Je vous amène enfin le chapitre deux ! Il m'en aura pris du temps, plus d'un mois. Même si, normalement il aurait dû sortir plus tôt mais entre temps j'ai eu une grippe et du coup j'ai pris du retard pour le taper sur ordi.
Je pense que cela risque d'être comme ça pour le reste de l'histoire, les chapitres sont très longs, et je ne veux pas tout faire d'un trait lorsque je traduis ou que je tape, du coup va falloir être patient !
Pour Lilly Tragdie, kaicho-sama (et d'autres) : Un grand merci pour vos review, ça m'a fait très plaisir, mais n'oubliez pas que ce n'est pas moi qu'il faut féliciter pour l'écriture, je ne suis que le « messager », on va dire. Si vous voulez me féliciter, félicitez-moi pour ma traduction plutôt !
Anonyme : Ravie de voir que ça te plaît, j'espère te revoir pour la suite !
Voilà tout, bonne lecture !
Écrit par Cennis
Chapitre Deux
Des rayons de soleil passèrent à travers les rideaux, et réchauffèrent son visage. Son réveil continua à sonner, mais il ne voulait pas se donner la peine de l'éteindre. Son lit était beaucoup trop douillet, et il sentait une chaleur agréable contre son dos, ainsi qu'un bras pendouillant sur sa taille, signe qu'il avait passé une très bonne nuit. Sans doute l'avait-il prise dans une boîte de nuit... Mais... Il ne se souvenait pas être allé dans une boîte de nuit la nuit dernière. En fait... Il n'y avait sûrement pas de boîte de nuit dans la campagne Anglaise-
- Mmm, tu es adorable quand tu dors, Sebby~
- Argh !
Sebastian ouvrit brusquement les yeux, et d'un coup de pied, se débarrassa de l'intrus dans son lit. Grell tomba au sol dans un méli-mélo de rouge.
- Ne sois pas si froid...
- Que fous-tu dans mon lit ? demanda Sebastian, oubliant la politesse à une heure si matinale.
- Je pensais que tu te sentirais seul pendant ta première nuit dans un nouvel endroit, chantonna la rousse, qui était sans l'ombre d'un doute une handicapée mentale, en posant son menton sur sa main, ayant l'air beaucoup trop à l'aise, affalée, sur le sol de Sebastian.
Peu de gens savaient, à l'exception de sa mère et de Agni, que Sebastian Michaelis n'était pas une personne matinale. À cause de la faible pression artérielle, et tout cela. S'il était perturbé avant dix heures, ne serait-ce qu'un peu, sa politesse habituelle serait introuvable.
Malheureusement pour Grell Sutcliffe, sept heure trente venait juste de passer.
- Wow, Sebby, quel tempérament !
Sebastian agrippa la poignée de la porte et l'ouvrit à la volée, tout en traînant Grell par le col de sa chemise de nuit écarlate.
Les sens de Sebastian, d'habitude parfaitement fonctionnels, étaient eux aussi un peu engourdis par les matins de bonne heure. S'il avait été dix heure et une minute, il se serait probablement rendu compte que la porte qu'il venait d'ouvrir n'était pas celle de Grell, mais celle de Will. Il réalisa vite son erreur lorsqu'un harpon fait main faillit lui transpercer le torse.
Sebastian découvrira bientôt que ce n'était qu'un matin comme un autre à l'Asile St. Victoria.
Sebastian pensait que sa matinée ne pouvait être pire. Puis Agni l'emmena au réfectoire.
Il était plutôt vide, même si apparemment il n'était jamais vraiment remplie. Le nombre de personnes travaillant à St. Victoria était assez peu conséquent. Sebastian pensait qu'il y avait beaucoup de gens, alors il fut surpris. À l'exception des personnes qu'il avait rencontré la veille, il n'y avait que quelques agents d'entretien et des infirmières qu'il ne connaissait pas.
Ronald, Will et Grell étaient déjà là, Grell un peu plus qu'amochée après que Sebastian l'ait jeté dans la chambre de Will et ait fermé la porte. Will était en train de couper en carré et avec un grand soin ce qui avait sans doute été une omelette, tout en ignorant Ronald qui essayait de commencer une bataille de nourriture.
Ladite nourriture vulgairement utilisé, ici.
En voyant Sebastian écarquiller les yeux lorsqu'il prit connaissance du plat, Agni fit passer un petit rire pour un toussotement.
Apparemment, le charbon était le thème du jour.
- Honnêtement, on s'y fait, Sebastian. C'est meilleur que ça en à l'air, essaya de le rassurer l'Indien, tout en choisissant d'étranges bouts noircis pour les mettre dans son assiette.
Agni compatissait, vraiment. Il savait parfaitement bien que Sebastian était un gourmet, sans compter son talent pour la cuisine que les autres ne pouvaient pas égaler. Il aurait probablement dû devenir cuisinier au lieu d'aide-soignant.
- Tu as rencontré Bard ? demanda Agni en se dirigeant vers la table de Will et compagnie. On pouvait presque voir le détonateur de Will s'écourter.
- Brièvement. Il était... préoccupé.
Sebastian enfonça son couvert dans ce qui lui semblait être du bacon, s'attendant presque à ce que le morceau grouine.
Agni rigola.
- C'est souvent le cas. Il aime faire des expériences dans la cuisine.
Les expériences devraient rester dans la cuisine, pensa Sebastian en prenant une courageuse bouchée qui lui valut presque un haut-le-cœur. Agni avait raison, c'était meilleur que ça en avait l'air, mais ce n'était pas vraiment réconfortant.
Une fois qu'ils eurent assez manger pour ne pas être affamé, Agni emmena Sebastian au bâtiment principal. Malgré lui, Sebastian commençait à être nerveux. S'il avait autant de problèmes avec le personnel, alors comment allait-il gérer les vrais patients ?
Agni remarqua son malaise et lui assura que ce serait probablement une journée calme, comme ça l'avait été depuis un moment.
Sebastian fut rassuré pendant environ cinq secondes.
Dès qu'ils passèrent par ce qui devait être la centième porte de sécurité, une horrible sirène les rendit presque sourds. Les infirmières qu'il n'avait pas et qu'il ne rencontrerait sans doute jamais étaient en train de courir, complètement paniquées. Agni arrêta l'une d'entre elles pour lui demander ce qu'il se passait.
- A-Alois ! s'exclama-t-elle avant de repartir en courant.
Manifestement, ça avait un sens pour Agni, puisqu'il écarquilla les yeux et se précipita devant elle. Sebastian qui n'était au courant de rien, le suivit par curiosité avant même de s'en rendre compte.
Agni dérapa devant une porte et Sebastian faillit lui rentrer dedans, avant de se rattraper de justesse.
- Pas encore, murmura Agni, avant de rentrer dans la pièce.
Un nœud se forma dans l'estomac de Sebastian, la 'nourriture' qu'il avait ingurgité il y a peu remontant presque à la surface.
Au beau milieu de la pièce, entre les infirmières affolées et Agni qui hésitait à approcher, se trouvait Hannah. Elle était silencieuse et se mordait les lèvres pour ne pas hurler. Du sang coulait le long de sa peau mate, tâchant sa robe autrefois immaculée. Elle était pris de secousses, mais elle ne bougeait pas, pas d'un pouce, de peur de contrarier le garçon qui la tenait.
Il souriait. D'un sourire complètement fou, laissant parfois échapper un rire dérangé, tout en enfonçant de plus en plus ses doigts dans l'œil gauche de Hannah. Il les avait enfoncés jusqu'à la jointure de l'œil, le sang de sa victime coulant sur ses doigts.
Agni était en train de l'approcher comme s'il s'agissait d'un animal sauvage, et peut-être était-ce vraiment le cas. Ce dernier tourna brusquement la tête, ses yeux bleus perçant figèrent Agni sur place, et il tourna rapidement les doigts, provoquant un gémissement de douleur chez la femme.
Agni tressaillit.
- Alois, tu ne fais qu'empirer les choses pour toi. Laisse-la. S'il te plaît.
En réponse, le garçon tourna de nouveau ses doigts, et rigola une nouvelle fois.
Démence était le mot. Le regard dans les yeux du garçon, d'Alois. La joie qu'il éprouvait à faire cela. Chaque fois qu'elle gémissait, il s'en délectait.
Agni soupira et se retira pour s'adresser à l'une des infirmières en pleurs.
- Allez chercher Ciel Phantomhive. Il l'écoutera, lui.
La femme acquiesça, et fuit la pièce comme si Cerbère la poursuivait.
Sebastian présuma que ce Phantomhive était un autre aide-soignant qu'il n'avait pas encore rencontré, quelle ne fut pas sa surprise lorsque l'infirmière revint avec un jeune garçon.
Il semblait à peine plus âgé que Alois, et portait la même chemise blanche et le même pantalon blanc, la tenue standard des patients de St. Victoria. Il avait des cheveux foncés, presque bleus, frôlant ses épaules, et un œil saphir, l'autre couvert par un cache-œil blanc uni assorti aux vêtements de l'hôpital. Il se pavana plus qu'il ne marcha pour entrer dans la pièce, non pas d'une manière odieuse, mais d'une manière qui ne dégageait qu'une grande fierté. Son visage arborait un air royal, inadapté à quelqu'un d'aussi jeune.
Son nom était Ciel Phantomhive, et, bien que Sebastian ne le sache pas à ce moment-là, il allait changer sa vie à jamais.
Le garçon aux yeux bleus s'arrêta à l'entrée de la pièce, et leva un fin sourcil lorsqu'il réalisa ce qu'il se tramait. Comme tous les autres, à l'exception de Sebastian, il n'avait pas du tout l'air surpris.
- Ciel ! Je suis désolé de te déranger, mais... Eh bien, nous n'arrivons pas à l'arrêter, murmura Agni en se dirigeant vers Ciel, jetant des coups d'œil entre le nouveau venu et l'arracheur-d'œil.
Le garçon, Ciel, fixa Agni, comme pour dire « et alors ? ».
- Il t'écoute, supplia Agni.
Agni n'était absolument pas un homme faible, il aurait facilement pu dégager Alois. Cependant, il était pacifiste. Il ne voulait pas utiliser la force contre les autres, surtout sur quelqu'un qu'il considérait comme un enfant, du moins, mentalement. De plus, s'il avait forcé Alois à lâcher Hannah, il aurait pu la faire encore plus souffrir.
Ciel observa le blond d'un regard pensif.
- Qu'est-ce que j'y gagne ?
Agni hésita.
- E-Eh bien, que veux-tu ?
Ciel haussa les épaules.
- Rien en particulier.
L'Indien se retenait de s'arracher les cheveux, mais si Sebastian avait été à sa place, il aurait sans doute préféré arracher ceux du garçon au lieu des siens. Il avait beau être nouveau, il était quasiment certain que l'on ne devrait pas négocier avec les patients.
- Il doit bien y avoir quelque chose. Je ne peux pas te promettre que j'en serai capable, mais j'essayerai ! Il y a sûrement quelque chose, insista Agni, commençant à désespérer tandis que la femme au sol retenait un autre sanglot.
- Hmm... J'imagine qu'il y a bien quelque chose...
Agni reprit des couleurs à vue d'œil.
- Ash m'a prit mon kit de billes. Parce que c'était « dangereux », dit avec mépris le garçon, il n'était manifestement pas d'accord. Vas-tu essayer de le récupérer ?
- B-Bien sûr ! Je ferais de mon mieux. Alors... ?
Ciel soupira d'agacement, et regarda de nouveau les deux concernés, et cria :
- Alois ! Lâche-la !
Le garçon tourna la tête comme si un interrupteur avait été activé, et, dès qu'il vu l'autre patient, son sourire démentiel devint innocent. Il sauta sur ses pieds, retira ses doigts de l'orbite de Hannah dans un bruit sec qui fit presque grimacer Sebastian, et s'arrêta devant Ciel.
- Ciel~ Je pensais que tu m'ignorais ! chantonna Alois.
Ciel haussa à nouveau les épaules, ne confirmant pas et ne niant pas le fait, et croisa les bras sur son torse. Il respirait l'indifférence à vue d'œil. Du moins, jusqu'à ce que le blond ouvre les bras, comme s'il était sur le point d'enlacer l'autre garçon, et en un éclair, le dégoût fut visible dans l'œil de ce dernier. Avant même que Alois puisse l'effleurer, Ciel craqua, et repoussa violemment la main du garçon.
- Ne me touche pas avec des mains aussi sales, dit-il brusquement avant de tourner sur ses talons, et de quitter la pièce avec la même arrogance que lorsqu'il était entré.
Le sourire d'Alois disparut, une moue le remplaçant presque sur ses lèvres, et Agni s'avança pour mettre une main sur son épaule. Agni conduit le garçon, qui s'était mis à déprimer, hors de la salle, comme s'il craignait que l'incident se reproduise, et il regarda d'un air désolé Sebastian.
- Peux-tu emmener Mlle Anafeloz à l'Infirmerie, Sebastian ?
Sebastian acquiesça, et se dirigea vers la femme qui tremblait.
- Pouvez-vous vous lever ? lui demanda-t-il gentiment, en se mettant à son niveau tout en prenant son bras.
Elle acquiesça à la question de rhétorique et, avec l'aide de Sebastian, se remit tant bien que mal sur ses pieds. Son nez et son menton était recouvert de sang, et le sang sur sa robe désormais abîmée avait séché. Malgré tout, après avoir repris son équilibre elle marchait plutôt bien, et Sebastian se demanda si ce genre de choses arrivaient souvent. Voyant qu'elle était étonnamment lucide, il ne prit pas de gants, et lui demanda ce qui était arrivé.
Elle resta silencieuse pendant un si long moment que Sebastian finit par se dire qu'elle ne répondrait pas. Il sursauta lorsqu'elle prit la parole.
- Je lui donnais ses médicaments habituels- C'est l'une de mes tâches en tant qu'Infirmière Principale, bien que, d'habitude c'est le Dr. Faustus qui s'en charge... Il s'appelle Alois Trancy... C'est l'un de nos patients les plus... versatiles. Mais il se portait si bien dernièrement ! J-J'ai baissé ma garde, je suppose... murmura-t-elle, plus pour elle-même que pour Sebastian qui dû faire un effort pour l'entendre.
Alois Trancy, il prit en note le nom, ainsi que de ne jamais « baisser sa garde » autour de lui.
- Voyez-vous, il est assez bipolaire... Il avait l'air si content, je ne pensais pas...
Il avait déjà remarqué sa bipolarité. Pendant une seconde, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes, et juste après que ce soi-disant Ciel ait rejeté son accolade, tout s'était effondré.
Ils arrivèrent finalement à l'Infirmerie. L'un des triplets, qu'il devrait apprendre à différencier, pris Hannah par le bras pour l'emmener voir Docteur.
- Seigneur ! Mais que t'est-il arrivé, ma pauvre ? dit-il d'une voix douce, comme s'il parlait à un enfant, en lui faisant signe de s'asseoir devant lui.
Sebastian se mit sur le côté, et observa les mains de Docteur ausculter avec habilité le visage de Hannah. Il appréciait déjà cet homme, pour son professionnalisme évident et sa passion pour son métier.
L'homme secoua la tête avec regret.
- Il n'y a rien à faire, j'en ai bien peur, si ce n'est te bander. Ils sont d'une si belle couleur, quel dommage, se lamenta Docteur en mettant un bout de gaze sur ce qui était autrefois un œil.
Hannah ne semble pas très perturbée par la perte, pensa Sebastian, alors qu'elle ne fit qu'acquiescer en entendant le diagnostic.
- Quelle imprudence, gronda une voix inconnue, depuis l'entrée de la pièce.
Sebastian vit Hannah se raidir de la tête aux pieds, serrer le tissu de sa robe abîmée, et fixer le sol avec acharnement.
L'homme qui entra dans la pièce était aussi grand que Sebastian, avec des cheveux noirs gominés et des yeux d'une étrange couleur ambre, ainsi qu'une paire de lunettes à la monture en métal reposant sur le bout de son nez. Il pourrait être le frère de Will, pensa immédiatement Sebastian, en s'avançant vers lui, le dos bien droit.
- Vous devez être M. Michaelis. Je m'excuse pour l'erreur de Hannah, vous n'auriez pas dû avoir à l'escorter.
Sa voix collait à son apparence, aucune trace d'émotion. Il ignorait toutes les autres personnes présentes dans la pièce, même lorsque Docteur essaya de s'adresser à lui, comme s'ils étaient inférieurs à lui.
- J'étais avec des patients hier, j'ai donc malheureusement manqué votre intégration. Je suis le Dr. Faustus. Vous pouvez m'appeler Claude.
Sebastian regarda la main qui lui était tendue comme si elle allait le mordre. Il éprouvait la même sensation qu'avec Angela et Ash. Cette aversion inexplicable, et immédiate. Il se reprit néanmoins, son professionnalisme reprenant le dessus, et afficha son sourire d'affaires tout en acceptant la poignée de main.
- Ravie de vous rencontrer, Claude. Vous pouvez m'appeler Sebastian, si vous le souhaitez.
Cette histoire de prénom le rendait déjà mal à l'aise. Ils insistaient tous dessus. C'était exactement comme à l'école, il y avait toujours ce professeur qui essayait de sympathiser avec les élèves en les laissant l'appeler par son prénom. S'il existait une ligne pour séparer les gens, c'était bien pour une raison, que ce soit élèves et professeurs ou employés et supérieurs. Sebastian, travailleur acharné, était toujours gêné lorsque cette ligne était franchi.
Sans mentionner le fait que, généralement c'était parce que la personne voulait créer des liens pas très professionnels, ce qui lui était déjà arrivé avec des professeurs et des patrons.
- Sebastian dans ce cas. Venez avec moi, je vais vous présenter aux patients.
Claude quitta la pièce et Sebastian le suivit à contrecœur, voulant presque rester dans l'Infirmerie juste pour lui désobéir.
L'atmosphère de l'hôpital était totalement différente de celle d'il n'y avait même pas une heure. L'alarme ne hurlait plus, et les infirmières marchaient calmement dans les couloirs en discutant aimablement, comme si l'incident impliquant Alois ne s'était jamais produit.
Tout le monde avait déjà oublié.
- Tous les patients ont leur propre chambre, elle est verrouillée à huit heure, et n'est pas ouverte avant huit heure du matin. Ils passent la plupart de leur temps au foyer. Les séances de groupe s'y déroulent aussi, tous les mercredis matins.
Lorsqu'ils arrivèrent devant une nouvelle porte de sécurité, Claude passa son badge sur le tableau électrique. Elle s'ouvrit immédiatement, et il mena Sebastian à l'intérieur.
- Presque tous les patients ici répondent aux surnoms qu'ils se sont donnés. Il est plus simple de s'y faire, sinon ils deviennent agressifs.
Sebastian acquiesça pour lui montrer qu'il avait compris, et il suivit Claude dans le foyer. Il était à moitié rempli, et Sebastian fronça les sourcils. Il s'agissait des patients, mais aucun d'entre eux ne semblaient dépasser la vingtaine. Personne ne lui avait dit que St. Victoria était un institut pour mineurs.
Tous les yeux se braquèrent avec curiosité sur eux quand ils entrèrent, et le brouhaha cessa.
- Vous tous. Voici Sebastian Michaelis, un nouveau membre du personnel. Présentez-vous.
Claude semblait encore moins direct avec les patients qu'avec le personnel, apparemment.
Personne ne dit son nom, que ce soit le vrai ou non, jetant des coups d'œil et chuchotant entre eux. Puis, l'un des garçons à l'air plus vieux se mit à ricaner, et leva avec paresse la main tout en affichant un sourire de côté.
- Je suis Joker. Excuse notre impolitesse, nous sommes assez timides.
C'était manifestement une sorte de blague entre eux, puisque les autres éclatèrent de rire.
Le garçon, Joker, se leva de la chaise sur laquelle il flânait, et s'étira comme un chat.
- Très biiiien, alors. Cette adorable demoiselle ici, c'est Beast, tu aimeras la r'garder.
Il fit un clin d'œil à la femme aux cheveux bouclés, qui s'empourpra rapidement.
- Et son frère tout aussi adorable, Dagger.
Dagger sourit à Joker, appréciant le compliment.
- Ensuite nous avons Peter et Wendy, tout droit venu du pays imaginaire ! annonça l'homme aux cheveux en piques, tout en faisant de grands gestes, récoltant une majorité de grognement de la part des autres, et un coup de Peter.
Ils avaient l'air d'être les plus jeunes de la pièce, de ne même pas encore avoir atteint l'adolescence, ils portaient bien leurs noms. Joker se pavana vers l'autre canapé, et se posa à l'arrière.
- Ici nous avons Freckles. Ne laisse pas son joli minois t'avoir, elle a du tempérament ! Et voici Jumbo, notre Bon Gros Géant.
Le grand homme leva les yeux au ciel, presque tendrement, et poussa l'homme hors du canapé.
- La-bas dans le coin c'est Snake et Drocell. Ils sont plutôt silencieux, chuchota-t-il à Sebastian comme s'il s'agissait d'un secret bien gardé, en pointant du doigt la table du côté éloignée de la pièce, là où deux adolescents murmuraient entre eux, n'ayant apparemment pas remarqué le nouveau venu.
- Bon ! Ce n'est pas encore l'après-midi, donc Soma ne se lèvera pas avant un moment. Smile doit être dans sa chambre, il ne sort pas beaucoup eeeeet tu es au courant pour Alois donc pas de questions de ce côté. C'est à peu près tout. Dites tous bonjour au petit nouveau !
Si ce n'était pas rassurant...
- Bonjouuuur, petit nouveau, répétèrent-ils tous ensemble avec l'enthousiasme d'un condamné.
- Venez avec moi, Sebastian. Allons prendre l'air, demanda -plus qu'il ne suggéra- Claude en sortant de la pièce avant même de finir de parler, comme s'il avait horreur d'être ici.
Sebastian se retourna pour le suivre mais s'arrêta lorsqu'une main se posa sur son bras.
Le grand sourire exubérant de Joker se transforma en sourire amusé.
- Bienvenue au cirque, mon pote, et bonne chance. T'en auras besoin.
Des feuilles craquèrent sous leurs pieds alors qu'ils s'enfoncèrent dans les jardins. Même pour les standards de Sebastian, les jardins étaient magnifiques. Des fleurs qu'il ne connaissait pas regorgeaient de partout, la pelouse était parfaitement tondue, et même les feuilles d'automne tombés étaient parfaitement disposées, comme si cela était intentionnel.
Il en fallait beaucoup pour impressionner Sebastian, mais il ne pouvait nier que ces jardins étaient quelque chose.
Son charmant compagnon ne partageait pas ce sentiment.
- J'avais dit à Finnian d'enlever ces feuilles, murmura Claude dans sa barbe, grondant à moitié lesdites feuilles comme si elles avaient tué son chiot.
C'était peu probable, puisqu'il semblait plus du genre à manger des chiots plutôt qu'à en avoir.
Claude pointa du doigt un banc devant eux, s'y assit et leva un sourcil en voyant que Sebastian ne l'avait pas immédiatement suivi. Il y avait quelque chose chez cet homme qui l'irritait, lui donnait l'envie d'être mesquin, comme par exemple rester debout même s'il ne le voulait pas juste parce que l'homme s'était assis en premier. Mais revenant à lui, Sebastian s'assit.
- J'ai été surpris. Je m'attendais à ce qu'il y ait plus de patients, dit Sebastian lorsque le silence devint étouffant.
Claude le regarda d'un œil désapprobateur.
- Ils sont tous difficile à gérer. Au vu de l'attention dont chacun nécessite, et de la difficulté pour obtenir du personnel, nous ne prenons que les cas sérieux. Tant que nous y sommes, Sebastian... Un conseil. Vous avez vu ce qui est arrivé à cette femme ce matin.
- Oui... C'était assez horrible.
Il avait aussi vu à quel point les autres avaient été indifférents, surtout Claude, qui était allé jusqu'à la gronder. Sans mentionner le fait qu'elle avait été énormément secouée lorsque Claude était entré dans la pièce.
Sebastian avait bien vu.
- J'en suis plutôt satisfait, en fait.
- … Je vous demande pardon ? demanda Sebastian, certain d'avoir mal entendu.
- Je suis satisfait que vous ayez vu cela. À présent vous ne vous ferez pas de stupides fausses idées. Ils ont l'air d'enfants sans défense, Sebastian, mais c'est ce qui les rends si dangereux. Comme on dit, le plus grand tour du malin a été de convaincre tout le monde qu'il n'existait pas. Ces gens vont essayer de vous convaincre qu'ils sont normaux, c'est ce qu'ils font, et ils utiliseront leurs actions enfantines pour vous avoir. Vous ne devez pas vous laisser faire !
Claude s'enflammait en parlant, ses yeux de chats sur les siens, et Sebastian commença à être mal à l'aise sous son regard.
- Vous ne devez pas non plus être aimable avec eux. Ils verront cela comme un signe de faiblesse, et ils utiliseront tout ce qu'ils pourront contre vous. N'oubliez jamais : ils sont ici pour une raison.
Sebastian réalisa pourquoi il n'aimait pas cet homme.
Le Dr. Claude Faustus était chargé d'être le Chef de service. La santé mentale de tous les patients était entre ses mains, et pourtant... Il semblait les détester. Il les regardait avec du mépris, et parlait d'eux avec du pur dégoût.
Sebastian n'était pas un homme plein de compassion, par définition. Ce qui arrivait aux autres, c'était comme ça, pas qu'il s'y intéresse plus. Ça arrivait aux autres. Ce n'était pas ses affaires, et il préférait que cela reste ainsi. Son aversion pour Claude ne venait pas de l'empathie pour les patients qu'il semblait vraiment détester, mais de son irrespect flagrant pour ce que nécessitait son poste.
Sebastian avait eu beaucoup, beaucoup d'emplois à travers les années, et il les avait quittés aussi vite qu'il les avait commencés. Il était presque aux mœurs faciles dans son travail. Cependant, s'il y avait bien une chose dont Sebastian Michaelis pouvait être fier, c'était que lorsqu'il travaillait, il était le travail. Il donnait son esprit, son corps, et son âme au travail. C'était la beauté d'un travailleur. Son credo.
Voilà pourquoi il détestait Claude Faustus.
