don't give up (even when i'm gone)

Chapitre 15

oOo

« Sansa ? »

Je me demande ce que fait Yara en ce moment.

« Sansa ? »

Est-ce qu'elle envisage de venir bientôt à Winterfell ? Je devrais lui envoyer une lettre pour le lui demander.

« Sansa ! »

Sansa sursaute et reprend contact avec la réalité. Son regard croise celui, agacé autant qu'amusé, d'Arya.

« J'ai toute ton attention, maintenant ? » raille sa petite sœur.

« Bien sûr. Excuse-moi. Je pensais, c'est tout. »

« Je me demande bien à qui... »

Sansa fronce les sourcils, fait mine de ne pas comprendre l'allusion d'Arya. Est-elle donc si transparente ? Cependant, elle ne peut se voiler la face : depuis son retour des Îles de Fer, pas un jour n'a passé sans qu'elle ne pense à Yara Greyjoy.

« J'ai reçu une lettre de Jon, » lui apprend Arya en la lui montrant.

Comme à chaque fois que Jon est mentionné, Sansa sent un frisson lui parcourir le corps.

(Quelque chose de grave s'est-il produit ? Les prévient-il de l'arrivée prochaine de Daenerys à Winterfell ? Aura t-elle le temps de cacher Renly, de s'organiser ?)

Elle saisit la lettre d'une main tremblante.

Sansa, Arya,

J'espère que vous, Bran et tous les autres allez bien.

La reconstruction de la capitale se poursuit, lentement mais sûrement. La grossesse de Daenerys se passe bien. Cependant, nous nous sommes rendus dans les Terres de l'Orage et l'accueil a été plutôt... glacial. Daenerys en a été très déçue. Je ne pense pas que nous quitterons la capitale de sitôt.

Vous me manquez.

Jon.

« Une visite dans les Terres de l'Orage ? » dit Sansa.

Elle se demande ce qui s'est passé exactement. Daenerys s'est-elle montrée sur le dos de son dragon, terrorisant tous ces pauvres innocents ?

« Je vais envoyer une lettre à Gendry, » répond Arya.

Cette fois, c'est au tour de Sansa de la dévisager d'un air amusé. Arya roule des yeux.

« Je t'en prie, Sansa ! Nous sommes amis, c'est tout. »

« Oui... je suis certaine qu'il voit les choses de cette façon. »

Arya se mord la lèvre.

« Tout comme je suis certaine que Yara Greyjoy n'est que ta meilleure amie. »

« Je ne vois pas de quoi tu parles, » répond Sansa d'un air détaché.

(En réalité, elle ne voit que trop bien de quoi parle Arya, et ça la terrifie.)

.

Sansa frappe à la porte de la chambre de Brienne avec un éternel sentiment de culpabilité.

« Entrez. »

Renly est assis sur ses genoux au moment où Sansa pénètre dans la pièce. Comme toujours, son cœur se serre quand elle pose les yeux sur ses cheveux dorés, tout comme il se serrera lorsqu'il lèvera vers elle ses yeux verts.

(Des yeux maudits.)

« Comment allez-vous ? » demande Sansa.

Elle se souvient des mots qu'à prononcés Brienne lorsqu'elle est rentrée des Îles de Fer.

Je m'excuse d'avoir été si distante avec vous, ma dame. Je sais... je sais que vous ne cherchez qu'à nous protéger.

Sansa en a presque pleuré. Brienne a bon cœur, elle voit facilement le bien chez les autres, elle ne voit pas les ombres qui hantent son esprit – elle ne voit pas Cersei.

« Je vais bien, je vous remercie, » sourit-elle en caressant les cheveux d'or de Renly.

Sansa vient s'assoir à ses côtés.

« Voulez-vous le tenir ? »

Renly babille joyeusement, il attrape une de ses mèches rousses et tire dessus. Sansa sent une drôle de chaleur se répandre en elle.

« Êtes-vous sûre ? »

« Oui. C'est votre pupille, après tout. »

Sansa ne sait toujours pas comment se comporter avec Renly. C'est vrai, il s'agit de son pupille, mais ce mot a toujours la saveur amère du mensonge, de l'injustice. Cet enfant a une mère, et cette mère, ce n'est pas elle.

Souvent, quand elle le regarde, elle se surprend à imaginer ce que ça ferait de devenir mère à son tour.

Peu importe. Je dois arrêter d'imaginer des choses fantaisistes, un mari imaginaire. Seul Renly doit compter pour le moment.

Avec beaucoup de douceur, elle prend Renly dans ses bras et lui sourit sous le regard un peu triste de Brienne.

Daenerys ne sera pas reine pour toujours. Un jour, la vérité sera rétablie. Un jour, tu sauras qui est ta mère, je t'en fais la promesse.

.

« Encore une autre promesse, petite colombe. Es-tu sûre que tu parviendras à tenir celle-ci ? »

« Toutes les dynasties finissent par s'effondrer. Vous en êtes bien la preuve, non ? »

Cersei hausse les épaules et soupire.

« J'imagine. »

Sansa se tourne vers elle, se demande pourquoi elle l'a appelée, cette fois. Quels doutes dont elle n'a pas conscience se terrent dans son esprit ? Cersei, comme à son habitude, se montre directe.

« Qu'en est-il de toi, petite colombe ? Ne rêves-tu jamais d'une dynastie de loups ? »

« Certainement pas. »

« Ne souhaites-tu donc pas avoir un héritier à qui transmettre le Nord ? Un petit louveteau ? »

Cette fois, Sansa s'abstient de répondre, se mord la lèvre et puis secoue la tête.

« Arya est mon héritière. Je n'en ai pas besoin d'autre pour l'instant. Je n'ai pas besoin d'un mari, je me débrouille très bien toute seule. »

Cersei s'esclaffe.

« Je te comprends... pourquoi aurais-tu besoin d'un mari alors que tu as Yara Greyjoy ? »

Elle disparaît avant que Sansa n'ait eu le temps de répondre.

.

Yara,

Le temps passe à une vitesse incroyable. J'ai l'impression d'avoir quitté les Îles de Fer depuis une éternité même si en réalité, cela ne fait que quelques mois. Je vous l'ai déjà dit un nombre incalculable de fois mais j'ai aimé ce temps passé à vos côtés. Il me suffit de regarder le collier que vous m'avez offert pour illuminer ma journée.

Tout va bien dans le Nord. Je continue de rendre visite à mon peuple et... je crois vraiment qu'ils m'aiment, Yara. Quand ils lèvent les yeux vers moi, j'y vois de la lumière. C'est une sensation incroyable.

Je suis cependant inquiète. Certains seigneurs m'ont fait part de leur agacement par rapport à la présence des Immaculés dans leur château. Vous connaissez les Nordiens. J'ai peur que cette situation ne finisse par devenir explosive.

J'espère que vous allez bien.

Sansa.

.

Sansa,

J'ai moi aussi cette impression que vous êtes partie depuis une éternité. Je pense souvent à vous, je me demande ce que vous êtes en train de faire – vous me manquez vraiment. Je suis véritablement ravie que le collier que je vous ai offert vous plaise.

Les Nordiens vous aiment, Sansa – qui pourrait ne pas vous aimer ? Je suis étonnée que vous en doutiez encore. La prochaine fois que nous nous verrons, je ferai en sorte que ce ne soit plus le cas.

Les Fer-Nés ont eux aussi des difficultés à accepter la présence constante des Immaculés. Je partage vos inquiétudes mais je suis persuadée que vous saurez calmer les tensions.

Avec toute mon affection,

Yara.

Alors que Sansa relit la lettre pour la dixième fois, un sourire béat sur les lèvres, Arya la lui arrache des mains et s'empresse de la lire à son tour.

« Arya ! »

Sa petite sœur se met à sourire à son tour – un sourire triomphant.

« Je le savais. »

« Savoir quoi ? »

« C'est évident, Sansa. Yara Greyjoy est amoureuse de toi. »

« Ne dis pas n'importe quoi, » rétorque Sansa en tentant de lui reprendre la lettre – sans succès.

« Oh, je t'en prie, Sansa ! »

Arya se met alors à marcher dans la pièce et lit des extraits de la lettre.

(Arrête de rougir, Sansa. Il n'y a pas de quoi rougir, vraiment pas.)

« Je pense souvent à vous... vous me manquez vraiment... qui pourrait ne pas vous aimer ? Je suis loin d'être une experte, Sansa, mais c'est évident. »

Sansa croise les bras sur sa poitrine dans une tentative de se protéger – mais se protéger de quoi exactement ? Ses sentiments sont si confus.

Yara est amoureuse de moi ?

Elle ne sait pas si elle doit sourire ou se mettre à pleurer, si elle doit espérer que ce soit vrai ou prier pour que ne soit que le fruit de son imagination et de celle d'Arya.

« Et je pense que tu l'aimes aussi. »

« Je ne suis pas amoureuse de Yara. »

« Oh, vraiment ? Ouvre les yeux, Sansa. Tu ne cesses de regarder le collier qu'elle t'a offert, tu penses à elle tout le temps, tu lui envoies presque une lettre par jour. Elle est amoureuse de toi et tu es amoureuse d'elle. »

« Non, ce n'est pas vrai. »

(Ça ne peut pas être vrai. Que sais-je de l'amour ? Rien, sinon que ce n'est pas pour moi.)

Arya consent à lui rendre sa lettre, elle semble agacée par son attitude.

« Au fond de toi, tu sais que j'ai raison. »

Mais Sansa ne veut pas penser à ce qu'elle ressent au fond d'elle-même : ça la terrifie bien trop.

.

« On dirait que j'arrive au bon moment, petite colombe. »

« Je ne vois pas de quoi vous parlez. »

« Bien sûr que si. Souviens-toi, je suis dans ta tête, je connais toutes tes pensées... même celles que tu cherches à oublier. »

« Et qu'est-ce que je cherche à oublier ? »

« Ce que tu ressens pour Yara Greyjoy. »

« Je ne... »

« Il est inutile de me mentir, petite colombe. Ce serait comme te mentir à toi-même. Tu peux tout me dire – ce n'est pas comme si je pouvais le répéter à quelqu'un. »

« Je... je ne sais pas ce que je ressens. »

« Je vais t'aider. Que penses-tu de Yara Greyjoy ? »

« Eh bien... je l'admire beaucoup. Elle est forte – beaucoup plus forte que moi, même si elle aime bien prétendre le contraire. Elle est belle, et courageuse, elle est si patiente avec moi. Elle sait me comprendre, me rassurer. Elle ne m'a jamais jugée, jamais, elle a su m'écouter, me réconforter après mes cauchemars. J'aime... j'aime quand elle me serre dans ses bras, quand elle m'embrasse sur la joue. Je... »

Sansa s'interrompt, à peine consciente de ce qu'elle vient de dire, elle se sent rougir. Cersei, pour une fois, ne se moque pas d'elle, elle se contente de sourire légèrement, comme si elle était touchée.

« Je crois que le doute n'est plus permis, petite colombe. Je sais à quel point elle te manque, à quel point tu aimerais qu'elle soit là. »

« Je... »

Je suis terrifiée.J'ai cru aimer autrefois, aimer Joffrey, mais ce n'était qu'une illusion. J'ai tant souffert...

« Mais Yara n'est pas Joffrey. Tu l'as dit toi-même, Yara n'est pas un monstre, elle ne te fera jamais de mal. De quoi as-tu peur ? »

« Je ne sais pas ! Tout est si confus... peut-être qu'Arya se fait des idées, que Yara ne m'aime même pas... »

« Oh, elle t'aime, je peux te l'assurer. J'imagine qu'elle a simplement peur de te l'avouer... »

Cersei dit ça comme si elles se compliquaient la vie.

« C'est facile, pour vous, » dit Sansa, amère. « Vous et votre frère... ça a toujours été évident. »

(Et ça lui fait de la peine de dire ça, vraiment, elle pense à Brienne, à Renly, maudit toujours Jaime pour être parti retrouver sa jumelle, maudit cet amour qui les unissait, cet amour qui avait la saveur du poison.)

« C'est vrai, mais c'était évident parce qu'il était l'amour de ma vie... que ça te plaise ou non. Si Yara est ton grand amour, les choses seront évidentes pour vous aussi. »

Cersei s'efface.

Sansa ne cesse pas de douter.

.

Au cours des semaines qui suivent, Sansa prend lentement conscience des sentiments qui l'habitent, c'est comme si elle sortait enfin d'une tempête de neige, comme si sa vue n'était plus brouillée par les flocons, comme si elle commençait enfin à y voir clair.

Elle pensait que Yara était son amie mais si c'était le cas, elle n'aurait pas sans cesse envie d'entendre le son de sa voix, de la regarder dans les yeux, de la prendre dans ses bras, si ?

Un soir, alors qu'elle dîne seule avec Arya, elle dit soudainement :

« Arya ? »

« Oui ? »

« Je crois... je crois que tu avais raison. »

« A propos de quoi ? »

« De Yara Greyjoy. »

Une lueur de triomphe s'allume dans les yeux d'Arya.

« Je le savais. »

Sansa baisse les yeux et soupire.

(Si seulement les choses étaient plus simples...)

« Quel est le problème ? » demande Arya. « Tu l'aimes, et elle t'aime aussi. »

« Tu n'en sais rien, » répond automatiquement Sansa.

« C'est tellement évident ! Il faut que tu le lui dises. »

« Non ! »

« Mais pourquoi ?

« J'ai... j'ai peur, Arya. Après Joffrey, Littlefinger et Ramsay... je me disais que je ne perdrais plus jamais le contrôle de quoi que ce soit. Et là... j'ai l'impression de ne rien contrôler du tout. »

Il suffit qu'elle pense à Yara pour qu'elle se mette à sourire, pour que son cœur cogne dans sa poitrine, pour qu'elle brûle de la serrer contre elle. Arya lui saisit la main et la serre doucement.

« Je comprends que tu aies peur, Sansa, après tout ce qui t'est arrivé... mais au fond de toi, tu sais que tu peux faire confiance à Yara. Tu mérites d'être heureuse, Sansa. »

Accepter de laisser Yara l'aimer, la toucher, l'embrasser. Accepter d'être vulnérable. En sera t-elle capable ?

Elle a peur de le savoir.

.

Le temps passe. Sansa continue d'envoyer des lettres à Yara, elle continue de sentir son cœur s'emballer, elle continue de rêver d'elle, de regretter qu'elle ne soit pas là pour la réconforter de ses cauchemars, pour écouter ses craintes et ses peurs, pour lui répéter que tout ira bien.

Quel est le bon moment pour arrêter d'être seule ? se demande t-elle chaque soir avant de s'endormir.

Un matin, Sansa décide que ce moment doit être maintenant, qu'elle doit cesser d'avoir peur, qu'elle doit véritablement laisser quelqu'un entrer.

Je suis amoureuse de Yara Greyjoy.

C'est une pensée magnifique et tellement effrayante à la fois, c'est quelque chose qu'elle pensait ne jamais pouvoir ressentir et pourtant c'est arrivé – à quoi bon lutter ?

Yara,

Je pense beaucoup à vous et je me demandais si vous seriez prête à venir passer quelque temps à Winterfell. J'ai quelque chose d'important à vous dire.

En espérant que votre réponse soit positive,

Sansa.

Alors qu'elle regarde le corbeau s'éloigner avec sa lettre, Sansa ne peut s'empêcher d'être effrayée. Vient-elle de faire une erreur ? Comment réagira t-elle si Yara refuse ?

(Son cœur est-il sur le point de se briser ?)

« Ne t'inquiète pas, Sansa, » essaye de la rassurer Arya. « Tout va bien se passer, j'en suis persuadée. »

Sansa ne veut qu'une chose, la croire, croire qu'elle aussi a le droit d'être heureuse, croire que Yara peut être ce grand amour dont elle rêvait quand elle n'était qu'une enfant.

.

Sansa,

J'accepte votre invitation avec joie. Je suis curieuse de savoir ce que vous avez à me dire.

A très bientôt,

Yara.

.

Yara tremble lorsqu'elle arrive à Winterfell.

La peur, l'excitation, l'espoir – tout ça fait bouillir son sang, embrume ses pensées, elle ne sait plus où elle en est, que va t-il se passer ?

J'ai quelque chose d'important à vous dire.

Son imagination s'emballe. Est-il possible que Sansa partage ses sentiments, qu'elle ait l'intention de les lui avouer ? C'est son souhait le plus cher, c'est ce dont elle rêve chaque nuit, elle pose les doigts sur ses lèvres, ferme les yeux, pense aux lèvres de Sansa, à sa peau douce, à ses yeux de glace.

Tu te fais des idées, Yara. Ce n'est pas de ça dont elle veut te parler, ce n'est pas possible.

Yara n'a jamais eu le cœur brisé, jamais elle n'a ressenti ça, même pas quand elle croyait aimer Daenerys, elle ignore ce que ça fait de sentir son cœur se fissurer, se demande si elle s'apprête à le découvrir.

Sansa l'attend dans la cour de Winterfell, Yara la trouve plus belle que jamais. Son visage s'éclaire. Presque maladroitement, elle descend de son cheval. Toutes deux s'observent en silence pendant quelques secondes, comme paralysées.

J'ai quelque chose d'important à vous dire.

Moi aussi, Sansa, j'ai quelque chose à vous dire mais je ne sais pas si j'en serai capable, je ne sais pas si...

Yara ne parvient plus à penser. Sansa s'avance lentement vers elle, hésitante, leurs corps sont proches, très proches, trop proches.

Elles se tiennent au bord d'un précipice, aucune ne sait si elle est prête à sauter.

Peut-être que c'est ça, aimer. Ressentir l'appel du vide.

Yara sourit à Sansa et Sansa sourit à Yara.

A la fin, elles sont deux à sauter.

Leurs lèvres se rencontrent avec beaucoup de douceur. Yara enroule les bras autour de la taille de Sansa et la serre fort.

« Je t'aime, Sansa, » dit-elle quand elles se séparent, les larmes aux yeux.

Sansa étouffe un sanglot.

« Pourquoi est-ce que tu pleures ? » demande Yara, inquiète.

« Ça... ça ne peut pas être réel. C'est trop beau. »

Yara essuie ses larmes du bout des doigts.

« Je t'assure que c'est réel. »

Et elle l'embrasse de nouveau.