Chapitre 5: Le Dragon

I.

Durant sa première nuit en tant que Roi des Andals, de Rhoynar et des Premiers Hommes, Seigneur des Sept Couronnes et Protecteur du Royaume, il n'a de pensée passagère pour aucun de ses nouveaux titres sauf un.

Les petits gens ont agrippé sa main dans les leurs et l'ont appelé Roi Jon tout au long des festivités et, en tant que Roi Jon, il a reçu un grand nombre de toasts par les divers seigneurs et dames qui se sont rendus dans le Sud pour participer à l'union. Sa propre sœur lui a souhaité bonne nuit avec les mots suivants: Bonne nuit, Roi Jon.

Mais de retour dans les appartements de Daenerys — leurs appartements — la fenêtre ouverte pour que l'air vif de la nuit puisse effleurer leurs peaux chauffées, ses mains à lui enroulées dans ses cheveux argentés et son corps à elle agrippant le sien, il n'a d'obligation qu'envers un titre: époux de Daenerys Targaryen.

Il y trouve tellement de joie inattendue, tellement de liberté: pour la première fois, il laisse le brasier le consumer totalement, cœur et corps, esprit et âme. Autrefois un garçon avec un nom de bâtard, maintenant un homme avec plus de titres qu'il ne peut les retenir, avec seulement un qui lui a donné ce qu'il n'a jamais véritablement eu: une vraie famille à part entière. Elle est à lui et il est à elle et, cette nuit, rien au monde ne semble aussi sacré que ça. Aussi important.

Depuis le moment où il l'a rencontrée pour la première fois, quand il a posé pour la première fois les yeux sur elle — une beauté inattendue assise sur le trône de Peyredragon — il a commencé ce qui allait être une longue guerre avec un désir criant qui ne s'arrêtait jamais, un désir de la prendre dans ses bras et de lui faire l'amour jusqu'à ce qu'elle halète dans une langue étrangère. Céder à ce désir cette nuit-là sur le bateau n'a servi qu'à alimenter le feu au lieu de l'éteindre. Il avait autrefois peur de son intensité mais, durant leur nuit de noces, il ne donne pas de pouvoir aux hésitations ni aux réserves. Pas de pouvoir à la peur. Il lui donne tout — chaque infime partie de son affection, chaque infime partie de sa passion. Chaque infime partie de lui-même. Il a l'impression que ça se déverse de lui après des mois d'incertitude et de contrainte, chaque baiser qu'il a voulu donner mais n'a pas pu, chaque je t'aime qu'il n'a pas réussi prononcer. Il tremble avec la force de tout ceci, mais si sa passion trouble sa femme, ça ne se voit pas. C'est une tempête d'amour, et Dany, la née du Typhon, y résiste avec satisfaction.

Il l'aime follement, jusqu'à ce qu'il pense que ses muscles vont se figer d'épuisement, jusqu'à ce que les grincements du cadre de lit en fer ne deviennent rien de plus qu'un bruit de fond sourd et lointain. Jusqu'à ce qu'il soit certain de savoir exactement ce qu'elle répète en Valyrien, en Dothraki, jusqu'à ce qu'elle soit ramollie dans ses bras, les cheveux follement éparpillés autour d'eux, sa peau trempée dans la lumière de la lune. Jusqu'à ce que, enfin, il sente le désir criant en lui se calmer en un grondement satisfait (pas différent des vocalisations d'un dragon.) Jusqu'à ce qu'il soit certain qu'il ne pourrait pas quitter le lit même s'il le voulait — et il ne le veut pas. Jusqu'à ce qu'il soit certain de lui avoir donner tout ce qu'elle mérite et encore plus.

Le calme qui s'installe sur eux à l'approche de l'aube est une paix dévorante. Quand il permet enfin au sommeil de l'emporter, c'est avec ses bras autour de sa famille.


II.

Quand il se réveille, elle est toujours endormie à côté de lui, son corps entortillé dans les draps, ses lèvres une tâche de rose contre l'oreiller. Il est rare qu'il se réveille avant elle, rare qu'il soit couché là et qu'il pose les yeux sur elle dans un état aussi vulnérable. Eveillée, c'est une force de la nature et deux fois plus puissante; endormie, elle apparait aussi parfaitement sculptée que le Bois sacré et trois fois plus belle.

Durant un instant, ça semble absurde qu'il soit autorisé à partager son lit. Il se sent empli d'humilité à ses côtés, tous ses titres mis de côté, toute sa fierté balayée. Quand il étire le bras sur la literie pour toucher ses cheveux, c'est avec vénération, et il arrive à peine à respirer étant donné à quel point son cœur s'élargit dans sa poitrine. Il ne passe doucement ses doigts dans ses cheveux que deux ou trois fois et puis ses yeux bougent sous ses paupières. Tandis qu'elle se réveille, ses yeux cherchent les siens avec facilité et le sourire qui illumine son visage lui rend chacun de ses titres — surtout le plus important.

De tous les pouvoirs qui lui ont été donnés cette nuit sous les étoiles, ce pouvoir est le plus formidable.

Il n'y a rien au monde qui doit être dit. Aucun mots accumulés et profondément logés dans sa poitrine meurtrie, aucun souhait qu'il aurait aimé faire en vain. Rien du tout qu'il regrette. Il est libre de lui rendre son sourire et de la prendre dans ses bras, libre de fermer les yeux et de ne se concentrer sur rien d'autre que la douceur de sa peau nue contre la sienne, la chaleur de ses lèvres contre son épaule, la délicatesse de l'essence de rose de ses cheveux.

Il se fiche de qui peut les trouver entremêlés. Si quelqu'un vient les chercher, il leur dira de s'en aller. Il les fera s'en aller. Il pense que le feu qui a brûlé en lui hier soir pourrait facilement alimenter une tempête de violence, si jamais il la voit un jour menacée — les voit menacées. Il n'a pas la capacité de ressentir de la honte.

Il aurait toujours fallu que ce soit Dany qui annonce la fin de la matinée; ce n'est pas Jon qui se serait dégagé, qui se serait étiré et aurait soupiré. Il serait resté coucher là jusqu'à ce qu'il n'ait plus d'autres choix que de se lever, parce qu'avant d'être un roi, il est à elle.

Mais ils ont une liste impossible de responsabilités à assumer, une liste que la reine n'a pas oubliée. Bien que même elle met du temps à démarrer la journée.

"J'imagine que les gardes postés dans le couloir sont impatients d'avoir un repas et un peu de repos," murmure-t-elle.

Il garde le visage caché dans ses cheveux. "C'est ta façon de me faire partir?"

"Non, c'est ma façon d'admettre que je dois aller faire un tour aux toilettes."

Il rigole et vole un dernier baiser avant de retirer ses bras d'autour d'elle et de rouler sur le dos. Il la regarde se déplacer sur le bord du lit, ses cheveux tombant dans son dos nu en une cascade de vagues emmêlées. Il ne veut rien de plus que de glisser sur le lit vers elle et d'embrasser la base de sa colonne, enrouler son bras autour de sa taille nue, la retirer sous les couvertures. Mais il est réconforté par le fait que ce matin n'est que le premier des matins qu'ils vont partager, ils auront encore le temps.

Il prendrait bien un bain lui-même. Ses cheveux sont un peu rigides à cause de la sueur séchée, sa peau est collante et sale. Il pense à faire faire couler un bain pour eux deux quand il réalise depuis combien de temps Daenerys est assise au bord de ce lit, sans bouger. Il la regarde à nouveau. Elle a sa tête dans ses mains maintenant, son cœur se serre avec une force écœurante.

"Tu es fâchée?" lui demande-t-il immédiatement, ne prenant pas un moment pour même juste réfléchir aux mots avant de les dire. Son esprit se repassant la journée pour réfléchir à une chose qu'il aurait pu faire pour la contrarier.

"Non," lui assure-t-elle. Elle tient sa tête plus fort entre ses mains, sa posture devenant crispée. "C'est ma tête. Elle fait horriblement mal ce matin — j'ai juste besoin d'un moment."

Il se déplace jusqu'au bord du lit et s'assied à côté d'elle, ses doigts allant sur son menton. Il lui tourne gentiment le visage et utilise son autre main pour écarter ses cheveux. Sa blessure est bien loin d'avoir l'air aussi grave qu'au début, mais elle a très certainement l'air douloureuse. Il commence à écarter les cheveux plus près de la blessure en tant que telle mais se fige avec sifflement vif de douleur.

Il n'est ni mestre ni guérisseur, mais il sait que sa blessure ne devrait pas encore lui fait mal aussi intensément. Il ne peut s'empêcher de s'inquiéter que c'est de sa faute à lui, d'une manière ou d'une autre: peut-être qu'il lui a accidentellement tiré les cheveux près de sa blessure hier soir, ou qu'il l'a cognée contre le cadre du lit ou alors poussée trop loin dans ses retranchements trop vite après une blessure aussi horrible. C'est une paranoïa folle qui projette des ombres sur ses pensées et, durant un instant, il se demande si ce sont les mêmes chuchotements que Dany entend parfois. La paranoïa projette une ombre noire et aberrante sur les souvenirs de ce feu qui brûlait en lui hier soir. A-t-il été brutal avec elle là où il pensait être passionné? Cruel là où il pensait être doux?

"Est-ce que je t'ai fait mal?"

Elle le regarde avec cette question, sa main pressée juste en-dessous de sa blessure. "Non, ça va."

Elle pense qu'il parle de là maintenant, quand il contrôlait sa blessure. Sa voix est bourrue lorsqu'il clarifie. "Hier soir."

Il regarde son front se plisser juste légèrement. Sa main retombe de sa tête et atterri sur ses genoux. Elle examine ses yeux et puis elle sourit soudainement, doucement — presque comme s'il l'avait charmée ou amusée d'une certaine façon. Il ne sait pas quoi en penser, mais ça apaise son cœur malgré tout. Elle tend la main et la pose contre sa joue. Il couvre sa main avec la sienne, la tenant tendrement là.

"Tu es mignon," lui dit-elle. Elle le dit comme si elle déclarait une vérité secrète entre eux deux et uniquement eux deux.

"Mignon?" répète-t-il d'air douteux. Ce n'est pas un adjectif avec lequel il a déjà pensé se qualifier. Pas un adjectif qu'il a déjà imaginé que qui que ce soit pourrait utiliser pour le décrire. C'est tellement inattendu que ça permet de chasser ces doutes étranges de son esprit. Sa paranoïa n'a pas beaucoup de chance de le convaincre qu'il était un monstre fou quand Daenerys déclare qu'il est mignon.

Sa main se dégage de sous la sienne pour que ses doigts puissent aller chercher sa bouche. Elle trace la ligne de sa lèvre inférieure, son sourire tendre illuminant ses yeux. "Oui. Gentil. Bon. Honorable. Non, tu ne m'as pas fait mal. Tu ne pourrais jamais m'en faire et tu le saurais certainement si tu m'en avais fait."

Il n'en est pas si sûr. Il se souvient du feu qui a déferlé dans ses veines hier soir, la passion qui l'a englouti tout entier. Ce n'est pas parce qu'elle a répondu à sa passion avec tout autant de ferveur qu'il n'a pas été trop brutal.

"Tu ne te plains pas assez de cette blessure," lui dit-il. "Je n'y fais pas autant attention que je devrais."

"Tu ne m'as pas fait mal," répète-t-elle avec fermeté. "Tu es bon avec moi. Toujours. Et je sais que tu l'es parce que les hommes n'ont pas toujours été bons avec moi. Je n'accepterais pas plus un mauvais traitement que tu n'en infligerais." Elle laisse sa main retomber de son visage. Il y a une pause avant qu'elle ne pose sa question suivante. "Est-ce que tu fais confiance au mestre?"

Il comprend la direction qu'ont pris ses pensées. Il réfléchit à ce qu'elle demande avec inquiétude.

"Je ne sais pas. Je l'ai vu sauver beaucoup de nos soldats. Et il t'a arrachée des bras de la mort après ta blessure. Mais je ne le connais pas."

Elle hoche la tête. "C'est ce que je pensais aussi."

"Tu penses que…"

"Je ne sais pas. Mais je pense que je devrais laisser mes propres servantes l'examiner avant de laisser le mestre mettre quoi que ce soit dessus."

Ca lui échappe des lèvres, les mots sortant hors de lui d'une telle manière que ça lui fait penser, soudainement et horriblement, au corps d'Olly tombant de la potence, au craquement de son cou. "Je vais le tuer s'il l'a fait."

"Pas si je l'ai déjà tué," répond Daenerys avec légèreté. Elle pose la main sur son épaule et s'appuie dessus pour se lever. Après avoir pressé sa main contre sa tempe un instant et respiré pour calmer la douleur, elle traverse la pièce pour s'habiller et s'apprêter pour la journée. Jon n'a d'autre choix que de faire la même chose.


III.

Après qu'ils se soient lavés et habillés pour la journée, Daenerys fait appeler trois de ses servantes Dothraki. Jon se tient sur le balcon et nettoie Grand-Griffe pendant qu'elles s'occupent de Daenerys, leur conversion en Dothraki un bruit de fond apaisant. Après quelques minutes, il réalise qu'Arya est en bas dans la cour, assise au-dessus de ce qu'il reste d'un mur en pierre brûlé, regardant deux Immaculés essayer d'apprendre à deux soldats Corbois comment utiliser correctement une lance courte. Les tentatives sont amusantes dans le meilleur des cas et, quand Jon regarde à nouveau Arya, il la voit réprimer un sourire.

Dany et lui vont devoir lui parler le plus tôt possible et il doit commencer les préparations pour partir au Nord. Tyrion a déjà fait envoyer un message par un des gardes pour se réunir dans la salle du conseil le plus vite possible concernant Essos, bien que Jon n'est même plus certain, à ce stade, si Tyrion est toujours Main de la Reine ou non, et c'est un autre problème dont Dany et lui doivent se charger. Ser Davos attend certainement que Jon vérifie le dernier envoi des cadeaux au Nord, les cadeaux que Dany et lui ont donné au peuple durant le festin et qu'ils se sont organisés pour que les Nordiens reçoivent aussi. Et, à un moment ou un autre, ils vont devoir passer voir les différents seigneurs et dames qui se sont déplacés jusqu'ici pour le mariage.

Mais tout ça peut attendre. Rien de tout ça n'a d'importance si Dany n'est pas bien. Quand elle le rejoint enfin sur le balcon, il rengaine Grand-Griffe et se tourne pour lui faire face. Elle a l'air mieux: sa grimace peinée a disparu et ses cheveux sont coiffés et tressés, mais il lui prend le visage dans ses mains avec précaution et regarde quand même sa blessure. Elle sent fort la menthe et, au lieu du baume épais que le mestre de Port-Réal avait pressé sur sa blessure, ses servantes ont appliqué un fin bout de tissu translucide saupoudré d'une sorte d'herbe finement moulue.

"Elles n'ont pas pu la recoudre non plus," dit-elle. Jon a vu le mestre peiner à le faire personnellement quand Dany était toujours inconsciente; il s'en souvient toujours parfois avec une nausée soudaine, l'horreur de le voir peiner à rapprocher les deux bords déchiquetés de la blessure profonde. "Mais l'huile qu'elles ont mise dessus est agréable. C'est froid comme de la glace."

Il laisse tomber l'une de ses mains dans sa nuque et l'attire dans son étreinte. Elle passe ses bras autour de sa taille en réponse

"Est-ce qu'elles pensent que c'est infecté?"

"Non, il n'y a pas de fièvre. Elles pensent que c'était peut-être une migraine qui a empiré la douleur si fort et si soudainement. Elles n'ont pas trop aimé la médecine du mestre, mais elles ne pensent pas qu'il essayait délibérément d'entraver ma guérison. Elles disent que leur médecine est meilleure et devrait aider à accélérer le processus." Il y a une pause. "Est-ce que c'est Arya là en bas avec cette lance?"

Il n'a même pas besoin de regarder. Il sourit, sa joue posée doucement contre les cheveux de Dany, faisant attention de pas se presser près de sa blessure. "Oui."

"Je n'étais pas sûre qu'elle resterait."

"Elle ne partira pas avant d'avoir dit ce qu'elle doit dire."

"Alors," lui dit Dany, "voyons allons entendre ce que ça peut être. Les mauvaises nouvelles ne s'améliorent pas quand on les laisse fermenter."

Il sait qu'elle a raison, mais ça ne l'empêche pas de s'inquiéter tandis qu'ils se dirigent ensemble jusqu'à la cour. Il ne sait pas ce qu'Arya a à leur dire. Il veut croire qu'elle est venue pour ployer le genou devant Dany, pour s'excuser de la trahison de Sansa, mais il se souvient encore de la façon dont Arya a défendu Sansa dans le Bois sacré. Et si elle est venue déclarer la guerre au nom de Sansa? Que fera-t-il alors? Que dira-t-il?

Arya les regarde approcher avec une expression illisible. Elle rend la lance dans sa main à l'Immaculé et attend que Jon et Dany arrivent jusqu'à elle. Jon garde sa main autour de celle de Daenerys tandis qu'ils rejoignent Arya, bien que sa protection soit en grande partie inutile: Drogon tourne sans relâche au-dessus d'eux, gardant sa mère avec une intensité qui rendrait nerveuse n'importe quelle personne saine d'esprit. Dany lève brièvement les yeux vers lui et sourit.

"Je veux parler en privé," les salue Arya. Elle regarde Daenerys. "Juste nous trois. Personne d'autre."

"Je préférerais la même chose," répond Dany d'une voix régulière. Elle tire sur la main de Jon et se dirige à nouveau vers la Crypte-aux-Vierges mais Arya ne bouge pas. C'est pourquoi Jon reste immobile et Dany se retourne pour lui faire face. "Y a-t-il autre chose?"

"Oui," dit Arya. Elle rencontre le regard de Jon; il y a du désespoir s'y trouve pendant un bref instant, mais il s'en va presqu'aussi vite qu'il transparait. Il ne peut s'empêcher de froncer les sourcils. "J'ai besoin de savoir que je peux vous parler à tous les deux en toute confiance. Sans que vous agissiez sans réfléchir sur base de ce que je dis. J'ai besoin de savoir que nous pouvons tous parler ensemble. Que nous pouvons travailler ensemble."

Jon regarde Daenerys. Elle est déjà en train de le regarder.

"J'ai essayé de travailler avec vous et votre sœur depuis le jour où je vous ai rencontrées," répond Dany. "Vous n'êtes pas mon ennemie. A moins que vous n'ayez choisi de l'être."

"Je n'ai pas encore décidé de ce que je suis," réplique Arya. "Mais je sais que je suis une Stark. Et je sais que Jon est mon frère — peu importe le nom avec lequel il est né. Et je sais que ce que ma sœur m'a dit n'est pas juste. Ce que j'ai besoin de savoir est que vous n'allez pas prendre ce que je dois vous dire et l'utiliser pour exécuter ma sœur, Majesté."

Majesté semble presque un peu moqueur, mais c'est Arya. Jon est simplement content qu'elle n'a pas de nouveau appelé Dany sa tante.

"J'ai des raisons d'exécuter votre sœur depuis des semaines, Arya. Si je voulais le faire, je l'aurais déjà fait," dit fermement Dany. Elle pointe la Crypte-aux-Vierges. "Allons-nous aller parler maintenant?"

Arya regarde de nouveau Jon. Il hoche la tête vers elle, sa main se resserrant autour de celle de Dany. Fais-moi confiance, a-t-il envie de dire. Fais-nous confiance. Peut-être qu'elle le lit dans ses yeux parce qu'elle les suit cette fois.

"Je vous ai vue avec les Immaculés," dit Daenerys à Arya pendant qu'ils montent les escaliers de la Crypte-aux-Vierges. "Vous êtes plus douée avec la lance que les soldats de Jon."

"Et deux fois moins douée que les Immaculés," répond Arya.

"Les Immaculés ont commencé l'entraînement avec trois longueurs de lance à l'âge de cinq ans. Personne au monde n'est aussi doué qu'eux."

Daenerys s'arrête devant la salle du conseil tandis que l'un des gardes ouvre la porte pour eux. Jon les suit, Arya et elle, à l'intérieur et attend près de la porte jusqu'à ce que le garde l'ait fermement fermée derrière eux.

"Votre frère m'a dit que vous êtes dangereuse avec une épée," ajoute Daenerys. Elle s'assied à la tête de la table du conseil et Arya s'assied à sa droite après avoir lancé un rapide coup d'œil à Jon. Il prend le siège à la gauche de Dany, juste en face d'Arya.

"Je ne m'en sors pas mal," accorde Arya.

"Elle est meilleure que pas mal," dit Jon, Dany le sait déjà.

"Je n'ai jamais appris moi-même," dit Dany. Elle joint ses mains sur la table. "J'aurais aimé le faire, mais apprendre ne semblait jamais pressant sur le dos d'un dragon." Elle sourit avec ironie. "Evidemment, cette opinion a changé à l'instant où je n'ai plus été sur le dos d'un dragon."

"Visenya Targaryen faisait les deux," leur dit Arya, les mots semblant lui échapper des lèvres sans réfléchir. Dany arque un sourcil et Arya, bien que Jon peut voir qu'elle a fait tout son possible pour garder ses distances avec Dany, ne peut s'empêcher de continuer. "Elle montait Vhagar et elle maniait Noire Sœur. Elle combattait dans les airs et sur la terre. Elle a pris une flèche sur le Champ de Feu mais a continué de se battre. Elle est parvenue à faire ployer le genou à la Maison Arryn simplement en permettant au Roi Ronnel de monter sur Vhagar. Elle a une fois coupé le visage d'Aegon le Conquérant pour lui prouver que ses propres gardes étaient trop paresseux pour les protéger correctement. Elle combattait toujours sur Vhagar quand elle avait quatre-vingt ans."

Jon sait que sa sœur a dévoré toutes les histoires et tous les livres sur Visenya Targaryen et sa sœur Rhaenys en grandissant, mais Dany ne s'attendait clairement pas à ce qu'Arya en sache autant. Ses sourcils se lèvent quand Arya se tait et, durant un instant, personne ne dit rien. Jon se demande pourquoi ils ne parlent pas de ce pourquoi ils sont venus ici pour parler; il envisage de mettre un terme à ce qui semble être des banalités, mais il n'en a pas l'occasion.

"Mais d'un autre côté," continue Arya, la légère touche d'excitation qui était dans ses paroles précédentes s'atténuant, "son frère, sa sœur et elle ont brûlé plus de dix mille hommes sur le Champ de Feu. Elle a aidé à réduire Harrenhall et tous ceux qui étaient à l'intérieur en cendres. Elle a été, à bien des égards, responsable du fait que son fils Meagor le Cruel se soit retrouvé sur le Trône. Donc que je suppose que ma sœur a raison de dire qu'elle n'est pas l'héroïne que je pensais qu'elle était."

Jon observe le visage de Dany. Elle n'ôte pas son regard de celui d'Arya et Arya n'ôte pas le sien de celui de Dany. Il vient soudainement à l'esprit de Jon que la conversation qu'il attend depuis le début a déjà commencé.

"Oui," dit finalement Daenerys d'une voix tranquille. "Tout cela est vrai. Et c'est vrai, aussi, que Jaehaerys le Conciliateur et Daeron le Bon ont apporté une paix et une prospérité sans précédent aux Sept Royaumes, mais d'autres comme Meagor le Cruel, que vous avez mentionné, et mon père, le Roi Fou, ont semé la violence et la peur dans les Sept Royaumes. Aegon l'Usurpateur a donné sa demi-sœur Rhaenyra en pâture à son dragon devant son propre fils. Le Roi Fou violait ma mère si brutalement qu'il était dit qu'elle avait l'air d'avoir été mutilée par un animal, avec des marques de morsures et des entailles sur la peau. Même la salle dans laquelle nous sommes assis maintenant, ici dans la 'Crypte-aux-Vierges', a été construite par Baelor le Bienheureux dans le seul but d'emprisonner ses propres sœurs pour qu'il ne se sente pas tenté par elles. Aegon l'Indigne a pris l'un de ses chevaliers sur le fait avec l'une de ses nombreuses maîtresses et a obligé cette maîtresse à regarder pendant que le chevalier était lentement démembré devant elle. Il l'a tuée par après. Aegon l'Indigne a également ignoré toutes les supplications des mestres de laisser sa sœur malade tranquille après qu'elle lui ait donné un héritier et a continué de la violer et de la féconder à plusieurs reprises jusqu'à ce qu'elle meure finalement en couches, vidée de son sang et déchirée—"

"Arrêtez," interrompt Arya, la bouche tordue en une grimace, mais Dany n'arrête pas.

"Mon propre frère m'a vendue comme une jument et aurait laissé un millier d'hommes et leurs chevaux me violer en trouvant ça normal. Si vous voulez parler de cruauté Targaryenne, j'en sais assez pour que nous en parlions pendant quinze jours. Si vous voulez nous cataloguer tous comme des méchants, je connais des histoires sur les pires d'entre eux. Je ne suis pas idiote: je suis au courant des rois vicieux qui sont venus avant moi. Je connais les terribles actes et les décisions prises par mes ancêtres. Je connais, aussi, les bonnes choses qu'ils ont faites, les choses qu'ils ont construites et que l'on peut encore voir aujourd'hui, les alliances qu'ils ont forgées et qui subsistent encore à ce jour. Je me connais moi-même, Daenerys Targaryen, une personne à part entière — quelqu'un qui a fait ce que je pouvais pour en libérer le plus possible des chaînes, pour retirer Cersei Lannister du Trône de Fer, pour libérer chaque homme, femme et enfant sous mon règne de la roue qui les écrase. Et pourtant, j'ai brûlé plus de personnes que je ne peux en compter. J'ai exécuté des traitres, des esclavagistes, des violeurs. Donc si l'affirmation de votre sœur est que je suis terrible, elle a raison. Je peux être terrible. Je peux — et serai— être peu importe ce que je dois être pour protéger mon peuple parce que c'est ça que fait une reine, quoi qu'il en coûte."

Quand Daenerys tend soudainement la main par-dessus la table et prend celle d'Arya, Arya se fige.

"Regardez-moi dans les yeux et dites-moi que vous n'avez jamais été terrible aussi. Regardez-moi dans les yeux et dites-moi que vous n'avez jamais fait quelque chose de terrible pour protéger les gens que vous aimez. Regardez-moi dans les yeux et dites-moi que vous ne referiez pas cette même chose terrible si vous le deviez."

Jon observe le visage de sa petite sœur. Il observe la succession d'émotions qui le traverse: peur, réalisation, acceptation. Le silence traine en longueur, mais Arya tourne sa main en-dessous de celle de Dany, prenant sa main aussi. Durant un moment, Jon ne parvient pas à détourner les yeux de leurs mains jointes; il sent une sensation d'oppression dans sa poitrine, même s'il n'est pas encore prêt à la nommer bonheur. Il ne sait pas ce qui va arriver.

"Je ne peux pas," dit finalement Arya d'une voix calme. Elle croise le regard de Dany. "Et Sansa non plus."

Dany se détend sur sa chaise et, aussitôt, Jon sent la tension dans ses épaules se relâcher. Il n'est pas sûr de quel genre de test c'était censé être, mais il pense que Dany l'a réussi.

"Sansa a fait des déserteurs de certains de mes hommes," exprime Jon. "Malgré le fait que leurs seigneurs nous aient juré allégeance, à la Reine et à moi, elle garde ces déserteurs à Winterfell et elle menace de les faire marcher au sud. Est-ce que tu le savais, Arya?"

Arya retire sa main de celle de Dany. Son expression se referme; Jon n'est pas certain de ce qu'elle pense de ce qu'il a dit. Il continue.

"Elle nous a écrit après que nous ayons envoyé un corbeau pour notre mariage. Elle a dit 'Un Roi Consort n'est pas un Roi'. Elle semble avoir décidé de se rebeller contre la Reine Daenerys en mon nom. Tu ne peux pas véritablement penser que c'est ce que je veux, Arya. Bran ne peut pas penser que c'est que je veux. Sansa, même — Sansa ne peut pas penser que c'est que je veux."

Arya secoue la tête. "Je ne pense pas que c'est ce que tu veux. C'est pour ça que je suis partie. J'étais ici, à Port-Réal, quand ta reine a pris la ville. J'étais venue pour tuer Cersei, mais je n'en ai jamais eu l'occasion. J'ai vu ces explosions — c'était tellement fort que je n'ai rien entendu pendant plusieurs jours après et je suis rentrée à la maison, blessée et incertaine de ce que j'avais vu. Quand je suis arrivée là, je n'arrivais pas à parler de ce que j'avais vu. Sansa a essayé de me dire que la reine avait réduit la ville en cendres, brûlé toutes les femmes et tous les enfants. Mais j'avais vu les flammes vertes, les explosions vertes, même si je ne l'ai pas dit à Sansa. Je ne lui ai pas dit que j'avais été à Port-Réal du tout. Je ne voulais pas en parler, ne voulais pas revivre ce que j'avais vu. Vite, nous avons appris que la reine était blessée, que du feu grégeois avait été déclenché, que Cersei avait tendu un piège. Ca semblait plus logique pour moi, mais Sansa m'a dit que c'était un mensonge… pourtant tu étais toujours à Port-Réal, Jon. J'ai dit à Sansa que c'était impossible que tu restes aux côtés de quelqu'un qui avait brûlé des femmes et des enfants. Et elle a dit que c'était possible. Elle a dit que la reine t'a tellement lavé le cerveau que tu ne sais même pas ce que tu veux, ni ce qui est bien, ni quoi faire. Elle a dit que c'était notre travail de te protéger d'elle, d'aider à assurer ton droit au trône, de te rappeler de qui tu es: un Stark. Elle a dit que la reine était maléfique, un tyran, et que c'était notre travail de veiller à ce qu'elle ne reste pas sur le trône. Et je l'ai presque crue. Elle raconte des conneries assez éloquentes."

La colère de Jon a laissé son visage rougi, ses mains en poings. Mais il la maîtrise. "J'ai remarqué."

"Quand nous avons appris pour le mariage, j'ai décidé de venir ici par moi-même. Pour vérifier que tu allais bien. Pour te voir. Pour la voir," elle fait un signe de tête ver Daenerys. Il y a une pause. Arya tourne son regard vers la fenêtre. "Je suis arrivée ici avant le mariage. Je voulais voir Port-Réal. J'étais surtout à Culpucier. Personne ne faisait attention à moi. Je t'ai vu. Et elle aussi. En train d'aider cette femme à pendre son linge. Puis de marcher avec ces enfants."

Jon ne se souvient même pas de l'exemple précis dont elle parle. Dany et lui ont passé tellement plus d'après-midi avec le peuple qu'il ne peut le raconter.

Arya regarde à nouveau Jon. "Tu avais l'air heureux. Je t'avais rarement vu aussi heureux. Et puis, à ton mariage…"

Elle n'a pas besoin de finir. Jon est certain que la joie qu'il ressentait était bien en vue sur son visage toute la soirée.

"Mais je ne serais peut-être pas venue voir par moi-même sans Bran," continue-t-elle.

Jon et Dany écoutaient déjà chaque mot qu'Arya prononce avec un beaucoup d'attention, mais ça les fait tous deux se pencher en avant sur leurs chaises.

"Bran?" questionne légèrement Daenerys, attendant.

Pour la première fois, Jon pense qu'Arya a l'air nerveuse et véritablement mal à l'aise. Ses yeux sombres parcourent la pièce avec inquiétude.

"Il n'y a personne d'autre ici," apaise Dany.

"Vous ne pouvez jamais en être sûre," discute Arya et ces mots donnent des frissons à Jon, même s'il n'aurait pu dire pourquoi à personne.

"Qu'est-ce que Bran a dit?" demande Jon.

Arya arrête de scruter tous les recoins de la pièce. Elle croise le regard de Jon. "Il a dit un mensonge," dit-elle.

Jon et Dany échangent un regard rapide, neutre, tandis qu'Arya recommence à examiner la pièce. Jon ne peut pas dire qu'il comprend et, à en juger par le visage impassible de Dany, elle ne comprend pas non plus.

"A chaque fois que je mettais en doute quelque chose que Sansa disait sur ton droit au trône ou la cruauté de Daenerys Targaryen ou la nécessité d'une guerre au nom de Jon, Bran et elle me disaient qu'ils savaient ces choses parce qu'il l'avait vu. Parce qu'il voyait tout. Parce qu'il est la Corneille à Trois Yeux. Il m'a raconté d'innombrables histoires sur toutes les choses horribles que la reine a faite dans sa vie. Il m'a raconté ce qui allait arriver dans le futur si nous ne marchions pas au sud en ton nom, Jon, si nous n'arrivions pas à te retourner contre ta reine. Mais ensuite…" elle s'arrête. Elle parlait principalement à Jon jusque-là, mais elle se tourne pour faire face à Dany maintenant. "Mais ensuite il a menti. Et il n'est pas censé être capable de le faire, n'est-ce pas? Il est censé être honnête, impartial, omniscient. Il m'a regardée, en énonçant toujours toutes les raisons pour lesquelles vous êtes inapte à régner, toutes les raisons pour lesquelles vous êtes aussi instable que votre père, et il m'a dit que vous aviez pris votre dragon et que vous aviez rasé Culpucier, que vous aviez utilisé du feu de dragon pour le détruire. C'est un petit détail. Il n'y a certainement pas cru que c'était important parce que Sansa et lui réfutaient les affirmations de feu grégeois depuis le début et insistaient que vous aviez brûlé la ville délibérément. Mais j'étais là. Je ne lui ai jamais dit que j'étais là. Mais j'étais là. Et vous n'avez jamais ne serait-ce qu'une fois dirigé des flammes sur Culpucier. Je me souviens de vous avoir vue voler jusqu'au Donjon Rouge oui. Mais quand Culpucier a commencé à exploser, c'était du feu vert. Du Feu Grégeois."

Ce n'est pas aussi clair pour Jon que ça semble l'être pour Arya.

"Et ça n'avait pas de sens pour moi. S'il peut tout voir et qu'il est incapable de tromper ou de mentir, pourquoi venait-il de dire quelque chose de faux? J'ai cru un certain temps que je m'étais simplement embrouillée. Peut-être que je n'avais pas vu ce que je pensais. S'il peut tout voir, n'aurait-il pas dû savoir que j'étais à Port-Réal? Ne devrait-il pas savoir qu'il valait mieux ne pas mentir ? Mais j'ai rapidement réalisé qu'être capable de tout voir ne veut pas dire qu'on voit effectivement tout. Il a une focalisation singulière maintenant, comme s'il ne cherchait que des choses spécifiques dans le passé et le futur. Des choses sur vous deux. Il m'a ratée à Port-Réal parce qu'il ne me cherchait pas. Il était concentré sur vous."

Jon est plus confus maintenant qu'il ne l'était avant. "Pourquoi? Je ne comprends pas, Arya."

"Moi non plus," dit-elle. "Sansa est simplement devenue de plus en plus insistante et ne voulait pas écouter quand je lui ai dit que nous n'avions pas les hommes pour mener une guerre ni le droit de le faire. Bran lui chuchotait de plus en plus dans l'oreille et, quand j'étais dans les parages pour entendre ce qu'il disait, c'était des choses pour l'encourager, des choses pour réitérer la nécessité d'une guerre, la nécessité de vous retourner l'un contre l'autre pour le bien commun. Tous des soi-disant faits qu'il avait vus, des choses que nous n'étions pas censées remettre en question, et qui le remettrait en question ? Il n'est plus Bran depuis longtemps maintenant. Personne ne comprend vraiment ce qu'il est. Je crois qu'il préfère que ça reste comme ça."

Jon sent la main de Dany saisir la sienne sous la table. Il entrelace leurs doigts ensemble.

"Je n'étais à l'aise avec rien de tout ça et c'est pour ça que j'ai décidé de venir ici pour vous voir tous les deux par moi-même. Je mènerais une centaine de guerres pour toi, Jon. Pour mon frère. Et si j'étais arrivée ici et que je t'avais trouvé malheureux, fou… trouvé tu étais quelqu'un de différent… je l'aurais fait. Mais rien de ce que Bran m'a raconté sur vous deux ne s'est avéré vrai jusqu'à présent."

"Que pensez-vous que Bran et Sansa essayent d'accomplir?" demande Dany.

"Je ne sais pas," répète Arya.

"Ce qui vous semble le plus probable, alors."

"Ce qui me semble le plus probable est qu'ils veulent votre mort," dit Arya sans ménagement. "C'est l'idée générale de tout ça, en tout cas. Je ne peux imaginer comment ils projettent de vous bouger du trône autrement."

"Pourquoi?" demande Jon, sa frustration éclatant hors de lui. Stupidement, il prend tout ça comme une attaque très personnelle, même s'il n'est pas question de lui. Il ne peut pas s'en empêcher cependant. Son frère et sa sœur essayent de tuer la femme qu'il aime, la femme qu'ils savent qu'il aime. Il ne peut pas s'empêcher de le prendre pour lui. "Pourquoi est-ce qu'ils veulent la mort de Dany?"

Il n'a pas l'intention de l'appeler Dany devant Arya — il garde ce nom pour quand ils sont seuls, l'intimité du surnom est trop grande pour la partager — mais aucune femme ne semble le remarquer.

"Eh bien, il parait que c'est parce qu'elle est un tyran psychotique," dit Arya d'un air pince-sans-rire, "mais je commence avoir des doutes à ce sujet."

Etant donné que c'est contre sa vie qu'on conspire, Daenerys est bien plus calme que ce à quoi Jon s'attend. Elle ferme les yeux et lève le visage vers le plafond. Elle semble être en train de réfléchir, mais Jon sent sa main se dégager de la sienne sous la table et, quand il baisse les yeux, il voit qu'elle a posé sa paume sur son ventre. Pour une raison quelconque, ce tableau — sa main pâle sur son petit ventre, son expression pas beaucoup plus que pensive — libère sa rage en cage. Elle éclate dans sa poitrine, bouillante et aveuglante. A cet instant même, il se fiche pas mal de savoir pourquoi Sansa et Bran font ce qu'ils font. A cet instant précis, il veut les exécuter par lui-même. C'est facile d'oublier qu'ils sont son sang quand qu'ils sont complètement méconnaissables. A cet instant précis, la seule émotion que suscite leur pensée est la honte.

"Je vais aller dans le Nord. Et leurs raisons n'ont pas d'importance. Je n'en ai rien à faire des 'visions' de Bran, ni de ses fichus avertissement vagues, ni de la stupidité à laquelle Sansa croit, la stupidité qu'elle utilise pour déguiser une trahison. Je vais aller dans le Nord et ça va cesser—"

"Tu ne peux pas simplement—!"

"Tais-toi!" dit Jon à Arya et elle se penche en arrière pour s'éloigner de lui, surprise. "Je peux et je le ferai!"

"Tu as dit qu'on pouvait parler ensemble," lui rappelle Arya, le menton saillant comme il le faisait toujours avant qu'elle ne se mette à pleurer quand elle était petite. Ca calme son esprit un instant. "Tu as dit qu'on pouvait travailler ensemble."

"Qu'est-ce que tu attends de moi, Arya? Tu me dis qu'ils conspirent pour tuer ma reine — mon épouse. Quel homme laisserait ça continuer en restant les bras croisés? Quel roi?"

"On ne laisse pas ça continuer. Mais elle est toujours ta sœur. Et Bran… Je ne sais plus ce que Bran est. Mais il ressemble à notre frère. Et si notre Bran est toujours là, quelque part à l'intérieur?"

Jon pense à la dernière fois qu'il a vu Bran, le vrai Bran. Frêle, brisé — un garçon mutilé dans un lit de malade qui aurait pu être un lit de mort, sa mère pleurant pour lui d'une manière dont personne n'avait jamais pleuré pour Jon. Imaginer le visage mortellement pâle de Bran — le vrai Bran — fait souffrir le cœur de Jon.

Mais c'est une souffrance pour un garçon qui n'existe plus. Un garçon à qui Jon a dit au revoir et n'a plus jamais revu. Et ne reverra plus jamais.

"Il n'est pas là. Bran est perdu," dit Jon d'un ton sévère, "et parfois, je pense que Sansa l'est aussi."

Le visage d'Arya se décompose. C'est l'une des seules vues au monde assez douloureuses pour lui donner à nouveau matière à réflexion, pour lui faire essayer de réfléchir malgré sa colère. Elle tend la main sur la table et serre fermement la sienne.

"Ils sont toujours notre famille," lui dit-elle, sa voix plus douce maintenant. Elle le supplie.

Il peut sentir quelque chose monter en lui. Une terrible pression dans sa poitrine qui grimpe lentement dans sa gorge. Qui fait brûler ses yeux.

"Et Daenerys est ma famille," s'entend-il dire. Sa vision devient plus floue au fur et à mesure que sa souffrance monte. "Si Sansa et Bran se souciaient un tant soit peu de moi, ils ne me feraient jamais ça. Donc dis-moi envers qui je suis censé être loyal."

Arya ne peut pas répondre. Il n'y a pas de bonne réponse. Sa main se relâche et retombe; il voit des larmes lui emplir les yeux.

"Le loup solitaire meurt, mais la meute survit," essaye-t-elle de dire, mais ça ne veut plus dire grand-chose pour Jon maintenant.

"Une meute qui se déchire de l'intérieur n'est pas une meute. Un loup s'en sortirait mieux seul."

Les mots affectent Arya comme s'il l'avait physiquement frappée. Elle se tourne pour regarder Daenerys. Faisant appel à elle. Faisant appel à la femme que son frère, sa sœur et elle ont aliénée et écrasée à chaque occasion. La femme que leur sœur et leur frère sont maintenant, dans le meilleur des cas, en train de comploter pour renverser et, dans le pire des cas, en train de comploter pour tuer. Une femme qui a donné plus que qui ce que ce soit pour sauver Winterfell — leur maison — du Roi de la Nuit et n'a jamais rien reçu en retour — pas un mot de gentillesse, pas une seconde de gratitude et certainement jamais d'amour.

"Ne le laissez pas faire," demande Arya. Implore. "Ne le laissez pas exécuter ma sœur ni mon frère."

Les lèvres de Dany se baissent un instant, mais rien d'autre ne trahit le fait qu'elle a repris la main de Jon sous la table et qu'elle la serre fort. Rien d'autre ne trahit son propre conflit.

"Que voudriez-vous que je fasse?" demande Daenerys à Arya. "Que je les emprisonne?"

"Parlez-leur. Ils ne vous connaissent pas — montrez-leur qui vous êtes. Montrez-leur que vous serez une bonne reine."

"Je devrais voyager jusqu'au Nord et trouver un moyen de leur prouver que je mérite de vivre? Je devrais trouver un moyen de les supplier de ne pas conspirer contre moi? Je devrais me mettre en quatre pour les rassurer alors qu'ils commettent activement un acte de trahison?" Daenerys épingle Arya avec un regard féroce, un regard qui la fait soudainement apparaître aussi terrifiante que Sansa voudrait que les Nordiens croient qu'elle est. "Non. Nous n'allons pas faire ça."

Arya se penche en avant avec sérieux. "Tout le monde pensait qu'il faudrait une guerre pour convaincre la Maison Arryn de céder les Eyrié à la Maison Targaryen. Des milliers de tués, d'innombrables blessés. Mais Visenya a vu un autre moyen. On lui a donné les Eyrié et tout ce qu'il a fallu, c'était faire monter un petit garçon sur un dragon."

"Une charmante histoire. Mais les compromis non-violents ne fonctionnent que lorsque les deux camps sont disposés à être non-violents. Je n'ai envie d'arrêter aucun Stark. Je n'ai certainement pas envie d'en exécuter, non plus. Mais si Jon va leur parler et qu'ils refusent de ployer le genou, que puis-je faire d'autre?"

"Les convaincre!"

"Comment? Que pourrais-je faire d'autre pour les convaincre de quoi que ce soit? J'ai tout sacrifié pour protéger le Nord — si ça ne les a pas convaincus, qu'est-ce qui pourrait le faire, exactement?"

Arya se tourne pour refaire face à Jon. Il ne peut pas rencontrer son regard. "Jon, si tu dois aller leur parler, vas leur parler. Mais promets-moi que tu ne les exécuteras pas."

Jon ne dit rien. Les mots se bloquent dans sa gorge.

"Personne ne sera exécuté sans un procès," dit Daenerys. "Et avant qu'il y ait un procès, ils seront arrêtés. Et avant qu'ils soient arrêtés, Jon va leur parler et entendre ce qu'ils ont à dire. Mais personne ne promet qu'ils ne seront pas exécutés. Je peux seulement promettre que, s'ils le sont, c'est qu'ils auront fait quelque chose d'assez terrible pour le mériter."

Arya secoue la tête. Elle a l'air nauséeuse. "Nous sommes tous terribles. Ou ne vous souvenez-vous pas?"

"Ce n'est pas la même chose et tu le sais," dit Jon d'un ton cassant, sa voix résonnant dans la pièce. "Que dirait Père, Arya? Régicide, trahison — que penserait-il?"

"Il penserait que c'est aussi horrible qu'on le pense tous les deux. Je ne serais pas là si je ne le croyais pas."

Jon baisse un instant la tête. Il se frotte les yeux, souhaitant ne jamais être sorti du lit ce matin. Souhaitant n'être jamais retourné à Winterfell avec Dany, n'avoir jamais quitté ce bateau. Plus tard, il le sait, il reconnaitra que c'est une pensée stupide, égoïste. Mais à ce moment précis, il s'autorise à être stupide et égoïste.

"Je vais aller leur parler," dit-il finalement à Arya. Il relève le visage et soutient son regard. "Je vais essayer de comprendre. Mais ils vont devoir me parler aussi. Ils vont devoir essayer de comprendre aussi. S'ils ne peuvent pas — s'ils refusent de ployer le genou, refusent d'arrêter de comploter contre la reine et contre moi, s'ils continuent d'être une menace — je les arrêterai et les exécuterai moi-même."

Arya baisse les yeux sur la table. Jon n'a pas de ressentiment contre ses larmes, sa frustration. Il les comprend. Dany et lui sont silencieux; ils laissent le temps à Arya de surmonter sa tristesse, le temps de sécher ses larmes.

"Je sais que c'est dur," dit-il doucement. "Vraiment, Arya, je n'en ai pas plus envie que toi."

Arya lui semble petite alors. Jeune. Elle lui répond avec le visage baissé, les yeux fixés sur ses genoux.

"Je croyais que, quand je serais enfin rentrée à la maison, je serais à la maison. Mais la maison n'est plus là. Ma famille n'est plus là. Etre là est fait juste mal."

Jon ne supporte pas sa douleur. Il tend les bras par-dessus la table et serre l'une de ses mains entre les siennes. Il ne peut pas changer la vérité de ce qu'elle a dit, cependant.

"Je ne suis plus qui j'étais. Et eux non plus. Je ne récupérai jamais ce que j'ai cherché pendant toutes ces années. Ce pourquoi je me suis battue."

"Non," convient Jon, même si ça le tue. "Le passé n'est plus là. Il ne pourra jamais revenir. Mais je suis toujours là, Arya. Je l'ai toujours été. Et on doit regarder vers le futur maintenant."

Elle le regarde dans les yeux. Les siens sont aussi sombres que la marre qui se trouve près de l'arbre cœur.

"Je ne sais pas ce qui y sera," lui dit-elle. Sa voix se brise. "Je n'arrive pas à l'imaginer."

Il s'accroche plus fermement à sa main. "Je serai là. Je ne peux pas parler pour tout le reste. Mais je serai là. Tu es ma sœur. Et le fait que tu sois venue ici… Je ne pourrai jamais te dire à quel point ça compte pour moi."

Il se souvient de nombreuses fois dans sa vie où il s'est senti tellement seul et perdu que le futur n'était rien de plus qu'un vide noir. Il sait ce que c'est d'essayer de se réjouir de quelque chose qu'on ne peut même pas imaginer, pas se représenter. Il veut qu'Arya sache qu'elle a une place ici, si elle la veut. Qu'elle est sa famille et, maintenant, elle est celle de Daenerys aussi. Il veut lui dire qu'il va être un père, qu'ils ont tous une chose pour laquelle se réjouir. Un avenir à aider protéger. Mais il n'appartient pas qu'à lui de dire toutes ces choses, pas qu'à lui de les partager.

Un coup sur la porte de la salle du conseil détourne leur attention d'Arya. Jon et Daenerys échangent un regard frustré. Jon se lève.

"On parlera encore ce soir, Arya. D'accord? Est-ce que tu vas rester? Ou est-ce que tu vas rentrer à Winterfell?"

"Je ne retournerai plus jamais à Winterfell," leur dit-elle à tous les deux et, même s'il est possible qu'elle soit légèrement dramatique à cause e sa douleur, il la croit quand même.

Arya et Tyrion se croisent tandis qu'elle sort de la salle du conseil. Jon ne rate pas le regard méchant qu'elle lance au Lannister, ni le regard surpris qu'il lui lance en retour. Aussitôt que Tyrion s'est assis au bout de la table en face de Daenerys, l'un des gardes ferme la porte. L'air circonspect que Tyrion a dit à Jon que ça va être une longue réunion et Jon, sentant son ventre contracter de faim, se souvient que Dany et lui n'ont même pas encore eu l'occasion de manger aujourd'hui. Ca le rend encore moins réceptif au conseil de Tyrion.

"Arya Stark?" leur demande Tyrion. "Que voulait Arya Stark?"

Dany ignore la question. "Qu'y a-t-il à Essos?"

Il se dérobe. "Puis-je d'abord vous rappeler que nous sommes à Westeros?"

"Puis-je vous rappeler que le peuple d'Essos reste, maintenant et pour toujours, mon peuple?"

"Très bien," marmonne Tyrion, son argument abattu avant même d'avoir pu prendre son envol. Il rencontre momentanément les yeux de Jon et puis commence. "Daario Naharis signale la présence de navires esclavagistes dans la Baie des Dragons. Ces navires ont été coulés avec peu de blessés de notre côté, même si cela témoigne d'un problème plus important qui se passe en Essos. Il semble, Majesté, que votre absence ait donné du courage à ceux qui sont restés dans l'ombre."

"Pas du tout surprenant," commente Dany. "C'est difficile de craindre quelqu'un à l'autre bout du monde." Jon et Tyrion l'observent tous deux se lever et marcher jusqu'à la fenêtre, leur tournant le dos tandis qu'elle regarde Drogon traverser les nuages. Les deux hommes échangent un autre regard dans le silence qui suit, jusqu'à ce que Dany reprenne la parole. "Je vais devoir faire une apparition alors, si mon absence leur a donné un faux sentiment de sécurité."

Jon repousse sa chaise et se lève immédiatement, la pensée lui agrippant la poitrine avec terreur. Il traverse la pièce jusqu'à sa reine — son épouse — et se tient à ses côtés, son expression détaillant tout son dégoût face à cette idée.

"Dany," marmonne-t-il où elle seule peut entendre, son ton légèrement réprobateur.

Tyrion, pour une fois, est d'accord avec Jon. "Avec tout le respect que je vous dois, Majesté, la Reine n'a pas à grimper sur un dragon et voler jusqu'à Essos pour exécuter des esclavagistes."

Jon aimerait que Tyrion se taise. Il ne pense pas que Tyrion soit susceptible de faire autre chose que convaincre Dany de faire le contraire de ce qu'il demande. Jon prend la main de Dany dans la sienne et tire gentiment, juste assez pour la tourner pour lui faire face afin qu'il puisse rencontrer ses yeux. Il ne dit rien d'autre, mais son regard si. Il examine ses yeux, jette un regard qui en dit long sur la blessure à la tête, passe un bras autour de taille et attire le devant de son corps contre le sien, où ils sentent tous les deux le renflement pressé entre eux.

"Je ne peux pas simplement les laisser. Je ne peux pas simplement les laisser retomber dans leurs chaines," dit-elle, mais Jon sait que les mots sont surtout pour lui.

"Alors on va trouver un autre moyen," dit-il. Il resserre ses bras autour d'elle. "Je t'en prie, Dany."

Ses yeux se ferment. Elle inspire profondément, le conflit évident pesant dans ses pensées. Jon attend en retenant son souffle. Quand elle se tourne dans ses bras et retourne vers la table du conseil, il a peur.

"Nous allons envoyer une armée sous le commandement de Ver Gris. Les esclavagistes auront le choix de fuir ou de mourir. Il n'y a pas d'autre option."

C'est un compromis, mais Jon ne peut pas dire qu'il en soit content.

"Ca nous prendrait des forces qu'on a sous la main ici," lui rappelle Jon, même s'il est sûr qu'elle n'a pas besoin de se le faire rappeler.

"Seulement un problème si tu anticipes des ennuis persistants de la part du Nord," rétorque-t-elle. Ses sourcils se lèvent. "Est-ce le cas?"

"Non. Je vais m'en occuper. Mais nous ne pouvons pas présumer que le Nord est notre seule menace. Ce n'est pas parce qu'ils sont notre seule menace actuelle que nous ne serons pas confrontés à une autre dès que la moitié de notre armée ou plus aura disparu."

Tyrion n'en a pas l'air content, mais il dit: "Je suis d'accord avec Jon."

"Le Roi Jon," le corrige Dany d'un ton brusque. Le regard que Tyrion et elle échangent dit à Jon qu'aucun des deux n'a oublié leur désaccord précédent peu importe à quel point ils jouent bien le jeu maintenant. "Quelles autres menaces devrais-je anticiper? Le Nord est le seul royaume en rébellion, le seul royaume à ne pas nous avoir juré allégeance. La Reine Yara gouverne les Iles de Fer, oui, mais la Reine Yara est l'une de nos plus puissants alliés."

Elle n'a rien dit de faux, mais Jon n'est pas rassuré. Il sait que la plus grande partie de son malaise est de nature personnelle: il ne veut pas qu'elle soit seule ici, sans lui, avec la moitié de ses armées et Ver Gris partis. La pensée l'inonde d'une peur qu'il ne peut pas nommer, un genre de peur qu'il a très rarement ressenti dans sa vie avant.

"Envoie des hommes sous le commandement de quelqu'un d'autre," dit-il. "Pas Ver Gris."

"Ver Gris est mon soldat le plus courageux, le plus qualifié et le plus loyal."

"Ce qui est précisément pourquoi ce n'est pas lui qui devrait partir loin de toi."

Les yeux de Dany se posent brusquement vers les siens. "Peut-être que ce n'est pas toi qui devrait partir loin de moi."

"Donc on envoie des hommes à Winterfell afin d'arrêter les deux Stark restant dans le Nord et les ramener à Port-Réal pour être exécutés? Oui, ça va bien être reçu par les maisons vassales."

"Le roi a raison," intervient Tyrion. "Il doit partir à Winterfell. Il n'y a pas d'autres moyens."

Jon et Dany, en synchronie immédiate: "Taisez-vous, Lord Tyrion."

"Vous savez que je dis la vérité."

"Je sais que vous pensez que vous allez me manipuler pour me faire partir dans le Nord pendant que vous resterez ici, seul avec notre reine," dit Jon d'un ton mordant, "et ça n'arrivera pas. Si je vais dans le Nord, vous venez aussi. A vous de décider si vous venez volontairement ou en tant que prisonnier."

Le visage de Tyrion se plisse avec douleur. Il fait passer son regard de Jon à Dany, mais Dany reste impassible. Il se retourne vers Jon.

"Je ne suis pas l'ennemi," essaye-t-il de dire.

"Alors prouvez-le moi," ordonne Jon. "Venez au Nord avec moi. Aidez-moi à faire entendre raison à Sansa. A Bran."

"Je ne suis pas un faiseur de miracle," se moque Tyrion. "Je ne peux faire entendre raison à personne quand il n'y a peut-être pas de raison."

"Vous feriez mieux de me montrer que vous essayez du mieux que vous pouvez fichtrement malgré tout."

Le silence qui suit est tendue, échauffé. Jon refuse de baisser les yeux devant Tyrion; la Main de la Reine finit par détourner le regard, se tournant vers Dany, qui fixe résolument la porte, la colonne raide.

"Où est Ser Davos?" demande-t-elle soudainement. "Faites-le appeler. Je veux son conseil."

Ni Jon ni Tyrion ne se lève. Jon suppose que Tyrion a encore moins envie que lui d'être celui quoi doit quitter la reine. Ils se regardent avec méfiance par-dessus la table, en agrippant tous deux le bord. Finalement, Tyrion appelle l'un des gardes dehors par son nom et lui ordonne d'aller chercher Ser Davos et de le ramener immédiatement ici. Les laissant tous les trois mijoter dans un malaise silencieux durant le quart d'heure qui suit pendant qu'ils attendent.


IV.

Ser Davos amène avec lui une sorte de caractère bourru simple qui atténue considérablement la tension dans la pièce.

"Je n'arrive pas à voir où est le dilemme, Vos Majestés," dit Ser Davos. "Il me semble que les étapes nécessaires sont les mêmes qu'avant. Le Roi Jon et Lord Tyrion devraient aller dans le Nord, comme convenu auparavant. Nous savons tous que le meilleur moyen d'éviter le conflit avec le Nord est de trouver un moyen de faire un compromis avec la Maison Stark. Après, que cela soit possible ou non est une autre question, mais nous devrions au moins essayer d'éviter le plus possible les effusions de sang tant que nous le pouvons encore." Il se tourne pour faire face à Dany directement. "Majesté, la situation en Essos semble s'aggraver et, si c'est toujours une priorité pour vous—"

"Ca l'est."

"Alors nous devrions nous en occuper de la manière la plus efficace possible, mais pas au détriment de la sécurité de votre règne ici. Je crois que Daario Naharis gouverne toujours à votre place aux côtés des Puînés?"

"Oui," accorde Daenerys, inclinant la tête.

"Forts de combien d'hommes?" demande Ser Davos, passant son regard entre Tyrion et Dany d'un air interrogatif.

"Deux milles, je crois," répond Tyrion.

"Il semble que leurs deux milles se défendent bien. Nous devrions envoyer des renforts pour assurer que la situation reste sous contrôle, mais pas plus qu'un millier de nos hommes à moins d'avoir une raison de penser que plus sont nécessaires et, d'après moi, Majesté, ils ne semblent pas l'être. Nous pouvons facilement sécuriser la Baie des Dragons."

"Et le reste d'Essos?" demande Dany.

"Eh bien, j'imagine que toute nouvelle conquête devra attendre que vous soyez rétablie et ayez mis au monde l'avenir de la Maison Targaryen en toute sécurité," dit-il sans ménagement. "Ce qui est important là tout de suite, Majesté, avant toute chose, est de rendre la situation la plus stable possible ici. On a besoin de vous ici et, pour cela, il faut que Jon et vous soyez entourés des meilleurs gardes, de la meilleure armée. Y compris Ver Gris. Il est plus important que jamais que vous soyez entourée de personnes en qui vous avez confiance."

Jon n'a jamais autant respecté Ser Davos. Durant un instant, en le regardant, il ressent le même sentiment de fierté et de sécurité que la présence de Ned Stark lui procurait autrefois.

"Et qui mènera mes milles hommes à l'Est?"

"Il me semble que Ver Gris, en tant que Maître de la Guerre, n'aura aucun problème à trouver quelqu'un de convenable pour nous parmi les rangs," Ser Davos hausse les épaules.

Jon sent le regard de Dany et, quand il rencontre ses yeux, il y voit une question silencieuse. En réponse, il lui pose la main sur le genou. Il est soulagé quand sa main couvre la sienne.

"Maintenant, je sais que ce n'est peut-être pas le meilleur moment, mais je voulais des éclaircissements sur quel vin nous devons envoyer au Nord…"

"Tout ce qu'il reste, tout ce que nous avons," répond Dany. Jon la voit remuer sur sa chaise et se demande si elle est aussi tenaillée par la faim que lui. Il se rend maintenant compte de pourquoi un conseil restreint complet est nécessaire: il ne peut pas imaginer que Dany et lui auront jamais le temps de remanger si tout leur incombe à eux et un (ou deux) autres. "Nous vous faisons confiance, Ser Davos. Envoyez ce qui vous semble le mieux; nous vous donnons notre bénédiction sur tout ce que vous choisirez."

Ser Davos regarde Jon. Il hoche la tête pour marquer son accord.

"Y a-t-il autre chose?" demande Jon à leurs conseillers.

Tyrion remue sur sa chaise et retire un tas de parchemins roulés d'une poche intérieure de sa veste. Jon sent le soupir réprimé de Dany. Il glisse en avant sur sa chaise, se rapprochant imperceptiblement d'elle, sa main remontant sur sa cuisse. Son pouce caresse d'avant en arrière; la réconforter le réconforte aussi.

"J'ai le rapport d'un Constructeur de Culpucier et notre programme détaillé de l'Argentier—"

"La construction se passe très bien," interrompt Ser Davos, brusque. Ses yeux sont sur Jon et Daenerys; Jon se demande s'il peut voir leur lassitude. "Il se passe des choses formidables à Culpucier et, comme nous l'avions prévu, cela a fait un monde de différence pour les petits gens que vous ayez accordé la priorité à la réparation complète pour eux avant que des travaux ne soient faits ici dans le Donjon Rouge. Le programme est celui que nous avons décidé la semaine dernière, sauf que maintenant nous avons répartis les fonds pour chaque point et nous sommes prêts à avancer avec notre prochain ordre du jour. Maintenant — vous deux allez prendre votre repas. Si quoi que ce soit d'importance immédiate se produit, nous viendrons vous trouver."

Jon n'a pas besoin de se le faire dire deux fois. Dany et lui se lèvent et, dès qu'ils ont quitté la salle du conseil, il enroule son bras autour de sa taille et expire.


V.

Après un déjeuner partagé, Dany prend sa main dans la sienne et le tire à nouveau à l'intérieur de la Crypte-aux-Vierges.

"Je croyais que tu avais dit que tu ne pouvais plus supporter d'être cloitrée ici une minute de plus," lui rappelle-t-il. Ils se sont fait amener leur repas dans cette serre à moitié détruite qu'ils aiment tant. Jon était aussi reconnaissant de l'air frais que Dany.

"Je ne peux pas. Et on ne va pas rester cloîtrer," répond-telle, l'emmenant dans les escaliers. Il comprend assez rapidement. Ils marchent sur le chemin de ronde, s'arrêtant lorsque Drogon descend en piqué pour atterrir.

"C'est comme s'il savait que nous venions le voir," dit Jon et il ne peut s'empêcher de rire, aussi stupéfait et enchanté par les dragons qu'il l'a toujours été.

Dany relâche la main de Jon et s'approche de Drogon. Elle caresse les écailles le long de sa face, son sourire suffisamment magnifique pour que Jon se retrouve à la fixer momentanément comme un amoureux transi. Elle appuie sa joue contre les écailles du dragon, laissant échapper de l'affection à chaque respiration, et puis elle rencontre le regard de Jon. "Tu viens?"

Il n'est pas sûr. "C'est toi la cavalière de Drogon."

"D'autres sont déjà montés sur lui. Je serai avec toi. Et puis — il t'aime beaucoup tu sais."

Jon lance un regard sceptique à Drogon, son incertitude n'étant que renforcée par l'air particulièrement vicieux du dragon. "Je ne sais pas."

Elle laisse tomber sa main des écailles de Drogon et revient vers Jon. Elle prend ses deux mains dans les siennes, son sourire lumineux et attachant.

"Tu as peur?" lui demande-t-elle.

Il lance un autre regard à Drogon alors que celui-ci se penche en avant, observant chacune de leurs interactions avec des yeux perçants. "Euh… un peu, ouais."

"N'ai pas peur. Viens avec moi. Sois avec moi," lui demande-t-elle. Et comment pourrait-il le lui refuser?

Etonnement, monter sur Drogon est bien différent de monter sur Rhaegal. Rhaegal était plus petit, ce qui a fait supposer à Jon que le parcours pour arriver sur son dos serait plus simple, mais il trouve que grimper sur Drogon est un exploit plus facile. Peut-être parce que Drogon a l'habitude d'avoir un cavalier ou peut-être parce que Dany lui tend la main pour l'aider à monter, mais ce n'est pas une expérience aussi éprouvante pour les nerfs que toutes les fois qu'il est grimpé sur Rhaegal.

Evidemment, il réalise vite que la personnalité spécifique de chaque dragon joue un rôle dans le parcours en tant que tel. Rhaegal été joyeux, crâneur et — pensait Jon— un peu drôle de peu importe la manière dont les dragons pouvaient être drôles.

Mais Drogon est intense, puissant — Jon a à peine le temps de saisir la taille de Dany avant que Drogon ne s'élance dans les airs comme s'ils étaient poursuivis, la force du lancement faisant presque basculer Jon en arrière et de son vaste dos. Il relâche ses bras de la taille de Dany par peur de l'attirer avec lui dans sa chute et s'agrippe à n'importe quelle écaille sur laquelle il peut trouver une prise, le vent fort lui faisant couler les yeux de larmes et de douleur. Par-dessus la vitesse du vent violent, Jon entend Dany rire.

"Est-ce que ça va?" demande-t-elle, tournant la tête pour le regarder. Il ne sait pas ce que son visage montre, mais elle tend une main derrière elle et attrape une poignée de son justaucorps, le hissant en avant avec une force étonnante pour que son torse soit à nouveau pressé contre son dos. Il enroule prudemment ses bras autour de sa taille.

Ca semble durer une éternité avant que Drogon se redresse et ralentisse son allure. Jon risque un coup d'œil vers le sol; tout comme les autres fois, il est frappé d'émerveillement et de crainte en voyant comme tout est très loin en-dessous. Comme tout dans le monde semble petit. Comme c'est sans importance. Il resserre ses bras autour de Dany et baisse la tête, pressant un baiser dans la courbe de son cou. Sa main se pose à l'arrière de sa tête en réponse, ses ongles lui éraflant le cuir chevelu d'une telle façon que ça lui fait réprimer un frisson. Il se sent assez stable maintenant pour relâcher un peu ses bras, pour laisser ses mains caresser la forme de son corps, ses lèvres bougeant de son épaule à son cou. Il n'y a personne ici pour les séparer. Personne ici pour leur demander quoi que ce soit — personne d'autres qu'eux deux.

"Ce que tu ressens par rapport au fait que je parte en Essos est ce que je ressens par rapport au fait que tu partes au Nord," lui dit-elle.

Il presse son front contre son épaule et soupire.

"J'espère toujours que tu pourras trouver une meilleure solution."

"Je n'en connais pas. Mais je veux que tu comprennes ce que je ressens."

"Je comprends, Dany."

"Alors tu vas assurer ta sécurité. Si tu comprends véritablement ce que je ressens, tu feras tout ce que tu devras faire pour assurer ta sécurité. Pour me revenir." Elle se tourne suffisamment sur le côté pour lui donner lui permettre de le regarder. Sous le soleil du Sud, ses yeux lui font penser à des améthystes. "Peu importe ce que tu devras faire, tu dois le faire et puis tu dois revenir."

Il glisse sa main le long du côté de sa taille, sur sa hanche, le long de sa jambe. Il pose sa main sur sa cuisse, sa paume réchauffant le tissu résistant de son pantalon d'équitation caché sous sa robe. Il se penche en avant et l'embrasse sous l'oreille, ses cheveux doux lorsqu'ils lui effleurent le visage.

"Est-ce un ordre, Majesté?"

Elle tourne le visage, le rapprochant de celui de Jon. Son cœur remplit tous les espaces vides de sa poitrine et, tandis qu'elle ferme les yeux avec les caresses de sa main, il sent son ventre se serrer. Son souffle est chaud contre ses lèvres.

"Le plus important que j'ai jamais donné."

Il lève les bras et lui prend tendrement le visage dans les mains, amenant ses lèvres en avant pour rencontrer les siennes. Il l'embrasse doucement au début, puis plus fort, ses mains se déplaçant dans ses cheveux tandis qu'elle tourne son corps pour lui faire face du mieux qu'elle peut. Il se délecte de la saveur de sa bouche durant seulement quelques secondes avant de ressentir un changement soudain et terrifiant de stabilité. Drogon plonge dans une descente en piqué sans avertissement, obligeant Jon et Dany à chercher rapidement une prise. Dany redresse facilement Drogon après quelques instants effroyables, mais le mal est fait: le cœur de Jon s'écrase tellement fort contre ses côtes qu'il se sent un peu nauséeux.

"Il est juste un peu irrité de devoir me partager, je pense," admet Dany, un peu penaude.

Jon tapote mollement les écailles de Drogon, son cœur toujours logé dans sa gorge. "C'est noté. Mes excuses."

Elle rit à nouveau, totalement à l'aise ici dans les airs, Jon derrière elle, Drogon en-dessous. Il ne peut s'empêcher de penser que si Sansa et Bran pouvaient la voir comme ça — radieuse, puissante, sa bonté scintillant aussi brillamment sous le soleil que ses cheveux argentés-dorés, qu'ils n'auraient plus aucun doute. Mais il est sûr que c'est de la naïveté de sa part.

Ils savourent la chaleur du soleil et la paix de la compagnie l'un de l'autre durant un certain temps mais, Jon garde en tête, tout ce temps, que c'est probablement leur seule occasion de parler des choses dont ils doivent parler, sans interruption et en toute intimité. Elle le voit aussi.

"Est-ce que tu fais toujours confiance à Arya?" demande-t-elle.

Jon se force à réfléchir à la question au lieu d'y répondre instinctivement.

"Dans une certaine mesure," se décide-t-il. "Mais je pense qu'elle est perdue."

"Oui, je pensais la même chose. Je ne peux pas lui en vouloir."

"Moi non plus," admet Jon. Il a, après tout, été perdu à cause de raisons similaires. Une maison divisée n'apportait aucun réconfort. Une meute en guerre n'apportait aucune sécurité.

"Elle a besoin de toi," dit Daenerys à Jon, sa voix plus douce maintenant. "Je pense que, à bien des égards, tu es la seule famille qu'elle reconnait toujours. Je pense que c'est pour ça qu'elle est vraiment venue ici. Quand on est dépouillé de tout, on se raccroche à ce qui reste."

Il presse son visage contre son épaule. "J'aimerais pouvoir tout arranger. J'aimerais pouvoir tout améliorer pour elle."

"Moi aussi," dit-elle et il peut entendre la sincérité de sa voix. Ca le pousse seulement à l'aimer davantage. A la respecter davantage. "J'arrangerais tout si je pouvais. Si ça n'allait pas nous détruire."

"Je sais que tu le ferais," lui assure-t-il. "Peut-être que les choses auront plus de sens à Winterfell. Peut-être que je pourrai trouver une solution pacifique. Peut-être que Tyrion se montrera à la hauteur de la situation et sera utile pour une fois."

"Je ne me fais pas trop d'illusions."

Il fait un bruit pour marquer son accord. Il n'est pas trop optimiste non plus, mais il sait qu'il va quand même faire de son mieux.

"J'aimerais qu'on puisse parler du bébé à Arya. Je pense que ce serait plus facile si on pouvait… elle comprendrait mieux notre point de vue."

"Mmm. Pas sûre que ce soit la meilleure idée. Ce n'est pas une information que je veux que Sansa ait."

"Est-ce que ça ne devrait pas être une information que Bran a? Ils doivent déjà le savoir."

"Je ne sais pas si je crois que Bran voit la moitié de ce qu'il dit voir. Mais s'ils le savent effectivement, c'est encore plus de raison de les arrêter. Ca rend leur trahison encore plus impardonnable."

Il sait qu'elle a raison. S'ils savent que Dany attend l'enfant de Jon, ça veut dire que leur complot pour sa ruine — et, presque certainement, sa mort — est indéniablement un fratricide. Il ne veut pas croire qu'ils feraient ça. Et il ne croit pas qu'Arya ferait ça.

"Arya ne serait jamais d'accord avec ça. Jamais," dit Jon. "Si elle savait qu'ils complotent peut-être tout en sachant que tu es enceinte, elle se retournerait contre eux."

"Ca dépend seulement d'envers qui son sentiment de loyauté est le plus grand. Toi ou Sansa. Toi ou Bran."

Peut-être que ça fait de lui un imbécile, mais il ne peut s'empêcher d'avoir le sentiment que ça a toujours été lui.


VI.

Il ne peut pas se résoudre à partir pour le Nord avant d'être sûr que tout est en ordre ici à Port-Réal, donc il lui faut plusieurs jours pour s'organiser et se préparer. Cette préparation leur donne un peu plus de temps, à Dany et lui, pour profiter de la compagnie l'un de l'autre aussi souvent qu'ils en ont l'occasion — ce qui n'est pas aussi souvent que Jon aimerait — et ça leur donne l'occasion de passer voir leurs quelques alliés restés un peu à Port-Réal après le mariage, surtout Gendry et Yara.

Ils sont une distraction bienvenue du stress du départ imminent de Jon — particulièrement Yara, qui est la reine la moins royale que Jon ait jamais rencontrée et qu'il rencontrera probablement jamais. Elle fait rire Dany plus fort que n'importe qui d'autre et Jon passe lui-même souvent leur repas plié en deux. Ca aide, aussi, que Yara et Arya forment rapidement des liens d'amitié (pas du tout inattendue). Ce qui est inattendu, cependant, est peu importe ce qu'Arya forme avec Gendry. Ce que ce 'quelque chose' est, Jon ne le sait pas: il a peu d'intérêt à le découvrir. Sa sœur n'est plus une enfant, mais ça l'empêchera pas de l'aimer quand même comme ça, de la voir avec le même regard protecteur qu'il posait sur elle quand elle était petite. Tout ce qui lui importe est que Gendry fait sourire Arya. Tout le reste sont les affaires d'Arya.

Le meilleur développement aux yeux de Jon est la manière dont Daenerys semble rentrer et sortir des conversations de Yara et d'Arya avec plus de facilité chaque jour. La révérence et le respect absolus et sans réserve de Yara pour Dany semble déteindre de plus en plus sur Arya. Jon les observe pendant les repas, le cœur chaud dans sa poitrine, ne voulant rien de plus qu'arrêter le temps et laisser Dany simplement vivre chaque moment de rire le plus longtemps possible.

Peut-être en un effort pour ne pas gâcher le bref sursis qu'ils ont tous trouvés les uns avec les autres, sa sœur et lui n'ont plus d'autres discussions sur Sansa et Bran. Jon pense qu'il n'y a plus rien à discuter: Arya veut leur sécurité, mais elle sait que Jon fera ce qu'il a à faire pour protéger Daenerys, et rien ne changera ça. Au lieu de se concentrer sur les points où ils ne s'entendent pas, il se concentre sur les points où ils s'entendent. Il prend le temps de se joindre à elle pour s'entraîner quand il peut, surpris par la facilité avec laquelle Aiguille peut valoir Grand-Griffe, et il l'emmène avec Dany et lui quand ils vont se promener dans Culpucier à chaque fois qu'il peut s'arranger pour que ça arrive. Il sait que la paix entre eux tous est une chose fragile, mais il essaye de la savourer quand même.

Après le départ de Gendry et Yara, cependant, Arya commence à nouveau se replier sur elle-même avec Dany et lui. Il est certain que ça n'aide pas qu'il parte bientôt pour le Nord. Le trop peu de jours où leur petit groupe a ri ensemble n'étaient pas longs du tout, mais Jon a le sentiment que c'était le plus près de proche qu'Arya s'est sentie d'un groupe de gens depuis longtemps. Il sent sa solitude croissante. Mais pas aussi vivement que Daenerys.

"Je sais ce qu'elle ressent, d'une certaine façon," dit-elle à Jon, seuls dans leur chambre, sa peau contre la sienne. "Je n'ai jamais vraiment connu la famille ni la maison, pas comme elle, donc la perte que je ressentais était différente. Mais je sais ce que ça fait d'avoir l'impression de n'avoir sa place nulle part."

"Elle veut avoir à nouveau sa place à Winterfell."

"On veut tous avoir notre place là d'où on vient. Mais la maison n'est pas un endroit."

"Non," approuve Jon, son visage caché dans ses cheveux. Il fait descendre ses mains le long de son dos, son cœur grand dans sa poitrine. Elle en est la preuve. Il n'aurait jamais pu imaginer qu'il se sentirait à la maison ici, dans le sud, à Port-Réal. Mais c'est le cas. Parce que ce n'est pas endroit, la maison. C'est Dany.

Daenerys reste silencieuse si longtemps que Jon pense qu'elle s'est endormie, et il est à deux doigts de faire de même. Mais ensuite elle parle à nouveau, sa voix hésitante, interrogative.

"Tu penses qu'elle va rester ici? Quand tu iras au Nord, je veux dire."

Jon se recule et baisse les yeux sur le visage de sa femme. Sa beauté est envoûtante dans la faible lumière, son incertitude poignante.

"Ici avec toi?" demande-t-il. Il ne peut empêcher comme son cœur migre dans sa gorge avec cette pensée.

Elle ne répond pas, mais ses lèvres s'ouvrent un instant comme si elle allait le fait. Elle lâche une expiration tremblante à la place, ses yeux dansant avec ceux de Jon, ses pensées évidentes. Il lui prend le visage entre les mains, s'émerveillant de la douceur de ses joues, de la chaleur de sa peau.

"Tu veux sauver tout le monde," murmure-t-il.

De la tristesse passe dans ses yeux comme des nuages bloquant le soleil. "Et qu'y a-t-il de mal là-dedans?"

Il se penche en avant et l'embrasse. Toute son affection et son respect passent dedans et, quand il se recule, il se retrouve submergé tout entier par l'émotion.

"Rien," murmure-t-il. "Il n'y a rien de mal là-dedans." Il l'embrasse à nouveau, plus profondément cette fois, sa poitrine prête à éclater d'amour. "Rien."

Elle est légère dans ses bras pendant qu'il l'embrasse: sa bouche, sa mâchoire, son cou, ses épaules, son cœur. Il ne supporte pas d'arrêter. Ne supporter pas de s'éloigner. Ca le frappe à ce moment-là. Qu'il va la quitter. Et il est frappé d'une terreur qui s'accroche fermement à lui, une terreur qui le laisse essoufflé et agité. Il remet sa bouche sur la sienne jusqu'à ce qu'elle parle et, ensuite, il s'arrête pour l'écouter.

"Je ne suis pas si noble que ça," lui dit-elle et il se demande si elle pense que son affection vient seulement parce qu'elle s'inquiète pour Arya.

"Si, tu l'es," réfute-t-il, sa voix basse.

"Non. Je ne veux pas non plus être toute seule. Je ne veux pas non plus me sentir seule."

Ces mots alimentent la peur et la tristesse en lui. Il canalise ce désespoir dans ses baisers, ses caresses. Il essaye de s'imaginer se réveiller dans le froid de Winterfell, la place à côté de lui vide, et il est difficile de ne pas avoir l'impression d'être renvoyé dans le passé, quand il était plus jeune, perdu. Avant qu'il ait des titres. Avant qu'il ait un nom.

Ce qui est plus dur à supporter que ça, c'est l'idée qu'il va laisser Dany ici sans sa maison.

Pour la première fois depuis leur mariage, il se sent perdu.


VII.

Ses cauchemars l'agrippent comme les mains des morts, implacables, terrifiants et froids comme la glace.

Dans ceux-ci, il est déchiré et transpercé par une série de visions perverses, son esprit sautant d'une horreur à l'autre jusqu'à ce que sa poitrine semble être écrasée sous le poids de sa panique. Il est Aegon l'Usurpateur et, tout autour de lui, le sol est mouillé de sang, de morceaux de chairs, de peaux carbonisées, de cheveux argentés trempés d'une couleur rubis, et sa tête résonne de cris — il est Aegon l'Indigne et son épouse sanglote à ses pieds, brisée et se vidant de son sang, le suppliant de la laisser tranquille, mais il baisse le bras et la soulève par la gorge — il est le Roi Fou et la Reine Rhaella implore sa pitié, ses cris aigus et sa souffrance emplissant le Donjon Rouge, le goût de son sang aussi tranchant qu'une épée — il est le Prince Rhaegar et ses mains sont couvertes de sang, et la vie de Lyanna Stark s'écoule autour de lui, une marre chaude, sombre, son visage pâle cessant de bouger, ses derniers mots s'interrogeant sur leur fils — il est Viserys Targaryen et il tient sa sœur par les cheveux et il se sent puissant alors, avec elle en pleurs et haletante à ses pieds, sa terreur et sa douleur les seules choses au monde qui lui donnent le sentiment d'être un roi — il est Aegon Targaryen et il enfonce un poignard dans la poitrine de Daenerys Targaryen—

Non.

C'est comme si un couteau lui transperçait le crâne lorsqu'il s'arrache à quelle que soit l'horreur qui s'est abattue sur lui. Il se retrouve à fixer le mur de sa chambre quand sa conscience remonte enfin à la surface, ses yeux secs et brûlants, comme s'ils avaient été ouverts tout le temps qu'il rêvait (rêvait?), comme s'il avait fixé ce mur tout ce temps. Son corps tremble tellement fort qu'il a du mal à respirer et, quand il bouge pour s'asseoir, pour essayer de se calmer, il est saisi de peur en voyant Dany de l'autre côté du lit. Elle dort toujours profondément, ses cheveux argentés ruisselant sur les draps, et la peur qui s'empare de lui avec cette vision est dirigée contre lui-même. Il essaye de se déplacer si frénétiquement au bord du lit qu'il lui arrache accidentellement les couvertures en même temps. Il se perche sur le bord du lit, attaché par les couvertures enroulées autour de ses jambes, de la sueur ruisselant le long de son dos nu — la nausée se hisse dans son corps — sa tête est en feu — il ne peut pas penser — il ne peut pas se souvenir —

"Jon?" entend-il et puis il se plie en deux et vomit partout sur le sol.

Tout semble lointain à cause du battement écrasant de son pouls. Il entend vaguement le lit grincer, se rend vaguement compte des mains douces de Dany sur ses épaules. Quand elle parle, il peut à peine traiter ses questions calmes. Il tremble jusqu'à ce qu'il se penche en avant et est de nouveau malade, cette fois si violemment qu'il glisse presque du bord du lit. Elle l'attrape autour du ventre, le tirant en arrière contre sa poitrine, ses mots paniqués un son étouffé, lointain. Reste loin de moi, dit-il presque, craignant de la regarder, craignant de la toucher, craignant de la blesser. Il voit la main de Viserys lui tirer les cheveux en arrière, les cuisses meurtries de la Reine Rhaella, le sang jaillissant autour du poignard dans sa poitrine — il se penche, pensant qu'il va peut-être encore être malade.

Il ne peut penser à rien sauf à combien il a mal, combien il a peur — jusqu'à ce qu'il réalise qu'elle s'est éloignée de lui. Il ne sait pas ce qui l'effraye le plus: qu'elle soit près de loin ou qu'elle soit loin. Il recommence à trembler, ayant froid sans sa chaleur contre lui, l'air frais de la nuit glacial contre sa peau trempée de sueur. Il cligne des yeux pour ôter la sueur ou les larmes de ses yeux et se tourne pour voir où elle est partie. Il la voit à la porte, appelant déjà quelqu'un dans une langue qu'il ne connait pas, et il l'appelle, trouvant enfin la force de parler.

"Non, je ne veux personne," supplie-t-il et la douleur qui lui perce toujours le crâne le fait commencer à pleurer.

Il ne sait pas comment il le sait, mais il sait qu'il n'est pas malade. Il ne sait pas ce qui lui est arrivé, mais il sait que ce n'était pas juste un cauchemar. Et il a aussi peur que ce qu'il a mal.

Elle retourne à ses côtés, un feu en plein hiver, et il la laisse bercer sa tête contre sa poitrine. Ses doigts passent dans ses boucles trempées de sueur et elle ne demande rien, mais il la sent trembler.

"Je ne ferais jamais ça," bredouille-t-il — ne disant rien de sensé et le sachant mais ne pouvant s'en empêcher. "Je ne ferais jamais ça. Je ne ferais jamais ça. Rien de tout ça, jamais. Dany, je ne ferais jamais ça. Je ne ferais jamais ça."

"Je sais, je sais," apaise-t-elle et il croit presque que c'est vrai. "Es-tu malade? As-tu besoin du mestre?"

Il ne peut pas répondre: il respire à nouveau de façon superficielle, le ventre à nouveau pris de nausées.

"Était-ce une terreur nocturne?"

Il pense à la sécheresse de ses yeux, à la douleur dans sa tête, la manière dont ces visions lui ont déchiré l'esprit. Il n'est pas étranger aux cauchemars. Ce n'était pas ça.

"Non," jure-t-il. Il ne peut pas croire que ces choses puissent venir de son esprit à lui. Il ne peut pas croire qu'une noirceur pareille puisse venir de lui. "Je ne sais pas ce qui s'est passé," dit-il, à nouveau bouleversé.

"C'est fini maintenant," réconforte-t-elle, mais ce qu'une fois que son rythme cardiaque s'est suffisamment calmé pour être en phase avec le sien et que se tremblements se sont un peu arrêtés qu'il peut le croire.

Elle le ramène sur les draps et rabat les couvertures sur leurs jambes. Il lui faut ce qui lui semble être des heures mais, petit à petit, il se sent replonger dans son propre esprit. Sa panique se dissipe. Ses muscles se détendent. Il est capable la serrer contre lui sans avoir peur de lui faire mal. Il est capable de respirer. Finalement, la douleur lancinante dans sa tête s'atténue complètement aussi. Il pense qu'elle doit être endormie maintenant, mais non.

"Qu'est-ce que je peux faire?" demande-t-elle.

Les choses horribles qu'il a vues se dispersent déjà. Elles deviennent floues, vagues, jusqu'à ce que tout ce dont il peut se souvenir est l'odeur du feu et du sang et un sentiment de terreur.

"Reste simplement," répond-t-il, ses mots cachés dans ses cheveux.

Elle le serre plus fort contre elle. Il s'endort en comptant les battements de son cœur, se raccrochant à chacun d'entre eux, terrifié du moment où ils pourraient s'arrêter.


VIII.

La flèche s'enfonce solidement dans la cible, le tac ferme résonnant dans la cour.

"Mauvaise nuit?" demande Arya d'un air maussade, lançant un regard à Jon par-dessus son épaule alors qu'elle s'approche pour récupérer la flèche.

Jon s'appuie contre les restes d'un mur de pierre en ruines, son corps tout entier lourd d'épuisement. "On peut dire ça."

Arya se retourne pour faire face à la cible. Elle réajuste la flèche et soulève l'arc, examinant sa cible. "Une querelle d'amoureux?"

Elle relâche la corde de l'arc. Jon observe la flèche siffler dans l'air et percer exactement le même endroit que la première flèche. Elle tremble un moment puis s'immobilise.

"Non," répond Jon. Mais il ne sait pas comment expliquer ce qui s'est passé la nuit dernière, donc il change de sujet. "C'est quoi ton plan, Arya?"

Elle récupère à nouveau la flèche. Vise à nouveau. Tire à nouveau.

"Je n'en ai pas vraiment un," avoue-t-elle. Elle regarder par-dessus son épaule. "C'est quoi le tien?"

Il se pousse du mur effondré et s'approche pour se tenir à côté d'elle. Il lui passe une autre flèche et elle la prend.

"Je pars pour le Nord à midi," dit-il, le cœur lourd.

"Tu en as l'air ravi," marmonne Arya, relâchant une autre flèche. Elle touche l'arrière de celle qui est toujours coincée dans la cible et rebondit en arrière, tombant dans la terre. "Le sud t'a rendu plus dragon que loup."

Il ne sait pas quoi répondre à ça. Peut-être qu'elle a raison. Il n'est pas sûr de s'en soucier si c'est le cas. Il sait seulement qu'il appréhende de partir — il le craint — mais quoi qu'il se soit passé hier lui fait peur de rester aussi. Fait qu'il se fait peur à lui-même. La peur est en grande partie subconsciente et il peut l'oublier quand il est occupé à penser à d'autres choses, mais elle ne cesse de se glisser dans son esprit dans les moments calmes.

Il regarde autour d'eux et examine les soldats qui se tiennent plus loin. Aucun d'eux ne les regardent — Jon suppose qu'ils se sont lassés de regarder Arya Stark exhiber ses talents de tir à l'arc. Il passe une autre flèche à Arya.

"Daenerys est enceinte."

Ses mains cafouillent avec la corde de l'arc, relâchant la flèche plus tôt que prévu. Elle fait une piètre courbe en l'air et s'enfonce dans le sol seulement à quelques pas de là où ils se tiennent. Elle lève les yeux vers lui, ses lèvres ouvertes et ses yeux sombres écarquillés.

"Quoi?" lâche-t-elle.

"On le sait depuis un moment. On ne le dit à personne."

Elle soutient son regard durant un autre instant sidéré et puis elle se retourne vers la cible et relève l'arc.

"Vous ne pourrez pas le cacher pour toujours," dit-elle.

"Non. Mais on peut donner l'impression que l'enfant a été conçu de façon légitime."

"Un héritier si vite après le mariage. Le peuple de Port-Réal pensera qu'ils ont été bel et bien bénis," grommelle-t-elle. "Vive la Reine Daenerys et le Roi Jon de la Maison Targaryen. Que leur règne soit long."

Jon ne dit rien en réponse à ça. Il lui passe flèche après flèche, la regardant remplir tous les espaces disponibles sur la cible. Quand il lui passe la dernière dans le carquois, elle abaisse l'arc au sol et lève les yeux vers lui.

"Est-ce que la reine sait que tu m'en parles?"

"Oui," répond-il. Après leur nuit étrange, le risque de l'annoncer à Arya semblait bien plus petit qu'avant, et Dany et lui étaient tous deux du même avis.

"Je ne pense pas qu'elle me fasse beaucoup confiance."

"Elle me fait confiance. Et je te fais confiance. C'est suffisant pour elle." Jon tend soudainement la main lorsqu'Arya relève l'arc. Il le rabaisse. "Est-ce suffisant pour toi?"

La question est laissée lourdement en suspens. Après un battement, Arya dépose l'arc dans la terre pleine de cendres. Elle lui fait face complètement, sa bouche pincée en une ligne ferme.

"Un bébé," répète-t-elle.

Jon hoche la tête. "Oui. Un bébé. Mon bébé."

"Hum," dit Arya d'une voix pensive. "Sansa ne va pas aimer ça du tout."

"Que les Autres emportent Sansa. Ce n'est pas d'elle qu'il est question et je me contrefiche de ce qu'elle pense," rétorque sèchement Jon. "Il est question de l'avenir. Il est question de choix. Qu'est-ce que tu choisis, Arya? Un avenir de guerre et de trahison, où les derniers Stark se sautent à la gorge, où tout ce que nous avons travaillé à bâtir est détruit — ou un avenir de renaissance, de croissance, de stabilité? De famille?"

Elle regarde fixement. "Ta famille."

"Non. Notre famille. Nous tous. Ou est-ce que tu n'es pas mon sang? Est-ce que ce bébé n'est pas ton sang?"

Elle secoue la tête. Elle semble tout aussi fatiguée que Jon. "Qu'est-ce que tu attends de moi, Jon?"

Il a prévu un million de façon d'approcher cette conversation dans sa tête mais, là tout de suite, il ne parvient à se souvenir d'aucune. Tout ce qui reste est le désespoir et la peur.

"Je veux que tu restes ici avec Daenerys. Je veux que tu fasses attention à elle. Que tu les protèges. De tout. De tout le monde." Même de moi, si jamais ça en arrivait là. Si jamais je suis un jour arraché de ma tête comme hier soir. Si jamais je deviens un jour ce que je crains. Mais évidemment il ne dit pas ça. Il pense qu'Arya le croirait vraiment fou s'il le faisait ça. Et peut-être qu'il l'est. Il a eu l'impression de l'être toute la journée.

Arya lâche un rire grogneur. "La Reine des Dragons a difficilement besoin de protection."

"Tout le monde a besoin de protection. Tout le monde peut être blessé. Tout le monde peut être tué."

Ces mots ont une signification pour elle. Elle redevient silencieuse, lève les yeux vers le ciel. Au-dessus d'eux, Dany et Drogon tournent au-dessus de Port-Réal, surveillant la construction en cours. Jon lève les yeux et observe, enrayé par l'envie soudaine de pleurer. Mais il ne s'autorisera pas à le faire.

"Un assassin sans pitié n'est pas le genre de garde que la plupart des hommes choisiraient pour leur femme enceinte," marmonne Arya, regardant finalement Jon.

Il tend la main et la pose sur son épaule. Durant un instant, il n'arrive pas à croire comme elle a grandi.

"Je ne choisis pas un assassin sans pitié. Je choisis Arya Stark." Ses yeux se radoucissent légèrement sous son front sévère. "Pour moi, Arya. Fais-le pour moi. Je t'en prie."

Il n'a pas l'intention de laisser sa voix se briser. N'a pas l'intention que sa souffrance résiduaire d'hier soir s'infiltre dans ses yeux. Mais c'est le cas et Arya lance ses bras autour de lui avant même qu'il ait remarqué qu'elle a bougé, aussi rapide et silencieuse qu'elle l'a toujours été. Il la serre contre lui, sa peur l'engloutissant tout entier tandis qu'ils se tiennent là, ensemble.

"Pour toi," grommelle finalement Arya, ses mots étouffés contre son épaule. "Pour toi, je le ferai."

Il l'enlace plus fort. "De tout. De tout le monde. Quoi qu'il arrive."

"Tu as ma parole," jure-t-elle. Elle se recule. "Mais je ne la laisserai pas me tresser les cheveux. C'est là que je fixe la limite."

Jon rit. Ca aide à desserrer le nœud autour de son cœur.

"Tu en as à peine assez pour tresser," lance-t-il malicieusement. Elle lui donne un coup de poing sur le bras en réponse.

"Qui emmènes-tu au Nord avec toi?" demande-t-elle, en s'éloignant de lui.

Jon fait un vague signe de tête vers les soldats groupés à leur droite. "Certains de mes hommes. Et Lord Tyrion."

"Pas Ser Davos?" demande Arya.

"Non, Ser Davos reste ici," répond Jon.

"Est-ce que la reine et toi avez changé de Mains?" demande Arya, amusée.

"D'une certaine façon," se dérobe-t-il Il ne veut pas accabler Arya avec d'autres secrets. Elle n'a pas besoin de savoir les choses que Bran a racontées à Tyrion, les choses qui l'ont retourné contre Jon.

Arya regarde par-dessus l'épaule de Jon, quelque chose attirant son attention.

"On dirait que ta reine est en train d'atterrir. Je suppose que tu vas vouloir passer du temps avec elle avant de devoir partir."

Jon acquiesce, posant les yeux sur le toit de la Crypte-aux-Vierges. Il est impossible de rater le corps massif de Drogon.

"Merci," dit Jon à sa petite sœur. Elle hoche la tête et soulève à nouveau l'arc à flèches. Il peut entendre le bruit de ses flèches qui touchent leur cible durant la moitié de son trajet de retour vers la Crypte-aux-Vierges, vers Dany.

A suivre...