Lilly tragdie : Eheh, oui ! Mais 31 (maintenant 30) chapitres c'est quand même un peu long. Je dois dire que j'aime aussi beaucoup leur parties d'échecs. Tout ce que je peux te dire c'est que, cette Pièce n'est effectivement pas un endroit très amusant.
Écrit par Cennis
Chapitre Quatre
Cela faisait une demi-heure qu'il était couché, et il commençait enfin à tomber dans les bras de Morphée, quand la porte de sa chambre s'ouvrit brusquement et heurta le mur. Il se demanda, sans vraiment y croire, si la nuisance partirait s'il faisait semblant de dormir, mais abandonna vite cette idée. S'il faisait semblant de dormir l'autre casse-pieds s'assiérait probablement sur lui, ou il ferait quelque chose de semblable.
- Vas t'en, Alois. Je suis fatigué, dit d'un ton sec -mais lent- la bosse sous les couvertures.
- Hum-hm ! On est mercredi ! annonça le blond, de nouveau lui-même, bondissant vers le lit afin de saisir la couette.
Il esquiva sans soucis la jambe envoyée vers son estomac, un grand sourire toujours collé au visage, et réussit enfin à libérer les draps de l'emprise mortelle de Ciel.
L'humeur de ce dernier ne fit qu'empirer lorsque Alois n'eut pas la décence de s'enflammer sous son regard.
- Alleeez. Si tu ne sors pas maintenant, Grey va finir par venir pour t'embêter, et tu sais à quel point tu n'aimes pas qu'il vienne dans ta chambre, le résonna Alois, tenant éloigné de la main tendue de Ciel les draps ô si précieux.
Ciel fronça les sourcils.
- … Il touche à mes affaires, concéda-t-il, se souvenant de la dernière fois que ce maudit psychiatre avait eu le culot de venir dans sa chambre.
Il lui avait fallu tellement de temps pour s'assurer que ses affaires soient désinfectés.
Sans parler du fait que cet imbécile avait appelé cela des jouets. Ce n'était pas des jouets, mais des objets de collection, bon sang !
- Tout à fait !
Alois crut qu'il avait gagné le débat quotidien jusqu'à ce que Ciel hausse les épaules, se retourne, et enfonce sa tête dans son oreiller. Il commença à être agacé, étant à ça de faire la moue.
- Ciiiel, j'ai des bonbons~
Si Ciel avait été un chien, ses oreilles se seraient redressées.
Il fronça les sourcils et regarda d'un air méfiant par-dessus son épaule le nouveau venu à l'entrée de la porte.
- Si c'est encore cette chose faite maison que tu as essayé de me donner la dernière fois, Soma, je jure sur n'importe quel Dieu auquel tu crois que...
Il s'arrêta de parler lorsque l'homme aux cheveux violets ouvrit la paume de sa main, une poignée de confiseries emballées à l'intérieur.
Cinq minutes plus tard, Ciel était habillé et il fermait sa porte derrière lui en mastiquant une bouchée de caramel. Tous les autres étaient déjà dans le foyer, les chaises positionnés de façon à ce qu'elles forment un demi-cercle au centre de la pièce. Ses deux soi-disant meilleurs amis étaient à côté de lui, se disputant pour savoir qui s'assiérait à côté de Ciel, ne le voyant pas se faufiler jusqu'à Freckles qui lui faisait signe, pour se poser dans son habituel fauteuil à côté d'elle.
- Bonjour, Smile, le salua-t-elle avec un de ses sourires rayonnants.
Lorsqu'il ne fit que froncer les sourcils en entendant le surnom, elle ricana, arrachant l'un des emballages pour jouer avec.
- Fiou, y a du monde aujourd'hui, commenta Grey, un sourire toujours collé sur son visage.
Phipps était assis à côté de lui, sans dire un mot et gribouillait quelque chose sur le porte-bloc posé sur ses genoux, ayant l'air de grandement s'ennuyer.
- Très bien, commençons la séance. On va faire un tour de cercle et vous allez me dire comment vous vous sentez, n'ayez pas peur de vous exprimer surtout.
L'homme semblait toujours dire quelque chose d'un ton sarcastique. Bon sang, Ciel détestait être ne serait-ce que dans la même pièce que lui. Discuter avec Grey donnait toujours l'envie malsaine de frapper un enfant au visage.
Peter était le malheureux assis à côté de Grey, et il grogna plus qu'il ne parla.
- J'me sens comme j'me sens à chaque fois qu'on fait ça c'est des conneries.
Grey se pencha sur sa chaise, posant ses coudes sur ses genoux tout en ayant l'air fasciné par les paroles de Peter.
- Hum-hm. Oui, je sens beaucoup d'agressivité refoulée. T'as tout noté, Phipps ? Sois sûr de tout retranscrire mot pour mot, on vient de faire une grande avancée.
Peter leva simplement les yeux en entendant la moquerie évidente, il croisa les bras sur sa poitrine et détourna le regard de la source d'ennui.
- Bon, et toi, Wendy ?
Grey se tourna vers la petite fille assise à côté de Peter, qui s'empourpra immédiatement, et haussa les épaules en murmurant quelque chose pour indiquer qu'elle allait bien. Peter s'enflamma aussitôt, et se mit à rugir d'une humeur massacrante.
- Arrête d'la gêner !
Grey rigola.
Soma fut le suivant, il répondit joyeusement Super !, et Ciel eut presque un sourire narquois lorsque son tour arriva et qu'il ne permit pas à Grey de tirer quoi que ce soit de sa réponse.
Heureusement, Grey finit par se lasser avant d'arriver à Beast, qui aurait dit ce qu'elle pouvait, et ils auraient eu à écouter Dagger défendre l'honneur de sa sœur pendant le reste de l'heure, ce qui devenait vite ennuyant.
Ciel était quasiment certain que Phipps s'était mit à gribouiller depuis un moment déjà.
- Ok ! On arrête. Aujourd'hui, le Maître mot est contrôle de soi.
Tout le monde rigola, même Ciel ne put s'empêcher de ricaner un peu. Le regard amusé de Grey se posa sur Alois lorsqu'il continua.
- Je sais qu'on en a parlé de nombreuses fois dans le passé, mais à cause d'une certaine personne, les hauts-placés me font recommencer. Merci bien, Trancy. Est-ce que tu aurais quelque chose à dire ?
Le sourire d'Alois devint bestial.
- Tu parles de ce qui s'est passé avec cette traînée ? Pfft, ça n'a rien avoir avec un manque de sang-froid. J'ai fais exactement ce que je voulais faire.
Si les patients avaient été les seuls à rire il n'y aurait aucun problème. Ils étaient fous, non ? Ce genre de choses les amusaient. Mais, en observant la séance depuis l'autre bout de la pièce Sebastian était consterné et se demandait qu'est-ce que faisait Grey, en plaisantant autant qu'Alois ? Même Phipps lâcha un petit rire. Ils... C'était comme s'ils l'encourageaient.
Sebastian croisa le regard de Ciel, et le même dégoût qu'il éprouvait pour les psychiatres était présent dans l'œil qu'il voyait. Il était presque soulagé, ce patient semblait encore plus sain d'esprit qu'un des membres du personnel.
Ciel avait disparu dans sa chambre durant la séance quand Sebastian ne regardait pas, et son faible espoir de faire une partie fut de nouveau balayé. Une part de lui était agacée de s'être laissé captiver aussi vite et aussi facilement, mais il était surtout irrité de ne pas encore avoir eu sa revanche.
- Sebastian, j'aimerais vous présenter quelqu'un, dit Tanaka, emmenant Sebastian dans le couloir et loin de son travail.
Un homme attendait dans ledit couloir. Ou une femme. C'était impossible à dire à cause de toutes ces couches de noir. Une épaisse touffe de cheveux grise tombait sur son visage, cachant ses yeux. La personne souriait jusqu'aux oreilles et montrait toutes ses dents, elle semblait d'ailleurs plus montrer les crocs que d'être en train de sourire.
- Il s'agit de l'un des Directeurs, son nom est-
- Appelez-moi Undertaker, l'homme, une femme n'aurait pas pu avoir une voix aussi grave, le coupa et sortit une main des tréfonds de ses énormes manches pour échanger une ferme poignée de main avec Sebastian.
Undertaker ? On en était vraiment arrivé là ?
- Comme je voyage souvent, vous pouvez aller voir Undertaker s'il vous faut quoi que ce soit. Il vit ici toute l'année, et sa porte est toujours ouverte-
- Seulement si vous en payer le prix, bien sûr, l'homme coupa à nouveau Tanaka et rigola, sans doute le rire le plus perturbé que Sebastian ait pu entendre dans toute sa vie.
Tanaka se mit aussi à rire.
- Ah, oui. Notre cher Undertaker insiste pour que vous partagiez une plaisanterie avec lui avant de pouvoir entrer dans son bureau. Faite-le rire et il vous aidera.
Une blague en guise de prix.
… Une blague en guise de prix.
Sur le chemin du retour vers les quartiers, Sebastian se fit promettre de ne jamais avoir à quémander l'aide d'Undertaker.
- Tu devrais remplacer Ash en permanence. C'est un si mauvais compagnon de jeu ces temps-ci, dit Ciel pour saluer Sebastian, qui entrait dans la pièce mal éclairée, en jouant avec un pion blanc.
Peu de temps après avoir fait la rencontre d'Undertaker, Sebastian avait été convoqué dans le bureau d'Angela pour qu'il remplace de nouveau Ash cette nuit-là. Si ça n'avait pas été pour sa revanche tant attendue, il aurait été irrité d'apprendre cela presque à la fin de son tour. Il était de retour dans les quartiers seulement après deux heures de sommeil, mais quelque chose lui disait qu'il ne serait pas particulièrement fatigué pour un bon moment.
- C'est parce que maintenant tu es face à un vrai défi. C'est tout à fait normal que tu aies perdu le goût de jouer contre d'autres adversaires, répondit Sebastian avec un sourire narquois, s'enfonçant avec plaisir dans le fauteuil qui l'attendait.
- Peux-tu vraiment te qualifier de défi alors que tu n'as même pas gagné une seule partie ?
Ciel remit le pion en place et fit signe à Sebastian de faire son premier mouvement. Sebastian ne lui répondit pas, trop occupé à réfléchir à différentes stratégies. Ciel pouvait presque voir le mécanisme en marche.
Pendant les heures qui suivirent les seuls mots prononcés furent échec et maths, et malheureusement pour Sebastian, seule la voix de Ciel se faisait entendre. Sachant que le soleil se lèverait bientôt et qu'Angela le dispenserait, la ferveur de Sebastian pour le jeu fut remplacée par de la curiosité qui l'habitait depuis plus d'une semaine.
Bien qu'il maîtrisait un grand nombre de choses, -il commençait à remettre en question ses capacités pour les échecs-, Sebastian était un très bon parleur. Cela venait de son charme naturel, qui lui permettait d'obtenir avec plus de facilités des réponses de la part de personnes qui autrement ne les lui donneraient pas, sans même que ces-dites personnes le sachent. Du moins jusqu'à ce que ce soit trop tard.
- J'ai rencontré l'autre Directeur aujourd'hui, dit Sebastian, continuant à jouer sans vraiment prêter attention au jeu.
Ciel saisit un autre pion de l'échiquier et murmura :
- Undertaker ?
- Oui... J'imagine que ce n'est pas son vrai nom ?
- Je ne pense pas que changer officiellement de nom lui pose un problème, dit le garçon, secouant la tête en pensant à l'homme emmitouflé. Tu as déjà rencontré le troisième ?
Sebastian cligna des yeux. Maintenant qu'il y pensait, on lui avait effectivement dit qu'il y avait plus que deux Directeurs à St. Victoria.
- Non. Quel est son nom ?
Ciel haussa simplement les épaules, gigotant dans sa chaise pour se mettre plus à l'aise. Rester assis toute la nuit était vraiment désagréable.
- Je n'en sais rien. Personne ne le sait en fait, pas même Soma. C'est un mystère, mais j'ai renoncé à le résoudre depuis bien longtemps.
Ah. Une ouverture.
- Oh ? Mais... Depuis quand es-tu là ?
Sebastian vit Ciel se raidir en entendant la question, et il s'en voulu de ne pas avoir été plus subtil. Mais, il n'y avait pas énormément de façons d'aborder le sujet, et Ciel lui avait tendu une perche. Le garçon ne recommencerait sans doute pas maintenant que c'était arrivé une fois.
Se calmant de force, Ciel répondit après une brève hésitation.
- Ça doit faire... Cinq ans maintenant, je pense.
Voyant que Sebastian ouvrait la bouche, sans doute pour poser une autre question, Ciel reprit :
- J'aimerais te demander est-ce que tu sais si quelqu'un a été envoyé dans La Pièce aujourd'hui ?
Sebastian savait pertinemment que Ciel essayait de changer de sujet, et de façon pas très subtile d'ailleurs. Heureusement pour lui, son compagnon venait de lui offrir une nouvelle opportunité.
- Je ne suis pas sûr. J'étais sorti de la pièce à ce moment, pour voir Undertaker, mais Agni m'a dit qu'il y avait eu un incident avec Peter. Je ne l'ai pas vu le reste de la journée... Mais puisqu'on en parle qu'est-ce que La Pièce ?
L'expression de Ciel refléta de la surprise pur pendant quelques secondes, avant qu'un étrange rictus la remplace, un mélange entre une moue et un sourire narquois, comme si son visage ne savait pas quoi montrer, et il ne dit que :
- C'est ton tour.
Ils jouèrent une heure de plus, trois victoires de plus pour Ciel, avant que la patience presque inépuisable de Sebastian le quitte. Il prit son Roi et le mit de son côté de l'échiquier, levant les yeux pour regarder l'œil interrogateur de Ciel, et décida de laisser tomber la subtilité.
- Pourquoi es-tu ici ?
Ciel ne sembla pas surpris par la question, mais plutôt confus. Mais ce ne fut pas pour longtemps, puisqu'il se mit à rire. Pas le genre de rire que Sebastian avait entendu de sa part jusqu'à aujourd'hui les ricanements moqueurs et les demi-sourires narquois, pas cruel mais généralement au dépens des autres. Non, celui-là était sincère, presque enfantin. Sans retenue et incontrôlé.
Ciel se moquait de lui.
- P-Pourquoi ? Tu me demandes pourquoi ?
Il avait du mal à respirer correctement et se tenait l'estomac en continuant à rire.
- Parce que je suis fou !
Sebastian attendit que le garçon se calme, jusqu'à ce qu'un vague ricanement soit la seule chose qu'il produise, et il répliqua.
- Tu es la personne la plus saine d'esprit que j'ai pu rencontré ici. Écoute, je sais à quoi ressemble la folie. Je l'ai vu de mes propres yeux ! Et toi, tu n'es pas fou. La moitié du personnel l'est, mais pas toi-
Un autre fou rire le coupa.
- Tu ne penses pas être un peu trop confiant ? On s'est vu quoi, deux-trois fois ? Tu fais l'erreur de baisser ta garde autour de moi, Sebastian. Dans un tel endroit, cette erreur pourrait te tuer. Tu as vu ce qui est arrivé à Mlle Hannah, pas vrai ?
Ciel s'arrêta un moment, et Sebastian sembla prêt à répliquer, mais il leva une main pour l'en empêcher.
- Je comprends ce que tu veux dire pour le personnel. Crois-moi, plus de la moitié d'entre eux sont dérangés. Mais, toi. Tu es un homme sain d'esprit. Pour l'instant, du moins. C'est tout à fait normal qu'un homme sain d'esprit dans un endroit dément cherche de la raison. Mais tu fais l'erreur de la chercher en moi.
Le bip indiquant qu'un badge était utilisé les alerta tous deux de l'arrivée d'Angela.
Ciel se leva, fit le tour de la table et s'arrêta à côté de Sebastian. Il se pencha en observant l'entrée d'un ?il méfiant, et il lui murmura :
- Baisser ta garde autour de moi pourrait te tuer, Sebastian. Je ne voudrais pas que ça recommence.
Sans regarder derrière lui pour voir l'effet qu'avait eu ses paroles sur l'homme aux cheveux noirs, Ciel commença à partir. Cependant, il s'arrêta au seuil de la porte et jeta un coup d'œil en arrière avec un sourire narquois.
- Oh, maintenant que j'y pense... Alois a dit qu'il aimait bien tes yeux ou quelque chose comme ça. Tu devrais y faire attention.
