don't give up (even when i'm gone)
Chapitre 17
oOo
Yara,
Les mois passent à une vitesse folle. J'ai l'impression que tu n'es partie qu'hier seulement. Je fais toujours des cauchemars mais il me suffit de penser à toi pour arriver à me calmer, même si j'aimerais que tu sois vraiment à mes côtés.
Renly grandit si vite et ça me terrifie, Yara. Pour l'heure, c'est encore facile, il est si jeune. Je redoute le moment où il commencera à poser des questions.
Je suis très inquiète. Les tensions grandissent entre les Nordiens et les Immaculés. Ils ne sont pas à leur place ici, on m'a rapporté quelques affrontements. Si la situation dégénère davantage, j'ai peur que Daenerys ne décide de s'en mêler.
J'espère que tout va bien de ton côté.
Tu me manques.
Sansa.
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Sansa,
Pour ma part, j'ai l'impression de t'avoir quittée il y a une éternité. Je me languis de tes yeux, de ta voix, de tes cheveux, de tes lèvres. La perspective de te revoir représente pour moi une lumière dans l'obscurité, un soleil au milieu de toute cette eau qui m'entoure.
Renly a de la chance de faire partie de ta meute. Tu sauras le protéger, je n'ai aucun doute là-dessus. Je sais que ça ne parviendra pas à te faire te sentir mieux mais dis-toi que tu ne le sépares de sa mère que pour le protéger.
La même chose se passe sur les Îles de Fer. Fort heureusement, il ne s'agit que de quelques incidents isolés. Quoi qu'il en soit, toutes les Couronnes sont concernées : Daenerys ne s'intéressera pas au Nord dans l'immédiat, j'en suis persuadée.
Tu me manques beaucoup,
Yara.
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« Comment pouvez-vous accepter une telle situation, Lady Stark ? »
Sansa se retient de soupirer et jette un regard à Arya. Sa petite sœur assiste à la scène d'un air ennuyé – la politique l'ennuie terriblement et Sansa le sait très bien. Elle lui est reconnaissante d'être là.
« J'ai une marge de manœuvre limitée, Lord Cerwyn, » répond t-elle d'une voix ferme. « Cette situation ne me plaît pas plus qu'à vous. »
Cley Cerwyn fronce les sourcils, visiblement mécontent. Sansa ne baisse pas les yeux.
« Ces étrangers observent nos moindres faits et gestes, investissent nos châteaux, consomment notre nourriture, ils... »
« Lord Cerwyn. Comme je vous l'ai déjà dit, j'ai bien conscience de ce qui se passe. »
« Que suggérez-vous, alors ? Comptez-vous laisser cette étrangère diriger le Nord comme elle l'entend ? »
« Je ne compte pas la laisser mettre le Nord à feu et à sang. Et si cela passe par laisser ses soldats aller et venir, eh bien soit. Nous ne pourrons pas survivre à une autre guerre, Lord Cerwyn. Vous le savez aussi bien que moi. Nous ne pourrons pas survivre à un dragon. »
Cley Cerwyn ne répond rien. Il s'incline sèchement et quitte la pièce. Sansa se prend la tête entre les mains, soudainement très fatiguée. Arya lui jette un regard compatissant.
« Tous ces seigneurs ne voient-ils pas que je suis complètement coincée ? » dit Sansa. « Je ne peux pas entrer en guerre contre les Immaculés. Daenerys a un dragon... elle nous écraserait. Il ne resterait plus rien. »
(Plus de neige, plus de glace – juste des cendres, les mêmes cendres qui ont recouvert Port-Réal.)
« Ce serait plus simple si elle n'avait plus de dragon, » fait remarquer Arya.
Sansa hausse les épaules.
« Mais elle a un dragon. Et nous ne pouvons rien faire contre ça. »
Elle pense à Daenerys, aux cloches qui tintent dans ses cheveux, à Jon qui se terre dans son ombre en essayant désespérément de survivre, à ces enfants dont elle ignore s'ils ont le sang du loup ou celui de l'ours.
Que dois-je faire ?
Cette question ne cesse jamais de la hanter. Être une bonne dirigeante pour le Nord est décidément bien compliqué – et tout aussi terrifiant. La moindre erreur pourrait lui coûter très cher et elle le sait parfaitement.
« Quand dois-tu aller retrouver Yara ? » demande Arya.
Sansa ne peut s'empêcher de sourire, rêveuse.
« Dans quelques jours. »
(Une éternité.)
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Sansa pense que leurs retrouvailles pourront faire l'objet d'une chanson, un jour – une chanson d'eau et de glace.
Comme la première fois qu'elle est venue dans les Îles de Fer, Yara l'attend sur la côte. Dès qu'elle l'aperçoit, Sansa descend de son cheval et court se jeter dans ses bras.
Toutes deux éclatent de rire avant d'échanger un long baiser – il a le goût du bonheur et de l'espoir.
C'est pour ça aussi que je me bats. Yara fait partie de ma meute.
Plus tard, quand elle sont étendues dans le lit de Yara et qu'elle lui caresse les cheveux, Sansa sent le feu de la détermination brûler en elle.
Tant qu'elles seront ensemble, rien de grave ne pourra leur arriver.
Tant qu'elles seront ensemble, le feu ne vaincra pas – il ne pourra pas venir à bout de l'eau et la glace réunies.
Sansa sourit, donne un doux baiser à Yara et s'endort paisiblement.
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(Pas une seule seconde elle n'a pensé qu'elles pourraient être séparées un jour – c'est dommage pour elle.)
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Yara,
Voilà des mois que nous ne nous sommes pas vues. Est-ce que tu penses pouvoir venir à Winterfell prochainement ? J'ai hâte de te revoir – mon lit me paraît si vide, sans toi. Peut-être que cette fois, nous pourrons prendre un bain ensemble (je viens de te donner une raison supplémentaire de venir, n'est-ce pas ?).
Arya et Brienne seraient heureuses de te revoir, je le sais. Renly aura bientôt deux ans, tu serais surprise de voir à quel point il a grandi. C'est le portrait craché de son père – comme tu t'en doutes, je ne trouve pas ça réjouissant.
A bientôt j'espère,
Sansa.
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Sansa,
Tu me manques aussi beaucoup. Malheureusement, nos retrouvailles vont devoir attendre encore un peu : Daenerys prévoit de visiter le royaume avec ses enfants, je vais donc devoir la recevoir à Pyke.
Un bain avec toi est certes tentant mais le simple fait de te serrer dans mes bras est suffisant pour me donner envie de venir à Winterfell. Je serais également heureuse de revoir Arya et Brienne ainsi que Renly dès que cela sera possible.
Je t'aime,
Yara.
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Le cœur de Sansa se met à battre plus vite quand elle termine de lire la lettre de Yara mais ce n'est pas à cause de l'amour, cette fois.
(Elle a beau se répéter qu'elle n'a pas peur, que la peur appartient au passé, que la peur n'a pas sa place à Winterfell, il semble qu'elle trouve toujours un moyen de se frayer un chemin.)
« Visiter le royaume ? » murmure t-elle.
Elle est seule dans sa chambre, personne n'est là pour l'entendre – presque personne.
« Et si elle venait ici ? Jon ne m'a pourtant rien dit... il m'aurait prévenue, je le sais. »
Cersei roule des yeux, comme si c'était évident.
« Il n'y a qu'une seule chose qui pourrait pousser Daenerys à se rendre aux quatre coins du royaume... la même chose qui te pousse à te rendre dans les Îles de Fer... »
Sansa acquiesce pensivement.
« L'amour. »
« Et pourquoi Daenerys ne viendra t-elle pas dans le Nord, petite colombe ? »
« Parce qu'elle n'aura pas d'amour, ici. »
(Pas d'amour. De la peur. De la haine.)
« Elle va pourtant se rendre dans les Îles de Fer. Les Fer-Nés aussi la détestent, je le sais, Yara me l'a dit. »
« Oui... mais Yara lui est fidèle. Sa loyauté lui est acquise... contrairement à la tienne. »
Sansa a renoncé il y a bien longtemps à essayer de faire changer d'avis Yara sur Daenerys. Le kraken peut se montrer aussi têtu que le loup. Elles ne seront probablement jamais d'accord sur la reine dragon, et elles le savent toutes les deux.
« Je n'aime pas ça, » reprend Sansa. « Je n'aime pas la savoir près de Yara. »
« Que veux-tu qu'elle lui fasse ? »
« Je ne sais pas... j'ai un mauvais pressentiment. »
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(Sansa a raison de se méfier – si elle avait su ce qui arriverait un jour, elle aurait supplié Yara de ne jamais laisser Daenerys s'approcher des Îles de Fer.)
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Yara essaye de cacher sa nervosité quand elle aperçoit enfin Daenerys. La mère des dragons n'est pas à sa place ici, c'est un endroit vraiment mal choisi pour une reine de feu, cependant elle a l'air sincèrement heureuse de la revoir.
(Yara ne peut s'empêcher de remarquer qu'elle a changé. Elle a maigri, elle a des cernes noirs sous les yeux, elle semble fatiguée, a le regard éteint – c'est comme si elle se changeait en fantôme.)
« Je suis tellement heureuse de voir revoir, Yara, » dit Daenerys.
C'est toujours la femme que tu as rencontrée à Meereen, celle qui t'a regardé droit dans les yeux, celle qui t'a promis de faire de ce monde un endroit meilleur.
Elle s'oblige à sourire.
« Bienvenue, Majesté. J'espère que vous vous plairez ici. »
(Quelque chose lui dit que ses espoirs seront vains.)
Elle se tourne vers les jumeaux, Duncan et Jaenerya, repense aux paroles de Bran, les dévisage attentivement. Des cheveux argentés, des yeux violets – ils ressemblent vraiment à leur mère et Yara n'est pas sûre de trouver ça particulièrement réjouissant.
« Voulez-vous les tenir dans vos bras ? » demande Daenerys.
Yara se demande ce que Sansa ferait à sa place. La louve est douée avec les enfants, elle l'admire un peu pour cela, Sansa sera une bonne mère de substitution pour le petit Renly.
Malheureusement, je ne suis pas Sansa sur ce point et je ne le serai probablement jamais.
« Je ne préfère pas, Majesté. Je ne suis pas très douée avec les enfants. »
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Yara propose à Daenerys d'aller discuter dans sa chambre, elle a bien vu que les Fer-Nés la mettaient mal à l'aise – sans doute parce qu'ils ne cessent pas de lui jeter des regards meurtriers. Elle se demande comment elle réagirait en apprenant que Sansa était dans cette pièce à peine quelques mois plus tôt, si elle apprenait ce qui les lie désormais. Alors que Daenerys regarde ailleurs, Yara écrit une brève lettre à Sansa pour la rassurer.
Sansa,
Tout va bien, ne t'en fais pas pour moi. Tout se passe bien pour le moment. Je te raconterai tout de vive voix, je l'espère bientôt.
Tu me manques.
Yara.
Elle relève la tête vers Daenerys – elle est perdue dans ses pensées.
« Des jumeaux, » dit-elle pour briser le silence. « Vous avez beaucoup de chance. »
Dites-moi que ça a fait une différence, je vous en prie. Dites-moi que vous vous souvenez de celle que vous étiez. Dites-moi que vous voulez qu'ils soient fiers de vous. Dites-moi que vous voulez leur transmettre un royaume en paix.
Daenerys lui sourit et l'espoir monte en elle, tellement que ça fait presque mal, c'est sans doute pour ça que la chute n'en est que plus dure.
« C'est le destin. »
L'espoir se change en cendres, exactement comme Port-Réal. Le destin. Cette force invisible qui a toujours motivé Daenerys, celle qui l'a poussée à avancer, à conquérir.
C'est le destin qui vous a poussée à massacrer tous ces innocents ?
Sa perplexité doit se voir sur son visage, Daenerys semble attristée.
« Comment allez-vous ? Vous me manquez, vous savez. J'aimerais vous voir plus souvent à Port-Réal. »
« Je vais bien, je vous remercie. Malheureusement mes responsabilités m'empêchent de me déplacer aussi souvent que je le voudrais. »
Ce n'est pas exact, bien sûr, mais Yara ne peut pas avouer à Daenerys qu'elle ne veut plus jamais s'approcher de cette ville maudite.
Sansa me tuerait si elle savait que je m'y suis rendue, pense t-elle avec un certain amusement.
Quelqu'un frappe à la porte. Yara fronce les sourcils et quitte la pièce quelques instants lorsqu'un Fer-Né demande à lui parler. Agacée d'avoir été dérangée pour si peu, elle sent son sang se glacer dans ses veines quand elle croise le regard froid de Daenerys une fois revenue dans sa chambre.
Que lui arrive t-il ?
Ces yeux violets n'ont plus rien à voir avec ceux dans lesquels elle s'est perdue il y a toutes ces années, à Meereen – ce sont les yeux d'un fantôme.
D'une meurtrière, dirait Sansa.
« Je suis ravie d'avoir discuté avec vous, Lady Greyjoy. Si vous voulez bien m'excusez, je vais vous laisser. »
Yara la regarde partir sans chercher à la retenir.
(Ce qu'elle ignore, c'est que Daenerys aurait aimé qu'elle le fasse, qu'elle lui prouve qu'elle n'était pas une reine sans amour, que tous ne l'avaient pas abandonnée.)
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Un peu plus tard, Yara sort du château et retrouve Jon au bord d'une falaise. Le soleil disparaît à l'horizon – il lui fait penser à Sansa.
« Jon ? »
Il se retourne, lui fait un léger signe de tête.
« Yara. »
Si c'est possible, il a l'air encore plus misérable que Daenerys. Elle a pitié de lui, vraiment. Prétendre être un dragon quand on ne rêve que de rejoindre sa meute doit être épuisant.
« Tout va bien ? » demande t-elle d'une voix hésitante.
Il soupire – à quoi bon faire semblant ?
« Les Fer-Nés nous détestent. Ils ne rêvent que d'une chose, nous voir nous noyer dans la mer... et je ne peux pas les en blâmer. »
Yara ne cherche pas à nier.
« Je suis désolée, » offre t-elle sincèrement.
Rêve t-il d'une autre vie, une autre vie où il se serait appelé Jon Stark ?
« Moi aussi. »
Les yeux violets des jumeaux viennent remplacer ceux de Daenerys dans son esprit.
« Les enfants... ce sont les vôtres ? »
Il la scrute avec surprise avant de comprendre.
« Bran. »
Il hausse les épaules, las.
« Je ne sais pas. Je ne le saurai sans doute jamais. »
« Et ça ne vous pose pas de problème ? »
« Quelle importance ? Seul le sang de leur mère importe. Jorah et moi... nous vivons dans son ombre. »
Vivre dans l'ombre du soleil – avoir peur d'en sortir et de se brûler. Ce soleil-la est de feu. Un soleil de glace, c'est bien moins dangereux.
« Comment va Sansa ? » demande Jon. « Voilà une éternité que nous ne nous sommes pas vus. »
« Elle va bien, » répond automatiquement Yara avant de se mordre la lèvre. Ne vient-elle pas de se trahir ?
(Oh, ce n'est pas vraiment un secret, elles ne se cachent pas, mais elle aimerait autant que le dragon n'ait pas vent de leur histoire.)
Pour la première fois, Jon semble amusé.
« Arya est plutôt bavarde dans ses lettres. »
« Je vois... »
Il perçoit son hésitation.
« Ne vous inquiétez pas, je n'ai rien dit à Daenerys. »
(Lui non plus ne semble plus avoir le moindre espoir pour sa reine – et c'est triste, tellement triste.)
« Est-ce que... est-ce que Sansa est heureuse ? » demande t-il, soudainement anxieux.
Ton frère t'aime, Sansa. J'aimerais que tu sois là pour le voir, pour l'entendre.
« Eh bien... je l'espère, Jon. J'espère vraiment la rendre heureuse. »
Jon sourit légèrement.
« Elle le mérite. Elle le mérite vraiment. »
Et vous, Jon, ne pensez-vous pas mériter d'être heureux ?
Après un dernier soupir, il lui fait un petit signe de tête et s'éloigne.
(Pas d'amour. De la peur. De la haine. Voilà ce qu'a Daenerys – le feu qui en résultera sera dévastateur, Yara le sait.)
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Yara rêve de Sansa.
Le soleil couchant a la couleur de ses cheveux. Elle lui sourit, ravie de la revoir, mais quand Sansa se tourne vers elle, elle pousse un cri d'horreur.
Daenerys agite ses ailes de dragon et son sourire est cruel.
« Vous m'avez trahie, Lady Greyjoy. »
« Votre Majesté... »
« Sous mon règne, aucune trahison ne demeurera impunie. Et qu'arrive t-il aux traîtres, Lady Greyjoy ? »
« Je vous en prie... je ne vous ai jamais trahie, jamais. »
« La mort, bien sûr. »
Yara n'a pas le temps de fuir, de courir retrouver Sansa, d'essayer de se mettre à l'abri.
« Dracarys. »
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(C'est la première fois qu'elle comprend ce que Sansa ressentait quand elle lui parlait de ses rêves de cendres et de mort – c'est la première fois qu'elle en fait un.)
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Quelques semaines plus tard, Yara reçoit une lettre et apprend la mort tragique des derniers lions de Westeros.
Elle se demande si ses propres espoirs sont définitivement morts avec eux.
