don't give up (even when i'm gone)
Chapitre 31
oOo
Sansa ne parvient pas à détacher son regard du visage de Cersei, elle est complètement paralysée, cette fois ce n'est pas une hallucination, une invention, un appel désespéré de son esprit solitaire. Les yeux verts sont là, juste devant elle, et ils sont réels – beaucoup trop réels.
Tout va bien. Je n'ai pas peur.
Cersei a changé. Ses cheveux sont courts, maintenant. Envolée, sa belle crinière de lionne. Elle a vieilli, bien sûr – voilà plus que dix ans que Sansa ne l'a pas vue.
Cependant, ce n'est pas ça qui la marque le plus – ce qui la cloue sur place, c'est la petite lueur de peur qu'elle aperçoit dans ses iris émeraude.
(Depuis quand Cersei Lannister a t-elle peur ?)
Devrait-elle dire quelque chose, n'importe quoi ? Elle ne trouve pas les mots, elle a l'impression de fondre, de n'être qu'un louveteau terrifié.
Finalement, c'est la petite Joanna qui brise le silence quand elle s'éloigne de sa mère.
« Comment est-ce que tu t'appelles ? »
(Peut-être qu'inconsciemment, elle a ressenti l'appel de son propre sang.)
« Renly. »
« Moi, c'est Joanna. »
Ils se sourient, un peu hésitants. Cersei reprend ses esprits, s'intéresse au reste du groupe. Quand elle pose les yeux sur Renly, c'est comme si le ciel s'effondrait sur elle. Le choc vient remplacer la peur dans ses yeux.
Ce n'est rien à côté de la déflagration d'émotions qui traverse son visage quand elle se met à fixer Duncan et Jenny. Sansa se place devant eux dans un geste protecteur, une lueur de défi dans les yeux.
(Elle n'a pas peur. Sa meute compte sur elle. Elle protégera les enfants si la lionne décide de se montrer agressive.)
Tyrion finit par se racler la gorge. Lui aussi regarde les jumeaux d'un drôle d'air.
« Rentrons, » propose t-il.
Jorah attrape la main de Jenny et Duncan et le suit immédiatement. Cersei et Sansa restent sur place encore quelques instants, elles s'observent avec méfiance. Joanna ne cesse de jeter des regards curieux à Renly.
Finalement, Cersei soupire et, d'un bref signe de tête, fait signe à Sansa de la suivre.
(Ce n'est pas comme ça que Sansa imaginait leurs retrouvailles.)
« Quand êtes-vous arrivés à Pentos ? » lui demande t-elle.
« Ce matin. »
Cersei ne dit plus un mot.
Toutes deux marchent dans le silence le plus complet.
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(Parfois, le soir, quand elle imaginait le jour où elle retrouverait Cersei, Sansa se plaisait à imaginer toutes les choses qu'elle lui dirait, tous les reproches qu'elle lui ferait. C'était à chaque fois la même chose, elle parlait, elle criait, elle hurlait et Cersei se contentait d'écouter, la louve vainquait enfin la lionne. Ce n'étaient que des rêves, bien sûr. La réalité est bien moins romanesque – la réalité, c'est le silence absolu de Sansa.)
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Tyrion les conduit jusqu'à une pièce lumineuse où sont disposés des fauteuils confortables. Il leur fait signe de s'asseoir. Cersei reste debout et se poste près d'une des fenêtres, le regard inexpressif.
Les jumeaux grimpent sur les genoux de Jorah et se blottissent contre lui, les yeux écarquillés.
Pauvres enfants. Tout ce qu'ils connaissaient leur a été arraché, ils ont perdu presque tous leurs repères – Jorah est tout ce qui leur reste.
Tyrion prend une grande inspiration et brise le silence pesant.
« Alors ce sont... » commence t-il.
Jorah acquiesce.
« Oui. Duncan et Jaenerya... Jenny. »
« Duncan et Jenny... » répète Tyrion, il semble comprendre quelque chose.
(Sansa n'est pas la seule a avoir été fascinée par l'histoire de Duncan Targaryen et Jenny de Vieilles-Pierres.)
« Nous pensions... nous pensions que vous étiez mort, » reprend t-il.
« Je me suis enfui, » répond Jorah. « Ça... ça n'a pas été facile. »
« Je vois. »
Cersei ne dit toujours rien et se contente d'observer la scène, cela inquiète Sansa. Que prépare t-elle ? Est-elle en train de mettre au point un plan pour se débarrasser des derniers dragons ?
(Le cadavre du roi Robert. Le feu grégeois. Les ruines du Septuaire.)
Elle frissonne, se sent menacée, a t-elle fait une erreur en venant ici ? A t-elle fait une erreur ?
Joanna s'est assise à côté de Renly, ils se murmurent des choses que Sansa ne peut pas entendre. Les mêmes cheveux dorés, les mêmes yeux verts – la ressemblance est frappante.
Le sang du lion.
Jorah lui lance un regard interrogateur. Doivent-ils annoncer l'objet de leur venue maintenant ? Est-ce vraiment le bon moment ?
Que dois-je faire ?
Elle sursaute quand elle sent la présence de Cersei derrière elle.
« Vous devez être épuisés après un si long voyage. Nous discuterons plus tard. »
Sans rien ajouter, elle quitte la pièce. Sansa jette un regard interrogateur à Tyrion, il hausse les épaules d'un air gêné.
« Vous savez, même après toutes ces années... ce qui se passe dans son esprit est parfois un véritable mystère pour moi. »
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(Sansa espère simplement que ce mystère ne sera pas mortel pour les enfants.)
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« Sansa, » dit Tyrion en se levant. « Voulez-vous faire un tour avec moi dans les jardins ? Ils sont vraiment magnifiques. »
« Eh bien... »
Elle cherche le regard de Jorah, il la rassure d'un sourire.
« Ne vous en faites pas pour les enfants. Je vais m'occuper d'eux. »
« Les domestiques sont à votre disposition, » précise Tyrion.
Joanna, qui a pris Renly par la main, s'approche de son oncle.
« Est-ce que je peux faire visiter la maison à Renly ? »
« S'il vous plaît, Lady Sansa ! »
Ses yeux sont suppliants. Elle n'a aucune raison de refuser de toute façon, elle n'est pas sûre qu'elle pourrait en trouver la force.
« C'est d'accord. »
Tyrion appuie ses paroles d'un signe de tête et d'un sourire où pointe la mélancolie.
« Génial ! »
La petite lionne entraîne Renly à sa suite et tous les deux disparaissent.
« C'est mon pupille, » précise Sansa. « Renly Snow. »
« Votre... pupille, » répète Tyrion.
Il laisse échapper un petit rire.
Le soleil brille, le ciel est bleu, Sansa a presque l'impression que l'été est revenu, que l'hiver et la peur sont derrière elle. Elle inspire à pleins poumons, une odeur délicieuse flotte dans l'air. Elle marche aux côtés de Tyrion en silence pendant quelques minutes, c'est comme s'ils ne savaient pas quoi se dire après tant d'années passées loin l'un de l'autre.
« La reine du Nord, » finit par dire Tyrion en levant les yeux vers elle. « Vous avez fait du chemin, Sansa. »
« Magistrat de Pentos, » répond t-elle. « Vous avez fait du chemin vous aussi. »
Ils s'esclaffent tous les deux.
« J'ai bien peur que mon histoire ne soit pas très plaisante, » soupire t-il. « J'imagine que la votre ne l'est pas non plus. »
Sansa ne peut s'empêcher de saisir son petit coquillage. Une vague de mélancolie la submerge.
« Vous avez raison. »
Ils s'assoient sur un banc en pierre situé en face d'un massif de roses. Sansa fronce les sourcils.
(Cersei ne déteste t-elle pas les roses, ces mauvaises herbes qu'elle a cherché à anéantir ?)
« Je suis heureux de vous revoir. Sincèrement. »
Pendant quelques instants, Sansa a l'impression d'être de retour à Port-Réal il y a toutes ces années, lorsque Tyrion était encore son mari. Il a changé, bien sûr, ils ont tous les deux changé, mais ses yeux sont toujours les mêmes – elle y voit la lueur de la bonté.
« Moi aussi. »
Son sourire s'efface légèrement alors que la culpabilité revient.
« Tyrion ? »
« Oui ? »
« Je suis désolée. »
Il fronce les sourcils, pris au dépourvu.
« Désolée ? Pour quoi ? »
Pour tout, absolument tout.
« Ce qui vous est arrivé... c'est de ma faute. »
Elle se lève et lui tourne le dos, les bras croisés sur sa poitrine. Le soleil brille mais elle se sent glacée de l'intérieur, elle a vraiment l'impression d'être un soleil de glace.
« Je savais... je savais ce qui allait se passer. J'ai vu ce qu'elle était capable de faire et je n'ai rien fait. Je savais que vous étiez en danger et je vous ai laissé partir au sud. Je... »
« Sansa. »
Il vient se planter devant elle et lui prend délicatement la main avant d'y déposer un baiser. Ses lèvres sont douces.
« Ce n'était pas de votre faute. Rien n'aurait pu me retenir à Winterfell parce que... »
La culpabilité l'empêche de poursuivre.
« Parce que vous aimiez Daenerys, » finit-elle pour lui.
Il soupire.
« On ne choisit pas qui on aime. »
Tyrion, Jorah, Jon, Yara – tous ont été attirés par le soleil, tous s'en sont approchés et tous l'ont amèrement regretté.
« Quand les cloches ont sonné et qu'elle a commencé à tout brûler... mon cœur s'est brisé. Depuis, pas un jour ne passe sans que je me demande ce que j'aurais pu faire de différent, ce que j'aurais pu faire pour empêcher ça... et je ne le saurai jamais. »
Le reflet des cendres vient recouvrir le vert de ses yeux.
(Pour rien au monde Sansa n'aurait voulu assister à ce massacre.)
« Malgré ça... je ne regrette pas d'être allé à Port-Réal. Si j'étais resté à Winterfell, je n'aurais pas pu sauver Cersei. »
L'ombre de la lionne vient roder autour d'eux. Sansa frissonne. La vérité est là, à portée de main, cette vérité qu'elle s'est longtemps efforcée d'ignorer, cette vérité à laquelle elle ne veut toujours pas se confronter.
Des éclats de rire les tirent de leurs pensées. Joanna, d'un air très sérieux, montre les arbres et les massifs de fleurs à Renly et lui indique leur nom. Celui-ci boit ses paroles, émerveillé – sa connaissance des arbres se limite exclusivement aux forêts de pin et au Bois sacré.
« C'est une érudite, » s'amuse Sansa.
« Je lui ai peut-être accidentellement transmis ma passion pour les livres, » répond t-il sur le même ton.
Renly l'aperçoit et lui fait de grands signes de la main que Sansa lui rend aussitôt.
« Il lui ressemble, » dit Tyrion avec nostalgie.
Et Sansa comprend qu'il a compris à l'instant même où il a posé les yeux sur lui.
Elle hoche la tête, un petit sourire sur les lèvres.
« C'est vrai. »
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Le reste de l'après-midi passe rapidement. Ils ne parlent pas de Cersei, de Daenerys, des Sept Couronnes. Sansa ne lui raconte pas ces longues années de peur et d'incertitude, elle ne lui raconte pas ce qu'elle a dû faire pour protéger Renly, ne mentionne pas Yara. Tyrion se contente de lui parler de Pentos, de son quotidien, de Joanna, il ne lui parle pas de ce qui s'est passé entre lui et sa sœur, de leur relation, de la façon dont ils sont parvenus à survivre alors que la reine dragon voulait leur tête.
Ces sujets sont trop profonds, trop sombres, trop tristes – ils ne sont pas prêts à les aborder. Pas encore.
(Sansa veut encore sentir le soleil sur sa peau avant que le froid ne revienne.)
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Quelque chose ne va pas.
C'est ce que Sansa pense un peu plus tard, pendant le dîner, alors qu'elle assiste à une curieuse scène. Elle a l'impression qu'elle et Jorah sont des étrangers, qu'ils n'ont pas leur place ici. Cersei et Tyrion discutent tranquillement, comme s'ils étaient à peine conscients de leur présence. Joanna, assise au bout de la table, s'est lancée dans un long monologue enthousiaste sur ce qu'elle a fait avec Renly. Ils l'écoutent attentivement, un léger sourire attendri sur les lèvres.
« Il sait se battre à l'épée ! » pépie t-elle. « Comme vous, Mère ! »
Sansa manque de laisser tomber sa fourchette, croit avoir mal entendu.
Depuis quand Cersei Lannister sait-elle se battre à l'épée ?
« Quand est-ce que je pourrais apprendre ? » demande Joanna.
« Nous en avons déjà discuté, petit lionceau, » répond Cersei. « Quand tu seras un plus âgée. »
« Je n'aime pas attendre... »
« Tu as de qui tenir, » pouffe Tyrion.
Cersei hausse les sourcils.
« En tout cas, ce n'est pas moi qui lui ai appris l'insolence... »
« Cersei, toi et moi savons que tu es la définition même de l'insolence, » rétorque t-il en roulant des yeux.
Quelque chose ne va pas.
C'est le genre de conversations qu'ils tenaient au Donjon Rouge, ces petites piques qu'il s'envoyaient sans cesse mais Sansa sent bien que quelque chose est différent – que quelque chose ne va pas.
Ils ne se jettent pas de regards noirs, le venin a disparu de leur voix. Il y a autre chose, maintenant.
Sansa reste silencieuse, ose à peine les regarder, le soleil de la vérité est trop lumineux, elle ne veut pas se brûler, pas encore, elle veut s'accrocher à ses dernières illusions glacées.
Elle reporte son attention sur les enfants. Renly, assis entre Jenny et Duncan, essaye timidement de les pousser à lui parler mais ils se murent dans un silence inquiétant. Sansa sent sa gorge se nouer.
Ils ne vont pas bien.
A quel point leur vie au Donjon Rouge, au milieu du souvenir des cendres et de la folie de leur mère, les marquera t-elle ?
Tyrion et Cersei jettent de temps à autre un coup d'oeil aux derniers dragons. Si Tyrion fronce les sourcils, visiblement inquiet, Cersei demeure impassible.
Ai-je fait une terrible erreur ?
Quand le dîner se termine, Sansa suit Tyrion à travers les couloirs, ses paupières sont lourdes, elle espère qu'aucun cauchemar ne viendra hanter sa nuit.
« Je vais rester avec les jumeaux, » annonce Jorah. « Je ne veux pas les laisser seuls. »
Il porte Jenny et tient la main de Duncan, c'est comme s'il avait l'impression qu'ils allaient bientôt lui échapper, et c'est ce qui va arriver, d'ailleurs, il se raccroche à eux tant qu'il le peut, c'est une vision bien triste. Sansa se tourne vers Renly.
« Est-ce que tu veux que je reste avec toi ce soir ? »
Elle a remarqué que son sourire s'est effacé, il semble inquiet, c'est bien normal, il est peut-être courageux mais ce n'est encore qu'un enfant et rien ici ne lui rappelle sa maison.
Il hésite. Tyrion intervient.
« Il n'y a pas de mal à être un peu effrayé, » lui dit-il. « Même les chevaliers les plus courageux ont peur. »
« Ma mère est un chevalier. Mon père aussi était un chevalier. Plus tard, je serai comme eux. »
Tyrion acquiesce, la gorge nouée par l'émotion, Sansa a l'impression qu'il est sur le point de se mettre à pleurer.
« Je n'en doute pas. »
Il se tourne vers Sansa et lui fait signe de la suivre.
Alors qu'ils arrivent devant la porte de la chambre qui a été préparée pour elle, elle se demande si elle ne devrait pas dire quelque chose sur la raison qui l'a poussée à venir à Pentos, mais Tyrion ne lui en laisse pas le temps.
« Bonne nuit, Sansa. »
« Bonne nuit. »
(Peut-être l'a t-il déjà deviné.)
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« Lady Sansa ? »
« Oui, Renly ? »
« Combien de temps allons-nous rester ici ? »
« Je ne sais pas... tu es déjà pressé de repartir ? »
« Oh, non... c'est juste que j'aime bien Joanna. »
Sansa l'embrasse sur le front et le serre contre elle. Dans l'obscurité, il ne peut pas voir ses yeux se remplir de larmes.
« Dors, Renly. Tout va bien. »
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Cersei est assise sur le bord de son lit, pensive. Lorsque Tyrion entre dans la chambre, elle ne se retourne pas pour le regarder. Il vient lentement s'asseoir à côté d'elle.
« Tu es bien silencieuse, » dit-il.
Elle hausse les épaules.
« J'ai bien quelques insultes en réserve si tu tiens tant à ce que je parle. »
Il lève les yeux au ciel mais ne peut s'empêcher de sourire.
« C'était... une étrange journée, » reprend t-elle.
(Jamais, jamais, jamais elle ne se serait attendue à revoir un jour Sansa Stark, et surtout pas de cette manière – jamais elle n'aurait pensé qu'elle débarquerait chez elle.)
« Oui, c'est vrai. Les jumeaux... »
Il s'interrompt. Cersei se mord la lèvre. Les enfants de la reine dragon. Les héritiers de Daenerys Targaryen, la femme qui lui a pris sa maison, son trône, sa couronne. Comment réagirait-elle si elle savait qu'ils se trouvent maintenant dans l'antre du lion ?
(S'en soucierait-elle seulement ?)
« Ils lui ressemblent, » déclare t-elle simplement.
(Ils ont ses yeux d'améthyste, ceux qui hantent encore tant de ses cauchemars, ceux qu'elle hait de tout son être.)
« Ils sont innocents, » lui rappelle Tyrion.
Il la regarde presque craintivement. Elle soupire avec irritation.
« Je ne vais pas aller les assassiner dans leur sommeil, si c'est ce qui t'inquiète. »
Ce serait pourtant une belle forme de justice – de vengeance. Elle pense à Jenny et Duncan, à la façon dont ils se serraient l'un contre l'autre, quelque chose dans ce spectacle a éveillé en elle des souvenirs agréables.
Que penserais-tu de tout ça, Jaime ?
« Je pensais que tu allais dormir dans ta chambre, ce soir, » dit Cersei.
« Ma chambre... Ça n'a pas été ma chambre depuis des années. Pourquoi y retournerais-je ? »
« Je ne sais pas... pour sauver les apparences. »
Il hausse les épaules.
« Je n'ai rien à cacher. Nous ne faisons rien de mal. »
Elle fronce les sourcils, il a l'air de s'en vouloir d'avoir été maladroit, d'avoir insinué que ce qu'elle faisait avec Jaime l'était.
« Ce n'est pas ce que je voulais dire. Cersei, je... »
« C'est bon. Je sais ce que tu voulais dire. »
Ils se glissent sous les couvertures sans rien ajouter.
« Joanna s'est endormie ? »
« Oui. Elle a beaucoup aimé l'histoire que je lui ai racontée. »
Cersei sourit en pensant à son petit lionceau.
« Tant mieux. »
Tyrion croise les mains sur son ventre, regarde le plafond.
« Nous n'avons jamais réessayé de dormir seuls, » réalise t-il. « Pas depuis que... »
Cersei se souvient de ce soir où il est venu la rejoindre, hanté par ses cauchemars, se souvient de ses paroles, elles seront à jamais gravées dans sa mémoire.
Ne me laisse plus jamais seul.
Elle aurait pu l'ignorer et il serait reparti, tout aussi désespéré, rien n'aurait changé entre eux. Elle a eu envie de le faire mais quelque chose l'a poussée à enrouler les bras autour de lui et à le serrer contre elle.
(Et elle a détesté ce quelque chose, elle a essayé de l'oublier, de lutter contre lui – sans grand succès.)
« Veux-tu réessayer ? »
Tyrion ferme les yeux, secoue la tête.
« Non. »
Il l'embrasse sur la joue.
« Bonne nuit, Cersei. »
« Bonne nuit. »
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Dans son rêve, Cersei est de retour dans les ruines du Donjon Rouge.
« Joanna ! »
Elle court après sa fille mais son petit lionceau lui échappe, elle ne parvient pas à la rattraper.
« Joanna ! »
« Cersei. »
Quelqu'un lui barre le passage et se dresse devant elle. Ce n'est pas un dragon.
C'est une louve.
« Reine tu seras, jusqu'à ce qu'il en vienne une autre, plus jeune et plus belle, pour t'abattre et s'emparer de tout ce qui t'est cher. »
Les yeux de Sansa sont froids comme la glace.
Lorsqu'elle s'écarte, Cersei est forcée de contempler le cadavre gelé de Joanna.
Son hurlement déchire le silence de mort.
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« Cersei ! »
Tyrion la secoue avec force, elle ouvre les yeux, s'aperçoit qu'elle tremble de tout son corps, son cœur va exploser dans sa poitrine. Elle se redresse, les yeux écarquillés.
« Tout va bien, » la rassure t-il.
(Joanna est en vie, elle dort dans la pièce d'à côté, elle ne mourra pas, Sansa Stark ne vient pas de lui arracher ce qu'elle aime le plus au monde – tout va bien.)
Ses larmes coulent sans qu'elle ne puisse les arrêter.
Lorsque Tyrion la serre contre lui, Cersei se met à penser qu'elle ne veut pas non plus réessayer de dormir seule.
