Bonjour à tous,
Ci-dessous le deuxième chapitre.
Bonne lecture,
Perhentian
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Chapitre 2
Novembre
Hermione avait passé une mauvaise journée. Ils étaient rentrés tard après le concert de Lord Voldemort, et elle n'avait pas très bien dormi, ses chansons tournant contre son grès dans sa tête. Elle avait même fini par noter sur un bout de papier quelques notes inspirées de ses musiques pour évacuer sa frustration.
Elle n'était donc pas particulièrement ravie de devoir monter sur scène dans quelques minutes, sans être au meilleur de sa forme. Le violon allait la détendre, elle le savait, mais pour le moment elle tournait en rond comme un lion en cage. Elle ressortit finalement le bout de papier sur lequel elle avait noté quelques notes ce matin, en modifiant certaines, et rallongeant la mélodie.
– Hermione, il va bientôt falloir entrer en scène, entendit-elle.
– Oui, oui, bien sûr, j'arrive tout de suite ! répondit-elle.
Elle se leva avec précipitation, rajusta un pli sur sa robe, et rejoignit les autres musiciens sans noter les derniers ajustements qu'elle avait en tête.
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Lord Voldemort s'enfonça dans son siège, son regard fixé sur le premier violon. Elle semblait bien moins hirsute avec ses cheveux soigneusement ordonnés dans un chignon strict, et sa longue robe noire, et il la détailla du regard jusqu'à ce que sa partie ne commence. C'était un morceau difficile, technique, qu'il était dur de rendre aussi harmonieux et léger qu'il devait paraitre. Et vu l'air coincé de la demoiselle, il doutait qu'elle y parvienne.
Il fut surpris. Au moment même où elle commença à jouer, le visage de Hermione Granger se détendit, et elle sembla s'envoler en même temps que la musique qui sortait de son violon. C'était doux et aérien, pas tout à fait comme le morceau aurait dû se jouer, mais avec une saveur étrangement saisissante.
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Hermione laissa retomber son archet alors qu'un tonnerre d'applaudissements résonnait dans la salle, et que le chef d'orchestre lui faisait un discret clin d'œil. Elle se tourna alors vers le public, redoutant comme toujours ce moment qui la mettait mal à l'aise. Malgré tout, elle se plia aux convenances, mit son violon et son archet dans une main, et s'inclina lorsque le chef d'orchestre lui fit signe.
Ce n'est qu'en se relevant de sa révérence qu'elle remarqua l'homme au premier rang qui n'applaudissait pas, même s'il s'était levé avec le reste du public. Et pire que tout, cet homme la fixait résolument, comme si son manque d'applaudissements lui était justement destiné. Immédiatement lui revinrent en tête tous les passages qu'elle avait légèrement ratés lors de sa prestation.
Hermione dut faire un effort pour que son sourire ne flanche pas et regarda résolument autre part. Mais elle ne put s'empêcher d'observer du coin de l'œil l'homme, ses entrailles se liquéfiant sous sa critique plus que visible. À chaque coup d'œil, elle le détailla, notant d'abord le costume impeccable, puis les cheveux noirs, et enfin le visage aristocratique.
Une expression de surprise s'afficha sur son visage lorsqu'elle reconnut Lord Voldemort, qu'elle s'empressa de faire disparaitre en faisant une nouvelle révérence. Elle pensa pour elle-même que c'était une drôle de surprise qu'elle soit allée à son concert la veille, et qu'il soit aujourd'hui au sien. Et qu'ils aient aussi peu apprécié l'un que l'autre la prestation de l'autre.
Cette pensée la fit presque rire, et l'attitude de Lord Voldemort, quoiqu'impolie, ne la toucha plus autant. Elle se permit de lui faire un grand sourire, même s'il n'avait surement aucune idée de pourquoi elle lui souriait.
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– C'était juste parfait Hermione, la félicita le chef d'orchestre. Très belle performance ce soir.
– Oh merci beaucoup Viktor, répondit-elle en rougissant légèrement.
Ils échangèrent encore quelques mots avant que Hermione ne retourne dans sa loge, malgré tout durement touchée par la critique affichée de Lord Voldemort. Elle eut à peine le temps de poser son violon et de défaire son chignon que des coups légers retentirent sur la porte.
– Oui ?
La tête de l'une des ouvreuses passa par la porte et Hermione lui sourit gentiment.
– Je t'amène ton visiteur Hermione, fit l'ouvreuse, les yeux étrangement écarquillés. Par ici s'il vous plaît Lord Voldemort.
Avant même que Hermione ne puisse répondre quoi que ce soit, la porte s'ouvrit en grand et Lord Voldemort pénétra d'un pas assuré dans sa loge, comme si c'était en fait la sienne. Elle entendit l'ouvreuse glousser alors qu'elle refermait la porte et Hermione fronça les sourcils. Lord Voldemort semblait remplir tout l'espace de par sa prestance impeccable, à moins que ce soit à cause de son parfum raffiné qui avait envahi sa loge en même temps que lui.
– Est-ce que je peux vous aider? demanda-t-elle d'un ton incertain.
Elle ne savait pas comment il s'était débrouillé pour se faire guider jusqu'à sa loge, les visites étant normalement strictement contrôlées, et elle n'appréciait que moyennement un comportement aussi cavalier. Surtout après sa critique évidente lors des applaudissements.
– Bonsoir mademoiselle Granger, répondit l'homme d'une voix égale. Après réflexion, les cheveux relâchés vous vont mieux, cela vous donne l'air moins coincée.
Hermione se figea de stupeur. Cet homme se permettait donc de s'introduire sans sa permission dans sa loge, d'ignorer ses questions et de critiquer ses cheveux.
Comme si elle n'était pas là, il fit le tour de sa loge, avant de s'arrêter devant son bureau et de regarder avec attention ce qu'il y avait dessus. Lorsqu'elle se rendit compte qu'il était en train de regarder les notes qu'elle avait griffonnées sur un bout de papier, elle se précipita vers le bureau et les récupéra d'un geste vif.
– Je n'avais pas fini, fit Lord Voldemort d'un ton polaire.
Hermione lui lança un regard indigné. Non mais pour qui il se prenait cet abruti ?
– Il ne me semble pas vous avoir autorisé à fouiller dans mes affaires, répondit-elle avec acidité.
C'était ses notes, personne n'avait le droit de les lire.
– Ainsi vous n'êtes pas simplement violoniste mais vous composez aussi… fit Lord Voldemort avec dédain.
– Cela ne vous concerne pas, répliqua Hermione sur le même ton.
Le visage de Lord Voldemort était inexpressif, et seul l'un de ses sourcils reflétait le mépris qu'il semblait porter à sa remarque, voir à sa personne. Sa mauvaise journée semblait visiblement se poursuivre, et Hermione sentit son exaspération monter en flèche.
– Ecoutez monsieur, je suis légèrement fatiguée et je ne pensais pas avoir de visite. Je vous demande de bien vouloir sortir de ma loge, fit-elle le plus poliment qu'elle put.
Une expression de surprise passa un instant sur le visage de son vis-à-vis, avant qu'un infime sourire en coin n'apparaisse sur ses lèvres.
– J'aimerais vraiment finir de lire vos notes mademoiselle Granger, fit-il en tendant la main avec l'assurance de quelqu'un habitué à voir tous ses ordres exécutés sans attendre.
Il s'avança légèrement vers elle, et si elle n'avait pas été aussi à cran, justement à cause du manque de sommeil suite à son concert, elle se serait surement sentie intimidée.
– Je ne vois pas ce que vous y comprendriez, répondit-t-elle cependant sans bouger.
De nouveau un haussement de sourcil hautain accueillit sa remarque, avant que le regard de Lord Voldemort ne se pose sur son violon et qu'il ne s'en empare d'une main.
– Reposez ça immédiatement ! s'exclama Hermione en s'avançant résolument vers lui.
Son violon coutait une fortune et elle ne voulait pas qu'un simple DJ ne le lui abime. Mais il ne l'écouta absolument pas, cala le violon sous son menton et leva l'archet. Puis, avec un regard moqueur pour elle, il se mit à jouer le bout de mélodie qu'elle avait couché sur le papier. Il s'arrêta en plein milieu, n'ayant pu finir de lire ses notes, et enchaina sur une partie du morceau qu'elle venait juste de jouer devant le public, l'exécutant à la perfection, quoique avec une certaine raideur.
Alors que Hermione peinait à reprendre ses esprits devant une démonstration d'une telle virtuosité, il reposa précautionneusement son violon sur son support.
– Je ne savais pas que vous jouiez du violon, souffla-t-elle, abasourdie.
Le silence plana un moment entre eux alors qu'ils s'observaient.
– Ce que vous avez écrit, ce n'est pas si mal pour une débutante, fit finalement Lord Voldemort avec mépris.
C'était dit de telle façon qu'il n'y avait aucun doute sur le fait qu'il s'agissait plus d'une insulte que d'un compliment, et Hermione fit une grimace désabusée.
– Je sais que ce n'est pas très bon, admit-elle avec lassitude. Mais ça me tournait dans la tête depuis hier soir et il fallait que je l'écrive.
– Depuis hier soir ? releva Lord Voldemort d'un ton tranchant.
Hermione rougit légèrement, embarrassée.
– J'étais à votre concert hier soir. L'idée m'en est venue là-bas, avoua-t-elle finalement.
– Moi qui pensais que vous aviez passé l'intégralité de mon concert à vous ennuyer.
Hermione le regarda avec stupeur, surprise qu'il puisse se souvenir de l'avoir vue. Puis elle se sentit mortifiée par l'idée qu'il l'ait remarquée à cause de son manque d'enthousiasme. Avant de se souvenir que c'était exactement pour cela qu'elle l'avait remarqué lui dans son public, quoique bien moins important.
– Je ne me suis pas ennuyée, protesta-t-elle. Ce n'est juste pas vraiment mon style.
Un éclat de dédain passa dans les yeux de Lord Voldemort avant qu'il ne reprenne la parole.
– Evidement que ce n'est pas votre style. Vous ne jouez pas mercredi soir prochain n'est-ce pas ?
– Heu, non effectivement, répondit-elle, décontenancée par la question.
Il lui tendit une carte qu'elle prit machinalement.
– Passez me voir à dix-huit heures et je vous montrerai ce que c'est que d'avoir véritablement du talent. Et amenez la fin de votre mélodie.
Là-dessus il sortit de la pièce et Hermione resta bêtement immobile, à la fois blessée dans son orgueil et outrée par son manque de respect.
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Hermione hésitait depuis l'autre côté de la rue. Ses doigts trituraient nerveusement la carte que Lord Voldemort lui avait donnée il y avait quatre jours de cela, et elle vérifia une fois de plus l'adresse. Elle avait en face d'elle un véritable manoir, en plein cœur de Londres. Qu'il vive ou qu'il travaille dans cet endroit, Lord Voldemort devait être richissime. Mais elle supposait qu'être le premier DJ mondial ne devait pas vraiment le laisser sur la paille…
Elle était tiraillée entre l'envie de partir, et l'envie d'y aller. De partir parce que plus elle se repassait la scène de samedi soir dernier dans la tête, plus elle se disait que l'homme avait été désagréable et méprisant au possible – elle était même presque certaine qu'il ne faisait tout cela que pour l'humilier –. Et d'y aller parce qu'elle était curieuse de savoir ce qu'il pourrait bien lui montrer.
Finalement, elle décida qu'elle ne voulait pas avoir fait tout ce chemin pour rien, et elle traversa résolument la rue, avant de s'avancer vers le bâtiment. Elle sonna au portail, et une voix lui répondit rapidement.
– Bonjour, je suis Hermione Granger, j'ai rendez-vous avec Lord Voldemort, annonça-t-elle.
Il y eut un silence à l'autre bout, puis elle entendit le portillon s'ouvrir.
– Allez-y mademoiselle.
– Merci, fit-elle.
Elle rentra, essayant d'afficher plus d'assurance qu'elle n'en ressentait vraiment, et se dirigea vers l'entrée, quelques dizaines de mètres plus loin. Celle-ci semblait gardée par deux majordomes qui ressemblaient plus à des gardes du corps.
– Bonjour, je suis Hermione Granger, j'ai rendez-vous avec Lord Voldemort, annonça-t-elle de nouveau lorsqu'elle fut devant eux.
Ils échangèrent un regard, puis l'un d'entre eux hocha la tête.
– Il vous attend, je vais vous conduire à lui mademoiselle.
– Merci beaucoup, répondit-elle.
Il la fit rentrer et la débarrassa avec courtoisie de son manteau. Puis il la fit monter à l'étage et la guida parmi les couloirs, avant de frapper doucement contre le battant d'une porte.
– Entrez, retentit la voix froide de Lord Voldemort.
L'homme poussa le battant de la porte et passa la tête à l'intérieur.
– Mademoiselle Granger est là pour vous Lord Voldemort, l'informa-t-il avec politesse.
– Fais la rentrer Goyle.
L'ordre était sec et Hermione fronça les sourcils. Cet homme était-il donc vraiment détestable avec tout le monde ? Le majordome se décala pour la laisser passer, et Hermione pénétra dans une immense pièce, avec une table de mixage mais surtout des dizaines d'autres instruments de musique dans tous les coins. Il y avait même un magnifique piano Steinway & Sons à côté de l'une des immenses fenêtres.
– Bonjour, salua-t-elle en apercevant Lord Voldemort.
Elle trouvait bizarre de l'appeler Lord Voldemort, tout comme de l'appeler monsieur alors qu'il semblait n'avoir que quelques années de plus qu'elle, et sa salutation sonna un peu sèchement, faisant froncer les sourcils à son vis-à-vis. Elle remarqua ensuite qu'il n'était pas seul, une magnifique jeune femme aux longs cheveux bruns bouclés était debout pas très loin de lui et le regardait avec adoration.
Hermione la reconnu en un clin d'œil. Bellatrix Black. Une chanteuse très célèbre qui avait fait quelques morceaux avec Lord Voldemort. Celle-ci se tourna vers elle, suivant le regard de Lord Voldemort, et la détailla avec une moue dédaigneuse.
– Bella, nous continuerons demain veux-tu ? fit Lord Voldemort.
Le ton était sans appel et il était clair que ce n'était en aucune façon une question.
– Bien sur my Lord, répondit Bellatrix Black.
Puis elle s'inclina légèrement, avant de passer devant Hermione en lui jetant un dernier regard noir.
– Vous demandez vraiment aux gens de s'incliner devant vous ? s'indigna Hermione lorsque Bellatrix Black fut sortie et la porte refermée derrière elle.
– Ce sont eux qui le souhaitent la plupart du temps. Ils se sentent honorés, répondit Lord Voldemort avec un mépris évident.
Elle ne trouva pas quoi répondre à tant de suffisance.
– Alors, vous voulez entendre ce que j'ai fait de votre… musique ? demanda-t-il.
Hermione hocha simplement la tête, se sentant de plus en plus nerveuse. Elle savait qu'il ne faisait cela que pour l'humilier, que pour lui montrer à quel point son talent était supérieur au sien. Mais elle n'allait pas repartir maintenant.
Lord Voldemort se tourna vers son ordinateur, et pianota dessus quelques instants avant de trouver ce qu'il cherchait. Et Hermione écouta. C'était bien sa mélodie, elle la reconnu aux premières notes. Pas exactement le tour qu'elle voulait donner à sa musique mais le thème était mis en valeur, rehaussé, sublimé par tout ce qu'il y avait autour, alors que c'était loin d'être de la musique classique.
La musique s'arrêta rapidement, et comme elle l'avait prévu Hermione se sentit humiliée et frustrée. Elle, elle n'avait jamais réussi à faire quoi que ce soit de potable, et lui, en quelques jours, en avait fait un morceau qui pourrait faire des centaines de millions de vues sur YouTube s'il l'y mettait.
– Voilà ce que c'est que d'avoir réellement du talent mademoiselle Granger, fit Lord Voldemort d'un air supérieur.
Mais pourquoi avait-elle envie de pleurer ? Elle s'en doutait qu'il n'avait fait cela que pour la rabaisser. Et elle le savait qu'il y avait toujours meilleur que soi. Mais cela faisait juste mal de se le faire rappeler aussi violement. Lord Voldemort lui fit un sourire presque cruel qui laissait penser qu'il se délectait de son malaise.
– Je pense avoir deviné les prochaines mesures, fit-il ensuite.
Il lui tendit un bout de papier et elle l'attrapa presque machinalement. Cela n'avait rien à voir avec ses propres ratures couchées sur un papier froissé. C'était clair, net, élégant. Comme lui.
– C'est ça n'est-ce pas ? demanda Lord Voldemort.
Hermione secoua la tête et sortit son brouillon de son sac.
– Non, fit-elle sèchement.
Elle posa sa feuille sur la surface la plus proche d'elle et sortit sans un mot de plus, sentant presque le regard narquois de Lord Voldemort lui bruler le dos. Elle réussit à retenir ses larmes jusqu'à son retour chez elle, et passa le reste de sa soirée recroquevillée dans son lit, se sentant durablement humiliée.
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Lord Voldemort regarda Hermione Granger sortir avec un sourire suffisant. Il avait mille fois le talent de petites prétentieuses comme elle. Même si elle savait jouer raisonnablement bien du violon. Même si sa musique n'était pas totalement inintéressante – jamais il n'aurait pris le temps de composer quelque chose autour sinon, même si admettre cela lui coutait –. Mais elle restait tout de même bien trop loin de son génie.
Il s'approcha avec nonchalance du pupitre sur lequel elle avait posé son bout de papier et le saisit avec satisfaction. Malgré sa dénégation, il était presque certain d'avoir trouvé ce qu'elle avait pensé. Tout le monde était toujours trop prévisible, et cela n'avait rien de complexe de déchiffrer l'esprit des autres.
Il le déplia d'un coup, et se pencha sur les pattes de mouches de la jeune fille. Sa satisfaction s'arrêta net. Ce n'était pas du tout ce qu'il avait imaginé. C'était un ajout complétement inattendu et qui en même temps semblait avoir parfaitement sa place. Plus perturbant encore, c'était un ajout qui donnait une tournure tout à fait différente à la partie précédente.
Lord Voldemort se tourna vivement vers son ordinateur, sa contrariété clairement inscrite sur son visage. Un instant, il voulut simplement envoyer Hermione Granger et sa mélodie au diable, mais ne put finalement résister au challenge d'adapter cette nouvelle partie.
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Hermione rangea précautionneusement son violon. La répétition du matin venait de se terminer, et elle avait trois heures de libres avant une nouvelle répétition pour un autre morceau cette après-midi. Ces dix derniers jours, elle n'avait pas vraiment été dans son assiette, même si elle lutait férocement pour sortir de son esprit sa dernière rencontre avec Lord Voldemort, et retrouver sa maigre estime de soi qu'il avait piétinée sans un regard en arrière.
Elle enleva le mode avion de son téléphone portable et regarda plus par reflexe qu'autre chose si elle avait des nouveaux messages. Elle fut surprise d'en trouver un d'un numéro inconnu.
« Ecoute, et dis-moi ce que tu en penses. Lord Voldemort. »
Elle ne s'étonna pas vraiment qu'il ait pu trouver son numéro de téléphone, même si cette idée la rendait mal à l'aise. Elle hésita un instant à ne pas suivre ses ordres, mais une fois de plus sa curiosité l'emporta.
Il y avait un lien en dessous du message et Hermione mit ses écouteurs avant de cliquer dessus. Une musique se téléchargea sur son téléphone, et elle la fit jouer immédiatement. C'était de nouveau sa mélodie, mais plus proche de ce à quoi elle avait pensé au début. Plus saisissante. Elle en avait presque les larmes aux yeux de frustration lorsqu'elle composa une réponse.
« C'est bien. Très bien.»
Elle avait trop de droiture pour en vouloir à quelqu'un d'être meilleur qu'elle au point de mentir. Même si elle aurait mesquinement préféré qu'il autant de talent musical qu'un cloporte.
« Dis-moi ce qui manque. »
« Rien, c'est comme toujours parfait Mr. le génie. » répondit-t-elle ironiquement, agacée par le ton autoritaire du message.
« Il y a quelque chose dans ta musique que tu n'as pas noté. Dis-moi ce que c'est. »
Elle fut surprise qu'il ait pu se rendre compte de cela. Voir qu'elle n'avait pas eu le temps de faire les derniers ajustements. Sentir ce manque de la musique. Ses doigts tremblèrent lorsqu'elle répondit.
« Seulement si tu demandes gentiment. »
Elle n'était pas à son service après tout. Et s'il la tutoyait elle en ferait de même.
« J'évite de détruire ta carrière si tu me le dis. »
Autant pour la gentillesse pensa-t-elle. Elle se demanda un instant à quel point cet homme pouvait vraiment détruire sa carrière, avant de conclure avec un frisson glacé qu'il en était surement tout à fait capable.
« Je ne peux pas expliquer ça par message. »
Il n'y eut pas de réponses pendant quelques instants, et elle rangeait son téléphone au moment où celui-ci vibra de nouveau.
« Je viens de te commander un taxi. Il arrive dans cinq minutes au Barbican Hall. »
Hermione fixa le téléphone avec incrédulité, avant d'attraper toutes ses affaires et de sortir en vitesse. Ce n'est qu'une fois dans le taxi qu'elle se souvint qu'elle devait manger avec Harry dans une demi-heure, et elle envoya en vitesse un message pour décommander.
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Lorsque Hermione revint pour la répétition de l'après-midi elle avait des dizaines de musiques en tête, et ce n'était pas du classique. Elle avait vu Lord Voldemort composer et c'était l'une des expériences les plus fascinantes qu'elle n'ait jamais vécu. Comme s'il avait la capacité d'immédiatement transformer une pensée en une musique. Il avait été aussi désagréable que précédemment, mais s'était au moins retenu de l'humilier et Hermione avait vraiment pu mesurer son génie.
Ils avaient travaillé jusqu'à ce que Hermione annonce qu'elle devait retourner à sa répétition, et il lui avait presque ordonnée de revenir le mercredi suivant, leur prochain moment de libre commun. Ils étaient sortis de sa maison en même temps, lui prenant un avion pour Paris où il allait donner un concert ce week-end, et Hermione filant à sa répétition. Il l'avait à peine saluée mais Hermione n'y avait pas prêté attention, trop subjuguée encore par ce qu'il était capable de faire, et s'en voulant en même temps pour cela.
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– Non, non, surement pas, s'exclama Lord Voldemort.
– Mais si justement, répondit Hermione en le poussant légèrement pour prendre sa place.
Il lui lança un regard noir qu'elle ignora. Elle modifia la note, changea légèrement plusieurs paramètres et relança la lecture. Puis elle hocha la tête avec satisfaction en entendant le résultat.
– Mieux non ? demanda-t-elle.
– Peut-être, admit Lord Voldemort du bout des lèvres.
Hermione était presque sure que s'il avait pu la tuer en toute impunité il l'aurait fait.
– Je crois que c'est tout ce que je voulais changer, affirma-t-elle.
– Laissons reposer un moment dans ce cas.
Hermione acquiesça et se redressa lentement. C'était beau ce que Lord Voldemort avait fait. Juste beau. Elle hésita un instant à lui demander ce qui allait se passer ensuite mais renonça. Elle ne voulait pas qu'il se moque d'elle en lui rétorquant qu'il avait de toute façon absolument tout fait, alors qu'elle avait à peine jeté quelques notes disparates sur un bout de papier. Elle n'avait pas besoin d'une humiliation supplémentaire.
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Décembre
Hermione n'eut pas de nouvelles de Lord Voldemort pendant deux semaines, et n'en demanda pas. La première fois qu'elle l'avait rencontré, elle avait déterminé en quelques minutes à peine quel type de personne il était. Un complet solitaire pour qui personne ne trouvait grâce à ses yeux. Un fascinant génie peut-être, mais un avec un ego bien trop important.
Elle avait été tentée bien sûr de lui écrire un message pour lui demander des nouvelles de cette musique, avait été tentée d'essayer de trouver une excuse pour le revoir de nouveau. Mais elle n'était pas Bellatrix Black. Elle ne s'inclinerait pas devant lui juste pour avoir une miette de son attention. Elle avait vécu vingt années parfaitement bien sans Lord Voldemort, et elle vivrait le reste de sa vie sans lui tout aussi bien.
Malgré sa résolution de ne plus penser à lui, elle ne pouvait s'empêcher de constater que les bouts de partitions qu'elle notait dès qu'elle avait une idée avaient changé. Elle n'imaginait plus ces morceaux comme des mélodies classiques, mais comme quelques notes qui devaient être intégrées dans un tout. Dans un tout composé par Lord Voldemort.
Elle avait même téléchargé un logiciel pour composer de la musique, et avait tenté deux trois fois de faire quelque chose. Mais quoi qu'elle imagine, elle ne parvenait pas à le traduire correctement, et cela finit par la frustrer plus qu'autre chose. Maintenant elle ne pouvait plus nier le talent de Lord Voldemort. Et elle regrettait d'y avoir gouté, sachant qu'elle ne pourrait que difficilement l'oublier.
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Lord Voldemort se laissa tomber dans l'un des fauteuils de sa salle de musique, savourant le calme retrouvé de sa demeure. Mais malgré le silence tout autour de lui, il était agité. Ces dernières semaines entre ses concerts il avait finalisé la chanson se basant sur les notes de Hermione Granger. Mais il lui manquait encore quelques petites choses qu'il n'arrivait pas à saisir.
Il n'aimait pas cela. Il avait toujours su trouver ce qui faisait exactement la force des autres personnes dans le milieu, que ce soit des DJ, des chanteurs, des compositeurs, ou même des violonistes coincées. Il était né avec l'oreille absolue et un talent tout aussi exceptionnel. Et pourtant il n'arrivait pas à comprendre ce qui animait la musique de Hermione Granger simplement à partir de ses notes.
Il était aussi étrangement étonné de ne plus avoir eu aucune nouvelle d'elle. Toutes les personnes qu'il avait rencontrées s'étaient toujours accrochées autant que possible à lui, se sentant au paradis lorsqu'il leur accordait une seule seconde de son attention. Mais Hermione Granger, malgré le fait d'avoir son numéro, et de savoir qu'il travaillait peut-être sur sa musique, ne l'avait pas contacté une seule fois.
Il soupira et regarda d'un œil critique son ordinateur. Il allait tenter une fois de plus de donner forme à cette musique. Et s'il n'y arrivait pas, peut-être consentirait-il à reconnaitre que, pour la première fois, il avait rencontré quelqu'un dont le talent n'était pas totalement inexistant.
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Lord Voldemort l'avait finalement recontactée, pour l'inviter une fois de plus à travailler sur cette musique avec lui. Hermione avait hésité en voyant le message lui ordonnant presque de se rendre chez lui. Elle savait qu'elle se sentirait surement mal si elle passait encore quelques heures à voir son génie à l'œuvre, qui ferait encore plus ressortir son propre manque de talent.
Mais c'était une proposition trop tentante, et elle avait accepté. Elle avait de nouveau passé la soirée chez lui, et ils avaient ajusté les dernières notes, travaillant finalement plutôt harmonieusement ensemble. Lorsqu'elle écouta la version finale, un sourire satisfait fleurit sur les lèvres de Hermione.
– Qu'en penses-tu ? demanda Lord Voldemort.
Sa voix était sèche, mais moins froide que d'habitude.
– Je crois que c'est juste parfait, répondit-elle sincèrement.
Il acquiesça, semblant du même avis qu'elle.
– Viens, je te raccompagne.
Ils se dirigèrent silencieusement jusqu'à l'entrée. Elle pensait qu'il refermerait simplement la porte derrière elle, mais il traversa la cour avec elle, ne s'arrêtant que lorsqu'ils furent au niveau du portail. L'heure des adieux était visiblement venue, pensa avec dérision Hermione.
–Lucius te contactera pour la gestion de tes droits.
Hermione haussa les épaules. Ses droits lui importaient étrangement peu. Elle avait appris tellement de choses en côtoyant Lord Voldemort à peine quelques heures qu'elle ne voyait pas vraiment l'intérêt de se battre pour une quelconque rétribution.
– Je vais la nommer « Death Eater », continua Lord Voldemort.
Elle fronça les sourcils. Cela ne collait pas du tout. Il n'avait rien compris s'il pensait que cette mélodie parlait de la mort. Au contraire, elle parlait de la vie, de l'espoir, de la renaissance.
– Non, fit-elle. Nomme la « Phoenix ».
Il sembla agacé, avant de hocher brusquement la tête. Ils restèrent un instant face à face, sans bouger, le froid glacial du mois de décembre les enveloppant. Puis Lord Voldemort se détourna et Hermione sentit son cœur se serer. Cette parenthèse dans sa vie bien réglée, à la fois frustrante et fascinante, venait de se terminer, et elle n'en avait aucune envie.
Déjà à quelques pas d'elle, Lord Voldemort s'arrêta soudainement et se tourna légèrement vers elle. Elle se surprit à penser qu'il était absolument splendide de profil, une légère brise dégageant son visage et le froid rosissant légèrement ses joues.
– Tu en as d'autre ? demanda-t-il.
– Pardon ?
– Des morceaux que tu as écrits. Tu en as d'autres ?
– Quelques-uns.
– Si tu souhaites partager avec moi tes autres musiques, tu sais où me joindre, fit-il.
Puis il se détourna de nouveau. Hermione le regarda partir, une étrange chaleur se répandant dans son corps. Elle se sentait soudainement heureuse, sans savoir si c'était parce qu'elle pourrait de nouveau collaborer avec lui, ou simplement parce qu'elle allait le revoir.
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AN : Merci d'avoir lu.
