Undy est véritablement le descendant direct d'un dieu égyptien. Quant à Lune, elle a une jolie cible en vue...
Chapitre 162 : Anubis
"Qu'a-t-il ?..." me questionne discrètement Caroline devant l'humeur maussade de son patron.
"Oh... le passé, Caroline. Le passé."
"Il est vrai que la période de fêtes est l'idéale pour ressasser..."
"Nous devrions le divertir, ce brave garçon. Qu'en penses-tu ?..."
"De quelle manière ? Même ma blague du jour ne l'a pas fait rire..."
"Dans le temps, Caroline, Adrian était un homme qui riait peu. Il était entièrement dévoué à sa tâche." époussetant les articles mortuaires.
"Vraiment ?... Oh, je vois combien il prend son devoir à cœur lorsque nous recevons des familles endeuillées !..."
"L'employé modèle leur a glissé entre les mains..." avec un certain sourire de contentement.
"Je vous entends, my Lady !..." annonce la voix amusée d'Undy, œuvrant au fond du magasin.
L'image l'obsède. Elle s'obstine à demeurer fixée sur la rétine phosphorescente.
Il commence à prendre du retard dans sa routine. A négliger certaines analyses. A survoler les films des vies. A perdre en ponctualité.
En haut lieu on s'interroge sur ce passage à vide.
Alors on examine, on fouille.
On le convoque, on le réprimande.
Il baisse la tête, serrant les dents au supplice de l'humiliation publique, poings rivés sur la manche de sa faux légendaire.
Dans son fort intérieur grondent déjà les vagues dévastatrices d'une révolte.
Il a beau faire expiation en récitant les règles du monde des Shinigamis, sa déroute est totale malgré les mots qui franchissent ses lèvres tels d'impuissants mantras.
La demeure, il se remet à la fréquenter avec assiduité, empiétant sur son devoir, piétinant ses engagements.
Il la regarde pousser, grandir, s'épanouir. Croquer des hommes comme on croque des pommes.
Seigneur, qu'elle est belle !... Qu'elle est imprenable, dans ce fin corset qui lui fait une taille à s'en renverser de délectation !... La façon dont ses seins pigeonnent... la façon dont elle se meut avec grâce.
Son sexe vient de se dresser et l'appel résonne dans son corps entier, lui faisant lever le menton à l'idée de s'extirper pour se caresser à plaisir. La sensation est lancinante, puissante. La tête lui tourne. Il en lâche sa faux, main venant se saisir du renflement pour le camoufler ; coupable, abominable, impur.
Il s'en mord le doigt ganté. Il n'a pas le droit... pas le droit !...
Et son sexe monte encore.
Il a perdu le contrôle de sa vie. Elle le hante et l'habite.
Il commence à désobéir, à se montrer rebelle, opiniâtre.
Finie l'époque de la gloire. Ici commence la chute et le pouvoir.
Il se sait suivi, épié. Un coup de faux aura tôt fait de régler leur compte aux poursuivants.
Il se rend aux abords de la demeure. Elle se trouve dans le parc et joue avec le chien.
Se redresse soudain à l'approche d'un être surnaturel.
"Qui... êtes-vous ?..." soufflé dans l'air frais matinal.
Il s'avance, faux camouflée.
Il demeure comme dans ses souvenirs. D'un classieux mortel.
"Je vous ai demandé votre identité."
"Je n'en ai plus depuis longtemps, Mademoiselle."
Il s'apprête à lui révéler la vérité - offense ultime portée à l'Organisation bien ordonnée de sa caste !...
"Vous êtes celui qui a transpercé ma mère de sa faux." yeux plissés de haine. "Et vous osez vous présenter devant moi ?"
"Je n'ai fait que mon devoir. Cela aurait été un autre si ce n'avait été moi. Nous sommes des milliers."
"Qu'êtes-vous ?..." poings serrés.
"On nous désigne communément comme des dieux de la mort."
Le dire a été libérateur de siècles de silence absolu.
"Vous n'aurez pas mon père." sur un air de défi.
"Je ne suis pas venu pour lui mais... pour vous. Et point pour réclamer votre âme."
Elle tient le chien prêt à lui sauter à la gorge. Un geste suffirait à lui arracher la vie.
"Restez où vous êtes. Je vous interdis de franchir ce seuil !..."
"Vous ai-je demandé d'épargner mon cœur lorsque vous avez passé la frontière censée séparer nos existences ?"
"Cessez d'avancer, vous dis-je !"
"Il y a un moment déjà que je n'obéis plus aux injonctions, quelle que soit leur nature. Les vôtres autant que les leurs."
"STOP !" le menaçant de l'index.
"Eh bien, allez-y, qu'attendez-vous ? Pourfendez-moi." bras écarts.
"JE VOUS AI DIT STOP !"
"Il est trop tard et vous le savez aussi bien que moi."
Il était... beau au-delà des mots. Le vent jouant avec les longues mèches argentées.
Il retira ses lunettes pour les briser sous le talon de sa bottine.
"Anéantissez-moi."
"Cessez..." à bout de souffle.
Cette poitrine superbe qui se soulevait et s'abaissait... le mouvement était hypnotique. Il le voyait malgré la mauvaise vue... il la devinait, la sentait. Frémissante.
Une fois de plus, son sexe venait de réagir.
Il s'était plus d'une fois caressé en songeant à elle, se répandant dans un rauque coupable, littéralement voûté en avant.
"Si vous n'en avez pas la force alors tout est perdu."
Il demeura là la nuit durant, allongé sur le toit sec, observant l'ombre qui s'agitait derrière les rideaux éclairés.
Il était perdu. Il le savait. Elle venait de souffler sur des siècles d'obéissance aveugle, de faire écrouler tout ce qui faisait sa vie.
Et il s'en réjouissait. Il souriait. Il en rit même, la touchant en plein.
Qu'il était délicieux de sentir ses lèvres s'écarter, les muscles de ses joues se tendre et le rire jaillir de sa gorge.
Le rire était cette offense qui montait jusqu'aux cieux de Shinigamis !...
Eh bien soit !... Il allait profiter de cette éternité pour rire à gorge déployée !... Mais avant, un petite visite en haut lieu s'imposait. Il s'arma de sa faux.
L'attaque fut si vive que les Shinigamis eurent peu de temps pour riposter.
Il siégeait sur le tas de ruines des Q.G., filant entre les mains comme une anguille qui se trémoussait de rire.
Il se fichait à présent des règles établies !... Il était devenu cet électron libre qui les embarrasserait jusqu'à la fin des temps !...
J'observe Undy appliquer des massages visant à briser la rigor mortis.
Le regarder s'occuper d'un corps ne me dérange absolument pas tant qu'il demeure à proximité.
Puis il applique du fond de teint pour camoufler les taches disgracieuses liées à la dégradation des tissus.
Il chantonne, ce faisant.
Je jette un œil sur le fût contenant les fluides corporels. Rien de bien ragoûtant là-dedans !...
"Tu es véritablement un Anubis des temps modernes."
"Vile flatteuse !..." amusé.
"Mon corps aussi a besoin qu'on s'occupe de lui."
Il s'en pince la lèvre, troublé au possible. "Je ne compte pas me dérober une nuit de plus, my Lady."
"Bien. Dans ces conditions, je t'attends à l'appartement."
"Oh, j'y serai dans les temps !... Après avoir fait lever ce corps."
La clé tourne dans la serrure.
Je viens de terminer de préparer une jolie table.
Pour l'occasion, je porte une robe de soirée fourreau, pailletée, bleu nuit.
Il s'approche à pas furtifs et caresse mes bras dégagés en ronronnant dans mon cou.
"Quelle somptueuse compagne je tiens là... Je ne suis à l'évidence pas à la hauteur d'un tel habillement."
"Dans ce cas... change-toi."
"Ce que tu as préparé m'accorde-t-il suffisamment de temps pour ce faire, my Lady ?"
Il est d'une délicatesse incroyable !...
"Oui." soufflé de délice.
Il s'éloigne sur un souffle dans mon cou.
Pour réapparaître quelques minutes plus tard, plongé dans un costume trois pièces splendide, vernies au pieds.
Sa courbette d'arrivée fait tomber ses mèches argentées sur le devant dans un ballet hypnotique.
Je suis incapable de détacher mon regard d'une telle splendeur.
Il le note, souriant. "Hihihihihi ! Suis-je à la hauteur, à présent ?..."
Je lui présente le dos de ma main et il y pose des lèvres douces.
"Je prends cela pour un 'oui'."
Il avise la table avec appétit.
Le mets est raffiné : pigeons cuits sur le coffre pour préserver le juteux des chairs. Petite mousseline de légumes fins. Croustillants de pommes de terre.
Il agite les doigts devant le plat, régalé.
Nous nous installons et je sers.
Il savoure, apprécie, raffiné, petit doigt marqué levé alors qu'il goûte une cuisse. "Heavens, my Lady !... Quel régal, quel régal !..."
"Raffiné jusque dans l'assiette."
"Nihihihi ! Toujours !..."
"C'est ce qui m'a immédiatement plu chez toi."
"Vraiment ? Hihihihi !... Tu me flattes."
"Tu veux connaître le dessert ?..."
"Uh huhuhu ! Oserais-je ?..."
"Enfin... les deux desserts, je veux dire." baissant les paupières sur un regard enjôleur.
"Je suppose que l'un ne s'adressera pas aux mêmes sens que l'autre." avec un levage de sourcils simultané, croisant les jambes dans le sens opposé, signe que l'appétit aiguise son corps.
"Je nous ai concocté une petite bûche acidulée aux agrumes, quelque chose de très léger."
Il agite les doigts, appréciateur. "Voilà qui est véritablement exquis."
Nous débarrassons, laissant la vaisselle tremper.
Puis nous prenons le dessert sur la table basse, installés dans le canapé.
"Voilà une soirée que je qualifierai de délicieuse, my Lady." touillant son thé fumant.
"Elle le sera plus encore dans quelques instants..." sur un regard plein de promesses.
Il agite ses longues mains à l'index gauche de laquelle trône cette joaillerie impressionnante.
"C'est bien une bague de noblesse, pas vrai ?..." l'avisant du regard.
"Oh. Oui, oui, c'est bien cela."
"Laisse-moi deviner ce qu'il s'est passé lorsque tu as intégré la société très fermée des nobles du mal dont, sans doute, la grand-mère de Ciel faisait partie ; vous êtes tombés follement épris l'un de l'autre, pas vrai ?"
Il sourit. "Nous... avons partagé bien plus qu'un lit, il est vrai."
J'adore ce passé qu'il tait par pudeur.
"La suite demeure un véritable casse-tête, je dois avouer... la théorie se fonde sur la capacité de reproduction des Shinigamis, en fait."
"Et nous avons sans doute mieux à faire que de nous casser la tête ce soir, n'est-ce pas, my Lady ?" battant des cils avant de m'offrir ma part de dessert.
"Je veux connaître tous tes secrets."
"Eh bien nous ne sommes pas encore couchés, dans ce cas." amusé.
Je glisse les doigts dans les pans argentés. "Je t'aime."
Il en frémit de tout son corps. "Oh, my Lady... de tels mots me font du bien."
Je laisse monter la pointe de mon escarpin le long de sa jambe. Il observe mon jeu, petit sourire flottant sur ses lèvres.
Le trouble le tient.
"Ce dessert est absolument exquis." dit-il, tenant délicatement sa petite assiette entre deux doigts, regard passant de la mousse biscuitée à mon pied qui remonte le bas de son pantalon, dévoilant des chaussettes rayées.
"Tu me plais."
"Huhuhuhu !"
"Si je m'écoutais, je viendrai te chevaucher pour te faire l'amour dans l'instant."
"Oooooh mais... écoute-toi, my Lady, écoute-toi !..." posant son assiette vide sur la table basse dans un mouvement gracieux, réajustant les plis de son pantalon.
Je relève ma robe et vient le chevaucher, visage proche, en admirant chaque trait.
"Magnifique..." éprise.
Ses longues mains voyagent dans mon dos.
Il vient loucher sur mes lèvres, humidifiant les siennes, animé par l'urgence de m'embrasser. Sa main exerce une pression douce dans ma nuque jusqu'à ce que nos lèvres se joignent, s'animant pour un partage voluptueux, éveillant davantage nos corps en nous arrachant un panel d'appréciations.
"Voilà bien longtemps que tu ne m'as plus prise du début à la fin..."
"Oh... ooooh... quel amant négligent je fais !... Je vais y remédier sur-le-champ." me faisant lentement basculer sur le dos tandis qu'il ouvre la fermeture arrière de robe, m'en défaisant lentement. Elle donne sur une guêpière de toute beauté. Il se tient sur un genou pour m'admirer un long instant, laissant son regard phosphorescent parcourir chaque courbe, chaque arabesque de dentelle, lèvre pincée.
"Tu es haut ?..."
"Oh oui."
"Je peux voir ?..."
Il se défait, se faisant saillir.
Elle est belle. Remarquable, même. D'une jolie courbe droite.
L'anneau qu'elle revêt passe à travers une partie de l'urètre pour ressortir juste avant le frein. La boucle n'est ni trop épaisse ni trop fine.
"J'aime lorsque ton désir s'exprime ainsi..."
"Tu es charnelle, my Lady. Et j'aime cela."
J'écarte les jambes pour l'inviter.
Délicat, il fait glisser le tanga sur le côté, permettant à nos sexes un contact direct.
Nous en geignons de délice.
"Ouiiiii... comme cela... Unnie-kun..." l'enserrant au plus près.
"Oh... my !..." complètement chamboulé par les sensations, respiration perdant de sa régularité.
Je suis tant accueillante qu'il glisse aisément en moi sur un soupir vacillant, se tenant à bras tendus sur l'assise et le dossier à la fois, libérant ces hanches d'une souplesse inégalée.
Je monte mes pieds chaussées pour les nouer dans le bas de son dos.
"C'est... exquiiiiiiis, my Ladyyyyy..." traits froissés de plaisir intense.
Il visite, à sa guise, l'antre chaud et moite, se délectant de chaque sensation.
Je ne suis plus qu'appels de plaisir.
Le voici vissé en moi jusqu'à la garde, palpitant au fond.
"Ooooooh... my Lad..."
Un instant, il ne bouge plus sous peine de jouir de plein fouet, se concentrant sur mes traits, s'ignorant.
Je contracte alors autour de lui et il lâche un rauque magnifique, finissant par se libérer généreusement au fond de moi.
Le paroxysme de son plaisir est tel qu'il défait ses traits.
Alors qu'il commence à s'en remettre, il bouge en moi pour m'offrir ma part, partageur, me visitant en variant les angles.
Je suis tant gorgée de son propre orgasme que je le suis en quelques secondes et il se gave de mes expressions lâchées dans la vaste pièce.
Un Noël dont nous nous souviendrons !...
Je pouffe toute seule derrière mon écran.
"Quelque chose que nous pourrions partager, my Lady ?..." friand de tout ce qui peut être amusant.
"Oh, je lis les avis sur la boutique sur le net. Et celle-ci est particulièrement véridique : "Très pro bien que le patron soit véritablement excentrique."
Undy pouffe à son tour.
"Il n'était pas censé le voir, Mr Crevan." lui signale Caroline.
"Oh, j'ai dû lâcher une petite phrase qui a sans doute été mal interprétée, Caro line."
"Hmm mmm." dis-je en le tenant dans mon regard. "A quand une remarque signalant ta forte teneur en formaldéhyde ?"
Là, il se tord de rire, voûté en deux. "My Ladyyyy !..."
Au Royaume d'Asgard se jouait un jeu étrange. Et c'est Lune qui en était l'instigatrice.
Elle était résolument décidée à attirer le regard de Snape, au mépris, bien évidemment, de toutes les règles de bienséance !...
La voici, jouant avec quelques bébés félins, jambes nues montées contre un pan de mur.
Snape venait de cesser son pas, regard captivé par les jambes nues de la jeune femme. Le sang venait de pulser plus vite et plus fort à l'intérieur du corps du sorcier. Il entrouvrit la bouche de ravissement. Ce n'était évidemment que charnel mais Lune souhaitait bien plus ; elle briquait la place de Frigga dans le cœur de ce maître en magie.
Féline, elle se retourna sur le ventre, avisant le regard sombre du sorcier, sourire de guerre clairement affiché.
Ce dernier se racla la gorge et reprit sa marche, image imprimée sur la rétine. Un peu de tenue, voyons ! Il était là pour se déclarer à Frigga et demander sa main, que diable !... Pas pour... regarder ce que propose une enfant !...
Mais Lune venait déjà de signer sa toute première victoire.
