Je m'étonne encore une fois en entamant la traduction d'une fanfic monstrueuse en termes de taille.
Mais après le désastre indescriptible qu'était la saison 8, cette histoire a été véritablement thérapeutique et m'a permis de garder intact mon amour pour ces personnages et ce ship. Dès lors, il me semble impossible de ne pas la partager.
Comme à chaque fois, je me contente uniquement de traduire cette fanfic. Cette pépite ne m'appartient pas et absolument aucun mérite ne me revient. Si vous le pouvez, par pitié, lisez en VO !
Titre: L'Hiver est Venu (Avec du Feu et du Sang)
Auteur: frombluetored
Lien de l'original: (h)(t)(t)(p)(s)(:)(/)(/)(archiveofourown).org(/)(works)(/)(18843322)
Traductrice: Aurélie (a.a.k)
Estimation: PG-15
Fandom: Game of Thrones
Couple: Jon Snow/Daenerys Targaryen
Personnages: Daenerys Targaryen, Jon Snow, Davos Mervault, Arya Stark
Résumé: "Je ne pouvais pas l'aimer en retour. Pas de la façon qu'il voulait. Pas de la façon dont je t'aime."
Son cœur est aussi puissant et frénétique que les ailes de Drogon quand il s'envole. Elle pense que la peur pourrait la consumer toute entière.
"Peux-tu l'entendre?" demanda-t-elle doucement. Elle tremble presque.
Et, durant un instant, le monde est chaud, petit, sans danger. Jon la tient dans ses bras, son corps se déversant sur le sien, ses lèvres sur ses lèvres, son amour un feu immense — et Dany, l'Imbrûlée. Elle le laisse la brûler vive, enchantée par la chaleur de ses paumes, la brûlure de sa barbe contre sa peau.
Quand ça s'arrête —quand il se recule— c'est plus piquant que la glace.
Tags supplémentaires: Je suis furieuse et c'est tout ce que j'ai à dire pour ma défense, C'est moi qui essaye de recoller un vase vieux de 2 milles ans avec du ruban adhésif, FURIEUSE JE VOUS DIS, Je suis en grande partie restée dans le canon jusqu'à l'épisode 5... puis j'emmerde cette merde, J'ai écrit ça en étant dans une telle rage que je n'ai même pas relu donc euh soyez indulgent avec moi, Bref Daenerys est toujours ma reine, OU EST BOATBABY BORDEL DE MERDE, Fin heureuse et réparation de parcours des personnages, BRAN EST LE MECHANT
Note de la traductrice: Je regarde la série et lis les livres en anglais. Je ne connais donc pas bien la traduction officielle de certains mots, notamment le fameux « Aye », qui est une manière différente (et ancienne) de dire « oui » en anglais. J'ai beau chercher, je ne parviens pas à savoir comment cette expression a été traduite, ni même si les traducteurs ont pris la peine de garder cette particularité du langage de certains personnages. J'ai tenté de trouver une façon de le faire passer de l'anglais au français, mais j'avoue qu'aucune solution ne m'a vraiment convaincue. Dès lors, je fais le choix de garder la version originale. Si quelqu'un a une idée (ou sait me donner la VF officielle), évidemment, je suis preneuse ^^
Chapitre 1: Le Siège
I.
Quand elle s'écroule sur le sol, le souffle coupé et le cœur aussi serré qu'un poing par la terreur, ce n'est pas à sa propre vie qu'elle pense.
Elle voudrait que ce soit le cas. Elle voudrait craindre sa destruction à elle, l'effondrement de sa vie comme un château incendié, la bougie du potentiel soufflée. Elle recule péniblement sur la neige ensanglantée et tâchée de cendres, ses ongles s'enfonçant désespérément dans le sol glacé pour un effet de levier, sa respiration sortant en un rythme haletant, entrecoupé, alors que les morts s'approchent d'elle. Pas moi, voudrait-elle penser. Pas moi.
Pas elle. La vérité est un démon à l'état brut, transperçant Daenerys avec un tel désespoir et une telle peur que ça la laisse presque paralysée. Ses bras se lèvent brusquement vers son ventre. Elle est en train de gémir, de reculer, de paniquer —quand elle entend le sifflement d'une lame dans l'air, le glissement brusque d'un coup, le soulagement qui l'inonde ressemble à du feu. Et la présence de Jorah est la renaissance de la vie.
II.
Seule la mort peut acheter la vie.
Le corps de Jorah est mouillé de neige fondue et de sang, et chaud à cause de son étreinte acharnée. Elle le berce, ses sanglots déchirant son corps si violemment que ç'en laisse sa gorge à vif, le désespoir l'enchainant sur place. Elle ne sait pas combien de temps elle reste assise là, à bercer son cadavre, Drogon enroulé en sentinelle autour d'elle, les sons lointains de mugissements et de pleurs et de cris comme une toile de fond assourdie face à sa douleur. Elle ne peut pas bouger. Elle ne peut pas s'en aller. Seule la mort peut acheter la vie.
Jorah ne l'a jamais su. Il ne le saura jamais. Il ne saura jamais que sa mort a protégé plus qu'une seule vie.
Dans la neige ensanglantée— l'hiver vient, avec du feu et du sang. L'hiver vient. L'hiver est là. Avec du feu et du sang— seule, le monde un sombre cauchemar, Dany l'embrasse tendrement sur la bouche. Et puis elle ne peut que le serrer plus fort, se noyant sous tous les mots de gratitude qu'elle n'a jamais dits— et ne dirait jamais.
III.
Elle avait presque oublié.
C'était une drôle de chose. D'aussi loin qu'elle s'en souvient, le Trône de Fer était au premier plan dans ses pensées. Mais durant les premières heures après la bataille, elle ne pense pas au Trône, ni à l'identité de Jon, ni à son règne.
Elle pense à Jorah. A Ser Barristan. Viserion.
Jon.
Ses yeux se ferment avec une pointe de douleur qui part de son cœur tout droit dans son ventre. Elle pose sa main là. Dans le silence. Dans le calme. Dans la solitude. Son pouce effleure le tissu de sa robe — toujours rigide à cause du sang séché de Jorah, ou peut-être le sien, à elle. Ou peut-être à eux deux. Elle sait qu'elle devrait se changer; le nettoyage commence et elle est la Reine. Elle doit être là, aux côtés de son peuple, peu importe à quel point ils peuvent être importuns. Peu importe à quel point ils ne l'aiment pas.
La nausée dans son ventre grandit. Le malaise s'enroule autour de son cœur comme une plante grimpante.
Et sa main. Elle est par-dessus le sang de Jorah. Par-dessus l'enfant de Jon.
La pensée lui soulève l'estomac, ses yeux gigotent nerveusement sous ses paupières fermées. Même le chuchoter dans son propre esprit la terrifie, comme si elle se maudissait elle-même. Les muscles de sa main se contractent, convulsent. Et juste au moment où elle rabaisse sa main, la porte de sa chambre s'ouvre.
"Majesté?"
Dany n'a jamais été plus soulagée de voir qui que ce soit. Missandei se tient avec hésitation dans l'embrasure de la porte, son expression de profonde inquiétude se transformant en un soulagement enchanté à la vue de Dany, plus ou moins intacte. Ver Gris était la première personne que Dany a vu à la fin; il est resté debout à ses côtés stoïquement et avec un air sombre jusqu'à ce qu'elle ait la force de se lever. Il a porté le corps de Jorah pour le ramener, malgré le tremblement de ses jambes. Malgré son épuisement. Dany s'est éclipsée dans sa chambre immédiatement, tremblante et ayant grand besoin d'un répit du chaos, des cris. Nul doute que Ver Gris a dit à Missandei où la trouver après leurs retrouvailles.
"Viens," Dany lui fait signe, son cœur s'accélérant avec affection en voyant l'apparence propre, impeccable, de Missandei. Elle n'a pas été blessée. C'était la plus belle chose qui soit arrivée depuis leur arrivée dans le Nord.
Missandei se précipite aux côtés de Dany, son attitude habituellement calme un peu secouée par le traumatisme de la nuit. Missandei s'assied près de Dany sur le lit, ses mains se posant facilement sur celles de Dany. Dany ne remarque que ses mains se sont reposées sur son ventre que lorsqu'elle sent celles de Missandei les rejoindre.
Il y a peu de secrets entre elles. Ce n'est pas l'un d'entre eux. Missandei— l'amie en qui elle a le plus confiance. La première personne qui la voit le matin, la dernière personne qui la voit le soir. La personne avec des histoires de lieux paisibles que les gens peuvent transformer en maison, des histoires qui mettent du baume au cœur de Dany aux moments où elle sent que les ténèbres dans son esprit pourraient engloutir le monde tout entier.
Non. Il n'y a pas de secrets de ce genre entre elles.
Missandei demande avec ses yeux. Pour la première fois cette nuit, Dany sent la brûlure des larmes dans ses yeux, même si elle ne peut pas les laisser passer. Pas encore. Pas alors qu'elle doit faire une apparition. Doit être forte. Une reine.
"Je ne sais pas," admet Dany et, bien qu'elle parvient à retenir ses larmes, il est impossible d'empêcher la façon dont ses mots tremblent.
Elle pense à combien sa chute de Drogon était importante. Elle a atterri face contre terre. Peut-être qu'il n'y avait plus rien à protéger, après tout.
"Qui puis-je appeler?" demande Missandei. Il faut un moment à Dany pour réaliser qu'elle a parlé en Haut Valyrien.
Il n'est pas inhabituel qu'elles passent d'une langue à l'autre quand elles discutent, mais quelque chose dans ce changement fait froid dans le dos à Dany. Elle ne peut s'empêcher de jeter un œil à la pièce autour d'elle, son cœur tressautant de peur. Est-ce que Missandei a abandonné la langue commune parce qu'elle pense que quelqu'un écoute?
Dany lui répond en Dothraki, son estomac à nouveau agité par la nausée. "Personne. Je ne fais confiance à aucun guérisseur ici."
Le front de Missandei se plisse avec une douce confusion. Dany s'est toujours sentie rabaissée par le doute des autres mais, pour une raison ou pour une autre, les inquiétudes de Missandei ont toujours fait l'effet inverse. Quand les autres la remettent en question, Dany se sent menacée, incertaine; quand Missandei la remet question, Dany se sent aimée. Missandei demande afin de savoir, de comprendre. Dany n'a jamais fait confiance à personne comme elle lui fait confiance.
"Mais, Majesté, je pourrais aller chercher Zirva," suggère Missandei d'une voix douce, implorante.
Dany la regarde. Elle n'est pas sûre de ce que Missandei voit refléter dans ses yeux, quelle émotion se mêle à la danse de la lumière du feu qui bafouille. Mais Missandei sait quand même l'interpréter.
Aucun autre mot n'est prononcé. Dans aucune langue. Mais Dany sait que Missandei comprend.
Ici, dans ce paysage déroutant, où Dany ne parvient pas à prendre appui, elle ne fait confiance à personne. Pas même à ses propres guérisseurs Dothraki.
"Personne d'autre que toi," s'entend-elle dire en Valyrien.
Les doigts de Missandei s'enroulent plus étroitement autour de ceux de Dany.
IV.
Après le bûcher funéraire, elle est trop usée pour espérer un amour révérenciel ou des paroles d'adoration, mais elle s'attend à un meilleur accueil que celui qu'elle reçoit. Elle reçoit quelques sourires convoités des Nordiens, mais ça donne une impression de pensée après coup, comme si elle était un fantôme qui ne faisait que traverser leur vision périphérique. J'ai sacrifié tant de choses pour vous, a-t-elle envie de dire. Les mots remontent dans sa gorge. Ils sont épais et suffocants. Jorah est mort à cause de vous. Je l'ai conduit à sa mort. J'ai regardé la moitié de mon peuple s'éteindre dans la nuit. J'aurais pu perdre Drogon. J'aurais pu la perdre, elle.
Mais c'est la distance de Jon qui fait le plus mal. Elle aurait pu supporter la froideur des Nordiens si elle avait eu Jon à ses côtés. Mais elle peut sentir que les choses sont déstabilisées depuis le moment où leurs regards se sont croisés après la bataille. Ses mains s'ouvrent et se referment à ses côtés, presque comme s'il commençait à les tendre vers elle et puis changeait d'avis, et Dany sent une émotion étrange fermenter au plus profond de sa poitrine. Le désespoir, réalise-t-elle plus tard.
C'est un sentiment rebutant.
Elle ne veut rien de plus que lui tomber dans les bras et l'embrasser, lui dire à quel point elle est reconnaissante qu'il ait survécu, de se réjouir de leur survie ensemble. De lui dire qu'elle l'aime; de donner naissance aux oiseaux qui provoquent des palpitations dans son cœur avec le battement de leurs ailes. De lui dire la chose qui l'a poussée à descendre dans cette crypte pour lui dire avant la bataille. Quand tout a changé.
Le fils de Rhaegar. Les mots intrusifs résonnent en boucle dans l'esprit de Dany et, peu importe à quel point elle repousse la pensée avec colère, elle se surprend quand même à regarder Jon de l'autre côté de la salle. Le fils de Rhaegar. Son frère, oui— mais elle ne l'a jamais rencontré. N'a jamais parlé avec lui. Il était, pour elle, aussi puissant et lointain qu'un personnage dans un livre de contes. Réconcilier Jon, l'homme qu'elle aime, l'homme avec qui elle a partagé son lit presque tous les soirs, avec cette présence est impossible. Peu importe le nombre de fois où ses yeux parcourent la forte mâchoire de Jon ou ses cheveux brillants, les mots le fils de Rhaegar, c'est le fils de Rhaegar passant dans son esprit. Elle ne parvient pas à le voir. Elle ne parvient pas à faire en sorte que ça lui importe de la façon dont elle craint que ça pourrait importer à Jon.
Mais les façons dont ils voient la chose n'importent pas. Elle regarde autour d'elle, dans cette salle solitaire durant la fête, remplie de gens moins seuls qu'elle, et elle sait qu'ils le verront. Ils regarderont Jon et verront un Targaryen. Ils regarderont Jon et verront le fils de Rhaegar.
Ils regarderont Jon et verront un roi. Le roi légitime.
Ces craintes grouillantes, ces suspicions tordues. Elles n'ont jamais été aussi bruyantes qu'elles le sont ici, à Winterfell. Entourée de coups d'œil incertains et d'indifférence vaguement hostile, observer Jon recevoir un amour et une admiration sans faille — le genre qu'elle a toujours eu— fait que Dany se sent effrayée.
Désespérée.
Lui rendre ses petits sourires hésitants est difficile dans le meilleur des cas. Ses gorgées de vin sont minuscules et purement pour le décorum; elle a l'impression qu'elle pourrait vomir à tout moment. Et quand sa main commence à se diriger vers son secret, elle parvient tout juste à se rattraper à temps.
Il est question de plus que le trône. Mais il est question de ça, aussi. Pouvoir, amour, sécurité, maison— tout est une seule et même chose. Le sait-il?
C'est la nausée montante qui la fait sortir du hall, descendre le corridor, retourner dans sa chambre. Mais c'est la douleur dans son cœur qui la fait rester là-bas.
V.
"Je ne pouvais l'aimer en retour. Pas de la façon qu'il voulait. Pas de la façon dont je t'aime."
Son cœur est aussi puissant et frénétique que les ailes de Drogon quand il s'envole. Elle pense que la peur pourrait la consumer toute entière.
"Peux-tu l'entendre?" demanda-t-elle doucement. Elle tremble presque.
Et, durant un instant, le monde est chaud, petit, sans danger. Jon la tient dans ses bras, son corps se déversant sur le sien, ses lèvres sur ses lèvres, son amour un feu immense — et Dany, l'Imbrûlée. Elle le laisse la brûler vive, enchantée par la chaleur de ses paumes, la brûlure de sa barbe contre sa peau.
Quand ça s'arrête —quand il se recule— c'est plus piquant que la glace.
Dany en ressent le froid partout. Elle le sent dans le plomb qui sombre dans son cœur. Dans la brûlure derrière ses yeux. Dans le picotement dans sa gorge.
"J'aurais aimé que tu ne me le dises jamais," admet-elle. Ce sentiment… le désespoir. Il recommence à s'agiter et à brûler en elle. A-t-elle déjà été autant effrayée? Dany essaye de se rappeler, mais elle ne parvient pas à dépasser sa terreur de maintenant, à cet instant, car elle réalise qu'elle est sur le point de tout perdre. Jon veut peut-être ne plus être avec elle et elle va avoir son enfant. Si la vérité s'apprend pour son droit au trône, elle sera immédiatement en danger; elle sait, sans l'ombre d'un doute, que les habitants du Nord feraient tout ce qu'il faut pour la faire disparaitre si ça signifie mettre Jon sur le trône. Elle finirait à nouveau pourchassée et, si elle survivait pour donner naissance à cette enfant, elle grandirait comme elle: coincée, traquée, sans une véritable maison.
Et Jon, chuchote une voix dans sa tête, même si elle ne le veut pas. Et s'il décidait qu'il veut le trône après tout? Et si c'était lui qui orchestrait sa chute?
En le regardant maintenant, la tête baissée, la lumière des bougies faisant des cercles sur ses pommettes… Dany ne peut pas à l'imaginer se retourner contre elle. Ne peut pas l'imaginer lui prendre tout.
Mais elle peut imaginer que sa famille le ferait. Elle n'est pas étrangère à la trahison. Elle sait comment en reconnaitre le chemin.
Sa famille, pense-t-elle avec amertume. S'il est vrai qu'il est qui ils disent qu'il est, c'est moi sa famille. C'est nous.
Est-ce que ç'aurait de l'importance? Si elle lui disait maintenant… est-ce qu'il déclarerait son allégeance à elle et leur enfant, est-ce qu'il renoncerait à son ancienne famille passée, est-ce qu'il resterait loyal envers elle et ne la trahirait jamais ? Est-ce qu'il réaliserait ce qu'elle a réalisé: que leur seul chemin vers la sécurité est maintenant pas le biais l'un de l'autre?
"Ne le dis à personne," implore-t-elle, son désespoir atteint son sommet, comme une vague.
Elle attend. Elle observe. Elle se dit que, s'il peut lui donner cette promesse, s'il peut garantir leur sécurité, elle lui fera assez confiance pour lui dire que l'impossible s'est produit.
Il fixe les limites à ne pas franchir très clairement. Et, sans le vouloir, sans le prévoir, Dany le fait aussi.
VI.
Il essaye de brouiller ces limites tandis qu'ils discutent de leur plan pour prendre Port-Réal. Il lui déclare son allégeance encore et encore et encore. Il tient tête à ses sœurs. Dany veut que ça compte pour quelque chose. Elle veut que ça apaise son cœur. Mais elle a été blessée et elle est effrayée et elle n'a pas le temps. A chaque fois qu'ils parlent de jouer sur le long terme, d'affamer les citoyens, tout ce que Dany peut voir, c'est son ventre s'arrondir alors que les gens à Port-Réal deviennent émaciés. Quand Sansa parle d'attendre, de donner à leurs armées le temps de récupérer, tout ce que Dany peut voir, c'est la manière dont Sansa la regardera une fois que sa grossesse commencera à être visible. Le danger dans lequel elle sera ici, parmi les loups. Parmi ses ennemis.
C'est la première fois que ce mot entre en jeu. Ennemi. Elle a essayé tellement fort de prendre soin du Nord, de subvenir à leurs besoins, de prendre soin d'eux mais, face à leur hostilité incessante, elle ne peut s'empêcher de reconnaitre que, pour eux, elle ne sera jamais plus qu'une future ennemie. Toute paix est hésitante et éphémère.
Et une fois que Jon aura parlé à Sansa, Arya et Bran de son droit au trône, plus rien ne sera plus jamais sans danger pour elle.
Donc non, elle ne peut pas attendre.
Elle ne peut pas donner du temps à ses troupes pour récupérer, parce que c'est donner du temps à Cersei pour se préparer. C'est donner du temps à son corps pour révéler un secret qui pourrait être sa chute.
Plus tard, de retour dans sa chambre, elle demande à Missandei si elle pense qu'elle a fait ce qu'il fallait. Les doigts de Missandei sont doux dans les cheveux de Dany, démêlant soigneusement les tresses du jour pour la préparer au coucher.
"Ca se verra bientôt," répond Missandei en Valyrien.
Ca apaise le cœur de Dany. Ca calme sa détermination. Missandei pense la même chose. Missandei comprend. Si elles le pensent toutes les deux, elles doivent avoir raison.
"Majesté," commence Missandei, un ton timide, hésitant et familier dans la voix. Elle passe doucement ses doigts dans les cheveux de Dany, ôtant les dernières torsions de ses tresses. "Jon Snow… est-ce qu'il sait?"
La gorge de Dany se serre. Elle doit se forcer à rester immobile alors que Missandei continue de lui peigner les cheveux. Elle a envie de s'échapper de la conversation. Elle a envie de fuir tout ça. Elle n'avait jamais imaginé que quelque chose qu'elle a terriblement désiré, quelque chose qu'elle pensait être impossible, puisse la remplir d'autant de frayeurs.
Pour une raison ou pour une autre, cette enfant est intrinsèquement liée à sa peur du rejet. Rejet de Jon. Rejet de Westeros. À l'échec.
"Non," répond Dany. Elle ne mentira pas à Missandei. Elle lève le bras et attrape la main de Missandei dans la sienne et la tient doucement. "Seulement toi," dit-elle à nouveau.
Tu es la seule à qui je fais confiance.
"Vous ne lui faites pas confiance?" demande Missandei avec douceur.
C'est difficile de répondre. Si Missandei lui avait demandé quelques semaines plus tôt, la réponse aurait été un oui, évidemment que je lui fais confiance retentissant. Mais elle n'est sûre de rien ici.
"Pas pour ça. Pas encore," répond finalement Dany.
Missandei ne la fait pas se sentir folle à cause de ça. Elle ne le remet pas en question. Elle se contente d'hocher la tête.
"Bientôt la guerre sera finie," dit Missandei, "Et il n'y aura plus de danger à lui dire."
Pour la première fois depuis un certain temps, Dany se retrouve à en douter.
VII.
C'est drôle: l'épée coupe la tête de Missandei, mais c'est Dany qui se sent coupée de son corps.
Quand le corps de Missandei frappe le sol, Dany sent quelque chose de très solide et de très réel en elle voler en éclats. Sa vision chancelle: elle tourne et se brouille aux bords, sautille, tremble. Elle ne parvient pas à respirer pour son cœur qui bat à tout rompre. Et dans sa tête, tout ce qu'elle entend, c'est Dracarys! Mêlé aux battements frénétiques de son propre cœur. Elle ne peut pas entendre un seul mot de ce que les gens disent autour d'elle.
Quand elle se tourne pour s'en aller, c'est comme si quelqu'un d'autre la contrôlait. Elle titube et chancelle.
Et dans son esprit — de la haine.
Elle ne pense pas à elle. Ni à elle. Ni à elle-même.
Elle pense au feu et au sang.
VIII.
Personne ne vient pour être avec elle. Tout le monde s'en fiche. Ce fait cesse de faire mal après la première semaine et se transforme en un fait amer qu'elle ne peut pas ignorer. Une chose dont elle ressent la douleur tous les jours.
Elle n'est même pas sûre qu'elle voudrait que qui que ce soit vienne, de toute façon. Tyrion n'offre aucun réconfort; il semble avoir peur de son chagrin. Quelques servantes Dothraki essayent de lui parler, mais quand Dany les regarde, tout ce qu'elle voit, c'est la tête de Missandei tomber de son corps. Et puis elle est malade.
Elle prend conscience du poison assez vite; son sens de l'odorat est accru avec la grossesse et elle peut dire que quelque chose ne va pas avec le premier plateau altéré qui lui est amené. Non pas que ça change grand-chose: elle n'a rien mangé depuis son départ pour Port-Réal. Elle est certaine qu'elle ne mangera plus jamais.
Et toute la journée, tous les jours, il y a une pression grandissante dans sa poitrine, un chagrin si vaste qu'il donne l'impression à Dany d'être la Grande Mer Herbeuse elle-même. Elle ne peut parler à personne. Elle ne veut être avec personne. Et pourtant, en proie à tout cela, elle veut une personne en particulier.
La nuit, elle rêve de feu et de sang, de cris et de destruction. Elle pense aux façons dont elle va détruire Cersei, la souffrance qu'elle va lui faire endurer pour lui avoir pris Missandei. La seule que j'ai, pense Dany et puis elle est à nouveau malade. Elle n'est même pas sûre de ce qui lui reste à purger.
Quand elle regarde le ciel, elle voit le vide là où Rhaegal devrait être. Quand elle se pelotonne dans son lit, elle ne sent pas Missandei près d'elle. Quand elle se regarde dans le miroir, elle se reconnait à peine.
La seule chose au monde qui l'empêche de charger droit sur Port-Réal et de raser la ville, c'est elle. Plus longtemps Dany reste sans nourriture, plus le léger arrondissement de son ventre se prononce. Elle ne peut plus l'ignorer, même si les personnes extérieures ne peuvent pas encore le voir. Et elle ne peut s'empêcher de penser qu'elle a toujours quelque chose à protéger, après tout.
Mais Jon arrive, amenant le vide avec lui. Elle ne reçoit aucun réconfort de sa part. Elle ne reçoit aucun amour. Il se tient à ses côtés quand elle exécute son traître le plus récent, mais elle ressent son jugement. Plus tard, quand ils parlent, elle le regarde et elle cherche dans ses yeux sombres d'étranger après l'amour dont elle a si désespérément besoin, l'amour qu'elle espérait qu'il pourrait amener, elle réalise qu'il n'y a rien pour elle là. Rien que des cendres, du feu et du sang. Il ne peut même pas supporter de l'embrasser; comment pourrait-il supporter d'élever un enfant avec elle? Il n'était pas assez loyal envers elle pour garder un secret; comment pourrait-elle lui faire confiance avec celui-ci?
Comment pourrait-elle faire confiance à qui que ce soit?
Comment pourrait-elle le supporter?
Elle a été seule au monde à de nombreuses reprises. Mais elle ne s'est jamais sentie aussi seule qu'en ce moment. Elle peine à retrouver la foi en elle comme avant… mais elle ne parvient pas à chasser l'impression qu'elle les a conduits, son enfant et elle, à leur perte.
La seule chose à faire maintenant est de vaincre cette menace. Elle doit évincer Cersei du pouvoir. Elle doit récupérer son trône légitime avec une puissance et une force indéniable, le genre qui ne laissera pas la place à des insurrections ou des usurpateurs.
Elle n'a peut-être pas l'amour de Jon. Ni de qui que ce soit.
Mais elle va aimer son enfant. Et elle va rendre le monde sans danger pour elle. Peu importe les moyens. Quoi qu'il en coûte.
Le coût sera élevé.
IX.
Le soir avant leur siège, elle est affaiblie par la faim. Malgré tous ses efforts, elle ne peut s'empêcher de trébucher avec un vertige pendant qu'elle sort de la salle des cartes.
Son cœur s'arrête dans sa poitrine quand c'est la main de Jon qui lui fait retrouver l'équilibre.
"Dany—"
Elle se dégage de son contact et s'en va avant qu'il ne puisse dire quoi que ce soit d'autre. Elle ne veut pas l'entendre. Ne veut pas être appelée comme ça. Ne veut pas regarder dans ses yeux. Ne veut même pas sa main sur elle. Pas comme ça.
Elle se retire dans sa chambre et c'est là qu'elle sent les larmes commencer à monter. Ses mains tremblent. Elle a cessé de sentir la faim lui ronger les entrailles il y a plusieurs jours, mais elle est fatiguée et faible et elle semble incapable de contrôler son désir de piquer une crise. Elle veut hurler jusqu'à ce que sa gorge soit ensanglantée. Elle veut détruire tout ce qu'elle touche. Elle veut pleurer et pleurer et pleurer et ne jamais s'arrêter.
Elle veut que Missandei revienne. Elle veut Jorah. Elle veut Ser Barristan, Irri, Drogo.
Jon.
C'est là qu'elle pleure. C'est un torrent venant du plus profond d'elle; une fois que ça commence, elle ne peut plus s'arrêter. Elle pleure jusqu'à ce qu'elle ne le puisse plus et puis un vide familier retombe sur elle. Elle s'assied sur le bord du lit et imagine que Missandei passe le pas de la porte. Elle en est presque malade de douleur. Et quand elle entend un coup sur sa porte, elle pense qu'elle est peut-être devenue folle, après tout.
"Dany?"
Elle est certaine que si elle pouvait ressentir quoi que ce soit, elle serait surprise qu'il cherche à la voir après leur désastreuse dernière rencontre en seul à seul. Elle est méfiante tandis qu'il entre dans la pièce. Elle regarde le plateau dans ses mains.
"Il faut que tu manges, Dany," lui dit-il.
Elle veut lui demander pourquoi il insiste tellement pour l'appeler Dany, Dany, Dany. Qu'essaye-t-il de dire? Qu'essaye-t-il de prouver? Si elle est sa reine et sa reine seulement, est-ce que ça ne devrait pas être 'Majesté'?
Elle est trop fatiguée pour engager le débat. Mais elle refuse de prendre le repas. Il s'assied prudemment près d'elle — elle remarque qu'il laisse de l'espace entre leurs corps — et lève le plateau d'un air implorant.
Ses paroles sortent par elles-mêmes, virulentes et sévères. "Je ne mangerai pas ça."
Jon semble avoir du mal à donner une réponse à ça. Il rabaisse le plateau sur ses genoux. Elle peut sentir son regard troublé.
"Pourquoi pas? Comment veux-tu nous mener à la victoire si tu ne peux même pas rester debout plus que quelques minutes?"
Elle regarde sur le côté, aussi loin de ses yeux que possible. Elle a peur de le regarder et de voir cet étranger à nouveau.
"Varys a empoisonné ma nourriture tout le temps que j'étais là," admet-elle froidement. Elle n'a pas dit à Jon la profondeur de la trahison de Varys; elle avait le sentiment qu'il aurait dû chercher à comprendre si ce n'était pas le cas, plutôt que de la regarder avec ces yeux qu'elle ne pouvait pas supporter.
Elle peut voir qu'il ne sait pas s'il faut la croire ou non. Elle ne va pas gaspiller de l'énergie pour défendre des faits.
"Varys n'est plus là," dit finalement Jon. "C'est moi qui t'ai apporté le plateau."
Quand elle ne le regarde pas et ne dit pas un mot en guise de réponse, il s'en rend compte. Dany peut presque ressentir son horreur.
"Tu ne me fais pas confiance," réalise-t-il. "Dany— je ne ferais— tu es ma reine, comment peux-tu croire que je pourrais jamais—"
"Je ne crois pas. Je sais. Je connais la trahison, Jon. J'ai été trahie plus de fois que je ne peux les compter. Je sais que tu vas me trahir. Tu l'as déjà fait. Je ne vais pas te faciliter la tâche. Je ne faciliterai la tâche à personne."
Il commence à avoir l'air fâché. "Je suis resté à tes côtés tout ce temps—"
"Et qu'est-ce que ça m'a rapporté?" demande Dany d'un ton cassant. Elle cache ses mains tremblantes sous ses cuisses. "Un tiers des soldats avec lesquels je suis venue dans le Nord? Un dragon? Un pays qui se rallie derrière toi et non moi? Tous mes amis de confiance tués? Du rejet?"
De toutes ces choses, c'est la dernière qui fait le plus mal d'en parler. Elle sait que c'est parce que c'est la seule admission secrète des trois. La seule douleur qui a pu vivre en secret tandis que le reste se produisait au su et au vu de tous.
Ses yeux brûlent à nouveau. C'est assorti avec la rage qui brûle de mille feux dans son cœur.
"Ce n'est pas de ma faute," dit-elle soudainement, ses mots secs et peinés. "Ce n'est pas de ma faute si tu es le fils de Rhaegar. Je ne le savais pas plus que toi."
"Je le sais, Dany," dit Jon d'un ton fatigué. "Et je n'en—"
"Tu n'en veux pas. Je te l'ai déjà dit: ça n'a pas d'importance. Varys s'est déjà assuré que tu l'obtiennes quand même," dit-elle avec amertume. "Mais ce n'est pas de ça qu'il est question, Jon. Tu me regardes comme si je… comme si je t'avais dupé, comme si je m'étais transformée en quelque chose de différent devant tes yeux. Mais ce n'est pas le cas. Je suis la même femme que j'étais avant. Tu dis que tu m'aimes, Jon, mais je ne le ressens pas de ta part. Tout ce que je ressens c'est du dégout. Je n'ai rien."
Pour la première fois, elle le croit véritablement. Elle ne parvient pas à imaginer un avenir sûr, heureux, pour elle-même ou pour son (leur) enfant. Elle ne parvient pas à se représenter une maison. N'était-ce pas ce que Port-Réal était censé être ? La maison?
Elle ne s'est pas sentie à la maison une seule fois depuis que Jon et elle sont descendus de ce bateau. A ce moment précis, elle est certaine qu'elle ne s'y sentira plus jamais. Elle mourra en tant qu'immigrante, coupée de tout confort. De tout amour. La trahison sera le poignard. Elle sait au moins cela.
Jon ne semble rien trouver à dire. Ca devrait faire en sorte que Dany se sente encore pire, mais elle est juste épuisée.
"Tu peux partir maintenant," lui dit-elle platement. Elle n'a pas d'autre choix que de s'allonger sur le lit étant donné sa tête qui tourne. L'odeur de la nourriture que Jon a amenée la fait se sentir plus malade qu'avant. Elle se tourne sur le côté et attend d'entendre le bruit de ses pas qui s'en vont.
"Je ne savais pas quoi dire," dit enfin Jon, sa voix douce. "Je ne sais toujours pas quoi dire. Dany, je n'ai jamais voulu… toutes les choses auxquelles tu as renoncées pour moi, pour ton peuple. Je me sens responsable."
Sa culpabilité fait plus mal que son indifférence. L'indifférence signifie qu'il ne l'aime pas; la culpabilité signifie qu'il la plaint, et la pitié est peut-être l'émotion la plus écœurante de toutes.
"Il n'y a pas d'amour dans la pitié," dit-elle, les yeux toujours fermés, toujours pelotonnée sur le côté. "Seulement du devoir."
Ca semble l'interpeller un instant. Finalement, il dit: "Mais je t'aime réellement. Tout ça est tellement étrange pour moi. J'ai besoin de temps pour m'adapter. J'ai besoin de temps pour comprendre ce que ça signifie, ce que nous signifions. Ce que je signifie."
"Je n'ai plus le temps, Jon," dit-elle, sa voix vide. "Je vais prendre ce qui m'appartient. Et je ferais tout ce que je dois faire pour le prendre. Je n'ai plus d'autre choix maintenant."
Elle saute presque au plafond quand sa main se pose sur sa hanche. Il la garde là, un poids lourd comme une ancre, et Dany sait qu'elle devrait lui dire de s'en aller, de ne pas la toucher, mais tout ce qu'elle veut depuis qu'elle a perdu Jorah et absolument depuis qu'elle a perdu Missandei, c'est être réconfortée. Aimée. Ca pourrait presque en donner l'impression. Presque. Si elle ferme les yeux assez fort. Si elle fait assez semblant.
Mais elle sait que Jon ne peut pas lui donner ce dont elle a besoin. Une réalisation n'a jamais autant ressemblé à une marche funéraire.
"Pourquoi est-ce que tu penses ça?" conteste Jon. "Nous pouvons rester ici un peu plus longtemps, planifier notre attaque plus minutieusement. Chercher une autre solution. Je sais que tu es en colère. Tu as parfaitement le droit de l'être. Mais tu n'es pas bien, Dany—" alors qu'il parle, sa main lui caresse légèrement la hanche. Ca fait encore casser quelque chose à l'intérieur de Dany. Elle se redresse et se tourne pour le regarder, des flammes léchant son regard noir, de la chaleur irradiant de son air renfrogné.
"Ne présume plus savoir ce que je suis ou ne suis pas. Si je ne suis que 'Majesté' pour toi, parle comme tel. Agis comme tel. Je suis fatiguée."
Elle se dit qu'elle a donné et donné et donné pour ne même pas voir l'ombre d'un retour. Elle a l'impression d'avoir essoré le sang de son cœur pour ne recevoir qu'une coupe remplie de poussière.
Les sourcils sombres de Jon se froncent légèrement. "Majesté," commence-t-il à nouveau, même si son ton est légèrement sarcastique, "Cersei nous attend. Elle attend que tu fasses exactement ce que tu vas faire. Nous pourrions attendre ici, élaborer un plan différent, la prendre au dépourvu—"
"J'en ai fini avec les plans des autres. Ils ne m'ont rien apporté, n'ont rien accompli. Et je ne vais plus attendre. Je ne peux pas."
Elle a l'impression qu'il est sur une longueur d'onde tellement différente de la sienne ces derniers temps (tellement loin de l'homme qu'il était avec elle sur ce bateau) qu'elle ne réfléchit pas trop au fait de laisser sa main reposer sur son ventre légèrement arrondi. Elle fixe le couvre-lit avec un regard vide alors que ses yeux se remplissent de larmes, pensant en boucle Je ne sentirai plus jamais la main de Missandei sur la mienne. Je ne sentirai plus jamais la main de Missandei sur la mienne. Je ne sentirai plus jamais la main de Missandei sur la mienne.
Quand elle sent le lit bouger, elle suppose qu'il s'est enfin levé pour la laisser tranquille. Mais elle sent la chaleur de son corps se rapprocher. Elle ferme les yeux, son cœur s'accélérant, attendant. Attendant. Allait-elle attendre pour toujours?
"Dan— Majesté…—?"
Sa question est interrompue par le bruit de la porte qui s'ouvre. Il n'y a plus qu'une seule personne assez proche d'elle maintenant pour entrer dans sa chambre sans s'annoncer et c'est Ver Gris. Dany se rassied à contrecœur, sa main glissant de son ventre et sur ses genoux, ses yeux sur Ver Gris.
"Oui?" lui demande-elle. Sa voix semble morte à ses propres oreilles.
Il n'a pas encore dit un mot et ne semble pas stressé, mais Dany l'est. Elle se sent tremblante et son cœur bat à tout rompre. Parce qu'elle peut sentir les yeux de Jon enchainés au niveau de sa taille. Son regard est incroyablement lourd.
"Tyrion demande à vous voir, Majesté," dit Ver Gris en Valyrien. Ses yeux se tournent une fois vers Jon et puis reviennent sur Dany. "Avez-vous besoin d'aide?"
Elle sait ce qu'il demande. Ver Gris ne fait pas confiance à Jon Snow. Dany aimerait être aussi certaine de sa propre méfiance.
"Non. Amène-moi jusqu'à Tyrion," demande-t-elle en se levant. Elle doit se gainer pour s'empêcher de tituber, devenant à nouveau étourdie.
En s'avançant, elle sent le bout des doigts de Jon lui effleurer le dos de la main tandis qu'il tend le bras vers elle d'un air interrogateur.
Elle continue de marcher.
X.
Sans la Flotte de Fer, les Scorpions et la porte principale, Port-Réal plie comme du papier humide sous elle.
Drogon et elle regardent d'en-haut, tâchés de cendres et essoufflés, la destruction en-dessous d'eux signifiant la capitulation et la défaite totales. C'était facile. C'était trop facile.
Le plan décrit avant qu'elle ne quitte le sol avec Drogon était qu'elle brûle les bateaux, abatte la porte pour que ses soldats puissent entrer et attende la capitulation. Après la reddition, Tyrion lui avait dit que Cersei serait arrêtée, jugée et exécutée, et puis que son règne pourrait commencer.
Comment pourrait-il en être ainsi? Elle ne se sent pas différente du tout. Elle pensait qu'elle se sentirait réconfortée, justifiée. Soulagée. Mais elle a la même colère sombre qui déferle dans son cœur maintenant qu'avant qu'elle ne prenne son envol. Tout autour d'elle, la cloche résonne, mais Dany n'arrive pas à comprendre: si c'est fini, pourquoi ne se sent-elle pas mieux?
La méfiance court le long de sa colonne vertébrale comme un insecte à plusieurs pattes. Son cerveau bouillonne de craintes et de suspicions. Comment peut-elle avoir déjà gagné? Après toutes les années, toute la préparation — comment est-il possible qu'elle entende déjà les cloches de capitulation?
Le son est bruyant, se vantant presque. Elle ne le supporte pas. Elle sent Drogon trembler impatiemment sous elle, voulant sans aucun doute s'envoler, continuer. Pour détruire davantage — punir davantage. Est-ce ce qu'elle veut aussi?
La souffrance atroce prend racine en elle. Elle ne sait pas ce qu'elle veut, ce dont elle a besoin. Elle sait seulement une chose: elle veut que Cersei souffre. Elle veut qu'elle meure dans la douleur, effrayée, seule. Elle pense qu'il n'y a que ça qui peut la sauver.
Elle a écouté les idées de Tyrion à chaque fois et tout ce qu'elles lui ont rapporté, c'est la misère et la perte. Elle a fini d'écouter. Elle ne peut plus écouter personne. Capituler est un luxe qu'elle ne pense pas que Cersei mérite; une exécution rapide par le feu une sentence trop douce.
Donc elle se penche en avant, resserrant ses cuisses autour de Drogon pour bien s'accrocher alors qu'il plonge en avant. D'aussi haut, rien en-dessous d'elle n'a l'air réel. Elle ne peut pas distinguer les visages ni avoir une idée claire de ce que son peuple pense de tout ceci. S'ils sont reconnaissants.
Et s'ils ne le sont pas? Et si, après tout ça, après les avoir sauvés du Roi de la Nuit et libérer des chaînes des Lannister, ils la détestent encore?
Ce sera la peur, a-t-elle dit à Jon. Et le rythme de son cœur accélère encore plus quand elle réalise que ce sera peut-être tout ce qu'elle trouvera jamais ici. Ca lui semblait puissant autrefois d'être crainte. Maintenant, ça semble juste triste.
Le tintement de la cloche semble être devenu plus incessant. Drogon vole plus bas, rasant les toits, audacieux maintenant que les Scorpions ont disparu. Et Dany n'a d'yeux que pour une chose: le Donjon Rouge.
Elle ne pense à rien d'autre que de faire souffrir Cersei. Elle ne pense à rien d'autre que de la détruire une fois pour toute. Donc quand Drogon ralentit abruptement et vire soudainement plus bas, ça semble presque la sortir d'une transe. Sa rage est tellement grande qu'elle se sent éparpillée, hors d'elle: ses pensées sont décousues et lui traversent l'esprit. Elle remarque les choses par irruptions paniquées: Drogon, continuant de descendre. Le peuple en bas. Ses soldats. Les civils terrifiés. Le Donjon Rouge. Jon.
Elle réalise que Drogon les amène jusqu'à Jon. Elle est tellement surprise par cette décision qu'elle ne lui ordonne pas de remonter. Elle réalise, tandis qu'ils se rapprochent, qu'il est en train de courir vers le Donjon Rouge. Son cœur a un raté dans sa poitrine et s'arrête un instant. Qu'est-ce qu'il fait? Essaye-t-il d'éliminer Cersei avant qu'elle ne puisse la détruire? Sa trahison a-t-elle déjà commencé?
Mais le déclic se fait en même temps. Ses soldats Nordiens et lui sont en train d'évacuer le bouclier civil de Cersei du Donjon Rouge, les tirant dans la rue tandis qu'ils se débattent en criant. Nul doute que les personnes qui se font enlever pensent être sur le point d'être tuées.
Dany regarde Jon tirer violemment personne après personne, les poussant hors du Donjon Rouge tellement vite que la moitié d'entre elles tombent dans les rues en pierre. Drogon commence à s'élever à nouveau. Dany observe avec horreur, d'un angle plus haut, Jon sortir une jeune mère et son bébé et, rapidement, Dany réalise que les rues autour d'eux sont jonchées d'enfants. Cersei a fait son bouclier avec des innocents.
Cela ne sert qu'à stimuler à nouveau sa rage. Elle se penche en avant sur Drogon, les dents serrées, et elle décolle presque vers le Donjon à ce moment précis. Mais elle peut entendre le faible bruit de bébés qui pleurent et de mères qui hurlent et ça lui fait marquer une pause juste assez longue pour jeter un œil vers le bas.
Elle croise le regard de Jon. Elle ne peut pas discerner son expression, mais elle voit son hochement de tête résolu. Elle comprend qu'il comprend. Qu'il la soutient. Même si c'est seulement en tant que reine.
Drogon se rue sur le Donjon Rouge. Dany ne l'a jamais vu voler aussi vite; elle doit fermer les yeux contre le vent battant. Quand il s'arrête devant la dernière demeure de Cersei, Dany sent sa rage bouillonner dans sa gorge. Elle sort en un mot: le dernier de Missandei.
"Dracarys!"
Le Donjon Rouge s'enflamme magnifiquement. Même s'il est déjà embrasé, Drogon continue, motivé par la même rage que Dany peut sentir couler dans ses veines. Il inonde le Donjon Rouge de feu et de sang et, aussi longtemps qu'il crache du feu, Dany hurle. Qu'elle meure piégée, terrifiée, avec des flammes la pourchassant dans des corridors qui s'effondrent. Que ce soit la peur.
Quand elle manque d'air et cesse de crier, les flammes de Drogon s'arrêtent. La chaleur de l'enfer qui fait rage les lèche tous les deux, mais Dany s'en délecte. Durant un moment de folie, elle a envie de voler plus bas et de fourrer ses orteils dans les flammes. Pour savourer la douleur et la souffrance de Cersei. Dracarys.
Elle a l'intention de tourner autour du Donjon Rouge aussi longtemps qu'il faudra pour regarder tout le bâtiment se réduire en cendres. Mais un bruit soudain —tellement puissant que sa force l'aplatit contre le dos de Drogon— la prend par surprise. Dany tourne brusquement la tête en direction du bruit, désorientée et confuse. Elle ne peut plus entendre les cloches. Après le premier boom!, un autre suit, cette fois plus près et tellement fort que Dany peut le sentir résonner dans ses os.
Elle ne comprend pas au début. De vives explosions de lumière et de flammes vertes jaillissent en nuages géants, les unes après les autres, apparemment alignées. Des cris de douleur et de terreur se mêlent avec le son des débris qui pleuvent. D'aussi haut, elle voit un enfant éclater en morceaux devant sa mère, l'explosion l'emportant rapidement, elle aussi.
Elle vole instinctivement plus bas, comme si elle pourrait mieux comprendre ce qu'il se passe si elle était plus près. Alors qu'elle se rapproche du chaos, elle parvient à distinguer deux mots des soldats en-dessous, paniqués et braillant.
"FEU GREGEOIS!"
"C'EST DU FEU GREGEOIS!"
"FUYEZ!"
Drogon et elle volent plus bas et, sans réfléchir, elle essaye de le faire atterrir pour tirer des gens sur son dos, pour les sauver de la mer verte brûlante. Mais les gens poussent des cris perçants et la fuient, dévorés par la terreur et, rapidement, dévorés par les flammes. Elle aperçoit une mère et son nouveau-né courir à toute vitesse. L'œil de la mère a été soufflé de son orbite. Dany pousse Drogon à aller plus vite, plus bas, plus vite, plus bas, sa main de levant de son dos, se tendant—
Un éclair de vert. Une douleur extrême. Puis le noir.
XI.
Dany peut entendre avant de pouvoir bouger ou parler.
"Là. L'onguent est mis. Laissez-le durant les six prochaines heures; ne dérangez pas la plaie."
"Oui, Mestre."
"Est-ce qu'elle guérit?" Tyrion.
"Oui, je crois qu'il y a quelques améliorations." Il y a une pause. "Sa Majesté a-t-elle…" Le Mestre s'arrête.
"Quoi? A-t-elle quoi?"
"Vous a-t-elle dit que—"
"Vous pouvez vous retirer maintenant, Mestre," interrompt une voix. Jon.
Les doigts de Dany se contractent légèrement. Elle concentre toutes ses pensées sur ses doigts et s'efforce de les faire bouger plus que ça, mais ses mains semblent déconnectées de son esprit. Elle abandonne vite: la souffrance atroce qui prend racine dans son corps lui fait ignorer tout le reste.
"Qu'allait-il dire?" demande Tyrion.
"J'imagine que s'il y avait quelque chose que Sa Majesté voulait que vous sachiez, elle vous l'aurait dit," répond Jon et Dany sent son cœur faire un bond dans sa poitrine en entendant cela. "Pensez-vous qu'elle va se réveiller?"
"Oui," dit Tyrion d'une voix définitive. "Bientôt, je crois. Et nous devrons avoir des réponses quand ça arrivera."
"Nous avons des réponses. Elles ne sont juste pas particulièrement bonnes."
"Allons-nous lui dire pour le Feu Grégeois?"
"Quel autre choix avons-nous? Elle va voir la destruction."
"Allons-nous lui dire que le peuple pense que c'était elle?"
"Elle le découvrira assez vite, aussi." Une pause. "Compte tenu de ce que votre sœur a fait avec du Feu Grégeois auparavant, ça ne devrait pas être laborieux d'expliquer au peuple qu'elle l'a de nouveau provoqué."
"Mais elle ne l'a pas provoqué. C'était Daenerys."
"Elle ne savait pas," défend Jon.
"Elle n'était pas censée brûler le Donjon Rouge du tout. Si elle avait suivi le plan, le piège de Cersei n'aurait jamais fonctionné."
Jon ne répond pas à ça. Dany se demande vaguement, la pensée floue derrière la douleur, s'il la tient responsable. Elle veut leur demander combien de personne sont mortes. Mais elle pense qu'elle le sait déjà.
"Que devrions-nous dire au peuple?"
"Nous allons leur dire que leur reine est en train de se rétablir. Qu'elle est tombée dans le piège de Cersei. Qu'elle sera bientôt sur le Trône de Fer, là où est sa place," répond Jon.
A un moment donné, pendant que Dany était dans la pénombre vide de l'inconscience, elle a obtenu sa couronne.
Elle se demande pourquoi elle ne se sent pas heureuse. Tout ce qu'elle peut ressentir, c'est une douleur atroce et une terreur profonde. Sa main se contracte à nouveau et, cette fois, elle arrive à la bouger légèrement. Elle essaye de la déplacer jusqu'à son ventre, mais elle ne parvient pas à faire obéir son corps. Mes enfants, pense-t-elle. Ses yeux brûlent. Drogon. Son bébé. Elle se fiche du Trône, qui doit être un amas déformé et fondu maintenant. Elle a besoin de savoir ce que ça lui a coûté.
Jon a dû voir son mouvement: elle sent sa main, sale et calleuse, se poser sur la sienne. Son cœur bat la chamade.
"Dany?" demande-t-il.
Elle peut sentir les larmes s'échapper du coin de ses yeux fermés. Elles chatouillent en coulant le long de son visage, traçant sans doute un chemin dans la suie et le sang qu'elle peut sentir gelés contre sa peau. Les sanglots qui s'accumulent dans sa poitrine sont coincés: elle ne peut pas ouvrir sa bouche pour les libérer. Son diaphragme se contracte alors qu'elle se démène pour exprimer sa souffrance, son désespoir. Parce que, étant donné que tout son corps lui fait mal, elle est certaine qu'elle a tout perdu. Elle ne savait même pas su qu'il y avait encore plus à perdre.
"Elle doit avoir mal. Je vais envoyer quelqu'un rechercher le Mestre; il pourra lui donner du lait de pavot," dit Tyrion d'une voix fatiguée.
Dany entend ses pas s'en aller. Ses halètements étouffés s'empirent. De la douleur explose dans son corps quand Jon lui agrippe soudainement les épaules et la soulève, comme s'il avait peur qu'elle s'étouffe.
"Dany?" il semble paniqué maintenant. Sa peur— ce sera la peur— remet quelque chose en place dans son esprit et ses lèvres s'ouvrent. Son premier sanglot est à peine plus qu'un râle peiné mais, rapidement, elle se retrouve à brailler.
Elle veut arrêter. Elle veut se souvenir de qui elle est: Daenerys du Typhon de la Maison Targaryen, Première du Nom, Reine des Andals et des Premiers Hommes, Protectrice des Sept Couronnes, Mère des Dragons—
Est-elle-même encore une mère? A-t-elle perdu Drogon, la seule chose qui lui reste? Et a-t-elle perdu le miracle qu'elle n'a pas encore rencontré?
Jon ne sait toujours pas quoi dire: c'est clair de par son silence abasourdi et inquiet. Mais contrairement à avant, il compense avec de l'action. Il la rejoint sur le lit, ses bras s'enroulant autour d'elle, et il la serre contre son torse pendant qu'elle pleure. Elle a commencé à pleurer de peur de ce qui a pu arriver à son dragon, à son enfant à naître, à son royaume, mais une fois qu'elle commence, elle ne peut plus s'arrêter. Elle pleure pour Jorah, pour Missandei, pour les Dothraki et les Immaculés qu'elle a conduits à leurs morts. Elle pleure pour les personnes qu'elle a vues exploser dans les flammes vertes. Elle pleure pour elle-même.
Tout ce chemin, tout ce temps et, à cet instant précis, elle est certaine qu'elle ne veut même pas le Trône. Ca la fait seulement pleurer plus fort. Sans le Trône, qui est-elle? Qui est-elle?
Jon trouve les mots quelques temps plus tard, quand ses sanglots hystériques ont cédé la place au vide. Ce ne sont juste pas les mots auxquels elle s'attendait.
"Pourquoi tu ne me l'as pas dit, Dany?"
C'est une question absurde. Elle ne peut pas se résoudre à lui répondre. Mais elle n'essaye pas non plus de s'éloigner de lui.
"Le Mestre le sait maintenant. Il l'a presque dit à Tyrion. Depuis combien de temps le sais-tu ?"
Elle est certaine qu'elle pourrait parler si elle en avait envie maintenant, mais elle n'en a pas envie. Dès qu'elle lui aura donné les réponses qu'il cherche, il la relâchera et il s'en ira. Il la laissera toute seule. Il est tout ce qu'elle a. La seule chose au monde. Et elle a peur.
"Qu'est-ce que tu allais faire? Garder le secret jusqu'à ce que ce ne soit plus possible?" exige-t-il.
Elle n'avait pas prévu de répondre, mais les mots s'échappent quand même. "J'imaginais que tu me trahirais bien avant."
Il lâche un grognement de frustration. "Je te l'ai déjà dit: Je ne veux pas du Trône! Que dois-je dire de plus?!"
"Tu ne veux pas du Trône. Et tu ne veux pas de moi."
"Ce n'est pas—"
"Si ça l'est. Je t'ai perdu à l'instant où tu as découvert qui tu es. Et maintenant notre enfant sera un bâtard sans père."
C'est comme si elle l'avait giflé. Il tressaille.
"Si notre enfant est même encore là," ajoute-t-elle, sa voix débordant d'une douleur qu'elle ne peut pas cacher. Ses yeux brûlent à nouveau.
Ils restent tous deux silencieux quelques lourdes minutes. Dany peut dire que Jon envisage de partir. Elle sait qu'il n'y a rien qu'elle puisse faire pour l'en empêcher.
"Le Mestre semble penser que tu es toujours enceinte," lui dit finalement Jon. "Tu n'es pas tombée. L'explosion a envoyé des débris sur ta tête et sur le dos de Drogon—"
"Drogon—"
"Il va bien. Je ne sais pas où il est, cependant. Il t'a portée jusqu'à moi. Quand nous t'avons fait descendre, il s'est envolé et personne ne l'a plus vu depuis."
Le cœur de Dany brûle de douleur. Elle ne supporte pas la pensée de Drogon quelque part tout seul, blessé. Sans ses frères. Sans sa mère.
"Tu sais ce qu'il s'est passé?" lui demande Jon.
Elle en a entendu assez pour comprendre, mais elle secoue quand même la tête. Egoïstement, elle sait que plus longtemps il parlera, plus longtemps il restera. Donc elle reste là, dans son étreinte à moitié certaine et l'écoute lui expliquer ce qu'il s'est passé. Cersei a dissimulé une traînée de caches de Feu Grégeois, stratégiquement placées pour que toute attaque du Donjon Rouge rase aussi pratiquement Port-Réal. Il explique que les citoyens survivants, qui étaient déjà traumatisés et sous le choc à cause de la bataille en elle-même, l'ont vue enflammer le Donjon Rouge et puis, soudainement, tout était en train de bruler. Ils remettent la faute sur elle. Il ne le dit pas mais elle le sait: ils la détestent. Ca n'a pas d'importante si elle prouve qu'elle n'a pas délibérément fait exploser le Feu Grégeois; elle l'a fait exploser. Ils l'ont vu. Elle les a tués. Et elle ne règnera jamais sur rien de plus qu'un cimetière.
"On peut leur expliquer," lui dit Jon.
"Ca n'aura pas d'importance."
"Evidemment que ça aura de l'importance. Tu ne l'as pas fait exprès."
"Mais je l'ai fait. J'ai attaqué le Donjon Rouge. Et ça m'a fait du bien." Elle parvient à se reculer un peu. Elle lève les yeux vers lui, ayant mal au ventre. "Ca faisait tellement de bien, Jon."
"C'est fini maintenant," lui dit-il par réflexe. Comme si ça pouvait tout effacer.
"Non," dit Dany. Elle est lasse, épuisée. "Ce n'est que le début."
Elle n'a plus envie de parler. Elle pose son bras sur son ventre et se surprend à penser qu'elle céderait le trône à Jon à ce moment précis juste pour pouvoir sentir son enfant remuer en elle. Juste pour pouvoir revoir Drogon.
Elle n'est pas certaine de qui s'est réveillée.
A suivre...
