don't give up (even when i'm gone)

Chapitre 40

oOo

Sansa est de retour dans les Îles de Fer. Elle a l'impression qu'une éternité a passé depuis qu'elle s'y est rendue pour la dernière fois – depuis que Yara est tombée.

Elle est seule, les Fer-Nés ne sont pas là, et pourtant elle n'a pas l'impression d'être perdue.

Elle sait exactement où elle doit aller.

La plage où elle s'est rendue plusieurs fois avec Yara n'a pas changé du tout, c'est comme si le temps s'était figé pour toujours.

(Si seulement c'était le cas.)

Quelqu'un est déjà là à l'attendre, assis au bord de l'eau. Le cœur de Sansa manque un battement.

« Yara. »

La Fer-Née se lève et lui ouvre ses bras, Sansa court immédiatement s'y réfugier.

« Je suis tellement heureuse de te revoir, » sanglote t-elle. « Tu me manques, Yara. Oh, je t'aime tellement. »

Leurs lèvres se rencontrent doucement et Sansa aimerait que ce baiser dure une vie entière, elle aimerait ne plus jamais devoir la lâcher.

« Je suis fière de toi, Sansa. Tu as réussi. »

« Pas encore... Cersei n'a toujours pas accepté. »

« Elle le fera... tu le sais au fond de toi. »

Yara se met à caresser ses longs cheveux.

« Tu es si belle. »

(Même par-delà la mort elle parvient encore à faire rougir Sansa.)

« Je sais quels tourments habitent ton esprit, » reprend Yara. « Tu n'as pas à t'inquiéter. Tyrion Lannister est un homme bon. Tu n'aurais pas pu espérer mieux comme père pour ton enfant. »

Sansa a envie de se mettre à pleurer.

« J'ai l'impression de te trahir, Yara. Je t'aime tellement, personne ne te remplacera jamais... tu le sais, pas vrai ? »

« Je sais, Sansa. Mais... »

Elle soupire.

« Je ne veux pas que tu souffres pour toujours. Je veux que tu sois heureuse et que tu te sentes bien. »

« C'est impossible, je n'y arriverai pas sans toi. »

Yara la saisit par la taille et elles font quelques pas le long du rivage.

« Tu y arriveras, je le sais... et c'est ce que je souhaite par-dessus tout. »

« Tu me demandes de t'oublier ? » s'effare Sansa.

Elle rit légèrement.

« Mais non. Je sais bien que je suis inoubliable, de toute façon... »

Sansa roule des yeux.

(Oh, ce qu'elle lui a manqué...)

« Mais ton bonheur est ce qui m'importe le plus... même si ce n'est pas avec moi. »

« J'ai l'impression que tu es morte hier, » répond Sansa. « Je ne pourrai pas... »

« Prends le temps qu'il te faudra... mais promets-moi de ne pas abandonner, de ne pas renoncer au bonheur. »

Les yeux de Sansa s'humidifient, Yara est si forte, si belle, si parfaite, personne ne lui arrivera jamais à la cheville, en tout cas c'est l'impression qu'elle a et elle n'est pas prête à y renoncer – ne le sera peut-être jamais.

« Tyrion était ton mari, » lui rappelle Yara. « Et si tout va bien, il sera le père de ton enfant. »

« Je ne le reverrai peut-être pas avant des années. »

Yara sourit.

« Tant mieux... peut-être que tu seras prête à ce moment-là. »

Elle pose une main sur sa poitrine, là où bat son cœur.

« Je sais qu'une part de lui me sera toujours réservée, et j'en suis très heureuse... mais ne le referme pas complètement, Sansa. D'accord ? »

« Oui... d'accord. »

Leurs lèvres se rencontrent une nouvelle fois, un baiser rapide et presque désespéré.

« Je t'aime, Sansa. Maintenant, et à jamais. »

Yara entre dans la mer et disparaît dans les eaux sombres.

Lorsque Sansa se réveille, ses lèvres ont toujours le goût du sel.

.

Cersei dort mal, cette nuit là.

Les fantômes de ses enfants viennent danser autour d'elle. Elle tend la main pour les toucher mais ils s'écartent en secouant la tête.

(Partis. Partis pour toujours.)

« Cersei. »

Elle sursaute. Cette voix...

« Jaime. »

Son autre moitié est là, juste devant elle, ses yeux verts brillent et il sourit, elle a l'impression que son cœur va exploser, elle fond en larmes. Lorsque ses bras se referment autour d'elle, elle se sent défaillir.

« Tu es là. Tu es revenu. »

Depuis combien de temps ne l'a t-elle pas vu ? Une éternité. Jaime lui caresse doucement les cheveux.

« Tu as une décision importante à prendre. »

« Je... j'imagine... »

Elle soupire et enfouit le visage dans son cou en regrettant de ne pas pouvoir rester ainsi jusqu'à la fin des temps.

« Oublie la prophétie, » lui conseille t-il gentiment. « Je n'y ai jamais cru. Ce ne sont que des mots, Cersei. Personne ne contrôle ton destin. »

Il la fait s'écarter de lui et la regarde dans les yeux.

« Tyrion a eu une bonne influence sur toi. C'est bien... c'est très bien... »

« Je voudrais que tu sois là. Si tu voyais Joanna... elle est si belle, Jaime, si intelligente. Notre petite fille... tu serais si fier. »

« Je le suis. »

Il l'embrasse sur le front.

« Elle ferait une grande sœur formidable. »

« Meilleure que moi, sans aucun doute... » dit Cersei en baissant les yeux.

(La honte. La vraie honte. Encore quelque chose que Tyrion lui a appris.)

Jaime rit.

« Oui... ce n'est pas bien difficile. »

« J'étais horrible. »

« Mais tu as changé, n'est-ce pas ? »

« Eh bien... je suppose... »

« C'est tout ce qui compte. Je sais que tu prendras la bonne décision... que tu feras ce qu'il faut. Je suis fier de toi, et de Tyrion. »

Il se penche pour déposer un baiser sur ses lèvres.

« Nous... nous ne formons toujours qu'un, n'est-ce pas ? » ose demander Cersei.

Jaime acquiesce avec un sourire et entrelace leurs doigts.

« Bien sûr. »

Il appuie son front contre le sien et ils restent dans cette position un long moment, peau contre peau, cœur contre cœur.

« Il faut... il faut que j'y aille, » soupire t-il.

« Je sais. »

« Je dois aller voir quelqu'un d'autre... j'aurais dû le faire il y a bien longtemps. Je ne suis pas sûr qu'elle sera aussi heureuse que toi de me revoir. »

Cersei frissonne quand elle réalise de qui il parle.

« Tu l'aimais ? »

Les mots sont brûlants sur sa langue.

« Oui, » admet Jaime.

Les larmes de Cersei se mettent à couler sans qu'elle ne puisse les arrêter. Jaime les essuie du bout des doigts.

« Mais je t'aimais davantage. Je suis revenu pour toi. »

Il lui donne un dernier baiser avant de s'éloigner. Elle le regarde partir avec mélancolie, pourtant le vide auquel elle s'attendait ne revient pas – pas tout de suite du moins.

Lorsque Cersei se réveille, elle sait ce qu'elle doit faire.

.

Juste à côté de Cersei, Tyrion voit lui aussi des fantômes, des fantômes de son passé, Tysha, Shae, Lya, son père. Il leur tourne le dos et part en courant.

Sans qu'il ne comprenne comment, il se retrouve dans un endroit lointain et familier à la fois, un endroit de son passé qui lui semble presque irréel.

La pyramide de Meereen.

Son cœur se met à cogner dans sa poitrine.

« Tyrion. »

(Comment s'est-il retrouvé à genoux, les mains tremblantes ? C'est comme si son corps ne lui obéissait plus.)

Daenerys se dirige vers lui. Elle sourit. Il n'y a nulle trace de folie dans ses yeux violets.

« C'est impossible, » murmure t-il.

Elle dépose un léger baiser sur son front.

« Je suis heureuse de vous revoir. »

Médusé, il se noie dans cet océan améthyste pour lequel il aurait tué, autrefois. Cette femme qu'il a devant lui n'a absolument rien à voir avec celle qui a mis Port-Réal à feu et à sang sur le dos de Drogon.

« Ce n'était plus moi, » soupire t-elle. « Plus vraiment. »

Elle s'approche d'une fenêtre, il la suit aussitôt.

« Ne vous sentez pas coupable. Vous n'auriez pas pu m'arrêter. »

« Je vous ai laissée tomber. »

Daenerys soupire.

« Je me suis laissée tomber moi-même. J'ai trahi tout ce en quoi je croyais, tout ce pour quoi je me battais. »

Elle se laisse glisser contre le mur. Ses yeux se retrouvent à la hauteur des siens, ils se dévisagent longuement.

« J'aurais dû vous écouter. J'aurais dû rester ici, à Meereen, au lieu de courir après un rêve qui n'avait aucun sens et qui ne m'a apporté que du malheur. »

Sa main vient caresser sa joue, Tyrion frissonne.

« J'aurais pu être heureuse, ici... avec vous. Vous auriez pu me rendre heureuse, je le sais. »

Il recouvre sa main de la sienne.

« Je suis ravie que Jorah m'ait désobéi... je suis heureuse que vous soyez en vie. Et vous, Tyrion, êtes-vous heureux ? »

« Oui... je le suis. »

« Bien, bien. »

(Si c'est un rêve, alors il ne veut jamais se réveiller.)

« Sansa pourrait vous rendre encore plus heureux. »

« Sansa ? Elle ne m'aime pas. »

« Pas encore... ça viendra. »

« Qu'est-ce qui vous fait dire ça ? »

Son expression est énigmatique.

« Une intuition. »

Elle se lève et, après un dernier sourire, s'éloigne.

« Daenerys ! »

Elle se retourne, fronce les sourcils. Tyrion a à peine conscience des mots qu'il prononce ensuite.

« Est-ce que... j'aimerais... juste une fois... »

Daenerys semble comprendre ce qu'il veut et acquiesce. Elle se penche vers lui et ses lèvres rencontrent doucement les siennes, presque timidement.

Leur premier et dernier baiser a le goût des adieux qu'ils n'ont pas pu se faire. Lorsqu'elle se redresse, Tyrion a l'impression d'être en paix.

« Il faut que je rende visite à quelqu'un d'autre. »

« Je comprends. »

« Au revoir... je suis désolée. »

Lorsque Tyrion se réveille, il sourit.

.

Jorah marche dans une ville qu'il ne connaît pas, il fronce les sourcils en essayant de déterminer où il se trouve.

« Jorah. »

Lorsqu'il aperçoit les cheveux d'argent, il croit avoir affaire à une vision, un mirage.

« Comment... »

(Il ignorait que son cœur pouvait battre aussi fort.)

Daenerys rit, amusée.

« Je suis réelle, » dit-elle en s'approchant de lui.

Elle se met sur la pointe des pieds, passe les bras autour de son cou et lui donne un doux baiser qu'il lui rend aussitôt.

« Venez avec moi... j'aimerais vous montrer quelque chose. »

Il la laisse lui prendre la main et le guider à travers les rues. Finalement, elle s'arrête devant une maison à la porte rouge.

« Braavos, » souffle Jorah. « Mais... je croyais... »

« …que cette maison n'existait pas ? Vous avez raison. Mais cet endroit est particulier... tout y est possible. »

Elle pousse la porte et l'invite à la suivre. Il sourit, sachant déjà ce qu'elle va lui montrer.

Le citronnier est exactement comme il l'imaginait. Il ferme les yeux et respire le parfum des citrons.

« J'ai trouvé la paix ici, » souffle Daenerys en se tournant vers lui.

« Vous me manquez. Je vous aime tellement... »

« Je sais... »

Elle se serre contre lui et enfouit le visage dans son cou.

« Merci, Jorah. Merci d'être resté avec moi jusqu'à la fin, malgré toutes les horreurs que j'ai commises. Je suis tellement désolée... vous méritiez bien mieux. »

« Je n'ai jamais rien voulu d'autre que vous. »

(Et il ne voudra jamais rien d'autre.)

« Les enfants... j'ai fait mon possible pour les garder en sécurité, je... »

« Vous avez fait ce qu'il fallait, Jorah. Je vous en suis si reconnaissante. Ils auront une chance de grandir grâce à vous, une chance d'être heureux. »

Elle caresse tendrement sa joue et lui donne un baiser d'adieu.

« Je vous aime, Jorah. Pour toujours. »

Alors qu'elle s'éloigne, il la rappelle.

« Daenerys ! Comment... comment dois-je appeler notre fille ? »

Elle sourit.

« Je suis certaine que le nom que vous choisirez sera parfait. »

Lorsque Jorah se réveille, il sait qu'il a pris la bonne décision en venant ici.

.

« Lord Mormont ! »

Jorah se fige et laisse Cersei le rattraper. Elle fronce les sourcils, il est inquiet.

(S'apprête t-elle à réduire à néant tous ses espoirs ?)

« Vos enfants ne seront ni des Targaryen, ni des Mormont, » commence t-elle. « Ce seront des Lannister. Des lions. »

« Alors vous... »

Elle l'interrompt d'un geste de la main.

« Je ne leur parlerai jamais de leur mère, avec l'espoir qu'ils finissent par l'oublier. Ils sont jeunes. S'ils vous revoient un jour, ils ne se souviendront peut-être pas de vous. Vous ne serez qu'un étranger pour eux. Est-ce que vous comprenez ? »

Jorah acquiesce – c'est la seule chose qu'il parvienne à faire.

(Ses enfants vont vivre. Ils seront protégés. Tout ira bien pour eux.)

« Merci... merci infiniment. »

Cersei soupire.

« Je ne suis toujours pas convaincue que je ne suis pas en train de faire une énorme erreur... » murmure t-elle. « Mais je crois que... c'est ce qu'il faut faire. »

Sans rien ajouter, elle tourne les talons et s'éloigne.

.

Sansa est en train de brosser ses cheveux devant le miroir de sa coiffeuse quand on frappe à la porte.

« Entrez. »

Cersei fait son apparition. Leurs regards se croisent dans le miroir.

« C'est d'accord. »

Sansa manque d'en laisser tomber sa brosse, elle se retourne et fronce les sourcils, s'attend à un piège, une ruse, ou simplement une plaisanterie.

« Vraiment ? »

« Oui. »

Elle retient à grand peine une exclamation victorieuse.

(Tu avais raison, Yara. Comme toujours.)

« Merci, » parvient-elle à dire.

Cersei hoche la tête d'un air résigné. Sansa remarque alors le regard plein d'envie qu'elle pose sur ses cheveux et réalise vraiment à quel point sa crinière de lionne doit lui manquer.

Sans rien ajouter, elle se tourne de nouveau vers le miroir et lève la main qui tient sa brosse. Cersei comprend aussitôt et la saisit avant de la passer lentement dans ses boucles rousses. Sansa ferme les yeux – depuis combien de temps n'a t-elle pas laissé quelqu'un lui brosser les cheveux ?

Elle a la sensation d'avoir accompli sa mission. Jenny et Duncan seront en sécurité, ils vont vivre, ils vont être heureux et si tout va bien, rien ne leur arrivera jamais.

Au bout de quelques minutes, Cersei repose la brosse sur la coiffeuse.

« Ça m'avait manqué... » soupire t-elle. « Merci. »

Elle s'éclipse en silence.

.

« Joanna ? »

Tyrion et Cersei échangent un regard entendu alors que leur petit lionceau s'approche d'eux. Elle grimpe sur les genoux de sa mère, curieuse.

« Nous voulons te parler de quelque chose, » dit Tyrion.

« Oh ? »

Ses yeux verts brillent, elle est si belle, Cersei et Tyrion se demandent s'il existe un amour plus puissant que celui qu'ils ressentent.

« Est-ce que tu aimerais être grande sœur ? » demande Cersei.

Elle écarquille les yeux et pose une main sur son ventre.

« Est-ce que... »

Cersei rit.

« Oh, non, petit lionceau. Je suis trop âgée pour cela. »

« Mais comment est-ce que je pourrais être grande sœur, alors ? »

« Tu as dit que tu aimais bien Jenny et Duncan, n'est-ce pas ? »

Elle hoche la tête.

« Eh bien... ils vont rester avec nous. »

« Vraiment ? »

« Mais oui. »

Elle saute sur le sol, un grand sourire sur les lèvres.

« Génial ! »

Ils la regardent courir partout dans la pièce, attendris.

« Tu as pris la bonne décision, Cersei, » dit Tyrion.

« Je l'espère... je l'espère vraiment. »

(Tyrion sait que la prophétie n'aura plus sa place dans leur famille, plus maintenant – en acceptant de s'occuper des jumeaux, Cersei l'a probablement définitivement laissée derrière elle, et c'est une immense victoire.)

.

« Vous allez bientôt partir, n'est-ce pas ? » dit Tyrion.

« Oui, » répond Sansa.

Tous deux se font face dans l'obscurité, seule la lueur des bougies vient les éclairer.

« Plus rien ne me retient ici, maintenant... il est temps pour moi de rentrer à la maison. »

« Je comprends. »

(Elle doit retrouver sa meute, Arya, Brienne, Bran, son peuple, ses responsabilités. Elle ne peut pas les fuir pour toujours.)

« Je pense rester encore quelques jours pour... enfin, vous voyez. »

« Oui. »

Elle s'assoit sur le lit, repense à Yara.

Peut-être que nous aurions dû rester mariés.

Les mots que Tyrion a prononcés il y a toutes ces années lui reviennent en mémoire, elle soupire.

« Alors ? » demande t-il. « Y avez-vous réfléchi ? »

« Oui. Yara... Yara voudrait que je sois heureuse. Que je me sente bien. Alors... je veux bien essayer autrement. »

Il semble soulagé par sa réponse.

« Cependant... je ne peux pas me défaire de l'impression que je vais la trahir, alors... je ne retirerai pas ma chemise de nuit, et je ne vous embrasserai pas sur la bouche. »

« Nous ferons comme vous le souhaitez. »

Après un dernier regard, Sansa s'allonge et il grimpe au-dessus d'elle. Elle lui offre un sourire crispé.

(Pardon, Yara. Je sais que tu ne m'en voudrais pas, mais... pardon.)

« Est-ce que vous me faites confiance, Sansa ? »

Tyrion Lannister. Un homme qui ne lui a jamais témoigné que du respect et de la bonté. Elle n'hésite qu'une seconde.

« Oui... oui. »

« Très bien. »

Il dépose des baisers dans son cou, lui caresse les cheveux, et Sansa cesse de réfléchir.