don't give up (even when i'm gone)
Chapitre 27
oOo
Sansa est assise en face de Bran, les poings crispés, elle retient son souffle, sa couronne est lourde sur sa tête, beaucoup trop lourde.
Tout va bien se passer. Je ne viens pas de condamner mon propre peuple. Tout va bien se passer.
Elle pense à Yara, serre son coquillage dans le creux de sa main.
Oh, Yara. J'ai tant besoin de ta force, de ton courage. J'ai si peur.
Bran reprend enfin contact avec ce qui est autour de lui. Sa voix n'exprime aucune émotion lorsqu'il dit simplement :
« Les Immaculés qui étaient dans le Nord, le Val et le Conflans ont tous été tués. »
Elle acquiesce doucement.
« Je vois. Merci, Bran. »
Un frisson lui parcourt le corps, elle ne peut se défaire de l'impression qu'il sait exactement ce qui va se produire, qu'il le sait et ne juge pas utile de l'en informer. L'aurait-il seulement prévenue si Daenerys avait un jour décidé d'attaquer le Nord ?
A t-il des plans pour moi ? Savait-il... savait-il que Yara allait tomber ?
Elle se lève et quitte la pièce en secouant la tête, c'est impossible, Bran est toujours son frère, la Corneille à Trois Yeux ne peut pas l'avoir complètement éclipsé, rien ne peut faire disparaître le sang du loup, rien du tout.
Winterfell ne tombera pas, les Immaculés ne sont plus, ils ne pourront plus jamais tyranniser qui que ce soit. Son peuple est sain est sauf.
Sansa ne sourit pas, pourtant. La victoire a un goût de cendres.
(Bien trop d'innocents ont perdu la vie pour qu'elle en arrive là – l'histoire de son règne sera écrite dans la glace et le sang.)
Au fond, les Immaculés ne faisaient qu'obéir à leur reine. Elle regrette qu'ils n'aient jamais vu la vérité en face, qu'ils n'aient jamais vu ce qu'était devenue leur précieuse souveraine – ou peut-être que servir une meurtrière ne les dérangeait pas.
Lorsque Sansa sort dans la neige, elle comprend qu'elle va gagner. Daenerys va être renversée, son règne de terreur va prendre fin.
Une question ne cesse cependant de la hanter.
Qu'en est-il du roi ?
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Jon,
Les Immaculés dans le Nord, le Val et le Conflans ont tous été tués. Les Fer-Nés se rassemblent en ce moment-même dans le Bief, Gendry a également appelé tous ses bannerets dans les Terres de l'Orage. La capitale sera bientôt attaquée. Je t'en prie, prends les enfants et fuis avant qu'il ne soit trop tard. Essaye de te réfugier à Accalmie si tu le peux, Arya fera en sorte qu'il ne t'arrive rien.
Je suis très inquiète. J'espère te revoir bientôt.
Je t'aime,
Sansa.
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(Sansa savait-elle qu'elle ne reverrait jamais son frère lorsqu'elle lui a envoyé cette lettre ? Probablement pas – c'est dommage que même le sang du loup puisse être vaincu, surtout lorsqu'il est mélangé à celui du dragon.)
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Sansa,
Nous allons perdre, c'est évident. Les Immaculés qui gardent Port-Réal ne seront jamais assez nombreux pour l'emporter. Je ne peux pas fuir, Sansa. J'ai prêté un serment, j'ai juré de servir ma reine jusqu'à la fin – je ne peux pas le rompre maintenant. Par ailleurs, même si je partais, je n'aurais aucune chance de m'en sortir. Je suis un dragon. Jon Stark aurait assurément survécu. Jon Snow s'en serait peut-être sorti. Pas Aegon Targaryen.
Ils haïssent les dragons. Daenerys leur a fait trop de mal pour qu'ils soient prêts à laisser vivre celui qui s'est tenu à ses côtés pendant toutes ces années.
Pour ce qui est des enfants... il y a quelque chose que tu ne sais pas. Daenerys est enceinte – personne n'est au courant. Dès que le bébé sera né, Sam l'emmènera en sécurité avec Jenny et Duncan. Je t'en prie, Sansa. J'ai accepté l'idée de mourir, mais les enfants... protège-les. Ils sont innocents, ils ne sont en rien responsables des crimes de leur mère – de nos crimes.
Je t'aime,
Jon.
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(Cette lettre est comme un coup de poignard à travers son cœur. Comment Jon peut-il se condamner lui-même ? Sansa refuse de l'accepter, son frère ne peut pas mourir, pas comme ça.)
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« La menace est définitivement écartée au nord du royaume, » dit Tristifer Botley lorsqu'il vient lui faire son rapport. « Nous avons également pris le contrôle des Terres de l'Ouest. Dorne ne nous aidera pas mais ils ne soutiendront pas non plus la reine dragon. Je pars tout de suite au sud afin de préparer l'attaque de la capitale. »
Sansa acquiesce, se mord la lèvre.
Je dois sauver Jon.
Les soldats Nordiens ne lui feront rien. Les armées du Val et du Conflans ont également reçu l'ordre de l'épargner. Arya devrait faire en sorte que les armées des Terres de l'Orage fassent de même.
(Elle voit la flamme qui brûle dans les yeux de Tristifer Botley et a envie de hurler de terreur.)
« Lord Botley ? J'ai... une faveur à vous demander. »
« Une faveur ? »
« Oui. J'aimerais que vous épargniez le roi... j'aimerais que vous épargniez mon frère. »
Il s'esclaffe d'un rire sans joie.
« Votre frère... un dragon. Pourquoi devrions-nous l'épargner ? »
« Toutes ces choses qui sont arrivées... il n'a jamais voulu ça, jamais. »
« Mais il ne s'y est pas opposé non plus, pas vrai ? S'il l'avait voulu, il aurait pu tuer la reine dragon avant même que son règne ne commence. Il a choisi de lui rester fidèle. Eh bien, soit. Il subira le même sort. »
Oh, Jon. Pourquoi fallait-il que tu aies autant d'honneur ?
« Et ses enfants aussi. »
« Non, » souffle Sansa. « Les enfants... »
« Avez-vous la mémoire courte, Lady Stark ? » coupe t-il. « Avez-vous oublié ce qui s'est passé la dernière fois que deux enfants Targaryen ont survécu ? »
Viserys et Daenerys Targeyen – deux enfants exilés loin de leur royaume, des rêves de revanche, de couronne et de conquêtes.
Des rêves de feu et de sang.
(Sansa a perdu – la victoire avait un goût de cendres, la défaite est encore pire.)
Elle cherche quelque chose à dire, n'importe quoi pour le convaincre de changer d'avis, de faire preuve de clémence.
« Ce n'est pas ce que Yara aurait voulu. »
Il la regarde droit dans les yeux.
« Yara Greyjoy n'est plus là, tout ça à cause des dragons. Nous avons l'occasion de la venger – nous n'allons certainement pas la laisser passer. »
Il s'incline et s'éloigne, Sansa demeure paralysée, elle imagine une rivière de sang couler à travers Port-Réal – le sang du loup.
Qu'est-ce que j'ai fait ?
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(Oh, Jon, je t'en supplie, change d'avis. Pars, enfuis-toi, je ne veux pas que tu meures.)
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Sansa,
L'attaque est imminente. J'ai supplié Jon de fuir mais il ne veut rien entendre – il n'a même pas répondu à mes dernières lettres. Les Fer-Nés ne l'épargneront pas, je ne sais pas quoi faire de plus.
J'aimerais être avec toi en ce moment, avec Jon – j'aimerais que notre meute soit enfin réunie.
Arya.
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« J'ai tué mon frère, » dit Sansa en se prenant la tête entre les mains.
Cersei soupire, elle a l'air de compatir à son malheur.
« Je sais ce que ça fait, petite colombe. »
(Sansa se demande si le cadavre de Jaime hante ses cauchemars, si elle a des regrets, si elle aimerait remonter le temps pour lui sauver la vie.)
« Ce n'est pas ce que je voulais, » murmure t-elle en se redressant.
Elle se met à faire les cent pas dans sa chambre, elle a envie de hurler et de jeter sa couronne au feu, elle y renoncerait sans hésiter si ça lui permettait de sauver Jon, qu'a t-elle fait ?
« Je l'ai tué. Je l'ai condamné le moment où on a posé cette couronne sur ma tête... »
« Tu n'avais pas le choix, Sansa. Il fallait que tu déclares la guerre à Daenerys, il fallait que tu protèges ton peuple. »
Sansa sent des larmes lui brûler les yeux.
« Alors c'est ça, être reine ? » murmure t-elle. « Protéger son peuple à tout prix, même aux dépens de sa famille ? »
Ce n'est pas ce que j'imaginais quand j'étais enfant. Ce n'est pas ce que je voulais.
« J'imagine, » soupire Cersei. « Ce n'est pas ce que j'ai fait. J'ai toujours fait passer ma famille avant mon peuple. J'imagine que je n'ai pas été une très bonne reine. »
Jamais la véritable Cersei n'aurait dit une chose pareille, Sansa le sait parfaitement. Elle se surprend à trouver cette création de son esprit trop imparfaite, trop fade, trop irréelle.
Sansa est seule. Yara n'est plus là. Arya est loin d'elle. Bran est devenu la Corneille à Trois Yeux.
Et Jon va bientôt mourir.
« Il... il va peut-être s'en sortir, » dit-elle sans grande conviction. « Il va peut-être échapper aux Fer-Nés... »
Cersei la dévisage avec pitié.
Toutes deux savent qu'il n'en est rien.
Jon n'échappera pas aux Fer-Nés parce qu'il ne cherchera pas à leur échapper. Jon se battra jusqu'à la fin et son honneur causera sa perte, exactement comme le sien a causé celle de Ned Stark.
« Tu es une reine, Sansa. Les reines doivent faire des sacrifices. »
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(Si c'est comme ça, Sansa ne veut plus être reine – à quoi lui sert cette couronne si elle ne peut pas protéger ceux qu'elle aime ?)
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« Que ferais-tu, Yara ? »
Sansa laisse ses doigts courir sur le tronc de l'arbre cœur.
« Je donnerais tout pour que tu sois à mes côtés en ce moment. Si tu étais encore là, tout serait différent. Je ne serais pas seule... »
Elle soupire.
« Jon va mourir, Yara, et c'est me faute. Chaque soir, je contemple le plafond de ma chambre et je pense à ce que j'aurais pu faire de différent. J'aurais dû crier plus fort pour le prévenir que Daenerys était dangereuse, qu'elle brûlerait tout. J'aurais dû l'empêcher d'aller au sud. J'aurais dû l'empêcher de l'épouser. J'aurais dû réussir à le convaincre de fuir... »
(C'est terrible de regarder en arrière. Elle commence à comprendre pourquoi Daenerys a toujours refusé de le faire. Il n'y a pas pire poison que les regrets.)
« Je me déteste, Yara. Je me déteste tellement. »
Elle n'a pas su retenir Yara, et Yara est morte.
Elle n'a pas su retenir Jon, et Jon va mourir.
Jamais Sansa ne se pardonnera.
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« Lady Sansa ? »
« Oui, Renly ? »
« Pourquoi est-ce qu'il va y avoir une guerre ? »
Le petit garçon serre la poignée de Soleil-de-Glace entre ses doigts, une lueur d'inquiétude brille dans ses yeux, il a compris que quelque chose de grave est en train de se produire.
La guerre, ce n'est pas comme dans son imagination ou comme dans les histoires dont il raffole, ce n'est pas des preux et nobles chevaliers qui s'affrontent dignement.
La guerre, c'est le sang, la boue et les cadavres, c'est la mort, les larmes et le deuil. Ce n'est pas beau.
« Le dragon est dangereux, Renly. Nous devons protéger notre royaume alors nous partons en guerre. »
« Oh... »
Il est jeune, si jeune. Si innocent. Sansa ne veut pas briser ses rêves d'enfant, ne veut pas que de terribles cauchemars viennent troubler son sommeil.
Quand il sera plus âgé, elle lui expliquera tout. Le massacre de Port-Réal. La folie de la reine dragon. La chute de Yara.
Pour l'instant, elle se contente de lui sourire, de l'embrasser sur le front et de le serrer contre elle.
Elle se contente de le protéger.
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Sansa gambade au bord d'un lac gelé. Sa fourrure rouge est comme une tache de sang dans ce paradis blanc. Le soleil se reflète sur la glace et l'aveugle presque.
Où es-tu ?
Elle cherche le loup blanc, son frère, il a disparu depuis des années, exilé loin de sa meute, il faut qu'elle le retrouve avant qu'il ne soit trop tard.
Enfin, elle le voit. Il est au milieu du lac, il ressemble à un fantôme, elle en vient à se demander s'il est réel.
Sansa lève le museau vers le ciel et elle hurle, un hurlement de joie, ils seront bientôt réunis. Elle commence à avancer sur la glace, vite, il lui a tellement manqué.
Le regard du loup blanc la pousse à s'arrêter.
C'est trop tard, semble t-il dire.
Alors que Sansa veut pousser un nouveau hurlement, la glace se fissure sous ses pattes et il disparaît en silence.
« Jon ! »
Elle se réveille en sursaut. Quelqu'un est penché au dessus d'elle.
« Brienne ? »
« L'attaque... l'attaque a débuté, ma dame. »
Lorsque Sansa se lève, elle manque de tomber tellement ses jambes tremblent.
Le silence règne dans la chambre de Bran. Davos, Podrick et Gilly sont rassemblés autour de lui, le regard sombre. Gilly serre Jeyne contre elle. Sam et Renly sont assis sur le sol, les yeux écarquillés.
« Lady Sansa ! » s'écrie Renly dès qu'il l'aperçoit.
Il court se jeter dans ses bras.
« Qu'est-ce que tu fais debout à une heure pareille ? » demande Sansa.
(L'attaque. Des morts, des cadavres – non, il ne peut pas savoir. Elle doit le protéger.)
« Je me suis réveillé... j'ai entendu du bruit... qu'est-ce qui se passe, Lady Sansa ? »
Elle se mord la lèvre, jette un regard à Brienne, elle est tout aussi désespérée qu'elle.
« Tu ne devrais pas être là, Renly, » se contente t-elle de répondre.
Tes illusions d'enfant ne mourront pas aujourd'hui.
« Tu vas retourner dans ta chambre. Je viendrai te rejoindre un peu plus tard. »
« Mais... »
« Sam, » appelle Sansa. « Jeyne. »
Gilly est visiblement trop terrorisée pour faire quoi que ce soit. Ce n'est pas grave – Sansa s'occupera de toute sa meute.
« Venez ici. »
Les deux enfants s'exécutent mais Renly n'est pas décidé à bouger – Jaime Lannister non plus n'était pas de ceux qui obéissent aux ordres.
« Je veux rester ici, » dit-il. « Je veux comprendre ce qui se passe ! »
« Tu es trop jeune. »
« Non, ce n'est pas vrai ! »
« Renly, » intervient Brienne. « Ça suffit. »
Elle ignore ses protestations et lui attrape la main.
« Je vais m'occuper des enfants, » murmure t-elle.
Sansa, la gorge trop nouée pour parler, se contente d'acquiescer, reconnaissante, et s'agenouille devant la chaise de Bran.
« Que se passe t-il, Bran ? » demande t-elle d'une petite voix.
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La nuit est noire. La neige tombe silencieusement dehors mais personne n'y fait attention.
Un nouveau petit dragon.
La fin tragique des flammes.
Une fuite désespérée.
La mort du loup blanc.
(Ceci n'a rien d'une victoire.)
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Alors que Sansa s'est effondrée sur le sol et pleure, pleure, pleure, un hurlement de loup déchire le silence de la nuit.
Oh, Fantôme. Tu as compris toi aussi, où que tu sois.
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Le lendemain matin, après une nuit sans sommeil, Sansa ne pleure pas – elle a déjà versé toutes ses larmes et, d'une certaine façon, elle a déjà fait son deuil avant même que le loup blanc ne pousse son dernier hurlement.
Jon a refusé de la laisser le sauver parce qu'il avait trop d'honneur pour ça, parce qu'il se croyait condamné, lui aussi a fini par croire que le sang du loup n'importait pas, mais malgré ça il n'a jamais été un véritable dragon.
Pardonne-moi, Jon. Où que tu sois maintenant... pardonne-moi. Tu méritais tellement mieux. Je suis désolée.
Elle ferme les yeux et imagine Yara accueillir Jon avec un sourire rassurant – l'eau, c'est la même chose que la glace. Il n'y aura plus jamais de feu.
« Ma dame ? »
Sansa se retourne. Brienne s'avance doucement vers elle.
« Bonjour, Brienne. »
Elle lève les yeux vers le ciel. Le soleil brille.
« C'est une belle journée, » dit-elle.
Le ciel, les nuages, la neige, les arbres – en apparence, rien n'a changé.
Ce n'est pas vrai, bien sûr.
« Oui, » acquiesce Brienne. « Ma dame... je sais que je vous l'ai déjà dit cette nuit mais... je suis vraiment désolée pour votre frère. »
Où es-tu, Jon ? As-tu retrouvé Père ? Robb et Rickon ? J'espère que tu es heureux, où que tu sois.
« Merci, Brienne. »
Sansa sait qu'elle ne reverra jamais Fantôme – sa triste lamentation a constitué la note finale de la tragique chanson de glace et de feu de Daenerys et Jon.
Daenerys. Je pensais que je serais heureuse d'apprendre sa mort. Quelle idiote j'étais. Comment pourrais-je être heureuse alors qu'elle a emporté Jon dans sa chute ? J'aurais tellement aimé que rien de tout ça ne se produise, j'aurais aimé qu'elle soit cette reine juste dont rêvait Yara. J'aurais aimé pouvoir être son amie et déguster des gâteaux au citron avec elle. C'est ce qui se serait passé dans un monde meilleur, mais ce monde est cruel.
« Brienne ? »
« Oui, ma dame ? »
« Daenerys est morte. Le dragon n'est plus. »
Elle lui jette un regard interrogateur.
Dans toute cette obscurité, un rayon de lumière va enfin pouvoir briller, comme un soleil de glace.
« Les mensonges ne sont plus nécessaires, désormais. »
Le soleil se met à étinceler dans ses yeux quand elle comprend ce que Sansa veut dire.
Son sourire la réchauffe de l'intérieur.
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« Renly ? Réveille-toi. »
Encore ensommeillé, le petit garçon se frotte les yeux et s'étire. Alors que Sansa l'aide à s'habiller, il la bombarde de questions.
« Qu'est-ce qui s'est passé ? Est-ce que la guerre est finie ? Est-ce que... »
« Tout va bien, Renly. Ne t'inquiète pas... tout ira bien. »
Il la suit docilement à l'extérieur du château. Sansa s'arrête à l'entrée du Bois sacré et lui pointe l'arbre cœur du doigt.
« Ser Brienne t'attend. Elle a quelque chose à te dire. »
« Oh ? »
« Oui. Vas-y, n'aie pas peur. Tout va bien. »
Sansa reste à l'écart, bien que le suivre soit tentant. Renly est comme son fils mais elle n'est pas sa mère, pas vraiment. Elle a réussi sa mission, elle l'a protégé du feu du dragon. Il est temps pour elle de s'effacer.
Elle assiste de loin à leur discussion. Brienne est tombée à genoux, elle parle sans pouvoir s'arrêter, Renly l'écoute en silence. Quand elle est à court de mots, elle dissimule son visage entre ses mains pour ne pas qu'il la voie pleurer.
Renly ne dit toujours rien. Sansa retient son souffle – va t-il se mettre à les détester pour leur avoir menti ?
Très lentement, il comble la distance qui le sépare de Brienne et enroule ses petits bras autour de sa taille.
Lorsqu'il éclate de rire, Sansa s'aperçoit qu'elle pleure.
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(Des larmes de joie, bien sûr, mais aussi des larmes de tristesse qui lui rappellent qu'elle est seule, maintenant, elle est la dernière louve, il n'y en aura peut-être plus jamais d'autre.)
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« Ce n'est pas fini, Yara, » murmure Sansa en regardant vers le ciel. « Daenerys est morte, mais ce n'est pas fini. Les Sept Couronnes sont plongées dans le chaos. Jorah Mormont s'est enfui avec les enfants... les derniers dragons. Ils sont innocents mais ça ne changera rien. Ils ne seront jamais en sécurité. »
Sansa se rappelle d'une autre époque où les deux derniers Targaryen ont été persécutés, chassés, traqués.
L'histoire est écrite dans le feu et le sang, et elle se répète.
La fin de cette nouvelle chanson de feu ne sera pas tragique.
Elle s'en fait la promesse.
Sansa embrasse son coquillage.
« Je t'aime, Yara. Je serai forte, je te le promets. »
