don't give up (even when i'm gone)

Chapitre 18

oOo

Le silence s'est abattu sur la pièce.

Arya a posé les yeux sur Aiguille et l'observe d'un air pensif. L'incompréhension se lit dans son regard. Podrick tremble légèrement, Davos garde les yeux rivés sur le sol. Brienne regarde Renly comme si le ciel était sur le point de s'effondrer sur lui. Inconscient de ce qui vient de se passer, le petit garçon court partout dans la pièce, les yeux rieurs.

C'est comme s'ils étaient tous en deuil.

Sansa lit de nouveau la lettre que lui a envoyée Jon, peut-être espère t-elle que son contenu a changé, peut-être espère t-elle que ce n'est qu'un mauvais rêve, que ce n'est pas possible, qu'une horreur pareille n'a pas pu se produire.

Sansa,

Je ne sais pas par où commencer... quelque chose de terrible s'est produit. Comme tu le sais sans doute, Daenerys a été attaquée par un bâtard Lannister quand nous nous sommes rendus dans les Terres de l'Ouest. Elle est devenue complètement paranoïaque après ça – encore plus qu'elle ne l'était déjà. Elle est toujours persuadée que Cersei et Tyrion sont en vie et qu'ils reviendront pour lui voler sa couronne.

Quand nous sommes rentrés à Port-Réal, elle a convoqué les derniers Lannister et leurs bâtards au Donjon Rouge et leur a dit que s'ils ployaient le genou et renonçaient à leur nom, elle les laisserait vivre. Ils ont accepté, bien sûr, mais j'avais un terrible pressentiment.

Pourquoi n'ai-je rien fait, Sansa ? Je savais qu'elle préparait quelque chose et je l'ai laissée faire. Jorah refusait d'y croire mais moi, je savais.

Elle les a tous empoisonnés avec de l'essence de belladone. Ils sont morts, elle les a tués jusqu'au dernier. Il y avait des enfants parmi eux, Sansa. Des enfants innocents.

Je les ai enterrés avec Jorah. Ils étaient innocents, ils n'étaient pas responsables des crimes de Cersei et Tyrion.

J'ai peur de ce qui pourrait se produire à l'avenir.

Tu me manques, vous me manquez tous.

Jon.

Daenerys a assassiné les derniers Lannister parce qu'elle craignait deux fantômes.

Daenerys a brisé les lois de l'hospitalité sans la moindre hésitation.

Daenerys est un monstre.

Sansa repense à un autre banquet qui s'est terminé en véritable massacre, elle repense à Robb et à sa mère, ses mains se mettent à trembler – de rage, de désespoir ou de tristesse, elle ne saurait le dire.

« Les Noces Pourpres, » murmure Arya. « C'est exactement comme les Noces Pourpres. Comment a t-elle pu... »

Elle s'interrompt, elle s'interrompt parce qu'elle connaît déjà la réponse, parce qu'elle était là à Port-Réal, parce qu'elle serait morte si elle n'avait pas couru pour sauver sa vie, parce qu'elle sait très bien ce dont Daenerys est capable.

« Lady Sansa ? »

Une voix d'enfant la tire de ses pensées. Renly tire la manche de sa robe, les yeux brillants. Il a dû finir par sentir que quelque chose n'allait pas. Une boule se forme dans sa gorge, elle s'accroupit et le serre contre elle.

Non, Daenerys. Vous n'avez pas tué tous les lions de Westeros. Il en reste un.

« Tout va bien, Renly, » murmure t-elle en l'embrassant sur le front. « Tout va bien. »

Elle croise le regard de Brienne, voit qu'elle se retient de toutes ses forces de se précipiter sur son fils et de le serrer contre elle.

« Renly, » dit-elle. « Et si tu allais jouer avec Arya ? Je dois parler à Ser Brienne. Je te rejoindrai plus tard, d'accord ? »

Le petit garçon hoche la tête et attrape la main d'Arya. Tous deux quittent la pièce. Toujours tremblante, elle suit Brienne à l'extérieur du château. Elles regardent la neige tomber pendant quelques minutes, en silence.

« Ma dame... » commence Brienne.

« Elle ne le trouvera pas, » coupe Sansa. « Elle ne saura jamais qui il est. Elle ne saura même jamais qu'il existe. »

(Est-elle vraiment convaincue par ce qu'elle dit ou essaye t-elle de se rassurer ?)

Brienne, qui est d'habitude si forte, ne parvient pas à cacher son profond désarroi.

« Mais si elle l'apprend, ma dame... ce qu'elle lui fera... »

Les mots de Jon sont gravés pour toujours dans l'esprit de Sansa.

Il y avait des enfants parmi eux, Sansa. Des enfants innocents.

« Elle ne lui fera rien du tout. Je ne la laisserai pas faire. »

Brienne se mord la lèvre, se force à acquiescer.

« C'est dur, ma dame, » avoue t-elle. « Je ne pensais pas que ça ferait aussi mal de l'entendre m'appeler Ser Brienne. »

« Je sais... je suis désolée. »

« Vous faites ça pour le protéger, » soupire Brienne.

Après un petit signe de tête, elle rentre dans le château.

Que dois-je faire ? Renly est en danger. Quand les autres seigneurs apprendront ce qui s'est passé, la situation deviendra explosive. Que dois-je faire ?

.

« Elle pense toujours que vous êtes en vie. »

Sansa dévisage Cersei les sourcils froncés. Le masque d'impassibilité de la lionne semble s'être fissuré. Ses yeux expriment une réelle tristesse.

« C'est pour ça qu'elle les a tués. Parce qu'elle pensait qu'ils vous aideraient si jamais vous reveniez à Westeros. »

(Il n'y a plus de doute possible, Daenerys a vraiment sombré dans la folie et la paranoïa.)

Cersei hausse les épaules.

« J'imagine que ses raisons n'ont plus d'importance, pas vrai ? Elle les a tués. »

Sansa s'approche d'elle.

« Est-ce que vous êtes triste ? » demande t-elle sans parvenir à cacher sa surprise.

La lionne semble se rendre compte de son attitude, touche ses joues du bout des doigts, est étonnée d'y trouver la trace de ses larmes.

« Eh bien... je crois. »

« Pourquoi ? Ils n'étaient rien pour vous. »

« Ils étaient des lions. Ils faisaient partie de ma famille. Et les enfants... les enfants... »

Elle pose une main sur son ventre. Sansa se surprend à se demander si elle n'était pas enceinte malgré tout, si c'était vraiment un autre mensonge de sa part.

« Je suis désolée, » dit Sansa. « Ils... ils n'étaient pas responsables de ce que vous avez fait. Ils méritaient mieux. »

Et elle pense ce qu'elle dit, elle le pense vraiment, elle imagine ces enfants aux cheveux dorés sacrifiés, a envie de hurler quand elle sait que Renly connaîtra le même sort funeste si Daenerys apprend un jour son existence.

« Moi aussi, petite colombe, je suis désolée. Je suis désolée qu'on ne t'ait pas écoutée. Tu avais raison, tu avais raison depuis le début et ils t'ont tous ignorée. »

(S'ils l'avaient écoutée, que se serait-il passé ? Auraient-ils pu arrêter le dragon ou était-il déjà trop tard?)

« Il faut que tu réagisses, Sansa. »

« Réagir ? Comment ça ? »

« Cette étrangère cherche la guerre. Tu ne dois pas la laisser te détruire. Tu dois protéger ta famille. »

« La guerre ? Mais comment pourrais-je gagner une guerre ? Elle a un dragon. Elle brûlera le Nord sans hésitation si je m'oppose à elle. »

Cersei sourit légèrement.

« Les dragons peuvent être tués, petite colombe. »

.

Yara,

Comme tu t'en doutais, la nouvelle s'est vite propagée. J'ai reçu ce matin une lettre de mon oncle Edmure et une autre de mon cousin Robin : tous deux m'ont demandé si je comptais faire quelque chose. Je ne sais pas quoi leur répondre. J'aimerais faire quelque chose pour que cette folie cesse enfin mais je suis coincée. Daenerys est devenue complètement paranoïaque. Si elle croit que je prépare quelque chose, elle viendra détruire ma maison, et Jon ne pourra rien faire pour l'en empêcher.

J'ai bien du mal à persuader les autres seigneurs de faire profil bas. J'espère que tout se passe bien de ton côté.

J'aimerais que tu sois avec moi en ce moment.

Sansa.

.

Sansa,

Un tel secret ne pas jamais être gardé bien longtemps. Les tensions que tu décris grandissent dans toutes les Sept Couronnes. Comme je te l'ai dit, les scorpions qu'Euron a fait construire n'ont pas tous été détruits pendant la bataille de Port-Réal : il en reste quelques-uns sur les Îles de Fer. Heureusement, la plupart des Fer-Nés l'ignorent. Dans le cas contraire, je sais qu'ils auraient voulu partir en guerre immédiatement et abattre le dragon. Je fais tout ce qui est en mon pouvoir pour éviter de nouveaux affrontements.

Je pense beaucoup à toi.

Yara.

.

« Je vais te raconter une histoire, Renly. Ça te plairait ? »

Assis sur ses genoux, le petit garçon hoche la tête. Sansa se perd dans ses yeux verts, pense à ces innocents sacrifiés, lui caresse les cheveux.

« Je vais te parler de tes parents. Ils étaient forts, Renly, et si courageux. C'étaient deux grands chevaliers, ils gagnaient toutes les batailles qu'ils disputaient. Tu seras comme eux, un jour, un grand guerrier. Ils seraient si fiers de toi s'ils te voyaient. »

Renly fronce les sourcils, concentré, se lance dans un discours qu'elle ne comprend pas mais peu importe, il a l'air d'avoir aimé l'histoire. Une chaleur réconfortante brûle à l'intérieur de son cœur quand il enroule ses petits bras autour d'elle.

Je ne dois pas abandonner. Je ne dois pas la laisser faire. Je dois le protéger – je dois tous les protéger.

Cersei assiste à la scène sans dire un mot. Sansa est surprise de discerner une lueur attendrie dans ses yeux.

« Tu comprends à présent, petite colombe. »

Comprendre quoi ?

« Ce qu'est l'instinct maternel. Ce qui m'a en partie poussée à commettre toutes ces horreurs. Ce qui a en partie poussé Daenerys a décimer ma famille. Si cela te permettait de protéger Renly, ne serais-tu pas prête à suivre nos traces ? »

Elle disparaît.

Sansa est horrifiée par ce qu'elle vient de suggérer.

Mais pas aussi horrifiée qu'elle aurait dû l'être.

.

(Je ne suis pas comme Daenerys. Je ne suis pas comme Cersei – je ne serai jamais comme Cersei.)

.

Un matin, Sansa reçoit un lettre de Port-Réal qui lui fait l'effet d'une brûlure.

Lady Stark,

J'ai eu vent des nombreuses émeutes et altercations dans le Nord. Je ne vous cacherai pas que cette situation me déplaît fortement, tout comme je suis certaine qu'elle vous déplaît aussi. Après y avoir longuement réfléchi, je pense avoir trouvé une solution acceptable pour ramener la paix et rapprocher le Nord de la Couronne. Je n'ai pas manqué de remarquer que Gendry Baratheon semblait avoir beaucoup d'affection pour votre sœur et je suis persuadée qu'un mariage pourrait ramener la paix dans le royaume.

J'espère sincèrement que vous verrez les choses de la même façon que moi.

Daenerys Targaryen, reine des Sept Couronnes.

(Pendant quelques secondes, elle a l'impression que ce sont des cendres qui tombent du ciel et non pas de la neige.)

Un mariage. Un mariage pour ramener la paix.

Sansa a envie d'éclater de rire. Daenerys est-elle si naïve ? Pense t-elle vraiment qu'un mariage permettra de faire oublier les cadavres des lions ?

« Tu sais bien qu'il ne s'agit pas uniquement de ça, petite colombe. »

Cersei marche dans la pièce, les mains croisées, elle semble contrariée.

« Que voulez-vous dire ? »

« Daenerys n'est pas stupide au point de penser qu'un simple mariage sauvera son règne. Elle a bien vu que l'amour ne la menait nulle part. Il ne lui reste qu'une seule option... »

Sansa froisse la lettre dans ses mains, a envie de la déchirer.

« La peur. »

Cersei hoche la tête.

« La peur, » répète t-elle.

Sansa réalise lentement ce que la reine dragon a en tête.

« C'est un message à mon intention, » reprend t-elle, les dents serrées. « Elle veut avoir ma sœur sous surveillance pour être sûre que je continuerai à lui obéir. »

La colère monte en elle. Daenerys essaye de lui arracher Arya, un membre de sa meute, elle essaye de contrôler tous les aspects de sa vie, elle veut faire planer l'ombre du dragon sur elle.

« Tu dois refuser, petite colombe. Elle t'a déjà pris ton frère. Ne la laisse pas prendre ta sœur. »

Bien sûr que j'ai envie de refuser, que j'ai envie de brûler cette maudite lettre, de lui dire d'aller se faire voir mais il ne s'agit pas que de moi. Tant de gens comptent sur moi... Oh, que dois-je faire ?

.

Sansa n'en parle pas pas à Brienne, elle ne montre pas son trouble à Arya, elle résiste même à l'envie d'écrire une lettre à Yara pour lui demander conseil. Personne ne peut l'aider, cette fois, elle le sait.

Que dois-je faire ? Je ne peux pas faire ça à Arya. Ce n'est pas une dame, cette vie n'est pas faite pour elle. Elle ne me pardonnera jamais.

Elle doit refuser, elle doit dire à Daenerys que ni elle, ni Arya ne veulent de ce mariage. Elle doit faire ce qu'il faut.

Quand vient la nuit, des cendres, des flammes et des fantômes viennent hanter ses cauchemars. Elle se réveille en hurlant mais personne n'est là pour la réconforter, pour lui dire que ce n'était qu'un mauvais rêve.

(Et elle ne parvient pas à s'en convaincre seule.)

Tremblante, elle se redresse, a l'impression de n'être qu'une louve prise au piège des griffes du dragon.

La lettre de Daenerys n'était pas une requête.

C'était un ordre.

Et si elle refuse d'obéir, les conséquences seront terribles.

Que dois-je faire ?

« Tu ne peux pas accepter, petite colombe. Tu ne peux pas te laisser faire. »

« Mais quel autre choix ai-je ? Je dois protéger mon peuple. Si je veux finir par l'emporter... je dois me montrer plus intelligente qu'elle. Je dois faire en sorte qu'elle croie que je ne représente plus aucune menace. »

Gagner du temps... mais pour quoi ? Que puis-je faire contre elle ? Que puis-je faire pour protéger mon peuple ?

Cersei ne semble pas croire ce qu'elle entend.

« Tu vas vendre ta sœur à un homme qu'elle n'aime même pas... »

« Gendry est un homme bon, il... »

« Tu vas la vendre exactement comme on m'a vendue à Robert Baratheon. Exactement comme on t'a vendue à Ramsay Bolton... »

« Ce n'est pas vrai ! »

« Comment peux-tu abandonner un membre de ta famille ? Moi, je... »

« ASSEZ ! »

Son cri déchire le silence de la nuit. Cersei a un mouvement de recul, les sourcils froncés, Sansa veut lui hurler de disparaître, d'aller hanter quelqu'un d'autre, elle a envie de fondre en larmes, encore une fois la situation est en train de lui échapper, c'est la fois de trop.

« Je sais ce que vous feriez, » reprend t-elle. « Vous ne comprenez pas ? Je ne veux pas faire ce que vous feriez. Je ne veux pas être comme vous. Je veux être une bonne dirigeante, je veux protéger le Nord et ma famille... tout est en train de s'effondrer et je ne peux rien faire. »

Cersei a l'air peinée.

« Serait-ce si terrible de me ressembler ? »

« Vos actes vous ont coûté la vie. J'ai l'intention de survivre. »

Elle se détourne. Des larmes coulent sur ses joues.

Pardon, Arya.

.

« Non. »

La voix d'Arya est sèche, ses yeux sont froids. Leur meute si unie vient de se briser, et Sansa sait que c'est entièrement de sa faute.

« Non, » répète Arya. « Je ne le ferai pas. »

« Essaye de comprendre, s'il te plaît... »

« Comprendre quoi ? Je ne suis pas une dame, Sansa, tu le sais très bien ! Je ne veux pas épouser Gendry ou n'importe qui d'autre. »

Suis-je en train de devenir un monstre ?

« Je suis désolée, Arya. Je n'ai pas le choix. Je ne peux pas refuser... je dois gagner du temps. »

Elle voit une réelle blessure dans les yeux d'Arya, le reflet de la trahison, elle a envie de s'excuser, de la serrer dans ses bras mais c'est trop tard, elle ne peut plus reculer.

Je dois faire ce qu'il faut.

« S'il te plaît, Sansa, » dit Arya d'une voix tremblante. « S'il te plaît. Je ne suis pas qu'un pion dans votre jeu des trônes. »

Sansa baisse les yeux. Arya comprend qu'elle a déjà pris sa décision.

Elle lui tourne le dos.

.

Votre Majesté,

Après une longue discussion avec ma sœur Arya, nous avons décidé d'accepter votre proposition. Nous ne souhaitons rien d'autre que la paix. Arya épousera donc Gendry Baratheon et s'installera à Accalmie.

Je vous adresse mes salutations respectueuses,

Sansa Stark, gardienne du Nord.