Bonjour !
Voici donc le point final de cette troisième partie.
don't give up (even when i'm gone)
Chapitre 41
oOo
Sansa est assise dans les jardins et savoure la caresse des rayons du soleil sur son visage, une main posée sur son ventre plat.
(La vie est-elle en train d'y naître sans qu'elle en ait conscience ?)
Elle surveille Jenny et Duncan jouer à l'ombre d'un arbre, grave les moindres détails de leur visage dans sa mémoire, leurs cheveux d'argent, leurs yeux violets, ces couleurs ne représenteront plus uniquement de terribles souvenirs.
Quand les reverrai-je ?
Ils l'oublieront sûrement, ils oublieront leur court séjour à Winterfell et peut-être cette fuite désespérée loin de la capitale, loin de la mort – ce sera pour le mieux.
Cersei apparaît et vient s'asseoir à côté d'elle.
« Tu sembles pensive, petite colombe. »
Elle hausse les épaules et soupire.
« Je pense à ce qui m'attend quand je rentrerai à la maison. »
« Tu as peur ? »
« Un peu, » admet-elle. « Tout est si flou... qui va s'asseoir sur le Trône de Fer, à présent ? Se pourrait-il que le prochain souverain soit encore pire que Daenerys ? »
Cersei lui jette un regard étrange, comme si elle savait quelque chose que Sansa ignorait.
« Oh... je pense que le prochain monarque sera parfait. »
« Que voulez-vous dire ? »
Mais elle ne répond pas : son regard se tourne vers les jumeaux et elle écarquille les yeux. Sansa regarde à son tour et comprend ce qui l'a surprise : Duncan est en train d'embrasser Jenny sur la bouche.
« Ah... » soupire Sansa, qui avait failli oublier ce détail. « Daenerys leur a raconté qu'ils allaient se marier. Vous savez, pour perpétuer la tradition. »
« Je vois... »
Sansa peut presque voir ses souvenirs défiler devant ses yeux.
« Que suis-je censée leur dire ? » demande t-elle, soudainement perdue. « Je suis très loin d'être la mieux placée pour résoudre ce genre de situation. »
« Je ne sais pas, » admet Sansa. « Ce ne sont encore que des enfants... tout ça est un jeu pour eux. »
Cersei la regarde dans les yeux.
« Oui... pour moi et Jaime aussi, ce n'était qu'un jeu, au début. »
(Sansa espère sincèrement que ce jeu-là ne se terminera pas de façon aussi tragique.)
« Ça te dégoûte ? » demande Cersei.
« Quoi donc ? »
« Ce que je faisais avec Jaime... l'inceste. »
Elle prend son temps pour réfléchir. Ça la dégoûtait sûrement, il y a toutes ces années, quand elle a appris la vérité, quand elle voyait la cruauté de Cersei et celle de Joffrey, quand toutes ses illusions sur l'amour ont commencé à se fissurer, mais qu'en est-il à présent ?
« Je... je ne suis pas sûre. »
Joanna et Renly viennent rejoindre les jumeaux et se laissent tomber à côté d'eux.
« C'était peut-être quelque chose de mal, » reprend Cersei avec conviction. « Mais nous l'avons transformé en quelque chose de bien. »
Elle sourit en regardant sa fille.
« Comment pourrait-on la considérer comme une abomination qui ne devrait pas exister ? »
Joanna, Myrcella, Tommen – de gentils enfants, assurément, mais l'inceste a aussi produit des monstres.
(Aerys, Daenerys, Joffrey – à quoi était vraiment due leur folie ?)
« Joffrey était mon premier né, » soupire Cersei, comme si elle devinait ses pensées. « Il était tout ce que j'avais. Je l'aimais tellement. Je n'avais pas eu la chance d'avoir une mère alors je lui ai tout donné, tout. Je savais ce qu'il était mais je ne pouvais pas cesser de l'aimer pour autant. »
Elle désigne le ventre de Sansa du bout du doigt.
« Tu comprendras, quand tu deviendras mère. »
« En fait... je crois que je comprends déjà. »
Le soleil allume des reflets dorés dans les cheveux de Renly.
« Oh. Je vois. »
« Je devais tout faire pour que Daenerys n'apprenne pas son existence... elle voulait exterminer le sang du lion. Elle l'aurait tué. Je l'aime comme si il était de moi. »
Cersei regarde le petit garçon, pensive. La joie de voir un autre petit morceau de Jaime se dispute sans doute à la frustration que celui-ci ne provienne pas de ses entrailles.
« Joanna ne sait pas que Jaime était notre frère, » révèle Cersei. « Nous attendons qu'elle soit plus âgée pour le lui dire. »
Sansa perçoit une pointe d'inquiétude dans sa voix.
« Elle comprendra. On ne choisit pas qui on aime... »
(Et même si elle avait pu, elle aurait quand même choisi Yara – son âme sœur.)
Elle se lève et croise les bras sur sa poitrine.
« Je vous en veux toujours pour avoir laissé Joffrey me battre, m'insulter, me tourmenter, » lâche t-elle. « Et je vous en voudrai probablement toute ma vie. »
Jamais elle ne pourra oublier à quel point le Donjon Rouge ressemblait à une cage dont elle ne pouvait espérer sortir, à quel point elle était terrifiée en permanence à l'idée que le cerf-lion vienne s'en prendre à elle.
« Cependant... je comprends. Je comprends comment on peut aimer quelqu'un au-delà de la raison. »
(Serait-elle capable de cesser d'aimer Renly s'il commettait un acte monstrueux ? Probablement pas – l'amour n'obéit à aucune règle, ne connaît aucune limite, et c'est quelque chose de beau et de terrifiant à la fois.)
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« Que comptez-vous faire, Jorah ? Une fois que vous serez rentré à Westeros. »
Tyrion et Jorah sont assis près d'une fenêtre et regardent la course du soleil depuis plusieurs minutes déjà.
« Eh bien... j'ai une autre fille, » avoue t-il.
Le nain ne cache pas sa surprise.
« Personne ne sait qu'elle existe, ou presque. Elle est née juste avant que Daenerys... »
Il s'interrompt et baisse la tête.
« Je vois. »
« Elle me ressemble. Elle a mes cheveux et mes yeux. Personne ne saura qui était sa mère. »
(Il prie tous les dieux pour ne pas avoir commis une erreur en la laissant à Westeros, pour ne pas avoir signé son arrêt de mort par pur égoïsme.)
« Vous ne semblez pas aussi heureux que vous devriez l'être, » remarque Tyrion.
Il soupire, a l'impression qu'une montagne de neige s'est abattue sur lui, ne sait pas s'il parviendra un jour à se débarrasser de tout ce poids sur ses épaules.
« La moitié de Westeros a probablement envie de voir ma tête au bout d'une pique, » soupire t-il. « Mon espérance de vie est limitée, quoi que Sansa puisse en dire. »
« Je connais Sansa... elle ne permettra pas qu'il vous arrive quelque chose. »
Jorah a connu trop de désillusions pour laisser l'espoir l'envahir, pour se projeter loin dans l'avenir – c'est comme s'il était déjà en train de se préparer à mourir.
« Vous êtes un survivant, Jorah, » affirme Tyrion. « Et, qui plus est... vous êtes sous la protection d'une louve. Il ne vous arrivera rien, ni à vous ni à votre fille. »
Il parvient à lui offrir un petit sourire.
« Vous allez partir, n'est-ce pas ? »
« Oui... demain. Il le faut. »
(C'est l'instant qu'il redoute plus qu'aucun autre, comment va t-il annoncer aux enfants qu'il va les laisser ici ? Comment va t-il faire pour que sa voix ne se brise pas, pour que ses larmes ne coulent pas ? Comment va t-il supporter de voir les leurs se déverser en rivières ?)
« Nous nous occuperons bien d'eux, » tente de le rassurer Tyrion. « Nous ferons notre possible pour les rendre heureux. Ils ne seront pas seuls, ils ne grandiront pas sans amour. »
(Ils ne finiront pas comme Daenerys, ils ne rêveront pas d'une maison fantasmée et d'un trône qu'on leur a arraché, ils n'entendront jamais parler de leur sang de dragon, ils ne mettront pas de cloches dans leurs cheveux et ne répandront pas le feu et le sang.)
« Je sais, » dit Jorah. « Je sais. »
Mais même ça, ça ne parvient pas à le faire se sentir mieux.
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Lorsque le soleil se couche, Cersei retrouve Tyrion dans la bibliothèque. Elle a l'impression que ça fait une éternité qu'elle n'a pas ouvert un livre.
« Je commençais à croire que tu avais oublié l'existence de cette pièce, » fait Tyrion en relevant la tête de son livre.
« J'ai été plutôt occupée, ces derniers jours, » rétorque t-elle en s'asseyant près de lui.
« Occupée à penser ? Voilà qui a dû être épuisant. »
« Continue de me parler avec ce ton suffisant et tu le regretteras. »
« J'aimerais bien voir ça... »
Pour toute réponse, elle saisit un coussin et le lui lance en pleine tête.
« C'est toujours un plaisir de discuter avec toi, Cersei, » ironise Tyrion.
« Je sais. »
Ils échangent un regard avant de laisser échapper un petit rire.
« Joanna ne lâche plus les jumeaux d'une semelle, » reprend Tyrion. « C'est un miracle qu'elle se soit retenue de leur apprendre qu'ils allaient rester ici. »
(Le miracle, c'est que Cersei ait accepté de s'occuper d'eux, même si aucun d'eux ne semble avoir envie de le dire à voix haute.)
« Tant mieux, » répond t-elle. « Les choses auraient été encore plus compliquées s'ils ne s'entendaient pas. »
Et ils sont tous les deux bien placés pour le savoir.
« Sansa va donc s'en aller demain... » dit Cersei.
Tyrion acquiesce avec une certaine tristesse.
« Tu penses que ça a fonctionné ? »
« Je n'en sais rien... je l'espère, je l'espère vraiment. »
Il referme son livre et le pose sur ses genoux, caressant la couverture du bout des doigts.
« Elle va me manquer, » avoue t-il. « J'aurais aimé avoir plus de temps. »
(Seul un Lannister peut aimer un Lannister. S'il en avait eu, cela aurait-il marché entre lui et Sansa ou bien la malédiction les aurait-elle rattrapés ? Est-elle seulement réelle ?)
« Tu n'es pas seul, » lui rappelle Cersei en posant une main sur son bras.
Son visage se fend d'un sourire.
« Je sais. »
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Lorsque Tyrion s'écarte d'elle pour la dernière fois, un étrange sentiment s'est lové dans le cœur de Sansa et elle est incapable de mettre le doigt dessus.
« Eh bien... » dit-il en se passant une main dans les cheveux, le visage encore un peu rouge. « Prions pour que vous portiez maintenant un petit louveteau dans votre ventre. »
(Louveteau. Il a dit louveteau, pas lionceau, et si c'est possible, elle n'en éprouve que davantage de respect pour lui.)
« Pensez-vous que les dieux nous entendront ? » demande t-elle en se redressant. « Ils n'ont jamais répondu à mes prières. »
« Aux miennes non plus. »
Ils échangent un sourire triste.
« Je n'ai aucun moyen de savoir si ça a fonctionné, » reprend Sansa. « Mais je suis contente d'avoir essayé. »
Elle tente de ne pas penser à Yara, de ne pas laisser son souvenir la submerger jusqu'à la faire fondre en larmes.
Elle voudrait que je sois heureuse, que j'aie cet enfant. Je le sais.
Tyrion hésite, comme s'il ne savait pas quoi faire.
« Tyrion ? Est-ce que... est-ce que vous accepteriez de rester un peu avec moi ? »
« Vous êtes sûre ? »
« Certaine. »
Tous les deux posent la tête sur l'oreiller et regardent le plafond en silence.
Peut-être que nous aurions dû rester mariés.
Alors qu'ils se regardent les yeux dans les yeux, cette phrase de Tyrion leur revient en mémoire et ils se mettent à imaginer ce qu'aurait pu être leur vie s'ils n'avaient pas été séparés, si Daenerys et Yara n'étaient pas entrées dans leur vie. Se seraient-ils aimés ? Auraient-ils été heureux ensemble ? Auraient-ils eu des enfants ?
Sansa sait que se poser de telles questions est inutile, à présent, et jamais, au grand jamais elle ne regrettera avoir croisé le chemin de Yara mais elle laisse pourtant son esprit divaguer et se perdre dans le labyrinthe des possibles.
Dans ses rêves, elle reçoit la visite d'un enfant aux yeux verts.
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« Vous pouvez rester encore quelques jours, » dit Tyrion.
Jorah se force à secouer la tête de droite à gauche alors que le port se rapproche inexorablement. A quoi bon retarder l'échéance ? Il tient les jumeaux par la main et n'est toujours pas certain qu'il aura la force de les lâcher. Sansa avance les yeux mi-clos, une main posée sur son ventre, l'autre tenant celle de Renly, lequel ne cesse de se retourner vers Joanna.
Cersei marche lentement derrière eux, elle semble pensive.
(Et si elle s'en prenait aux enfants dès leur départ ? Et si elle les tuait ? Et si...)
« Ser Jorah ? » demande Jenny, interrompant le cours de ses pensées. « Est-ce que... est-ce que nous allons rentrer à la maison ? »
Le port est en vue, les larmes lui brûlent les yeux, il sent qu'il ne va pas y arriver, c'est trop difficile, il a l'impression qu'on lui arrache le cœur, une part de lui-même, il va s'effondrer à genoux et...
Une main se pose sur son épaule et le stabilise. Les yeux de Sansa ne sont que douceur et compréhension.
Je suis là, semble t-elle dire. Vous allez y arriver.
Du coin de l'oeil, il voit Cersei et Tyrion s'éloigner pour aller parler au capitaine d'un navire. Il s'agenouille doucement. Les enfants le fixent de leurs yeux violets implorants, des yeux tant aimés qui lui en évoquent d'autres, des yeux où il n'a jamais supporté de voir des larmes.
(Ont-ils déjà compris ?)
Il ouvre la bouche mais aucun son n'en sort.
Je ne vais pas y arriver.
C'est alors que Jorah ressent une présence à ses côtés, lointaine et proche à la fois, quelque chose qui lui évoque la tendresse et la nostalgie.
Il manque de sursauter quand des petites cloches tintent près de son oreille.
« Je suis là, Jorah. Maintenant et toujours. Vous pouvez le faire, je le sais. »
(Daenerys. Celle qui a toujours su lui redonner la force de se battre.)
Jorah attire Jenny et Duncan contre lui.
« Les enfants, il faut que je vous dise quelque chose. »
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Sansa s'éloigne de Jorah pour lui laisser un peu d'intimité et entraîne Renly avec elle. Cersei tend une bourse remplie de pièces d'or au capitaine d'un navire.
« C'est le navire le plus rapide qui soit disponible à Pentos en ce moment, » explique t-elle. « Vous devriez être bientôt de retour à Westeros. »
« Merci. »
Joanna et Renly se regardent tristement.
« Pourquoi est-ce que Renly ne peut pas aussi rester avec nous ? » demande la petite fille à Cersei, les yeux humides.
« Il doit retrouver sa mère, » explique t-elle d'une voix douce.
Elle baisse la tête, déconfite.
« Tu vas me manquer, » soupire t-elle.
« Toi aussi. »
Elle l'entraîne par la main un peu plus loin pour lui faire ses adieux. Sansa se tourne alors vers Tyrion.
« Merci... merci pour ce que vous avez fait pour moi. Merci infiniment. »
« Tout le plaisir était pour moi. »
Ils laissent échapper un rire gêné.
Pas seulement.
« Vous... vous me tiendrez au courant, n'est-ce pas ? »
« Bien sûr. »
« Et si jamais ça n'a pas fonctionné... vous savez où me trouver. »
Sansa acquiesce avec amusement.
« Eh bien... au revoir, Sansa Stark. Vous allez me manquer. »
« Vous aussi. »
Le baiser qu'il dépose sur sa main est doux et plein de regrets. Sansa fait ensuite face à Cersei sans trop savoir quoi lui dire.
« Aussi incroyable que cela puisse paraître... nos discussions vont me manquer, » avoue t-elle.
La lionne lui sourit tranquillement.
« Les corbeaux volent au-dessus du Détroit, tu sais. »
(Curieusement, l'idée d'échanger des lettres avec elle lui plaît – peut-être n'aura t-elle plus besoin d'invoquer une vision quand elle se sentira seule.)
« Merci d'avoir accepté de vous occuper des enfants. »
Elle jette un œil à Jorah. Jenny et Duncan pleurent toutes les larmes de leur corps et s'accrochent désespérément à lui, ce spectacle est à crever le cœur. Cersei soupire et lui fait un léger signe de tête.
« Je suis heureuse que vous ayez survécu. »
(J'ai toujours voulu être là quand ils exécuteront votre sœur – ces paroles semblent appartenir à une autre vie, à présent.)
« Je suis heureuse que tu aies survécu aussi... mais je n'en doutais pas. »
Alors, quand Cersei lui ouvre ses bras avec hésitation, Sansa accepte son étreinte.
« Au fond, c'est toi ma véritable héritière, petite colombe, » murmure Cersei.
Cette remarque lui fait un drôle d'effet et curieusement, Sansa n'éprouve pas la répulsion qu'elle aurait ressentie quelques années plus tôt.
« Vous devriez lui dire... » répond t-elle sur le même ton. « Vous devriez lui dire que vous l'aimez... avant qu'il ne soit trop tard. »
(Sansa n'a pas dit à Yara qu'elle l'aimait et Yara est tombée, et pas un jour ne passera sans qu'elle n'ait des regrets.)
Cersei a l'air troublée lorsqu'elles s'écartent. Les pleurs des enfants se font plus bruyants quand Jorah les rejoint finalement.
« Les enfants, » murmure t-il. « Tout ira bien, je vous le promets. Je vous aime tellement... »
Sa lèvre tremble, il est sur le point de craquer alors que Jenny et Duncan s'accrochent toujours fermement à ses jambes. Tyrion et Cersei, après avoir échangé un regard, leur prennent la main et les forcent doucement à le lâcher.
« Ne pleurez pas, » leur dit Tyrion en se forçant à sourire. « Vous n'allez être séparés qu'un petit moment. Ser Jorah reviendra vous chercher bientôt, vous verrez, et vous ne vous apercevrez même pas qu'il est parti ! »
(Un petit mensonge vaut parfois mieux qu'une terrible vérité.)
« Je vous raconterai une histoire tout à l'heure, et vous pourrez jouer avec Joanna. »
Mais les enfants ne semblent même pas l'écouter. Ce n'est que lorsque Cersei, visiblement touchée par leur détresse, s'accroupit et les serre contre elle qu'ils se calment un peu.
(L'étreinte d'une mère – il n'y a pas de meilleur remède contre le chagrin.)
Quand elle les embrasse sur le front, Sansa comprend que tout ira bien pour eux. Une lionne n'abandonne jamais ses petits.
Jorah, sans rien ajouter, comme s'il n'en avait plus la force, monte sur le navire pour pouvoir y pleurer tout son saoul, les jambes tremblantes. Renly fait un triste signe de main à Joanna et s'apprête à le suivre quand Cersei l'appelle.
« Renly ! »
Les sourcils froncés, il s'approche d'elle. Sansa retient son souffle, s'attendant presque à ce qu'elle lui brise la nuque dans un dernier éclat de folie.
Elle détourne quelques instants les yeux de Jenny et Duncan, qui s'accrochent toujours à elle, pour regarder son neveu et elle passe une main dans ses cheveux dorés.
« Tu ressembles à ton père. »
Les yeux verts du petit garçon s'illuminent.
« Vous le connaissiez ? »
« Oui, » dit-elle avec mélancolie. « C'était le chevalier le plus courageux que j'aie jamais connu. »
« Est-ce que... est-ce que vous pouvez me parler de lui ? »
Cersei soupire et secoue la tête.
« Ta mère le fera bien mieux que moi. »
Il hoche la tête, pensif, et monte à son tour sur le navire.
Il est temps de rentrer à la maison. Après un dernier signe de tête en direction de Cersei et Tyrion, Sansa tourne le dos à Pentos et regarde vers Westeros, là où est sa meute, là où est sa place.
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« Vous l'avez fait, » dit Sansa à Jorah quelques heures plus tard alors qu'ils observent la mer.
« Je ne pensais pas que j'y arriverais, » soupire t-il. « Leurs cris me hantent – me hanteront toujours. »
« Vous avez fait ce qu'il fallait, » assure t-elle. « Nous avons réussi. Ils sont en sécurité. »
Le soleil se couche et l'avenir est porteur d'incertitude.
« Et maintenant ? » reprend Jorah.
Sansa songe à ce qui va se passer. Elle sait qu'Arya l'attend de pied ferme à Winterfell, grimace face à la certitude que l'accueil de sa sœur ressemblera à une tempête. Elle va devoir s'expliquer auprès des autres seigneurs et inventer un prétexte à son absence, protéger Jorah comme elle le lui a promis.
Elle va devoir s'assurer qu'aucun tyran ne s'assoie sur le Trône de Fer.
Et, peut-être, elle va voir son ventre gonfler et accueillir un nouveau petit louveteau dans sa meute.
« Maintenant... nous survivons. »
(C'est ce qu'ils font depuis des années et ils sont toujours en vie – elle fera tout pour que ça continue.)
« Et nous n'abandonnons pas. »
Sansa presse son coquillage contre son oreille et écoute sa chanson d'eau et de glace, un petit sourire sur les lèvres.
L'intrigue se poursuivra donc dans une quatrième partie qui sera bien plus courte et qui fera office de conclusion. Et vu que je suis une auteure très sympathique (sauf avec mes personnages), je poste également le petit bonus qui devrait vous faire plaisir :).
