, et la proposition de venir habiter chez lui et ses parents paraissait chaque jour toujours plus alléchante. Le jeune Gryffondor esquissa alors un large sourire goguenard et s'élança dans l'allée, suivi par Sirius qui reprit instantanément du poil de la bête en voyant son meilleur ami si bienheureux. Ils trottinèrent jusqu'au tableau de la Grosse Dame, pas très loin de là. Celle – ci leur décocha un regard réprobateur, persuadée, et elle n'avait pas si tort, qu'ils étaient encore allés vadrouillé dans un quelconque endroit inconnu à la population du château. Sirius et James haussèrent les épaules à l'unisson, l'air plus qu'amusé, et le capitaine de l'équipe de Quidditch de Gryffondor déclara d'une voix éloquente :
- Asphodèle !
La Grosse Dame étouffa un grognement, et pivota, libérant ainsi le passage. Sans hésiter un seul quart de seconde, les deux jeunes étudiants s'immiscèrent dans la salle commune de Gryffondor, dont ils connaissaient dorénavant les exacts recoins. C'était une immense pièce, tapissée de haut en bas de tapisseries rouges et or et de tableaux vociférant courage et bravoure à qui voulait bien l'entendre. Le parquet sombre était parfois recouvert de quelques tapis méticuleusement tissés, mais c'était surtout le mobilier qui grandissait l'atmosphère de l'endroit : tout d'abord, une multitude de tables en chêne entourait les murs, laissant parfois place à des étagères surchargées, à la limite de craquer, ou à des cheminées incandescentes qui apportaient chaleur et joie à chaque nouvel arrivant, et qui semblaient ne jamais vraiment s'éteindre. Les tables restaient généralement vides, mais lorsque la période des examens se profilait à l'horizon, l'histoire n'était plus la même : il fallait oser se battre pour avoir une chance de s'installer sur l'une de ces surfaces d'étude.
Ensuite, le lieu était parsemé de dizaines de fauteuils et de canapés en velours écarlate, qui, bien que usés, étaient généralement la source d'un profond confort, lors des soirées au coin du feu au beau milieu du mois de décembre, par exemple. En forçant un peu sur ses rétines, on pouvait parfois apercevoir ici et là quelques annonces diverses et variées qui traînaient sur les tables basses ou sur un pan du mur : aujourd'hui, les deux jeunes hommes remarquèrent une note du professeur McGonagall, qui indiquait simplement l'heure et le jour de la prochaine sortie à Pré – Au – Lard. Banal, ils y étaient habitués. En un peu plus original, ils se souvenaient bien du jour où, alors que les fantômes du château retrouvaient leur hargne d'antan, Nick – Quasi – Sans – Tête avait accroché un poème bancal, écrit en leur honneur, après qu'il ait appris que les Maraudeurs avaient bel et bien enfermés le Baron Sanglant dans son propre cachot, sans réellement savoir comment. Ils avaient bien ri, ce jour - là. Et puis tout de même, il ne fallait pas oublier ce qu'avait osé proférer le Baron Sanglant devant le fantôme de Gryffondor : 'Cher chevalier, parjure et immonde rat des ruisseaux, vous n'avez plus de tête, c'est pour cela qu'il vous manque une case. On comprend donc d'où vient la faiblesse de votre maison …' Jamais Gryffondor n'avait vu son esprit s'enflammer d'une telle hargne et d'une telle colère, le spectacle avait été particulièrement divertissant.
Sur une table isolée de la salle commune, juste à côté de l'une des cheminées, un jeune homme avait le nez plongé dans un immense ouvrage, qui faisait bien deux fois sa tête. De grande taille, il avait d'indomptables cheveux châtains, qui louchaient souvent sur le doré lors des grandes sorties ensoleillées, et une peau qui semblait blafarde, presque malade. Quand James et Sirius trottinèrent jusqu'à sa table, dans cette salle commune presque vide, le garçon releva la tête, et le monde put détailler son visage : d'immenses cernes, des cicatrices à foison, dont certaines semblaient dater d'à peine quelques semaines. Vu comme cela, il avait l'air particulièrement affaibli, mais quand il vit ses deux meilleurs amis, ses yeux bleu azur s'illuminèrent et un franc sourire décora alors son visage. Remus Lupin poussa calmement son livre vers le bord de la table, et quelques secondes plus tard, ses deux compagnons étaient affalés juste devant lui. James éclata d'un rire tonitruant tandis que Sirius étirait ses bras, l'air presque trop sûr de lui.
- Alors, Lunard, quoi de beau, quoi de neuf ? demanda alors James en clignant ironiquement des cils.
- Moi, rien, répondit Remus en scrutant curieusement ses deux amis. Mais vous deux, je suis sûr que vous avez pas mal de choses à me raconter …
- Bingo !
- J'annonce que la mission est un franc succès, reprit Sirius dans un murmure, inaudible pour les quelques Gryffondor qui traînaient ici et là.
- Ah ! Et vous avez ajouté le passage sur la carte ?
- Pas trop vite Lulu, laisse nous le temps de te raconter toute l'histoire ! se moqua James en sortant discrètement le morceau de parchemin ensorcelé de la poche de sa robe. Où est Queudver, d'ailleurs ?
- Il est à son rendez – vous d'orientation, vous savez … Avec McGonagall.
- Ah, oui ! Eh bien, on fera sans lui.
Sirius se lança alors dans l'histoire de leur après - midi, sans oublier de prendre une voix très basse, forçant ainsi Remus à sévèrement tendre l'oreille. De son côté, James déverrouilla la Carte du Maraudeurs, du moins ses prémices, d'un flexible coup de baguette et parcourut les pages d'un œil intéressé. Quand Sirius arriva à l'arrivée surprise d'Amelia Stanford, Remus haussa un sourcil, mais se retint d'ouvrir la bouche. Celle - ci se crispa encore lorsque l'aîné des Black aborda finalement la question de la 'seconde carte de Poudlard' Et quand les derniers mots de l'histoire furent prononcés, il répliqua enfin :
- Mais, attendez. Vous êtes certains qu'elle cartographiait Poudlard, elle aussi ? Je veux dire, peut – être qu'elle s'est perdue et-
- OH, LÀ ! S'écria soudainement James en brandissant sa carte devant le nez de ses deux amis. Ceux – ci échangèrent un regard.
- Plaît – il ? demanda Sirius.
- Regardez, au quatrième étage, devant l'entrée du passage, répondit précipitamment James en désignant un minuscule point mouvant au fin fond de la carte, sur lequel était inscrit avec une encre noire comme le charbon 'Amelia Stanford ' C'est elle !
- Oh … !
- Tu en es certain ? Murmura Remus en se penchant en avant.
- Oui, Sirius avait commencé à dessiner l'entrée du souterrain quand on y était encore. Regarde, elle en sort à peine.
- Amelia Stanford ? interrogea Sirius en triturant continuellement une de ses mèches ébènes. Jamais entendu parler. Et vous ?
- Non plus. Mais j-
- Attendez, ce nom me dit quelque chose, interrompit Remus en fronçant les sourcils, concentré. Il semblait chercher au plus profond de sa mémoire, quand, soudain, ses yeux brillèrent de victoire. Mais, oui ! Lily m'a parlé d'elle. Oui, Lily Evans, James.
- C'est une amie d'Evans ?!
James s'était brutalement redressé. Les yeux écarquillés, bien évidemment sous le sourire narquois de Sirius, il jeta un brusque coup d'œil aux alentours de la table. Et, à la vue de son triste regard, Lily Evans n'était actuellement pas présente dans la salle.
- Non, je ne crois pas. Elle n'est pas dans notre année. Lily était allée lui demander quelques conseils concernant les cours de défense contre les forces du mal. Quelques chose comme ça, en tout cas.
- Attends, attends … coupa Sirius en se redressant à son tour. Pourquoi diable Lily Evans aurait besoin de conseils dans une quelconque matière ? Merlin, c'est absolument inenvisageable... T'es pas d'accord James ?
- … Si, si ! Complètement !
- Je n'en ai aucune idée … Vous voulez que je lui demande ?
- NON ! Non, je vais le faire. Evans sera ravie de me voir, j'en suis sûr, déclara James en se passant une main dans les cheveux, l'air hautain. La confiance semblait avoir recommencé à affluer en lui.
- Si tu veux … , murmura Remus en échangeant un petit rire avec Sirius.
James s'étira sauvagement, en parcourant encore une fois la salle du regard. Toujours aucune rouquine à l'horizon. Puis, las, il recentra ses pupilles noisettes sur la carte, qui bougeait toujours avec animation. Le professeur Flitwick faisait cours à une vingtaine d'élèves. Rusard se promenait en trottinant à travers tous les couloirs du château, Miss Teigne sur les talons. Dumbledore faisait les cent pas dans son bureau. Et Amelia Stanford remontait les étages, en direction de ce qui semblait être la salle commune de Serdaigle. Il haussa un léger sourcil.
- Et, on fait quoi, du coup ? demanda alors Remus, en observant à son tour les nombreuses inscriptions bouger sur la carte.
- On récapitule, lança Sirius. Passage fermé, car éboulement. Mais s'étend sur au moins 200 mètres à vol d'oiseau, je dirais.
- Ouais, il ferait une bonne planque. Rusard ne connait pas son existence.
- Rencontre avec une potentielle rivale de carte, du nom probable d'Amelia Stanford. Sixième année, capable de produire des sortilèges informulés-
- Oh, vraiment ?! Interrompit James en fronçant les sourcils.
- Elle a murmuré un 'lumos' à peine perceptible, j'ai juste vu ses lèvres remuer, et encore. Pourtant, Merlin sait que j'ai une sacré bonne ouïe.
- Donc, bonne en Défense contre les forces du mal, conclut Remus en hochant simplement la tête.
- Adversaire de taille.
- Ou alliée non – négligeable.
- Serdaigle.
- Serdaigle ?
- Oui, affirma James en leur mettant de nouveau la carte sous le nez. Elle vient de rentrer dans sa salle commune.
Remus et Sirius suivirent pendant une bonne minute l'avancée du minuscule point portant le nom de 'Amelia Stanford' , dans un silence de plomb, mais propice aux réflexions. Les Maraudeurs étaient des perturbateurs de première. Ils collectionnaient avidement les heures de retenue, aimaient faire tourner en rond le concierge et sa chatte, ou encore parcourir de fond en comble la forêt pourtant interdite. Néanmoins, ils faisaient partis des meilleurs élèves de leur année. Réellement, ces élèves étaient bons. Ils avaient du talent à revendre, des capacités à développer au fil du temps. C'est pour cela qu'ils étaient particulièrement populaires à Poudlard. Leur côté casse – cou n'interférait pas avec leur savoir et leurs résultats. Et, en plus, ils étaient plutôt beaux garçons. Devait – on également préciser que trois d'entre eux avaient réussi à devenir des Animagi, en parfaite et certaine clandestinité ? Incroyable, pour des élèves de leur âge. Parfaitement inenvisageable, mais pourtant, le futur si agréable qu'on leur promettait semblait partir en miettes à chaque nouvelle attaque de Vous – Savez – Qui. Ils étaient dans le même bateau que tous les étudiants de Poudlard. Car ils n'étaient même plus certains de pouvoir y retourner vivants et en bonne santé l'année d'après.
L'époque s'assombrissait. Et bientôt, il ne serait plus question de carrière et d'études mais de guerre et de rébellion. Ce combat les attendait les poings serrés, devenant chaque matin plus perceptible.
Plus clair, plus présent. Inévitable.
- C'est une "traître – à – son – sang" d'après certains, déclara soudainement Remus en écarquillant légèrement les yeux.
La réaction de ses amis fut brutalement vive. James haussa si fortement les sourcils qu'ils parurent être sur le point de s'envoler. De l'autre côté, le visage de Sirius se ferma brusquement, dégageant dorénavant une aura glaciale. Les jointures blanches, il murmura :
- Pardon ?
- Stanford, reprit Remus en s'éclaircissant la gorge. Je l'ai lu dans la Gazette, il y a quelques temps.
- …
- …
- …
- Oui, c'est bien gentil Lunard, mais t'es le seul ici à te rappeler d'un vieux numéro du journal, donc n'attend pas qu'on comprenne comme par magie ce que tu veux dire, souffla James en laissant échapper un rapide rire narquois. Pour seule réponse, Remus haussa les épaules.
- Ce nom, Stanford, n'a jamais été abordé dans une des conversations de ma famille, … et grand bien lui fasse, confia alors Sirius en soupirant, Pourtant si traître – à – son – sang il y a, les … Black seraient les premiers au courant, Lunard.
- Je ne pense pas que cela soit une famille extrêmement riche ou influente, plus du genre Weasley. Qui sait se faire oublier … Enfin bref, reprit Remus. En tout cas, ils ont eu pas mal de problèmes avec les mangemorts et les élitistes du sang.
Un lourd silence accueillit sa déclaration, que les trois compagnons passèrent à vaguement observer l'agitation qui prenait brusquement la salle commune de Gryffondor : en effet, les première année venaient de rentrer de leur cours de vol, encore couverts de boue, et discutaient à gorge déployée, l'air surexcité. James esquissa un sourire à cette pensée, les souvenirs affluant dans sa tête : il s'était senti si euphorique au retour de son premier cours de vol, cela avait été une des heures les plus merveilleuses de sa vie. Mais, alors qu'un petit groupe de jeunes garçons qui criaient plus que ne parlaient venaient s'installer sur une table à leur gauche, les mots de Remus vinrent de nouveau danser devant ses yeux.
A côté, ses deux amis semblaient avoir la même pensée, tristement vraie, si fréquente dans le pays en ces temps faussement heureux. Les morts, les assassinats devenaient de plus en plus nombreux. La lutte pouvait changer, se transformer, tous les jours. Cela dépendait des victimes et des bourreaux. Si la famille d'un Auror était brusquement trouvée par ces assassins sous cape noire, là arrivait le massacre que personne ne voulait voir. Heureusement, cela restait rare. Les moldus et les soit – disant traîtres se trouvant plus fréquemment visés. Poudlard avait au moins le mérite de leur apporter les petits moments de vie dont ils avaient besoin, accompagnés d'un soupçon de sécurité.
Sirius Black n'aurait jamais pensé que cette Stanford pourrait être, elle aussi, une victime des mangemorts. Il n'avait encore aucune idée de ce que signifiait ces 'problèmes' mais déjà, il éprouvait plus de sympathie envers elle qu'envers le moindre Serpentard. La haine que le jeune homme avait pour sa famille, pour cette maison qui les avait tous abrités sans exception, et qui grandissait chaque jour durant, était toute aussi directement brandie vers Lord Voldemort, qui diffusait les exactes mêmes idées, en pire, en plus sanglant.
Il étouffa un tremblement. Et, encore une fois, la perceptive d'avenir que l'école le forçait à chercher s'embuait d'un étrange voile écarlate. Un drap qui cachait sa vie future, au profit d'une lutte à laquelle il avait brutalement envie de participer. Sirius Black et James Potter n'étaient pas du genre à rester tranquillement en sécurité dans leur maison quand le monde auquel ils tenaient commençait à s'effondrer, à partir en fumée.
Et ce malheureux courage pourrait bien leur coûter cher.
Les voyants l'annonceraient sûrement, dans un nuage de parfum étouffant, mais les deux Gryffondor croyaient aussi durement en la divination qu'Amelia Stanford. Jamais ils ne pourraient penser que le futur d'un continent tout entier reposerait sur l'une de ces prophéties. Et pourtant...
Pourtant …
- Ils ont précisé quel genre de 'problèmes' ? demanda finalement James en s'ébouriffant vaguement les cheveux.
- …
- Lunard ?
- Il me semble qu- … je devrais essayer de retrouver l'article... Mais je crois qu'ils ne sont plus très nombreux, maintenant, si vous voulez tout savoir … , bredouilla le lycanthrope en poussant un léger soupir.
- …
Sirius et James échangèrent un regard sérieux, inhabituel chez eux. Puis, alors qu'une troupe assez dense de jeunes demoiselles s'avançait vers leur table, le sourire jusqu'aux oreilles, l'aîné des Black conclut la conversation en ajoutant finalement :
- Il ne faudra pas oublier de demander pour cette histoire de conseils de défense … Ah bah James, voilà Lily ! Allez go, mon coco. Rentre le ventre et sers les muscles, mais surtout, évite de la faire fuir avant la question fatidique !
- Elle serait trop impressionnée pour me fuir, Patmou...
- Ouais, ouais …
- 'Patmou' ? C'est quoi ça ?
- Rien d'important, Lunard.
