Je suis moi-même surprise de la tournure que prennent les événements lol
Chapitre 178 : Offense mystique
Il en est un que je tiens à l'œil depuis un moment déjà. Mon attitude fait l'intérêt de Minos.
"Vas-tu lui faire subir les pires tourments, Léviathan ?" lueur particulièrement perverse dans le regard.
"Il le mérite amplement. Je n'attendrai guère qu'il se présente en ton Tribunal pour réclamer son âme."
"Oooooh... je te regarderai depuis mon pupitre, ma belle Léviathan. Va, maintenant. Enseigne-lui la profondeur du terme châtiment."
Il le mérite. Amplement.
Et je vais frapper en plein jour, que m'importe les regards.
Je le cueille à sa sortie du véhicule qu'il vient de garer sur la place.
Ma silhouette lui inspire une forte érection. J'en ricane.
J'ai presque envie que Minos se pointe ici et l'émascule d'une seule prise de fils !...
"Il suffit." d'une voix tranchante, lui adressant une salve d'énergie qui le propulse contre le grillage de séparation de propriétés.
Il en est ébahi. Lui, je le veux bien éveillé pour ce qui va suivre.
Depuis son pupitre, un Juge a le sourire, donnant sur des canines particulièrement acérées.
"Que ?..."
Eh oui, mon gars. Tu n'es pas au bout de tes surprises !... "Laisse-moi te gratifier du tourment le plus mérité, larve."
Je m'avance, en ligne droite, ce qui ne présage absolument rien de bon.
"Hopeless roaring !" envoyant son véhicule valdinguer dans les airs et retomber bien plus loin, dans un magnifique fracas de tôle broyée.
Les yeux lui sortent de la tête. Sa respiration est vive.
Sur un éclat de lumière, le surplis me revêt, me rendant plus féroce encore.
Les ailes se déploient, menaçantes à souhait.
Il manque d'en faire un malaise, toujours comprimé par ma seule volonté contre le grillage.
"Léviathan, tu me régales..." me parvient la voix de Minos.
"Il n'existe aucune voie de rédemption pour des êtres tels que toi. Aussi, je me propose de t'infliger châtiment avant de t'expédier dans l'autre monde, larve."
Ma voix est haute et tranchante, tout comme la sainte colère qui m'anime.
"Roughly sinking !..."
Inutile de le livrer à mon arcane ultime.
La terre s'ouvre sous ses pieds et il en hurle de frayeur.
"Goûte donc aux terreurs des Enfers, larve." inflexible.
Je le regarde s'effondrer, projeté tout en bas.
Minos va prendre le relais.
Notre tandem est redoutable pour les impies.
Léviathan retranche. Minos juge.
"Hmm... voyons... oooooh !... Ses péchés sont légion !..." se régale Minos, grand registre consignant les vies humaines ouvert sur des pages noircies d'écriture.
Minos quitte le tribunal, robe de Juge ouverte, façon cape, sur le surplis.
Je viens à sa rencontre.
"Beau travail, Léviathan."
"Merci, Minos." cheminant à ses côtés, direction Tolomea, ma nouvelle résidence.
"C'est le moins que l'on puisse attendre d'une Ambassadrice et d'un Juge." sourire dans la voix.
Il est superbe, robe de Juge aux motifs précieux pendant sur le côté, surplis rappelant sa forme primitive.
J'ai tant envie de lui qu'un petit rire me traverse, ventre bousculé.
Il me regarde en biais, sourire en coin.
"Cela peut-il attendre d'être arrivés ou dois-je m'occuper dès à présent de toi ?..." venant caresser ma joue d'un revers de doigts, réceptif à mon désir.
Nous franchissons le porche de Tolomea. Aussitôt les servantes accourent pour nous servir.
Le Juge a pour habitude de se prélasser dans un bon bain chaud après une journée de travail harassante.
Le bassin est grand et il prend sa source dans une nappe chaude réchauffée par des flammes incessantes.
Les servantes retirent chaque pièce de nos surplis dans un cérémonial proche d'un culte.
Les pièces sont si lourdes qu'elles doivent être plusieurs pour en soutenir une seule.
Nus, nous descendons dans le bassin.
Je viens me placer derechef à cheval sur le Juge.
Ce dernier en soupire de contentement.
Je le cherche de la main, le trouvant déjà bien érigé.
"Hmm... toi non plus tu ne pouvais plus attendre ?..." m'en emparant pour le caresser avec application.
Il pose la nuque contre le rebord, mains remontées sur mes hanches tandis que j'œuvre.
L'eau rend l'échange d'autant plus voluptueux.
Son sourire prend un pli concupiscent. "M'en blâmerais-tu ?..."
"Loin de là." le caressant à deux mains, dans une synchronisation parfaite.
Sa bouche dessine son contentement, allant du "o" au "a".
Ses belles cuisses commencent à spasmer, signe que tout monte très vite et qu'il n'a pas l'intention d'en ralentir la progression.
Je soulève le bassin pour venir l'insérer.
Nous en suffoquons tant les sensations lancent.
Une fois avalé jusqu'à la garde, je me mets à bouger, me tenant en arrière, mains placées sur ses chevilles, permettant à mon bassin des mouvements variés et agréables.
Nos voix montent en un concerto érotique.
Nos corps dessinent l'ombre de l'orgasme commun.
Nous avons toujours été en phase lui et moi.
Au moment de lâcher prise, nos voix sont au plus haut, répercutant l'écho contre les colonnes de marbre pur.
Plongés dans des tuniques seyantes, nous sommes allongés sur les coussins et lisons.
La bibliothèque du Juge est vaste. Il aime lire le latin. Il y possède également grand nombre d'ouvrages traitant de l'anatomie humaine ; histoire de peaufiner son art.
Je crois que Minos est le plus cultivé des Juges.
Je viens m'intéresser de près à sa lecture, notant qu'il y insère des notes en marge.
"Qu'inscris-tu ?..."
"Oh, des réflexions personnelles ainsi que des termes lus dans une version précédente ou une traduction différente."
Wow ! Quelle mémoire !... Je reconnais bien là un Juge d'Hadès habitué à retenir la foule des péchés.
"Tu sais, notre cible commune... un instant j'ai été tentée de t'appeler pour que tu lui arraches les parties." joignant le geste à la parole.
"Uh ? Que je le prive de ce qui était à l'origine de son péché ?..." intéressé.
"Hmm mmm. L'aurais-tu fait ?"
"Sans doute. Si tu me l'avais demandé." suspendant sa lecture.
"Tu penses qu'il l'aurait mérité ?"
"Ooooh oui. Amplement." souriant, se rappelant avoir lu des horreurs.
Cette nuit, il m'a pris de rêver de Jin. Jin... la quintessence du samurai. D'une rigueur propre au bushido(1) qu'il vénérait et appliquait, calme comme de l'eau, rendant son sabre létal en un seul mouvement calculé.
Mugen, le plus agité de nos compères de voyage, me demandait souvent ce que je pouvais trouver au "sinistre bigleux". J'en souriais. Car ici, tout le monde était à mille lieues d'imaginer à quel point Jin pouvait être chaud et entreprenant au lit !...
Même si le bushido imposait une juste tempérance des passions, qu'elles soient d'origine alimentaire ou sexuelle, Jin, lui, se lâchait au lit.
C'était là le secret que je n'ai jamais trahi.
Imaginatif, attentionné, sensuel, Jin avait tout ce qu'il fallait dans les tripes pour faire un bon amant.
Nous y avions là notre bulle.
La journée, il était un professeur sans concession, dur, sévère parce qu'il exigeait le meilleur de mon potentiel, impénétrable. Et la nuit... il devenait cet amant irraisonné, sublimant la passion en s'y adonnant sans compter.
Il n'était pourtant pas évident pour nous de trouver un endroit où nous isoler car souvent nous partagions le même espace que Mugen et Fuu.
Il ne laissait cependant rien entrevoir de sa frustration et la rangeait dans un coin dans son cerveau pour y donner libre-cours lorsque l'occasion se présentait.
Moi seule connaissait Jin de façon aussi intime et les remarques concernant sa prétendue frigidité, outrageusement brandies par Mugen, me faisaient sourire.
Au lit, lorsque je soumettais, Jin exécutait, y apportant ses petites touches personnelles. Et nous en tirions un immense plaisir qu'il nous fallait généralement taire - fichues cloisons fines comme du papier !...
Plusieurs fois, au moment de jouir, les larmes me coulaient tant la frustration de ne pouvoir l'exprimer à très haute voix était forte !...
Jin, lui, maîtrisait mieux, question d'habitude. Élevé dans un dojo, abandonné par ses parents aux bons soins de Mariya Enshiro, le maître des lieux, Jin s'était immédiatement fait à la vie en communauté, même s'il demeurait à l'écart et effrayait les autres enfants tant ses talents naturels au combat étaient développés.
"Ta force... n'est soumise ni n'obéit à aucune règle." lui avait signifié son maître.
Rebelle, devenu rônin au décès de son maître, Jin vivait de voyage, comptant sur l'hospitalité pour assurer sa subsistance.
Je me plongeais avec délice dans son passé lorsqu'il daignait se raconter. Nous avions établi une relation de confiance.
Son corps aussi me racontait ses combats, marqué ça et là. Des estafilades dues à des passages de lame.
Nous étions, à l'époque, fins comme des haricots, très peu nourris. Secs.
"Quel guerrier t'a donné le plus de fil à retordre au combat ?..." avais-je questionné un jour.
"L'olibrius d'à côté." désignant Mugen d'un coin de l'œil. "Trop de mouvements, imprévisible ; véritable gaspillage d'énergie. Du grand n'importe quoi." sur un sourire presque doux.
Les deux vivaient souvent les conflits comme l'occasion de régler leurs comptes. Souvent, très souvent, la faim les en empêchait en les paralysant. Ils s'effondraient alors, trop faibles pour batailler.
Fuu et moi riions aux larmes de les voir au sol. "La dignité guerrière vient de s'envoler !..."
"Silence, femmes !..." grognait Mugen.
Jin soupirait, contrarié d'offrir pareil spectacle.
Jin affectionnait les temples car il y trouvait un silence propice à la méditation - à condition que Mugen n'y foute pas le bordel !...
Ce dernier était effectivement toujours en mouvement alors que Jin était adepte du statique.
J'aimais beaucoup le voir prendre un soin jaloux de sa lame, l'essuyant avec le chiffon qu'il glissait à l'intérieur du pan central de son haori. Installé en tailleur, il bichonnait cette fidèle compagne, sans expression particulière sur le visage.
J'observais, silencieuse.
"Je note que nous partageons un attrait certain pour le silence." constatait-il avec une profonde satisfaction.
"J'aimerai que tu me récites un haïku(2), Jin."
Il était éduqué. Vraiment très éduqué.
Il réfléchit un instant, inspire et se lance :
"Tout autour de nous
Le monde n'est plus
Que fleurs de cerisiers." en rapport étroit avec l'éclosion du moment.
"Viens." l'invitant devant moi.
Il me fixe, perplexe.
"Ne t'inquiètes pas ; ce n'est plus un secret pour personne maintenant." tapotant la place sur le tatami devant moi.
Il s'approche, me tournant le dos tandis que je desserre le fin lien qui retient ses cheveux, récupérant mon peigne pour les coiffer avec douceur, longuement.
Il apprécie, paupières closes, attentif aux moindres sensations.
Il a les cheveux relativement fins, sombres.
Fuu arrive, nous découvrant, main sur la bouche, souriante.
"Silence." lui intime Jin.
"MUGEN ! VIENS !" appelant le compère dans le couloir.
Je ris. Jin soupire.
"SEIGNEUR MINOS ! SEIGNEUR MIN... WOOOOAAAAAHHHHH !" soulevé dans les airs par un couple de fils invisibles, suspendu là dans une position grotesque.
Les doigts qui contrôlent l'arme tremblent de rage. "Rune. Combien de fois t'ai-je déjà dit que ma cour est réservée au silence ?!"
"Mais... Seigneur Minos... quelque chose... d'incompréhensible..."
"Je t'écoute, Rune. Et il sera dans ton intérêt que l'explication soit valable pour avoir rompu le silence de la cour de mon Tribunal."
"Seigneur... plusieurs volumes des livres contenant les existences humaines contiennent des pages blanches !..."
"Comment ? Ceci est impossible, Rune." serrant un peu plus les fils, exerçant une torsion supplémentaire sur le corps déjà malmené de son subalterne.
"Je... peux vous les montrer... Seigneur Minos !..."
Minos soupire et relâche son Procureur qui regagne terre. "Montre-moi donc ce prodige, Rune."
"Par ici, Seigneur Minos." le conduisant jusqu'aux rayonnages impressionnants de l'imposante bibliothèque.
"Les volumes 10589 et 10590." présentant les ouvrages ouverts sur un pupitre.
Minos ne peut que constater. "Quel est ce prodige ?..." complètement ébahi.
"Minos. Tu as demandé une audience de toute urgence. J'espère que la cause en est valable."
"Oui, Seigneur." genou ployé devant le Souverain. "Par je-ne-sais quel prodige, les actes compulsés par nos soins dans les volumes relatant les existences humaines ont été effacés."
"C'est impossible, Minos." tonne la voix d'Hadès.
"Je n'y ai pas cru, moi non plus. Voilà pourquoi je vous ai apporté l'un des volumes. Voyez." ouvrant l'ouvrage sur des pages vierges.
"Qui peut agir de la sorte, à notre insu, Minos ?"
"Je l'ignore, mon Seigneur. Mais je compte bien découvrir qui se permet ainsi d'entraver la bonne marche de nos affaires."
"Soit. Va, Minos. Et ramène-moi la tête de cet impudent." avec un geste qui en dit long.
"Les... péchés s'effacent ?" bredouille Rhadamanthys.
"Par Hadès !..." s'insurge Aiacos.
"Je propose que nous enquêtions, avec l'aide de Léviathan et de ta garde personnelle, Rhada. Et que nous ramenions la tête de cet insolent à notre Seigneur." annonce Minos, déterminé.
Nous étudions tout d'abord la période sur laquelle traitaient ces volumes.
Une fois que nous avons déterminé avec précision le segment, il ne nous reste plus qu'à cibler les personnes les plus à même d'avoir agi ainsi.
"C'est tout bonnement de la magie." finis-je par conclure. "Et je connais quelqu'un d'extrêmement calé en la matière."
"Qui, Léviathan ?"
"Loki."
"Oh ! Bien, parfait !... Rendons-nous donc à Asgard afin de l'amener ici pieds et poings liés."
Je ris devant l'envie de revanche d'Aiacos. "Non, Cos. Laisse l'Ambassadrice l'en convaincre."
Aiacos peste, croisant les bras, boudeur.
Minos lui tapote l'épaule. "Léviathan a raison ; nous n'obtiendrons que peu de résultats par la force, Lillebror."
"Soit, Léviathan. Cependant, il n'y aura aucune contrepartie ni aucune compromission." précise Rhadamanthys, sévère.
"Faites-moi confiance."
"T'aider ?..." suivi d'un petit rire. "Votre dernier éclat me reste encore en travers de la gorge, je dois bien l'avouer." avoue Loki, jouant avec un grain de raisin entre ses doigts.
"Il s'agit d'une affaire urgente, à traiter sans délai. Si le contenu de tous les volumes venait à être effacé, nous ne pourrions plus juger les âmes. Les Tribunaux dégorgeront. Il se peut même que la file d'attente s'élève jusqu'en Asgard."
Nouveau petit rire. "Tu es amusante, Léviathan !..." n'y croyant pas un mot.
"Elle dit pourtant vrai, Loki." interfère Lune. "Cette affaire n'est pas à prendre à la légère."
"Bien. Que faut-il que je fasse, dans ce cas ? Que j'enfile une robe de Juge à mon tour ?" moqueur.
"Ce fait relève bel et bien d'une certaine magie."
"Je le pense aussi." affirme Lune. "J'ai même... une petite idée de la personne qui oserait pareille offense. Mais il nous faut des preuves tangibles. Qu'on fasse venir Snape !..." ordonne-t-elle aux gardes, d'un mouvement de bras autoritaire.
Rogue est froncé - plus froncé que d'ordinaire, je veux dire !... Le cas semble le préoccuper.
"Il se pourrait, en effet."
"As-tu une formule permettant de l'attester ?" questionne Loki.
"Je pourrai la préparer, oui."
"Rapidement car le temps presse." précise Lune.
"Bien. Je m'y atèle sans délai." disparaissant dans un envol de cape sombre.
Rogue n'a, contrairement à Lune, jamais mis les pieds aux Enfers.
Cependant, en bon Mangemort, passer par la case décès ne lui sera pas utile et il concoctera une potion lui permettant de conserver son corps pour le passage d'un monde à l'autre.
L'accueil qui lui est réservé par les Juges est glaciale. Je leur rappelle à tous qu'il est notre seule chance de retrouver le coupable, ce qui les déride un peu.
Lune les défie tous du regard, s'apesantant notamment sur Aiacos. Ce dernier serre le poing, mâchoire serrée.
"Eh bien, grand Juge du Garuda ? Attaque-moi donc puisque l'envie te démange." le provoque-t-elle.
Rogue suit l'échange avec intérêt.
"Pas de geste qui pourrait mettre le feu aux poudres, Cos." lui intime Minos.
"Eloigne-toi, Cos. Tout de suite." lui ordonne Wyvern.
Il renifle et tourne les talons, nous offrant la vue de la roue de plumes majestueuse de son surplis.
"Bien. Maintenant que le trouble-fête est parti, montrez-nous les volumes, qu'on en finisse. Le lieu me rappelle bien trop de souvenirs."
Souvenirs que Snape a bien entendu lus dans leur intégralité.
Nous voici devant les pages vierges du volume. Il y jette le contenu d'une petite fiole et se met à incanter, sous l'œil fasciné de Lune.
Aussitôt un serpent se dessine sur la page.
Nous tenons le coupable !...
(1) code d'honneur du samurai
(2) petit poème extrêmement bref visant à dire et célébrer l'évanescence des choses
