don't give up (even when i'm gone)

Chapitre 30

oOo

Quand Sansa s'endort, la dernière chose qu'elle voit n'est autre que les yeux verts de Cersei. Ceux-là ne sont qu'une invention, une création de son esprit, un souvenir, ils sont irréels, pourtant elle a l'impression de fondre sous l'intensité de ce regard.

(Que se passera t-il quand elle regardera dans les yeux de la véritable Cersei Lannister ?)

Le cœur rongé par l'angoisse, elle s'attend à faire un nouveau cauchemar terrifiant, elle s'attend à se réveiller en hurlant, encore hantée par ses visions d'horreur.

Il n'en est rien.

Sansa marche sur une plage, elle fronce les sourcils, elle est certaine d'être déjà venue ici. Le soleil se couche, le ciel est d'une jolie couleur orangée. Elle se fige quand elle s'aperçoit que quelqu'un se baigne dans la mer. Son cœur s'arrête.

Non, c'est impossible.

Il s'agit d'un rêve et dans les rêves, tout peut arriver. Les larmes aux yeux, Sansa se précipite dans l'eau et se jette dans les bras de Yara.

« Oh, Yara... je ne peux pas y croire. Est-ce que c'est vraiment toi ? »

Elle s'écarte légèrement d'elle et prend délicatement son visage en coupe, se perd dans les yeux d'eau qu'elle craint d'oublier un jour, dépose un doux baiser sur ses lèvres.

« C'est moi, Sansa, » répond Yara.

Elle ne parvient plus à retenir ses larmes, elles coulent en rivières de ses yeux.

« Tu me manques tellement, » sanglote t-elle en la serrant plus fort.

« Je sais, » répond tristement Yara. « Tu me manques aussi, Sansa. »

« Pas un instant ne passe sans que je pense à toi. Je voudrais tellement que tu sois près de moi... j'ai besoin de toi. »

Yara lui caresse les cheveux.

« Tu es forte, Sansa, si forte. Tu ne peux pas savoir à quel point je suis fière de toi. »

La louve lui offre un petit sourire mélancolique.

« Je le serais encore davantage si tu étais avec moi. Quand tu étais là, je me sentais invincible. »

(Ce n'était qu'une illusion, bien sûr. Sansa n'était pas invincible et Yara non plus – sinon, elle serait toujours en vie, elle ne se serait pas tombée, elle ne se serait pas fracassée sur les rochers.)

« J'ai peur, Yara. Je ne sais pas quoi faire... est-ce que je condamne Jenny et Duncan en les amenant à Cersei ? »

Yara pose la main sur sa poitrine, là où bat son cœur.

« Tu n'as pas besoin de moi pour décider, Sansa, je t'assure. Au fond de toi, tu sais ce qu'il faut faire. Tu as déjà toutes les réponses. »

Elle l'embrasse une dernière fois avant de commencer à s'éloigner.

« Je t'aime, Sansa. Maintenant et à tout jamais. »

Alors qu'elle n'a fait que quelques pas, Sansa lui demande :

« Yara... est-ce que c'est un simple rêve, ou est-ce que c'est réel ? »

La Fer-Née sourit.

« Bien sûr que c'est un rêve, Sansa, mais pourquoi cela ne serait-il pas réel ? »

Elle disparaît sous l'eau.

Sansa se réveille.

.

(Elle n'a plus aucun souvenir de son rêve, elle a simplement l'impression d'être en paix et de savoir ce qu'elle doit faire.)

.

« Ma dame, puis-je vous parler ? » lui demande Brienne le lendemain.

Sans acquiesce et toutes deux sortent dans la cour et observent les enfants se poursuivre en riant.

« Renly voulait encore leur montrer Soleil-de-Glace, » dit Brienne, amusée. « Il est très fier de son épée. »

Son sourire s'efface quelque peu, elle soupire.

« C'est d'accord. »

Un peu bêtement, Sansa met plusieurs secondes à comprendre de quoi elle parle et puis tout s'éclaire, elle pense même avoir mal entendu. Brienne se tourne vers elle, les sourcils froncés.

(Elle a vraiment le regard d'une louve – le regard d'une mère.)

« J'accepte que vous emmeniez Renly avec vous. Je... je vous fait confiance, ma dame. »

Sansa lui sourit, soulagée.

« Merci, Brienne. Je vous assure qu'il ne lui arrivera rien. »

(Elle ignore les yeux brûlants de Cersei dans son dos.)

« Vous ne lui direz pas qui ils sont vraiment, n'est-ce pas ? Je... je préfère attendre avant de lui parler de Jaime. Je sais que c'est égoïste mais... »

« Ça ne l'est pas, » coupe t-elle doucement. « Vous êtes sa mère. C'est à vous de décider. »

Brienne lui offre un petit sourire.

« Vous êtes aussi sa mère, Lady Sansa. Je n'oublierai jamais ce que vous avez fait pour nous. »

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Sansa,

Comment ça, quitter le Nord ? Où comptes-tu aller ? Pourquoi est-ce que tu ne veux pas me le dire ? Je suis très inquiète. Je t'en prie, explique-moi ce que tu comptes faire.

Arya.

Sansa soupire.

Elle sait déjà qu'elle ne répondra pas à cette lettre.

.

(Désolée, Arya. Je t'expliquerai tout plus tard. J'espère que tu comprendras.)

.

Le jour du départ approche. Jorah ne quitte presque jamais les enfants, il savoure chaque instant passé avec eux comme si c'était le dernier. Comme il aimerait pouvoir les protéger, pouvoir les regarder grandir.

Comme il s'en veut de devoir les abandonner.

Il n'est toujours pas entièrement convaincu que le plan de Sansa va fonctionner, que Cersei Lannister acceptera de s'occuper d'eux, ne cherchera pas à se venger de leur mère à travers eux.

Je n'ai pas le choix. C'est leur dernière chance.

Il se demande combien de temps il faudra aux jumeaux pour l'oublier. Quelques mois ? Ils sont si jeunes. Peut-être que c'est pour le mieux – quand ils l'oublieront, ils oublieront aussi cette enfance solitaire dans le Donjon Rouge, ils oublieront le fantôme qu'était devenu leur mère, ces souvenirs seront comme des cendres emportées par le vent, ils finiront par disparaître et le soleil brillera de nouveau.

(Il ne peut pas penser à lui, à son cœur brisé, ça n'importe pas – seule leur vie compte.)

La veille du départ, alors que le bébé vient d'être nourri et qu'il le berce, Sansa entre dans la pièce, le salue d'un petit signe de tête.

« Ser Jorah... une fois que nous aurons confié les enfants à Cersei et Tyrion... »

En admettant qu'ils acceptent de s'occuper d'eux.

« Que comptez-vous faire ? »

Cette question le prend au dépourvu et il s'aperçoit que depuis sa fuite désespérée de la capitale, il n'a pas pensé une seule seconde à lui, à ce qui pourrait lui arriver. Comment aurait-il pu alors que les enfants étaient en danger ?

« Je... je ne sais pas, » admet-il. « J'imagine que je suis promis au même sort que Jon. »

« Vous n'êtes pas un Targaryen. Vous n'êtes pas un dragon. »

(Jon non plus n'en était pas un, pas vraiment, mais ça n'a fait absolument aucune différence.)

Il soupire.

« J'étais la Main de la reine, Lady Stark. Je l'ai soutenue pendant toutes ces années, j'ai assisté aux atrocités qu'elle a commises et je n'ai rien fait pour l'arrêter. Personne ne se montrera clément avec moi... et ils auront raison. »

Son amour l'a aveuglé, l'a empêché d'agir. Viendra le moment où il devra en payer le prix.

Sansa secoue la tête, déterminée.

« Il ne vous arrivera rien. Je vous aiderai, Ser Jorah. Je n'ai pas pu sauver Jon... mais je vous sauverai vous. Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour ça. »

Elle désigne le bébé d'un signe de tête.

« Personne n'est au courant de son existence en dehors de vous et Sam, c'est bien ça ? »

Il hoche la tête.

« Daenerys... Daenerys était devenue paranoïaque, » explique t-il d'une petite voix. « Elle avait peur qu'on s'en prenne à l'enfant, elle voulait que personne ne sache qu'elle était enceinte. »

Sansa accepte l'explication d'un hochement de tête et caresse les cheveux blond foncé de la petite.

« Celle-ci est forcément de vous. »

Sa voix n'exprime aucune émotion particulière et pourtant Jorah ne peut s'empêcher d'avoir honte, il baisse la tête et n'ose plus la regarder dans les yeux, il savait ce qu'était devenue Daenerys et pourtant il a continué de partager son lit, il a continuer de l'embrasser, il a continué de l'aimer.

(Tout ça ressemble vraiment à une malédiction.)

« Ser Jorah, » lui dit Sansa. « Je ne suis pas en train de vous juger. Je sais que vous l'aimiez plus que tout. »

La gorge serrée, il acquiesce douloureusement.

« Je voulais dire que personne ne sait qu'elle existe et qu'elle ne ressemble pas à sa mère. Est-il vraiment nécessaire de la confier à Cersei et Tyrion ? »

Son cœur se met à battre plus vite, il comprend où elle veut en venir, n'ose pas y croire.

« Elle n'est pas en danger. Vous pouvez la gardez près de vous. Vous pouvez être son père. »

« Je... non. Je suis en danger. La garder avec moi serait égoïste. Je causerais sa perte, je... »

« Ser Jorah. »

Ils se regardent les yeux dans les yeux.

« Je vous promets de vous aider. Il ne vous arrivera rien. Est-ce que vous me faites confiance ? »

(Sansa lui rappelle Daenerys avant qu'elle ne sombre dans la folie, une flamme brûle dans ses yeux, une lumière douce et rassurante.)

Il hoche la tête.

« Bien. »

Un avenir possible se déploie devant lui. Il imagine garder l'enfant, lui donner un nom, assister à ses premiers pas, ses premiers mots, la regarder grandir – et c'est tentant, c'est tellement tentant.

Ne serais-je pas égoïste ?

Sansa lui souhaite une bonne nuit avant de s'éclipser.

Lorsque Jorah dépose le bébé dans son berceau plusieurs heures plus tard, il a pris sa décision.

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« Nous allons devoir être séparés un petit moment, » murmure Jorah en lui effleurant la joue. « Je dois mettre ton frère et ta sœur en sécurité. Je reviendrai, ne t'en fais pas. Je t'en fais la promesse. Je t'aime. »

Il s'éloigne à regret du berceau.

Lorsqu'il rejoint Sansa dans la cour et qu'elle constate qu'il a les mains vides, elle sourit.

« Vous avez fait le bon choix, » murmure t-elle.

Jenny et Duncan sont prêts, Sansa les tient par la main, Jorah sent son cœur se déchirer, comment va t-il pouvoir trouver la force de les laisser derrière lui ?

« Tout va bien, » tente t-il de les rassurer en s'accroupissant pour être à leur hauteur. « Je vous l'ai dit, nous allons faire un petit voyage ensemble. Tout va bien se passer, d'accord ? Vous êtes en sécurité avec moi et Lady Sansa. »

Ils se contentent d'acquiescer docilement, il grimace. Ils sont silencieux – trop silencieux pour leur âge.

(Il sait qu'ils ne sont pas sortis indemnes du temps qu'ils ont passé à côtoyer la folie de leur mère, ça lui donne envie de pleurer, comment en sont-ils arrivés là ?)

Quelques instants plus tard, Renly sort du château avec Brienne.

« Est-ce que je peux emporter Soleil-de-Glace ? » demande t-il.

« Nous en avons déjà discuté, et ma réponse est toujours non. »

« Mais si je dois me défendre ? »

« Personne ne vous attaquera, Renly. Et même si c'est le cas, je te rappelle que Ser Jorah est un chevalier. C'est lui qui te défendra. »

Le petit garçon soupire, déçu.

« Tu vas me manquer, » dit Brienne en l'attirant contre elle. « Fais bien attention à toi, d'accord ? Et obéis à Lady Sansa. »

« Oui, Mère. »

Après un dernier baiser sur le front, elle le laisse rejoindre les jumeaux.

« Vous allez voir, on va bien s'amuser ! »

Tout ça est un jeu pour lui, il ignore les enjeux de ce voyage, Sansa lui a simplement expliqué qu'ils allaient rendre visite à de vieux amis. C'est la première fois qu'il quitte Winterfell, il a l'impression qu'il s'apprête à vivre une aventure, que les histoires dont il raffole sont sur le point de devenir réelles.

(Jorah envie son innocence – c'est si facile d'être un enfant.)

Ou peut-être pas, songe t-il sombrement en regardant les jumeaux.

« Brienne, » dit Sansa. « Il est fort probable que ma sœur débarque à Winterfell d'ici quelques semaines... »

« Ne vous inquiétez pas, ma dame. Je lui expliquerai tout. »

Sansa acquiesce, lui prend la main et la presse doucement.

« Vous allez me manquer. »

« Vous aussi. Prenez soin de vous et des enfants. »

Jorah installe les jumeaux sur son cheval tandis que Renly monte derrière Sansa. Il repense à ce que Daenerys avait l'habitude de dire.

Si je regarde en arrière, je suis perdue.

Lui aussi sera perdu s'il regarde en arrière, s'il pense à ce bébé qu'il laisse derrière lui ; le problème, c'est qu'il a l'impression que s'il regarde en avant, il sera perdu aussi.

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(Winterfell sera toujours là quand je reviendrai. Je ne dois pas m'inquiéter. Tout va bien se passer.)

.

Sansa ne parvient à respirer de nouveau que lorsqu'ils embarquent sur le bateau qui doit les conduire à Pentos. Elle repense à la dernière discussion qu'elle a eue avec Bran.

Est-ce que c'est la bonne solution ?

Ne t'en fais pas, Sansa. Tu fais ce qu'il faut. Tout se passe comme prévu.

Ce souvenir la fait frissonner, encore une fois elle a l'impression de n'être qu'un pion sur l'échiquier de Bran, sait-il ce qui va se passer ? Les a t-il tous manipulés depuis le début ?

(Savait-il que Yara allait tomber ?)

Sansa se mord la lèvre, elle ne doit pas penser à ça maintenant. Seuls les enfants importent – elle s'occupera du reste plus tard.

Renly court sur le pont les yeux fermés, s'imagine qu'ils partent à la conquête de terres inexplorées, Sansa le regarde faire avec amusement.

Les jumeaux sont serrés l'un contre l'autre et se murmurent des choses qu'elle ne peut entendre.

« Ils ne sourient pas beaucoup, » remarque t-elle.

(Quelles ombres peuplent leur esprit d'enfant ?)

« Je sais, » soupire Jorah.

La mâchoire de Sansa se décroche quand Duncan embrasse Jenny en plein sur la bouche. Elle ne sait pas ce qui la choque le plus – le baiser ou le fait que Jorah n'ait pas l'air le moins du monde étonné.

« Daenerys leur a raconté qu'ils allaient se marier, » explique t-il, soudainement très las.

« Je vois. »

(Elle pense à deux autres jumeaux incestueux, toutes les parties les plus sombres de l'histoire sont-elles donc destinées à se répéter?)

« Lady Stark ? »

« Oui ? »

« Pourquoi est-ce que vous ne me détestez pas ? »

Ses yeux brillent d'une curiosité empreinte de tristesse.

« Vous détester ? »

« J'ai servi Daenerys pendant toutes ces années. Si j'avais agi plus tôt pour l'arrêter, bien des tragédies auraient pu être évitées. »

Le fantôme de Yara vient planer entre eux. Sansa soupire. La haine est comme le feu, elle brûle, elle fait souffrir, elle ne laisse que des cendres sur son passage.

Cersei haïssait le monde entier – je ne dois pas faire la même erreur.

« Vous avez fait ce que vous avez pu pour la sauver. Et vous l'aimiez... l'amour est la mort du devoir. »

Ils échangent un sourire triste.

Sansa se penche, regarde la mer et pense à Yara.

Es-tu là, avec moi ? Es-tu présente dans ces milliers de gouttes d'eau, dans le sel de la mer, dans les grains de sable ?

.

Lorsqu'ils débarquent à Pentos, Sansa est de plus en plus nerveuse. Elle n'est qu'une étrangère ici, loin de sa maison, les couleurs sont trop vives, les odeurs trop différentes de celles qu'elle connaît, la langue est trop chantante.

« Pourquoi est-ce que je ne comprends rien, Lady Sansa ? » demande Renly, les yeux écarquillés.

« C'est du valyrien, » lui explique t-elle. « Peu de gens parlent la langue commune, ici. »

« Notre mère parle le valyrien, » lance Duncan.

C'est le premier mot qu'il prononce depuis de longues heures.

« Et vous ? » demande Renly.

Il secoue la tête de droite à gauche et ne dit plus un mot.

« Daenerys n'était plus en état de le leur apprendre, » murmure Jorah à Sansa d'un air triste.

Dracarys.

Elle frissonne – ce mot la hantera à jamais.

« Savez-vous où nous devons aller ? » demande Sansa.

« Eh bien... c'est un des magistrats de Pentos, Stallor Nestaar, qui a averti Daenerys de leur présence ici. Ils vivaient dans sa maison. »

« Il y a quelque chose que j'ai du mal à comprendre... pourquoi n'a t-il pas signalé à Daenerys qu'ils étaient toujours en vie ? »

(Une part d'elle connaît déjà la réponse à cette question – les morts ne racontent pas d'histoires.)

« Et comment ont-ils pu devenir magistrats ? » reprend t-elle.

« J'imagine que nous n'allons pas tarder à le savoir... »

Sansa a envie de faire demi-tour, son cœur bat vite, trop vite, elle a les mains moites.

Je vais revoir Tyrion.

Comment va t-il réagir en la voyant ? Oh, si seulement il n'y avait que lui, les choses seraient tellement plus simples.

Je vais revoir Cersei.

La peur revient, se glisse en elle, refuse de partir. Sansa n'est plus une petite fille, elle ne devrait pas être aussi impressionnée, alors pourquoi est-elle aussi terrifiée ?

« Tout va bien, petite colombe, » murmure Cersei, celle qui vient de son imagination. « Je ne vais pas te faire du mal, tu le sais très bien. »

J'aimerais pouvoir y croire. J'aimerais être sûre que je ne suis pas en train de faire la plus grosse erreur de ma vie.

« C'est ici, » dit Jorah au bout d'un moment.

Il s'est arrêté non loin d'une grande demeure luxueuse – Stallor Nestaar devait être très riche.

« Comment allons-nous nous approcher avec tous ces gardes ? »

« Eh bien... je suppose que nous allons devoir leur parler, » répond Jorah. « Allons-y, les enfants. »

Sansa échange un dernier regard avec Cersei. La lionne lui sourit.

« A tout de suite, petite colombe. »

Elle s'efface. Comme c'était à prévoir, les gardes les arrêtent avant qu'ils ne puissent s'approcher de trop près. L'un d'eux prononce quelques mots que Sansa ne comprend pas. Jorah répond en valyrien mais le garde secoue la tête de droite à gauche.

Elle grimace. Jorah insiste, le ton monte rapidement. Dans un geste protecteur, Sansa se place devant les enfants.

« Il veut que nous partions sur le champ, » lui apprend t-il, contrarié. « Je lui ai dit que nous voulions parler aux magistrats qui habitent ici mais il ne veut rien entendre. »

Sansa est désespérée, son regard se perd au loin, elle devine des jardins luxuriants, un havre de paix pour les jumeaux, ont-ils fait tout ce chemin pour rien ?

C'est alors qu'elle entend une voix familière juste derrière elle, une voix issue tout droit de son passé, un flot d'images la submerge, elle se noie dans ses souvenirs.

(Un mariage dont elle ne veut pas. Un mari qui refuse de la toucher. Un homme bon avec elle. Un baiser sur sa main.)

Elle se retourne en retenant son souffle.

« Sansa ? »

Il serait bien difficile de déterminer lequel est le plus surpris.

« Jorah ? Mais... »

Il remarque les enfants, leurs cheveux d'argent, leurs yeux violets, il n'a jamais été stupide, il comprend aussitôt.

« S'il vous plaît, » dit Sansa. « Nous avons besoin d'aide. »

Tyrion se ressaisit, acquiesce et s'adresse aux gardes. Ils s'écartent pour les laisser passer.

« Suivez-moi. »

Ils traversent les jardins. Tyrion brûle visiblement de leur poser des questions, fronce les sourcils quand il regarde Renly. Sansa se demande quand il va craquer.

« Oncle Tyrion ! »

Une petite fille déboule de nulle part et se jette dans ses bras. Il rit doucement, l'embrasse sur le front.

« Comment va mon petit lionceau ? »

« Bien ! »

Joanna Lannister se tourne vers Sansa et fronce les sourcils.

« Ce sont... de vieux amis, » explique Tyrion.

« Oh. »

Nullement intimidée, elle s'approche des autres enfants mais une voix l'interrompt avant qu'elle n'ait eu le temps de leur adresser la parole.

« Joanna ! »

Sansa a l'impression que ses jambes vont se dérober sous elle, elle a envie de courir se cacher, de se réfugier dans les bras de Yara jusqu'à la fin de ce cauchemar.

« Mère ! »

Lorsqu'elle apparaît, elle ne les remarque pas tout de suite, toute son attention est captée par sa fille qui se précipite vers elle.

« Regardez, Mère, oncle Tyrion a amené des amis ! »

« Des amis ? »

Elle relève la tête.

Il est trop tard pour reculer.

Leurs yeux se rencontrent.

Sansa regarde Cersei. Cersei regarde Sansa.

Elles se dévisagent pendant de longues secondes, trop choquées pour prononcer le moindre mot.

.

Reine tu seras, jusqu'à ce qu'il en vienne une autre, plus jeune et plus belle, pour t'abattre et s'emparer de tout ce qui t'est cher.

N'avait-elle pas enfin échappé à cette maudite prophétie ?