Le chapitre trois est là, devant vos yeux ébahis ! À priori il est arrivé beaucoup plus vite que le chapitre deux, vous pouvez dire merci aux deux semaines de vacances. Mais comme elles sont maintenant terminées pour moi, le prochain chapitre risque de prendre plus de temps.
Je sais pas si je m'en sors de ce côté mais, j'ai un peu de mal à répondre aux reviews, ça me fait vraiment très plaisir d'en recevoir, mais je sais jamais vraiment quoi dire ! On peut pas être bon à tout, j'imagine.
ouassi : Tu voulais la suite, eh bien la voici !
Lilly tragdie : Bah merci, je ne sais pas si j'ai vraiment des bons goûts pour les fanfics, mais si tu le dis. En tout il y aura 34 chapitres !
kaicho-sama : Merci, merci, ça me fait très plaisir !
Bonne lecture !
Écrit par Cennis
Chapitre Trois
Une semaine était passée depuis ce jour dans les jardins, et ce qui devait arriver arriva.
Sebastian était tombé dans la routine.
Pour lui, ce mot frisait le blasphème. Que tout aille comme il faut, qu'il n'y ait pas de spontanéité, Sebastian en avait horreur. Il lui fallait généralement plus d'une semaine pour qu'il ressente cela, et c'était vers ces eaux là que l'habituelle lettre de démission était remise.
Une partie de lui était irritée qu'il considère jeter l'éponge après seulement sept jours. Mais là encore, il ne pouvait pas supporter l'ennuie.
Sebastian ne broncha même pas en voyant l'intrus dans son lit, attrapant la flamboyante rousse pour la jeter dans sa chambre respective. Il esquiva avec facilité ce qui avait dû être une petite hache faite main (Will, étant particulièrement irrité ces temps-ci, ne se limitait plus à mettre des pièges dans sa chambre, déterminé à prendre Sebastian par surprise au moins une fois), et s'habilla. Agni, comme d'habitude, l'attendait dehors et ils allèrent prendre leur 'petit-déjeuner'. Comme chaque jour jusqu'à aujourd'hui, Ronald arriva plus tard que les autres, se fit gronder par Will parce qu'il était une « nuisance », et commença immédiatement à utiliser sa cuillère comme une catapulte pour lancer sa nourriture au visage de ce dernier. Pendant ce temps, Grell essayait de nourrir Sebastian, réussissant à le toucher de manière inappropriée tellement de fois que l'homme aux cheveux noirs était heureux de savoir que l'ordonnance restrictive était toujours une option.
D'ailleurs, Sebastian avait commencé à connaître les patients. Du moins, assez pour savoir comment s'en occuper. Ils étaient très taquins, bien qu'après ne pas avoir réussi à obtenir ce qu'ils voulaient de lui durant les premiers jours, ils se rabattirent de nouveau sur Agni, qui bafouillait et rougissait presque non-stop.
- Bonjour, Agni ! Oh, et toi aussi, Sebastian !
Soma, l'un des quelques patients qui manquaient à l'appel lors des premières présentations, trottina vers eux lorsqu'ils entrèrent dans le foyer, le visage fendu dans un sourire.
Sebastian n'était pas certain de ce à quoi il s'attendait venant des patients. Peut-être qu'après avoir vu Alois et sa passion évidente, il s'était attendu à une salle remplie de mutilateurs. Ils étaient en fait, pour la plupart, plutôt amical. Surtout Soma, et surtout avec Agni.
Sebastian ne manqua pas la légère rougeur sur la visage d'Agni alors que le sourire rayonnant de Soma lui fut adressé.
Et dire qu'il avait pensé Agni totalement asexué. C'était une bonne chose pour lui.
- Bonjour, répondit l'Indien en souriant à sa manière, et comme d'ordinaire, Sebastian ne pouvait s'empêcher d'avoir l'impression d'être de trop.
Il n'eut cependant pas avoir cette impression un long moment, lorsqu'une main le tapa brusquement à l'épaule, et qu'une voix administrative-familière l'interpelle.
- Veuillez excuser la soudaineté, Sebastian, mais j'ai une faveur à vous demander, déclara Angela en l'emmenant vers la porte et hors de portée des autres personnes.
- Ce n'est rien, que puis-je faire pour vous ?
Même s'il pensait démissionner, Sebastian resterait professionnellement poli avec sa (foutu) supérieur jusqu'à ce que la note de deux semaines soit sur son bureau.
Elle lui afficha un sourire jaune.
- J'ai bien peur qu'Ash soit tombé malade -ça lui arrive souvent- j'espérais donc que vous puissiez le remplacer pour son tour de garde cette nuit.
Le ton qu'elle employait ressemblait plus à un ordre qu'à une demande.
- Naturellement. J'espère que ce n'est rien de grave.
Toute trace de sincérité dégoulinait de ses paroles.
Angela eut alors un sourire mauvais, et cela ne dit rien qui vaille à Sebastian. Son sourire aurait pu envoyer Satan dans les jupons de sa mère.
- Non, pas du tout. Il devrait s'en remettre d'ici un ou deux jours.
Sebastian mentirait s'il disait ne pas être déçu par cette information.
- Vous devriez retourner dans votre lit et vous reposer. Revenez à huit heures.
C'est ainsi qu'elle s'en alla, et il dut résister à l'envie puérile de lui donner un coup dans le dos. La connaissant, elle l'aurait sûrement vu. Il était quasiment certain qu'elle pouvait tourner la tête à cent quatre-vingt degré.
- Agni, on dirait bien que je vais faire le tour de nuit, finalement. Je te verrai plus tard, l'interpella Sebastian, réussissant l'impossible en détournant l'attention d'Agni de Soma.
Brièvement, Agni eut un étrange regard, qui disparut aussitôt.
- Ah bon ? Pourquoi ?
- Apparemment, Ash est malade.
Agni fronça les sourcils, un geste rare pour l'homme d'un naturel jovial.
- … Oh. D'accord. À plus tard alors.
Eh bien, c'était étrange, pensa Sebastian en quittant la salle. C'était presque comme si Agni ne le croyait pas. Angela lui avait dit que son frère tombait souvent malade, ce n'était donc sûrement pas la première fois que quelqu'un travaillant de jour ait dû le remplacer ? Après avoir travaillé ici aussi longtemps, Agni avait sans doute déjà fait cela.
- Ooh, un flemmard~
Il lui fallut quelques instants pour reconnaître la voix sans corps.
- Bonjour, John.
La marionnette eut l'air offensée.
- Arthur, imbécile. Quoique, tu es censé être intelligent. C'est ce qu'a dit Charlie. Mais c'est aussi un idiot, alors je ne peux pas vraiment lui en vouloir.
- … De quel Charles parlez-vous ? Il y en a plusieurs.
- De Grey, évidemment. Ils sont tous les deux des idiots, mais Phipps est presque muet, du coup c'est dur à dire.
Il se traitait probablement d'idiot lui-même, si son utilisation fréquente du mot était une indication.
- Eh bien, c'est toujours un plaisir de vous parler, mais je-
- Claudinou se mettra en colère s'il apprend que tu sèches déjà ton travail.
- Je ne sèche pas. Mon tour a été changé.
- … Pardon ?
La marionnette se retira derrière la porte, et John Brown pointa le bout de son nez, toujours avec ses lunettes de soleil bien qu'il soit en intérieur. Lorsqu'il réalisa qu'il venait de parler avec une marionnette, Sebastian faillit soupirer.
- Je remplace Ash cette nuit.
En un éclair le même regard indescriptible qu'avait eu Agni brilla dans les yeux de John, disparaissant aussi vite qu'il était apparu. John en fit de même en reprenant sa place derrière la porte.
- Alors bouge-toi, va dans ton lit, et repose-toi, consentit Arthur, le saluant de sa petite main en tissu.
Huit heure venait de passer, et Sebastian était de nouveau dans les quartiers. Toutes les portes étaient verrouillées, les patients étaient dans leurs chambres pour un bon moment, et il se préparait à une nuit d'errance dans les couloirs vides, à faire comme s'il était occupé. Si Ash ne faisait vraiment que cela, il s'en sortait plutôt bien.
L'asile faisait assez peur de nuit. Ce n'était certainement pas un château style Gothique rempli de portraits qui vous suivent du regard et de cris de fantômes résonnant dans les couloirs, même si ça aurait été intéressant. Il n'y avait pas non plus de marches d'escaliers grinçantes ou de branches d'arbres grattant les fenêtres. Néanmoins, ça restait inquiétant. Un peu comme être dans une école la nuit. Cette sensation que l'on a dans un endroit qui d'ordinaire est animé et bruyant, l'absence de toutes ces choses était si frappante que ça en était presque douloureux. Comme si quelque chose n'allait pas. Cette tranquillité était désarmante.
- Qui es-tu ?
Sebastian sursauta, pris amèrement par surprise par la soudaine voix. Il recula de quelques pas vers l'entrée du foyer qu'il venait de passer. Il avait réussi à ne pas remarquer la lumière toujours allumée, et les mouvements presque insignifiants. Un œil saphir l'observa, presque comme s'il l'accusait, le genre de regard qui donne envie de s'excuser sans savoir pourquoi.
Il était avachi dans un fauteuil, le dos contre l'un des accoudoirs, et les jambes pendouillant sur l'autre. Il portait la même tenue que celle qu'il avait lorsque Sebastian l'avait vu pour la première fois, il devait probablement avoir une garde-robe remplie des mêmes vêtements. Elle était composée d'une chemise à manches longues pas très esthétique, si blanche que son propriétaire déjà pâle avait l'air encore plus malade, et d'un pantalon à cordon qui le submergeait. Ses cheveux étaient en bataille et semblaient implorer pour qu'on leur donne un coup de peigne, ce dernier détail agaçait le méticuleux Sebastian.
- C'est impoli de fixer, déclara, Sebastian se souvenait de son nom, Ciel, en plissant son œil visible.
Et de nouveau, son regard donna l'envie urgente de demander pardon pour un crime inconnu.
Mais Sebastian n'était pas du genre à s'excuser.
- Je m'appelle Sebastian Michaelis. J'ai commencé à travailler ici la semaine dernière, répondit-il sans problème, entrant dans la pièce faiblement éclairée.
La seule source de lumière était une lampe, ce qui laissait la majorité de la pièce dans l'obscurité. Les ombres semblaient presque se mouvoir.
Ciel lui jeta un coup d'œil puis il posa son regard sur la table devant lui, murmurant nonchalamment :
- J'ai eu un chien qui s'appelait Sebastian.
Il le regarda de nouveau, avec appréhension, comme si Sebastian devait répondre à cette affirmation.
- Je préfère les chats.
Il eut l'air dégoûté en entendant cela, puis il lui fit signe de s'asseoir sur la chaise en face de lui.
- Tu vas finir par t'asseoir un jour ? demanda-t-il avec exaspération.
- … Si je peux me permettre, commença Sebastian, s'enfonçant dans le fauteuil moelleux en face de Ciel, comment se fait-il que tu ne sois pas dans ta chambre ?
- Noir ou blanc ?
Ignorant la question, Ciel plaça avec prudence les pièces d'échec en marbre devant lui, enlevant distraitement une mèche de cheveux bleu sarcelle de son œil.
- Angela m'a dit que les chambres étaient verrouillés à huit heure, et il est huit heure trente-
- Ma chambre n'est jamais verrouillée. Je suis moins... dangereux que les autres, du coup ma porte reste ouverte. Donc, noir ou blanc ? dit-il, comme s'il parlait à un enfant qui ne comprenait pas que les crayons ne sont pas comestibles, ce qui irrita encore plus Sebastian.
- Je suis certain qu'Angela m'aurait prévenu-
- Tu es noir.
Ciel bougea l'un de ses pions, sans avoir l'air de prévoir ses mouvements en avance ou de penser à une stratégie.
- Je ne joue pas, l'informa Sebastian, ignorant à quel point sa phrase avait une connotation enfantine. Il ne lui manquait qu'à faire la moue.
- Oh que si.
Ciel n'était pas en train de lui demander.
- … Non. À présent, je pense que tu devrais aller dans ta chambre.
- Tu remplaces Ash-
- Angela m'aurait prévenu s'il-
- Et il joue toujours avec moi, alors-
- Y avait quelqu'un dispensé de couvre-feu-
- C'est ton devoir de jouer avec moi-
- Ce qu'elle n'a pas fait, alors-
- Joue ton tour.
- Va dans ta chambre.
Saphir et rubis se jaugèrent par-dessus l'échiquier. Sebastian croisa une jambe sur l'autre, levant habilement un sourcil. Ciel, si c'était seulement possible, s'enfonça encore plus dans sa chaise, se pinçant les lèvres d'une manière désapprobatrice. Cet homme était-il vraiment en train de lui ordonner d'aller au lit ? Comme dans, aller se coucher, faire de beaux rêves, et punaises de lit ? Ils se fusillèrent du regard, aucun d'entre eux ne voulant lâcher.
Sebastian cligna des yeux lorsque les lèvres de Ciel se courbèrent en l'ombre d'un sourire narquois.
- Peur de perdre ?
Sebastian n'était pas idiot. En fait, on pourrait presque le qualifier de génie. De ce fait, il pouvait voir lorsqu'on essayait de l'appâter. Cependant, cette qualité était souvent contredite par une autre Sebastian Michaelis n'aimait pas perdre. Que ce soit une partie d'échec, un jeu de sport, de cuisine, ou même de tricot, il ne perdait jamais. Il avait beau être élégant dans ses victoires, il ne laissait jamais ses adversaires les oublier.
Après avoir « discuté » pendant cinq minutes, Sebastian décida que cette personne avait désespérément besoin de goûter à la défaite, et qui était-il pour priver ce garçon d'une essentielle leçon de vie ?
Sebastian eut son propre sourire narquois.
- Tu sais, je n'ai jamais perdu un seul jeu.
Ciel s'assit de manière à pouvoir atteindre plus facilement l'échiquier.
- C'est ce que nous allons voir.
Les ombres se retirèrent dans les recoins de la pièce, chassés par les premiers rayons du soleil qui passaient à travers la fenêtre. La lampe était désormais inutile, mais ils ne se levèrent pas pour l'éteindre, toute leur attention rivée sur l'échiquier en marbre sur la table.
Sebastian fronçait les sourcils, une mimique inhabituel chez lui, l'index gauche reposant indéfiniment sur sa Tour, et l'autre main posée sur ses lèvres. Il respirait la concentration.
Au cours de la nuit, son adversaire s'était de plus en plus enfonçait dans les coussins de sa chaise tandis que Sebastian s'était de plus en plus pris au jeu, le visage serein, ses victoires contre l'homme plus âgé obtenu avec facilité.
Le bruit d'une porte s'ouvrant au loin et le bip familier du tableau de sécurité les firent tous deux sursauter, et le doigt de Sebastian glissa de la Tour.
- Échec et maths.
Ciel poussa le Roi de Sebastian sur le plateau, son ton plutôt condescendant.
Sebastian se retint de jurer.
- Bonjour, les salua Angela en entrant dans la pièce, et Sebastian eut un peu de mal avant de réaliser qu'elle ne semblait absolument pas surprise de voir Ciel.
Alors il avait dit vrai.
- Le prochain tour commence bientôt, vous pouvez donc aller dormir, Sebastian, proposa-t-elle, mettant de côté les pièces d'échec, apparemment inconsciente de la grimace que fit Ciel lorsqu'elle les toucha.
Sebastian se leva de son siège en soupirant, réalisant soudain à quel point il était fatigué.
- Tu... n'étais pas un si mauvais adversaire. Ash perd en cinq minutes à chaque fois. Tu as réussi à tenir pendant une heure à un moment... Pas mal, concéda Ciel, semblant réticent à le dire, avant qu'une lueur d'amusement enfantine passe dans son œil. Reviens jouer contre moi. Qui sait, avec de l'entraînement, tu pourrais gagner une partie.
Si ce n'était pas quasiment un compliment.
- Je gagnerai à coup sûr la prochaine fois, déclara Sebastian, un sourire se dessinant sur son visage.
- Heh. J'attends cela avec impatience, Sebastian.
Au final, Sebastian dut attendre plus longtemps qu'il ne le pensait pour cette partie.
Le jour suivant, il reprit ses horaires habituelles. La routine matinale commença tandis qu'il se rendait dans les quartiers avec Agni, qui fut immédiatement assailli par Soma, discutant avec enthousiasme de tout et de rien. Sebastian balaya la salle du regard ainsi que ses résidents, se surprenant à être un peu déçu de l'absence de Ciel.
Alors que la matinée s'éternisait, Ciel n'apparut toujours pas, et Sebastian commença à être agacé. Ses nombreuses défaites le piquaient toujours. Il n'avait encore jamais perdu, contre personne. Surtout pas à une partie d'échec. Même s'il admettait que le jeu l'ennuyait à un moment, il était tout de même fier de pouvoir dire qu'il était une sorte de champion en titre.
Du moins, jusqu'à ce que le sale gosse borgne le détrône.
Comment était-il censé reprendre son titre s'il ne se montrait pas ?
- Soma ? À quelle heure Ciel se réveille-t-il d'ordinaire ?
Il finit par céder, et à demander à l'homme aux cheveux violets, qui, Sebastian l'avait remarqué, en savait beaucoup plus sur les autres patients et même sur le personnel que ce qu'il devrait.
- Se réveille ? Hmm... Je ne suis pas trop sûr, pour être franc. Mais il ne sort pas beaucoup lorsque Alois est dans la pièce, répondit Soma en trifouillant le cordon de son pantalon, faisant la tête quand l'un de ses doigts se prit dans le nœud.
Sebastian balaya le foyer du regard.
- Mais Alois n'est pas ici.
Soma gloussa, quelque chose qu'une personne de son âge ne devrait pas faire.
- Pas cette pièce. La Pièce.
- … Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Agni~ J'ai recommencé !
Malheureusement, il avait beau être un très bon informateur, Soma avait aussi l'attention d'un écureuil, et il sembla ne pas entendre la question de Sebastian alors qu'il s'était mis à crier à l'attention d'Agni.
Il fallut attendre encore trois jours avant que Sebastian revoie Ciel, et même là, ce ne fut que pour quelques secondes. Cependant, durant ces trois jours, il ne pensait pas vraiment à Ciel, il se demandait plutôt où était Alois. Il ne s'en était pas rendu compte avant que Soma le mentionne, mais après l'incident avec Hannah, Sebastian n'avait pas revu le garçon une seule fois. Agni l'avait emmené hors de la pièce, puis plus rien. Presque deux semaines plus tard, et il n'était pas revenu dans les quartiers.
Si les paroles évasives de Soma étaient justes, et Agni affirmerait qu'elles l'étaient, alors Alois était dans une certaine pièce. La pièce. Peu importe où cela se trouvait ou de quoi il s'agissait.
Ce fut en milieu d'après-midi, au moment où les patients devenaient léthargiques et se calmaient, et que le personnel se reposait un peu, que Claude entra dans le foyer. Derrière lui, agrippant légèrement sa manche, Alois le suivait.
Sebastian dut regarder deux fois pour réaliser qu'il s'agissait du même garçon.
La première fois qu'il l'avait vu, en mettant de côté les tâches de sang et la démence, Alois avait semblé déborder de vie, avec des yeux pétillant et un visage enclin à sourire. Peut-être avait-il l'air si heureux seulement lorsqu'il arrachait les yeux des femmes.
À présent, il était docile, blême, ses yeux étaient vitreux, et ses cheveux retombaient sur un visage cadavérique.
La pièce devint encore plus silencieuse qu'auparavant, tous les yeux se tournant vers l'entrée. Claude, une main sur l'épaule du garçon, se pencha et murmura quelque chose à l'oreille d'Alois. Le blond acquiesça, s'éloignant de l'homme à lunettes, et trébucha plus loin dans la pièce. Les yeux rivés au sol, il se rendit à la même porte que Sebastian avait espéré voir ouverte, et frappa.
Sebastian n'avait vu que deux personnes approcher la porte de Ciel Soma et une fille qui se surnommait Freckles. À chaque fois qu'ils frappaient, la porte ne s'ouvrait jamais. Mais cette fois, quelques instants après qu'Alois ait frappé, la porte s'ouvrit.
Ils n'échangèrent aucun mot. Alois traîna ses yeux jusqu'au regard froid de Ciel, et Ciel se poussa. Alois se précipita dans la chambre, la porte claquant derrière lui.
Les patients commencèrent des discussions presque forcées et la tension dans l'air se dissipa.
Claude attira l'attention de Sebastian pour lui faire signe de venir. Ce qu'il fit à contrecœur, ayant horreur d'être ne serait-ce que dans la même pièce que l'homme.
- Sebastian, le salua Claude, remontant ses lunettes du bout de son nez.
- Bonjour, répondit Sebastian.
Claude regarda la porte fermée de Ciel.
- Gardez un œil sur ces deux-là, Sebastian. Alois peut être très facilement... influencé par Ciel. Je suis quasiment certain que l'incident avec l'infirmière Anafeloz a quelque chose à voir avec lui.
Il n'attendit même pas la réponse de Sebastian, tournant sur ses talons et déguerpissant de la pièce dès qu'il eût dit ce qu'il avait à dire.
Malgré lui, Sebastian se prit à garder un œil sur ladite porte durant toute la journée. Mais ce fut inutile puisqu'elle ne se rouvrit pas. Pas une seule fois. Ils ne sortirent pas de la chambre, même lorsque Soma alla frapper pour leur dire d'un ton flâneur que le dîner était servi. Et Sebastian aurait juré avoir entendu des pleurs en passant à côté de la porte.
Sebastian Michaelis travaillait à l'Institut St. Victoria depuis deux semaines. Après la première, il avait commencé à s'ennuyer, et avait pensé à démissionner. À la fin de la deuxième, démissionner était la dernière chose à laquelle il pensait.
Il commençait à se poser des questions.
Pourquoi les autres aides-soignants avaient réagi de manière aussi étrange lorsque Ash était tombé malade et que Sebastian avait dû le remplacer ?
Où avait été Alois durant ces deux semaines, et pourquoi était-il revenu dans un tel état ? Sebastian n'avait pas de quoi comparer, mais quelque chose lui disait que ce n'était pas l'habituel Alois.
La pièce dont Soma avait parlé, qu'était-ce exactement ?
Mais par-dessus tout, à quel point Ciel Phantomhive avait semblé saint d'esprit lorsqu'ils avaient joué aux échecs pendant la nuit.
