Note de l'auteur : Je vous suis sur toute la ligne concernant la frustration par rapport à l'attitude de Sansa avec Dany cette saison-ci. Je suis totalement d'accord avec vous, je vous le promets. Mais parce que j'essaye de rester plus ou moins canon avec les évènements des Ep 1-4 (que dieu me pardonne...), et qu'il a été établi que Sansa est dans son kiff anti-Dany, ivre de pouvoir, c'est une intrigue avec laquelle je vais jouer et (éventuellement) résoudre. Sachez juste que… je suis de votre avis à ce sujet !
Chapitre 3: Le Serment
I.
"Vous rentrez tard."
La voix de Davos vient inopinément du fin fond de la chambre de Jon. Jon sursaute et s'arrête dans l'embrasure de la porte, pris au dépourvu à cette heure tardive. Après avoir repéré Ser Davos à la petite table près de la fenêtre, il soupire et continue dans la pièce. La porte semble incroyablement bruyante dans le silence lorsqu'il la ferme.
"Comment va-t-elle?" Continue Ser Davos, sur le ton de la discussion.
Jon détache Grand-Griffe et appuie l'épée contre la cheminée. Il répond à Davos en enlevant ses bottes.
"Qui a dit que j'étais avec la reine?" Demande Jon.
La chaise craque alors que Davos se penche en avant. "Eh bien," dit-il, buvant une gorgée du pichet devant lui, "il fait presque jour et je ne pense pas que vous étiez sorti voir les prostituées comme tous les hommes que nous avons amené dans le Sud avec nous."
"Est-ce que ce sont mes seules options? Aller voir les prostituées ou passer la nuit avec la reine?"
"Aye. Et seule l'une d'entre elles est véritablement votre style," dit Davos d'un air malicieux. Il attend pendant que Jon se dévêt de certaines de ses couches extérieures. Jon ne veut rien de plus que de se coucher au lit et dormir. Il a envisagé de rester dans le lit de Dany, mais il n'aimait pas l'idée que les servantes de Dany les trouvent au matin. La nature de leur relation ne regarde qu'eux.
"La Reine Daenerys est…?" Invite à nouveau Davos, ne se laissant pas décourager par la discrétion maussade de Jon.
En train de guérir, pense Jon. Une image de Dany s'agite dans son esprit, ses doux cheveux dispersés sous elle comme une flaque d'argent fondu, la lumière de la lune rayonnant sur ses joues, ses clavicules, son nombril. Jon sent son ventre se serrer, son cœur tressauter. Un autre mot lui vient à l'esprit. Magnifique.
Il s'assied lourdement sur le lit, peu disposé à offrir ces mots à Davos. Peu disposé à partager ces parties de lui avec qui que ce soit. Elles sont primitives, brutes, secrètes. Il ne veut pas que qui que ce soit voit son cœur.
"Elle va bien," répond brièvement Jon.
"Vous avez été seul avec elle pendant des heures. Je dirais qu'elle va plus que juste 'bien'."
Jon lance bref un regard noir à Davos. Il n'est pas sûr du pourquoi, mais ce commentaire le met mal à l'aise. Que ç'ait été l'intention de Davos ou non, Jon a l'impression que l'honneur de leur reine est remis en question.
"Elle va bien," répète-t-il, le ton de sa voix dangereux maintenant.
"On pourrait croire que vous seriez de meilleure humeur," marmonne Davos dans sa barbe. Jon l'ignore totalement. "J'ai quelque chose pour vous. Un corbeau est arrivé. Et j'ai une mauvaise nouvelle. Lequel en premier?"
"Le corbeau est une bonne nouvelle?"
"Eh bien, non. Le corbeau est aussi une mauvaise nouvelle."
Jon baisse un instant la tête, l'épuisement pesant sur lui. Soudainement, il souhaiterait être resté avec Dany. Au diable les ragots des servantes.
"Le corbeau vient de Winterfell," déclare-t-il au lieu de demander, parce qu'il sait.
"Aye. Votre sœur."
Jon se triture le front un instant. II peut sentir un mal de tête qui arrive. "La mauvaise nouvelle?"
"Vous aviez raison hier quand vous disiez que vous suspectiez qu'une partie de nos forces Nordiennes s'était enfuie pour repartir dans le Nord. Il nous en manquait trente-deux au comptage ce matin."
Jon est tellement fatigué qu'il envisage d'en rester là pour le moment. Il envisage de dire à Davos de prendre la lettre et de revenir en matinée. Il pourrait s'occuper des sœurs traitresses et des déserteurs à ce moment-là. Mais il n'arrête pas de penser au silence de Dany plus tôt dans la soirée, son regard préoccupé et son stress visible. Plus que toute autre chose, il veut la protéger, la préserver de plus de souffrance ou de stress. De mal. Il veut retrouver son honneur à ses yeux. Il veut la rendre fière. Et pour ce faire, il doit trouver un moyen de gérer Sansa. Il n'a jamais été doué avec ça.
Malgré tout, il se lève et traverse la pièce pour prendre le parchemin plié des mains de Davos. Il ne prend même pas la peine de s'asseoir. Il ouvre le papier et examine les mots de Sansa. Il ne va pas plus loin que trois phrases avant d'être trop agacé pour continuer. Il prend un air renfrogné, jette la lettre vers Davos et maugrée: "Elle me prend pour un imbécile."
"Peut-être," convient Davos, ses yeux sur les mots traitres de Sansa. Il regarde Jon. "Dois-je m'en débarrasser?"
La question est compliquée et insoutenable. Jon se rassied, baisse à nouveau la tête. Il enfonce ses doigts dans ses cheveux et soupire. Ca tire en longueur, une brève expression de la frustration agitée et enchaînée en lui.
S'il fait brûler la lettre à Davos pour la cacher à leur reine, il est aussi traitre que Sansa.
S'il amène la lettre à leur reine, il est quasiment un fratricide.
"Vous avez une décision à prendre," dit Davos d'une voix grave. "Je ne vous envie pas."
Jon ne répond pas. Il enfonce ses ongles dans son cuir chevelu et inhale à travers ses dents serrées. A cet instant, il donnerait n'importe quoi pour juste trois minutes avec son père. Avec Eddard Stark. Il ne sait pas quoi faire. Ce n'est pas aussi simple que de décider où se trouve sa véritable loyauté. Sa loyauté se trouve à deux endroits, dans deux maisons. Dans deux familles. Et il ne peut s'empêcher de penser qu'il pourrait faire entendre raison à Sansa si seulement il essayait à nouveau… si seulement il trouvait quoi lui dire ou faire pour la calmer.
"Je dois la voir en personne," marmonne Jon.
"Vous aurez plus de chance de convaincre notre reine de fermer les yeux sur sa trahison que de convaincre Sansa de ployer le genou pour 'la Reine des Dragons'," dit Davos avec un rire grogneur. Il secoue la lettre avec emphase. "On peut ressentir sa haine à travers l'encre. C'est presque impressionnant."
Jon secoue la tête. "Aucune ne flanchera. Pas sur ça. Daenerys ne va pas céder aux exigences de Sansa, plus maintenant que Sansa a, d'une façon ou d'autre, convaincu une partie de nos soldats à retourner à la maison pour la rejoindre. Plus maintenant qu'elle est activement en train de commettre un acte de trahison."
"Alors, comme je l'ai déjà dit, vous avez un choix à faire."
Jon regarde Davos. "Je ne peux pas simplement condamner ma sœur à mort—"
Davos secoue à nouveau la lettre. "Et vous ne pouvez pas lui permettre de faire marcher ses bannerets au sud en votre nom—"
"Evidemment que non! Evidemment qu'elle ne peut pas! Elle ne le fera pas!"
"Elle le fera," rétorque Davos, calme mais sévère. "Elle profite de la faiblesse de la reine. Elle sait que la reine est en convalescence. Elle sait qu'elle a été gravement blessée. Jon, vous avez déjà surestimé la loyauté de Sansa auparavant. Ne refaites pas cette erreur."
Jon a envie de vomir. Il lance un regard sérieux en direction de Davos. "Si je remets cette lettre à Daenerys…"
"Elle la fera arrêter, juger et exécuter. Comme elle le devrait. Si j'étais sa Main, c'est exactement ce que je lui conseillerais."
"Il doit y avoir un meilleur moyen," dit Jon. Il se lève et traverse la pièce en quelques longues enjambées, se laissant tomber pour s'asseoir en face de Davos à la petite table. "La reine et moi pouvons nous marier. Ca forcera au moins Sansa a arrêté d'utiliser mon droit de naissance comme la raison de sa trahison. Elle est en train de convaincre nos hommes que je suis le véritable héritier, que Daenerys m'a volé le Trône, qu'il nous faut un Nordien sur le Trône… eh bien, si la reine et moi nous marions, je serai sur le Trône, et Sansa n'aura plus d'autre raison de se plaindre."
Davos y réfléchit. "Ca pourrait aider temporairement. Mais ça ne résoudra rien totalement. Elle veut l'indépendance Nordienne. Elle veut régner. Notre reine le permettra-t-elle?"
"Non," admet Jon. Il ne sait pas pourquoi, mais il pense soudainement au doux arrondissement du ventre de Dany. L'image spontanée lui emplit le cœur d'une tendresse protectrice qui s'épanouit en lui. Sa gorge se resserre. Il serre les poings et les déplace sur ses genoux. "Mais ça nous donnera du temps. Une fois que Sansa ne pourra plus être faire une fixation sur mon droit au trône, ne pourra plus utiliser mon droit au trône pour exciter les bannerets, elle n'aura d'autre choix que de s'asseoir à la table pour négocier avec nous. Les maisons Nordiennes ne marcheront pas derrière elle pour commencer une autre guerre simplement parce que Sansa n'apprécie pas notre reine et, sans mon 'droit au trône', elle n'a aucune autre raison de commencer une guerre. Daenerys n'a rien fait d'autre qu'aider le Nord et même les seigneurs Nordiens les plus butés sont obligés de le voir."
"Aye," convient Davos. "Mais le mariage devra se faire vite; nous devrons informer les seigneurs Nordiens le plus vite possible pour qu'ils puissent mettre un terme à la rébellion commencée par Sansa, quelle qu'elle soit. Et nous devrons apprêter nos armées juste au cas où."
Jon ne dit rien en réponse. Ses pensées sont très loin des armées et de la guerre. Elles sont toujours sur Dany. Sur la vie qui grandit en elle. Sur son sourire qui la rend radieuse.
"Ca nous laisse toujours avec le problème de cette lettre," lui rappelle Davos.
Jon sait ce qu'il doit faire. Mais ça ne veut pas dire que c'est facile. Il tend la main. Davos semble légèrement soulagé quand il passe la lettre à Jon.
"Quand la lui donnerez-vous?"
"Dans la matinée," dit Jon. Il est rempli d'effroi. "Après, nous pourrons tous nous réunir pour discuter des prochaines étapes."
"En supposant que la reine n'envoie personne pour lui ramener immédiatement la tête de Sansa," marmonne Davos.
Jon n'a rien à répondre à ça. Si Dany devient inquiète pour la sécurité de son royaume, sa sécurité à elle, la sécurité de leur enfant… elle pourrait le faire. Mais Jon a la conviction qu'elle est dans un meilleur état d'esprit, un état d'esprit où elle pourra entendre raison. Envoyer quelqu'un lui ramener la tête de Sansa Stark n'empêcherait pas une guerre: ça en causerait une.
"Je vais lui parler," dit Jon.
"A vos risques et périls."
"Alors ça le sera," dit sèchement Jon.
Davos se lève.
"Je vais vous laisser vous retirer pour le peu d'heures de sommeil qu'il reste. Nous en discuterons plus en détails demain."
Jon hoche la tête vers Davos pour dire au revoir. Il est épuisé depuis le moment où il est entré dans sa chambre, mais quand il se déshabille enfin pour ne rester qu'en sous-vêtements et qu'il s'effondre sous ses couvertures, le sommeil lui échappe. Il se tourne et se retourne jusqu'aux premières lumières de l'aube, combattant l'envie de retourner voir Dany toutes les deux minutes, l'esprit plein à craquer d'inquiétudes les unes après les autres. Il souhaiterait parfois se soucier peu de l'honneur; s'il suivait simplement ses pulsions et son cœur comme la plupart des gens, sa vie serait bien moins compliquée.
Quand le ciel de nuit commence à blanchir avec l'aube, Jon abandonne le sommeil. Il s'habille pour la journée, tout son corps courbaturé et raide avec le manque de repos. Il ne rencontre presque personne dans le corridor, hormis deux servantes. Leurs bras sont chargés de draps de lit.
"Voulez-vous prendre votre repas maintenant, Lord Snow?"
Jon ne ressent pas encore même la plus légère sensation de faim. Dany et lui ont mangé assez tard hier soir, chacun ayant consommé la moitié d'un grand repas.
"Non, pas encore," répond-il.
Il sait qu'il devrait leur dire où envoyer Tyrion ou Davos s'ils venaient à chercher après lui, mais il n'a pas particulièrement envie d'être trouvé là tout de suite. N'a pas particulièrement envie de parler. Il sait qu'il va y être obligé, évidemment. Mais il a grand besoin d'un moment de solitude mentale où il peut simplement être.
La cour de Daenerys a été temporairement déplacée dans ce qu'il reste du Donjon Rouge, une structure appelée la 'Crypte-aux-Vierges' par Tyrion et d'autres suderons. Hormis quelques dégâts causés par le feu sur le toit du côté gauche, elle est en grande partie intacte. Après la destruction de Port-Réal, accablés par une reine gravement blessée, ils avaient eu peu de temps pour discuter d'où ils devaient s'installer jusqu'à ce que Port-Réal puisse être reconstruit, jusqu'à ce que le Donjon Rouge puisse être complètement réparé. Ils étaient venus ici simplement parce qu'il n'y avait nulle part d'autre où aller. Jon, en particulier, s'était seulement soucié du fait que c'était un abri, un endroit où Dany pourrait se rétablir.
Maintenant, cependant, il aurait aimé qu'ils soient allés autre part. Ce n'est pas assez grand pour loger tous les gens qui sont là; la seule partie qui n'est pas pleine à craquer est la petite aile où la chambre de Dany est située. Au moment où Jon arrive dans le hall principal, il déborde d'activité malgré l'heure matinale. Il fait un hochement de tête aux personnes qui le saluent, gardant les yeux baissés tandis qu'il traverse la foule de gens aussi vite qu'il peut.
Il y a un endroit qu'il connait qui apporte toujours un semblant de paix, et c'est là qu'il se dirige. Le petit matin est frais; Jon ralentit son pas aussitôt qu'il est loin du groupe de soldats le plus proche et essaye de profiter de l'air frais. Le temps d'arriver dans la serre à moitié écroulée — petite déjà à l'époque avant la destruction et encore plus petite maintenant que les murs en vitraux décoratifs sont à moitiés détruits et que la structure en métal est effondrée — il a presque envie de rester là toute la journée. Ce n'est pas que c'est confortable; il y a du verre brisé sur le sol, à peine assez de place pour pouvoir tenir convenablement debout et seulement un banc en pierre sur lequel se reposer. Mais c'est à l'abri des regards. De loin, ça semble trop détruit pour s'en préoccupe. Pour autant que Jon sache, il est la seule personne à s'être aventuré à l'intérieur. Enfin, lui et la personne qu'il a emmenée la dernière fois qu'il est venu.
Il s'abaisse sous l'embrasure en fer affaissée et évite un bris de verre particulièrement dentelé. Les éclats colorés sur le sol craquent et glissent sous ses bottes. Il doit garder la tête et les épaules rentrées alors qu'il se fraye un chemin sous la portion du toit qui s'est effondrée mais, rapidement, il sort dans la partie intacte de la serre. Et il n'est pas seul. Il s'arrête sur place.
"Je peux m'en aller," dit Dany, le dos toujours tourné vers lui. Il se demande comment elle est aussi certaine que c'est lui. "Si tu veux être seul."
Elle est assise bien droite sur le banc, ses cheveux tombant dans son dos en une torsade élaborée à trois tresses, ses épaules dénudées dans la robe suderone qu'elle a mise aujourd'hui. Jon continue d'avancer, ses pas un peu plus doux maintenant. Il contourne le banc et s'assied à côté d'elle. Elle regardait le mur de vitraux juste devant eux— une œuvre détruite qui montrait autrefois des vignettes vives de l'histoire de Port-Réal (de l'histoire de ses (leur) ancêtres) — mais elle lève les yeux lorsque Jon la rejoint. Il rencontre ses yeux saisissants, plus violets maintenant, à la lumière du jour, qu'ils ne l'étaient hier soir.
"Je peux être seul avec toi," lui dit-il, regardant à nouveau le verre coloré devant eux. Elle le fait aussi.
Il n'a pas envie de lui dire pour Sansa. Il sait qu'il le doit, mais alors qu'ils sont assis ensemble dans l'air frais du matin et qu'ils regardent le verre devant eux s'illuminer avec le lever du soleil, il ne peut pas imaginer de lui enlever sa paix. Egoïstement, il n'a pas envie de s'enlever sa paix à lui non plus. Il fait calme ici, à l'exception des bruits lointains de la ville, et il y a quelque chose de révérencieux dans cet endroit à moitié détruit. Quelque chose de sacré dans le mur devant eux, ses éléments complexes brisés mais toujours coincés à l'intérieur de l'encadrement en fer. Une seule pression contre ferait pleuvoir le tout à terre comme des gouttes de pluie en verre. Mais s'il était protégé, mis à l'abri, laissé tranquille… ces morceaux brisés resteraient dans cet encadrement pour toujours.
Jamais aussi beau qu'il l'était autrefois. Jamais aussi parfait. Mais valant la peine d'être sauvé.
"Il est tôt," dit finalement Jon, le premier à briser le silence. "Tu n'arrivais pas à dormir?"
"Non," répond-elle. Il sent son regard se poser sur le côté de son visage. "Et toi?"
Il se tourne et rencontre ses yeux. Il voit son épuisement dans les marques sous ses yeux. "Je n'y arrivais pas non plus."
J'aurais dû rester, a-t-il envie de dire. Il est certain qu'ils auraient tous deux dormi s'il était resté.
Durant un instant, il pense qu'elle va peut-être dire ce qu'il n'a pas dit. Ses lèvres s'ouvrent légèrement comme si elle était sur le point de parler. Mais elle semble en décider autrement. Elle presse les lèvres et détourne le regard. Jon observe du coin de l'œil tandis qu'elle joint ses mains et inspire profondément. Il sent un tiraillement bizarre au cœur.
"J'aurais aimé rester avec toi," s'entend-il dire soudainement, la voix grave. "J'aurais dormi. Je voulais être avec toi."
Il se sent horriblement vulnérable après l'avoir admis, mais il n'est pas assez bête pour oublier toutes les fois où elle s'est ouverte à lui et s'est rendue vulnérable. Toutes les fois qu'il a trahi sa confiance et l'a laissée tombée en répondant à cette vulnérabilité par de l'absence. Il ne désire pas faire la même chose maintenant. Il est toujours aux prises avec son désir pour elle et sa peur de ce désir, mais la voir à l'article de la mort a changé les choses pour lui. Elle est sa famille. Vraiment, elle est sa famille en vie la plus proche. Et il l'aime, aussi. Il croit en elle comme il ne croit en rien d'autre.
"Tu aurais pu rester," lui dit-elle, la voix fervente et pourtant toujours royale, d'une manière ou d'une autre. Il n'a jamais compris comment elle parvient à faire ça : lui donner l'impression d'être la personne la plus importante et chérie au monde, tout en exsudant la puissance qui prouve que c'est elle qui l'est vraiment.
Il explique presque pourquoi il n'est pas resté: il désire toujours de l'intimité en ce qui concerne les affaires de cœur et il veut thésauriser leur relation, la garder secrète seulement pour eux. Une chose qu'il partage avec elle et seulement elle. Une chose à protéger des incompréhensions des étrangers et des ennemis.
Mais s'ils se marient, ils seront exposés à la vue de tout Westeros. Ca va de pair avec le rôle et il le sait et ça ne change son avis pour rien. Mais une partie de lui aimerait quand même pouvoir la garder pour lui tout seul juste un peu plus longtemps. S'il avait pu les emmener, elle et leur enfant, dans le Nord pour vivre avec lui en paix pour le restant de leurs vies, il l'aurait fait.
(Et même s'il ne le lui dit pas, une partie de lui craint toujours le désir qu'il a pour elle, le brasier qui, pense-t-il, pourrait un jour le consumer, à la fois son cœur et son esprit. Mais ce n'est pas aussi facilement expliqué. C'est une peur avec laquelle il sait devoir vivre, une peur qui, il le sait, est émergée de l'amour, d'une manière ou d'une autre.)
"Je resterai dorénavant. Aussi longtemps que tu voudras bien de moi." Il le pense vraiment. Et c'est libérateur.
Elle appuie sa tête contre son bras. Il peut sentir son savon à l'huile de rose, le doux parfum s'accrochant à chaque mèche de ses cheveux argentés. Il tourne son visage et l'incline, cachant son visage dans ses cheveux. Pour que la douceur et la tendresse et le calme puissent le submerger juste un instant. Il a toujours l'impression qu'ils volent ces moments de paix ensemble, comme si le bien-être était quelque chose qui ne peut pas leur appartenir. Qui ne peut pas être pour eux. Quelque chose qu'ils doivent prendre avant qu'il ne disparaisse totalement.
Je ferai ce qui est bien pour elle dorénavant, pense-t-il. Je le promets.
En face d'eux, le visage brisé de l'homme à qui il fait cette promesse s'illumine sous la lumière du soleil levant.
II.
Il sort la lettre durant leur repas partagé du matin.
Il mange simplement pour s'assurer qu'elle mange, mais il n'a pas d'appétit. Son stress sur ce que Dany pourrait dire (ou faire) concernant la trahison de Sansa le rend nauséeux. Après avoir avalé sa moitié du petit-déjeuner et vérifié qu'elle a aussi mangé, il pousse le plateau en avant et dépose la lettre à sa place, recto vers le bas. Dany regarde la lettre puis lui.
"Le Nord?" demande-t-elle, la voix calme et déterminée.
Il hoche une fois la tête, la bouche pincée en une ligne ferme. Juste avant qu'elle ne tourne la lettre, il tend la main et la pose sur sa jambe. Il ne sait pas bien si elle est là pour la réconforter ou la mettre en garde.
Il regarde fixement la table pendant qu'elle la lit. Il ne lui faut pas longtemps. Elle la repose sur la table quand elle a fini. Recto vers le bas.
Le silence entre eux est une sombre ombre ailée. Jon ferme les yeux.
"Je présume que tu as un argument à invoquer au nom de Sansa." Elle semble dure, fatiguée. Il n'est pas sûr de qu'il s'attendait à entendre dans sa voix, mais ce n'était pas ça.
"Juste un," dit-il et, quand il se tourne pour la regarder, il est surpris de voir des larmes de colère perler aux coins de ses yeux. Son menton est relevé, mais Jon voit comme ses lèvres tremblent légèrement. Son cerveau est totalement vidé; il oublie ce qu'il allait dire, ses mains se levant pour lui prendre le visage avec douceur. "Dany…"
"Peu importe ce que je ferais. Ce que je dirais. Ce que j'offrirais. Elle ne va jamais arrêter. Ne le vois-tu pas, Jon? Elle ne va jamais arrêter. Et elle a conspiré autant contre toi que contre moi cette fois. Elle a convaincu tes soldats Nordiens de revenir vers elle — tes hommes qui sont censés être loyaux envers toi. S'il s'agissait vraiment de vouloir que tu diriges, elle suivrait ton commandement. Elle ferait confiance à tes décisions. Mais ce n'est pas du tout de ça qu'il s'agit. Je ne pense même pas qu'elle serait satisfaite de l'indépendance du Nord à ce stade. Elle te manipule — elle manipule tout le monde. Je ne sais pas quoi dire d'autre pour te le faire voir."
Quelque part au fond de lui, il le voit déjà. Ca l'effraye profondément. Il a dit autrefois à Theon qu'il pouvait être à la fois un Stark et un Greyjoy. Que les deux parties n'avaient pas à être en compétition. Il avait espéré que, lui aussi, pourrait être les deux — un Stark et un Targaryen. Mais il réalise qu'il est déjà mis dans une situation où les deux est impossible. Soit il trahit la sœur avec qui il a grandi, soit il trahit sa reine, la mère de son enfant. Il trahit les Stark ou il trahit les Targaryen. Davos avait raison: il a un terrible choix à faire.
Mais, alors qu'il regarde fixement le visage de Dany, ses joues chaudes et douces sous ses doigts, ses yeux reflétant tellement de souffrance et d'inquiétude que ça le rend physiquement malade pour elle, il sait qu'il a déjà décidé. Il a juste trop peur de l'admettre.
Il lui caresse tendrement les joues avec ses pouces, ses yeux l'examinant. Quand il se penche en avant et lui embrasse doucement les lèvres, ses cils mouillés lui effleurèrent le visage.
"C'est un acte de trahison," dit-il doucement, ses lèvres seulement à un souffle des siennes. Son cœur emplit toute sa poitrine de douleur. "Je sais ce que c'est, Dany. Je sais ce que ça signifie."
Elle lève les bras pour les enrouler autour de son cou, se glissant plus près de lui. Jon la sent trembler légèrement, même s'il ne sait pas bien si c'est de colère ou de soulagement.
"On va devoir être très prudents maintenant," lui dit-il, même s'il est certain qu'elle le sait mieux que lui. "Les exécutions peuvent parfois inciter à des rébellions au lieu de les réprimer. Je ne dis pas qu'on reste assis à la laisser marcher au Sud avec les bannerets qu'elle parviendra à exciter. Je ne dis pas que ce qu'elle a fait ne justifie pas un procès ni même une exécution. Mais je dis que l'exécuter là tout de suite — avant de regagner les faveurs du reste du Nord — ne fera qu'empirer les choses. La pire chose que nous pourrions faire est de leur donner une martyre. La pire chose que nous pourrions faire est de leur donner une raison."
"Et comment sommes-nous censés convaincre le reste du Nord avant qu'elle n'organise sa rébellion alors qu'il semble qu'elle a déjà commencé?" Demande Dany. "Tu penses vraiment qu'un mariage fera une telle différence?"
"Oui, je le pense. Ceux qui se rallient contre toi le font parce que Sansa leur a dit que c'est pour moi, pour remporter ma place légitime sur le Trône. Si je suis déjà sur le Trône, ils n'auront plus beaucoup de raison de se battre. Et sans cette raison — de me m'amener sur le Trône — le Nord n'aura aucune raison de se soulever contre toi. Aucune raison de se laisser entraîner dans une autre guerre meurtrière. N'oublie pas, Dany: beaucoup de ces Maisons se sont battues à tes côtés contre le Roi de la Nuit. Tu leur as prouvé ton dévouement envers eux. Le Nord se souvient."
"Va dire ça à tes Stark. Ils ne sont pas souvenus de quoi que ce soit de ce que j'ai fait pour eux."
Il n'y a aucune façon de les défendre. Il l'aurait fait s'il l'avait pu. Mais elle ne dit rien qui n'est pas vrai. Pour ce qui n'est pas la première fois, Jon a honte de sa famille. Comme ils sont vite devenus méfiants de tous ceux qui ne sont pas eux. Comme ils se sont vite transformés en tout ce que leur père a toujours méprisé. Au fond de l'esprit de Jon, passant en boucle depuis qu'il a découvert son identité de naissance, il se demande: Combien de temps avant qu'ils ne me bannissent? Combien de temps avant que le sang du dragon n'entache celui du loup? Combien de temps avant que, moi aussi, je devienne un étranger à qui ils ne peuvent pas faire confiance? Est-ce que ça a déjà commencé?
"On ne pourra peut-être jamais les convaincre," admet Jon. Ca lui fait mal au cœur, mais il n'y a rien à faire. Il n'y a aucun moyen de revenir en arrière, de déblesser ceux qui ont été blessés, de défaire les leçons apprises par la souffrance. "Mais on peut progresser avec les autres. Et pour le faire, un voyage dans le Nord sera inévitable."
Elle se renfrogne immédiatement. "Je ne peux pas partir maintenant. La situation n'est pas encore assez stable; ce serait du suicide de partir. Et même si je parvenais tant bien que mal à sécuriser suffisamment la situation pour laisser Tyrion régner à ma place, mon état va bientôt être évident. Il ne me reste que quelques robes qui le cachent un peu. Le temps qu'on arrive à Winterfell, ma grossesse sera flagrante et quelque chose me dit que ça n'aidera pas à convaincre Sansa de se tenir tranquille."
Non, ça n'aiderait certainement pas. Jon le sait aussi bien que Dany. S'ils arrivent à Winterfell, Dany manifestement enceinte, Sansa le retournera contre Dany, d'une manière ou d'une autre. Elle l'accusera d'avoir manipulé Jon en tombant enceinte, d'utiliser l'enfant pour le dominer, de le forcer à renoncer à son droit au trône, à ployer le genou…
Il n'est pas disposé à voir son enfant à naître transformé en pion politique dans les jeux de Sansa. Il n'est pas non plus disposé à rester sans rien faire pendant qu'elle dit une chose désagréable et imméritée de plus à Daenerys.
"Je suis d'accord," dit Jon. "C'est un voyage que je vais devoir faire. Je vais aller parler avec Sansa et vite. Avec Sansa et les seigneurs Nordiens. Elle a agi contre moi, après tout. Elle leur demande de se rebeller en mon nom. Je ne peux pas régler ça d'ici. Je vais devoir retourner à Winterfell."
Comment se fait-il qu'aller dans le Nord semble soudainement être un mal nécessaire ? Retourner à Winterfell devrait être comme rentrer à la maison. Mais il ne peut s'empêcher de ressentir autre chose qu'une résignation épuisée à l'idée.
Dany prend clairement la chose encore plus mal que lui. Elle s'éloigne de lui, son visage se décompose immédiatement. Il pense à ses paroles d'il y a seulement quelques heures, quand il a juré qu'il ne passerait pas une nuit de plus en dehors de son lit tant qu'elle voudrait bien de lui. Il se demande si elle y pense aussi. S'il vient juste de ruiner la confiance fragile qu'il avait reconstruite. Soudainement, il ne pense plus à rien d'autre qu'à ce mur en vitraux, brisé en mille morceaux mais toujours entier. Était-ce la petite pression nécessaire pour le faire pleuvoir par terre?
"Hier soir tu as dit qu'on devrait se marier. Maintenant tu dis que tu dois t'en aller," dit-elle. Elle le regarde à nouveau. "Tous les soirs, tu m'embrasses jusqu'à ce que je ne puisse plus respirer — et tous les soirs, tu t'en vas, honteux d'être vu avec moi. Ne seras-tu donc jamais certain de ce que tu veux, Jon? Ne te décideras-tu donc jamais?"
Ses paroles envoient un frisson inexpliqué le long de sa colonne vertébrale. Il sent la honte, lourde et nauséeuse, se déposer lourdement au creux de son ventre.
"Je me suis décidé," lui dit-il, lui prenant le visage entre ses mains une nouvelle fois. Il examine ses yeux, ses lèvres. Son amour et son désir emplissent sa poitrine toute entière d'ardeur. "Quand je partirai dans le Nord, ce sera temporaire et ce sera en notre nom. En ton nom. Tu es…" il s'interrompt lorsque ses yeux se détournent des siens, réalisant le faux pas avant de le faire. Parce qu'elle est plus que juste sa reine. Il serait négligent de prétendre le contraire. "Tu es ma famille. Tu es à moi."
Il a tellement envie qu'elle sache ce qu'il y a dans son cœur, le puits profond d'amour creusé dans sa poitrine. Le désir qui est tellement fort que ça lui fait peur, lui donne l'impression d'être incontrôlable, déchaîné. Le besoin de faire ce qui est bien pour elle — mais aussi de la protéger de lui-même. Il veut la prendre dans ses bras et retourner à cette cascade, quelque part où personne ne les trouverait jamais. Mais il sait qu'elle est plus importante que ça. Son destin est plus grand que ça. Elle n'a pas à être cachée et convoitée, même si les Dieux savent qu'il en a envie. Les Dieux savent que, s'il pouvait lui ôter les cheveux du visage tous les matins, lui embrasser la gorge tous les soirs et vivre enveloppé dans sa bonté, il ne reviendrait jamais sur le passé et ne voudrait rien de plus. Il se détournerait des Sept Royaumes sans se poser de questions. Il se détournerait de tout. Et cela, lui semble-t-il, est la véritable honte de leur relation. Ca a peu à voir avec qui elle est par rapport à lui au niveau du sang et tout à voir avec qui il a le sentiment qu'il pourrait facilement devenir.
L'amour est le fléau de l'honneur, la mort du devoir. Qu'est-ce que l'honneur comparé à l'amour d'une femme ?
"Et Sansa? Bran? Arya?" Dit Dany, sa voix à peine plus forte qu'un murmure. Il rencontre son regard, ses pouces lui caressant toujours les pommettes. Durant une seconde, il se souvient de comment étaient ses yeux hier soir: doux, pénétrants, aussi vifs qu'une lune en fleurs violette. Maintenant, il pense qu'ils sont circonspects, froids — plus sombres, le mauve plus foncé des baisers-du-diable. "Ne sont-ils pas ta famille, aussi?"
Rien dans cette situation n'est facile, et cette question met la souffrance en lumière. Il ne va pas lui mentir.
"Si, ils le sont. J'ai grandi avec eux. C'était la seule la seule famille que je ne connaissais quand j'étais enfant. Et rien ne pourra jamais changer ce fait. Toi et moi le savons tous les deux."
Elle ne détourne pas le regard. Il l'aime pour ça, pour la façon dont son menton est relevé, pour la façon dont elle soutient son regard pour qu'il puisse prononcer peu importe ce qu'il a à dire directement en face.
Il se penche en avant sur sa chaise. Le vieux bois craque bruyamment, remplissant le silence entre eux. Quand il laisse tomber ses mains de son visage, il est surpris de voir ses propres doigts trembler légèrement, même si la seule chose qui remplit sa poitrine maintenant, c'est de l'affection, de l'amour. Le devoir (envers elle, envers elles deux). Il pose sa paume sur son bas-ventre, leurs regards toujours fixés l'un sur l'autre.
"Ils sont ma famille. Mais pas comme toi."
C'est toi que je choisis. C'est ça que je choisis. Et puis, cette fois tout haut — pour qu'elle puisse savoir parfaitement tout ce qu'il y a dans son cœur. Il l'a passé sous silence bien trop longtemps.
"C'est toi que je choisis, Dany. Quoi que ça puisse vouloir dire. Quoi que ça puisse entraîner."
Elle sourit légèrement, mais ses yeux sont devenus vitreux de larmes.
"Je ne voulais rien de tout ça. Tu le sais, n'est-ce pas? Je n'ai jamais voulu m'opposer à eux. Je voulais…" Elle s'interrompt. "Enfin, ce que je voulais n'a plus d'importance maintenant."
Il tend la main et l'attire dans ses bras, son cœur douloureux, parce qu'il n'a jamais voulu ça non plus.
"Je sais bien," lui assure-t-il.
Ses mots sont étouffés contre son épaules quand elle prend la parole ensuite, mais ça ne fait pas grand-chose pour diminuer leur puissance. "Mais c'est la réalité telle qu'elle est. Ce sont les décisions que Sansa a prises. Et j'éliminerai toutes les menaces pour nous ou notre enfant, et je le ferai peu importe la manière dont je devrais le faire. Donc quand tu dis que tu me choisis — quand tu dis que je suis à toi — tu dois vraiment comprendre ce que tu choisis. Je ferai ce que j'ai à faire, Jon. Je n'y prendrai pas plaisir, mais je ferai ce qui doit être fait. Je l'ai toujours fait et je le ferai toujours."
Il le sait bien. Et, lui aussi, doit fait tout ce qui est en son pouvoir pour protéger sa famille — cette famille-ci, lui et Dany et leur enfant. Peut-être qu'il avait tort avant; peut-être que son amour pour elle n'est pas la mort de son honneur ni de son devoir. Peut-être que c'est juste une allégeance à un genre de devoir différent, un genre d'honneur différent. Un genre d'amour différent.
III.
Jon pensait qu'il faisait confiance à Tyrion, mais quand il est temps d'enfin s'asseoir à table avec lui et Ser Davos pour leur annoncer la grossesse de Dany, il se surprend à douter de la décision.
Comme son amour pour Dany, il veut garder cet enfant secret pour le monde entier. Il a appris à ses dépens que la seule façon de vraiment protéger quelque chose est de le garder secret pour les étrangers. Mais ils ne peuvent plus rien garder secret. Pour obtenir la guidance la plus honnête et utile de leurs conseillers, ils sont obligés de leur donner une vue d'ensemble.
"Un bébé?" Dit finalement Tyrion, surpris. Il fait passer son regard entre les deux. Jon n'arrive pas à dire s'il est réjoui ou non. "Vous êtes sûrs?"
Jon pense à l'arrondissement ferme de son ventre, à la sensation que ça fait sous sa main. Le grossissement dont il a déjà été témoin.
"Oui," disent Dany et lui en chœur.
Jon peut sentir les yeux de Davos sur lui. Il s'attend presque à une raillerie de sa part à propos de toutes ses nuits dans la chambre de Dany mais il sait que Davos est trop honorable pour dire de telles choses devant la reine.
"Depuis combien de temps?" Demande Tyrion d'un air grave. Il prend une série de longues gorgées du verre de vin dans sa main comme s'il ne pouvait pas supporter cette discussion sans.
"Assez longtemps pour qu'on doive planifier et accomplir le mariage," réalise Davos, ses yeux se baissant sur ce qu'il peut voir de la silhouette de Daenerys. "Si on s'y prend bien, nous pourrons peut-être vous marier à temps pour déclarer que le bébé était simplement né prématurément."
"Un mariage est toujours une bonne distraction," fait remarquer Tyrion, "mais je crains que le climat actuel ne soit pas approprié. Le peuple est en train de reconstruire; la dernière chose que nous devrions vouloir est de leur mettre une grande célébration sous le nez."
Ser Davos fait un bruit d'accord inquiet. Jon sait qu'ils ont raison. S'il était un roturier, rien ne le ferait se retourner contre la reine plus vite que de la voir célébrer sa propre joie privée dans les cendres de leur ville, de leur peuple.
"Alors ça ne sera pas une grande célébration," dit Daenerys. Les trois hommes la regardent. "Les fêtes m'intéressent peu. Nous ne ferons pas de grand festin pour les seigneurs et les dames, pas de cérémonie privée. Nous ne dépenserons pas d'or pour une robe de mariée. Nous n'attiferons pas ce cimetière de fleurs ni de parures. Nous serons mariés, oui, et le peuple en sera témoin, mais que ce soit quelque chose pour le peuple et non pour nous. Un festin pour tout le monde, de petits cadeaux pour tout le monde. Nous élaborons cela comme une fenêtre sur ce que notre règne Targaryen sera: la libération du peuple. Libération de la douleur, de la pauvreté, de la maladie, du besoin. Mais pas aux dépens du peuple. Nous ne gaspillerons pas l'or dont nous avons besoin pour reconstruire ce qui a été détruit sur un mariage."
Ses paroles font attendrir le cœur de Jon et déborder son esprit d'idées.
"Nous pourrons aussi utiliser cette même idée pour nous aider avec le Nord," ajoute Jon, jetant un œil vers Davos. "Si nous leur envoyons les mêmes cadeaux que nous donnons aux gens ici, ça leur montrera que je les garde à l'esprit, qu'ils peuvent toujours compter sur moi pour les représenter, qu'ils sont toujours considérés comme faisant partie de ce royaume. Qu'ils peuvent compter sur notre reine pour les protéger et régner sur eux avec une main juste et généreuse. Et après le mariage, je pourrai voyager au Nord pour parler avec les seigneurs Nordiens. Et essayer de parler avec Sansa. Peut-être accompagné par vous, Lord Tyrion: ma sœur accepte habituellement vos conseils."
Tyrion et Davos échangent un regard rapide, indéchiffrable. Jon sent la main de Dany — douce et petite — agripper la sienne sous la table. Il s'y accroche fermement.
"C'est une bonne idée. Mais quel genre de festin ou de cadeaux feront momentanément oublier aux gens d'ici que leurs enfants ont été brûlés vifs?" Demande Tyrion.
Jon voit Dany tressaillir légèrement du coin de l'œil. Quand il se tourne pour la regarder, son expression est détachée.
"Rien dans ce monde ne pourrait faire oublier ou pardonner à une mère le fait d'avoir perdu ses enfants. Rien ne le pourrait jamais. Mais une mère fait ce qu'elle doit pour les enfants qui restent. Peu importe la douleur, peu importe la colère. Et si nous prenons soin du reste des enfants de ce royaume, si nous les protégeons avec tout ce que nous avons et rendons leurs vies plus attrayantes, ces mères finiront par voir ce que nous sommes."
Jon regarde Tyrion, attendant de voir ce qu'il pourrait dire pour rétorquer contre ça. Il scrute Dany avec quelque chose qui ressemble presque à de la pitié.
"Vous ne pouvez pas régner que par l'amour et uniquement l'amour, Majesté," dit Tyrion. "Tout comme une mère ne peut pas élever ses enfants qu'avec de l'amour et uniquement de l'amour."
"Ni par la peur et uniquement la peur. Quand je serai trahie, j'inspirerai la peur et je l'inspirerai fort. Mais la loyauté recevra de l'amour. C'est notre première occasion de tendre la main. Ceux qui ont ployé le genou prendrons la main que je leur offre et je les relèverai."
Tyrion et Davos tournent tous deux leurs regards vers Jon, comme pour l'implorer de lui dire quelque chose. Mais elle vient seulement de lui rappeler pourquoi il a autrefois ployé son genou.
"Avez-vous une meilleure idée?" Exige Jon vers Tyrion. L'idée de Daenerys est formidable pour Jon; elle est puissante, intelligente, bonne — il ne comprend pas pourquoi Tyrion semble autant hésitant.
Tyrion jette un œil vers Davos, mais Davos ne dit rien. Il tourne à nouveau son regard vers Jon. "Je dois penser à l'or," dit-il finalement. "Nous n'avons pas encore institué un Grand Argentier donc j'ai rempli ces fonctions et cela ne peut pas vous avoir échappé que nous avons un trou assez monumental dans nos finances actuellement, avec la reconstruction. Et même si l'idée de donner des cadeaux au peuple est bonne, Majesté, elle est onéreuse."
"Il n'est pas nécessaire que ce soit frivole," réplique Jon. "La fête doit être agréable — quelque chose pour remonter le moral — mais pas extravagante. Les cadeaux peuvent être de petites choses, des épices ou des savons ou des fruits. Des objets auxquels les gens n'ont peut-être pas accès pour le moment, des objets qui pourraient leur apporter du bonheur. Si nous devons faire sans un certain temps à cause de ça, alors tant pis. Je sais que notre reine est du même avis."
Jon regarde Dany, qui hoche la tête. Tyrion n'a toujours pas l'air convaincu.
"Ser Davos, qu'en pensez-vous?" Demande Dany, clairement impatiente face aux hésitations de son propre conseiller.
Ser Davos est aussi honnête et bourru que jamais. "Le mariage est la prochaine étape évidente ici. Surtout maintenant, avec l'enfant. Est-ce que je pense que ça arrangera tout avec le Nord? Non. Certainement pas. Mais je pense que ça aidera à mettre en lumière les intentions de Sansa et, à partir de là, nous pourrons nous occuper du problème plus aisément. Je pense effectivement que nous devons accorder une attention particulière aux préoccupations financières, mais si nous pouvons trouver un moyen de faire fonctionner votre idée, Majesté, je pense que c'est un moyen formidable de remonter le moral des gens et d'aider l'image des Targaryen."
"Alors c'est réglé," dit Dany, sa voix retentissant avec finalité, avec autorité. "Nous enverrons un corbeau au nord à tous les seigneurs et les dames pour les informer des fiançailles et, ce soir, nous commencerons à planifier quels cadeaux on peut se permettre de distribuer."
"Majesté—" l'objection de Tyrion est coupée.
"Est-ce que vous avez une meilleure idée?" Demande Daenerys, répétant la question précédente de Jon.
Ils attendent. L'expression de Tyrion devient aigrie.
"Pas présentement. Mais ça ne veut pas dire qu'elle n'existe pas."
"C'est précisément ce que ça veut dire. Si elle n'existe pas pour nous maintenant, alors que nous en avons besoin, elle n'importe pas du tout." Dany se lève; ils se lèvent tous avec elle. "Nous nous réunirons ce soir."
"Si vous voulez, Majesté, je vais commencer à envoyer les corbeaux," offre Davos.
Dany lui sourit. "Oui, merci, Ser Davos."
Davos croise le regard de Jon alors qu'il commence à suivre Dany. Sa question est silencieuse mais claire. Jon hoche fermement la tête. Oui, c'est ce que je veux.
L'idée le remplit de peur et d'amour à part égale.
IV.
Jon écrit la lettre qui doit être envoyée à Winterfell, sachant que Sansa, Arya et Bran doivent apprendre le mariage imminent de sa part. Il les invite à Port-Réal pour les noces, leur souhaite de bien se porter et la termine avec un avertissement. La Reine Daenerys et moi allons bientôt nous marier. Nous devons tous apprendre à vivre ensemble. Il n'y a plus de raison de se disputer: Je ne suis pas privé de mon droit au Trône; je n'en ai jamais eu envie en premier lieu. Vous êtes mes frère et sœurs et rien ne le changera jamais, mais il n'y aura plus de laissez-passer pour la trahison et plus de yeux fermés.
Il veut les supplier d'entendre raison, de dépasser les préjugés qu'ils ont développés et qui les ont rendus aussi méprisants à l'égard des 'étrangers'. Mais il a le sentiment que c'est un combat perdu d'avance à ce stade.
Plus tard, après avoir aidé Davos à rédiger et envoyer les derniers corbeaux, Jon cherche après Dany pour qu'ils puissent aller se promener dans certaines zones de reconstruction. Jon aime suivre les progrès et voir comme tout le monde se réunit pour un objectif commun. Il aime aussi observer Dany interagir avec son peuple. Chaque jour, il voit un peu de cette adoration et de cette loyauté que Missandei disait que le peuple d'Essos avait pour Dany se refléter sur les visages des petits gens ici. Elle en conquit davantage chaque jour par le biais de petits actes de compassion, de petits moments d'humanité partagée. Comme tresser les cheveux mal coiffés d'un petit garçon de Culpucier et l'imprégner d'émerveillement avec des histoires des hommes Dothraki et de leurs tresses, ou aider un homme âgé à fouiller les décombres autour de sa maison à la recherche d'un trésor perdu. Un jour de la semaine dernière, elle s'est assise avec une jeune fille peu sûre d'elle et marquée par les combats et a écarté ses cheveux argentés, montrant à la fille sa propre blessure provenant du piège de Cersei. On est tous un peu amochés, n'est-ce pas? a-t-elle dit et la fille a souri.
Jon aime être là dehors avec elle. Il aime marcher sur les routes détruites, s'arrêter pour aider partout où de l'aide peut être donnée. Il adore observer la façon dont Dany s'illumine quand elle prend soin de son peuple. Ils ont besoin d'elle, évidemment: sa guidance, son réconfort, son aide, sa protection. Mais Jon réalise qu'elle a besoin d'eux, aussi. Elle ne règne pas sur les Sept Royaumes simplement parce qu'elle a le sentiment de le devoir ni parce qu'elle aime le pouvoir: elle règne sur les Sept Royaumes parce que, par-dessus tout, c'est une sauveteuse. C'est dans son sang. C'est dans son cœur. Elle a besoin de leur amour comme ils ont besoin du sien. Elle a autant besoin de les protéger qu'ils ont besoin d'être protégés. Il y a quelque chose de magique là-dedans; Jon ne peut pas dire qu'il a déjà été témoin d'une chose pareille. Ca le remplit de fierté; il a envie de se tourner vers les gens et de dire, la voix tremblante d'affection, c'est notre reine.
Etant donné combien il apprécie ces sorties avec elle, il est déçu de trouver sa chambre vide et elle nulle part en vue. Il demande à l'une de ses servantes où elle pourrait être et elle peut seulement lui dire qu'elle a été vue pour la dernière fois en réunion avec Lord Tyrion. Jon n'est pas sûr de pourquoi cette information le dérange, mais il se sent impatient et mal à l'aise. Il se dirige droit vers la pièce où ils étaient plutôt dans la journée avec Davos et Tyrion mais, juste au moment où il est sur le point d'entrer, Dany commence à sortir. Ils entrent presque en collision: Jon doit lui attraper les bras pour lui faire garder l'équilibre.
"Re bonjour," salue-t-il et puis il se rend compte de la tempête sombre dans ses yeux, le retroussement colérique de ses lèvres. Ses mains glissent de ses bras. "Qu'est-ce qui ne va pas?"
Elle passe à côté de lui sans un mot, le laissant regarder Tyrion dans la pièce. Tyrion est toujours assis à la table, en train de bercer un verre de vin. Il lève les yeux vers Jon. Le regard qu'ils échangent est tendu; Jon surprend sa main à cherche le pommeau de Grand-Griffe, son corps réagissant à la tension comme si c'était réellement une menace. Peut-être que ça l'était. Jon ne sait pas. Il sait seulement que quelque chose s'est passé dans cette pièce pour contrarier sa reine.
"Jon—"
Jon se détourne de Tyrion et se dirige dans la direction où Dany est partie, ne voulant pas entendre les excuses de Tyrion avant d'entendre les raisons de Dany. Il entre dans sa chambre sans même frapper. Il la trouve debout sur le petit balcon, les mains agrippées à la balustrade, le dos tourné vers lui. Il ferme fermement la porte derrière lui et se dirige vers elle.
"Quoi?" Demande-t-il doucement. Il tend les bras et les enroule autour de sa taille, l'attirant contre son torse. "Que s'est-t-il passé? Est-ce Essos?"
Dany secoue la tête. Elle est raide dans ses bras et il pense qu'elle pourrait se dégager. Ca lui fait peur.
"Le Nord?" Demande Jon, même s'il ne peut pas imaginer ce qui aurait pu arriver de plus entre ce matin et maintenant.
"Non. Ma Main me dit que ce n'est pas dans mon intérêt de régner avec toi. Il me dit que ta loyauté est envers les Stark et uniquement les Stark. Il me dit que ce bébé est une erreur — le mariage est une erreur — le fait que nous soyons ensemble est une erreur—"
"Et que sait-il de nous?" Interrompt Jon. Il peut sentir son cœur se refroidir, se glacer: il souhaiterait soudainement avoir sorti Grand-Griffe dans cette pièce, avoir dit à Tyrion de rester en dehors des affaires qui sont les leurs, à lui et Dany. La férocité de cette colère le surprend. "Que sait-il de moi? Dany, que sait-il de toi?"
"Il est ma Main," dit-elle, toujours raide dans ses bras. Mais elle ne s'est pas encore dégagée.
"Oui. Il est ta Main. Et, si je peux me permettre, Majesté, il n'a pas fait du bon travail jusqu'à présent."
Elle ne le réprimande pas pour ça. Il sait qu'elle le reconnait; elle lui en a parlé à plusieurs reprises.
"Il dit que, si tu étais véritablement loyal envers moi, tu ferais arrêter Sansa tout de suite pour ce qu'elle m'a fait, à moi. A toi. A nous."
Ca ne fait que déstabiliser encore plus Jon. Depuis quand Tyrion recommande de punir Sansa? Jon a toujours eu l'impression que Tyrion tenait à Sansa.
"On en avons déjà discuté, toi et moi," rappelle Jon à Dany, faisant un effort pour garder sa voix calme. Il réalise maintenant, de par la tension de sa posture et la façon dont ses doigts sont étroitement enroulés dans sa paume qu'elle est réellement très paniquée à ce sujet. "Ca ne fera que donner au reste du Nord une raison de se méfier de toi. Une raison de vouloir se rebeller contre toi. Contre nous. On ne veut pas de ça."
"Tyrion dit qu'une fois que nous serons mariés, tu prendras le dessus — que tu seras la raison de ma chute — que tu me trahiras — que tes sœurs me tueront — il dit que tu dois faire partie du plan de Sansa."
Jon se tourne pour lui faire face, levant les bras pour lui prendre le visage entre les mains. Il scrute ses yeux troublés. Son inquiétude l'emporte sur tout, mais il peut sentir la colère se tapir juste en-dessous. De la colère envers Tyrion. Pourquoi a-t-il dit des choses pareilles à Dany en sachant qu'elle était tellement paranoïaque avant qu'elle refusait même de manger? Que pourrait-il gagner à lui faire avoir à nouveau des doutes? Que pourrait-il gagner à éloigner Dany et Jon?
"C'est des conneries, Dany," dit-il d'un ton féroce. Il se penche en avant, sa bouche se pressant contre ses lèvres charnues et douces. Il l'embrasse avec douceur, essayant d'exprimer à quel point il tient tendrement à elle, à quel point il l'aime. Elle lui rend son baiser, mais ce n'est pas avec le même brasier que d'habitude, et c'est elle qui arrête le baiser en premier. Jon — berçant toujours délicatement son visage dans ses mains — dit: "Je ne veux pas du trône. C'est toi que je veux. Je pensais avoir été clair sur qui j'ai choisi."
Son angoisse est claire dans ses yeux maintenant. Ils sont comme meurtris. "Plus rien n'est clair."
"Nous devrions l'être. C'est la seule chose dans cette horrible ville qui a une once de vérité. Toi et moi sommes la seule chose qui donne le sentiment d'être… vrai." Ca semble lamentable et vide de sens. Mais il ne voit pas de meilleure façon de décrire à quel point il se sent en vie quand il est avec elle, comme son sang se transforme en feu dans ses veines, comme il a l'impression d'avoir sa place, l'impression d'être aimé. L'impression d'être quelqu'un qui vaut la peine d'être plutôt que juste un bâtard qui n'a jamais vraiment connu de maison ni de véritable famille. "Je sais que je t'ai laissée tomber, mais je vais faire ce qui est bien pour toi maintenant. Je t'aime. Je ne pourrais pas mentir à ce propos même si je le voulais. Je t'aime."
Elle semble être à la recherche de quelque chose dans son regard, bien que Jon n'est pas sûr de quoi. Après quelques instants, elle lève les bras, lui prenant aussi son visage dans les mains. Ses paumes sont chaudes, douces: il ne peut s'empêcher de faire un pas en avant, de se rapprocher d'elle, rapprochant leurs corps presque de la tête aux pieds.
"Ne me trahis jamais," lui demande-t-elle, sa vulnérabilité sortant une nouvelle fois. "Et je ne te trahirai jamais." Elle semble douce, rayonnante — combien de personnes au monde ont déjà vu Daenerys comme ça, se demande Jon. Combien l'ont contemplée et vu le rayonnement de la lune plutôt que le flamboiement du soleil? "Règne avec moi — et je règnerai avec toi, aussi. Nous, ensemble." Elle se rapproche soudainement de lui, pressant le devant de son corps contre le sien, et la peau de Jon picote en réponse. "Ne me quitte jamais. Et je ne te quitterai jamais."
D'une façon ou d'une autre, ce moment donne l'impression d'être aussi sacré que s'ils échangeant leurs vœux de mariage devant les Anciens Dieux. Jon peut sentir l'urgence de ses paroles, la sincérité. Elle en déborde. Il ouvre les lèvres pour dire jamais, jamais, mais elle déplace ses doigts et les presse gentiment sur ses lèvres, l'arrêtant.
"Pas encore. J'ai besoin que tu y réfléchisses avant de me le jurer. J'ai besoin que tu le penses vraiment. Si tu n'es pas certain de moi, de nous, de quoi que ce soit — va-t-en maintenant. Va-t-en maintenant et je n'essayerai pas de te faire rester. Je te jure que je ne te voudrai aucun mal si tu choisis de partir tant que tu me laisses tranquille. Mais si tu restes et que tu me trahis, Jon…" Elle laisse sa phrase en suspens, sa voix tremblante. Ses yeux se mouillent de larmes. Il attend, s'attendant à ce qu'elle lui dise je te brûlerai vif moi-même. Elle aurait tous les droits de le faire. Il le mériterait. Mais elle ne termine jamais cette phrase et, tandis qu'il scrute ses yeux violets, remplis de larmes, il réalise qu'elle ne supporte même pas de menacer de le blesser. Sa détresse est un poids qui se dépose sur ses épaules; il réalise, tout d'un coup, qu'il pourrait facilement la détruire. Que peut-être il est la seule personne au monde qui pourrait le faire.
Il n'est pas sûr de quoi dire. Quoi faire. Il veut lui enlever son angoisse, il veut qu'elle sache qu'il ne lui fera jamais de mal. Il veut qu'elle lui fasse confiance.
"Dany, je—"
"Non," dit-elle à nouveau, sa voix à peine plus forte qu'un murmure. Elle se penche en avant, son nez effleurant le côté du sien, ses lèvres atrocement proches. Il sent ses cils frôler sa joue alors qu'elle ferme les yeux; il ferme les siens aussi et, dans l'obscurité, elle est la plus agréable des choses. Sa chaleur, le parfum de ses cheveux, la douceur de sa peau. Son cœur s'agrandit et brûle dans sa poitrine, remplissant tous les espaces. "Non. Pas encore. Ne me répond pas encore."
Mais il est prêt à lui répondre maintenant. Il n'a pas besoin de réfléchir. Il sait maintenant qu'elle est son devoir, elle détient son honneur. Elle détient son amour.
Mais il ne peut pas lui refuser ceci, ne peut pas la priver de ce dont elle a besoin. Donc il arrête d'essayer de parler. Il l'embrasse à nouveau à la place, doucement et avec précaution, ne sachant pas si elle veut l'avoir aussi près pour le moment ou pas. Le baiser qu'elle lui rend est tout aussi doux et, durant ce qui semble être un moment merveilleux, sans fin dans le temps, ils restent ensemble dans cette douceur, leurs mains tenant le visage de l'autre, les corps pressés l'un contre l'autre. Jon attend qu'elle approfondisse le baiser et puis la chaleur calme cède rapidement la place à une ferveur rugissante. Il les fait reculer, l'attirant avec lui, ses lèvres ne se séparant jamais des siennes. Il goûte sa bouche, le restant de ses paroles craintives et pleines de doutes, et il sent ses mains commencer à tirer et pousser sur ses vêtements. Il y a une puissance chez elle maintenant qui n'est pas différente de la puissance qu'il voit en elle quand elle mène Drogon au combat ou qu'elle s'adresse à ses armées ou qu'elle donne un ordre. C'est une énergie qui a toujours été magnétique pour lui et jamais autant que ça ne l'est dans des moments comme ceux-ci. Il répond à sa puissance avec de la puissance, ses doigts tirant habilement sur les attaches de sa robe, son corps pressant le sien contre le lit. Leurs tâtonnements semblent expérimentés et synchronisés; il ôte ses bottes d'un coup de pieds tandis qu'elle tire sur sa ceinture et, en quelques secondes frénétiques à peine, il lui abaisse sa robe d'un coup sec jusqu'à elle s'enflaque à terre, une marre de satin bleu argenté douce sous ses pieds. Il couvre son corps avec le sien, la peau brûlant la peau, ses lèvres parcourant la longueur de son cou. Il lui embrasse la gorge alors que ses doigts à elle dansent de haut en bas sur la peau de son dos, et il oublie comment sentir et penser à autre chose que ceci.
"Je le jure," souffle-t-il. Il déplace à nouveau ses lèvres sur les siennes, murmurant encore les mots dans la chaleur de sa bouche. "Je le jure."
Quand leurs regards se croisent une nouvelle fois, il se sent tellement proche d'elle qu'il est à moitié follement convaincu qu'elle peut ressentir tout ce qu'il ressent, peut entendre chacune de ses pensées.
Il n'y a pas de retour possible.
A suivre...
