AMELIA STANFORD
Les yeux du chevalier.
Amelia était pressée. Mais aucune contrainte de temps ne la retenait. Étonnant, diraient certains. Pourtant, c'était tout elle. Se dépêcher comme si sa vie en dépendait, par simple curiosité. Par envie de découvrir un nouveau secret, une nouvelle vérité. Ce sentiment d'inconnu lui dévorait les veines, et dès qu'elle tombait sur un code d'espionnage, sur une formule encore jamais vue, ou sur une zone abandonnée, voire hantée, il fallait qu'Amelia s'y rende, et dans la seconde si Merlin y consentait.
Amelia avait toujours autant de mal à gérer cette envie de recherche, cet intérêt pour tout ce qui pourrait la tuer. Mais, elle était loin de penser qu'elle devrait s'en défaire, comme une mauvaise habitude qui lui gâcherait la vie, un jour ou l'autre. Non, grâce à cette partie d'elle - même, Amelia vivait comme l'aventurière qu'elle avait toujours été. Parfois trop imprudente, trop téméraire, trop ceci ou trop cela. Mais toujours là, à flairer la bonne aventure à la Hercule des temps modernes.
La jeune femme enjamba une pile de caisses en bois en un bond, et se propulsa sur les pavés, à vitesse grand V. Son sang tournoyait dans son corps, lui insufflant de courir, d'aller voir, d'enfin savoir. Justement, saviez – vous que la Cabane Hurlante, un bâtiment pourtant récent d'une demie – décennie, gagnait peu à peu la réputation de maison la plus hantée de Grande – Bretagne ? Une information peut – être sans importance, à vos yeux. Mais pour les mirettes solaires d'Amelia Stanford, ce n'était pas la même histoire. Loin de là.
Depuis une bonne année maintenant, la jeune femme avait inscrit cette destination dans la liste de ses prochaines expéditions. Sans jamais pourtant passer le cap. Elle avait essayé à trois reprises de s'y rendre, mais à chaque fois, quelqu'un ou quelque chose l'en avait empêchée. Rien qu'en y pensant, Amelia peinait à croire à la coïncidence. Et, par conséquent, son irrésistible envie de pénétrer dans ce lieu interdit, dangereux, hanté et probablement terrifiant, était montée d'un cran. Quelque chose y était caché, et elle mourrait d'envie de savoir quoi. Surtout quand quelqu'un semblait passer son temps à l'empêcher de le découvrir.
La première fois, la jeune femme s'était motivée à sortir une nuit de pleine lune, sentant que l'ambiance ne serait que plus intéressante. Elle voyait déjà le gros titre dans une page de son atlas, et comptait bien faire un compte – rendu précis de chaque kilomètre carré du bois interdit, à la sordide réputation dont elle semblait se foutre éperdument. En traversant la cour intérieur, Amelia avait entendu un hurlement féroce, le cri du loup. Et, étonnamment, elle s'était hâtée de se précipiter, encore et toujours plus motivée. Cependant, à la lisière de la forêt, la Serdaigle s'était retrouvéé face à Dumbledore et à Hagrid, et se souvenait encore très bien du long silence qui avait suivi. Jamais elle n'avait vu le directeur de si près, et jamais encore accompagné d'une telle lueur de surprise. Celle – ci n'avait traversé ses traits seulement pendant quelques secondes, mais suffisamment longtemps pour qu'elle reste gravée dans sa mémoire. Et Amelia avait maudit la moindre branche, trouvant tristement ridicule de se faire attraper par le chef de l'établissement, au beau milieu d'un bois, juste après minuit, l'heure interdite. La jeune Serdaigle s'était littéralement jetée dans la gueule du loup. Du moins, c'était ce qu'elle avait pensé. Le véritable loup régnait, dehors, entre les bosquets et les pierres âgées, accompagné d'un bien étrange trio, à la découverte des secrets de la forêt. Ce jour là aurait bien mal tourné si personne ne l'avait arrêtée. Mais Amelia ne s'en serait jamais doutée.
La seconde fois, la jeune femme devait son échec à Miss Teigne. L'énervante, l'irritante, l'enquiquinante Miss Teigne, avec ses yeux rouges dignes du diable, et son pelage exécrable. L'anecdote restait l'un de ses pires revers, elle en gardait un souvenir si enragé que chaque fois que Miss Teigne s'inscrivait sur son passage, elle manquait de lui mettre un coup de pied entre les moustaches, délibérément bien évidemment, mais Amelia se garderait bien de le dire à Rusard, prétextant une simple et malencontreuse glissade. La semaine de retenue qui avait suivi jouait un grand jeu dans l'amertume qu'elle gardait de cette soirée, et envers ce chat en particulier. Au moins avait – elle eu l'honneur de revoir Dumbledore, qui avait doucement souri en apprenant son énième tentative d'évasion, dont personne ne semblait comprendre le sens. Aller se fourrer dans une forêt terrifiante, pour ensuite visiter une maison hantée, là étaient des loisirs de haute qualité. Flitwick lui avait presque ri au nez.
Et la troisième tentative, et dernière à ce jour, bien qu'Amelia s'apprête à y ajouter une quatrième, et concluante cette – fois ci, l'avait précipitée dans les bras du préfet – en – chef de Poufsouffle, qui se trouvait à la lisière des bois après s'être mis à la poursuite d'un chien un peu trop curieux, d'après ses propres dires. Un grand chien noir, qui lui disait dorénavant quelque chose. Essoufflé et presque un peu trop énervé, Evarian Sealand lui avait hurlée dessus toute la soirée, manquant très souvent de s'étouffer avec ses propres mots tant il était rouge d'effort. Le chien semblait lui avoir échappé, et le jeune homme s'en était très mal remis. Avait suivi une seconde semaine de retenue, en compagnie du professeur Binns qu'elle avait convaincu, et Amelia ne savait toujours pas comment, de lui raconter diverses anecdotes sur les passages secrets de Poudlard. Il les lui avait révélées les doigts dans le nez, pas perplexe pour une noise. Depuis, elle était un peu plus attentive lors de ses cours, par soucis de remerciement.
Mais, aujourd'hui, la rejeton des Stanford sentait que la voie était libre, bonne, propice à la réussite de sa merveilleuse envie de lever le voile entourant les murs de la Cabane Hurlante. Sa baguette magique vibrait autour de son cou, aussi impatiente qu'elle, et Amelia sentait l'excitation lui parcourir les tempes, puis descendre jusqu'à ses muscles, qui la propulsaient efficacement, et presque un peu trop vigoureusement pour certains passants. A la main, son atlas courrait avec elle, puisqu'aucune poche n'était envisageable par un temps pareil. Amelia aurait pu sortir en maillot de bain tant la chaleur frappait, avec la violence d'un éclair de foudre au milieu d'une tempête. Ses cheveux épais lui créaient encore plus de sueurs chaudes, et elle s'était résignée à rapidement les attacher, sans même faire attention au rendu final. Avoir l'air d'une potentielle échevelée était la dernière de ses préoccupations. Finalement, un vieil appareil photo traînait autour de son cou, comme sa baguette, et se balançait au rythme de ses pas. Elle avait bien envie de l'essayer, pour une fois. Il n'était pas sorti de sa valise depuis Noël dernier, jour où elle l'avait obtenu, par sa grand – mère qui n'avait certainement pas su quoi en faire d'autre.
Amelia serpenta entre tous les membres d'un groupe de garçons de septième année, manquant de se prendre l'épaule du plus costaud d'entre eux, puis accéléra le pas. Elle pouvait déjà apercevoir la toiture de la maison la plus hantée de Grande – Bretagne entre les bâtiments du centre – ville, le soleil pénétrant dans chaque ouverture pour lui permettre une plus large vision de la bourgade. Amelia prit une grande inspiration, et sentit enfin les parfums de l'été se mouvoir entre les effluves de la rue. Les fleurs, le thym, la lavande, les arbres, les ruisseaux, la brise lente et légère, le soleil sur l'herbe et les oiseaux chanteurs, tous de différentes couleurs. La forêt interdite avait plutôt l'air féerique, aujourd'hui.
Enfin, elle déboula hors de l'allée principale de Pré – Au – Lard, traversa quelques ruelles sombres et vides de monde, et franchit la limite du village animé des sorciers, pour pénétrer sur le terrain essoufflé qui l'entourait, naturel et empli de quelques constructions qui tenaient difficilement debout. La Cabane Hurlante était l'une d'entre elles. Amelia s'approcha de la clôture qui l'encerclait, laissant à la maison un large périmètre de terrain inexploité, dans lequel l'herbe poussait à foison, sans s'arrêter un seul instant. On aurait dit une forêt miniature, une jungle pour les lilliputiens d'Angleterre. Amelia prit une première photo.
Puis, la jeune femme resta face à la muraille un bon moment, à l'observer sous toutes ses coutures, aussi captivée qu'un inventeur sur le point de faire sa découverte. Elle tapait des pieds sans même s'en rendre compte, dans un rythme effréné, émerveillé.
Soudain, Amelia perçut un soufflement, comme une sorte de chuchotement, presque inaudible, qui lui rappela instantanément ceux du passage secret de la semaine passée. Elle se retourna d'un bond, et observa longuement les fourrées, les sourcils froncés. Non, pas encore, pensa la Serdaigle en serrant les dents. Elle refusait de croire que quelqu'un allait encore l'interrompre, pour l'emmener de force au cœur de Pré – Au – Lard. Qu'on lui fiche la paix, elle connaissait le village depuis trop longtemps pour qu'il reste intéressant. Elle en avait déjà exploité tous les recoins, et même Madame Rosmerta ne savait plus quoi lui raconter, ayant déjà épuisé ses réserves d'histoires et d'anecdotes.
Quelques minutes plus tard, Amelia se détourna des buissons, et tenta de se replonger dans son observation, les oreilles alertées, juste au cas où. Qu'est ce que cela serait, cette fois – ci ? Un hippogriffe ? Un rat ? Un loup – garou ? Un sinistros ? Elle eut un petit rire moqueur à cette pensée.
La professeur de divination pourrait tomber dans les pommes si le chien noir réapparaissait devant elle, aujourd'hui encore. Trop de présages de mort pour la pauvre petite Amelia Stanford.
La jeune femme retira sa chemise à carreaux, déjà déboutonnée depuis un certain moment pour cause de chaleur torride et difficilement supportable, puis la noua autour de sa taille, révélant un simple débardeur rapiécé, d'un noir foncé. Amelia coinça ensuite son paquet de parchemins, auquel elle tenait plus que de raison, entre son short et cette nouvelle couche de vêtement, et s'étira finalement, faisant craquer ses articulations et ressortir la forme de ses muscles. L'aventure commençait. Un large sourire illumina son visage. Le bruit dans les fourrées s'intensifia, mais elle ne l'entendit pas, cette fois – ci.
Amelia trottina à grands pas jusqu'au portail en fer rouillé, fermé à double – tour, puis dégaina sa baguette, qui brisa son sortilège de réduction dès qu'elle la toucha. Enfin, dans un souffle, la Serdaigle pensa fortement à la formule 'Alohomora' et agita sa baguette dans un mouvement fluide et répétitif. Rien ne se passa, sans grande surprise. Amelia savait bien que cela ne serait pas aussi facile. Sans hésiter un seul instant, elle ramena sa baguette jusqu'à la ficelle qui entourait sa nuque, et dès que l'objet magique toucha le cordon, il redevint minuscule, et s'y accrocha de lui – même. La jeune femme était plutôt fière de ce sortilège, sorti des tréfonds de son imagination quelques temps auparavant. Il était pratique, et personne ne pouvait soupçonner que l'on pouvait porter son arme en collier.
Puis, Amelia fit quelques pas vers la barrière, agrippa le lierre qui en dévorait la pierre, et se hissa à quelques centimètres du sol. Elle sentit sa force travailler, ses tendons se multiplier, pour lui permettre de gravir le mur avec une étonnante facilité. Ce n'était pas la première fois qu'elle s'adonnait à ce genre d'exercices. Enfant, grimper aux arbres était même sa spécialité. Il fallait oser l'enchaîner pour réussir à l'empêcher de se lancer dans une autre de ces ascensions rocambolesques. Amelia avait - elle mentionné que gravir l'Everest et le Kilimandjaro était rudement inscrit dans sa liste de choses à faire depuis maintenant de longues années ? La jeune sorcière n'avait décidément jamais rien eu à voir avec sa petite voisine Diana, qui s'était découverte un vertige et une peur bleue du risque dès sa première escapade avec Amelia. A l'époque, les deux fillettes étaient à peine âgées de huit ans. Mais, pourtant, ce n'était pas ce violent écart de caractère qui avait signé leur séparation. Non, c'était autre chose. Quelque chose, une différence qui devenait de plus en plus virulente, avec les années. Diana était la moldue vivant au 7 impasse du Siffleur. Et Amelia était la sorcière du 9 impasse du Siffleur. Celle qui appartenait à une si étrange famille que personne n'osait s'approcher de la porte d'entrée. La gamine aux extraordinaires yeux, aux réflexes impressionnants, à la maison plongée dans la brume depuis des décennies. Après tout, il fallait bien que les Stanford cachent la hauteur impressionnante de leur manoir. Plus de cent mètres, ce n'était décidément pas bien commun. Amelia pouvait parfois apercevoir la côte française, à la dernière fenêtre, si la météo se prêtait au jeu.
Une fois assise sur la tranche de l'obstacle, la jeune femme poussa un long soupir, et entreprit de rafistoler sa coiffure qui semblait l'avoir abandonnée en chemin. Puis, Amelia releva son regard mordoré vers le panorama, et fut prise d'un élan d'extase. Le soleil illuminait chaque feuille des milliers d'arbres de la forêt, et en plein milieu, un cour d'eau semblait serpenter entre les rochers, dans un torrent continuel. Pré – Au – Lard était entouré de champs, de collines et de forêts, comme le village d'un conte de fées. Au loin, Poudlard se dressait de toute sa hauteur au milieu des montagnes, et donnait toujours cette impression majestueuse de tout – puissant, comme si Merlin lui – même avait béni le château d'une grandeur ahurissante.
Amelia prit une bouffée d'air frais. Ici, le vent se faisait plus fort. Ou peut – être que le temps changeait. Elle sentit les mouvements de l'atmosphère venir caresser sa peau, lui déposer un sentiment de liberté que seuls les cieux pouvaient fournir, une empreinte de l'empyrée, là où terre et ciel se rejoignaient. Un long frisson parcourut son échine, car c'était pour cela que la jeune fille passait son temps à sillonner les couloirs de Poudlard ou les chemins de terre de la campagne celte. Ce sentiment. Cette passion ardente, impossible à mesurer. Son esprit était habité de cette féroce envie de voler, en parfaite liberté. D'effleurer les légendes, de comprendre les mystères d'antan. De découvrir le plus incroyable des trésors.
De savoir, encore et encore.
Peut – être était – ce la raison de son appartenance à la maison des aigles, finalement. Comme eux, elle savait divinement bien voler, à travers moult curiosité et liberté. Le genre d'oiseau impossible à emprisonner, jamais stoppé dans son élan, toujours les yeux rivés vers le ciel et ses étoiles millénaires.
La jeune femme ferma les paupières pendant une longue seconde. Les effluves de l'été faillirent lui faire l'effet d'un somnifère, et les mouvements du vent eurent vite fait de vouloir la faire lever les bras en l'air, comme pour embrasser le ciel. Ce mouvement resta néanmoins tapi dans sa tête, Amelia n'étant pas assez bête pour donner une autre raison aux gens du coin de la prendre pour une folle. Elle était assise sur le mur entourant la maison la plus hantée d'Angleterre, avec la brutale envie d'aller y faire un tour, c'était déjà amplement suffisant. Finalement, l'héritière des Stanford esquissa un sourire en coin, et se mit debout sur ses pieds. De là, elle eut l'impression d'être encore plus haute, de presque marcher sur la voûte céleste. D'un mouvement de ses iris, la jeune femme observa la chute qui l'attendait, et la forme de ses bottines brunes, dont la semelle et le maintien semblaient suffisamment épais et efficaces pour lui éviter une cheville foulée. Amelia faillit alors s'élancer. Ses appuis étaient prêts, en position. Son regard fixé sur son point d'atterrissage. Mais un bruit la fit stopper l'entièreté de ses mouvements. Perplexe et immobile, Amelia tendit l'oreille. Quoi, encore ?
Petit à petit, son ouï perçut des vibrations, qui se transformèrent bientôt en des voix bien réelles. Des voix humaines, graves et hautaines. Elle réprima un grognement d'agacement. Voulait – on vraiment lui faire croire que des élèves avaient eu envie d'aller faire un tour autour de la cabane hurlante à cet instant précis ? Là, maintenant ? Mais quel était ce timing ridiculement affligeant ? Amelia secoua brutalement la tête, fronça les sourcils, puis se tourna lentement vers le côté de l'intrusion. Face à elle, à quelques mètres plus bas, quatre jeunes garçons l'observaient, les yeux curieux, les bouches relevées et étrangement souriantes.
Amelia réprima un hurlement de crispation. Elle les connaissait bien, ces quatre garçons. Toute l'école les connaissait. Populaires, beaux, intelligents, aventureux et courageux. Les Maraudeurs avaient tout pour eux. Mais Amelia n'avait jamais rien eu à faire avec ne serait – ce qu'un seul membre du quatuor. Elle ne les connaissait donc que de vue, que de réputation. Un bien piètre départ. Et, si les événements de la semaine passée ne s'étaient jamais déroulés, la jeune femme les aurait certainement ignorés. Néanmoins, là, tout changeait. Les pions avaient bougé. La partie s'était enclenchée. L'étrange impression de présence dans le passage secret et le chien sorti d'entre les pierres taillées, comme si ne rien n'était, dans la plus grande des banalités. Tout cela faisait beaucoup. Mais c'était surtout la fameuse déclaration du détestable tableau du quatrième étage qui lui avait mise la puce à l'oreille.
Black et son imbécile d'ami
Il n'y avait que Sirius Black et James Potter pour aller s'aventurer dans les multiples couloirs de Poudlard, si on omettait Amelia Stanford, cinquième du nom. La jeune fille gardait cet immense doute dans son esprit depuis près d'une semaine, le laissant vaguement plonger dans les méandres de ses pensées en se promettant de s'y intéresser plus tard. Après tout, elle devait encore aller explorer la cabane hurlante, les cuisines, et tenter de trouver le mot de passe du bureau de Dumbledore, juste pour y observer les nombreuses reliques légendaires ayant traversé les siècles. Tout cela avant la fin de l'année.
Mais, finalement, là était le moment idéal. Amelia commençait à s'en rendre compte.
Face à elle, l'un des quatre Gryffondor tenta d'entraîner ses compagnons un peu plus loin. Comme si ils ne l'avaient pas vue. Comme si personne n'était là, planté en haut de la barrière, à des mètres au dessus d'eux. Remus Lupin pensait peut-être que ses compagnons allaient lui jouer un mauvais tour, à elle aussi. C'était bien se tromper sur la personne. En tout cas, tout ce qu'il obtint fut une tape sur l'épaule de la part de Potter, qui éclata ensuite de rire, comme si les papillons lui avaient soufflé une bonne blague dans l'oreille.
Amelia resta plongée dans un silence de mort, où seules ses pupilles exprimaient sa frustration d'être toujours arrêtée à deux doigts de la maison hantée. Mais pour le coup, les quatre jeunes garçons purent aussi y lire une certaine pointe de curiosité.
Sirius Black fut le premier à s'éclaircir la gorge. Il jeta un regard en coin vers James Potter, se passa une main dans les cheveux sans même s'en rendre compte puis se planta face à la Serdaigle de sixième année, dans le plus grand des calmes. On aurait dit que la forêt s'était arrêtée de vivre. Mais Amelia n'y fit pas attention. Elle contempla pendant près d'une milliseconde les chaussures en cuir et le tee – shirt rock 'n roll du Gryffondor, puis commença à tripoter la corde qui soutenait sa baguette magique, le regard rivé sur les quatre ombres.
- Qu'est – ce que tu fais là, Stanford ?
Deux choses sautèrent aux yeux d'Amelia, à la seconde où Sirius referma la bouche. Deux hypothèses, deux possibilités. Soit, ils étaient sincères. Après tout, la question était véridique. Que faisait – elle là, assise sur la barrière qui abritait une maison hantée, au beau milieu d'un bel après – midi, seule, et équipée comme si elle partait en expédition au milieu des Highlands ? Mais, alors, comment connaissait – il son nom ? Elle n'avait pas de réputation, à sa connaissance. Elle n'était pas du genre à se pavaner en public, à montrer ses découvertes à l'entièreté d'une école. Mais ils avaient peut-être entendu parler d'elle, c'était envisageable, bien que peu probable.
Soit, ses doutes s'avéraient vrais, et tout s'expliquerait. Tout s'emboîterait dans ce paquet doré, qui restait presque trop flou pour son insatiable envie de savoir. Ils connaissaient son nom car ils avaient été présents, dans le passage du quatrième étage, avec elle, invisibles même si cela paraissait impossible. Amelia se souvenait avoir prononcé son prénom, à un certain moment. Ils n'auraient eu plus qu'à pousser les recherches, ou à passer devant la toile de Sansoeil, qui n'avait décidément pas sa langue dans sa poche. Et, justement, Sansoeil était un élément important de ce mystère. Toujours et encore cette même phrase.
Black et son imbécile d'ami
Amelia avait presque tous les indices en main. Seul ce chien restait encore dans la brume de ses pensées. Mais, peut-être qu'avec quelques questions, innocentes en apparence, tout finirait par devenir aussi clair que la rosée du petit matin. Aussi frais, aussi beau, brillant, et superbe.
- J'ai vu un chien noir passer dans le coin, y a pas longtemps. J'ai voulu aller voir, il est pas à vous, par hasard ?
Potter et Lupin haussèrent les sourcils à l'unisson. Pettigrow eut un mouvement de recul, et sans hésiter, son regard tremblant se porta sur Sirius Black. Celui – ci resta de marbre. Et Amelia eut le divin sentiment qu'elle était sur la bonne voie. Ses membres tremblaient de nouveau, la piste s'éclairant petit à petit. Le mystère était sur le point d'être résolu. Elle faillit oublier la présence de la cabane hurlante, juste derrière, qui l'attendait de pied ferme. Un sourire à peine perceptible s'inscrivit sur ses lèvres, et elle eut envie de sortir son atlas, juste pour y noter ses milliers de pensées qui tournoyaient encore dans son esprit. Mais, à sa vaste surprise, Sirius Black lâcha un petit rire, plongé d'ironie. Elle haussa un sourcil, elle aussi. Il se passa, encore une fois, la main dans les cheveux, et la brillance de ses yeux devint presque mesquine.
Ses yeux.
Amelia se plongea dedans, sans hésiter. Une intuition lui disait de le faire. Et, elle réalisa. Là. Avec la lenteur de la surprise, l'extraordinaire que relevait ce constat. Un gris orageux occupait les iris de l'aîné des Black. Un gris capable de rivaliser avec l'armure des chevaliers, une couleur plongée dans la nuance d'un ciel en noir et blanc, captivante. Le métal des combattants d'autrefois s'opposait à l'or des rois et des reines, qui occupait ses propres mirettes.
L'impression de déjà vu fut presque trop puissante.
Trop facilement cohérente.
Amelia Stanford ne put que rester bouche – bée. Voilà qu'on lui disait que Sirius Black était le chien du passage secret.
