don't give up (even when i'm gone)
Chapitre 36
oOo
Sansa se trouve dans une pièce obscure, toutes les lumières sont mortes, elles se sont éteintes, aucune lueur ne viendra la sauver.
Elle est seule.
Son cœur bat vite, trop vite. Elle essaye de bouger mais elle s'aperçoit qu'elle est enchaînée au sol. Un cri de terreur remonte de ses entrailles et se coince dans sa gorge, elle est entièrement paralysée.
« Sansa ! »
Elle sursaute. Cette voix...
« Sansa ! »
« Robin ? »
« Aide-moi, Sansa ! Elle va me tuer ! »
Sansa tire sur ses chaînes, c'est inutile, elle ne peut pas bouger et les cris de Robin continuent de retentir encore et encore, son supplice a l'air d'être terrible.
Une nouvelle voix déchire l'obscurité.
« Sansa ! »
« Jon ? »
« Sansa, il faut que tu m'aides ! Viens vite, je t'en supplie ! »
« Jon ! »
Et Sansa tire, elle tire, elle tire à s'en arracher la peau, elle est prisonnière et ne peut qu'écouter les cris d'agonie de sa famille en maudissant son impuissance.
La dernière voix l'achève.
« Sansa... »
Yara.
« Sansa, je vais tomber ! Rattrape-moi, Sansa ! »
« Yara ! »
Les chaînes se resserrent autour d'elle, il faut qu'elle se libère, vite, vite avant que Yara ne tombe alors Sansa continue de tirer même si la souffrance est insupportable, même si elle a l'impression de brûler vive, il faut qu'elle sauve Yara avant qu'il ne soit trop tard.
Lorsque tous les cris se taisent et que le silence revient, Sansa se laisse tomber à genoux dans une mare de sang – peut-être le sien, peut-être pas – et se met à hurler.
Daenerys apparaît devant elle. D'étranges reflets écarlates souillent ses cheveux d'argent, elle s'approche de Sansa avec un léger sourire sur les lèvres.
« Félicitations, » lui dit-elle avant de lui retirer la couronne qu'elle porte.
Elle effleure les têtes de loup avant de soupirer d'un air faussement déçu.
« C'est vous qui les avez tués. »
« Non, » crache Sansa, sa voix tremble. « C'est vous. Vous êtes un monstre. »
Daenerys rejette la tête en arrière avant d'éclater de rire, les petites cloches tintent dans ses tresses.
« Ils sont tous morts à cause des choix que vous avez fait... si vous ne vous étiez pas opposée à moi, rien de tout ça ne serait arrivé. »
« Non... vous mentez... »
Elle s'accroupit en face d'elle.
« Oh, Sansa... au fond de vous-même, vous savez que j'ai raison. »
Elle se lève et jette la couronne dans la mare de sang.
« Profitez-en bien. C'est tout ce qu'il vous reste, à présent. »
Après un dernier éclat de rire, elle s'éloigne d'une démarche élégante et Sansa hurle, elle hurle sa haine et son désespoir, elle hurle parce qu'elle est prisonnière et que c'est la seule chose qu'elle puisse faire.
« Sansa ! »
Une nouvelle voix. Quelqu'un d'autre qui l'appelle à l'aide ? Quelqu'un d'autre qu'elle a sacrifié, tout ça pour une jolie couronne ? Encore un peu plus de sang sur ses mains ?
« Non ! » continue t-elle de hurler, désespérée.
« Sansa, réveille-toi ! »
Elle ouvre les yeux.
Son premier réflexe est de s'écarter des iris verts qui l'observent, elle manque de tomber de son lit. Cersei hausse les sourcils.
« Tout va bien ? »
Sansa se calme, hoche lentement la tête.
« Oui. »
La lionne n'a pas l'air convaincue et plisse les yeux.
(Sansa n'est pas la seule à faire de terribles cauchemars.)
« Habille-toi et rejoins moi dans les jardins, » déclare t-elle simplement avant de quitter la chambre.
Comme dans un état second, Sansa s'exécute, ses gestes sont lents, automatiques, son esprit est encore pris au piège de cette terrible contrée, le pays des cauchemars, les yeux violets de Daenerys la brûlent même par-delà la barrière de la réalité.
C'est vous qui les avez tués.
Elle ne passe pas par les cuisines avant de sortir dans les jardins, elle a la gorgée nouée, ses visions d'horreur lui donnent presque envie de vomir.
(Tout ce sang, tout ce sang qui recouvre ses mains et qui coule sur sa robe.)
Cersei caresse les pétales d'une rose lorsqu'elle la rejoint. Sans même se retourner pour la regarder, elle se met à marcher, et pour une raison inexplicable Sansa se sent obligée de la suivre.
Les rayons du soleil ne font que la glacer davantage, toute chaleur semble l'avoir quittée même si elle brûle de l'intérieur – elle est vraiment en train de se changer en soleil de glace.
C'est vous qui les avez tués.
C'est comme si elle ne pouvait plus supporter la couleur de ses propres cheveux, ses cheveux de feu, sa chevelure sanglante, celle qui a précipité Robin, Jon et Yara tout droit dans les flammes des Sept Enfers.
C'est vous qui les avez tués.
« Je sais quel effet ça fait, » dit Cersei.
« Quoi donc ? »
« Les cauchemars. »
Elle s'arrête et lui fait face. Même si c'est Cersei qui doit lever les yeux pour la regarder, Sansa a toujours l'impression d'être cette petite fille qui vivait dans la peur des iris émeraude de la reine.
« Si j'ai appris quelque chose depuis que je suis ici, c'est qu'en parler fait toujours plus de bien que de mal. »
« En parler ? A Tyrion ? »
(Même alors qu'elle a vu et accepté la vérité, une part de Sansa ne les verra toujours que comme un frère et une sœur ennemis.)
« Je ne vois pas qui d'autre... » répond t-elle, légèrement moqueuse.
Elles reprennent leur chemin et aperçoivent justement Tyrion jouer avec Joanna et Renly. Celui-ci se sert d'une branche comme d'une épée et combat des ennemis invisibles devant les yeux impressionnés de son amie – de sa sœur. Sansa se souvient alors de quelque chose.
« Joanna a dit que vous saviez vous battre à l'épée... »
Cersei sourit légèrement.
« Il n'est jamais trop tard pour apprendre. »
(A la façon dont ses yeux s'illuminent, on pourrait penser qu'elle est en train de parler de son plus grand rêve – et c'est d'ailleurs probablement le cas.)
« Et... qui vous a appris ? »
« La femme d'un magistrat, » répond t-elle et elle ne parvient pas à dissimuler l'affection teintée de nostalgie dans sa voix, ou peut-être ne cherche t-elle pas à le faire.
Son sourire s'efface.
« Elle a quitté Pentos. Ils sont partis tous les deux. »
Les mots de Tyrion viennent flotter dans son esprit.
Il y avait quelqu'un... Mais ça n'a pas marché non plus.
Avant que Sansa ait eu le temps d'y réfléchir davantage, Cersei s'assoit sur un banc et l'invite à faire de même.
« Je refusais de parler de mes cauchemars, au début, » reprend Cersei. « Je ne faisais pas confiance à Tyrion... et il ne me faisait pas confiance non plus, mais il était tout ce que j'avais. Je souffrais et il souffrait aussi. J'imagine que c'est une des choses qui nous a le plus rapprochés. »
Les rires de Tyrion et des enfants parviennent jusqu'à elles, petites bribes de bonheur qui transpercent, pour un temps, le nuage sombre qui emprisonne Sansa.
« Est-ce que vous lui avez dit ? »
« Lui dire quoi ? »
« Que vous l'aimiez. »
Cersei secoue la tête, étrangement mal à l'aise.
« Je n'ai pas besoin de le lui dire, il le sait. »
Est-ce que Yara savait que je l'aimais ?
L'ombre de Daenerys revient, sournoise, cruelle, assassine.
C'est vous qui les avez tués.
La lèvre de Sansa se met à trembler.
« Comment faites-vous ? »
Cersei lui jette un regard interrogateur.
« Comment faites-vous pour vivre avec tout ce sang sur vos mains ? »
Ses mains à elle sont immaculées mais elle la voit, cette rivière écarlate qui la suit partout où elle va, celle où flottent les cadavres de sa famille, de la femme qu'elle aimait, celle dans laquelle elle finira elle aussi par se noyer – dans ses cauchemars comme dans la réalité.
Avant que Cersei n'ait le temps de répondre, un craquement se produit à l'intérieur d'elle, la glace se fissure et des milliers de petites failles apparaissent. La barrière qu'elle a désespérément essayé de bâtir autour d'elle depuis la mort de Yara cède et ses larmes coulent, la fonte des glaces a lieu.
(Les reines n'ont pas le droit d'être tristes, elles n'ont pas le temps d'être en deuil et Sansa voulait être une bonne reine, vraiment, mais les bonnes reines parviennent à protéger leur famille, non ?)
« J'ai tué mon cousin, » lâche Sansa. « J'ai tué mon frère. »
Leurs fantômes apparaissent et la dévisagent tristement, elle en est sûre même si elle ne les voit pas, ne les regarde pas.
« J'ai tué la femme que j'aimais. »
Ça fait mal, de le dire à voix haute, ça détruit, exactement comme le corps de Yara a été détruit quand il s'est fracassé sur les rochers. Daenerys l'a peut-être poussée mais Sansa ne l'a pas retenue, Sansa est responsable de ce qui lui est arrivé.
Elle sursaute à peine quand Cersei pose la main sur son bras. Une part d'elle a envie de se dégager avec horreur de l'emprise de cette reine meurtrière mais au fond, elle aussi est une reine meurtrière, alors elle la laisse faire et n'essaye pas de se dégager.
« La culpabilité, » murmure Cersei. « Je sais ce que c'est. Les reines font des choix terribles, Sansa, des choix dont les conséquences les dépassent. A cause des choix que j'ai faits, mes enfants sont morts. Mon frère, mon jumeau, l'homme que j'aimais, est mort. J'ai leur sang sur les mains, je ne parviendrai jamais à m'en débarrasser. »
« Comment faites-vous ? » demande Sansa en essayant d'interrompre le flot de larmes qui dévale ses joues.
Cersei soupire.
« Je survis. Et c'est ce que tu fais toi aussi. Survivre. »
« J'ai l'impression d'être un monstre, parfois. »
« Oh, petite colombe... tous les survivants sont des monstres, ou presque. Regarde-moi. Regarde Tyrion. Nous n'avons pas survécu sans nous salir les mains. »
Sansa s'écarte légèrement, honteuse de s'être montrée aussi faible devant Cersei, d'avoir laissé son armure de glace se briser. La lionne la dévisage avec une certaine gentillesse.
« J'ai tué deux hommes depuis que je suis ici, » reprend t-elle.
« Stallor Nestaar ? »
Elle acquiesce.
« Il allait faire du mal à ma famille. Je devais agir. »
« Et le deuxième ? Il allait aussi faire du mal à votre famille ? »
La haine déforme ses traits séduisants et Sansa a de nouveau l'impression d'être face à l'ancienne Cersei, celle qui hantait ses nuits et ses journées.
« Il m'a fait du mal à moi, » répond t-elle.
Son expression se modifie alors qu'elle revit un de ses souvenirs, et Sansa frissonne parce qu'elle la reconnaît immédiatement.
C'était le regard qu'elle avait quand elle a tué Ramsay.
(Elle ne jugera pas Cersei sur ces crimes-là – comment le pourrait-elle ?)
« Quand j'étais enfant, je ne pensais pas qu'il était possible d'aimer tuer, » dit Sansa. « Quand mon père exécutait quelqu'un, je me disais qu'il faisait juste son devoir – et c'était sans aucun doute le cas. Et puis... »
Le fantôme de Ramsay se glisse derrière elle et ricane, elle se met à trembler.
« J'ai tué mon mari, » lâche t-elle. « Je l'ai donné en pâture à ses propres chiens. J'ai entendu ses cris alors qu'ils le dévoraient. C'était atroce, répugnant... mais j'ai aimé ça. »
(Cela fait-il d'elle un monstre sans cœur ?)
« Le garçon Bolton... » répond Cersei. « J'ai entendu des rumeurs sur son compte. »
Elle effleure le dos de sa main.
« Est-ce qu'il t'a fait du mal, petite colombe ? »
Sansa hoche lentement la tête.
« Moi aussi, j'ai tué mon mari. »
Cersei n'a pas l'air de se sentir le moins du monde coupable.
« J'étais naïve quand j'ai épousé Robert. Je pensais qu'il m'aimerait et que je l'aimerais aussi... j'étais amoureuse de la simple idée d'être la reine. C'était pour ça que j'étais née, après tout. C'était ce à quoi j'étais destinée. Épouser un seigneur et donner naissance à ses enfants. »
Ce qu'elle raconte évoque des souvenirs à Sansa, ses propres rêves, ses propres espoirs avant qu'elle ne quitte Winterfell.
« L'illusion n'a pas duré, bien sûr. Elle s'est brisée dès le premier soir, quand il a rampé sur moi en gémissant Lyanna. J'ai vite compris que je ne servais à rien, sinon à sourire la journée et à écarter les jambes la nuit. J'ai essayé de dire non, bien sûr. Robert riait. Il trouvait ça drôle. J'étais sa femme, je lui appartenais, je devais lui donner tout ce qu'il voulait et ne surtout pas protester. »
Tout ça pour une jolie petite couronne, semble t-elle ajouter silencieusement.
« Quand je me glissais dans le lit de Jaime, j'avais l'impression de me venger. Je me sentais aimée et puissante à la fois... il n'y avait pas de sensation plus délicieuse. S'il n'avait pas été là, ma vie n'aurait été que solitude et malheur. »
Sansa se souvient de ces longues journées passées enfermée dans sa chambre à compter les bleus sur son corps et à redouter le soir, redouter l'arrivée du monstre. Prier ne servait à rien, il finissait toujours par venir.
Le visage de Cersei s'assombrit.
« Parfois, Robert ordonnait à Jaime de monter la garde devant la porte pendant qu'il me violait. »
Sa voix se brise un peu sur la fin, sur le dernier mot, ce mot atroce, horrible, ce mot qui ne devrait même pas exister, ce mot qui a laissé des cicatrices sur sa peau et dans son cœur – dans leurs cœurs.
« Dans ces moments-là, je haïssais Jaime autant que je haïssais Robert. Il m'entendait sangloter et le supplier d'arrêter, il entendait mes cris et au fond de moi, j'avais l'espoir qu'il entre, qu'il tue Robert et me sauve. C'était impossible, bien sûr, je le savais très bien. Nous en serions morts tous les deux, mais ça ne m'empêchait pas de continuer à espérer. »
Et Sansa ne peut que comprendre – Ramsay l'écrasant de son poids, le regard et les sanglots impuissants de Theon, ses vaines supplications, ces terribles images sont un poison qui embrumera à jamais son esprit.
« Je suis désolée. »
Les mots lui ont échappé sans qu'elle ne puisse les retenir. Cersei lui fait un petit signe de tête.
« Dix-huit ans. Dix-huit ans de mariage... dix-huit ans de mépris. Pendant qu'il agonisait sur son lit, j'exultais. Je tenais ma revanche. »
Le dégoût que Sansa aurait ressenti quelques années plus tôt ne vient pas.
« N'avez-vous aucun regret ? »
Elle soutient calmement son regard.
« Si. Je regrette d'avoir attendu aussi longtemps. »
(C'est un regret qu'elles partagent toutes les deux.)
« Si j'avais pu, j'aurais tué Ramsay plus tôt. »
Sansa n'est pas bien sûre de savoir quoi penser de ces points communs qu'elle partage avec Cersei. C'est vrai, elle lui ressemble, peut-être plus qu'elle ne l'aurait voulu, mais un fossé infranchissable les séparera toujours, ou du moins l'espère t-elle.
« Le Septuaire de Baelor... » reprend t-elle et une pointe de colère monte en elle. « Comment avez-vous pu ? »
(Comment peut-on assassiner des centaines de personnes et ne rien ressentir ?)
« Vous les avez tués de sang froid, vous... »
« Sais-tu pourquoi je devais être jugée, Sansa ? »
« Pour vos crimes. »
« Mais quels crimes exactement ? »
Elle hausse les épaules.
« Vous en avez commis tellement. »
« Je devais être jugée pour avoir partagé le lit d'un homme en dehors des liens du mariage. J'étais également soupçonnée d'inceste mais pour rien au monde je ne l'aurais avoué. »
Sansa fronce les sourcils sans cacher son étonnement.
« Sais-tu comment les Moineaux m'ont arraché cette confession ? »
(Elle l'ignore, et elle n'est pas sûre d'avoir véritablement envie de le savoir.)
« Ils m'ont jetée dans une cellule, » reprend Cersei face à son absence de réponse. « Ils m'ont battue, ils m'ont affamée, ils ne me donnaient même pas à boire. Avouez. C'était ce que cette septa me répétait sans cesse... avouez. Je lui ai promis que mon visage serait la dernière chose qu'elle verrait avant de mourir. Il n'y avait qu'un seul moyen de sortir de cette cellule. »
« Vous vous êtes confessée. »
Elle acquiesce.
« Ça ne pouvait pas être aussi simple, bien sûr. »
Sansa ne frémit pas quand Cersei passe une main dans ses longs cheveux roux avec nostalgie.
« Ils m'ont déshabillée et m'ont coupé les cheveux. Mes beaux cheveux, ma crinière de lionne. J'ai dû les laisser faire. Ils m'ont conduite devant le Septuaire... »
Elle s'interrompt.
« Tu connais la suite. La moitié de la ville m'a craché dessus en éclatant de rire. Je les haïssais tellement. Un feu vengeur s'était allumé en moi. Voilà comment j'ai pu. »
(Qu'aurait fait Sansa si elle s'était retrouvée à sa place ? Elle ose espérer qu'elle n'en serait jamais venue à de telles extrémités mais peut-elle en être absolument sûre ?)
« J'imagine que j'aurais dû faire un autre choix, » admet-elle. « Tommen serait peut-être encore en vie si je l'avais fait. »
Cersei se lève.
« Je ne suis pas quelqu'un de bien, Sansa, mais je suis une survivante. C'est tout ce qui m'importe aujourd'hui. »
La conversation est terminée, elle commence à s'éloigner.
« Vous n'êtes pas quelqu'un de bien, » confirme t-elle. « Mais ça ne veut pas dire que vous ne pouvez pas faire quelque chose de bien. Vous pouvez sauver la vie de deux enfants innocents. »
Cersei l'a entendue mais elle ne ralentit pas et ne se donne pas la peine de répondre.
Parviendrai-je à la convaincre ? Il le faut. Je dois y arriver.
.
Cersei erre dans les couloirs, songeuse, contemple ce foyer qu'elle a réussi à construire, cette maison qu'elle protégerait à n'importe quel prix, y compris celui du sang.
(Le sang du dragon ?)
Lorsqu'elle passe devant la chambre de Jorah Mormont, la porte est entrouverte. Curieuse, elle pousse la porte et entre.
Jorah n'est pas là. Les jumeaux dorment encore, blottis l'un contre l'autre. Cersei s'assoit sur le bord du lit sans un bruit.
Comme à chaque fois qu'elle les regarde, elle ne peut s'empêcher de penser à Jaime. Sansa a raison, bien sûr – ils ne sont pas responsables de crimes de leur mère, tout comme Joanna n'est pas responsable des siens.
Est-ce cependant une raison suffisante pour leur venir en aide, pour prendre le risque de provoquer la destruction de sa propre maison, de sa famille ?
J'ai déjà tant de sang sur les mains. Le leur ne changerait pas grand chose.
Le plus simple serait de sortir, de retourner voir Sansa et lui annoncer qu'elle perd son temps ici.
(Il semble cependant que Cersei ait renoncé à la facilité la nuit où elle a serré Tyrion contre elle.)
Elle ne bouge pas.
Quelques minutes plus tard, ils battent des paupières et ouvrent les yeux avant de sursauter quand ils l'aperçoivent.
« Ne craignez rien, » s'entend t-elle dire.
« Où est Ser Jorah ? » pépie Duncan.
« Je ne sais pas. »
Elle se lève et, après quelques instant d'hésitation, les invite à la suivre d'un signe de tête.
« Venez. Nous allons le chercher ensemble. »
(Elle maudit cet instinct maternel qui lui a déjà causé tant de souffrances.)
Elle déglutit quand Jenny et Duncan glissent leurs petites mains dans les siennes.
