Lévi... cette croqueuse d'hommes impénitente !...


Chapitre 168 : Ring of fire

Il y a la vie d'un autre dans lequel j'ai fait une entrée pour le moins fracassante !...

Il n'en revient pas encore aujourd'hui.

Il faut dire que ça lui est tombé dessus comme ça... avec la brutalité d'une Tueuse !... Il en rit aujourd'hui, me donnant un coup d'épaule à l'évocation.

Sous ses allures d'ancien dur au passé sulfureux, se cache en réalité un grand timide au cœur broyé. Joaquin est irrévérencieux, toujours prêt à foutre la bienséance cul par-dessus tête. Il suffit de le voir sur les plateaux d'interview ; jambe remontée sur le fauteuil, dans une attitude de loubard.

Pourtant, nos débuts ont été... comment dire ?... chaotiques.


L'équipe se tenait là, figée.

Il faut dire que la situation était peu ordinaire.

Le metteur en scène - me souviens plus de son putain de nom - n'avait rien trouvé de mieux que de tourner plusieurs scènes aux abords d'un cimetière réputé être un véritable nid à vampires !...

J'arrivais, suivant d'un pas rageur celui de mon Observateur de jadis.

Je fulminais. Putain, j'avais vraiment que ça à foutre, surveiller l'acteur vedette de ce film à la con !...

Il finit par quitter sa loge, bien décidé de s'en griller une énième de la journée, tombant sur le groupe stationné devant la porte.

"Monsieur Phoenix..."

OK. L'équipe bafouille devant l'acteur vedette !...

"Un problème ?..." questionna-t-il sur un tic agacé du visage.

Mon sang ne fit qu'un tour, me détachant du groupe. "On va la faire courte : il se passe que votre putain de directeur n'a rien trouvé de mieux que de tourner des scènes aux abords d'un cimetière truffé de vamps."

Mon Observateur se rinça le visage d'une paume de main.

L'acteur me fixa, sourcil levé, lançant un regard interloqué à son équipe, puis éclata de rire "Je crois que ça va aller, j'ai un collier d'ail dans mon sac."

"Armez-vous plutôt de ça." lui fourrant un pieu dans la main "Et de l'eau bénite. Bingo si vous réussissez à ce qu'il en ingurgite."

Il m'envisagea à nouveau, ainsi que son équipe "C'est... le 1er avril ou quoi ?"

Je le chope par l'avant-bras, le traînant jusqu'à la sortie du studio, furibonde.

"Wow, wow ! On se calme, Mademoiselle !..."

Je fais volteface. "VOUS ! Ce job ne m'amuse pas du tout ! Je suis faite pour tailler du vampire, pas pour jouer la garde du corps ! Fourrez-vous bien ça dans le crâne !..."

Il cligne.

"Et rendez-moi ça ! Vous le portez très mal." lui arrachant le pieu des mains.

"OK. Elle est où la caméra cachée ? Vous m'avez bien eu !..." amusé autant qu'agacé.

"OK. On y va, à ce putain de cimetière. On y va maintenant."

Il sourit. "Vous êtes une véritable petite terreur..." glissant sa cigarette entre ses lèvres serrées. "Vous avez déjà songé à être actrice ?"

Je monte des mains crispées à hauteur de la poitrine. "Avec moi. Maintenant."

"Les plaisanteries les plus courtes sont toujours les meilleures, vous savez." allumant sa clope, y tirant avec une certaine contrariété, me dardant d'un regard bien senti.

Mon Observateur nous rejoint. "Rachel..."

"Rachel, uh." esquissant un petit sourire tandis qu'il tient sa clope entre deux doigts, épaule appuyée contre le mur, presque charmeur, mains tenues sur le haut de sa ceinture de jeans.

"Il ne veut rien entendre ! C'est une bourrique !..." dis-je, le désignant d'un doigt accusateur.

"Calme-toi, Rachel..." tente de tempérer l'Observateur bienveillant.

Mais on ne canalise pas ainsi une Tueuse en rogne !...

"J'ai connu plus arrangeante que vous, Rachel." me nargue l'acteur.

"Je ne vous permets pas d'employer mon prénom, vous !"

Il lève les mains en signe d'apaisement. "Bon alors, quoi ? Je vous signe un autographe et on n'en parle plus ?"

"Hem... Monsieur Phoenix... laissez-moi vous expl..."

"Monsieur Phoenix va sagement me suivre jusqu'au cimetière."

"Tu n'y penses pas, Rachel !..."

"Il semble qu'il ait besoin de sentir des crocs dans son cou."

"Rachel, je refuse ce plan qui exposerait inutil..."

"OK. Deal. Ensuite tu me lâches les baskets et vous disparaissez tous les deux de ma vue." usant soudain du tutoiement, agacé.


L'Observateur arrête son véhicule aux abord du vaste cimetière Restfield.

"Rachel... je ne suis absolument pas d'accord avec un tel plan."

J'ouvre la porte de mon côté. "Je sais ce que je fais."

"Je ne crois pas, non."

Je soupire d'exaspération. L'acteur sort de son côté, s'étirant comme s'il était en voyage d'agrément.

J'attrape le matériel nécessaire. "Par ici."

Il me suit sans répondre.

"Marchez devant. Ils aiment attaquer par derrière."

"Trop aimable." cynique.

Il s'avance, presque trop confiant. Il se permet même une plaisanterie douteuse : "Les gars ! A table !..."

Ça commence à s'agiter sur la gauche. Mes sens sont aux aguets.

Soudain, un groupe de trois individus surgit.

J'attrape l'acteur, le mettant sous ma garde, le basculant au gré de mes mouvements pour le relâcher alors que cinq autres surviennent !...

Il ne tarde pas à se faire attraper et l'un d'eux plante ses crocs dans son cou. Je le tire par le bras pour l'arracher à son emprise.

Il hurle, main sur la blessure ensanglantée.

Un coup de pieu bien senti renvoie l'impudent d'où il vient.

La poussière des corps envahit l'air frais.

L'acteur me fixe, ébahi, chancelant sur ses appuis, scrutant de temps à autre sa main maculée de sang.

"Vous y survivrez." dis-je, croisant le bras, pieu tenu serré avant de lui tourner le dos.

C'est mon Observateur qui le récupère alors qu'il perd connaissance.


Il fait une forte fièvre après ça. Je le retrouve en nage sur un lit.

"Je... ne savais pas que..."

"Que quoi ? Que ça existait ?"

Il hoche la tête, me fixant tel un enfant égaré.

"Ça existe depuis que nous existons." sur un soupir.

Il dirige son regard sur le plafond. "Je... ne les ai jamais remarqués..."

"Vous êtes peu à fréquenter les cimetières en pleine nuit."

"Vous... faites ce job depuis longtemps ?" revenant à moi.

"Depuis la nuit des temps." sur un sourire presque berçant.

"Comment appelle-t-on... les gens comme vous ?..."

"Slayers."

Il repart direction le plafond avant de revenir à moi sur un sourire tendre. "Lil' Slayer." levant la main pour caresser ma joue d'un revers doux.

J'en suis littéralement scotchée. A bien y regarder, Monsieur est plutôt séduisant bien que sauvage...

"OK. Je ne veux pas vous attirer plus d'emmerdes. J'annule le tournage. Je refuse de devenir une charge pour vous."

J'entrouvre la bouche de surprise.

"Je me charge de convaincre l'équipe."

Il sourit devant mon air ébahi. "Faites pas cette tête, Lil' Slayer." amusé par mon expression.

"Vous êtes sérieux ?..."

"Oui. Vous m'avez d'ailleurs hurlé que vous n'aviez pas que ça à foutre, non ?" esquissant un sourire doux-amer. "Par contre... j'insiste pour vous avoir un soir à la table que vous choisirez."

Je vois. Monsieur ne manque pas d'aplomb !...

Je ressors de la chambre, complètement retournée.


J'ignore de quelle manière il s'est débrouillé - il est fort dégourdi, ma foi ! - mais il est parvenu à obtenir mon numéro de téléphone. Et un SMS m'engage à tenir la promesse de choisir la table de mon choix. J'en souris. Monsieur a le sens de la galanterie.

Je choisis un restaurant de rue dans China Town, histoire de le dérouter un peu.

Il accepte, à ma grande surprise !...

Je découvre un végétalien engagé, un homme doté de fortes convictions et d'idées bien arrêtées. Nous discutons du monde des heures durant, le faisant et le défaisant à loisir.

Il est vraiment à l'opposé de l'acteur hollywoodien.


"Je vous dépose ?... Chez vous ou aux abords d'un cimetière, c'est vous qui voyez."

Je ris.

Il glisse ses doigts dans mon cou, tête penchée sur le côté, forte envie de m'embrasser affichée dans la prunelle et il tente avant de se raviser. Je l'attrape par le col pour qu'il y vienne.

Notre baiser est lent, superbe, renversant, dopant chaque sens.

Nous nous regardons, feu dansant au fond des pupilles.

Il possède une marque au-dessus de la lèvre supérieure qui rappelle une chirurgie de bec-de-lièvre. Je la parcours d'un doigt curieux.

"C'est... une marque de naissance." sourit-il. "J'ai bien dû m'y faire." raille-t-il.

"Vous la portez à merveille."

Le baiser reprend, lançant nos corps dans un appel étourdissant.

Il rit doucement dans mon cou qu'il parcourt des lèvres. "On dirait bien que... vous avez envie d'une tout autre partie de chasse que celle à laquelle vous vous adonnez habituellement."

J'attrape ses mèches sombres et courtes entre mes doigts serrés. "Votre Lil' Slayer est fatiguée de courir après des ombres dans des cimetières glacés."

"Je peux peut-être vous proposer quelque chose d'un peu plus... attrayant ?..."

Cette façon qu'il a de serrer ma taille, de me chercher de son corps entier, regard compris - terriblement enveloppant.

"Je ne dors pas dans les cimetières, vous savez."

"Je l'espère bien !..." faisant de gros yeux, amusé.

"Il vous reste quelque chose de votre voix et de la guitare ?..." faisant référence à son dernier film dans lequel il incarnait l'homme en noir, Johnny Cash, cette rockstar rebelle - un rôle sur mesure !...

"Quoi, vous voulez que je vous chante une sérénade ?..." très amusé, caressant mes cheveux.

"Hmm mmm." le cherchant des yeux pour le trouver rapidement.

"C'est un peu comme le vélo, ça ne s'oublie pas." d'une voix souriante.

Je laisse grimper ma jambe en haut de sa hanche, achevant d'allumer cette flamme dans ses pupilles. Il l'attrape par le dessous de la cuisse, s'y pressant davantage.

"On vous craint à Hollywood, j'ai entendu."

"Entendu ?... Vous feriez bien de bâtir votre propre opinion, Lil' Slayer."

"Vous êtes du lait sur le feu, Joaquin. La différence est que... même en éteignant la flamme ça continuerait à bouillir."

"Vous êtes loin de l'éteindre, cette putain de flamme." feulant, voix au plus profond de la gorge, lèvres brûlant de l'exigence d'être embrassées, corps dans une torture éprouvante.

"Le loup dans la bergerie..."

"Pensez-vous... je suis un agneau." me faisant littéralement l'amour des yeux, cherchant mes mains pour les monter au-dessus de ma tête.

"Quoi ?... Dans cette ruelle ?..."

"C'est toujours moins risqué que dans un cimetière, il me semble..." louchant un moment sur ma bouche, incapable de résister, appelant un nouveau baiser, interminable.

"Love is a burning thing

And it makes a fiery ring.

Bound by wild desire

I fell in to a ring of fire

I fell in to a burning ring of fire

I went down, down, down

And the flames went higher.

And it burns, burns, burns

The ring of fire, the ring of fire.

The taste of love is sweet

When hearts like ours meet.

I fell for you like a child

Oh, but the fire went wild

I fell in to a burning ring of fire

I went down, down, down

And the flames went higher.

And it burns, burns, burns

The ring of fire, the ring of fire."

"I keep a close watch on this heart of mine

I keep my eyes wide open all the time

I keep the ends out for the tie that binds

Because you're mine, I walk the line."


Je lui tombe dessus alors qu'il s'apprête à sortir, plongeant le nez au sein des ondulations à la couleur artificielle, le humant.

"Avant, ton nom de scène était Carnival..."

"Maintenant c'est Joker. Il va falloir t'y faire."

"Oh, je préfère !... Carnival avait la forte tendance à se faire tabasser en pleine rue."

Un petit rire intempestif. "Poor little Carnival !... J'aurai presque envie d'aller danser sur sa tombe !..." fourrant une cigarette entre ses lèvres.

Je le fais plonger sur le canapé et me place derrière lui tandis que sa tête bascule en arrière, lui subtilisant sa clope pour lui appliquer un beau baiser inversé, débordant des lèvres dans un échange érotique de salives gustatives.

Le rire s'élève et il récupère sa précieuse cigarette dans un mouvement leste de la main gauche - Monsieur se révèle être parfaitement ambidextre.


Il n'a pas d'heure. Un poids sur le lit, regard rapide au réveil : il est presque une heure du matin. La main qui s'aventure bravement entre mes cuisses ne laisse aucun doute quant aux intentions qui l'animent. J'en geins rapidement, tirée d'un vague sommeil. Les doigts s'activent, appelant toujours plus de soupirs, faisant enfler les sensations.

J'entends la façon dont il se défait, s'extirpant, déjà haut. Glissé dans la raie, il répond à mes soupirs, me caressant toujours devant, appréciant ce qu'il appelle généreusement et qui atteste à quel point il me plaît.

"Arthur !..."

Il ne s'en offusque pas, loin de là.

Basculant sur moi, chevelure improbable chavirée sur le devant, il joue un instant à l'entrée, s'offrant le luxe de me voir me tortiller de plaisir, sourire se faisant fauve.

Puis il se laisse engouffrer dans la moiteur exquise sur un soupir rauque.

Attrapant mes mains pour y nouer durement ses doigts et commencer à chahuter pour notre seul plaisir. Je m'arque vers lui à chaque poussée. Nos expressions montent de concert, emplissant la pièce d'un plaisir retentissant. Ses hanches sont à présent infoutues de cesser leur mouvement, même s'il tente une dernière fois de me caresser en surface, il finit par se réengouffrer, et bouger comme un fou, toujours plus vite.

Nos orgasmes montent et se rejoignent, nous faisant pleurer de bonheur, étouffant nos cris.


J'observe les émeutes en contrebas. "It's depravity at its finest. It's the worst of mankind."

"This city just gets what she fucking deserves." me rejoignant à la fenêtre, posant un bras contre l'ébrasement.

"Tout part en miettes dans cette ville... tout."

"Ca tombe bien : les rats sont là pour les miettes aussi." avec un sourire torpillant.

Il s'allume une cigarette alors que je lui tombe dans les bras, observant la façon dont les volutes quittent ses lèvres.

"Wha' ?..." notant mon manège.

"You're such a cutie."

Il se met à danser, doigts disposés au creux de mes reins, fredonnant : "The moon is a silver dollar, shinning in the sky, there's the dream we can buy, Sweetheart you and I."


Je m'attable avec lui, ramenant une belle soupière. J'en sers deux belles assiettes.

Il hume, intrigué par le potage.

Il va même se resservir plusieurs fois, dégustant en agrémentant le geste avec une blague de son cru.

Puis il enfilera sa tenue blanche de détenu d'asile en guise de pyjama avant de me rejoindre dans ce lit et éventuellement me faire l'amour si l'humeur s'y prête.


Il émerge le lendemain, lentement, ondulations dans un désordre ensommeillé, poil dru sur le bas de la face, se levant pour aller fumer avant le petit déjeuner.

"Tu me racontes une blague ?..." me dirigeant jusqu'au canapé, m'y installant, attendant sur lui.

"OK." se raclant la gorge. "Tu sais combien d'hommes il faut pour peindre une voiture en rouge ?..." riant par avance de la chute à venir.

Je secoue la tête.

"Un seul. Mais il faut le lancer très fort."

Je pouffe.

"Oh et une autre : tu sais ce qu'il faut faire après avoir serré la main d'un lépreux ?"

"Je m'attends au pire..." souriante.

"La lui rendre !..."

Nous rions comme deux gosses. Il soulève son haut pour grattouiller son ventre creux.

"Tu sors aujourd'hui ?"

"Yeah."


J'adore le voir se maquiller. Chaque trait de peinture le rapproche un peu plus de ce personnage construit dans la souffrance et l'abandon. Il termine par le sourire peint de rouge vif.

Le voilà prêt, s'accordant un dernier regard dans le miroir, rajustant gilet et veste.

Il effectue un petit pas dansant et sautillant avant de lever le camp.

Passant à proximité, il laisse sa main échouer sur ma hanche, me retournant pour me gratifier d'un baiser presque doux, m'observant, glissant quelques doigts dans mes mèches.

Son sourire naît et fait briller son regard d'une allure neuve.

"Tu es né pour ça..."

"For what ?..." curieux, venant chercher mon cou du bout du nez, rieur.

"Pour rire."

Il me fixe, adoptant un air grave avant de s'offrir un nouveau sourire.

"Better, yes."

Je lui grattouille le menton. "Go now."


Dehors, les flammes redoublent. Et il est juché sur un kiosque renversé pour haranguer la foule qui l'acclame à grands cris, bras levés.

Lui qui pensait manquer de charisme se sent pousser une sacrée paire d'ailes !...