Pleins feux sur une relation interdite. Et un Joker toujours bien présent.


Chapitre 170 : Till we meet again

Il en est un que je n'ai pas vu venir. Lui non plus d'ailleurs.

La vie nous a faits nous recroiser à la caisse d'un supermarché alors qu'il empaquetait ses marchandises au bout du tapis roulant voisin.

Son regard a balayé machinalement son environnement direct pour tomber sur ma silhouette. Le sourire a, dès lors, gagné plusieurs centimètres, faisant de cette bouche énorme un temple dédié à la débauche.

Son aura est venue chatouiller la mienne presque gentiment.

Je me retourne d'un élan vif du corps, fixant cette silhouette massive et admirablement bâtie à la proue de mon caddie.

Il penche la tête sur le côté. "Hey, beauté." longue cascade ondulée suivant le mouvement, bras croisés sur des biceps imposants.

Je place le restant de la marchandise dans le caddie, une fois la surprise passée. "Tu comptes rester planté là ?"

"Bah ouais." glissant ses larges mains derrière sa chevelure. "J'ai tout mon temps."

Je peste intérieurement. Ne pas le regarder... l'ignorer.

Je me place derrière le caddie, déterminée à le faire dégager.

Un petit rire. "Tu comptes me charger ?"

"Si tu insistes."

Il siffle. "J'avais oublié à quel point tu as des manières !..."

"Si elles ne te conviennent pas, rien ne t'oblige à rester dans le secteur, Kardia."

Il se décale. "Tu sais, y'a un Starbucks dans la galerie, je me demandais..."

"J'ai du frais, au cas où tu ne l'aurais pas noté."

"OK, pas de problème, j'ai des pains de glace dans ma caisse." esquissant ce sourire triomphant de gamin.

Je soupire. "Tu ne vas pas me lâcher, hein ?"

"Bien vu." m'escortant jusqu'à son véhicule.

"T'es pas venu en moto ?"

"Nah, mon frigo était vide. J'avais de la visite hier soir. Tiens, Saga et Kanon te saluent bien."

"Mais quel menteur !... Kanon et Saga n'en ont strictement rien à cirer de moi !..." riant.

"Hahaha ! Merde, grillé !..."

"T'es un gamin, Kardia. Un véritable gamin." secouant la tête.

"Minette, ce que le gamin avait sous le capot n'avait pas l'air de te rebuter à l'époque, j'me trompe ?"

"C'est non, Kardia."

"Allez !... Pour le fun !..." sautant d'un pied à l'autre devant mon caddie.

"T'es un gamin bouché, en prime."

J'avise le parking. "Bon, elle est où, ta caisse ?..."

Il m'invite à le suivre. "Et ? Ça swingue chez tes petits Juges ? Toujours à la colle ?"

"T'es bien curieux."

"Je m'informe, je m'informe." indiquant son véhicule - une Mustang GT racée, agrémentée sur le capot d'un scorpion incandescent.

"Je reconnais bien là l'ego."

"Ah bah on ne se refait plus hein !..." sur un clin d'oeil, ouvrant le coffre pour y placer nos marchandises.

Il referme le coffre.

Nous nous rendons jusqu'au café et nous installons en terrasse. Ce début de printemps est bien agréable.

"Athéna ne t'a pas encore collé à l'index ? J'suis étonnée."

"Pourquoi se priver de son meilleur guerrier, hein, honnêtement ?"

Je roule des yeux sur un visage amusé. "T'es impossible, Kardia."

Il déguste son cappuccino, à l'aise.

Kardia se penche vers moi avec cette sacrée bouille de coquin. "Pourquoi on remettrait pas le couvert, hein, ma jolie ? T'as pas tant rechigné à l'époque de Shion, semble-t-il."

Je le fixe sur un soupir. Dire que je pensais ce secret bien gardé !...

"Tu ne peux pas comprendre, Kardia."

"Pas faux. C'est quoi ? Le fantasme du premier gardien ? La robe de Pope ? Explique-moi." avec une curiosité déplacée. "Quel vieux pervers, n'empêche !..."

"Kardia !..." finissant par rire de son irrévérence.

"Alors ? Tu m'expliques ?..."

"Ça s'est fait... naturellement."

Yeux ronds en face. Puis sourire de rigueur. "Il t'a... pas un peu poussée ?"

"Shion ? Par tous les dieux grecs, Kardia !..."

"Sous ses airs de saint - hahaha ! Cette blague est terrible quand même ! - je lui ai toujours trouvé un air particulièrement pervers."

"T'es débile, Kardia !..." riant toujours.

"Alors, tu me racontes ?"

"Certainement pas, Kardia."

"Ah pourquoi tous ces mystères ? Vous avez fait des trucs qui se racontent pas ou quoi ?"

"Kardia !"

"Quoi, j'ai tapé dans le mille ?"

"Nooon !... C'est juste..." sur un reniflement. "Shion, c'était..." incapable d'ajouter un qualificatif sur cette relation hors-normes.


Shion a été mon maître. C'est lui qui m'a enseigné les techniques propres au premier signe du zodiaque.

Puis la guerre est arrivée, l'appelant en première ligne avec son compère Dokho de la Balance.

A son retour, ce n'était plus le même homme - enfin homme... les Atlantes vivent beaucoup plus longuement que les humains. Ils disposent également d'une belle vigueur et ce même dans la force de l'âge !...

Après la guerre, Shion a revêtu la robe de Pope. C'était pour lui un honneur mais également une immense responsabilité. Pour se détendre, le Bélier réparait toujours les armures, robe ouverte sur le haut et abaissée au niveau de la ceinture.

C'est ainsi que je l'ai surpris un soir, attirée par les claquements répétés de son marteau sur le métal précieux.

Ma foi !... Fort bien fait, le Shion !...

Avisé, il nota où mon regard venait de s'arrêter, ramenant les pans et les manches pour s'en vêtir.

"Shion Sama..."

Son sourire fit envoler mes craintes.

"Vous m'aviez dit qu'un jour vous me raconterez la dernière guerre sainte."

"Hmm... ce ne sont pas de très bons souvenirs, tu sais." s'installant derrière son vaste bureau, abandonnant un instant son activité de réparateur.

"Vous aviez promis !..."

Un soupir le traverse. "Pas... pas ce soir. Epargne-moi la narration de nos années les plus noires, tu veux ?..." main venant caresser la mienne posée sur le bureau.

"Maître Shion, n'avez-vous... jamais souhaité avoir de la compagnie ?..."

Petit sourire en face. Il vient de débusquer mes intentions. Cependant il décide de se la jouer fine. "Les armures des Saints sont une excellente source de compagnie, chère disciple. Ou évoquais-tu... un autre genre de compagnie ?..."

"Je parlais... d'une compagnie féminine. Ou masculine. J'ai entendu que cela se pratiquait beaucoup parmi les Saints."

Un bref éclat de rire. "Ne sommes-nous pas tous des modèles de vertu ?"

"J'ai... très envie de... défaillir sous vos baisers... Maître Shion..." bredouillé, fixant le sol.

L'Atlante n'en revient pas d'une demande aussi brute. "Tu... ne sais pas ce que tu dis."

"Au contraire, je..."

Ses deux mains frappent le plat du bureau. "Assez."

Ouch !... Je ne m'attendais pas à être ainsi reçue...

"Ne pensez-vous pas que... nous en tirerions un immense plaisir ?..."

"Tu... me mets dans l'embarras."

"Pour quelles raisons ?"

"N'y a-t-il personne là-dehors, de ton âge, qui trouverait grâce à tes yeux ?"

"Oh, je vois..." croisant les bras, peu convaincue. "Une façon polie pour... me signifier d'aller voir ailleurs ?"

"En quelque sorte."

"Maître Shion, lorsque je vous ai vu revenir de la guerre sainte, j'ai su. Su que c'était vous."

Il secoue la tête. "J'étais dans un état si misérable..." petit rire.

"Vous m'avez enseignée, formée."

"Tu es une disciple attentive et appliquée, je te l'ai toujours dit."

"Donc... qu'est-ce qui empêcherait nos rapports d'évoluer ?... Je veux dire... je ne vous plais pas ?"

"Je..." me fixant. "... ne me suis jamais questionné à ce sujet, pour être franc. Mes yeux ne... devaient en aucun cas t'envisager comme... autre chose qu'une disciple."

"Vous êtes superbe, Seigneur Shion." cherchant sa main de la mienne.

Il soutient sa jolie tête d'un poing, perdu dans le clair de mes yeux. "Je suis... âgé et usé, Rachel."

"Je me suis laissée dire que les Atlantes jouissaient d'une vigueur exemplaire à tout âge."

Il entrouvre la bouche de surprise, incapable de rétorquer.

"Bien. J'ai évité le coup de cornes ultime, il me semble." tirant la langue.

"Rachel !..." riant de nous.


J'avais insufflé l'idée. Et il a commencé à me regarder. Non avec des yeux de Maître mais avec ceux d'un homme. Dès qu'il en avait l'occasion - sa haute fonction l'accaparait.

"Vous étiez beau lorsque vous êtes revenu de la guerre..." glissé à son oreille tandis qu'il est assis, placée derrière lui.

Il sourit, venant frotter tendrement sa joue contre la mienne.

"Vous est-il déjà arrivé... d'empaler des ennemis sur les cornes de votre cloth, Maître Shion ?..."

Petit rire coupable en face. "C'est un crime dont je fais rarement étalage devant notre chère Déesse."

"Nous, les Béliers, sommes un peu... sadiques. Au combat, notamment."

"Oui, nous... avons du sang et il ne fait parfois qu'un tour..."

Ma main descend le long de son torse, venant échouer sur le renflement que le pantalon ample sublime.

Un soupir lui échappe, tête basculée légèrement en arrière.

C'est là que tout a véritablement commencé ; de cette relation secrète - qui n'a cependant pas échappé à certains qui se taisaient par pudeur devant le grade de l'Atlante proclamé maître suprême du Sanctuaire - au subtil goût d'interdit ; la relation maître/discipline poussée dans sa plus stricte intimité. Le sexe avec Shion était extrêmement proche d'une forme de tantrisme, du reste. Le toucher subtil, les baiser longs et étourdissant, le mélange dans une lenteur baignée de plénitude.


Il est un autre dont je ne me lasse guère. Il s'agit d'Arthur Fleck - il m'a récemment dit haïr ce nom qui n'est pas le sien. En effet, sa mère, psychotique avérée, l'a adopté et a laissé ses petits amis massacrer l'enfant de coups et de sévices sexuelles. Arthur ose enfin l'évoquer à demi-mots, avec une grande pudeur. Il m'a avoué, entre deux hoquets de rire, avoir tué cette femme sur son lit d'hôpital. "I used to think that my life was a tragedy, but now I realize, it's a comedy." avant de l'étouffer à coup d'oreiller.

Revanchard, Arthur l'est assurément.

"Tu penses que tu as basculé à quel moment, mon tout beau ?..."

Il fait mine d'y réfléchir un moment. "Quand j'ai buté ces trois petites frappes dans le métro."

"Un joli crime de sang."

"Ils ne s'attendaient pas à ce que je sorte un flingue. L'effet de surpriiiiise !..." amusé, le geste imitant le canon de l'arme. "Paw ! Paw ! Paw ! Paw !..." se remettant en scène, roulé sur le tapis du salon, sur le dos, armant vers ses adversaires invisibles. "Le plus gros s'était sauvé avec une balle dans la jambe, hahahahaha ! Je l'ai poursuivi à travers le quai. Et là. PAW !..." pause. "PAW ! PAW ! PAW ! Chargeur vide. Hahahahaha !"

"Tiens, tiens. On sort du cadre de la légitime défense..."

"Le... débordement enthousiasmique !..." avec les deux mains grandes ouvertes, toujours au sol.

Il se redresse, coude sur la table basse, cherchant une cigarette pour se l'allumer, mains tremblantes. "Assez de subir." tirant nerveusement sur le filtre.

"Tu sais ce qui nous ferait du bien ?"

Il me porte un petit regard explicite.

Je me lève et me rends en cuisine, nous sortant deux ramequins de mousse chocolat que je ramène au salon.

"There."

Il avise le dessert, moue circonspecte.

J'entame la mousse, y goûtant avec délectation. "Hmm... encore meilleure que les précédentes."

Son sourire revient et il y goûte à son tour, toujours au sol, après avoir déposé sa cigarette sur le cendrier, volutes s'y échappant.

Il cherche le goût à travers un palais imbibé de nicotine. "Hmm ?... Mmm !..." trouvant enfin la note.

"Tu as raison, Arthur. C'en est assez de subir. Si cette ville brûle c'est bien parce qu'elle le mérite, non ? Un feu... purificateur."

Il s'étire un grand sourire. "Un holocauste."


Il tombe un poids de l'autre côté du matelas. Ma main part à l'assaut sur un sourire, à l'aveugle. Un petit soupir en réponse. Pas vraiment d'humeur à dormir. Pas tout de suite. Trop chargé en adrénaline.

Il dirige la paume sur cette partie dressée de lui, s'adonnant à des caresses dirigées, l'érigeant davantage, sur une succession de soupirs, menton levé, tête enfoncée dans l'oreiller quitté la veille.

Il presse la paume contre le renflement, finissant par la faire glisser dessous, soupir le déchirant sur une bouche grande ouverte, excitation au zénith.

Je me tourne vers lui, admirant ce menton et cette bouche béante à la clarté d'une lune pleine.

Il arrive à maturité plus bas, me cédant enfin le contrôle et je le gâte, me régalant des sons expressifs qui lui échappent.

Je finis par le chevaucher, l'invitant dans l'humidité exquise et il s'en arque littéralement, sensation le soulevant du matelas.

Je fais durer le plaisir, m'interrompant puis reprenant, accélérant avant de ralentir, nous rendant tous deux fous de sensations.

A mesure que son plaisir monte, il donne des hanches, me signifiant qu'il a un mal fou à demeurer sagement dessous ; Joker réclame sa part.

Pour notre satisfaction mutuelle, il se résout à conserver la place du dominé.

Le plaisir nous emporte dans un tourbillon assourdissant et l'orgasme nous arrache des cris, visages froissés d'une volupté évidente.

Je regagne son cou, le conservant encore en moi tandis qu'il décroît.

"I just wonder... who am I making love to ?... Arthur or Joker ?..."

"Both." tombe sur un sourire.


Dès lors, j'attends qu'il vienne prendre sa revanche. Ce qui ne tarde pas !...

Alors que je passe à proximité du canapé, une main grimpe le long de ma cuisse, sous la robe, caressante. Le regard est percé par un désir sexuel indéniable et un goût de second round évident.

Assis, jambes croisées sur une érection en devenir, le clown observe de ses yeux émeraudes de gris, se laissant enfler de délice.

Il finit par se lever, pli significatif à l'entrejambe, m'invitant à une danse sensuelle. Sa paume lui échappe et échoue sur une fesse, la bouche peinte me cherche pour des délices tournoyants. Arthur sait mener la danse. J'ignore cependant qui du canapé ou de la table basse va nous accueillir !... J'en ris, furetant dans son cou, mordillant le menton.

Debout contre un mur ? OK, il y a une certaine ambition.

"Magnifique brindille..." caressant l'ondulé de ses cheveux.

Il glisse une jambe entre les mienne, s'y frayant un chemin, ouvrant le haut pour caresser à pleines paumes. Assurément, cette fois, c'est lui qui mène l'assaut.

Il mordille la peau, joueur comme un chiot. Imprévisible. Se défaisant presque sans défaut, venant se présenter à l'entrée qu'il fait suinter.

"Always... ready for me, I see..." le murmure est rauque et brut ; du pur Joker aux commandes.

Souple comme le meilleur des félins, un coup de hanches l'invite presque en totalité.

Nous en hoquetons tous deux, délectés de sensations.

Je cogne l'arrière du crâne contre le mur, à mesure des poussées.

Nous en geignons à l'unisson, nous donnant la réplique. Il vient d'enserrer haut mes poignets, plus dominant que jamais, me dardant d'un regard bien senti, se délectant de mes traits défaits à chaque coup de hanches. Il me nique littéralement du regard tandis qu'il œuvre, lui-même surtendu dans ce rôle express.

Qui de nous cédera le premier, il se le demande, prêt à le jouer jusqu'au bout, aventureux et téméraire.

Ses doigts serrés autour de mes poignets sont aussi nécessaires que douloureux.

Brindille peut-être, suffisamment nerveux et atteint pour jouir d'une force redoutable !...

A l'intérieur de moi, ça fouille, cherchant à me faire chavirer avec toujours plus de régal affiché, fauve.

Sa volonté de me voir sombrer prend nettement le dessus. Brave Arthur abusé... enchaîné à un putain de radiateur, offert aux coups et aux humeurs, développant un rire névrotique alors que les poings s'abattent sans égard sur lui. Un coup, plus fort que les autres, lui a fait éclaté le crâne contre le mur pas plus tard qu'en début de semaine et depuis Arthur rit à s'en arracher les poumons. Le rire est si habité qu'il insupporte son bourreau qui frappe de plus belle en retour. Le cercle infernal.

"Ar... thur !..."

Je cède, tremblante contre ce mur, tandis qu'il amorce des mouvements plus vifs et moins amples, se régalant de mon orgasme et de sa place de premier. Puis il vient à son tour, généreux, sur un rauque extrêmement profond, satisfait sur toute la ligne.