don't give up (even when i'm gone)
Chapitre 24
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Les Îles de Fer n'ont pas changé depuis la dernière fois que Sansa est venue et il y a vraiment quelque chose de rassurant là-dedans – tout lui rappelle les yeux de Yara, son corps contre le sien, la chaleur de ses étreintes.
(En fait, tout est sur le point de changer.)
« Daenerys sera là demain, » dit Yara. « Il faut que j'avertisse les autres Fer-Nés de son arrivée. Je lui ai promis que nous serions seules pour discuter... il ne faut pas qu'elle se sente menacée. »
Sansa bouillonne, elle est toujours persuadée que c'est une très mauvaise idée, l'eau et le feu ne sont pas faits pour être ensemble, pourquoi Yara ne parvient-elle pas à le réaliser ?
Elle ne dit rien, pourtant, elle fait confiance à Yara, elle doit lui faire confiance, même si tout en elle lui hurle que cette entrevue ne peut pas avoir d'issue heureuse.
Elles partent à la rencontre du premier Fer-Né qu'elles aperçoivent. Sansa le reconnaît, il s'agit de Lord Botley, mais cette fois ce n'est pas avec respect qu'il regarde Yara.
« Comment avez-vous pu l'inviter ici ? Dans les Îles de Fer ? »
« Je cherche à éviter une nouvelle guerre. »
« Les Fer-Nés ne cherchent jamais à éviter la guerre, ce sont eux qui la provoquent ! »
Il jette un regard mauvais à Sansa, elle s'oblige à ne pas baisser les yeux.
« Les loups ont une terrible influence sur vous. »
« Il suffit, » siffle Yara. « Je vous rappelle que je suis votre reine, Lord Botley, et Lady Stark est mon invitée. Faites passer le message autour de vous : personne ne menacera la reine dragon lorsqu'elle se présentera ici. »
« Nous avons des scorpions, » reprend t-il sans faire attention à elle. « Nous pouvons abattre son dragon, nous ne pouvons pas laisser passer cette chance ! Nous... »
« Lord Botley. Aucun mal ne sera fait à la reine ou à son dragon. C'est mon dernier mot. »
Sans attendre de réponse, elle se détourne et s'éloigne. Sansa fronce les sourcils.
« Je croyais que peu de Fer-Nés étaient au courant de l'existence des scorpions. »
« C'était le cas, » soupire Yara. « Mais la nouvelle a fini par s'ébruiter. »
La situation a l'air plus critique que ce que Yara a bien voulu lui laisser entendre.
« Tout s'arrangera quand j'aurai parlé à Daenerys, » conclut Yara mais Sansa voit l'affreuse lueur du doute dans ses yeux d'eau, celle qui se rappelle que le feu n'a pas sa place ici, que le brasier de la folie est peut-être devenu trop important pour être éteint.
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(Une dernière chance. Yara veut lui laisser une dernière chance, alors je dois lui faire confiance.)
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« J'ai peur, Yara. »
« Tout va bien se passer, je te le promets. »
Il fait nuit, le soleil s'est couché il y a bien longtemps mais Sansa ne parvient pas à trouver le sommeil.
« Nous n'avons même pas regardé le coucher du soleil, » réalise Sansa.
« Ce n'est pas grave, il y en aura d'autres. »
(Si Yara avait su qu'il s'agissait du dernier coucher de soleil qu'elle verrait jamais, peut-être qu'elle serait allée le regarder, peut-être qu'elle en aurait profité.)
« Je ne te l'ai pas dit mais... je suis désolée pour Robin. »
Sansa soupire.
« Moi aussi. Il ne méritait pas ça. »
C'est moi qui l'ai tué. Si je n'avais pas voulu l'épouser, il serait encore en vie.
« J'imagine que je ne suis pas destinée à avoir des enfants. »
(Depuis quand croit-elle au destin ? Elle est trop fatiguée pour se trouver ridicule.)
« Ne dis pas ça. Tu sais, j'y ai réfléchi et... pourquoi serais-tu obligée d'épouser un seigneur ? N'importe quel homme ferait l'affaire. »
« Qu'est-ce que tu veux dire ? »
« L'enfant portera ton nom, c'est toi qui lui donneras le sang du loup. Qu'importe l'identité de son père ? »
Sansa ne peut s'empêcher de penser à Daenerys et à ses enfants. La reine ignore qui est leur père et ne s'en soucie aucunement.
Devrais-je faire la même chose ?
« Tu es encore jeune, Sansa. Tu as le temps de donner naissance à cet héritier, tout le temps du monde. »
(C'est dommage que Yara ne l'ait pas, elle, ce temps.)
« Oui... oui. »
Elle imagine dormir une journée entière, se réveiller après le départ de Daenerys, entendre Yara lui annoncer que tout s'est bien passé, que la reine a finalement décidé d'entendre raison, que tout cette folie va cesser, que la paix va enfin revenir.
Tu prends encore tes rêves pour la réalité, Sansa.
Yara l'embrasse tendrement.
« Dors, Sansa. Tout va bien. »
Elle cesse de lutter pour garder les yeux ouverts, elle a chaud, elle se sent bien, elle est en sécurité. Elle est prête – elle doit le lui dire.
Je t'aime, Yara.
Lorsqu'elle réalise qu'elle n'a pas prononcé ces trois petits mots, qu'elle les a simplement imaginés, c'est trop tard : elle s'est endormie.
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(Plus tard, elle se dira qu'elle aurait peut-être réussi à retenir Yara si elle lui avait dit qu'elle l'aimait – encore quelque chose qu'elle ne saura jamais.)
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Le lendemain, Sansa ignore toujours que c'est la dernière fois qu'elle voit Yara vivante – si elle avait su, elle l'aurait peut-être mieux regardée, elle aurait gravé chaque détail de son visage dans sa mémoire, ou, mieux, elle l'aurait retenue.
« Daenerys devrait bientôt être là, » dit Yara. « Il ne faut pas qu'elle te voie, Sansa, sinon elle pensera que j'ai cherché à la duper. »
Sansa se mord la lèvre.
« Je n'aime pas ça. Je n'aime pas ça du tout. »
« Je te promets que ça se passera bien. »
Elle sursaute quand elle voit Cersei apparaître et la regarder comme si elle était folle.
« Tu sais très bien que ça ne se passera pas bien, Sansa. Comment peux-tu accepter de la laisser faire une chose pareille ? »
Je dois faire confiance à Yara.
« Je vais aller l'attendre dehors, » annonce Yara.
« Retiens-la ! Ne la laisse pas partir ! »
Sansa est paralysée. Yara s'approche d'elle et lui dépose un baiser sur les lèvres.
« Je t'aime. On se voit tout à l'heure. »
« Tu sais très bien que tu ne la reverras pas ! »
Je dois la laisser faire. J'ai confiance en Yara.
Yara s'éloigne vers la porte.
« Il n'est pas trop tard, Sansa, appelle-la, supplie-la de rester avec toi ! »
« Yara ! » dit Sansa.
La main sur la poignée de la porte, elle se retourne, les sourcils froncés.
Que dois-je faire ? Que dois-je faire ? Que dois-je faire ?
« Emporte mon cœur avec toi, » parvient-elle à dire.
Yara sourit.
« Prends le mien en échange. »
La porte se referme.
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(Yara va emporter le cœur de Sansa dans sa chute – lui aussi est sur le point de fracasser sur les rochers.)
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Yara s'approche du bord la falaise, lève les yeux vers le ciel et puis regarde en bas, se demande ce que ça ferait de s'envoler, ce que ressent Daenerys lorsqu'elle monte Drogon.
Malheureusement pour elle, elle va bientôt le découvrir – ce n'est vraiment pas de chance que Sansa ne l'ait pas retenue.
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« Tu viens de la tuer, petite colombe. Tu viens de commettre ta plus grande erreur. »
Sansa refuse de regarder Cersei, refuse de l'écouter, tout va bien se passer, tout va bien se passer.
« Non. Vous mentez, vous n'avez toujours fait que mentir. Tout va bien se passer, je le sais. »
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« Lady Greyjoy. »
« Votre Majesté. »
« J'ai été surprise de recevoir votre lettre. »
« Vraiment ? »
« Il me semblait que l'heure n'était plus à la discussion à Westeros. »
« Contrairement à ce que vous pensez, personne ne souhaite la guerre. »
« Vous avez tous une curieuse façon de le montrer. »
Une dernière chance.
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« Daenerys a entièrement sombré, tu le sais très bien ! Elle a assassiné les innocents de Port-Réal. Elle a assassiné les derniers Lannister. Elle a assassiné ton cousin. »
Cersei vient se planter devant elle.
« Elle m'a assassinée moi. »
« Yara... Yara va arranger les choses... »
Une dernière chance.
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« Que pense Sansa de ma présence ici ? »
« Sansa pense que je fais une erreur. Qu'on ne peut pas vous faire confiance. Que vous allez brûler le royaume entier. »
« Pourquoi m'avoir demandé de venir, alors ? Elle a raison. Je pourrais brûler les Îles de Fer et vous ne pourriez rien faire pour m'en empêcher. »
« Je pense qu'il y a toujours du bon en vous. Peut-être suis-je stupide ou incroyablement naïve... mais je me souviens de cette femme que j'ai rencontrée à Meereen il y a toutes ces années. Je me souviens de ce serment que nous avons passé. »
Une dernière chance.
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« L'amour te fait perdre la tête, Sansa ! »
« Non, ce n'est pas vrai ! Je ne veux pas de cette guerre, je dois croire qu'il est encore possible de l'éviter ! »
Une dernière chance.
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« Si vous m'aviez demandé de vous épouser à l'époque, je crois que j'aurais accepté. Je vous admirais tellement... »
« Et maintenant ? »
« Maintenant... maintenant je pense à ce que vous avez fait aux habitants de Port-Réal. Aux derniers Lannister. A Robin Arryn... La fille de Cersei... c'était... une enfant... rien qu'une enfant... »
« Est-ce pour cela que vous m'avez demandé de venir ? Pour énumérer devant moi tous les sacrifices nécessaires que j'ai dû faire ? »
« Des sacrifices nécessaires ? Nécessaires pour quoi ? »
« Pour le Trône ! Tout était pour le Trône... »
« Je vous en prie, Daenerys, cessez cette folie ! »
Une dernière chance.
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« Laissez-moi tranquille, je vous en prie... »
Sansa tremble, fait les cent pas dans la pièce, serre son petit coquillage dans le creux de sa main.
« Je fais confiance à Yara, » répète t-elle.
Cersei la saisit par les épaules, elle sursaute.
« Je sais que tu lui fais confiance, Sansa, mais il ne s'agit pas que de Yara. Est-ce que tu fais confiance à Daenerys ? Est-ce que tu penses vraiment qu'elle ne serait pas capable de lui faire du mal ? »
La réponse est évidente, bien sûr – Cersei sait ce qui va arriver à Yara, c'est dommage que Sansa ait eu autant d'aversion pour la lionne, sinon elle aurait peut-être écouté, elle aurait peut-être pu la sauver.
Non, bien sûr que non.
Il n'y a pas de dernière chance.
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« C'est un piège n'est-ce pas ? Vous voulez que j'abandonne ma couronne. Vous avez comploté avec Sansa. Vous m'avez trahie pour elle. Vous m'avez laissée tomber. »
« Daenerys... »
« Eh bien, qu'attendez-vous pour appeler vos soldats ? »
« Il n'y a pas de piège. »
« Vous n'êtes qu'une menteuse. Je vous ai donné ma confiance et voilà comment vous me remerciez ! »
« Je ne vous ai jamais trahie, jamais ! Daenerys, reculez... »
« Votre Majesté. Je suis votre reine, Lady Greyjoy. Une reine que vous avez abandonnée, tout ça pour une louve ! »
Il n'y a pas de dernière chance.
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« Qu'est-ce que tu fais encore là ? Cours ! »
Cours ! hurlent mille fantômes autour d'elle. Cours ! Cours ! Cours !
Alors Sansa court.
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Plus tard, quand on écrira des ballades sur le kraken et la louve, des chansons d'eau et de glace, on dira qu'alors que le kraken chutait, chutait, chutait, il pensait aux yeux de glace de la louve, il pensait que tous les deux se retrouveraient un jour ou l'autre, on dira que son frère l'attendait tout en bas et que le sel de leurs larmes s'est mélangé à celui de la mer quand ils se sont enfin retrouvés.
Il n'en est rien, bien sûr – ce ne seront que des chansons.
Alors que Yara tombe dans la vide, alors qu'elle découvre enfin la sensation de voler, elle ne pense pas à Sansa, elle ne pense même pas à Theon.
Elle ne pense qu'à deux yeux violets qui ne peuvent être sauvés de la folie qui les consume et à cette triste vérité qu'elle n'a pas apprise et qui vient de lui coûter la vie.
L'eau et le feu ne sont pas faits pour être ensemble.
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Sansa court, court et court, elle court comme elle n'a jamais couru avant, elle est à bout de souffle mais elle ne doit pas s'arrêter, il n'y a pas de dernière chance possible, il n'y en a jamais eue, Cersei avait raison, elle doit arrêter Daenerys, elle doit arrêter la progression du feu.
Lorsqu'elle sort du château, c'est là qu'elle l'entend, ce bruit étrange et tellement inattendu, ce bruit qui la fait trembler de tout son corps et qui lui glace le sang.
C'est un éclat de rire, un rire puissant, un rire dément.
Daenerys est agenouillée au bord de la falaise et elle rit, Sansa est horrifiée, elle s'est noyée dans un océan de folie, il est beaucoup trop tard pour la sauver, pour négocier, pour espérer la paix.
« Pourquoi riez-vous ? Où est Yara ? »
Mais elle sait déjà, bien sûr qu'elle sait – elle aurait dû écouter Cersei.
Presque craintivement, elle s'approche de la falaise, se penche. Elle sait déjà ce qu'elle va voir mais ça n'empêche pas son cœur de se briser en mille morceaux.
« YARA ! »
C'est un cauchemar. Ce n'est pas possible autrement. Je vais bientôt me réveiller et Yara sera avec moi, elle me serrera dans ses bras et elle m'embrassera. C'est facile, je n'ai qu'à ouvrir les yeux. Comment faire ?
Peut-être que si elle tombe elle aussi, peut-être que si elle se fracasse sur les rochers, elle se réveillera. Daenerys l'attrape par le bras et la tire en arrière, elle l'éloigne du bord de la falaise, de Yara, Sansa hurle et se débat, pourquoi la reine veut-elle encore les séparer ? Yara l'attend dans le monde réel, elles seront bientôt réunies.
Sansa tombe à genoux et, lentement, comprend que ceci n'est pas un mauvais rêve, que ceci n'est que trop réel.
« Yara... Yara... »
Yara a fait confiance à Daenerys, elle aurait dû insister, lui dire que c'était trop tard, pourquoi ne l'a t-elle pas fait ? Maintenant, elle n'a plus qu'un petit coquillage et un océan de larmes, elle n'a plus rien, la reine dragon lui a tout pris, la haine brûle en elle.
Quand elle se relève et que leurs regards se croisent, le feu rencontre la glace et il ne gagnera pas, pas cette fois.
« Qu'avez-vous fait ? »
Daenerys recule, le regard perdu.
« Je ne... »
« QU'AVEZ-VOUS FAIT ? »
En cet instant, la glace, ça brûle plus fort que le feu.
« C'était un accident ! » dit Daenerys. « Je n'ai rien fait, je vous assure, c'était un accident... un stupide accident... »
Elle lui tend la main, Sansa a envie de se jeter sur elle, de la détruire, de la faire souffrir, comment peut-elle encore mentir ? Comment peut-elle encore essayer de se convaincre qu'elle n'est pas une meutrière ?
« Vous l'avez tuée. Vous l'avez tuée ! »
Vous me l'avez arrachée ! Je l'aimais, et vous me l'avez arrachée !
« Non ! »
« Arrêtez de mentir ! Vous détruisez tout ce que vous touchez ! »
« Ce n'est pas vrai... »
« Regardez en arrière ! Pour une fois dans votre vie, rien qu'une fois, regardez en arrière ! Regardez ce que vous avez fait ! »
« Je ne peux pas regarder en arrière ! Si je regarde en arrière, je suis perdue ! »
Vous êtes déjà perdue.
« Vous êtes un monstre. »
Sansa part en courant, elle ne doit pas la laisser l'atteindre, elle doit se mettre en sécurité.
Daenerys ne le sait pas encore mais elle vient de précipiter sa propre chute, elle vient de mettre le feu aux poudres, elle vient de réduire à néant ses derniers espoirs mais Sansa s'en fiche.
Une fois qu'elle est seule, une fois que plus personne n'est là pour l'entendre, c'est là qu'elle se met à hurler.
Yara est morte.
Son cœur vient de mourir avec elle.
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Je ne lui ai jamais dit que je l'aimais.
C'est trop tard, maintenant, beaucoup trop tard.
The author regrets everything again.
