I've learned to lose you, can't afford to
Tore my shirt to stop you bleeding
But nothin' ever stops you leaving
Quiet when I'm comin' home and I'm on my own
I could lie, say I like it like that, like it like that
La douleur.
Le désespoir.
Le déchirement.
Le deuil.
Comment se faisait-il qu'aucun de ces mots, seul ou combiné, ne suffisait à décrire le martyr que vivait Daphnée en agonisant sur son lit d'hôpital ? Cela faisait presqu'une semaine qu'elle avait fait une overdose, et personne à part Blaise n'était venu lui rendre visite. Et si l'absence des uns ne la surprenait guère, celle de Draco en particulier lui transperçait le cœur. Elle avait beau avoir appris à ne s'attendre à rien de sa part, cela ne l'empêchait pas d'espérer en silence. Elle avait beau savoir qu'il était responsable de son état, cela ne l'empêchait pas de se languir de lui.
Leurs disputes étaient certes fréquentes, certes déchirantes, mais jamais elles n'avaient égalé cette dernière. Elle avait des fois l'impression que Draco vivait pour se déchirer, se disputer, et blesser autrui. Il était accro au sang et aux larmes d'autrui, avait besoin de blesser pour mieux revivre, de haïr pour mieux renaître.
Mais Daphnée était accro à lui, avait besoin d'entendre sa voix, de le toucher, de sentir son souffle contre le sien.
Il lui faisait tellement mal, la blessait physiquement et psychologiquement. Elle savait que leur relation était toxique, mais elle ne pouvait également se passer de lui, de son odeur, de ses yeux, de la chaleur glaciale qu'il dégageait quand elle se blottissait contre lui.
Elle se détestait de lui être si faible.
Elle détestait savoir qu'il suffirait qu'il franchisse la porte pour qu'elle lui pardonne tout.
Il n'aurait même pas besoin de s'excuser, ni même de prononcer ne serait-ce qu'un mot. Sa présence seule suffirait à ce qu'elle pardonne. Mais pourrait-elle oublier ?
Un mot anodin avait déclenché la dispute.
Ils s'étaient isolés pour quelques minutes dans la chambre de Draco, trop saouls pour pouvoir continuer à prétendre être de sages progénitures dans une ambiance déjà saturée d'hypocrisie, de faux-semblants et de duperie. Draco avait monté une bouteille de Jack dont il s'était bien généreusement servi au préalable. Il avait commencé à lui embrasser le cou, ses yeux ancrés dans le vide, ses mains tâtant le dos de sa robe pour faire glisser la fermeture éclair.
- Drake, arrête s'il te plaît, souffla-t-elle en tentant de le repousser fermement mais gentiment.
Il fit mine de ne pas l'entendre, et quitta son cou pour ses lèvres, mordant jusqu'au sang sa lèvre inférieure.
- J'ai pas envie, pas ce soir, reprit-elle en gémissant de douleur et en tenant de calmer les papillons qui virevoltaient au creux de ses reins.
Il quitta lentement, lentement, ses lèvres sans pour autant détacher son regard bleu glace du sien. Comme s'il la défiait de ne pas suffoquer sans lui. Comme s'il la défiait de ne pas s'accrocher à lui.
Pas ce soir, répéta Daphnée en fermant les yeux, incapable de continuer à voir les siens plongés dans son regard.
Pour la première fois de sa vie, elle savait qu'elle devait lui résister. Cette nuit au moins. Elle devait tout d'abord aborder le sujet qui l'angoissait. Elle devait lui parler, chose qu'il ne serait plus disposé à faire une fois qu'il aura eu ce qu'il voulait. Elle avait vu le regard que lui avait jeté Narcissa quand elle lui avait perfidement glissé qu'elle ne sera jamais sienne. Elle avait lu l'allusion. Elle avait lu la pitié, le dédain et la délectation malsaine. Elle avait compris.
Ne vous méprenez point. Daphnée n'était pas ingénue. Elle n'était pas naïve. Que Draco la trompe était devenue une réalité qu'elle avait cessé de nier depuis bien longtemps. Elle savait qu'il couchait à droite et à gauche sans aucunement tenter de se retenir. Mais elle avait également la certitude que personne ne lui disputait l'affection de Draco. Une affection certes ténue, presqu'imperceptible. Peut-être même un filament de son imagination. Mais il revenait toujours à elle. Peu importe leurs torts, le mal qu'ils se faisaient, les insultes qu'ils se jetaient, et les blessures qu'ils s'infligeaient. Ils revenaient toujours l'un vers l'autre. Elle jalousait toutes ces filles qui partageaient avec elle le corps de Draco, mais elle savait également que pour lui le sexe n'était que question de pure désir charnel dénué de toute trace d'affection ou d'amour. Elle nourrissait cet espoir, cet espoir si infime mais si étouffant en même temps. Elle nourrissait l'espoir que ce que Draco ressentait pour elle était le summum, le paroxysme de ce dont il était capable. Qu'il puisse en être autrement lui déchiquetait le cœur. Lui broyait l'estomac. La privait d'air. Il ne pouvait être amoureux. Ni d'elle ni d'une autre. Pas le Draco qu'elle connaissant. Pas son Draco. Non. Impossible. Où était-ce possible ?
Était-elle folle d'étayer toute une histoire sur un simple regard de Narcissa ? Narcissa qui la détestait depuis toujours ? Non. Narcissa était certes perfide, cruelle, malsaine, et capable du pire, mais ce regard… Ce regard Daphnée pouvait presque le sentir sur elle. Teint de pitié et de mépris, il heurtait Daphnée au plus profond d'elle.
Surtout, ce regard venait jeter de l'huile sur un feu consumant Daphnée vive depuis bien longtemps. Elle ne pouvait cesser de penser à ce qui s'était passé presqu'un an plus tôt. La nuit la plus angoissante de toute sa vie.
Elle se recroquevilla sur elle-même, serra ses genoux contre sa poitrine, et tourna le dos à Draco.
Elle ferma les yeux, trop meurtrie pour pleurer, trop blessée pour crier.
Elle sentit le souffle de Draco se régulariser, jusqu'à ce qu'il ne devienne qu'un imperceptible ronronnement lui signalant qu'il s'était endormi. Elle se retourna, se retrouva nez à nez avec un Draco profondément endormi. Toutes traces de colère, rage, froideur, et cynisme avaient quitté son visage, laissant place à une innocence infantile qui ne lui était guère familière. La moue boudeuse sur son visage refrogné contrastait l'expression d'indifférence, de détachement, et de colère froide qui voilait d'habitude ses traits. Daphnée fut presque tentée de caresser sa joue et se blottir contre ses bras. Mais elle reposa sa main suspendue à deux centimètres du visage de Draco, la jalousie venant insidieusement rompre le mirage.
Se glissant discrètement hors du lit, elle prit soin de récupérer le téléphone du jeune homme et de le cacher discrètement dans sa pochette argentée en entendant le souffle de Draco se saccadant. Elle avait l'habitude de ce sombre rituel précédant son réveil. Son souffle s'accélérerait, se saccadait, avant qu'il ne commence à faiblement gémir de douleur comme si on l'écorchait vif.
Elle ne pût se retenir de jurer.
Merde. Merde. Merde.
Il se réveillait.
- Qu'est-ce que tu fous?, grogna-t-il en s'essuyant les yeux, complétement désorienté.
- Ta mère ne m'aime pas, rétorqua Daphnée en luttant pour empêcher sa voix de trembler.
- Ce n'est pas nouveau, marmonna-t-il en cherchant son téléphone sur le bord de sa table de nuit sans succès.
- Tu ne m'écoutes pas.
- Ce n'est pas nouveau non plus, soupira-t-il en tâtonnant sous les draps. Où est mon putain de portable?, ajouta-t-il en se levant d'un bond du lit.
- Qu'est-ce qui s'est passé l'autre nuit ?
- Quelle nuit ?, demanda-t-il de plus en plus impatient.
- Qui est cette salope qui te retient loin de moi ?, rétorqua Daphnée au bord des larmes.
- Tu es folle. Le portrait craché de ta putain de mère, assena-t-il en la fusillant du regard.
Daphnée encaissa le coup en vacillant légèrement. Elle vivait la bipolarité de sa mère comme une véritable épreuve et ne supportait qu'il lui puisse le lui jeter à la figure.
- Et toi le putain de portrait craché de ton père, répondit-elle en lui enfonçant les ongles dans son torse.
Profitant de son léger désarroi, elle le poussa en arrière et s'empara rapidement de sa pochette avant de s'enfermer à double tour dans la salle de bain. Son cœur battant la chamade, elle s'efforça de se calmer afin de tenter de déverrouiller le portable de Draco.
A sa grande surprise, l'écran d'accueil s'afficha instantanément. Pas de mot de passe, d'empreinte, ou de reconnaissance faciale. Pour tout autre personne, cela aurait la preuve irréfutable de l'innocence de Draco. Pas pour Daphnée. Elle savait que le meilleur moyen de cacher était de de ne pas cacher. L'œil a du mal reconnaître ce qui s'affiche si clairement en plein public quand la cible est un secret. Elle commença par les messages facebook, les textos, les chats instagrams, et les appels récents. Devant elle défila une multitude de messages aussi incriminants les uns que les autres. Des filles d'un soir, des plans réguliers, et des proies à chasser. Incriminants certes, ces messages étaient aussi exactement ce à quoi Daphnée s'attendait. Elle savait déjà qu'il parlait à et couchait avec d'autres. Rien de surprenant. En fait, cela l'apaisa même. Rien n'avait changé. Rien d'inquiétant. Du Draco tout craché.
Elle posa sa main sur la poignée de la porte avant de se raviser. La galerie photo. Sans savoir pourquoi, elle ressentit le besoin de consulter les photos stockées dans le téléphone de Draco. Un mauvais pressentiment s'insinua dans toutes les fibres de son corps alors qu'elle ouvrit l'application.
Ses doigts se crispèrent instantanément sur le téléphone.
Son cœur se brisa en un millier de fragments acérés.
Les deux-milles et quelques photos représentaient toutes la même et unique fille sous différents angles, différentes poses, et à différents endroits aux quatre coins du Manoir.
Magnétique fut le premier mot qui vint à l'esprit de Daphnée en contemplant celle qu'elle considérait à présent être sa némésis.
La nausée lui brûla la gorge quand elle se rendit compte que le modèle n'avait aucunement conscience d'être photographié dans plus de la moitié des photos.
Des captures fugaces d'instants de vie. Une vie qui valait bien plus que la sienne.
- Je ne sais pas quoi te dire Hermione, Ron peut être… assez immature, soupira Ginny en passant son bras autour de son amie. Ça lui passera.
- Cela fait deux semaines Ginny !
Assises à la bibliothèque, les deux jeunes filles se faisaient face par-dessus leurs livres et ordinateurs. Elles s'y retrouvaient souvent durant leurs heures creuses, profitant du silence régnant pour discuter sans craindre aucune interruption. En effet, la plupart des étudiants préféraient sortir, traîner dans le parking, ou encore squatter le terrain de foot. Ron et Harry étaient par exemple à la cafétéria, grignotant comme à leur habitude les sandwichs immondes du réfectoire. Or, Hermione tenait à éviter de croiser Ron pour l'instant. Tant qu'il ne lui pardonnait pas, elle refusait de subir son regard noir et le flot d'amertume qui l'accompagnait. En même temps, il lui manquait. Malgré son attitude déraisonnable, elle ne pouvait s'empêcher de ressentir un pincement au cœur à chaque fois qu'elle croisait son chemin.
- Tu connais Ron, insista Ginny. Il n'a pas un mauvais fond, mais il peut être assez rancunier. Il te pardonnera, tu dois juste essayer de rétablir le contact.
- Je n'ai très honnêtement pas la force de faire plus d'effort pour qu'il me pardonne, rétorqua Hermione plus sèchement qu'elle ne l'aurait voulu. Pourquoi est-ce que l'on attend toujours à ce que je piétine mon égo pour faire plaisir aux autres ?
Son amie fronça les sourcils, légèrement étonnée. Les sautes d'humeur d'Hermione devenaient de plus en plus fréquentes, ce que Ginny attribuait au stress de la dernière année, couplé avec la série de mésaventures qui semblait s'acharner sur la jeune fille. Elle entrouvrit la bouche pour défendre son frère, bien que parfaitement consciente de la longue liste de défauts qu'il traînait derrière lui, lorsque l'entrée de Daphné Greengrass accapara l'attention de son interlocutrice.
L'aisance avec laquelle Daphné se mouvait contrastait fortement l'inertie de son corps étendu sur le brancard. La vision de la poupée Greengrass inconsciente dans les bras de Malfoy hantait encore Hermione. Pourtant, l'épisode semblait s'être complétement effacé de la mémoire de Daphné, qui affichait le même sourire mesquin que d'habitude. Portant une chemise bleu ciel à manche longue à l'intérieur d'un pantalon beige taille-haute, elle ressemblait plus à une chef d'entreprise qu'une lycéenne désemparée. Elle était accompagnée de sa sbire habituelle, Evelyne Johnson, une véritable garce dont les parents étaient à la tête de l'empire cosmétique Johnson. Remarquant le regard d'Hermione, Daphné haussa les sourcils et s'arrêta au niveau de la table qu'occupait les deux amies.
- Tu veux quelque chose peut-être, Granger ?, siffla-t-elle sans se départir de son sourire moqueur. Une photo, un conseil peut-être ?
Hermione resta silencieuse quelques secondes, affrontant du regard son interlocutrice. Elle finit par plaquer un faux sourire sur ses lèvres, aussi mielleux que celui de Greengrass :
- Non, rien. Je ne te pensais pas remise de sitôt, c'est tout.
- Excuse-moi si je t'ai donné l'impression d'avoir sollicité ton opinion, je m'en bas les couilles.
Eve pouffa de rire, rejetant ses boucles brunes impeccables en arrière.
- Granger est pourtant passée pro dans l'art de se la ramener, ricana-t-elle en faisant pianoter ses ongles sur le bois marbré du bureau. Tu pourrais peut-être l'ajouter à ton CV ? Juste en dessous de suicidaire ?, ajouta-t-elle en référence à l'incident Zabini.
- Je n'oserai pas, je crois qu'il y a bien meilleur que moi dans ce domaine, rétorqua Hermione en fixant Daphné du regard.
Elle aurait juré voir une ombre d'effroi rapidement traversé les yeux moqueurs de la petite amie attitrée de Draco. Un léger nuage imperceptible à quiconque ignorait l'état dans lequel Daphné avait été admise à l'hôpital. Elle sourit pourtant avant de chuchoter sournoisement :
- Ne tente pas le diable si tu ne peux pas l'affronter.
- Du moment qu'il partage ton lit, je ne saurai te tenir gré, répliqua Hermione tout en tentant de maîtriser sa voix tremblante sous un sourire docile.
- C'est plutôt la moitié de Poudlard qui partage le lit de Malfoy, assena Ginny en interrompant l'échange électrique des deux lycéennes.
- Je t'y inviterais bien Weasley, mais je crains que même mon appétit sexuel ait des exigences, lança une voix froide d'un ton acerbe.
Appuyé sur l'embrasure de la porte, se tenait un Draco visiblement ennuyé, les yeux baissés sur son iPhone comme s'il n'avait guère besoin de regarder la scène pour y participer. Daphné ignora instantanément Eve, Hermione, et la réplique de Ginny, préférant se jeter au cou de son copain. Ce dernier continua de pianoter sur son téléphone, ne se donnant pas la peine de rendre à Daphné son étreinte.
- Tu m'as manqué, chuchota-t-elle en posant délicatement ses lèvres sur les siennes. Je suis contente de te voir.
Ginny fit mine de se faire vomir d'écœurement, ce qui fit légèrement sourire Hermione. Elle ne pouvait s'empêcher de se sentir… gênée. Elle ressentait à présent de la pitié pour Daphné, comprenant que côtoyer Malfoy ne devait pas être une partie de plaisir au quotidien.
Le leader des Serpentard ne releva pas les singeries de Ginny, se contentant de tirer Daphné derrière lui en quittant la salle et claquant la double porte vitrée.
- J'y crois pas, ils font la paire ces cons. Comment as-tu pu croire un seul instant qu'il pouvait avoir de pures intentions ? C'est un véritable enfoiré !
Le silence commençait à peser lourd pour Daphné, mal à l'aise sur son siège en cuir au sein de la voiture de Draco. Elle n'osait le rompre pourtant, de peur de commettre une erreur irréparable, de peur de dire ce qu'il ne fallait pas, de peur de creuser encore plus le fossé qui la séparait à présent de la personne qu'elle avait aimait le plus au cours de sa courte vie.
Elle se contenta donc d'attendre qu'il prenne la parole, qu'il dise quelque chose. Qu'il s'excuse peut-être ? Elle ne put s'empêcher d'esquisser un sourire triste à cette pensée. Aucun espoir n'était plus risible. Après tant d'années passées auprès de l'héritier Malfoy, elle savait qu'aucune excuse ne franchirait jamais ses lèvres.
A ses côtés, Draco ne semblait en effet pas disposé à parler, et encore moins à s'excuser. Les mains serrées sur le volant, il roulait sans se préoccuper de sa passagère.
Ils arrivèrent bientôt au niveau de l'allée précédant le manoir Greengrass. Une imposante bâtisse sortant tout droit de l'imagination de l'architecte Italien Delfino, que l'élite Londonienne se disputait violemment. Et pour cause, Delfino parvenait à insuffler une âme à ses créations modernes et classiques à la fois. Le manoir Greengrass ne dérogeait pas à la règle. Constituant un véritable chef d'œuvre architecturale surplombant un large jardin où florissaient les variétés les plus exotiques, le manoir était dressé dans toute sa splendeur Victorienne.
Draco arrêta sa voiture à quelques mètres du portail en fer noir. Le silence se fit encore plus pesant sans le ronronnement constant du moteur. Le cœur de Daphné se mit à tambouriner, à bombarder sa cage thoracique, à la priver du peu d'air frais disponible. Un mauvais pressentiment comprima sa poitrine.
- C'est la dernière fois que je tolérerai ton petit numéro de suicidaire, annonça-t-il d'une voix sèche sans détourner son regard du volant. La prochaine fois, je ne prendrai pas la peine de t'emmener aux urgences. Si tu as vraiment envie d'en finir avec la vie une bonne fois pour toute, fais-le au moins bien.
- Je n'y crois pas, murmura Daphnée estomaquée de la froideur de celui qu'elle considérait comme son partenaire. Tu ne cherches même pas à savoir ce qui...
- Je te donne le choix, comme je te l'ai toujours donné, l'interrompit-il. Me suivre ou me laisser, m'aimer ou me haïr, te taire ou me taire, on ne peut pas parler tous les deux.
Elle se tut, luttant pour ne pas laisser le flot de larmes qu'elle retenait glisser sur ses joues. Elle se haïssait encore plus que jamais de lui être aussi faible, d'accepter tout ce qu'il lui imposait sans jamais rechigner.
- Je ne veux plus que l'on parle de cette nuit, ce sera comme si elle n'avait jamais existé, ajouta-t-il.
- Laquelle? demanda Daphné en se redressant sur son siège aux aguets. Quelle nuit? Quelle nuit Draco?, cria-t-elle alors qu'il sortait de la voiture pour lui ouvrir la portière.
Il se contenta de poser un regard vide sur elle, dénué de toute vie, de toute émotion, en se tenant devant elle la portière grande ouverte.
- Quelle putain de nuit Draco? articula-t-elle lentement en le fusillant du regard ses yeux désormais embués de larmes. Celle où j'ai failli perdre la vie à cause de toi? Ajouta-t-elle en relevant la tête d'un air de défi.
Elle savait pertinemment que ce n'était pas ce à quoi il faisait référence.
- Sors de ma voiture Daphnée. Tout de suite.
Elle sortit lentement, ses cheveux rejetés en arrière, reprenant une stature de reine, ses instincts de noblesse reprenant le dessus.
- Ne t'inquiètes pas Draco, rétorqua-t-elle en maîtrisant tant bien que mal sa voix tremblante, je ne dirais rien. Pas tant que tu seras à moi.
