Retour improbable d'un ravissant court-sur-pattes et toujours plane l'ombre d'un certain Shinigami ^^ Oh et Lune fait des siennes ! XD
Chapitre 161 : La vie, cette farce
"T'as toujours aimé les p'tites bites, Von Kreutzberg."
Je me redresse, cherchant d'où provient la voix, suée me montant au front.
Il a toujours cet accent vulgaire et je m'attends à voir une haute silhouette dégingandée se découper d'un pan de mur.
Je me rallonge, toujours dans l'attente. Puis je berce dans des souvenirs plus érotiques. La fois où je lui ai fait l'amour dans un box d'écurie vide. Ma main qui remonte frénétiquement son haut gris, tirant les pans hors du pantalon seyant - la vache, un mètre 60 rudement bien gaulé tout de même, n'en déplaise à Ackermann Senior !... - flattant les abdominaux contractés de plaisir.
Livaï était, malgré sa taille, harmonieusement bâti !...
Je me tire du sommeil sur un son de douce torpeur, tension nichée.
Il est des relations fortes qui ne s'oublient pas. Et Livaï fait partie de celles-là.
La silhouette me frappe immédiatement au visage. Malgré la foule dense, je ne la quitte plus des yeux, la suivant comme un prédateur trousse sa proie - proie qui vient de réagir en stoppant devant la vitrine illuminée, mains dans les poches, jambes légèrement écart, campé sur des appuis sûrs. Ça se confirme. Et mon approche directe le signe.
Mon regard remonte le long de ces jambes que le jeans seyant met superbement en valeur ; courtes mais sublimes !...
Je me place dos contre le vitrage, fixant la foule qui circule.
"Plus les filles sont jolies, plus elle sont tenaces."
Ça, c'est un enseignement digne d'Ackermann Senior où je ne m'y connais peu !... Ce fils de chien se frottait peu aux femmes. Par peur, vraisemblablement. Il préférait frayer avec les personnes de son sexe. Bâtard !...
"Qu'est-ce que tu fiches ici ? Tu t'es perdu, Ackermann ?"
"D'où tu connais mon nom, toi ?"
OK, autant pour moi. Quelque chose a dû m'échapper.
"J'te l'explique devant un café bien chaud ou tu préfères qu'on discute dans ce froid de canard ?..."
Petit sourire à côté. Le répondant, il aime ça.
La même taille. Exactement la même taille...
Lorsque nos regards se sont croisés, des souvenirs chauds ont refait surface, lui faisant joliment entrouvrir la bouche. Il dessine des arcs imaginaires contre la vitre pour faire passer son émoi. "Effectivement, on se connaît." avec un sourire audible, venant poser le front contre la plaque froide, mèches sombres venant s'y coller.
Il est... toujours aussi magnifique.
Je m'installe en face de lui à la petite table, devant un un café et un bon thé fumant. Il les apprécie corsés et fleuris. Je n'ai rien oublié de son goût immodéré pour la fameuse boisson.
"C'est quand même dingue." dit-il en me remerciant, attrapant le gobelet pour le tenir à sa façon.
"Si je m'y attendais..."
En chemin, je lui ai précisé à quel point nous étions proches.
Il affiche ce petit sourire qui signifie qu'il a décidément bon goût. Je connais chaque grimace d'Ackermann Junior. Et j'avoue que ça me fait plaisir de les retrouver toutes, intactes.
"T'as un oncle ?"
La question le surprend. "Tss. Tu veux parler de ce vieil original ?"
"Je dirai plutôt bon vieux psycho."
"Possible aussi." en se parant de ce visage impassible.
Si j'osais la question au sujet de sa mère... mais j'ai peur que cela le remue si profondément qu'il en aurait des hauts-le-cœur.
"T'as... aussi fait des rêves bizarres ces dernières nuits ?..." ose-t-il finalement, nez enfoui dans son gobelet de thé chaud.
Bizarres ?... pas tout à fait, mon coco.
Je ris, plongeant le nez dans mon café. "Chauds serait un terme plus juste."
Une nouvelle fois il entrouvre la bouche, scotché par notre symbiose.
"C'était façon de dire." sourit-il, fugace.
"Il reste beaucoup de pans de nos... aventures passées, à l'évidence." m'en félicitant secrètement.
"J'ai l'impression qu'on se contrebalançait de toutes les règles."
Ah ça oui !... Nous étions du genre électrons libres.
"Ça a démarré très fort entre nous." dis-je, prise par le jeu.
"Je crois m'en souvenir, ouais." affichant ce petit sourire aussi craquant que fugace.
"Putain, c'était beau, Ackermann." montant ma jambe contre la sienne sous la table.
Il entrouvre la bouche, renouant avec d'anciennes sensations. "Putain, Von Kreutzberg, tu me files envie là." jouant également du pied sous la table.
Ça n'a pas loupé.
Nous nous sommes engouffrés dans son petit deux pièces du centre et une fois la porte close, nous avons commencé à nous déshabiller frénétiquement - ce moment où j'ai passé son haut gris par-dessus sa belle tête, donnant sur ce torse habilement découpé !...
"Attends..." haletant, fixant ses paumes avec un air de dégoût après tout ce qu'elles ont touché là-dehors.
Je souris. Ah oui... le maniaque de la propreté. Je l'avais presque oublié, celui-là.
Nous précipiter devant le lavabo pour un lavage consciencieux des mains tout en nous cherchant de la bouche, nous embrassant en laissant passer des sons éloquents, peinant à nous concentrer sur la tâche imposée.
Cette bouche... cette putain de bouche... aux lèvres fines et au pli boudeur...
Nous nous dévorons littéralement et il attrape la serviette à l'aveugle, manquant le crochet une première fois, en souriant dans le baiser.
Je l'attrape par les passants de son jeans pour coller son bassin au mien. Taille similaire. Pile poil le bon angle. Son renflement ne laisse aucun doute quant à ce qui va suivre. Et de mémoire, son sexe savait parfaitement combler le mien.
Je m'arrête un instant pour savourer nos souffles courts qui s'appellent, redessinant ses traits précieux du bout des doigts. "Magnifique Ackermann..."
A mesure que nous avançons dans cette reprise de conscience de nous, les souvenirs affluent, vifs.
Sur un grognement contre mes lèvres, il se libère d'une main. Ce qui fait saillie est exactement comme dans mes souvenirs lorsque je l'empoigne pour lui faire du bien.
Il glisse de ma bouche dans mon cou, respiration vive.
Agile comme il l'a toujours été, il aventure une main à l'intérieur de mon pantalon, prenant le chemin le plus direct qui soit. Là, sourire qui fleurit et se meurt l'instant d'après, constatant mon état.
"Exactement comme... je m'en rappelle..." sur une expression qui divague de bonheur passager.
Nous sommes définitivement piégés par cette salle de bains dans laquelle son foutu culte pour la propreté nous a conduits !...
Oh bordel, Livaï !...
Dos contre l'armoire close, il abaisse ce que je porte des deux mains et je me tortille pour que cela quitte mes chevilles.
Pantalon abaissé à mi-cuisses, il fait grimper une de mes jambes jusqu'à sa taille, m'ouvrant à lui de la plus juste des façons, s'engouffrant sans plus attendre.
Nos souffles se font écho jusqu'à ne plus en pouvoir.
Il bouge souplement, fouillant chaque angle, m'adressant des regards sous des paupières lourdes de plaisir évident.
Aux souffles succèdent les grognements à mesure que nous nous rapprochons du paroxysme.
Nous nous accrochons à ce que nous pouvons avant de tout céder dans des cris gardés pour nous.
A même le sol de la salle de bain, je laisse mon doigt tracer le torse.
"Tu étais taillé pour le combat. En guerre constante. Tu ne savais rien faire d'autre..."
"Le sort de l'humanité m'importait donc ?..." presque amusé de tels souvenirs. "... ou effectivement je ne savais rien faire d'autre." caressant mon épaule, me tenant proche de lui.
Je rentre tard, pas très fière de moi en regagnant l'appartement d'Undertaker.
Ce dernière lit les dernières nouvelles, dans le canapé, jambes élégamment croisées.
Inutile que je parle. Je préfère m'affairer dans la cuisine. Il a mis une volaille au four pour le souper et dressé la table.
"Tu ne dis rien ?..." en retrait dans la cuisine, osant tout juste me montrer.
"Eh bien... j'aimerai beaucoup que tu te tiennes devant moi au lieu de me parler depuis ce coin reculé." refermant son journal, attendant patiemment.
Je m'avance, peu fière de moi.
Il m'attrape la main, entre les deux siennes. "Quoi que tu fasses, je ne cesserai de t'aimer." venant embrasser le dos de ma main.
"Je... ne suis pas fière de m..."
"Voyons. Ce n'est pas comme si un Ackermann t'était tombée dessus !..." amusé. "Allons, viens." m'invitant à grimper sur ses genoux.
Je m'y installe, perdant les doigts dans les fabuleuses mèches argentées, m'octroyant un petit câlin dans son cou.
Il en rit, caressant ma nuque à répétition.
"A table, ma chère. Cela va être prêt."
Lune ne l'avait pas vu venir. En se baladant du côté des thermes, elle tomba sur un étranger en train de s'immerger joliment. Chevelure de jais, corps admirablement fait, déjà un certain âge...
Lune se planqua pour épier.
Décidément... c'était vraiment très flatteur pour les yeux !...
Qui pouvait-il être ?...
"Si vous n'étiez pas l'aimée du prince de ce royaume, je ferai de vos yeux deux monstres globuleux."
Lune eut un mouvement de recul. Repérée !... Et zut !... Elle finit par se montrer au bord du bassin.
"Eh bien, qu'avez-vous à dire pour votre défense ?"
Lune se pinça la lèvre, coupable. "Je... c'est..."
"Je vois." relevant son corps pour le sortir de l'eau.
Lune se cacha la vue.
Il en parut amusé. "N'est-ce point ce que vous êtes venue chercher ?"
Undy agite un petit papier sous mon nez.
"Qu'est-ce ?..." curieuse.
"Notre... nouvelle occupation du soir, mon Ange." s'installant à côté de moi sur le canapé, excité comme un gosse.
Je lui extorque le papier des mains, non sans difficultés - il est très fort à ce jeu-là.
"Des cours de... tango ?..."
"Ouiiiiii !... N'est-ce pas fabuleux ?..." jouant avec ses longs doigts fins.
Je souris, venant nicher dans son cou, éprise. "Tu as toujours de bonnes idées."
"Lune. Il faut absolument que je te présente quelqu'un." attrapant Lune par le bras pour la mener jusqu'à la salle du trône. "C'est quelqu'un qui a toujours cru en moi. Quelqu'un qui a été comme un père pour moi, mieux qu'Odin ne l'a jamais été."
Lune ne parvenait pas à suivre le pas rapide de Loki.
Loki ouvrit la porte à la volée, dirigeant Lune jusqu'à... l'homme qu'elle avait vu se baigner un instant plus tôt !...
Lune piqua instantanément un phare !...
"Maître Snape, laissez-moi vous présenter ma future épouse : Lune."
"Eh bien, eh bien... quelle délicieuse personne tu tiens là."
Lune paniquait intérieurement que Snape dévoile sa petite séance de voyeurisme !...
Il s'avançait, véritablement félin.
"Lune, voici mon mentor en magie."
"Je... croyais que c'était ta mère qui..."
"Frigga dispose effectivement d'excellentes bases."
Lune les regardait tour à tour, allant de surprise en surprise.
"Maître Snape enseigne les meilleurs tours de l'univers et est également un as de la potion."
"Voyez-vous cela..." émit Lune.
"Je pourrais vous apprendre à mettre la gloire en bouteille, à distiller la grandeur, et même enfermer la mort dans un flacon."
"J'ai toujours adoré la magie." déclara Lune, à la limite de taper des mains.
Il eut un sourire crispé.
"Snape est un professeur efficace." assure Loki. "Avec certaines méthodes de travail qui ne font pas l'unanimité."
"Tu as été l'un de mes meilleurs éléments. Il est vrai qu'avec une femme aussi talentueuse que Frigga..."
Nous voici en tenue. A notre tout premier cours.
Nous connaissons déjà les pas. Ne reste plus qu'à nous laisser porter par la musique.
J'agis telle une liane autour du joli corps fin d'Undy.
Nous récoltons un tonnerre d'applaudissements.
"Je crois que vous venez de faire grimper le niveau du cours." nous dit le professeur.
"Il en est amoureux." dit Lune d'une voix presque blanche.
Loki cligna. "De ?"
"Ton Maître. De Frigga."
Loki stoppa son pas, la réalité le frappant en plein visage.
Lune rit. "Lokiii !..." l'attrapant par les mains.
"Je..."
"Ça saute pourtant aux yeux !... Il l'aime. Il l'a toujours aimée."
Les main de Loki tremblèrent dans celles de Lune, si bien qu'il résolut de s'asseoir sur le petit muret, regard dans le vide.
"Quoi ?" s'installant à ses côtés.
"Je... n'ai jamais remarqué. Maintenant que tu le dis..."
"Frigga est une très belle femme. Talentueuse. Intéressante. Tu es bien son digne fils." venant ronronner dans son cou.
Loki retrouva instantanément le sourire, répondant aux attentions de Lune.
Undy se laisse tomber dans le canapé, jambe par-dessus l'accoudoir, sur un petit rire gai.
"My Lady, nous nous en sommes admirablement tirés !..." régalé.
"Oh, tiens, Grell !... Magnifique, fabuleuse Grell !..."
Il se dandine d'un pied à l'autre. "Ouh !... Arrête, tu vas me faire rougir !... Note que cela me va plutôt bien au teint !..."
"A toi aussi, le tango t'irait comme un gant de salon."
"Oh, vraiment ?" de plus en plus flatté.
"Je me laisserai bien tenter..."
"Tu laisserais nos corps de braise enflammer le devant de la scène ?" se léchant les lèvres.
"Mais oui."
"Comme tu es prometteuse. J'en arriverai presque à comprendre ce diable d'Undertaker !..."
Undy me fixe, sourire flottant sur ses lèvres fines.
"Wha' ?..."
"Sais-tu que les Shinigamis font une véritable fixation sur les âmes, my Lady ?"
Je me cale contre le dossier de la chaise, prête à boire chaque mot qui quittera ses lèvres impies.
"Et par fixation, je pèse mes termes." picorant dans son plat avec sa fourchette.
"Oh, je vois... au point de trafiquer les lanternes cinématiques et de tenter toutes sortes de transferts peu orthodoxes ?..."
"Nihihihihi ! Tu me perces si aisément à jour !..."
"Et la mienne, comment est-elle ?" me penchant en avant, mains jointes sous le menton.
"Ooooh... superbe. Grandiose même." battant des cils.
Quelle adorable Shinigachouette !...
"Si tu ne m'avais pas regardée, Undy, jamais je ne l'aurai supporté."
"Oh comment l'aurais-je pu ?... Je suis sans doute fou mais pas au point de m'infliger pareille douleur !..."
"Que s'est-il passé avec la reine à l'époque ?..."
Il renifle. "Elle a fait périr ceux qui m'étaient chers, me plongeant dans un deuil éternel."
Ouch ! En effet... elle a visiblement sous-estimé son redoutable adversaire !...
Je viens caresser les doigts de sa main posée sur la table, laissant la pulpe glisser le long des ongles laqués.
"Elle m'a privé de bien des bonheurs à l'époque." regard basculé dans le vide.
"A-t-elle bien mesuré à qui elle s'était opposée ?..."
"La perte de son bien-aimé Albert y a beaucoup pesé, je suppose. Elle était effectivement inconsolable. Mais ceci n'excuse pas tout. Ce qui s'est joué sous la table a été..." soupir prononcé. "Cela n'a en rien justifié pareil acte politique." croquant dans un pickle acidulé. "Ils ont été nombreux, cette nuit-là, les obstacles qui se sont dressés sur ma route." regard revanchard.
"Le Département ?..."
"Dans sa quasi-totalité. Ainsi que d'autres forces en présence. Ce fut... un combat acharné, difficile." grimaçant presque tant le souvenir a laissé des traces indélébiles.
"Hey." glissant mes doigts sous sa manche de chemise. "Je suis là."
Il m'adresse un bref sourire. "Tu ne peux rien changer au passé que je porte. En aucune manière tu es capable de décharger mes épaules de leur poids."
"Je ne peux le changer, c'est vrai. Par contre, je peux..." me levant pour aller m'installer en travers de ses cuisses, nouant mes bras autour de sa nuque. "... te le faire oublier un instant."
Il arrime une main à ma hanche.
"Pas ce soir. J'en suis désolé mais... ma belle humeur s'est envolée avec toutes ces réminiscences."
"Très bien. Alors nous nous contenterons de faire cercueil commun. Qu'en dis-tu, mon tout beau ?..." embrassant le bout de son nez.
Il finit par sourire. "Tu m'as convaincu du bien fondé de la chose."
Pourvu que j'en sois proche. Toute proche. Je me pelotonne contre son dos sur un geignement doux. Il glisse la main sur l'arrière, caressant ma cuisse sur un sourire audible.
J'adore le fait qu'il ait un si lourd passif. Undy est et demeure un personnage à forte dimension dramatique, après tout.
Je ferme les yeux en m'imaginant séduire l'employé modèle de jadis. Mon sourire s'affirme.
Il était le meilleur. Le meilleur !...
Une référence.
136649 était le parangon du Shinigami.
"Et tu m'aurais vue... et aimée d'emblée. J'aurai bousculé tous les fondements de ta routine."
"Et je t'aurais vue... et aimée d'emblée. Et tu aurais bousculé tous les fondements de ma routine." me répondant avec le sourire.
Perché sur un toit, il laisse sa vue perçante défiler la liste des âmes à faucher.
Il arme sa faux ; une arme meurtrière, aiguisée et efficace puis, d'un bond, se retrouve quelques toits plus loin. On dirait presque qu'il vole tant ses bonds sont aériens et majestueux. Ses réceptions sont toujours impeccables et maîtrisées.
Il bute sur le nom de l'âme suivante, doigts tremblant sur le papier. Une profonde inspiration. Il plie soigneusement la liste, faux tenue contre l'épaule, la rangeant dans la poche intérieure du pardessus.
Il le faut. C'est indispensable. C'est là son existence. Sa punition. Son châtiment.
Il prend le chemin d'une demeure qu'il aurait préféré oublier.
Son entrée par la fenêtre ouverte est soignée.
Le petit être agenouillé, proche du corps de l'agonisante, frémit en découvrant ce qui vient d'entrer par la fenêtre béante.
Les yeux d'enfant contemplent la mort personnifiée. Son âme frémit devant pareil danger.
Il n'est pas vraiment étonné qu'elle soit ainsi capable de le voir. Sa lignée ne fait aucun doute.
Aucun reflet derrière le verre de tels lunettes.
Pas un mot.
Il brandit sa faux pour percer la défunte qui vient de rendre son dernier souffle.
La faux perce, lanterne cinématique se déroulant. Il la lit avec application, tâchant d'en écarter ses émotions.
"Léa Von Kreutzberg. Née le vingt-quatre février mille huit cent soixante quatre. Décédée le seize juin mille huit cent quatre vingt cinq. Cause du décès : tuberculose. Examen complet." apposant le tampon final sur le dossier.
Elle se tient prostrée contre le mur, tétanisée devant pareille puissance et prestance.
Oh, elle n'y connaît encore rien des hommes... pourtant... son regard est accroché à la silhouette élancée.
Il est tenté d'enfreindre la loi du silence. Pourtant il déglutit chaque mot, les enfouissant au fond de lui, dans l'obscurité de l'absurdité de ce qu'il est devenu et de la tâche à laquelle il est à présent assigné à perpétuité.
Il bascule sa faux sur l'épaule.
"Pa... pa..." appelle l'enfant, d'une voix cassée.
Elle appelle son père au secours.
136649 pose un pied sur l'ébrasement de la fenêtre par laquelle il est entré. Un élan et le voici envolé sur le toit voisin.
Au fond de lui quelque chose remue, incertain.
Il rajuste ses lunettes et consulte sa liste, regard pointant dans la direction suivante.
Âme après âme. Patiemment. Tranquillement. Pour l'éternité. Ce qu'il ignore cependant était qu'un grain de sable était déjà parvenu à s'immiscer dans le rouage implacable. Qui le conduirait droit au cataclysme.
