Chapitre 4: Le Sombre Charmant
I.
C'est la première fois qu'elle se réveille dans les bras de quelqu'un depuis plus d'années qu'elle ne peut supporter de calculer.
Durant un instant, coincée dans cet état changeant et brumeux entre le rêve et la réalité, elle n'y croit pas. La sensation de ses bras, chauds et solides autour d'elle, est aussi intangible et inaccessible que le citronnier. Elle doit encore être en train de rêver. Elle doit être morte. Elle ne doit jamais se réveiller.
Il faut que ses bras se resserrent soudainement, l'attirant plus près de son torse, pour qu'elle soit tirée de cet état sombre et intermédiaire. Dany ne sait pas s'il est déjà complètement réveillé – s'il l'a attirée plus près délibérément ou si son corps a agi de son propre chef – mais elle se laisse quand même aller dans son étreinte, son visage se cachant contre la peau meurtrie sur son cœur, ses jambes s'entrelaçant avec les siennes. Le bout de ses doigts danse comme des flammes sur la peau lisse de son dos, les muscles forts dissimulés en-dessous. Elle ne veut jamais s'en aller.
Elle pense qu'il est peut-être toujours possible qu'il va se dégager, qu'il va s'en aller. Qu'il va se pencher en arrière et la regarder avec dégoût à cause de choses qu'elle ne peut pas contrôler. Qu'il va laisser son lit encore plus froid qu'il ne l'a trouvé, son cœur encore plus meurtri qu'il ne l'a trouvé. Mais elle ne peut rien faire pour cette peur. Elle sait qu'elle doit être courageuse afin de lui faire à nouveau confiance. Elle sait qu'elle doit se libérer du passé —si je regarde en arrière, je suis perdue— et faire confiance aux choses qu'il lui jure, à la fois avec son cœur et avec son corps. Faire confiance aux choses qu'il a dites, aux choses qu'il a faites. C'est le seul moyen d'avancer.
Quand elle le sent étirer légèrement ses jambes – toujours entortillées avec les siennes – et qu'elle l'entend soupirer alors qu'il se réveille, elle oublie d'avoir peur. A la place, sa peur est inondée d'affection pour lui. D'amour. Elle ne le serre pas fort comme elle en a envie et ne lève pas le visage pour lui dire bonjour avec un baiser, mais elle ne peut s'empêcher d'embrasser doucement la cicatrice irrégulière sur son cœur. Sa main s'enroule dans ses cheveux en réponse, s'accrochant à des nœuds, et elle sent de la chaleur se poser sur son cuir chevelu comme une lourde couronne tandis qu'il lui embrasse la tête, juste au-dessus de sa blessure guérissante.
Rien n'est dit et pourtant elle a l'impression que tout a été dit. Tout d'un coup, ses peurs se dissipent, soufflées comme des cendres par le vent. Elle cache son sourire contre sa peau. Tandis qu'il se réveille complètement, il lui caresse les cheveux, la colonne, la hanche, ses paumes calleuses et chaudes, la chaleur trainant partout où il la touche comme un baiser de flamme. Ses lèvres se pressent contre son cuir chevelu, son front, son épaule. Son cœur n'a jamais été aussi léger, autant en sécurité. Elle se sent en apesanteur, intouchable, chérie, aimée. C'est la sensation qu'elle a recherché toute sa vie. Elle veut se sentir comme ça pour toujours.
"Peut-on rester ici un millier d'années?" demande-t-il, la voix douce et rendue rauque par le sommeil. Sa main se presse dans le bas de son dos, l'attirant au-dessus de lui alors qu'il roule sur le dos. Dany s'enroule autour de lui, son oreille sur son cœur, ses lèvres toujours courbées en un sourire qui, pense-t-elle, pourrait ne jamais quitter son visage. Ses cheveux lâchés s'enveloppent sur eux comme une couverture et, quand ses deux bras s'enroulent autour d'elle, elle aimerait follement – inexplicablement – qu'il puisse simplement la tirer en lui. Pouvoir être enterrée là dans cet amour, en lui. Dans son étreinte.
"C'est mon royaume. Je suppose qu'on peut faire ce qu'on veut," répond Dany, ses mots un peu plus qu'un soupir.
"Je suppose que c'est vrai," murmure Jon en réponse et, quand il lui embrasse l'épaule, elle peut sentir son sourire.
Aucun des deux ne le pense évidemment — et pourtant si. Daenerys est consciente de ses propres responsabilités envers le monde et envers son peuple et, pourtant, elle a l'impression d'avoir une dette étrange envers son propre cœur. Une responsabilité envers elle-même. Elle suppose que c'est dû à une vie à être la seule à faire attention à elle-même. Et elle sait que si, d'une façon ou d'une autre, elle pouvait arrêter le monde à l'extérieur de cette pièce, si Jon et elle pouvaient rester ici pour toujours, elle pourrait être heureuse pour toujours. Elle pourrait avoir le sentiment d'être à la maison.
Mais elle ne peut pas arrêter le temps. Elle ne peut pas effacer le monde en dehors de ce lit, en dehors de ces appartements. Et ce monde est fait de personnes qui ont besoin d'elle, qui auront toujours besoin d'elle. Des gens envers qui elle a une plus grande responsabilité qu'envers elle-même.
"Même si je pense qu'on pourrait finir par s'ennuyer," dit-elle.
Ses bras se resserrent autour de sa taille. "J'en doute. J'en doute très, très fort."
La texture sombre et rauque de sa voix provoque de la chaleur dans son cœur. Elle relève sa joue de son torse et le regarde, un doux sourire toujours en place. Son sourire à lui est tellement lumineux et authentique que ses yeux se sont plissés aux coins; Dany étire un bras et lui caresse doucement la joue, son propre sourire s'élargissant.
"Je suis contente que tu sois resté," lui dit-elle.
Il lui prend le visage dans les mains, ses yeux charmants, sombres et profonds. Dany pense qu'elle pourrait les examiner pendant des heures sans jamais vraiment en estimer la profondeur. Ses yeux tracent la cicatrice sur son œil gauche tandis que sa main cherche la cicatrice sur son cœur. Elle dépose légèrement la main dessus, submergée par quelque chose qu'elle ne peut pas nommer en sentant le martèlement de son cœur qui résonne en-dessous. Quelque chose de farouche et puissant qui emplit son corps tout entier — quelque chose qui la fait se pencher en avant et capturer ses lèvres avec les siennes.
Durant une brève seconde, elle craint d'agir de façon inappropriée. Mais sa réponse est d'une intensité sans détour. Elle entend le cadre du lit en fer grincer lorsqu'il les retourne, son corps se dressant complètement au-dessus du sien (ici aussi, comme son corps bloque la lumière du soleil de la fenêtre à moitié ouverte, c'est charmant, sombre et profond), son baiser la consumant. Elle laisse traîner ses mains dans ses cheveux, l'attirant plus près avec ses jambes, répond à son intensité avec de l'intensité, à son ardeur par de l'ardeur. Au feu par du feu. Elle sait qu'ils en seront consumés et elle désire ce bûcher comme elle a toujours désiré une maison.
Il s'accroche à elle tellement fort, l'aime avec tellement de fougue, qu'elle ne parvient pas à traiter l'information quand il arrache soudainement ses lèvres des siennes et se fige. Elle tremble dans ses bras, ses yeux scrutant son visage, confuse. Il rencontre son regard et fait un signe de la tête vers la porte. Dany jette un coup d'œil par-dessous son bras dans cette direction. Elle est fermée mais elle voit deux tâches de lumière bloquer là où deux pieds doivent se trouver. Et puis elle entend ce que Jon a dû entendre la première fois: un coup.
"Majesté?" Appelle Ser Davos. "Veuillez excuser l'heure matinale — je cherchais l'un de vos conseillers, Lord Snow, je crois que vous le connaissez."
Dany presse ses lèvres ensemble pour réprimer un sourire tandis qu'un air renfrogné s'étend sur le visage de Jon. Il se dépêtre d'elle et roule sur le dos. "Il se croit assez drôle, n'est-ce pas?"
"Et il l'est," réplique Dany, amusée. Elle se redresse sur les coudes et élève la voix. "Pourquoi avez-vous besoin de lui, Ser Davos?
"J'ai besoin de vous deux, Majesté. Jon a reçu un autre corbeau de Winterfell et nous avons reçu une réponse de trois autres maisons Nordiennes. Vous avez tous les deux demandé que je vous informe dès qu'elles seraient arrivées."
Dany attend que l'angoisse écœurante qui a lourdement pesé dans son ventre toute la journée d'hier s'installe une fois de plus. Elle attend que sa nausée revienne et d'avoir mal au cœur comme hier à chaque mention de Winterfell. Chaque mention des Stark.
Mais Jon l'attire vers lui de sorte qu'elle est drapée sur son torse, ses bras bien accrochés autour d'elle, son menton posé contre ses cheveux. Ses yeux se ferment; un soupir de soulagement s'échappe de ses lèvres.
"Nous nous réunirons dans la salle du conseil dans une demi-heure," crie Jon.
Il y a une courte pause comique. "Oh, vous voilà, Jon."
"Au revoir, Ser Davos," dit platement Jon.
Dany peut l'entendre rigoler en s'en allant. Elle sourit à nouveau.
"Je crois que je commence à bien l'aimer," admet-elle.
"C'est le seul homme ici dont je ne doute pas de la loyauté," approuve Jon.
Dany lève les yeux et rencontre son regard.
"Le seul?" Répète-t-elle. "Pas Ver Gris?"
Jon lui passe distraitement ses doigts dans les cheveux, son regarda l'examinant. Il prend sa question au sérieux.
"Je ne crois pas que Ver Gris me fasse confiance. C'est difficile de faire confiance à quelqu'un qui ne te fais pas confiance."
Dany grimace lorsque ses doigts se coincent dans un nœud trop près de sa blessure. Il retire immédiatement ses doigts, sa main allant sur sa hanche à la place.
"Ver Gris ne fait pas confiance à beaucoup de personnes. Mais quand cette confiance est gagnée, elle ne faiblit jamais. Sa loyauté ne déçoit jamais."
Elle sait, sans aucun doute, qu'il n'y a rien au monde qu'elle pourrait faire pour mériter la trahison de Ver Gris. Il se tiendrait à ses côtés, loyal et fidèle, pour tout et n'importe quoi. Elle ne peut s'empêcher de penser qu'il ferait la même chose pour Jon si seulement il le voyait comme Dany le voit.
"Je n'irais pas dans le Nord s'il n'était pas là," avoue Jon. "S'il y a une chose à laquelle je fais confiance, c'est la loyauté de Ver Gris envers toi."
Cette fois, la mention du Nord pèse bien sur son cœur. Parce que c'est un rappel que Jon va la quitter. Logiquement, elle sait que c'est ce qui doit être fait. Elle sait que c'est le seul moyen de surmonter leurs obstacles Nordiens. Mais elle a peur. Elle vient tout juste de trouver la maison ici avec lui — la chose qu'elle a désiré encore plus longtemps qu'elle a désiré le trône de son père. Et aussitôt qu'elle l'aura, aussitôt qu'ils seront mari et femme, reine et roi, il s'en ira. Peut-être seulement un mois, peut-être deux, mais pour elle, c'est une immense mer de temps. Un énorme fossé entre eux où tout pourrait arriver. Elle pourrait perdre son bébé; elle pourrait être trahie à nouveau; elle pourrait échouer.
Elle pourrait se sentir seule.
Quand la solitude est-elle devenue un poids aussi lourd? Elle se souvient encore parfaitement de la façon dont ça l'a noyée après la mort de Missandei, durant ces semaines où personne ne venait, personne ne se souciait d'elle. Ça l'étouffait (un oreiller sur le visage de la coquille vide qu'elle était). Elle a peur de se sentir à nouveau comme ça.
Mais elle n'a personne d'autre ici que Jon. Il est sa famille, sa sécurité. Que restera-t-il quand il s'en ira? Ver Gris, oui, mais l'affection et la proximité qu'ils partagent sont différentes.
Tyrion?
Pas pour la première fois, Dany pense à lui avec colère et ressentiment.
"Et Tyrion?" Demande-t-elle à Jon.
Aux vues de la tension dans la mâchoire de Jon, il a des sentiments similaires à l'égard de Tyrion actuellement.
"Je pensais que je lui faisais confiance," admet-t-il.
"Pensais."
"Je ne sais pas ce que je pense maintenant."
Dany pense que ce qu'il pense est assez évident étant donné le tranchant dans ses yeux, le serrement momentané de ses poings. En le regardant tandis qu'une vague de colère passe sur lui, elle pense qu'elle peut voir un loup dans ses yeux. C'est différent du dragon qu'elle voyait dans les yeux de Viserys, la rage qui frappait vivement et rapidement, feu et sang. Ceci est plus calme, sauvage. Une colère qui promet de couver. Une férocité qui doit durer jusqu'à ce que l'hiver arrive.
Mais elle n'a pas peur du loup. Elle repose la tête sur son torse et ferme les yeux, contente quand sa main revient lui caresser la hanche.
"Qu'est-ce que tu en penses?" Demande-t-il soudainement.
Elle garde les yeux fermés. "De Tyrion?"
"Oui. De si on peut lui faire confiance."
Elle a envie de dire il est ma Main, évidemment que je lui fais confiance. Mais il y a longtemps que sa confiance a été meurtrie et les choses n'ont fait que s'y rajouter. Entre les erreurs constantes dans ses conseils, ses sous-estimations constantes d'une sœur qu'il aurait dû connaître mieux que personne, son absence quand elle avait le plus besoin de son réconfort après la mort de Missandei et sa méfiance récente, inexpliquée, à l'égard de Jon, elle penche vers non.
"Je pense qu'il voulait que je me sente à nouveau seule. Il voulait nous séparer. Et je n'arrive pas à voir pourquoi il ferait ces choses s'il avait les meilleures intentions pour moi en tête."
"Il est possible qu'il soit loyal envers toi — juste pas envers moi."
"Non. Ce n'est pas de la loyauté. Faire en sorte que quelqu'un se sente effrayée, seule, trahie… ce n'est pas de la loyauté." Missandei n'aurait jamais fait ça. "Je ne sais pas pourquoi il a dit ces choses. Peut-être qu'il les pense vraiment. Peut-être qu'il croit vraiment que tu vas me trahir."
"Ma reine? Ma famille?" Il y a une courte pause. Sa main se presse contre sa hanche, l'étreignant plus près de son côté. "La mère de mon enfant? S'il le croit, il n'est pas aussi malin qu'on le prétend. S'il le croit, il ne me connait pas du tout."
"Il connait ta sœur et sait de quoi elle est capable. Et il connait ton nom de naissance," rappelle-t-elle à Jon. Elle lève les yeux vers lui. "Le pouvoir peut changer les gens."
Il fronce les sourcils. "Non. Le pouvoir ne change pas les gens. Le pouvoir met seulement en lumière les véritables intentions."
Elle réfléchit à ces mots longtemps après qu'ils aient quitté sa bouche. Elle tend la main et pose ses doigts contre ses lèvres, en traçant doucement la courbe, son cœur assez grand pour remplir sa poitrine toute entière. Pendant un moment, ils restent silencieux, ses doigts à elle traçant son visage à lui, son charmant regard emmêlé avec le sien.
"Et quelles sont tes intentions, Jon Snow?" demande-t-elle avec légèreté.
Son sourire est faible mais il réchauffe quand même Dany. "J'aime à croire que mes intentions sont assez évidentes après hier soir."
"Tu dis que le pouvoir met en lumière nos véritables intentions. Que mettras-tu en lumière quand nous serons mariés? Quand tu seras l'homme le plus puissant de Westeros? Que feras-tu avec ce pouvoir?"
Elle connait sa réponse à elle. Elle lui vient immédiatement à l'esprit, même si ce n'est pas la réponse qu'elle aurait admise si qui que ce soit lui posait cette question. Fonder un foyer, pense-t-elle, à la place de 'briser la roue'. Ou peut-être que ça grandit simplement à côté, deux objectifs comme les faces opposées d'une même pièce.
Elle pense que Jon aura besoin de temps pour réfléchir à cette question, mais il n'en a pas besoin. C'est immédiat pour lui aussi.
"Te protéger, toi," dit-il. Il fait glisser sa main sur sa hanche, la laissant posée sur la douce inclinaison de son bas ventre. "La protéger, elle." Elle ferme les yeux tandis que son pouce lui caresse la peau. "Et protéger le peuple."
"Notre peuple," corrige-t-elle automatiquement. Elle pense à ce qu'elle ressent en marchant dans les rues de Culpucier, Jon à ses côtés. Comme les petits gens leur sourient. Une partie d'elle s'était toujours demandée si se marier affaiblirait son pouvoir — comme s'il serait coupé en deux, ne la laissant qu'avec une portion de ce qu'elle avait avant — mais avec Jon, elle trouve que ça ne donne pas du tout cette impression. Au lieu de ça, c'est comme si leur pouvoir se dédoublait ensemble, se multipliait. Le sien est ajouté au sien, au lieu de lui en prendre.
"D'accord — notre peuple."
Ce sont ses faces opposées de la même pièce: les protéger, elle et leur bébé, et protéger leur peuple. Quand elle croise à nouveau son regard, elle sait qu'il en est aussi conscient. Leurs dualités reposent ensemble, s'emboîtent. Comme eux.
Ses yeux dansent entre son regard et ses lèvres. C'est une danse familière.
"Ser Davos est en train d'attendre," lui rappelle-t-elle doucement.
"Que les Autres emportent Ser Davos," rejette-t-il et Dany rigole. Mais ils se séparent malgré tout pour s'apprêter pour la journée.
II.
Sa Main est la seule personne dans la salle du conseil quand elle y entre. Dany se tient dans l'embrasure de la porte et examine froidement la coupe en cristal devant lui.
"Etre ivre à midi ne rendra certainement pas vos conseils plus utiles pour moi qu'ils ne l'ont été cette année dernière."
Il lève les sourcils tout en soulevant sa coupe. Dany le regarde prendre une grande gorgée, ses deux mains agrippant le gobelet comme s'il contenait un élixir magique et inestimable, au lieu de ce qui, au nez de Dany, sent le vin Dornien rassis. L'odeur lui retourne l'estomac.
"Eh bien, comment le saurons-nous véritablement à moins d'essayer?" dit-il finalement d'un ton pince-sans-rire.
Elle fait un effort pour garder une expression mesurée. Elle s'avance dans la pièce, allant jusqu'à Tyrion.
"Vous êtes Main de la Reine," lui rappelle-t-elle. "Vous feriez bien d'agir comme tel, à moins que vous ne désiriez que je donne cette position à quelqu'un d'autre."
Elle s'arrête devant sa chaise. Il ne lève pas les yeux pour rencontrer son regard. Il fixe le contenu rubis de la coupe comme si une vérité pouvait y être trouvée dans le fond.
"Peut-être que vous le devriez," lui dit-il finalement et Dany sent un pincement de colère et de douleur lui percer la poitrine, même si elle ne le montre pas. Elle soulève les sourcils très légèrement, attendant qu'il en dise plus. Il se tourne finalement pour la regarder et, dans ses yeux, elle voit qu'il est blessé. "Peut-être que vous devriez demander à Jon Snow. Ce sont ses conseils que vous suivez plus que tout autre, après tout."
Si ce n'était pour le conflit évident dans ses yeux, Dany pense qu'elle aurait pu répondre à ces mots avec de la rage. Mais elle sait à quoi ressemble la peine dans les yeux. Et même si ça n'excuse pas son attitude récente, elle ne peut pas totalement le bannir de son esprit. Elle se laisse tomber sur la chaise à côté de lui et tend la main, attrapant le pied de la coupe. Les mains de Tyrion se contractent sur le cristal tandis qu'elle le tire de son étreinte. Elle ne veut pas avoir le vin près d'elle — la nausée lui agrippe l'estomac maintenant — mais elle ne le veut pas près de lui, non plus. Ca n'apporte rien de bon à personne que Tyrion sombre dans les habitudes de Cersei, encore moins à Dany.
Elle le place de son autre côté, loin de Tyrion. Pendant une seconde, elle pense qu'il va argumenter avec elle. Elle pense qu'il va répondre à cet ordre silencieux avec une rébellion. Mais ses mains se ferment en poings et il détourne le regard
"J'aime Jon Snow," lui dit-elle avec fermeté. "Et il m'aime. Ce n'est pas un sujet de discussion. Ce n'est pas un sujet de débat politique."
Tyrion lève la main pour se frotter les yeux. "L'amour et la passion n'ont pas leur place dans la politique. Pas leur place dans le fait de gouverner. C'est un mélange dangereux — ça l'a toujours été."
"Et n'était-ce pas vous qui m'avez convaincue de me séparer de Daario pour que je puisse me marier, pour que je puisse créer des alliances?" Lui rappelle-t-elle.
"Oui. Mariage — oui. Alliances — oui." Il se tourne pour lui faire face. "Ceci est différent. C'est différent — et vous le savez. Vous êtes loin d'être stupide, Majesté. C'est l'une des raisons pour lesquelles je vous respecte autant. L'une des raisons pour lesquelles je vous ai choisie. L'une des raisons pour lesquelles je vous choisis encore." Ses yeux deviennent sincères. "Je sais que je vous ai induite en erreur par le passé. Je souhaiterais seulement que mes conseils aient été meilleurs. Je suppose que c'est vrai qu'il me reste beaucoup à apprendre. Mais quand je vous dis que c'est une idée dangereuse… n'est-ce pas mon travail de vous déconseiller les choses qui pourraient vous ruiner?"
Il est aussi fervent qu'il l'était hier. C'est son insistance qui l'a perturbée avant et, si elle n'avait pas parlé avec Jon hier soir, c'est son insistance qui l'aurait de nouveau faite paniquer aujourd'hui. Elle sait, sans aucun doute, qu'il croit sincèrement ce qu'il dit. Il croit sincèrement que Jon la ruinera.
Mais il ne sait pas ce que Dany sait. Il ne sait pas ce que Jon et elle sont — il ne sait pas la façon tendre dont Jon lui prend le visage dans les mains, ses caresses révérencieuses et douces comme s'il croyait qu'il tient le monde. Il ne sait pas la chaleur qui inonde le corps de Dany tout entier quand elle est avec Jon, comme si elle était entrée dans le hall d'entrée chauffé de la maison. Il ne sait pas le sentiment d'appartenance qu'elle ressent quand elle est avec Jon. Le sang de son sang. Il ne sait pas l'amour farouche qui s'éveille en elle en voyant le sourire de Jon.
"Votre travail est de conseiller mes décisions politiques. Votre travail n'est pas de conseiller mon cœur."
Son insistance ne fait que s'accroître. Il tire sur le bord de la table, trainant sa chaise plus près de celle de Dany, voulant désespérément qu'elle l'écoute.
"Et pourtant vous avez amené votre cœur dans vos décisions politiques," argumente-t-il. "Pire — vous l'avez laissé diriger ces décisions. Vous ne voulez même pas envisager d'autres alternatives—"
"Quelles alternatives?!" Exige Dany, sa colère ressortant pour la première fois. "Vous ne m'avez offerte aucunes autres alternatives! Pour autant que je sache, c'est le mariage ou c'est la guerre — et je n'infligerai pas une autre guerre à mes armées, je n'infligerai pas une autre guerre à mon peuple—"
"Il y aura une autre guerre, il n'y a pas moyen d'éviter une guerre, la question est seulement de savoir jusqu'où vous tomberez avant qu'elle n'arrive, jusqu'à quel point vous vous laisserez être blessée—"
"Vous n'allez pas m'interrompre!"
Ses mots résonnent vertement dans la pièce, aussi froids et durs qu'une gifle. Elle déborde de la rage qu'elle s'est refusée au début de la conversation. Son cœur cogne dans sa poitrine.
"Comme vous l'avez déjà dit, je ne suis pas stupide, Lord Tyrion. Ne vous permettez pas de croire un instant que je ne suis pas au courant de toutes les conversations que Varys et vous avez eues à mon sujet. Peut-être que, en tant que membres éminents de mon conseil restreint, vous aviez le droit de discuter de mes choix. Mais à quelle fréquence ces discussions ont-elles ont lieu avec moi plutôt qu'à mon sujet? Combien de fois avez-vous parlé de moi comme si j'étais une sorte de pion dans votre jeu — une pièce que vous devez comprendre comment manipuler d'une manière ou d'une autre — au lieu de me parler et de me demander ce que je pense, ce que je veux—"
"Ne suis-je pas en train de le faire maintenant? N'est-ce pas ce que nous sommes en train de faire maintenant?" Exige Tyrion.
Dany se lève. "J'ai déjà que je n'allais pas être interrompue!"
Tyrion soutient son regard féroce. Dany pose une main sur son ventre, sa nausée arrivant à un niveau gênant, mais elle ne cèdera pas.
"Pour le meilleur ou pour le pire, Majesté, et quelles qu'en soient les conséquences, le travail d'une Main est de dire les choses qu'une reine ne veut peut-être pas entendre," dit Tyrion, la voix grave. "Vous ne pouvez pas faire confiance à un conseil s'il n'est pas honnête. Je ne vous manquerai pas de respect en vous mentant. Je sais que Jon Snow vous trahira. Je l'ai appris par quelqu'un qui voit toute la vérité, quelqu'un qui ne peut pas mentir. Et je vous demande — je vous supplie — d'arrêter ce qui a été commencé. De reculer. Renvoyez-le dans le Nord. Nous pouvons faire face à tout ce que le Nord nous enverra — ils n'ont presque pas d'hommes, l'Armée des Morts a gravement compromis leur terre, ils ne seront pas un ennemi difficile à vaincre."
Ses yeux vont des siens à sa main, toujours posée sur ventre tandis qu'elle lutte pour faire passer son envie de vomir.
"L'enfant complique les choses, mais il n'y a plus grand-chose à faire à ce sujet maintenant. Si nos armées se chargent rapidement du problème Nordien, l'enfant ne sera pas utilisé comme pion, et nous pourrons surmonter cet obstacle."
Elle détourne son regard de lui. Le remous de nausée qui monte alors vient de plus que juste l'odeur de ce vin rassis. Elle est dégoûtée par la manière dont il parle de son enfant. Comme si elle était une erreur, un problème. Un "obstacle". Dany a perdu Rhaego, Viserion, Rhaegal et peut-être même Drogon. Elle ne sait pas où il est — pour autant qu'elle sache, quelque chose lui est arrivé aussi. Chaque vie qu'elle a élevée a disparu. Chaque vie qu'elle a nourrie avec la sienne, avec son amour, avec ses rêves. Chaque enfant à qui elle a donné des parties entières de son cœur. Elle pense que Tyrion doit être idiot pour penser qu'elle peut voir ce bébé comme autre chose que ce qu'elle est: un miracle. Une bénédiction. Quelque chose que Dany n'a jamais pensé qu'elle aurait un jour. Sa famille. Et Jon le lui a donné.
"Mon enfant n'est pas un obstacle," crache-t-elle. Elle est tellement fâchée que son corps commence à trembler. Elle a besoin de toutes ses forces pour le réprimer. "Jon Snow n'est pas un 'problème Nordien'. Il est le père de mon enfant. Il est votre roi."
Tyrion secoue la tête. "Non. Il ne l'est pas. Je l'ai peut-être approuvé un jour — j'ai certainement toujours eu beaucoup d'estime pour l'homme— mais pas en sachant ce que je sais maintenant. Je n'approuverai pas quelqu'un qui vous détruira. Ma loyauté est envers vous. Si je dois être exécuté pour cette loyauté, eh bien. Je demande seulement à ce que vous me rendiez mon vin au préalable."
Dany lui tourne le dos. Elle ne supporte plus de le regarder. Elle ferme les yeux et pose sa question suivante, ses mots durs. "Qui vous a dit que Jon va me trahir? Vous dites en être certain. Qui vous a rendu aussi certain?"
Une pause et puis: "Bran Stark."
Dany tourne sur elle-même pour faire face à Tyrion, incrédule.
"Bran Stark? Et vous est-il déjà venu à l'esprit, Lord Tyrion, que Bran Stark essaye peut-être de me faire retourner contre Jon? De me faire le repousser —afin que sa sœur et lui puissent convaincre Jon d'agir contre moi, de prendre le trône?"
"Cela aurait pu. Si je n'avais pas eu de nombreuses conversations avec Bran quand nous étions à Winterfell. Si je ne savais pas ce qu'il est maintenant. Il ne peut pas mentir. Il n'est plus Bran Stark, plus vraiment. Il est la Corneille à Trois Yeux. Vous avez entendu ce qu'il a dit avant la bataille — il est le gardien de l'histoire des hommes. L'histoire toute entière, le début et la fin. De nous tous. De vous, Majesté. Je refuse de rester assis les bras croisés en sachant ce que je sais maintenant et de vous regarder marcher jusqu'à la potence."
"Ce qui veut dire?" Demande Dany. "Vous irez à l'encontre de ce que j'ordonne? Vous irez contre ma décision?"
Il rencontre son regard mais Dany voit de la peur briller dans ses yeux. Il continue malgré tout; ses paroles semblent tristes. "J'irai à l'encontre de tout ce qui vous menace. Même si c'est vous-même."
Dany est furieuse de la condescendance, de la notion qu'il — et seulement lui— sait ce qu'il y a de mieux pour elle, que s'il doit commettre un acte de trahison contre elle, d'une manière ou d'une autre, ce sera pour elle simplement parce qu'il le pense, parce qu'il le veut.
"Encore une fois, vous demandez conseil à d'autres à mon sujet, au lieu de venir m'en parler," dit Dany. Elle est surprise de combien sa voix semble calme. Elle ne se sent pas calme. Elle est pleine de colère et d'une frustration aussi violente qu'une tempête de feu. "Vous ne m'avez pas demandé une seule fois ce que je sais de Jon. Vous ne m'avez pas demandé une seule fois si je lui fais confiance."
"En quoi cela importe-t-il? S'il est condamné à vous trahir — condamné à être votre chute?" Supplie Tyrion. "En quoi votre avis actuel à son égard importe-t-il?"
"Mon avis actuel à son égard est le seul avis valable," crache-t-elle. "C'est moi qui le connait, qui est avec lui, c'est moi qui partage un lit avec lui—"
"Ce qui ne veut rien dire—"
"Si vous m'interrompez encore une fois, vous n'aurez plus jamais l'occasion d'interrompre qui que ce soit! Je suis votre reine et vous avez demandé conseil à ceux qui conspirent contre moi, et maintenant vous êtes en train de conspirer contre moi. Jon Snow ne me trahira pas. Je ne sais pas ce que Bran Stark cherche à faire — je ne sais pas à quel genre de jeux il joue, quel genre de jeux il vous pousse à jouer — mais je ne lui fais pas confiance et je ne crois pas en lui. Je me fiche de comment il s'appelle. Je ne suis pas assez idiote pour nier qu'il existe un savoir et un pouvoir plus formidable dans ce monde, mais je ne prendrai pas un homme pour un dieu. Je continuerai comme je l'ai toujours fait: en croyant en moi. Et je sais ce que je vois en Jon. Vous essayez de m'embrouiller, vous essayez de me faire peur, vous essayez de me laisser échouée ici sans personne — pourquoi ne devrais-je pas croire que vous êtes au courant de peu importe quel jeu Bran Stark est en train de jouer? Peu importe quel jeu Sansa est en train de jouer?"
Tyrion pousse la chaise loin de la table et se lève. Il s'approche de Dany et, quand il lui prend la main, elle envisage de la lui arracher.
"Est-ce que vous vous entendez?" Lui demande-t-il, la voix douce. "Rien d'autre que de la paranoïa pourrait vous faire croire cela. J'essaye de vous aider. Vous ne voulez pas le voir parce que vous l'aimez. Et vous croyez qu'il vous aime. Et peut-être que c'est le cas… Les Dieux savent que j'ai aimé des gens que j'ai fini par tuer. C'est dangereux — cette relation avec lui. C'est instable. Ca ne durera pas. N'oubliez pas que c'était la personne en qui votre père avait le plus confiance qui l'a tué."
Elle a envie de détourner les yeux, mais elle refuse de lui donner cette satisfaction. Elle soutient son regard, le sien assuré et flambant, sa mâchoire serrée. "Je n'ai pas oublié. Et je n'ai pas non plus oublié que c'était un Lannister."
Elle aurait pu lui donner une gifle aux vues de la façon dont il tressaille. Il lui faut un moment pour se reprendre.
"Je ne suis pas plus mon père que vous êtes le vôtre, Majesté," lui dit-il et, pour une raison ou pour une autre, ça ressemble à une menace aux oreilles de Dany. Elle peut sentir la rage bouillir dans sa poitrine, déchainée et brûlante. Elle doit prendre une respiration avant de faire quelque chose qu'elle regrettera. Elle doit se rappeler toutes les chose qu'elle risque de perdre si elle riposte sans réfléchir.
"Alors dites-moi pourquoi je ressens soudainement le besoin de marcher derrière vous plutôt que devant vous, par peur de perdre mon dos de vue?" crache-t-elle
Ce n'est que le son de pas lourds approchant qui empêche les choses de dégénérer. Dany a presque envie de le faire exécuter maintenant, sa rage et sa trahison sont tellement grandes (sa peur). Même quand Jon et Ser Davos entrent dans la pièce, elle n'ôte pas son regard de celui de Tyrion, ni lui du sien. Un malaise s'installe sur tout le monde.
"Est-ce que tout va bien?" Demande Ser Davos.
Dany répond avec les yeux toujours fixés sur ceux de Tyrion. "Jon et moi allons parler seuls."
Ser Davos soulève les sourcils mais il se tourne immédiatement et sort de la pièce. Tyrion hésite si longtemps que Dany pense qu'il va désobéir à son ordre.
"La reine vous a dit de partir," dit Jon.
"J'ai entendu la maudite reine," marmonne Tyrion d'un ton sombre. Dany le regarde sortir de la pièce, sa posture rigide de colère, ses mains agrippant le dossier de la chaise si fort que ses articulations deviennent blanches. Aussitôt que Tyrion ferme la porte derrière lui, elle ferme les yeux. Dans le silence qui retombe sur la pièce, ces chuchotements sombres d'avant commencent à s'entortiller dans ses pensées. Ils l'effrayent.
Les sons des pas approchants de Jon semblent lointains. Daenerys peut entendre les battements de son propre cœur. Elle sent le devant de son corps se presser contre l'arrière du sien; il passe les bras autour d'elle, déposent ses mains sur les siennes là où elles agrippent cette chaise au point de se faire mal. Elle relâche immédiatement sa prise.
"Que s'est-t-il passé? Qu'a-t-il dit?"
Dany prend plusieurs respirations pour faire passer sa colère, sa confusion. Sa souffrance. Jon lui tire les mains de la chaise et l'attire gentiment contre lui, ses bras s'enroulant autour de sa taille. Ses yeux restent fermés alors qu'il appuie sa joue contre ses cheveux. Elle peut sentir les battements de son cœur contre son dos, la chaleur de ses bras au travers du tissu de sa robe, la forme forte de son corps contre le sien. Elle veut que les sensations physiques lui fassent reprendre pied, mais elles n'arrêtent pas les chuchotements.
"Dis-le-moi encore," lui demande-t-elle.
Elle ne sait pas s'il saura même ce qu'elle demande. Ce dont elle a besoin. D'une façon étrange qui n'a pas beaucoup de sens pour elle, elle a l'impression de lui faire passer une sorte de dernier test. Elle n'arrive pas à dire si c'est juste ou pas.
Il pose son menton contre son épaule. Ses mots sont doux — un chuchotement à part. "Je le jure."
C'est plus fort que le reste. Elle le croit par-dessus tout. Comment ne le pourrait-elle pas? Elle a trouvé dans ses bras la chose qu'elle a recherché depuis qu'elle a pu rechercher quoi que ce soit, pu vouloir quoi que ce soit. Comment pourrait-elle douter de ça ?
Elle lui dit tout ce que Tyrion lui a dit tandis qu'ils restent debout là, ensemble. Il écoute et n'interrompt pas, ne pose aucune question. Ses mots sont empreints d'une colère contenue quand elle finit.
"Je dois aller leur parler, Dany. Le plus tôt possible. Plus tôt que ce que je pensais."
Elle se tourne dans ses bras pour lui faire face. Elle lève les yeux vers lui, ses mains se levant pour lui prendre le visage. Sa barbe est rugueuse contre ses paumes. Elle ne peut s'empêcher d'être honnête.
"Je ne veux pas que tu en ailles," dit-elle doucement.
"Je ne veux pas m'en aller," lui dit-il, ses yeux se déferlant dans les siens. "Mais je ne peux pas accepter ça. Je ne peux pas laisser mes frère et sœurs dire ces choses, raconter ces mensonges, conspirer contre nous de la sorte. Je ne comprends pas ce qu'ils essayent de faire ni pourquoi ils essayent de le faire, mais ils sont ma famille et c'est mon devoir de les remettre sur le droit chemin."
Elle s'autorise un moment de faiblesse. Un moment pour être Dany, pas la Reine Daenerys, ni même Daenerys du Typhon. Juste Dany. "C'est ton devoir d'être ici. De rester ici avec moi."
Elle voit le conflit dans ses yeux. Il lève la main pour lui bercer le visage aussi. Dany s'appuie contre sa caresse.
"Que puis-je faire d'autre?" La question est véritable. Dany souhaiterait avoir une réponse.
"Je ne sais pas," admet-elle. "Et je ne sais pas quoi faire avec Tyrion."
"S'il conspire contre toi, il sera arrêté. Il n'est pas obligé de m'apprécier, mais il doit suivre tes souhaits. Il est à la limite de la trahison."
"Je pense qu'il croit véritablement ce qu'il m'a dit," admet Dany.
"Alors c'est un idiot. Et il ne restera pas ici quand j'irai dans le Nord. Il vient avec moi — soit volontairement, soit en tant que prisonnier, si tu veux bien."
Daenerys ne veut pas particulièrement plus Tyrion avec Jon qu'il ne veut Tyrion ici avec elle. Jon doit le lire sur son expression.
"Sa confusion découle de Bran. Je l'emmènerai avec moi pour aller confronter Bran. Je parlerai à Tyrion, je vais le remettre sur le droit chemin. Je vais faire en sorte que Bran admette qu'il a menti, je vais découvrir ce que Bran essaye d'accomplir. Je vais arranger ça. Mais seulement si tu le veux bien. Dis-moi ce que tu veux, Dany. Dis-mois ce que tu veux et je te le donnerai."
Elle veut tellement de choses qu'elle a l'impression qu'elle pourrait éclater avec l'intensité. Elle ne sait même pas où commencer. Elle le veut, lui. Elle veut la maison. Elle veut la sécurité pour son peuple. Elle veut Drogon. Elle veut que les guerres s'arrêtent, que les disputes s'arrêtent. Elle veut la loyauté. Elle veut Missandei. Elle veut récupérer ce qu'elle a perdu: Rhaego, Drogo, Irri, Ser Barristan, Viserion, Ser Jorah, Rhaegal. Parfois, stupidement, même si elle déteste se l'admettre, elle veut même Viserys.
"Je veux tout. Je te veux, toi."
Son sourire est triste. "Je sais seulement comment te donner une de ces choses."
Il ne comprend pas.
"Si je t'ai, toi, alors j'ai tout."
De la douceur passe dans ses yeux. Il l'attire plus près en réponse, l'embrasse, la serre dans ses bras. Et elle sait qu'ils ne sont pas en sécurité. Elle sait qu'ils ont une longue route devant eux, de nombreux ennemis à vaincre, de nombreux obstacles à surmonter. Mais pendant un instant — juste un instant — elle se sent en sécurité et aimée.
III.
Après tout ce qu'elle a entendu de Tyrion ce matin, les lettres que Ser Davos a — les lettres qu'ils s'étaient réunis pour discuter en premier lieu — la déconcertent à peine.
"'La Maison Corbois jure allégeance à Jon Snow et à la Reine des Dragons'," lit Ser Davos. Il dépose la lettre sur la pile à sa droite. "Corbois se joint à ce qu'il reste de la Maison Flint, la Maison Tallhart et la Maison Cerwyn." Ser Davos soulève une autre lettre. "La Reine Yara des Iles de Fer déclare son intention de venir ici pour donner ses félicitations en personne. Les Martell souhaitent fournir le vin pour les célébrations comme cadeaux pour vous deux."
"Je ne pense pas que les gens du peuple refuseront du vin Dornien," commente Jon.
"Aye, je pense qu'ils vous baiseront les pieds avant la fin de la soirée," convient Ser Davos. Il tend la main vers la lettre que Dany regarde fixement depuis presque tout le temps qu'ils sont assis là: la lettre de Winterfell. Elle sait que Jon ne sait pas encore ce qu'elle dit et elle s'attend au pire. "Lord Tyrion va-t-il se joindre à nous?"
Daenerys n'a pas vu Tyrion depuis qu'elle l'a renvoyé ce matin. Après que Jon et elle aient parlé, ils ont mangé le peu de choses que Dany pouvait supporter et puis ils ont cherché après Ser Davos pour qu'ils puissent s'occuper des corbeaux qui étaient arrivés. Mais Dany n'a pas fait appeler Tyrion.
"Quelles nouvelles viennent de Winterfell?" Demande Dany, ignorant sa question précédente.
Ser Davos déroule le parchemin. Ses yeux parcourent les mots à l'avance; Dany voit une ligne se former entre ses sourcils.
"Alors?" demande Daenerys, ne pouvant supporter son silence inflexible.
Il se racle simplement la gorge. "'Un Roi Consort n'est pas un Roi.'"
Dany sait qu'il y a plusieurs couches à ce que Sansa a écrit, mais le sens général est clair: pour Sansa, le fait que Jon épouse Daenerys n'est pas suffisant. Mais elle n'était pas assez idiote pour penser que ça le serait un jour.
"Bien," dit Dany, brisant le silence tendu de la pièce. Elle se pousse de la table. "Ca met les choses au clair."
Jon lui attrape la main quand elle se lève.
"Ce que Sansa pense n'a pas d'importance. Aucune autre maison Nordienne ne s'est encore retournée contre toi. Tous les bannerets qu'elle peut avoir sont des dissidents de leurs Maisons, de leurs allégeances. Elle ne doit pas en avoir beaucoup — certainement pas assez pour être une menace pour toi. Elle n'en aura pas plus maintenant que les autres seigneurs Nordiens acceptent notre union. On continue notre mariage comme prévu et, après, je réglerai ça."
"Comment? Comment vas-tu régler ça ?" Exige Dany.
"De quelque manière que je serai contraint de faire."
"Même si je veux qu'elle soit exécutée?"
Sa main se resserre autour de la sienne. "Si ça en arrive là, je manierai moi-même l'épée."
Ces mots lui donnent la nausée. "Je ne te l'imposerais pas."
"Je me l'imposerais à moi-même. Au fils de Ned Stark."
Elle regarde fixement, la poitrine remplie de souffrance en son nom. "Tu es le fils de Rhaegar," dit-elle.
"Peut-être par le sang. Mais mon honneur vient de Ned Stark, et l'homme qui prononce la sentence doit manier l'épée," répond-il.
"Espérons que ça n'en arrive pas à ça," dit Ser Davos avec fermeté. "Sans le soutien des autres Maisons, Sansa sera forcée de revenir sur sa position. Jon ne devrait pas avoir de problème à lui faire entendre raison. Si elle accepte de revenir sur sa position — si elle accepte de ployer le genou — que ferez-vous avec elle, Majesté?"
Dany serre la main de Jon plus fort. "Si elle ploie le genou, je lui accorderai le pardon. Mais elle n'aura aucune position de pouvoir, aucun titre. Le Gardien du Nord sera passé à qui Jon choisira et Winterfell passera à Arya Stark, si elle choisit de ployer le genou."
"Arya? Pas Bran Stark?" demande Ser Davos, surpris.
Dany fait à peine plus confiance à Arya qu'aux autres Stark, mais elle ne fait absolument pas confiance à Bran. Et elle sait qu'Arya occupe une place particulière dans le cœur de Jon; elle a été une véritable sœur pour lui en grandissant, malgré tous les obstacles. La loyauté, croit Daenerys, devrait être récompensée par-dessus tout.
"Arya de la Maison Stark ou aucun Stark."
Si l'un d'eux n'est pas d'accord avec cela, ça ne se voit pas.
IV.
Elle ne revoit pas Tyrion avant le jour du mariage.
Quand il cherche enfin après elle, elle a presque envie de le faire arrêter sur place. Elle avait cru avec certitude qu'il s'était enfui dans le Nord. Mais il semble avoir été bouder dans des bordels et la puanteur de l'alcool est tellement forte que ça donne presque le haut-le-cœur à Dany.
"Je devrais vous faire arrêter là où vous vous tenez," salue froidement Dany.
Elle se fait soigner sa blessure par le mestre donc elle ne tourne pas la tête pour suivre ses mouvements tandis qu'il entre dans la pièce, mais elle croise le regard de Ver Gris, qui est posté près de la porte. Il suit le moindre mouvement de Tyrion pour elle.
"Peut-être que vous devriez le faire. Je pense que c'est probablement ce que je vous conseillerais de faire, si c'était quelqu'un d'autre qui vous avait parlé comme je l'ai fait," dit Tyrion.
"Je n'ai pas besoin de plus de raisons pour le faire. J'en ai plein par moi-même. Donnez-moi une raison pour laquelle je ne devrais pas le faire," dit Dany.
"Ma seule raison pour laquelle vous ne devriez pas est la même raison pour laquelle j'ai dit ce que j'ai dit. Je suis loyal envers vous. Je suis loyal envers ma reine. C'est tout ce que j'ai à dire pour ma défense."
"Et ce n'est pas suffisant. Si vous étiez véritablement loyal envers moi, vous vous fieriez à mon jugement et vous suivriez mes ordres."
Le mestre presse un baume épais et mou profondément dans sa blessure sans prévenir; elle sent la douleur irradier dans tout son corps, se répercutant tellement en profondeur qu'elle la ressent dans ses genoux. Elle siffle de douleur.
"Mes excuses, Majesté," murmure le mestre. Il appuie encore sur sa blessure avec son pouce. Dany a l'impression que le baume lui fend le crâne. Elle pense qu'elle va peut-être vomir de douleur. Elle respire superficiellement par la bouche, ses yeux se fermant. "Là."
Elle sent que Tyrion s'approche, même si elle n'est pas sûre de comment.
"Ca semble aller mieux," commente Tyrion. Dany ne répond pas. Elle n'a toujours pas décidé de ce qu'elle veut faire avec lui. Elle sent sa main lui toucher soudainement le bras — elle se dégage si rapidement qu'elle fait accidentellement enfoncer au mestre son ongle dans sa blessure. Son cri de douleur est involontaire.
"Pardonnez-moi, Majesté, pardonnez-moi," dit le mestre, horrifié.
"C'était de ma faute," lui dit Dany, ses yeux coulant avec la douleur. Ca ne la rend que plus irritée contre Tyrion. "Je n'ai rien à vous dire. Je vous conseille de prendre congé avant que je décide de vous exécuter."
Tyrion lève ses mains vides. "Et où irais-je?"
"Au Nord. Près de vos Stark."
"Vous m'insultez, Majesté," dit Tyrion, blessé.
"Alors je vous ai seulement rendu ce que vous m'avez donné."
"Ce n'était pas mon intention."
"Quelle était votre intention?" Exige Dany. La couturière entre ensuite et, derrière elle, Ser Davos et l'une des seules servantes de confiance de Dany. Davos porte ce qui est censé être sa couronne: une beauté d'argent, trois dragons entortillés ensemble, à la fois fragile et féroce. Mais elle sait qu'elle ne va pas être en mesure de la porter. "Parce que si votre intention était de me retourner contre Jon Snow, vous réalisez certainement que c'est tombé à plat. Je vais l'épouser et rien de ce que vous direz ne me fera changer d'avis."
"Je sais," dit Tyrion et sa voix se brise. Dany serait triste pour lui s'il ne lui avait pas causé un stress incalculable. "C'est pour ça que je suis là."
"Je ne vous fais pas confiance," lui dit Daenerys. Elle sent que Ser Davos les regarde avec un froncement de sourcils, mais elle n'a pas le temps de le mettre au courant de quoi que ce soit. "Il se pourrait que je ne vous fasse plus jamais confiance."
"Comme c'est votre droit. Ais-je le droit de regagner votre confiance? De la mériter à nouveau?"
"Je ne — non, arrête," dit Dany, la dernière partie en Dothraki, tournant son attention sur sa servante Ezhi. Ezhi se fige, la couronne de Daenerys lui touchant presque les cheveux. "Je ne peux pas. Ca fait trop mal," lui explique Dany.
"Réessayez, Majesté," l'implore le mestre. "Ce baume a plus d'écorce de saule et trois fois plus d'huile de romarin."
Ca ne change rien. Dany le sait à cause de son profond élancement à la tête. Ser Davos pensait qu'il était important que Dany porte une couronne durant la cérémonie du mariage, mais elle a su à l'instant où elle a été lourdement posée sur sa tête qu'elle ne pourrait pas le faire. C'est presque amusant: elle a gagné sa couronne mais, à cause de la blessure subie durant cette victoire, elle ne peut même pas la porter.
Elle permet à Ezhi de reposer gentiment la couronne sur sa tête. Elle peut serrer les dents — tant qu'elle ne bouge pas. Mais à l'instant où elle tourne la tête, elle bouge contre sa blessure, et la douleur irradie jusqu'à son épaule. Ezhi reconnait la douleur et la soulève immédiatement.
"Ca n'en vaut pas la peine," dit Daenerys à Ser Davos.
"Ce serait bien de la porter," dit Tyrion.
Dany le regarde, agacée. "Ca n'en vaut pas la peine," répète-t-elle avec fermeté. "Je ne veux pas avoir mal pendant mon mariage." Elle se tourne vers Ezhi. "Tu peux la reprendre," dit-elle en Dothraki. Ezhi hoche la tête.
Elle ne l'ajoute pas, ne le dit pas tout haut, mais d'une certaine manière, elle trouve que c'est presque approprié qu'elle soit trop abimée pour porter la couronne. Sa ville et son peuple sont abimés, après tout, à bien des égards à cause d'elle. Elle portera une couronne quand tous les dégâts qu'elle a provoqués seront réparés. Ca, et seulement ça, sera son couronnement.
Tyrion, pour quelqu'un qui était tellement contre l'union de Dany avec Jon, a certainement beaucoup d'avis sur le mariage en tant que tel. Dany le laisse bavarder avec Ser Davos, une humeur bizarre l'envahissant. Sa colère précédente laissant la place à l'indifférence. Qu'il pense ce qu'il pense. Qu'il dise ce qu'il dit, pense Dany. Je connais Jon. Et ce soir, je serai sa femme et il sera mon mari, et rien de tout ça n'aura d'importance. Nous ferons face à quoi qu'il arrive ensemble. Tyrion a raison: où irait-il si je le rejette? Son pouvoir vient de moi et de moi uniquement.
Quand Ezhi revient, Ser Davos et Tyrion s'en vont pour que Dany puisse s'habiller. Ver Gris sort, mais il reste juste devant la porte fermée. Dany peut voir qu'il est inquiet à propos du mariage, inquiet à propos de l'union. La différence entre son malaise et celui de Tyrion est que Ver Gris fait toujours confiance à ses décisions.
La couturière — une femme de Culpucier que Jon et elle ont rencontrée lors d'une de leurs premières promenades dans la destruction— tient la robe de Dany pour qu'elle puisse la voir. C'est quelque chose de simple, comme Dany le voulait. Blanc argenté, flottant dans les endroits où ça doit flotter pour cacher son petit ventre arrondi, sans fioriture ni décoration. Ils ont fourni le tissu à la femme et l'ont bien payée pour ses services, quelque chose qui avait semblé lui donner une fierté et une joie insurmontables.
La couturière, Annet, sourit tandis qu'Ezhi aide Dany à enfiler la robe, son visage joyeux et radieux. Ca donne de l'espoir à Dany. Son mariage n'a pas mis beaucoup de joie aux cœurs de ses conseillers, et même Jon et elle n'ont pas été en mesure de le considérer comme beaucoup plus qu'une étape supplémentaire nécessaire. Mais Dany réalise, de par la joie de cette femme, que les gens du peuple — au moins certains d'entre eux, en tout cas— le célèbrent effectivement. Ils célèbrent leur reine et leur futur roi. Ils les soutiennent.
Dany sait ce que ça fait de régner avec uniquement le soutien du bas peuple: ce n'est pas nouveau pour elle. Au contraire, ça la fait se sentir plus à la maison, plus à l'aise. Si elle a l'amour de son peuple, elle peut supporter tout de la part des seigneurs et des dames.
Elle est amenée jusqu'à un grand miroir. Elle s'assure par-dessus tout d'avoir l'air convenablement mince, de garantir que sa grossesse reste secrète, et puis elle se permet d'embrasser le reste de son apparence du regard. Elle a certainement été plus jolie: sa blessure est plus enflée que d'habitude vu comme elle a été triturée et, à cause de ça, elle est légèrement visible même à travers ses tresses complexes. Un manque de sommeil fait ressortir le mauve de ses yeux et pas vraiment d'une façon séduisante. Elle suppose que Jon et elle auraient dû faire plus d'efforts pour dormir la nuit précédente. Son visage ne s'est pas encore totalement décreusé de tout ce temps qu'elle est restée sans nourriture, laissant son profil plus anguleux que ce qu'elle aime.
Mais sa robe lui réchauffe le cœur. Elle peut voir que chaque point a été fait avec amour, avec honneur. Elle est élégante dans sa simplicité, spéciale dans son absence de formalité. Elle l'aime véritablement et, quand elle se tourne pour sourire à Annet, elle voir des larmes briller dans les yeux sombres de la femme.
"Je vous suis redevable, à vous et à vos compétences," dit-elle à la femme avec gentillesse.
"Votre beauté la fait briller," lui dit Annet et, quand Dany lui serre les mains, elle a un sourire encore plus radieux.
Ezhi chipote avec les cheveux de Dany quand elle entend la voix de Jon juste derrière la porte. Elle se tourne vers le son. Jon est censé être aussi en train de s'apprêter. Elle ne peut imaginer pourquoi il est là. Elle peut seulement supposer que quelque chose de terrible est arrivé et, quand Ver Gris ouvre la porte pour le révéler, elle est certaine qu'elle doit avoir raison. Son cœur se serre. Jon est vêtu de ce qu'il portera quand ils se marieront, beau et fort comme toujours, mais ses cheveux sont en bataille comme s'il avait couru une longue distance, et Dany voit ce qui ressemble à de la suie sur ses mains.
"Quoi?" demande-t-elle doucement. Il marche jusqu'à elle et se tient devant elle, débordant d'une émotion que Dany n'a pas encore tout à fait nommer. Il commence à parler mais, ensuite, il s'arrête. Ses yeux dansent sur son visage, le long de son corps. Son expression bizarre s'adoucit et se transforme en un sourire, un sourire qui fait plisser ses yeux aux coins, la cicatrice au-dessus de son œil gauche se soulève. Le cœur de Dany se relâche en le voyant. "Quoi?" demande-t-elle à nouveau.
Il lève les bras comme pour lui prendre le visage dans les mains mais, ensuite, il regarde le noir sur ses paumes et se ravise.
"Viens avec moi," lui dit-il.
"Où?" Exige Dany, confuse.
"Fais-moi confiance."
Elle hésite. "Dois-je me changer?"
Il ôte son manteau et l'enroule autour d'elle. "Pas le temps."
Elle maintient le manteau fermé autour de sa robe d'une main tandis que Jon lui prend l'autre. Elle réalise, pendant quand qu'il la conduit en haut des escaliers de la Crypte-aux-Vierges, qu'il est excité, pas effrayé. Pas énervé. La réalisation lui serre l'estomac avec anticipation. La tête lui tourne avec ce qui pourrait provoquer cette réaction chez lui, où il pourrait l'emmener, ce qu'elle va voir. Il l'amène sur le toit, un endroit où elle n'a été qu'une fois auparavant (cette fois-là aussi avec Jon, même si c'était en plein de milieu de la nuit). Le soleil brille douloureusement lorsqu'ils sortent en dessous: la tête de Dany palpite de douleur tandis qu'elle plisse les yeux. Jon tire sur sa main, l'emmenant le long du chemin de ronde. Quand ils tournent un coin, Jon arrête de marcher. Et Dany a l'impression que son cœur s'est envolé dans sa poitrine. Sa main se contracte autour de celle de Jon; ses yeux brûlent de larmes. Mais même à travers ces larmes, la forme massive et sombre de Drogon est claire.
Elle lâche la main de Jon avec l'intention de courir sur le restant du chemin de ronde jusqu'à Drogon, jusqu'à son fils. Mais il le fait avant elle. Le vent bat contre le visage de Dany lorsqu'il s'envole, s'élevant jusque-là où elle est, atterrissant lourdement sur le mur du chemin. De la poussière tombe en cascade le long du bord de la structure et Dany sent les pierres sous ses pieds trembler, mais elle ne craint rien. Elle ferme les yeux de joie tandis que la tête de Drogon pousse contre son bras et, quand elle serre doucement ses bras autour de son cou, il grogne avec contentement. Le son vibre dans les os de Dany.
"Où étais-tu parti?" s'entend-elle demander, ses mots étranglés par les larmes — par la joie. Elle ouvre les yeux et se recule, levant les yeux vers ceux de Drogon. Il les ferme avec paresse tandis qu'elle lui caresse ses écailles chauffées par le soleil, indifférente à la poussière et la crasse qui recouvrent ses mains. "Ne pars plus jamais," ordonne-t-elle et il grogne à nouveau. C'est un son joyeux. Mais Dany ne peut s'empêcher de pleurer. Elle a fait de son mieux pour ne pas y penser, mais une partie d'elle était certaine qu'elle ne reverrait plus jamais Drogon. Et il est là, chaud et en vie, aussi magnifique qu'il l'a toujours été. Peut-être encore plus.
Elle se crispe quand il baisse la tête au-dessus de la sienne et renifle sa blessure, sachant que la douleur sera insurmontable s'il cogne accidentellement sa blessure en la reniflant. Mais il est son sang, le sang du dragon, et il semble réaliser à quel point la blessure lui fait mal. Il est presque adorablement prudent pendant qu'il renifle, s'assurant de garder un tout petit espace entre son nez géant et sa tête, et Dany entend son grondement mécontent.
"Ca va," lui dit-elle en Valyrien. Elle continue de lui caresses les écailles, redressant la tête pour rencontrer à nouveau son regard. "Je vais bien."
Il fait presque voler le manteau de Jon de ses épaules lorsqu'il baisse la tête jusqu'à son ventre, sa respiration une énorme rafale contre elle. Il renifle son ventre avec la même intensité avec laquelle il a reniflé sa blessure. Dany voit Jon s'approcher d'eux du coin de l'œil; il lui prend la main, Drogon continuant d'inspecter. Quand Dragon grogne à nouveau avec contentement, Dany sent le soulagement inonder son cœur, de son cuir chevelu à ses orteils.
"Elle va bien, aussi," dit-elle à Drogon, et elle se fiche de la saleté qui, elle le sait, doit être frottée sur son visage alors qu'elle pose sa joue contre ses écailles. Elle ne sait pas où il a été tout ce temps, mais elle sait que ce devait être un endroit rempli de cendres et de crasses.
Elle entend le doux bruit de la main de Jon caressant Drogon. Elle garde les yeux fermés, écoutant les sons lointains de la ville, les écailles chaudes de Drogon contre sa joue, la main de Jon toujours dans la sienne. Elle essaye de penser un moment plus heureux. Elle n'en trouve aucun.
"Il est venu à toi?" Demande Dany à Jon.
"Pendant que tu te lavais ce matin, un de mes hommes m'a dit qu'ils l'avaient revu voler au-dessus de la ville. Je leur ai fait amener trois carcasses de chèvres ici. Je ne savais pas si ça fonctionnerait. J'espérais que oui. L'un de mes soldats attendait à l'intérieur; il a dit que la structure a tremblé quand Drogon a atterri. Il est venu me chercher."
Elle ne connait aucun mot dans aucune langue pour exprimer la profondeur de sa gratitude, la force de son amour. Donc elle relâche sa main, tourne son visage pour faire face au sien, et l'embrasse, faisant de mieux pour mettre toutes les émotions dans ce baiser. Elle pense qu'elle a dû réussir étant donné la manière dont il la regarde quand elle se recule.
"Sang de mon sang," s'entend-elle dire en Dothraki, son cœur incroyablement tendre. Incroyablement comblé. Elle caresse la joue de Jon, laisse cette main glisser le long de son cou. Elle ne veut rien de plus que le prendre avec elle sur le dos de Drogon là maintenant. Elle imagine la joie qu'elle ressentirait en volant en cercle au-dessus de Port-Réal, le vent embrassant sa peau, tout ce dont elle a besoin avec elle.
Mais elle ne peut pas détruire la robe sur laquelle Annet a passé tant de temps. Et elle tient encore plus à faire le mariage maintenant. Elle laisse tomber sa main de l'épaule de Jon, se tourne pour regarder les yeux féroces de Drogon, caresse ses écailles une fois de plus et lui ordonne de ne pas aller trop loin. De revenir à elle. Il grogne à nouveau, le son profond et charmant. Comme les yeux de Jon. Le sombre charmant.
"Ils ne seront pas contents de ça," dit Jon, parlant de Ser Davos et Tyrion, 'ça' étant son état débraillé. Ses doigts effleurent la crasse sur la joue et les cheveux de Dany.
Elle ne s'en soucie pas le moins du monde.
V.
Elle est mariée sous les étoiles, Jon et elle illuminés par des milliers de bougies tenues dans les mains de leur peuple. La cérémonie leur est propre, différente de toutes celles qui ont eu lieu avant, comme l'est sa joie. Comme ils le sont.
Dany n'a jamais vraiment eu la foi en aucun dieu, pas même le dieu aux sept visages auquel sa Maison s'est convertie depuis longtemps. Mais ce soir, avec le monde autour d'eux comme un mer mouvante d'étoiles illuminées par le feu, le visage de Jon étant la seule chose de claire au monde, sa main dans la sienne, un ruban aussi doux qu'un baiser enroulé autour de leurs poignets, elle pense qu'elle peut sentir quelque chose là avec elle. Une force de bonté, de lumière. D'amour.
"Père, Ferrant, Guerrier, Mère, Jouvencelle, Aïeule, Etranger…" avec chaque nom qu'elle prononce, elle frissonne dans l'air frais du soir. La brise fait voler sa robe et vaciller et trembler sporadiquement la lumière des bougies autour d'eux. Elle s'accroche à la main de Jon comme s'il était la seule chose qui l'empêche s'envoler dans le ciel. Et peut-être qu'il l'est.
"Je suis à elle et elle est à moi. A partir de ce jour, jusqu'à la fin de mes jours," dit Jon, ses paroles en tandem avec son vœux semblable (Je suis à lui et il est à moi. A partir de ce jour, jusqu'à la fin de mes jours). Ses yeux sont tellement concentrés sur les siens qu'elle pense qu'il est probable qu'il ne voit même pas les milliers de gens pressés autour d'eux. Elle a l'impression d'être la seule personne qui existe. Et quand il dit ce qui vient ensuite, sa voix est forte, claire. Royale.
"Avec ce baiser, je te promets mon amour," récite-t-il. Et, alors que sa main se pose contre son cou et que ses lèvres rejoignent les siennes, elle se dit qu'elle n'a jamais eu autant l'impression d'être une reine.
La joie dans sa poitrine éclate autour d'eux sous un tonnerre d'applaudissements, un millier d'acclamations, un millier de cris. Elle pose sa tête contre le torse de Jon quand leur baiser se termine, voulant rester là dans ce moment avec lui aussi longtemps que possible, la mer illuminée autour d'elle grouillant de joie. De bonheur. De fierté. Elle sent un changement dans l'air, une rafale plus forte que la brise naturelle et, quand Jon et elle lèvent les yeux, ils voient une ombre sombre ailée bloquer la lumière de la lune durant un instant. Dany rigole, son visage s'incline vers la lune, vers Drogon.
Leurs invités — tous ceux qui voulaient venir, tous ceux qui pouvaient — sont conviés à un festin. Ils mangent en premier tandis que Dany et Jon s'asseyent ensemble à une table en pin au cœur des festivités. Dany se sent folle de joie, aux vues de l'enthousiasme des gens autour d'eux, aux vues de la façon dont Jon ne l'a pas lâchée ne serait-ce qu'un instant depuis leurs vœux. Ver Gris, deux des sang-coureurs les plus fidèles de Dany et deux-trois des meilleurs soldats Nordiens de Jon sont assis autour d'eux, mais Dany ne se sent jamais menacée par aucun des gens du peuple qui viennent leur adresser leurs félicitations, leurs mains s'étendant sur la table pour toucher les mains de la Reine et du Roi.
Jon et elle ont à peine le temps de parler, mais elle n'a besoin de rien dire. Elle garde l'une de ses mains dans la sienne et il s'assied si près que leurs côtés se touchent tout le temps.
Ils se font amener une assiette par Ser Davos et deux Immaculés, une fois que tous leurs invités ont mangé. Il n'y a pas grand-chose dessus et il ne reste presque plus de gâteau, mais Daenerys n'a besoin de rien. Elle aime voir les gens du peuple rire, danser et manger plus qu'elle aime le sucré du gâteau ou le salé du rôti. Le poison ne lui traverse même pas l'esprit; elle ne s'inquiète de rien du tout. Et quand les cadeaux que Jon et elle ont pu prévoir sont distribués au peuple et que le vin Dornier coule à flots dans toutes les coupes en attente, la joie de la fête semble se transformer immédiatement en un amour pur, sans prétention.
"Vous aviez raison," lui dit Tyrion peu après, sa propre coupe dans la main. Il se tient près de la table de Jon et Dany, les yeux sur le peuple. "Ils vous aiment tous les deux. Vous aviez raison."
Elle n'est pas exactement certaine de pourquoi il admet qu'elle avait raison. Elle a envie de croire qu'il parle de Jon, mais elle sait que ce n'est probablement pas le cas. Tout de même — même les transgressions récentes de Tyrion ne peuvent pas affecter son humeur.
"On danse?" demande-t-elle à Jon.
Il est aussi beau que jamais dans la lumière de la lune, dans la lumière des bougies. Il y a un éclat sur son visage qu'elle n'a encore jamais vu auparavant, une paix qu'elle ne pense pas qu'il avait avant ce soir. Une stabilité chez lui, pour ce qu'il a choisi. Pour qui il est. Elle en est enchantée; ça lui fait picoter la peau, tressauter le cœur. Elle l'aurait emmené au lit à cet instant même s'il y avait un lit où aller.
"Je crains que ma manière de danser puisse être considérée comme un acte de trahison," plaisante-t-il.
"Je choisirai judicieusement ta punition," dit-elle, tirant sur sa main.
Sa 'manière de danser' n'est pas beaucoup plus que la serrer fort contre le devant de son corps et se balancer, mais Daenerys n'y voit aucun inconvénient. Elle le serre tout aussi fort, se balançant avec lui sur un rythme très différent de la musique des violonistes qui monte en puissance. Quand elle presse son oreille contre son torse, elle peut entendre l'écho des battements de son cœur. Elle ferme les yeux.
Autour d'eux, elle entend des amoureux qui parlent en dansant ensemble, des enfants qui gloussent, des verres qui trinquent. Elle ne porte pas de couronne, mais elle assume l'entière responsabilité de ce charmant royaume. Et elle revendique chaque centimètre de l'homme qui la tient dans ses bras.
"Vous n'avez pas un meilleurs déhancher que ça?" Taquine Ser Davos, sa voix élevée au-dessus de la musique et des discussions autour d'eux tandis qu'il se joint à eux. Dany ne lève pas la tête du torse de Jon, mais elle sourit.
"Trouvez une dame avec qui danser et montrez-moi que vous pouvez faire mieux," rétorque Jon.
"Je ne crois pas que je trouverai une femme dans cette foule qui puisse arriver à la cheville de votre dame, Snow," rit Ser Davos.
Jon attire Dany plus près. "Aye," dit-il. "Pour une fois, je suis d'accord avec vous, Ser Davos."
"Une soirée de premières ," dit Ser Davos. Dany sent soudainement sa main sur son coude. "Félicitations, Majesté."
Elle se tourne pour le regarder. Elle est surprise par la quantité d'affection qu'elle ressent en voyant son sourire.
"Merci, Ser," dit-elle sincèrement.
Elle lève les yeux vers Jon dans l'espoir de voir son sourire. Mais il regarde de l'autre côté du rassemblement et elle sent ses bras se raidir autour d'elle. Elle suit son regard avec un peu de difficulté: il y a tellement de personnes maintenant qu'elle ne pourrait pas espérer d'en estimer le nombre. Il lui faut un moment mais elle voit enfin ce qu'il voit. Là, en marge des festivités, le visage impassible: Arya.
Daenerys lève les yeux vers Jon au même moment où il baisse les siens vers elle. Ses bras autour d'elle se relâchent légèrement et elle sent son cœur se serrer. Non, a-t-elle envie d'implorer. Ne t'en vas pas. Reste. Reste.
Quand il recule, mettant fin à leur danse, elle pense qu'il va la laisser là, au milieu de la foule qui danse, seule sous les étoiles. Mais il prend sa main dans la sienne et fait un signe en direction d'Arya.
Elle est incertaine. "Je ne crois pas que c'est moi qu'elle veut voir."
Sa main se resserre autour de la sienne. "Je me fiche de ce qu'elle veut. Tu es sa famille maintenant. Là où je vais, tu viens."
Ses yeux regardent les siens avec une intensité brûlante. Elle voit du feu danser à l'intérieur, une flamme familière. Elle acquiesce.
Ils marchent entre les danseurs ensemble, les gens s'écartant facilement pour eux comme s'ils étaient entourés par une force invisible. Alors qu'ils se rapprochent de plus en plus d'Arya, Dany réalise qu'elle a peur d'elle. Pas parce qu'elle pense qu'Arya lui fera physiquement du mal; Ver Gris est toujours tout près, prenant son devoir de lui faire passer cette journée en toute sécurité très sérieusement, et Drogon fait des cercles dans le ciel au-dessus d'eux depuis des heures. Elle a peur parce qu'Arya a maintenant le pouvoir de gâcher ce que Dany pense être peut-être la plus belle nuit de toute sa vie. Le plus grand bonheur qu'elle a jamais ressenti. Elle ne veut pas qu'on le lui enlève. Elle a peur de le perdre.
Mais elle n'a pas à s'inquiéter. Jon l'attire à côté de lui dès qu'ils s'arrêtent devant Arya, sa posture tellement défensive qu'il aurait tout aussi bien pu arriver avec une menace verbale.
Arya les examinent tous les deux, son visage toujours relativement dépourvu de toute émotion. Dany n'est pas sûre de comment la saluer: c'est la sœur de Jon et il est attaché à elle mais, pour autant que Dany sache, elle a joué un rôle dans la trahison de Sansa et Bran. Elle aperçoit quelqu'un debout à côté d'Arya et c'est une interaction dont il est plus facile de s'en sortir indemne.
"Lord Baratheon," salue-t-elle et elle parvient à forcer un sourire sur son visage. Elle tend sa main vers lui; il la prend dans la sienne et l'embrasse, son sourire véritable.
"Majesté. C'était une belle cérémonie," lui dit-il.
"Merci," dit Dany. Ses yeux se tournent furtivement vers Arya une fois encore. "J'espère que vous avez fait bon voyage, Lady Stark."
Les yeux d'Arya rencontrent les siens pour la première fois. Dany réalise avec un choc qu'ils sont sombres charmants comme ceux de Jon. Pas tout à fait la même teinte, mais semblable d'une autre façon que Dany ne parvient pas à situer.
"Arya," lui dit Arya. "Je suis juste Arya."
Jon attire Dany plus près.
"Arya," essaye prudemment Dany. "D'accord."
Arya acquiesce. Ses yeux passent à nouveau entre Dany et Jon, atterrissant finalement sur Jon. Elle le scrute pendant ce qui semble être un laps de temps gênant; Dany n'est pas certaine de quoi faire pendant ce temps et Gendry Baratheon et elle échangent deux ou trois sourires rapides, mal à l'aise. C'est le son d'un rire qui ramène l'attention de Dany sur Arya. Elle est surprise de la voir sourire d'un air radieux, et Jon sourire d'un air radieux, et quand Arya tend les bras pour l'enlacer, il lui rend son étreinte avec son bras libre. Mais il ne bouge pas son bras de la taille de Dany.
"Je ne m'attendais pas à ce que tu viennes," dit Jon à Arya quand elle se recule. Il lui ébouriffe les cheveux de façon affectueuse.
"Moi non plus," admet Arya. "Mais il faut qu'on parle." Ses yeux voyagent jusqu'à ceux de Dany. "Nous tous."
"Il le faut," approuve Jon. "Et on va parler. Demain. Ce soir — sois ma sœur. Sois heureuse pour moi."
Elle sourit à nouveau. Cette fois, il se reflète presque dans ses yeux. "Ca n'a jamais été une chose que j'ai déjà dû faire semblant d'être. Et même si je n'avais jamais imaginé que je serais un jour à un mariage Targaryen de mon plein gré — Je suis heureuse pour toi. Je suis heureuse que tu sois heureux."
Son bonheur est indéniable; Daenerys est certaine que c'est la seule raison pour laquelle Arya est même légèrement polie à son égard là tout de suite. Mais tout bien considéré, elle s'était attendu à une salutation bien pire de sa part.
"Et je suis heureux que tu sois là," avoue Jon. Dans son bonheur, il est plus ouvert et doux que Dany ne l'a jamais vu auparavant. Ca fait migrer son cœur dans sa gorge.
"Je vois qu'ils distribuent encore du vin Dornien," commente Gendry. Il les regarde tous les trois. "On trinque?"
"D'accord," accepte Jon, après avoir échangé un rapide coup d'œil avec Dany.
Les quatre d'entre eux retournent jusqu'à la table où Jon et Dany ont commencé la fête. Tyrion est à la table juste à côté de la leur; il est bouche-bée en voyant Arya Stark, mais Dany ne fait pas attention à lui. Elle s'assied entre Jon et Arya et, quand Gendry leur amène à tous des coupes de vin, elle est à peine dérangée par l'odeur.
"A la Reine et au Roi," sourit Gendry, levant sa coupe.
Daenerys et Jon trinquent leurs coupes contre celle de Gendry. Après une légère pause, celle d'Arya se joint aux leurs. Elle prend une longue gorgée de son vin ensuite — Jon soulève les sourcils, visiblement impressionné.
"A mon frère et à sa tante," dit Arya, d'un air impassible.
Gendry s'étrangle violemment sur sa gorgée de vin. Daenerys regarde immédiatement Jon, ne sachant sincèrement pas bien quoi dire. Il fixe Arya comme si elle l'avait frappé à la tête avec quelque chose de lourd et Dany, malgré tous ses efforts, ne parvient pas à trouver une once de honte dans son cœur.
Elle se penche en avant, la posture toujours haute et fière, et touche sa coupe contre celle d'Arya, refusant d'avoir honte. Arya la regarde et, quand leurs yeux se rencontrent, Dany soulèvent les épaules en un haussement nullement décontenancé. Elle prend une minuscule gorgée de son vin juste pour le décorum et, sous la clameur de la foule environnante, elle entend Arya glousser. C'est un son tellement inattendu de sa part que Dany ne peut s'empêcher de la regarder avec surprise.
"Culotté," dit finalement Jon, jetant un regard noir en direction d'Arya. "Stupide — mais culotté." Elle lève à nouveau son verre vers lui, sans se démonter.
Même rien qu'une semaine plus tôt, Dany aurait été envahie par la peur maintenant. Elle aurait analysé chaque parole, chacun des regards et chacune des caresses de Jon après que leur lien du sang ait été adressé. Mais ce soir, elle réalise qu'elle s'en fiche. C'est vrai — c'est ce qu'ils sont. Ce n'est de la faute de personne et ils ne peuvent rien y faire, et elle se moquerait d'essayer même si elle pouvait rectifier la chose d'une manière ou d'une autre. Il est sa famille. Et il est son amour. Et peut-être que ça fait partie de leur Targaryenneté qu'ils s'en fichent; peut-être qu'ils sont juste le produit de leur lignée. Mais rien ne l'a jamais rendue plus heureuse. Comment est-ce que ça pourrait être mal?
"Qui t'invite quelque part ?" dit Jon à Arya, décidant apparemment de recommencer à taquiner Arya. Il regarde Dany. "Est-ce que nous l'avons invitée?"
"Je ne m'en souviens pas," ment-elle, jouant le jeu.
"Comme si tu aurais pu me tenir à l'écart," se renfrogne Arya. Elle jette un œil au ciel sombre. "Ce dragon devrait m'emporter lui-même."
"Ca peut s'arranger, si vous voulez," lance Daenerys d'un ton malicieux, prenant une autre petite gorgée du vin Dornien.
"Oh, je vous mets au défi," rétorque Arya, son sourire piquant, prédateur, mais le piquant n'arrive pas tout à fait jusqu'à ses yeux.
"Vous auriez du mal à trouver quelqu'un ici qui aime un challenge plus que moi," répond Dany avec légèreté.
"Je le crois," accorde Arya. "Vous ne faites rien en prenant la solution facile."
"Vous non plus," reconnait Daenerys. La main de Jon se pose sur sa cuisse sous la table; elle interprète ça comme un signe que ça va aussi bien que ça pourrait aller, et ça fait tressauter son cœur avec excitation. Elle a tellement voulu ça depuis si longtemps. Depuis qu'elle est tombée amoureuse de Jon. Peut-être même avant ça. "L'Héroïne de Winterfell. De Westeros."
Arya devient réticente avec le compliment. Dany n'est pas sûre de ce qu'elle a fait de mal, mais elle maintient une expression calme en attendant la réponse d'Arya.
"Il n'y aurait plus eu rien de quoi être l'héroïne sans vous. Rien à sauver," dit finalement Arya, ses yeux rivés sur quelque chose à côté du visage de Dany, ne rencontrant jamais son regard. Daenerys réalise qu'elle est embarrassée. Avant de pouvoir peser le pour et le contre, elle tend le bras et prendre doucement la main d'Arya dans la sienne, la serrant gentiment. La main d'Arya tressaille mais elle ne l'arrache pas.
"Nous avons tous notre rôle à jouer," lui dit Daenerys. "Dans la guerre et dans tout le reste. Tout est important. Chaque vie est importante."
Arya regarde les petits gens tandis qu'ils dansent, rient et mangent. Alors qu'ils font la fête. Sa main reste toujours dans celle de Dany.
"Ma sœur dit que vous avez provoqué les explosions, la destruction de Port-Réal. Que vous l'avez planifiée," dit Arya.
Le rugissement de la foule diminue. Dany a l'impression d'avoir été immergée dans de l'eau glacée un instant, mais quelques secondes plus tard, elle a très chaud. La nausée suit peu après. Il lui faut toutes ses forces pour rester posée. Pour étendre le bras et poser sa main sur la jambe de Jon, calmant son outrage.
"Et que pensez-vous?" Demande Dany.
Arya détourne les yeux des petits gens et rencontre le regard de Dany.
"Je ne le pense pas."
Dany se détend. Ca ne lui échappe pas qu'Arya n'a pas exactement dit ce qu'elle croit effectivement, mais c'est suffisant là tout de suite. C'est suffisant pour Dany, pour Jon. Pour eux.
Au-dessus du vacarme des festivités, Dany entend une voix familière, suivie rapidement par le tintement d'une cloche par l'un des violonistes pour attirer l'attention de la foule. Jon et elle regardent en direction de Yara Greyjoy; elle a l'air bien plus ivre maintenant que plutôt dans la soirée quand elle venue leur adresser ses félicitations.
"A LA REINE DAENERYS ET AU ROI JON!" crie-t-elle, levant sa coupe en l'air comme un soldat pourrait lever son épée. "A LA MAISON TARGARYEN!"
Baignée dans la lumière de la lune, le cœur enflammé, Dany regarde le peuple de Port-Réal acclamer la Maison qui, avait-elle cru autrefois, allait mourir avec elle. Discrètement, ses mouvements cachés par la table, elle pose sa main sur son ventre. Elle n'est pas surprise quand elle sent la main de Jon se joindre à la sienne.
A suivre
